Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Shrekking

Rien ne me plaît autant que quand les francophones adoptent des anglicismes, puisque je peux les comprendre sans faire des efforts. Ha, non, évidemment personne ne me croit. Mais hier, Facebook m’a infligé un article de Doctissimo — et j’ai hâte d’ajouter que je ne suis pas cette page, mais Facebook préfère me montrer tout sauf les contenus de mes amis — et malheureusement, je l’ai compris rien qu’en lisant le gros titre. Il s’avère que le pire mot anglais de l’année est arrivé en France, ce qui en fait un sujet pour ce blog.

Ben, c’est aussi une excuse pour râler sur ma plus grosse bête noire. Je suis rien d’autre que prévisible.

Alors, connaissez-vous la série de films « Shrek » ? C’est un ogre laid qui sauve une princesse à un dragon, puis il s’avère que la princesse souffre d’une malediction qui la transforme en ogresse la nuit. Après des aventures pour faire une film assez long, les deux finissent par embrasser, ce qui la transforme définitivement en ogresse, car elle est amoureuse d’un ogre. Il y a d’autres films, mais jamais vu de mon côté, et pas importants pour notre sujet non plus.

Ballon de Shrek au défilé de Thanksgiving, Photo par joiseyshowaa, CC BY-SA 2.0

Avec ces infos, si je vous disais que « shrekking » implique la vie sentimentale, de quoi s’agirait-il selon vous ? Pas besoin d’y réfléchir ; je vous donnerai la signification selon Doctissimo :

choisir volontairement un partenaire perçu comme « inférieur » (notamment physiquement) pour garder le dessus. L’espoir ? Que ce partenaire mesure sa chance d’être tombé sur la perle rare (vous !), et se révèle investi, fidèle et respectueux.

Le « shrekking », cette idée (toxique) de sortir avec moins bien que soi, pour ne pas souffrir

Comme toute idée toxique de nos jours, celle-ci vient de TikTok — toutes les sources que j’ai vues en anglais sont d’accord avec Doctissimo sur ça ; je ne chercherai pas d’exemples.

La première chose à remarquer, c’est que les génies d’Internet ont bel et bien raté la signification du conte original : la princesse se révèle enfin être exactement au niveau de l’ogre. C’est juste que l’ogre n’est pas aussi mauvais que la réputation de son espèce. Mais laissez tomber, car c’est aussi évident que personne ne se croit un ogre.

Je crois que j’enfonce une porte ouverte si je dis que ça doit être l’idée la plus condescendante que j’ai jamais entendue. Mais j’ai remarqué quelque chose d’autre très intéressant en lisant l’article de Doctissimo, par rapport aux articles que j’ai lus plus tôt en anglais. Ça me semble une différence culturelle ; où les anglophones cherchent à dénoncer cette tendance car c’est censé une mauvaise idée pour la personne « supérieure », l’article en français traite des mauvaise conséquences pour celui que joue dans la peau de l’ogre. Je me demandais si c’était juste par hasard, alors j’en ai recherché d’autres en français :

Le partenaire peut sentir qu’il est un second choix, ce qui touche à la confiance et à l’estime de soi.

Sudinfo (Belgique)

Pour autant, le shrekking est aussi une tendance malhonnête et malsaine dans la mesure où elle érode la confiance et l’estime de soi de l’autre. 

TF1

Si ce phénomène peut paraître cruel pour la personne qui en est victime, il s’agit surtout d’un mécanisme de protection, selon l’experte.

Femme Actuelle

C’est quoi, cette idée de se soucier de l’autre personne, et non seulement de soi-même ? Encore une fois, je me sens passé à l’autre côté du miroir, sens Lewis Carroll. Il faut, cependant, noter que les trois citent tous les mêmes psychologues comme sources, même si les articles sont rédigés par des journalistes différents. J’imagine qu’être pressé de copier ce qui est déjà paru ailleurs n’aide pas à produire des contenus originaux.

