Archives mensuelles : décembre 2025

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec Copernic

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 22 pages.

La dernière fois, c’était au tour de Mlle Simonet d’attraper l’œil du narrateur. Enfin, presque :

Je ne savais pas laquelle de ces jeunes filles était Mlle Simonet, si aucune d’elles s’appelait ainsi, mais je savais que j’étais aimé de Mlle Simonet et que j’allais grâce à Saint-Loup essayer de la connaître.

Mais Saint-Loup ne s’intéresse pas à l’aider, de peur que ça embête sa propre copine. Alors le narrateur tourne vers une direction familière — penser à son avenir littéraire, d’où sort ce joyau :

Peut-être certains chefs-d’œuvre ont-ils été composés en bâillant.

Peut-être certains chefs-d’œuvre ont-ils été lus en bâillant aussi. Je dis ça, je dis rien.’

Saint-Loup et le narrateur dînent enfin à Rivebelle, où ce dernier fait la comparaison entre les tables et « autant de planètes », disant des serveurs :

leur course perpétuelle entre les tables rondes finissait par dégager la loi de sa circulation vertigineuse et réglée.

Encore une fois, il essaye trop :

ce restaurant de Rivebelle réunissait en un même moment plus de femmes au fond desquelles me sollicitaient des perspectives de bonheur que le hasard des promenades ne m’en eût fait rencontrer en une année

Mais exceptionnellement pour Proust, ce dîner ne s’étend que sur 8 pages, après lesquelles Saint-Loup s’excuse pour aller avec d’autres amis dans un casino. Le narrateur revient au Grand-Hôtel en pensant que

Je ne faisais, du reste, en somme, que concentrer dans une soirée l’incurie qui pour les autres hommes est diluée dans leur existence entière… quand est encore lié à la fragilité de leur cerveau le livre dont la prochaine mise au jour est la seule raison de leur vie. 

Comme je comprends ! Nous les auteurs doivent faire attention à être prétentieux sur le processus d’écrire ! #DesSubventionsPourLesCerveaux (L’incurie en question, c’est qu’il a bu un peu plus que d’habitude, dont des verres de porto. On dirait que sa voiture était un Uber à cheval.)

Être un peu ivre a d’autres conséquences :

Je dois du reste dire que cette insignifiance où tombaient les choses les plus graves… finissait par comprendre même Mlle Simonet et ses amies.

Elle s’échappera peut-être à son sort ?

Je ne connaissais aucune des femmes qui étaient à Rivebelle, et qui, parce qu’elles faisaient partie de mon ivresse comme les reflets font partie du miroir, me paraissaient mille fois plus désirables que la de moins en moins existante Mlle Simonet.

Dites-donc, on a une expression pour exactement ce phénomène en anglais, les « binocles de bière » (« beer goggles »). Faites pas ça, Marcel, vous avez des fantômes à poursuivre !

Il nous dit qu’en fait, ces mêmes femmes du resto connaissaient toutes Saint-Loup, qui était sorti avec pas mal d’entre elles. Et il imagine les potins de la soirée, surtout sur sa maîtresse actuelle :

Il faut qu’il soit tout de même une fameuse truffe. Elle a des pieds comme des bateaux, des moustaches à l’américaine et des dessous sales !

Miaou, dirait-on.

M. Gueule de Bois passe quelques pages en décrivant le fait de s’endormir, puis se réveille à quelque chose de familier après une nuit d’ivresse :

Enfin je voyais clairement : « deux heures de l’après-midi ! »

Ouaip, ça arrive, mon gars. Même moi, je le sais.

Avec ça, l’aventure du dîner et de ses suites se termine. Mais non sans une dernière pensée prévisible :

Tout à coup je me rappelai la jeune blonde à l’air triste que j’avais vue à Rivebelle et qui m’avait regardé un instant… Il me semblait qu’elle m’avait remarqué, je m’attendais à ce qu’un des garçons de Rivebelle vînt me dire un mot de sa part… Il serait bien difficile de la voir, de la voir sans cesse. Mais j’étais prêt à tout pour cela, je ne pensais plus qu’à elle. 

Qui est-elle ? Aucune idée. Est-ce que l’on fera sa connaissance prochainement ? Exactement autant que pour la fille de la gare, Mlle de Stermaria et Mlle Simonet, j’espère !

Final Fantasy V vaincu

Nous avons parlé en trois fois de l’expérience de jouer à Final Fantasy V en français (première, deuxième, troisième). Aujourd’hui, c’est la finale — nous discuterons la dernière partie et la récompense pour gagner, mais aussi quelques différences entre le vocabulaire du jeu en anglais et en français.

Comme je vous ai dit quand j’ai repris le jeu il y a quelques semaines, en 2021, j’avais réussi à atteindre la dernière étape du jeu, juste pour être facilement tué par un méchant beaucoup trop puissant pour moi. On pourrait dire « Mais Justin, c’est le genre de jeu où vous pouvez sauvegarder vos progrès et même quitter le donjon si c’est trop difficile. Pourquoi ne pas faire ça ? » Ah, mais vous voyez, on a parlé du problème que le monde change à plusieurs fois — et si on rate des trucs importants avant les changements, impossible de les récupérer plus tard.

