Au passé, j’ai parlé de ma curiosité sur une autre vie, celle où j’ai appris le français au lycée au lieu de l’espagnol. En fait, ce n’était pas le seul tel rêve. À la fac, j’ai dû apprendre une langue asiatique en tant que linguiste, et le japonais a été le choix évident. En partie à cause d’une certaine Dana (qui n’était pas japonaise elle-même), en partie à cause de mes passions pour les jeux vidéo et l’anime — et en partie, pour une autre raison souvent méprisée.
En 2022, je vous ai parlé d’un t-shirt, un souvenir de mon premier cours de japonais, avec 10 raisons pour le suivre, dont :
Numéro 8 : « Nihonjin no kanojo ga dekiru » — « Être capable d’avoir une copine japonaise ». Aux États-Unis, tout le monde croit que c’est la seule et unique raison pour laquelle un homme étudie le japonais. Je dirais deux choses : 1) Ce cours est arrivé 3 ans après le lycée, où j’ai demandé de sortir deux fois avec la mémé japonaise sans succès. C’était donc trop tard. 2) Vu qu’il y a presque 2 fois plus de japonais que de français (124 M versus 68 M), si c’est vrai, je suis bien incapable de compter.
Parlons en japonais
En fait, j’ai minimisé le mépris lié à cette raison. Pour autant que je sache après des recherches, il n’y a pas de page sur Wikipédia en français avec un article équivalent. En anglais, on a tout un vocabulaire pour mépriser un homme s’il apprend n’importe quelle langue asiatique : « yellow fever », littéralement, fièvre jaune, considéré une fétiche (lien en anglais) ; « weeaboo » ou « wapanese », des mots particulièrement pour un homme blanc si on le juge trop intéressé au Japon en particulier ; même « egg », littéralement, œuf — blanc à l’extérieur, jaune à l’intérieur.
Ça dit, Mireille Dumas en était bien au courant en 1989, et l’INA est revenu sur le sujet en 2023. L’interview est professionnelle, mais… disons que M. Jarry montre toutes les qualités (ou défauts, selon votre point de vue) de cette personnalité :
Je suppose que j’ai avoué une certaine culpabilité avec ma bibliothèque de musique, mais je nie absolument tout ressemblance à ce type, même à la fac.
J’ai une grande faiblesse pour la culture, pour de nombreuse raisons. Si je suis grand fan auto-proclamé du vouvoiement, que penser d’une culture où tout le monde s’incline en remerciant les autres, ou bien en entrant dans la voiture d’un train ? Que penser d’un pays qui utilise mes jeux préférés comme des pubs pour visiter ses propres régions, comme ça :


Si c’est vrai que je n’aime pas une belle partie de la cuisine japonaise — notamment tous les trucs fermentés, le natto et les tsukemono — ben, c’est également le cas que je n’aime pas la choucroute. Pourtant, vous avez vu au fil du voyage que je n’ai pas hésité à goûter des choses nouvelles pour moi, et que je les ai aimées. Il aurait été très facile pour moi d’adopter cette culture-là de même façon que sur ce blog.
Or, il y a longtemps, j’ai fait un choix exprès de ne pas la poursuivre, et c’est parce que je suis arrivé à croire qu’il y aurait toujours des limites au point où je serais accepté, et pire, que je ne comprendrais vraiment jamais quand on n’était pas honnête avec moi, de peur de donner offense. Je vous ai donné un peu de l’histoire de cette fille au lycée, mais ce que je n’ai pas dit, c’est que bien qu’elle soit l’une des deux personnes les plus brillantes que j’ai connues, et peut-être encore plus naïve que moi, elle m’a donné l’excuse la plus stupide que j’aie jamais entendue de la vie. Au début, je croyais que c’était simplement qu’elle m’a pris pour un con (pas sans raison). Cependant, au fil des années, je suis arrivé à reconnaître que les rejets des japonaises n’étaient pas comme les autres. Ce n’est pas une réflexion originale à moi, mais c’est vraiment difficile de dire simplement « non » dans cette culture. Pour être bien clair, je parle strictement de laisser de faux espoirs. Mais ça apporte son propre genre de malentendus.
Alors, après un certain temps, j’ai décidé qu’il me fallait quitter cette culture, et fermer la porte à clé. J’ai abandonné l’anime tout court un ou deux ans après la naissance de La Fille, j’ai laissé tomber mes connaissances de la langue bien que le japonais soit le sujet de mon mémoire de master, et j’ai limité les jeux vidéos pour moi-même aux classiques du passé, même avant les problèmes de mes mains à tenir des manettes. Ce n’est pas par hasard que j’ai joué à Final Fantasy V en français, au lieu de Final Fantasy XVI.
Je ne comptais pas sur revoir le Japon — cette année marque 30 ans depuis mon autre visite. Cependant, La Fille voulait le voir, et je n’ai jamais oublié ce que j’aimais. Je n’ai jamais mes collections de musique ou de cassettes VHS non plus (même si je n’ai plus de magnétoscope). J’étais bien choqué par quel point je me suis senti à la maison pendant ce voyage, entouré par des affiches où la compagnie ferroviaire fait le lien avec Détective Conan, une série que j’aimais tellement :

Depuis notre retour, je trouve que c’est encore une fois difficile à lâcher prise. Je continue toujours avec Duolingo en japonais, même si ça ne sert à rien, et je viens d’acheter les ingrédients pour l’une des recettes du voyage que je veux tester. C’est une affaire amoureuse qui ne m’a jamais apporté que des chagrins ; pourtant, j’ai encore du mal à la quitter.