Mais j’ai appris quelque chose d’aussi nul en faisant ces recherches. Aux États-Unis, on croit tous que le français est la langue d’amour. Pourtant :

Vous êtes familiers du breadcrumbing, du love bombing, du ghosting ?

TF1

Entre les “situationships”, le “snowmancing”, ou encore le “ghostlighting”, il existe des dizaines de termes obscurs…

Femme Actuelle

Je ne connais que la moitié de ces mots qui se terminent par « -ing ». Mais vous avez outsourcé cette tâche à qui ? À mes compatriotes. Ayez honte. Non, plus honte. C’est gênant, ça. Ce blog est intitulé d’après l’idée que les Français ont les meilleurs mots pour ce sujet !

Ici et là

J’ai des nouvelles, personnelle et autrement, alors c’est le bon moment pour un autre Ici et là.

D’abord, je vous offre une nouvelle ressource sur le blog. Maintenant, toutes les dates dans la page des Blagues de la Semaine sont des liens d’ancrage — vous pouvez lier à n’importe quelle blague directement :

Capture d’écran

J’ai dû faire tout ça à la main, mais ce n’était vraiment pas compliqué — c’est juste que l’éditeur de blocs de WordPress n’affiche pas les codes nécessaires. Si vous voulez un tutoriel, dites-le-moi dans les commentaires, et j’en écrirai un.

J’ai reçu la première bonne nouvelle depuis des années de la part du propriétaire de mon immeuble. Je ne sais pas comment les choses marchent en France, mais quand on quitte un appartement chez moi, il y a habituellement une inspection suivi d’une facture pour certaines réparations. C’est souvent le cas qu’il faut payer pour la moquette, les trous dans les murs si vous avez accroché des tableaux, etc. Cependant, en général les propriétaires ne peuvent pas vous facturer pour des choses qui sont simplement vieilles, seulement pour les vrais dégâts.

Dans mon cas, j’y habite depuis 15 ans. Il y a 3 ans, le propriétaire a annoncé un renouvellement du bâtiment, mais on le fait progressivement — quand un locataire quitte son appartement, ils font les travaux. Je m’attendais à ce qu’ils essaient de me faire tout payer — peu importe si la moquette a 15 ans, c’est la dernière opportunité de me prendre pour une tirelire. Mais en fait, après avoir reçu mon rejet du nouveau contrat, ils m’ont dit que je ne serai pas responsable d’aucune facture, et pas besoin d’inspection non plus. Tant mieux — j’allais les poursuivre pour toute facture.

Et pourquoi est-ce que je ferais une telle chose ? Parce qu’ils ont rompu le contrat de nombreuses façons. La climatisation utilise un filtre, dont il faudrait le remplacer 4 fois par an. Anciennement, ils le remplaçaient seulement 1 fois par an. Mais la dernière fois où ils l’ont remplacé a eu lieu en 2019 — avec le Covid, ils ont arrêté. Même chose pour le filtre pour l’eau dans le frigo. Et les ampoules spécialisées dans les salles de bain et la cuisine. Et ma climatisation arrête de marcher tous les 4 mois, mais l’équipe d’entretien refuse de la régler correctement jusqu’à ce que je parte. Ça n’épuise pas ma liste de plaintes, mais vous ne les croiriez pas toutes. Sérieusement.

Je ne le crois pas complètement, mais je continue à soumettre mon manuscrit à d’autres maisons d’édition, dont une ce soir. Il y a maintenant 8 dates limites dans mon calendrier pour perdre espoir selon les délais promis par chacune. Si on l’accepte, ça me rendra « expert », et je pourrai partager mes lettres de soumission comme si je sais ce que je fais. Sinon, je serai con — encore plus — et il faudra que je me taise. Ce que je peux vous dire pour l’instant, c’est que dans chaque cas, je fais des recherches détaillées dans le catalogue de la maison pour donner 2 ou 3 exemples qui prouvent que mon livre rentre dans leur ligne éditoriale.