C’est pourquoi, cette fois, j’ai utilisé — horreur ! — une solution écrite par quelqu’un d’autre (lien en anglais). J’ai honte, parce que ce jeu vient de l’époque quand un bon joueur pouvait vraiment tout explorer soi-même. (Le monde a bien changé avec Final Fantasy VII — il fallait acheter un guide imprimé, et depuis ce temps, c’est pareil pour beaucoup de jeux vidéo.)

Alors, nous sommes dans le donjon final, la « fissure interdimensionnelle » ouverte quand notre ami Exdeath a fusionné les deux mondes d’avant. Les règles de la physique telles que l’on les connaît sont suspendues — largement pour que ce donjon puisse récapituler tout ce qui s’est passé ailleurs.

Après un région désertique pour commencer, on se retrouve dans une forêt comme celle où Exdeath est né. Une fille charmante essaie de tuer le parti. Cette bataille n’est pas difficile :

Fille inconnue : « Cette forêt est si paisible... Pourquoi ne pas vous y reposer... pour l'éternité ! «

Dès que le parti sort de la forêt, il se trouve devant un château qui flotte dans les airs. Pourquoi flotte-t-il ? Ne posez pas de question — parce que c’est cool, c’est pourquoi !

Parti devant le château. Il y a évidemment du ciel partout au-dessous.

Le parti entre et se trouve dans un donjon. Là, après avoir battu plusieurs vieux sorciers, ils rencontrent une fille qui dit qu’elle y était prisonnière :

Elle part. Mais quand le parti atteint la salle du trône, il entend une voix :

Voix inconnue : «Vous pouvez essayer de fuir, mais vous n'irez pas bien loin... »

C’est la fille du donjon ! Apparemment, quand elle vous a embrassé pour l’avoir sauvée, c’était un piège. Elle se transforme en un homme portant une armure.

Il s’avère que l’homme s’appelle Halicarmasse, comme le jardin de l’Antiquité :

Homme : « Vous allez périr des mains du souverain de ce château, Halicarasse ! »

C’est ici où la solution a commencé à être utile. La dernière fois, je vous ai montré une bataille contre un mime. Je ne l’ai jamais battu avant, ou si je l’avais fait, je ne m’en souviens pas. Cette fois, j’ai fait maîtriser ses pouvoirs à trois membres du parti — ils pouvaient donc tous copier mes meilleures attaques. Avec ça, Halicarnasse a vite perdu.

On monte un escalier et le parti se retrouve en haut du château. Un dragon s’approche du parti. C’est Twintania. Je ne l’ai jamais battu avant. Cette fois, mes mimes l’ont vit tué avec le sort Météore. 3 fois par tour, c’est trop pour lui !

On affronte enfin Exdeath. Peu importe la quantité de temps passé en préparant, il vient d’avoir le pouvoir du néant :

Puis il fait quelque chose de vraiment effrayant. Il se transforme en arbre — car il est né dans la forêt !

Il jette un sacré sort, et tout semble perdu :

Exdeath : « Mouah ha, ha, ha... Et maintenant ! Vous allez périr à l'intérieur du néant ! »

C’est ici où les fantômes de vos prédécesseurs, les Guerriers de l’Aube, apparaissent pour vous encourager. Au fil du jeu, on les a regardés tous mourir.

Après ce moment touchant, nous revenons à nos arbres, et Exdeath dit que c’est pas grand-chose de perdre le néant, la source de ses pouvoirs :

La bataille finale commence. Exdeath se transforme en arbre plus… menaçant ?

Exdeath apparaît comme un tronc avec des racines qui s'entendaient partout.

Avec une bonne dose de Météore, trois fois par tour, il périt assez vite. Il y a un discours digne de la liste de clichés — « Non ! C’est impossible ! »

Le néant reste là, mais sans Exdeath, les fantômes s’en débarrassent en vous renvoyant au monde :

On revoit le parti un an après la bataille. C’est Krile, la petite-fille de Galuf qui l’a vu mourir aux mains d’Exdeath qui raconte ce qui s’est passé :

Krile : «C'est comme si notre combat n'avait été qu'un cauchemar...»

On voit les deux princesses qui ont été séparées pendant leur jeunesse réunies sur les trônes de leur royaume :

Krile : «Le chancelier de Tycoon a l'air heureux. »

Elle pense à hériter le royaume de son grand-père :

Krile : « Je pourrais devenir reine ! Ça n'arrivera jamais... Mais... je ne refuserais pas !»

Au début du jeu, Bartz, le personnage principal, voyageait avec un chocobo, un oiseau jaune assez grand pour monter comme un cheval. Son chocobo, Boko, a épousé un autre, Koko. Ils ont des enfants. C’est MIGNON !

