Le Japon vous aime

J’avais promis que la fin de nos explorations japonaises serait un cadeau pour vous tous. Le voilà. Tout au début du blog, j’ai écrit un petit billet intitulé « Tout le monde veut être français ». À l’époque, j’ai mentionné des boulangeries asiatiques et britanniques aux États-Unis qui faisaient semblant d’être français. Mais aujourd’hui, je vais vous montrer à quel point la France est populaire au Japon. Vraiment, je n’avais aucune idée que je trouverais tant de preuves !

Toutes les photos dans ce post sont à haute résolution en cliquant.

Notre toute première journée a commencé à Ginza, un quartier plein de boutiques de mode ainsi les grandes surfaces, dont Mitsukoshi. Mais pour y aller nous avons dû prendre un train de la Gare de Shimbashi jusqu’à la Gare de Yurakucho. Et qu’est-ce que l’on voit en sortant de Yurakucho ?

C’est la carte de « Kougnané » (lien en japonais), une pâtisserie à la fois japonaise et française. « Mais Justin », me dites-vous, « ces trucs en forme de hot-dog, même si sucrés, ne ressemblent à rien en France. » Pourtant, ce sont deux spécialités françaises adaptées aux goûts japonais — des kouign-amanns, fourrés sur commande avec de la crème pâtissière ! On ne les trouve pas partout — c’est l’emplacement local d’une pâtisserie à Kyoto.

Regardez Mitsukoshi de plus proche qu’avant. Ils font la publicité des marques Chanel et Goyard :

Dans la rue, toujours à Ginza, se trouve une boutique de Vacheron Constantin, l’horloger suisse :

La Suisse n’est pas la France, je le sais. Mais regardez les vitrines de plus proche :

Tout est en français — les étalages disent « Sud, plein Sud », « L’Essence de l’Orient » et « Les Grands Vents de l’Ouest ». Ce ne sont pas traduits en japonais, car le français est prestigieux.

Peut-être que vous ne me croyez pas : « Mais Justin, c’est juste la campagne du moment. » Descendons au sous-sol de Mitsukoshi. C’est grosso modo un supermarché, comme le sous-sol du Gourmet chez Galeries Lafayette Haussmann. Je vous rassure que tout ce qui suit est 100 % réel ; afin de vous épargner de magnifier les images, des transcriptions suivent.

Première photo : Que désirez-vous ? Vous pouvez en choisir un, pour le manger ce soir ? Voilà mademoiselle, c’est le meilleur. Il est magnifique.

Deuxième photo : Bonjour, monsieur. J’ai goûté un vin de Loire que vous m’avez proposé l’autre jour, il était excellent ! Aujourd’hui, je voudrais un vin riche et puissant. J’ai ce qu’il vous faut !

Troisième photo : Voulez-vous le goûter ? Oui, merci. C’est doux et très bon !

Et ailleurs, sur les fromages, se trouve ce panneau. Je ne pouvais pas prendre les fromages individuels en photo, car j’ai attiré l’attention d’une vendeuse, mais il y avait de la mimoretto sur l’étagère — ou comme on dit en Normandie, de la mimolette.

L'ardoise au-dessus des fromages dit : « Je préfère plus salé. Ça me plaît bien, ce goût. C'est délicieux. » Puis, il y a une liste : « Boutargue, canette rôtie, haricots cuits, pâtes ».

Il n’y a qu’une ardoise dans tout l’étage avec de telles expressions qui n’est pas en français. Elle se trouve en haut d’un étalage de plats préparés :

Ça dit en espagnol : « ¡ Hola ! ¿ Cómo está ? Estoy bien, gracias. » (Allo. Comment allez-vous ? Je vais bien, merci.) Puis en anglais : "Are you hungry? I'm starving. Is there a house specialty?" (Avez-vous faim ? Je meurs de faim. Y a-t-il une spécialité de la maison ?)

Puisque nous sommes chez Mitsukoshi, je dois faire un aparté sur un phénomène japonais — les fruits hyper-ultra-chers. On ne paye pas ces prix pour des fruits typiques. Mais les japonais sont ob-sé-dés par des objets « parfaits », et ils sont prêts à payer des sommes de folie pour des fruits sans fautes. Voici des exemples avec les prix comme légendes :

Ailleurs dans le supermarché de Mitsukoshi, on trouve de nombreuses marques japonaises qui ont pris des noms français et offrent des produits de façon française, si à la japonaise. J’avais deux personnes avec moi qui en avaient déjà eu marre de toutes mes photos, alors je n’ai pu prendre qu’un comptoir en photos, mais vous aurez l’idée. Cette marque, « Galette au Beurre » est fière d’afficher ses liens avec les produits d’Isigny-Sainte-Mère :

Très proche de Mitsukoshi, toujours à Ginza, on a peint les couleurs du drapeau français sur des conduits de climatisation, avec la légende « Aux Amis » :

Retournons à Shimbashi-eki, la Gare de Shimbashi. Là, vous trouverez cette boulangerie, Délifrance, avec ses panneaux qui évoquent la France, même si les petits pains en forme d’oiseau ne sont pas exactement ce qui se trouve là-bas :

N’oubliez pas que c’était dans cette même gare que nous sommes passés par chez Paul !

À la Gare de Komagome se trouve une pâtisserie très française. Malheureusement, j’ai oublié de prendre la pancarte en photo et n’ai pas de nom. Mais vous pouvez voir un choix de 5 parfums de madeleines, ainsi que de nombreuses coupes de sorbets. On a goûté une madeleine au chocolat — je vous dirai que ce n’était pas exactement comme les miennes, mais pas mal.