Quelque chose de nul est arrivé cette semaine, mais je n’ai pas décidé si je devrais en parler. Probablement pas. Il s’agit d’une rupture définitive avec d’autres personnes. Mais sachez que je suis de très mauvaise humeur, et ce sont — comme souvent ! — uniquement mes activités françaises qui me permettent de rester sain d’esprit.

Ça fait longtemps depuis mon dernier film français. Vendredi, il y en aura enfin le prochain. Il faut que je prépare un dessert pour le groupe, ainsi qu’un autre pour une soirée de belote samedi. Après ça, les outilles vont tous dans des boites pour le déménagement, je crois. Je serai ravi une fois que 2025 sera derrière moi !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Rendez-vous chez Axis Chemicals

J’imagine que s’il y a un film que tout le monde aime, ça doit certainement être Batman. Le vrai, de 1989 et signé Tim Burton, avec Jack Nicholson dans le rôle du meilleur Joker de tous les temps. (Le début du Chevalier noir est certainement à la hauteur, mais après, c’est de l’horreur.) Et si vous vous souvenez de l’histoire, comme dans plusieurs versions, tout commence quand le criminel qui deviendra le Joker tombe dans une cuve d’acide dans l’usine chimique Axis Chemicals (parfois Ace, c’est-à-dire As — hyper-subtil, ça).

Mais j’ai récemment eu une sacrée claque sur la tête en lisant la page Wikipédia de mon coup de cœur du mois, Anne-Sophie Lapix. En France, le Joker est une femme ?

À la rentrée de septembre 2006, Anne-Sophie Lapix devient le joker de Claire Chazal à la présentation des journaux télévisés du week-end de TF1 (succédant à Laurence Ferrari).

Anne-Sophie Lapix, Wikipédia

À moins que Claire Chazal, inconnue pour moi, soit Batman, ou plus probablement, Batwoman, il ne s’agit pas d’un méchant des bandes-dessinées. Alors je devais en savoir plus sur quel est ce joker. Mais cette tâche m’a mené quelque part d’inattendu !

Mon dictionnaire Oxford donne 4 sensen allant du français à l’anglais :

Capture d'écran des 4 sens du mot joker en français : la carte, l'atout du tarot, le sportif, et l'informatique.

D’abord, il y a la carte dans un jeu de cartes, d’où le méchant de Batman tire son nom. Puis, il y a ce que l’on dit en anglais une « trump card », l’expression habituellement utilisée pour traduire les atouts du tarot et de la belote. Troisièmement, il y a un sens tout inconnu pour moi pour ce mot en anglais, un remplaçant qui peut jouer n’importe où dans un sport d’équipe. En anglais américain, on dirait plutôt « utility player », un joueur polyvalent, pour ça. Peut-être que vous l’avez emprunté aux britanniques dans ce sens ; je ne sais pas. Dernièrement, il y a un sens informatique, pour un caractère qui veut être utilisé pour signifier n’importe quel caractère. À moins que vous aviez l’habitude d’utiliser l’interface de ligne de commande sur votre ordinateur, il est peu probable que vous le connaissiez. J’explique.

Si on veut savoir quels sont les fichiers dans un dossier dans un système UNIX ou Linux, on tape « ls ». Si on veut savoir uniquement quels sont les fichiers JPEG, et s’en fiche des noms, on tape « ls *.jpg » ; l’astérisque veut dire « n’importe quel nom », alors que le « .jpg » limite les résultats. L’astérisque est donc le joker selon cet usage — mais à noter, le mot joker n’apparaît pas dans la liste de commandes UNIX sur Wikipédia, même pas sur la page pour ls. Je ne suis donc pas sûr à quel point cet usage est courant.

Il me semble le plus probable que joker dans le sens utilisé pour Mme Lapix vienne du sens sportif. À noter aussi, Le Trésor de la langue française ne connaît pas cet usage — il y a un sens unique là, celui de la carte. Mais en inversant la recherche, venant de l’anglais au français, j’ai reçu une sacrée surprise !