Krile revient dans la forêt où son grand-père est mort. Elle pleure et dit qu’elle est maintenant toute seule. Mais elle a tort :

Bartz : « Qu'est-ce que tu racontes? Tu n'es pas seule. »

Elle réjouit de revoir ses amis du parti :

Krile : « Vous êtes tous venus ! »

Avec ça, les 4 amis partent pour de nouvelles aventures.

Trois membres du parti montent sur des chocobos, alors que Krile monte sur son dragon.

Il y a un message spécial pour le joueur à la fin des crédits, car c’est une reprise 30 ans après le jeu original :

Nous adressons nos plus profonds remerciements à tous nos fans à travers le monde, tant ceux d'hier que ceux d'aujourd'hui, ainsi qu'aux équipes dévouées qui ont contribué à façonner la version originale des jeux.

Et avec ça, c’est la fin du jeu. Il m’a fallu 20 ans pour atteindre ce moment. Final Fantasy V n’est pas à la hauteur de IV ou VI, mais j’ai toujours regretté que je ne pouvais pas le vaincre. Comme les développeurs, je vous remercie pour avoir supporté cette quête, parce que je sais que ce n’est pas typique des contenus ici. Il y a quelque chose de spécial, d’avoir vaincu ce jeu dans une nouvelle langue, après l’avoir raté dans la vieille — c’est un symbole d’une vie différente.

Ça dit The End, la fin.

Le visiteur inopportun

Je vais vous raconter l’histoire qui a complètement gâché ma vie d’antan. Je dois faire attention, parce que le fait que je suis le seul innocent dans cette histoire n’a rien à voir avec la question de qui est tenu responsable dans la vraie vie. Si ça a l’air ridicule, je vous rassure que le temps que ça finisse, vous serez d’accord avec moi.

Ma carrière s’est lancée en travaillant pour une entreprise géante dans le domaine de la défense (et malheureusement, pas dans le quartier du même nom). J’ai été embauché pour travailler sur des projets d’intelligence artificielle dans la lutte contre le terrorisme, avec des systèmes qui n’avaient rien à voir avec les réseaux neuronaux. Cependant, après 4 ans, la société a perdu le prochain contrat, et j’allais être viré pour manque de fonds. « Heureusement » (je dirais avec du recul que ce n’était pas le cas), au dernier moment, une autre division de l’entreprise a décidé de me garder pour travailler sur des projets banaux, le développement de sites web pour le gouvernement. J’aurais dû quitter ça, mais j’avais besoin de l’argent.

Je suis très doué en écrire des propositions pour le gouvernement, et après des mois sur de petits projets, j’ai écrit 2/3 d’une proposition qui valait 75 millions de dollars au fil de 5 ans. Naturellement, je n’ai même pas reçu un centime de prime pour cet effort, alors que le gérant a reçu 1 million pour l’avoir gagné. C’est bon d’être le patron, n’est-ce pas ?

L’important, c’est qu’il y avait trois bureaux qui finiraient par collaborer sur le travail : le mien à San Diego, un autre en Floride, et un dernier à Washington, D.C. Il faut toujours avoir un bureau à D.C., parce que c’est où habitent les clients.

Je ne peux rien dire sur le client ni les détails, mais après un an d’efforts, j’ai découvert qu’un document « écrit » par une employée dans le bureau à D.C. a été plagié. J’avais trouvé une erreur dans une partie sur les statistiques, recherché la bonne formule, et j’ai trouvé exactement son texte, copié-collé sans citation. Curieux, j’ai vérifié le reste, et c’était évidemment complètement le produit du plagiat.

J’ai passé un week-end de cauchemar en vérifiant tous les documents produits par ce bureau. Tout a été plagié, des centaines de pages, et l’on avait facturé 500 milliers de dollars au gouvernement pour les écrire.

Tout le monde était heureux de découvrir un employé fidèle et honnête qui n’acceptait pas la corruption, d’accord ?

HAHAHAHAHAHAHAHA… euh, non. Le seul cible des questions, c’était moi : « Pourquoi est-ce qu’il t’a fallu une année pour découvrir ça ? Qu’est-ce que tu caches ? Tu veux nous faire chanter, c’est ça ? » Balivernes — pour une chose, même si j’étais ce genre de personne, le gérant du bureau en question n’était pas le type qui avait mangé mon prime. Autre chose, j’ai découvert ça par hasard — 4 personnes avaient relu tous les documents produits par ce bureau sans rien découvrir. Si une chose n’avait pas attrapé mon œil, rien n’aurait été découvert.

Mais je comprends, même si je le trouve dégoûtant. Si le client savait ce qui s’est passé, nous perdrions le contrat, et une cinquantaine de personne perdraient leur travail. Mieux vaut me faire quitter l’entreprise que risquer la vie de beaucoup de monde qui n’a rien fait.

J’ai embauché un avocat, qui m’a aidé à me protéger, mais il n’y a jamais eu un processus. 9 mois plus tard, j’ai quitté mon boulot pour fonder un start-up. C’est une autre histoire, mais avec ça, tout est parti en vrille : le divorce, d’autres start-ups, rien de bon. J’évoque tout ça afin d’expliquer pourquoi j’ai une dent contre le plagiat et les tricheurs.