Vitrine d'une pâtisserie dans la gare. En premier plan, il y a 5 parfums de madeleine : nature, matcha, chocolat, orange et fraise. Pas sûr des parfums des sorbets à gauche, où de l'identité des pâtisseries emballées à droite.

Dans le même quartier, très proche du jardin de Rikugien, se trouve un resto français, Le Lutin (lien en japonais). J’ai franchement très peu d’idées de ce qui dit l’affiche dans sa vitrine, mais il y a une liste de noms en français et japonais sous la date septembre 1989 — L’Aubergade, Le crocodile, Michel Guérard, etc. — et je peux vous dire que le chef s’appelle Takashi ISOGAI (ce qui apparaît en haut de la page avec la liste). Peut-être qu’il s’agit de son CV.

On a dîné un soir au resto de l’hôtel Villa Fontaine. La carte est plutôt « générique asiatique et américain » — poulet tandoori, porc d’Okinawa, burgers, etc. :

Mais en dessert ?

Capture d'écran d'un dessert avec la légende : « Dessert du jour : chiboust à l'orange de Setoka »

À vrai dire, je ne suis même pas sûr de quel est ce « chiboust à l’orange de Setoka ». Il semble être une sorte de biscuit avec une couche de crème (chiboust ? Peut-être), et une couche de sucre caramélisé. Ce qui compte, c’est que le resto cherchait un dessert français pour la carte.

Dans la Gare de Kyoto, en plus de la pâtisserie Grandir, on a trouvé cette pâtisserie, spécialiste en cheesecakes, qui s’appelle « Frais Frais Bon » (lien en japonais). Le nom est écrit en caractères katakana pour les japonais dans les points sur les « i » et sous le point d’exclamation :

Dans une grande surface à Tokyo, Lumine (lien en japonais et anglais), on trouve des douzaines de boutiques de marques différentes. On était là le dernier jour pour chercher un cadeau pour ma mère. On ne l’a pas trouvé dans cette boutique, mais encore une fois, les japonais choisissent un nom français pour avoir l’air chic :

L'enseigne dit « Deuxième Classe »

À Akihabara, nous sommes passés par cette boulangerie, anciennement bien-aimée de moi quand c’était à South Coast Plaza avec un menu plus authentiquement français, Vie de France. C’est en fait une chaîne fondée sur la Côte Est des États-Unis, mais achetée en 1991 par Yamazaki, une grande société de boulangeries au Japon — tout s’explique sur son site américain. Dans les vitrines, encore une fois on voit que la gamme est très loin de ce qui se trouve en France :

Et pour finir, quelques choses que j’ai gardées du magasin 7-Eleven à l’aéroport — car elles montrent une forte influence française. À gauche, oui c’est un Mont Blanc, et le paquet à droite dit « custard cream puff » en anglais — choux à la crème — mais en japonais, ça dit clairement shyū, certainement un effort d’écrire « choux ».

J’espère que ce tour du Japon à la française vous aura convaincu — le Japon vous aime !

9 réflexions au sujet de « Le Japon vous aime »

  1. Avatar de Agatheb2kAgatheb2k

    Les dentellières au fuseau de la Haute-Loire ne le savent que trop… elles venaient en stage en France puis une fois rentrées chez elles, ce qu’elles y avaient appris ressortait sous forme de livre (il y en a eu d’autres, mais la statuette -sur la gauche- de la dentellière avec son carreau à roue sur les genoux, typique de l’Auvergne, pour situer ce livre, est un classique dans tous les centres dentelliers du 43) qu’elles nous vendaient ensuite…

    Mais leur amour pour nos techniques dans les métiers d’art est durable, il y a eu une présence du savoir-faire français à l’exposition universelle d’Osaka => https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/ain/bourg-bresse/elle-travaille-pour-la-gloire-une-dentelliere-de-l-ain-a-l-exposition-universelle-d-osaka-3215468.html?utm

    Le pain à la française est aussi un de leurs dadas… 😉

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  2. Avatar de FilimagesFilimages

    En France, on voit souvent des tatouages écrits en japonais sur des personnes voulant se donner un genre…

    Petite remarque sur la plaque du restaurant « Le Lutin » : Le numéro de téléphone est au format français. 10 chiffres et commençant par 03 (quart nord-est de la France). Bizarre…

    Merci pour la visite.

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      1. Avatar de Bernard BelBernard Bel

        Un ami américain qui parle et lit le japonais nous a dit avoir croisé une femme affichant fièrement un tatouage en japonais sur son épaule. Il lui avait demandé si elle en connaissait la signification. Non, et il lui avait révélé que le texte voulait dire « beau-frère » 😉

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      2. Avatar de AnagrysAnagrys

        Une amie japonaise avait eu du mal à contenir son hilarité en lisant le caractère 痔 montré fièrement sur une épaule dénudée.
        Certains ne voient que l’esthétique et oublient que ces jolis trucs ont un sens pour des millions, et parfois plus d’un milliard de personnes (le caractère a le même sens en chinois)…

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  3. Avatar de vanadze17vanadze17

    Depuis leur ouverture au monde au 19ème siècle, au moment de l’Exposition Universelle en 1879, les Japonais ont beaucoup apprécié la France et surtout ses arts.
    A commencer par la peinture japonaise qui a inspiré nos impressionnistes (Monet, Manet, etc…). Les Japonais eux, se sont intéressés à notre cuisine, la mode haute-couture, et notre langue.
    Les Japonais aiment apprendre notre langue.
    Pour eux, elle représente le must.

    Voici le lien qui, même s’il n’est pas récent, explique cet attrait, en plus des photos de Justin qui sont des preuves récentes !

    https://lecourrier.com/rubrique-le-carrefour-des-francophones/2024/04/24/le-japon-et-son-amour-de-la-langue-francaise/

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