Capture d'écran des 4 sens du mot joker en anglais, traduites en français, du dictionnaire Oxford

Les trois premiers sens sont comme attendus : un farceur, un type, et la carte. Puis, il y a « clause ambiguë d’une loi ». Attendez, quoi ? On veut me dire que nous disons ça en anglais ? J’ai dû le vérifier dans un dictionnaire anglais !

Et voilà, dans le dictionnaire Collins, sous la liste de sens britanniques, les trois premières significations sont exactement celles du dictionnaire bilingue Oxford :

Capture d'écran des 4 sens du mot joker en anglais britannique du dictionnaire Collins
Capture d’écran

Mais la dernière dit « principalement États-Unis », et c’est exactement cette idée d’une clause ambiguë dans une loi. Mon père est avocat, je m’intéresse à ce sujet depuis longtemps et peux citer des centaines de décisions légales inconnues à l’Américain lambda, et pourtant, je n’ai jamais entendu cet usage de joker. Je suis donc parti à la recherche d’un mot inconnu en français pour finir par découvrir que je ne parle pas l’anglais américain.

Awww, vous êtes de si grands flatteurs. Je n’ai jamais osé espérer recevoir un tel compliment !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour aller là-haut.

Mise à autrefois

Ceci pourrait être une Langue de Molière, car il y a beaucoup de choses à dire sur le manque d’une vraie traduction du mot anglais « up » en français. Mais je vais limiter mes remarques au mot « upgrade », car j’ai envie de râler sur iOS 26.

Je vous ai dit avec le dernier épisode de la balado que le service aux clients chez Automattic (qui font ses affaires sous le nom WordPress) m’a dit de mettre à jour mon portable de iOS 18.7 au nouveau 26. En anglais, on dit « upgrade », et il me déçoit un peu que le français, qui utilise « grade » de même façon quant aux rangs militaires, n’utilise pas « grade » dans ce contexte. ”Up » dans ce contexte veut dire une hausse de niveau. Vous pouvez donc facilement comprendre ce qui veut dire « downgrade », l’opposé — c’est une baisse de niveau, « down » étant l’antonyme de « up ».

Étant programmeur moi-même, parmi d’autres choses, je ne suis pas satisfait de ces deux choix. L’un de mes proverbes personnels, c’est : « Il n’existe aucun logiciel qui ne puisse être amélioré en revenant à sa version précédente. » Je dis ça parce qu’à mon avis, une fois les fonctionnalités sont établies et validées, les seuls changements qui restent sont souvent des trucs superficiels pour donner l’impression d’avoir « fait quelque chose ».

C’est pour ça que j’aime parler de « sidegrades » : « side » veut dire « côté », alors l’idée est que le nouveau logiciel n’est pas meilleur, il est juste différent. Mais traduire ça de façon littérale est impossible. Si « upgrade » est « mise à jour », puis « sidegrade » serait « mise à côté ». Mais ça veut déjà dire quelque chose ! Alors plutôt qu’une « mise à jour », c’est une « mise à hier », car tout reste comme avant, juste cassé et désorganisé. Soyez le bienvenu à suggérer d’autres traductions maintenant que vous avez l’idée.

Alors, qu’est-ce que je déteste chez iOS 26 ? Commençons avec le nouvel aspect de chaque icône — sans raison valable, Apple a choisi d’éclairer les coins supérieur gauche et inférieur droit de chacun. Voici une comparaison avant/après ; c’est plus facile à voir avec les icônes de couleur sombre.

L’idée était de donner un peu de profondeur, un faux effet 3D. Mais à mes yeux, ça ressemble plus à une erreur graphique, des bordures qui ne devraient pas être là.