Hier, ceci est arrivé :

Liste de vues avec Le pastis gascon en tête avec 89 vues, puis mon article du jour avec 35, puis les blagues avec 30.

On aime vraiment le pastis gascon, hein ? Ce genre de truc arrive de temps en temps ; je crois qu’il s’agit de robots qui deviennent coincés pour des raisons inconnues. Honnêtement, je m’en fiche. Mais quelque chose de pire est arrivé ; il était censé être 464 visiteurs uniques, mais on voit :

Ben, s’il s’agissait de moteurs de recherche, peut-être que c’était une araignée. Mais ça n’explique que 40 % du trafic. Et quand je vois ça :

Liste de visiteurs par pays; les États-Unis en tête avec 243, suivis de la France avec 203.

C’est évident que le trafic n’a rien de francophone — il n’y a guère de vrais lecteurs aux États-Unis. Pire, au-delà du pastis :

Il me semble que l’on téléchargeait le Tour en gros. D’accord, quand il s’agit de Google, ça passe crème car j’espère avoir des visiteurs en résultat. Mais ce n’était pas Google, responsable de seulement 40 % des visites d’hier.

Je ne sais pas qui a fait ça, mais les IA ne sont pas les bienvenues. Elles n’envoient personne ici, et je n’apprécie pas du tout l’idée que l’on fait passer mon travail pour le sien. Pourtant, ça me semble l’explication la plus probable. Vos idées sont les bienvenues, c’est certain.

J’espère que vous comprendrez donc pourquoi ce sujet est si sensible pour moi.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Le vin sacré

Cette semaine, Langue de Molière fait l’enquête sur un sujet religieux. Il s’agit d’une traduction biblique que je n’ai jamais aimé en anglais, où chercher la version catholique en français m’a mené à une découverte surprenante. Parce que ce n’est pas mon but d’être sectaire, je vais donner des traductions catholiques, protestantes et juives.

Il y a des semaines, selon le calendrier catholique, on a lu le livre d’Isaïe, en particulier le début du chapitre 25. Je n’ai jamais aimé les traductions en anglais du verset 25:6, parce que même si je ne comprenais pas le hébreu biblique, j’avais du mal à croire que ce passage pouvait être si banal. Je vais mettre en gras et en italique la partie importante. Voici les 3 traductions anglaises :

On this mountain the LORD of hosts
will provide for all peoples
A feast of rich food and choice wines,
juicy, rich food and pure, choice wines.

Isaiah 25:6, USCCB

On this mountain the Lord Almighty will prepare
    a feast of rich food for all peoples,
a banquet of aged wine—
    the best of meats and the finest of wines.

Isaiah 25:6, KJV

And the Lord of Hosts shall make for all the peoples on this mount, a feast of fat things, a feast of dregs; fat things full of marrow, dregs well refined. 

Isaiah 25:6, Chabad

Le contexte ici, la partie sans accent dans les trois cas, c’est que Dieu préparera un repas de fête pour les croyants sur une montagne. La partie qui m’agace est la description des contenus de ce repas. Sans vouloir parler pour les traducteurs, je donnerai mes propres traductions hyper-littérales de ces trois en français — mais il s’agit des contenus anglais, pas les choix des traducteurs de ces confessions directement en français.

Version catholique : Un festin de nourriture riche et de vins de choix, de nourriture riche et juteuse et de vins purs de choix.

Version protestant : Un festin de nourriture riche pour tous les peuples, un festin de vin âgé — les meilleures viandes et les meilleurs vins.

Version juive : Un festin de choses grasses, un festin de lies ; des choses grasses pleines de moelle, des lies bien raffinées.

La répétition est caractéristique de la Bible ; j’imagine que c’était bien là en hébreu. Mais une de ces choses n’est pas comme les autres — la version juive ici précise des détails qui ne sont pas là dans les versions chrétiennes. Alors qu’il y a des centaines de traductions protestantes en anglais, j’ai choisi celle du roi Jacques, parce que tout le monde la considère une référence littéraire, même si l’on n’est pas anglican. C’est exactement cette qualité littéraire que je ne trouve pas dans la version catholique en anglais, et cette fois, je voulais savoir ce qui disait la version française. Voici la traduction selon l’Association épiscopale liturgique pour les pays francophones, ce qui veut dire la liturgie officielle :

Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés.

Isaïe 25,6, AELF

Oh là là, que ça ne ressemble pas du tout à la traduction anglaise de l’Église ! Mais j’allais toujours répéter cet exercice pour les 3 confessions. Je ne suis pas bien instruit en protestantisme en français, mais après quelques recherches, il me semblait que la version de Louis Segond était assez bien acceptée pour mon but. Et ça rend :

L’Éternel des armées prépare à tous les peuples, sur cette montagne, Un festin de mets succulents, Un festin de vins vieux, De mets succulents, pleins de moelle, De vins vieux, clarifiés.

