Peut-être que vous pensez la plus grande nombre de pistes dans ma collection de musique vient de Rush. Après tout, ils ont sorti 19 albums studio, et je les ai tous. Si pas ça, Indochine, non ? Mais non. En fait, ce n’est pas proche du tout. Il y a 211 pistes de Rush et 197 d’Indochine (sans compter les albums Singles Collection et le Central Tour). Cependant, si je compte uniquement les pistes du plus grand compositeur de bandes-sonores de jeux vidéo, Nobuo Uematsu, il y en a 775. Et si j’ajoutais les contributions de ses collègues chez Square Enix — Masashi Hamauzu, Mitsuto Suzuki, Noriyasu Agematsu et Naoshi Mizuta, il y en aurait 174 de plus.
Il faut d’abord dire que puisqu’il s’agit de bandes-sonores, beaucoup de ces pistes ont été composées pour servir des buts très particuliers. C’est peut-être injuste de compter les airs très brefs pour sauvegarder les progrès ou dire « jeu terminé ». Mais même s’il me valait la peine de faire le tri, je suis sûr qu’il resterait deux fois la quantité des autres.
Évidemment, il doit y avoir quelque chose de valeur, au moins à mes yeux, pour acheter tout cette musique, un projet qui a commencé en 1995, avec l’achat de 3 disques pour la BO du jeu Final Fantasy III (de nos jours connu comme VI — plusieurs jeux sortis au Japon n’ont pas été commercialisés en Amérique du Nord ni en Europe).

On pourrait dire, « Mais Justin, c’est un produit culturel, peut-être, mais ce n’est pas l’ongaku — désolé, la musique — que les Japonais écoutent eux-mêmes, non ? » Or, même si ça semble un peu ringard ([Plus qu’un peu. — M. Descarottes]), les compositeurs des BO pour les jeux et les animes sont des célébrités là, de façon impossible d’imaginer dans l’Ouest, sauf peut-être pour un John Williams ou un Vladimir Cosma. Il y a des concerts de cette musique au Japon, souvent joués par des orchestres de qualité.
Impossible de séparer la musique de Nobuo Uematsu des jeux Final Fantasy, mais il y a certaines choses que l’on peut dire qui ne comptent pas sur une connaissance de la série. Chaque nombre a lieu dans un monde différent (FF I se déroule dans un monde qui n’a rien à voir avec celui de FF II, etc. — mais tous les jeux dont le titre comprend « FF VII » se déroulent dans le même monde). Cependant, il y a certaines choses devenues traditionnelles au fil des 39 ans de la série, qui représentent un dialogue avec les fans.
Voici, par exemple « Le prélude », le générique du premier jeu. Malgré ses racines dans la NES, on reconnaît que c’est une série d’arpèges sur une harpe :
3 jeux plus tard, c’était toujours là, plus élaboré avec plus d’instruments :
Meme dans le neuvième volet, c’était toujours là — plus triste que jamais, un signe que ce jeu a marqué la fin d’une époque, et ne se dérouleraient plus dans des mondes médiévaux :
Après, les formes sont devenues différentes, mais c’est une signature aussi sûre qu’un blogueur qui écrit souvent « On continue maintenant le Tour… ».
L’esthétique appelée steampunk est fortement identifiée avec la culture japonaise, un mélange de haute technologie et de magie avec l’aspect de l’Europe du XIXe siècle. On le voit dans les navires volants dits « airships », à ne pas confondre avec les dirigeables, souvent appelés par ce mot en anglais. On parle de trucs comme ça :

M. Uematsu a créé de la musique bien digne de ces merveilles fictives :
Pendant des décennies, il n’y a eu rien auquel les fans s’attendaient plus que découvrir le prochain air que M. Uematsu avait écrit pour les scènes de combat. J’oserais dire que la plupart d’entre nous est d’accord que le nec plus ultra vient de Final Fantasy VII :
« Mais Justin », me dites-vous, « quel rapport avec la musique traditionnelle japonaise, avec les kotos et les shamisens ? » Ça s’y trouve aussi :
Mais Uematsu-sama (le terme pour indiquer le plus profond respect) serait le premier à vous dire que ce n’est pas la grandeur de Final Fantasy, ni de la musique des jeux vidéo japonais. Un maître tel que lui est confortable avec l’orgue, même au point de citer Bach, pour le thème d’un méchant :
Mais aussi d’écrire dans un mode cinématique pour mon moment préféré de toute la série, quand les magiciennes Grenat et Eiko invoquent la chimère gardienne Alexandre pour protéger leur ville du dragon Bahamut :
La musique de mon Japon n’est pas celle des restos japonais, ou des palais des shoguns. C’est celle qui permet l’auditeur d’échapper à tout autre monde, qui pourrait être n’importe où dans l’univers. Même, n’oublions pas, la France.