Je ne dis jamais l’expression suivante, alors vous savez que je suis vraiment en colère : Apple a bien foutu le bordel avec mon clavier bilingue. Au passé, entre iOS 13 et 17, il y avait des claviers monolingues, un pour anglais et un pour français. Les deux apprenaient de mauvaises habitudes si on tapait souvent dans l’autre langue. Alors avec iOS 18, Apple a créé un clavier bilingue, qui utilisait les deux dictionnaires pour la correction automatique, ainsi qu’un clavier uniquement pour le français. Je veux que vous voyiez exactement de quoi je parle :

Je n’utilise jamais le clavier uniquement français. Pourquoi ? Parce que l’apostrophe est exactement là où je m’attends à la lettre « l », alors je fais beaucoup trop d’erreurs avec ce clavier. Cependant, Apple vient de faire quelque chose de stupide au nom de rendre le clavier « intelligent ». Voici un petit clip pour démontrer de quoi je parle :

Quand je tape sur la lettre « e », on voit le menu avec tous les choix de « e » : e, è, é, ê, etc. Cependant, où le clavier me laissait sélectionner chacun à son tour dans toutes les versions précédentes, maintenant il saute directement du premier choix, e, au troisième choix, é, si à son avis, il est peu probable que je choisisse le deuxième choix, è. Au début d’un mot, ce choix aura toujours raison. Mais ce système se trompe encore et encore plus tard dans les mots : il saute l’accent grave même pour « système » ou « dernière ». Ne me croyez pas sur parole ; voici un clip de moi en train de taper dernière dans ce post-même :

D’accord, c’est souvent plus facile de ne pas taper les accents et de laisser le portable les corriger. À votre avis, suis-je le genre de personne qui aime faire des erreurs exprès ? Surtout dans une langue où je suis déjà bien parano sur mon taux d’erreurs ?

Ouais, moi non plus.

Des choses ont bougé complètement sans raison. J’ai dû rechercher une capture d’écran des paramètres pour iOS 18 car, pas comme mes applis, je n’ai pas pris de capture d’écran avant d’installer le nouveau logiciel. Mais qu’est-ce que vous remarquez dans ces deux ?

Deux captures d’écran : liste d’applis de iOS 18 à gauche, iOS 26 à droite. Capture à gauche venue d’AppleInsider.

Anciennement, la barre de recherches était en haut ; maintenant, c’est en bas. Ce changement ne sert à rien — ça « aide » juste à embrouiller l’utilisateur !

Un autre mauvais choix ici ? Il y a désormais plus d’espace blanc autour de chaque ligne. Ça ne sert à rien non plus, et tout artiste ou éditeur qui a jamais composé une page vous dira que 700 ans de leçons depuis Gutenberg nous disent de minimiser l’espace blanc. C’est seulement les développeurs de logiciels qui aiment ajouter de plus en plus d’espace blanc.

Aucun changement ici ne me plaît, et tous sont des exemples de ma croyance que c’est juste pour donner l’impression d’avoir « fait quelque chose ». Vraiment, je payerais plus cher pour qu’ils ne fassent rien du tout !

Saison 4, Épisode 26 — Plus un guide général

Il y a de nombreux exemples dans mon livre où mes avis sur mes trouvailles françaises ne correspondent pas au consensus. Mais je n’ai jamais été aussi surpris que de découvrir que Julie Zenatti n’est pas une grande star avec une poignée de Victoires de la Musique.

En faisant des recherches pour les gros titres satiriques de la semaine, j’ai découvert le magazine Youstar. Selon la FNAC, il cible des lectrices de 15 à 99 ans. Ne me croyez pas sur parole, voici une capture d’écran. Mais je n’aimerais pas être rattrapé avec un exemplaire dans mon EHPAD à venir ! J’avoue que j’ai une certaine curiosité morbide sur les contenus de ce magazine.

Site d'abonnements de la FNAC avec les magazines YouStar et Sporteen. La légende au-dessous YouStar dit 15 à 99 ans ; celle au-dessous de Sporteen dit 10 à 15 ans.