Isaïe 25,6, Louis Segond

Je n’ai pas réussi à trouver la version juive de la même organisation qu’en anglais, mais celle-ci est quand même très proche des autres :

Et l’Eternel-Cebaot donnera à toutes les nations, sur cette montagne, un festin de mets succulents, un festin de vins de choix, de mets pleins de moelle, de vins vieux clarifiés.

Isaïe 25,6 Sefarim.fr

À ce point, je suis bien convaincu. Les traductions françaises sont toutes assez similaires, les unes aux autres, que je peux leur faire confiance. Le texte original doit parler de moelle et de vin clarifié, et pour des raisons moins qu’évidentes, les traductions chrétiennes en anglais laissent tomber ces détails.

Ce qui est drôle, c’est que quand j’ai commencé ces recherches, je croyais qu’il s’avèrerait que la traduction française catholique était hyper-précis à cause de répondre à un besoin culturel. Mais en fait, vu que toutes les traductions en français sont bien d’accord, c’était exactement le contraire !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une édition spéciale pour Noël.

Assiette avec une douzaine d' orejas, toutes bien dorées, quelques avec du caramel brûlé sur les bords

Les orejas

Langue de Molière est reporté jusqu’à demain, car c’est le 17 décembre, et ça veut dire l’anniversaire de mon amie rouennaise, et ÇA veut dire que c’est le temps d’un autre dessert mexicain (Le gâteau aux trois laits, Le chocoflan, Les churros). Cette fois, c’est les orejas :

Assiette avec une douzaine d' orejas, toutes bien dorées, quelques avec du caramel brûlé sur les bords
Haute résolution en cliquant

Allons les préparer !

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Deux petites anecdotes

J’essaie sincèrement de ne plus écrire sur mon ex, surtout à cause de certaines choses comme ce soir, mais quelque chose d’hilarant est arrivé samedi, et il faut que je le partage.

Mais d’abord, ce soir. Il m’arrive souvent que je suis ici et là autour d’Elbe-en-Irvine ou d’Anguille-sous-Roche avec La Fille, et nous croisons quelqu’un ou autre qui nous connaît de l’église où mon ex et moi avions fait un accord légal pour éduquer la petite en religion. Et cette personne dira « Bonjour, La Fille ! » et fera semblant de ne pas me voir. Même si c’est moi qui répond. C’est exactement ce qui nous est arrivé ce soir en sortant du resto rapide où nous étions pour des burgers. Super, madame, ravi de vous voir aussi, et je ne savais même pas que vous me considériez comme un paria.

Je vous conseille de ne jamais signer un accord comme ça avec une autre personne. Tôt ou tard, tout le monde choisira un côté ou l’autre. Probablement tous le même côté.

Trois billets d’EuroMillions — en espagnol, anglais et français, Photo par joaquimalbalate, CC BY-SA 4.0

Ça nous amène à samedi. Contre toute attente, et je veux vraiment dire toute attente, l’équipe de football américain de notre lycée a bien réussi sa saison, et a atteint la finale du championnat de sa ligue. Ce qui voulait dire que la fanfare de La Fille devait jouer samedi soir. Les élèves dînent toujours ensemble au lycée avant de partir pour les matchs, et cette fois, mon ex et moi étions là ensemble pour aider à servir de la pizza aux élèves.

Peut-être que vous vous souvenez de la guerre pour que La Fille ait le droit de suivre des cours de français. Ou la lutte pour qu’elle saute une année car son niveau était trop avancé. Même si elle restait la meilleure élève après le saut. Oui, mon ex était fort opposée à la langue française, n’est-ce pas ?

Quelque chose a changé, car quand La Fille nous a rejoints pour le dîner, mon ex lui a dit, et je cite :

Je voudrais une bouteille d’acqua minérale.

Ben, elle a toujours du mal à différencier le français de l’italien — c’est « eau minérale », pas chérie — mais si vous pensiez que le jour arriverait où elle dirait « Je voudrais » en français, j’aimerais vous demander juste une chose :

QUELS SONT LES NUMÉROS GAGNANTS DE LA PROCHAINE LOTERIE ?

Saison 4, Épisode 37 — Des marrons pour Exdeath

Cette semaine, Apple vient de mettre à jour son appli Podcasts avec de meilleur soutien pour les chapitres. Je les publie depuis le 3e épisode de la première saison, mais maintenant Apple les crée automatiquement si on ne le fait soi-même. Je n’approuve pas de les imposer avec l’IA, mais la vue est désormais bien améliorée. C’est facile à sauter directement à la blague et aux Bonnes Nouvelles si souhaité.

Capture d'écran d'Apple Podcasts qui montre les 7 premiers chapitres de l'épisode 36, tout sauf la fin.
Chapitres de la semaine dernière

Ça dit, je vois que les transcriptions automatiques sont horribles. Voici un exemple, de l’Introduction :

Moi :

Moi, je suis votre hôte, Justin Busch.

Eux :

Moi, je suis Verteur Haute, Justin Busch.

Je sais que mon accent est moins qu’authentique, mais ça, c’est du BS de qualité militaire. C’est par cette technologie que l’on croit que les êtres humains peuvent être remplacés ? Un de plus :

Moi :

Sur le blog, il y a aussi C’est pas le 1er, version décembre 2025, ma revue mensuelle de mes blogs préférés…

Eux :

Sur le blog, il y a aussi Cette fois-ci, la première, version de Samba de 2020, ma review mensuelle de mes blogs préférés.

Je trouve ce niveau de qualité inacceptable, et oui, j’ai bel et bien vérifié ma prononciation de « premier » dans l’enregistrement après ça ! Je suis bien satisfait que je n’ai pas fait d’erreur de genre comme ça. Puisque la grande majorité des contenus est toujours des articles déjà publiés ici, je n’ai pas envie de préparer mes propres transcriptions. Cependant, je pense à créer un archive des Bonnes Nouvelles comme celui des blagues, car je les ai tous (mais sans les liens aux sources). Dites-moi si ça vous intéresse.

En parlant de faits liés à la balado, je doute que quiconque s’en souvienne, mais Final Fantasy V, notre jeu récent, faisait partie du tout premier épisode. J’ai ajouté un effet sonore pour expliquer le suspense indiqué par « J’ai des questions ». C’était tiré du générique pour le méchant Exdeath.

S’il vous semble que mon gros titre a été tiré de la piste « Des fleurs pour Salinger » par Indochine, ayez un Bon Point :

1 Bon Point Schtroumpf à lunettes, tiré d'un groupe d'humour sur Facebook.

Je dois partager une bonne nouvelle personnelle plutôt rare. J’ai eu une prise de sang lundi dernier, et mon A1c, le chiffre clé pour les diabétiques, était 6,7. Le but est moins que 7,0 (idéalement moins que 6,0, mais ça voudrait dire ne pas être diabétique). Naturellement, étant moi, je l’ai fêté avec un gâteau aux carottes du resto Stonefire Grill :

Deux couches de gâteau aux carottes avec deux couches de glaçage au fromage Philadelphia, avec des brisures de noix au-dessus.

Avez-vous entendu parler de Maison Martine, la soi-disant « première charcuterie végé de France » ? Je n’exprime aucun avis sur les produits, mais « charcuterie végé » n’est pas logique. À moins que… la propriétaire dit que c’est nommé d’après son chat, mais a-t-on vu Patapouf récemment ?

Ne me regardez pas comme ça, on est au pays du film Barbaque !

Notre blague traite de deux ecclésiastiques, et est en fait une histoire 100 % vraie, mais aussi hilarante. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Cibler et Roman.

Sur le blog, il y a aussi Les brownies chocolat-pistache de Péla, une recette très bien accueillie à une soirée de tarot, La guerre contre Exdeath, le dernier volet du récit de mon premier jeu vidéo en français, Traduction, où j’explique la décision de traduire mon livre en anglais et Le gâteau ardéchois de Millina, un gâteau très bien réussi et parfait pour les fêtes de fin d’année.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec Mlle Simonet

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.

Vous souvenez-vous du point de départ de cette série, où notre narrateur-bébé se mettait à pleurer si sa mère ne venait pas le coucher dans sa chambre à Combray ? Mais au moins, l’excuse à l’époque était sa jeunesse, et maintenant, il a grandi, d’accord ? Voici pourquoi « grandir » n’a rien à voir avec « devenir adulte » :

Et quand ayant passé la soirée dehors avec Saint-Loup je songeais pendant le trajet du retour au moment où j’allais pouvoir retrouver et embrasser ma grand’mère… je finissais par me coucher, lui en voulant un peu de ce qu’elle me privât, avec une indifférence si nouvelle de sa part, d’une joie sur laquelle j’avais compté tant, je restais encore, le cœur palpitant comme dans mon enfance, à écouter le mur qui restait muet et je m’endormais dans les larmes.

C’est lui qui l’a dit !

Le saviez-vous ? Véronique Sanson était censée s’échapper à Michel Berger pour se marier avec Proust, pas Stephen Stills :

J’avais vu descendre de voiture et entrer, les unes dans la salle de danse du Casino, les autres chez le glacier, des jeunes femmes qui, de loin, m’avaient paru ravissantes. J’étais dans une de ces périodes de la jeunesse, dépourvues d’un amour particulier, vacantes, où partout — comme un amoureux la femme dont il est épris — on désire, on cherche, on voit la beauté.

« Mais Justin », me dites-vous, « qu’est-ce que vous racontez ? » Stephen Stills a écrit une chanson en 1970 où il a chanté : « Quand tu ne peux pas être près de celui que tu aimes, aime celui qui est près de toi. » Évidemment, Proust était là avant lui.

(Les élèves de ce blog auront remarqué qu’aucune histoire française ne m’a autant traumatisé que celle-ci. Il y a des références partout.)