Vous pouvez tous me remercier, au moins ceux qui utilisent Jetpack sur iOS pour lire les blogs WordPress. Pour la deuxième fois cette semaine, j’ai passé du temps avec un « Ingénieur en bonheur » (Happiness Engineer, ce que le service aux clients s’appelle en anglais). Cette fois, c’était pour donner mon compte rendu, avec des enregistrements d’écran, d’un bogue de crash quand on lit les blogs d’autres, surtout (mais pas seulement) des posts pleins de photos. Ça a commencé à partir de 26.3, sorti mercredi, et continuait avec 26.3.1 samedi. Rien ne vous empêche de faire aussi des rapports de bogues. Je serais curieux de savoir si vous expérimentez la même chose que moi : News from Ibonoco, Miss Biblio Addict !!, Un Esprit Sain Dans Un Corsage. Uniquement dans le Lecteur de l’appli sur iOS, bien sûr.

Un de ces quatre, je dois vous raconter des histoires de mon premier boulot, contrôleur de qualité pour des jeux vidéo chez Sony. C’était horrible. Vous pensez que je plaisante, mais je vous rassure, ça n’a absolument rien à voir avec jouer aux jeux pour plaisir. (C’est pire quand le jeu n’a rien à voir avec le plaisir non plus.)

Et en parlant des jeux vidéo, il y a une semaine, nous avons enfin reçu la première bande-annonce pour le deuxième film Super Mario. La musique vient largement de Super Mario World, le jeu pour lequel j’étais prêt à risquer mes yeux. Le film sortira en 2026. À ne pas oublier, ces films sont animés en France ! (Il serait super d’avoir un 5 Minutes Avec autour du film, mais j’imagine que les dessinateurs sont interdits d’en parler.)

Malheureusement, la solution de WordPress était de me faire mise à hier iOS, à la version 26 qui vient de sortir. iOS 26 est quelque chose de spécial, comme si une équipe d’ingénieurs avait la tâche de trouver chaque chose que j’aimais chez iOS 18, et la rompre sauvagement. (Mise à hier est ma tentative de traduire mon argot personnel pour les mises à jour qui ne sont pas d’améliorations. On en parlera plus. Demain. C’est un sujet qui me gave.)

Notre blague traite du dîner. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Devoirs et Youstar. Les Bonnes Nouvelles traitent d’une intervention chirurgicale qui a restauré la vue à un homme de 24 ans, aveugle depuis ses 12 ans.

Sur le blog, il y a aussi Le mystère du mauvais disque, sur mes efforts pour découvrir l’identité d’un achat faussement étiqueté, L’attaque des oignons français, sur la dernière tendance culinaire californienne, Je découvre Julie Zenatti, la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata, et Bénévole deux fois, où j’accepte un deuxième poste.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec l’EDF

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleur ». Je note qu’avec ce numéro, je passe enfin de ce qui était considéré la « première » partie à la deuxième dans la version originale publiée par Gallimard (qui a aussi un manuscrit de ma part ; Marcel et moi ont des choses en commun). Cependant, rien ne l’indique dans la traduction anglaise. Cette fois, j’ai avancé de 28 pages.

À noter, hier La Fille a évoqué ce projet à mes parents, qui m’ont demandé pourquoi je continue. Rien que pour vous faire plaisir, les amis. Et ne pas laisser mon frère gagner non plus.

Littéralement la première phrase de cette partie est une ode à l’hypocrisie bourgeoise :

Cependant Mme Bontemps, qui avait dit cent fois qu’elle ne voulait pas aller chez les Verdurin, ravie d’être invitée aux mercredis, était en train de calculer comment elle pourrait s’y rendre le plus de fois possible.

Ne vous inquiétez pas, toutes les prétentieuses veulent jouer à « Qui est la plus superficielle ? » :

[Mme Cottard] : Je n’ai pas besoin de vous demander la marque de fabrique, je sais que vous faites tout venir de chez Rebattet.