Il suit des pages où le narrateur poursuit cette bande sans leur parler, et on entend le genre de compliments qui expliquent pourquoi ça fait 12 ans depuis mon dernier rendez-vous, car nous sommes trop similaires :

une autre, au visage blanc comme un œuf dans lequel un petit nez faisait un arc de cercle comme un bec de poussin

Une malheureuse attire son attention sans avoir essayé, dans un instant digne du Gendarme et les extra-terrestres :

cette jeune fille coiffée d’un polo qui descendait très bas sur son front m’avait-elle vu au moment où le rayon noir émané de ses yeux m’avait rencontré ?

Suis-je le seul à me souvenir de Mlle de Stermaria ? Ça fait 200 pages depuis la dernière fois où il s’est intéressé à elle. Oubliez-la, elle n’est pas de retour. Il est trop attiré par cette nouvelle inconnue :

Je savais que je ne posséderais pas cette jeune cycliste si je ne possédais aussi ce qu’il y avait dans ses yeux.

Impossible que je sois le seul à penser à Michel Galabru imité par les extra-terrestres du film avec les rayons émanant des yeux. Mais il nous dit qu’elle n’est pas idéale, car :

une jeune fille rousse à la peau dorée était restée pour moi l’idéal inaccessible

Ah, je me trompais ; c’est plutôt Charlie Brown le narrateur !

Le strip suit également ses tentatives malheureuses pour faire la connaissance d’une petite fille rousse… dont il est amoureux et à laquelle il ne trouve jamais le courage d’adresser la parole.

Charlie Brown

Comme j’ai dit plusieurs fois au passé, je connais trop ce type :

Aussi, je pouvais me dire avec certitude que, ni à Paris, ni à Balbec, dans les hypothèses les plus favorables de ce qu’auraient pu être, même si j’avais pu rester à causer avec elles, les passantes qui avaient arrêté mes yeux, il n’y en avait jamais eu dont l’apparition, puis la disparition sans que je les eusse connues, m’eussent laissé plus de regrets que ne feraient celles-ci, m’eussent donné l’idée que leur amitié pût être une telle ivresse.

Il ne va donc pas gaspiller l’opportunité, non ?

Je rentrai parce que je devais aller dîner à Rivebelle avec Robert

GAAAAAHHHHHJ ! Une quinzaine de pages pour rien. Arrêtez d’être moi, vous !

Mais ce sera peut-être important plus tard :

J’avais entendu une dame dire sur la digue : « C’est une amie de la petite Simonet »

J’ai souvent cherché depuis à me rappeler comment avait résonné pour moi, sur la plage, ce nom de Simonet, encore incertain…

je ne cessai plus de me demander comment je pourrais connaître la famille Simonet ; et cela par des gens qu’elle jugeât supérieurs à elle-même

Quelque part, Gilberte soupire « Je sais ».

Mais revenons à nos saumons :

le ciel, du même rose qu’un de ces saumons que nous nous ferions servir tout à l’heure à Rivebelle

On finit avec la liste de visiteurs qu’il voit à cause d’Aimé, le maître d’hôtel :

On frappa ; c’était Aimé qui avait tenu à m’apporter lui-même les dernières listes des étrangers.

Aimé, avant de se retirer, tint à me dire que Dreyfus était mille fois coupable…

Ce ne fut pas sans un léger choc au cœur qu’à la première page de la liste des étrangers, j’aperçus les mots : « Simonet et famille ».

Dommage, j’étais prêt à lire la polémique sur Dreyfus, après les deux dernières semaines de polémiques. La prochaine fois, peut-être !

Gâteau ardéchois, avec des noix de pécan caramelisées et du sucre glace au-dessus.

Le gâteau ardéchois de Millina

J’ai eu une soirée de jeux hier, alors j’avais besoin d’un dessert. Heureusement, exactement au bon moment, Millina a publié un gâteau à base de crème de marrons, ce qui m’a rappelé l’un de mes gâteaux préférés du Tour, le moelleux de noix de Berry. D’abord, voici le produit final :

Gateau entier sur une assiette -- le gâteau a une couleur marron foncé, c'est parfaitement rond et fait 23 cm de large, il y a du sucre glace tamisé partout, et une douzaine de noix de pécan caramelisées parsemées au-dessus
Haute résolution en cliquant

Ouais, ouais, hâte de le goûter, je sais. Allons le préparer !

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Traduction

Je suis au milieu d’un projet que j’espérais n’arriverait pas jusqu’au milieu de l’année prochaine. Il y a deux semaines, je vous ai dit que je pensais à produire une traduction en anglais de mon manuscrit et l’envoyer à des maisons d’édition. Il y a une semaine, je me suis lancé dans l’effort. Pourtant, si vous vous souvenez de mes propos originaux sur cette idée, il y a des mois, j’étais contre. Pourquoi ai-je changé d’avis ?

La semaine prochaine marque la date limite pour deux maisons françaises dont je croyais que les lignes éditoriales allaient bien avec mon sujet. Je considère le fait que si peu de temps reste comme son propre signe. Et nous sommes à deux semaines de deux dates limites de plus, pour deux maisons où j’ai dû plisser les yeux afin de me convaincre qu’il valait la peine. Mi-janvier marquera la date limite pour moi à partager une maison avec M. Paul Bismuth. J’ai quelques autres cartes à jouer, qui attendront la nouvelle année, car je ne voulais pas le faire sans connaître certaines réponses d’abord, mais de plus en plus, je les ai.

Je crois que j’ai mentionné ailleurs qu’une visite dans une librairie m’a convaincu que je devrais repenser au sujet, mais j’ai du mal à le retrouver. J’ai pris une photo pour vous montrer ce qui s’est passé dans ma tête. C’est disponible à pleine résolution originale en cliquant, car je veux que vous puissiez lire les titres :

Haute dévolution en cliquant

Ce sont des livres de recettes. Il y a quelques livres sur la cuisine française en haut, mais la grande majorité de ce qui nous intéresse se trouve en bas. Il n’y a pas de texte alternatif pour cette photo car j’expliquerai tout.

En haut, il n’y a que deux livres pertinents : Plat du Jour, par une expatriée américaine qui enseigne la cuisine aux touristes américains à Paris, et « A Kitchen in France » (Une cuisine en France) par une femme mi-chinoise, mi-française, Mimi Thorisson, qui peut facilement vendre des livres avec sa photo personnelle. Je ne m’en plains pas, mais c’est la différence entre Karine Dijoud et Aurore Ponsonnet en orthographe — elles sont également expertes, mais seulement l’une des deux pourrait être une mannequin et elle a 270x le nombre d’abonnés sur Instagram en résultat. La photographie est excellente, mais elle et son mari ont apparemment beaucoup d’argent et voyagent entre des hôtels particuliers en France et en Italie. Quant aux recettes, les ingrédients sont assez authentiques, mais les plats sont largement inventés pour un public américain (il y a une flognarde là-dedans, mais très peu d’autres choses qui portent des noms qui ne sont pas juste des descriptions). Ce dernier est sorti en 2014, et elle a largement abandonné la France pour l’Italie depuis ce temps.

En bas, il y a 3 tomes signés Julia Child, qui est le nom en cuisine française aux États-Unis. Ça fait 21 ans depuis son décès. Il s’agit de la nostalgie, et le fait qu’elle était là avant tous les autres — elle faisait du bon travail, mais ses livres n’ont pas de photos comme les plus modernes. Impossible de les publier de nos jours comme ça si elle n’était pas déjà établie. Je crains pour le mien en disant ça.

Il y a aussi un tome d’Anthony Bourdain, le « Livre de Recettes des Halles ». Il s’agit de son ancien resto new-yorkais, avant sa carrière à la télé. Croyez-moi, c’est la télé qui vend ce livre. Puis une traduction anglaise d’un livre de Ginette Mathiot, publié en France, mais je ne suis pas sûr duquel. Il y en a un autre, « Classiques français », par un chef britannique, Matthew Ryle, qui vient de sortir cette année. Les contenus sont assez authentiques, et il y a un certain chevauchement entre le sien et le mien : le bœuf bourguignon, le clafoutis, la soupe au pistou. Il y a un livre dit « Niçoise », par une autre Américaine qui enseigne la cuisine en France, mais à Nice, pas Paris, ainsi que « Le Sud », aussi de la cuisine provençale. « Français au cœur » est encore un autre livre par des Américains qui enseignent leurs compatriotes, cette fois à Beaune. Dernièrement

Puis, c’est Paris à gogo. Il y a un livre de l’expatrié américain. David Lebowitz, qui gagne sa vie en vendant Paris aux Américains — le titre est « Ma cuisine parisienne ». Et un autre, « Club de pique-niques parisien ». Et « Mangeons Paris ». Et « Goûter Paris » par Clotilde Dusoulier, qui écrit de Paris pour un public américain après avoir été expatriée en Californie. Et « Pieds nus à Paris » par Ina Garten, une new-yorkaise qui se vend sous la marque « La comtesse à pieds nus ». Et « La Buvette », un livre venant d’un resto parisien du même nom.

C’est donc le marché américain. La moitié, c’est le rêve parisien. L’autre moitié est un mélange plus ou moins professionnel, mais en général, toujours avec un œil sur les touristes. Il n’y a rien qui traite sincèrement du pays entier.

Et honnêtement, je ne sais pas si ça marchera. J’avais espéré qu’avec un livre en France, l’histoire autour d’une traduction américaine serait « le livre si authentique, c’était publié d’abord en France ». L’auto-édition fermerait cette porte. Mais je commence à perdre espoir pour les possibilités en France, et ça nous amène au dernier problème.

Une traduction ne peut pas être uniquement ça. Il y a beaucoup de références, beaucoup d’histoires dans mon manuscrit qui sont familiers aux Français. Pour les Américains, je dois expliquer des choses comme quel est Le Canard enchaîné, ou qui est Louis de Funès. Ce n’est pas hyper-difficile, mais il s’agit de nouveau travail. Cependant, si je veux voir un retour sur toutes ces recherches, il me semble que je dois essayer.