— Mais ceci est tout simplement fait ici. Vraiment non ?…

Elle me répond : « Lohengrin ? Ah ! oui, la dernière revue des Folies-Bergères [sic], il paraît que c’est tordant. »

Lohengrin, le célèbre opéra de Wagner, d’où nous avons la marche nuptiale la plus connue au monde, aux Folies-Bergère ? Nan, mais sérieusement ? Ça vient d’un personnage jamais mentionné avant, et je crois sans importance au récit, mais vraiment, Proust a dû lâcher cette pépite pour les réactions.

Au cas où vous n’avez pas compris l’époque, on laisse tomber que :

À propos de vue, vous a-t-on dit que l’hôtel particulier que vient d’acheter Mme Verdurin sera éclairé à l’électricité ?… Il y a la belle-sœur d’une de mes amies qui a le téléphone posé chez elle ! Elle peut faire une commande à un fournisseur sans sortir de son appartement !

Mais non ! Allez, Marcel, rejoignez-nous en Californie du Sud, où l’électricité est une luxe plus chère qu’au Paris de votre époque ! Quant au téléphone, quand Pizza Hut venait de sortir une appli pour iPhone — je veux dire peut-être en 2007 ? — un humoriste d’Internet a dit, « Finalement, on pourra utiliser un téléphone pour commander une pizza. » J’aurais tué pour avoir pensé à ça moi-même.

Mais n’oubliez pas que tout ça est dans le contexte de la visite du narrateur chez les Swann précisément pour ne pas voir Gilberte. Il suit des pages de réflexions à ses jeux d’esprit dignes d’un troupeau de collégiennes de 11 ans, suivies de la reconnaissance du fait que non, Gilberte ne va pas le supplier sans cesse :

Les jours qui suivirent, je pleurai beaucoup… quand j’avais renoncé à Gilberte, j’avais gardé cet espoir d’une lettre d’elle pour la nouvelle année. Et le voyant épuisé avant que j’eusse eu le temps de me précautionner d’un autre, je souffrais comme un malade qui a vidé sa fiole de morphine sans en avoir sous la main une seconde. 

Il s’intéressait à elle uniquement pour sa relation avec Bergotte, et finissait par s’attendre à ce qu’elle lui demande pardon, à genoux ? Quel amour-propre ! Puis, après toutes ces angoisses :

Chaque fois que j’appris ainsi que Cottard, ma mère elle-même, et jusqu’à M. de Norpois avaient, par de maladroites paroles, rendu inutile tout le sacrifice que je venais d’accomplir, gâché tout le résultat de ma réserve en me donnant faussement l’air d’en être sorti, j’avais un double ennui.

Il se passe que toutes ces personnes sont coupables de dire à Gilberte qu’il était malade, mais vient de guérir, quand il voulait qu’elle croie que tout était à cause de colère.

Vous ne saurez jamais à quel point ce type me rappelle mon frère : « J’insiste que vous soyez fâchée avec moi pour mes raisons, pas les vôtres !» Si ce n’est pas une citation, c’est seulement car il ne parle pas français.

Le narrateur pense à nouveau à sa lettre :

Il me semblait alors que dans quelques années, après que nous nous serions oubliés l’un l’autre, quand je pourrais rétrospectivement lui dire que cette lettre qu’en ce moment j’étais en train de lui écrire n’avait été nullement sincère, elle me répondrait : « Comment, vous, vous m’aimiez ? Si vous saviez comme je l’attendais, cette lettre, comme j’espérais un rendez-vous, comme elle me fit pleurer ! »

Je vous ai dit : « N’envoyez jamais une telle lettre. »

Il suit des pages de réflexions sur ses visites à Mme Swann, concentrées sur son aspect et l’avis du narrateur sur sa beauté au point où je me suis demandé : « Vous êtes amoureux de la fille ou la mère, vous ? » Mais j’ai terminé exactement où il décide que :

je venais de me résoudre à aller surprendre Gilberte avant son dîner.

Oh, ça va bien aller, j’en suis certain !

Bénévole deux fois

Parce que je me sens toujours obligé de prouver mes « bona fides », comme on dit en anglais (du latin pour « bonne foi »), je viens d’accepter un deuxième poste de bénévole chez l’OCA. Il y a une publication dite « Guide pratique », disponible seulement pour les membres, une soixantaine de pages d’astuces, d’adresses (j’hésite à dire « bonnes adresses » vu d’où nous parlons) et de renseignements pas évidents sur vivre aux États-Unis. La dame qui le gère depuis au moins le moment où je m’inscrit à l’OCA pour la première fois (mi-2022) vient de démissionner.

Un tas de journaux, Photo par Bernerlover, CC BY 4.0

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je suis le choix logique. Premièrement, je sais évidemment gérer les publications. Deuxièmement, si le but est d’expliquer la vie locale, qui de mieux qu’une personne qui y habite depuis 25 ans, à ne pas parler d’une peine à perpétuité si on veut dire le pays et non seulement le comté d’Orange ? Troisièmement, pour autant que je vous adore tous, il y a certaines choses qui… ne sont pas évidentes quand on est immigré plutôt qu’autochtone. Je vous donnerai un exemple.

Il y a une chaîne de supermarchés ici nommée « Trader Joe’s« . C’est en fait une filiale d’Aldi depuis les années 70, mais je ne le savais pas jusqu’en 2020. (Pour une chose, je n’avais jamais entendu parler d’Aldi avant.) Cette chaîne ne vend que des choses de sa propre marque, et parmi ces produits se trouvent une tablette de chocolat qui s’appelle « Pound Plus« . Cette tablette est fabriquée en Belgique, donc à une taille européenne, 500 grammes. Mais nous utilisons quel système de mesures ? Ouaip. Un livre — 1 pound — pèse 454 grammes. Une tablette de 500 grammes est donc plus qu’un pound, d’où « Pound Plus ». Mais un francophone de naissance, qui ne s’adapte jamais aux livres et aux gallons — très facile, parce que la grande majorité d’étiquettes montrent les mesures également en SI et en impérial — peut lire « pound » comme le verbe qui veut dire « taper ». Alors il y a une explication dans le guide que « Pound Plus » = « plus ou moins fort ». Il serait bon d’éliminer ce genre d’erreur.

Mais il y a des raisons pour lesquelles je suis la mauvaise personne aussi. Je ne cherche pas de médecins, de comptables, ou d’avocats qui parlent français — je n’en ai pas besoin. Au mons, pas ici. Je n’ai pas d’expérience avec les lois concernant l’immigration, et je n’ai pas l’habitude de chercher des sites ciblant les expatriés, tels que Très Américain (mentionné dans le guide).

Puis-je avouer quelque chose ? Je voulais toujours faire du bénévolat pour l’OCA parce que je me sentais très reconnaissant qu’ils m’ont accepté. Mais particulièrement depuis La Boulette, je me sens obligé de prouver que je ne suis pas là pour des raisons suspectes. Personne ne m’a jamais dit en si peu de mots : « Toi, t’es ici pour draguer n’importe qui. » Mais la question est souvent posée de façon juste un peu moins directe, et pas toujours en forme de question ! Ça me hante, et j’espère toujours qu’avec assez de responsabilités, tout le monde finira par croire que c’est au moins une façon très bizarre d’atteindre ce prétendu but.

En même temps, je me demande si je suis devenu trop visible. Je ne veux pas que l’autre personne de La Boulette se sente obligée d’éviter les événements car je suis là. Après tout, j’ai l’impression que ça continue. C’était son association d’abord, pas la mienne.

C’est parti, mais je ne commencerai pas cette nouvelle tâche jusqu’après notre déménagement en octobre. Heureusement, il n’y a pas de troisième publication de l’OCA — je n’ai pas envie d’en ajouter plus !

Je découvre Julie Zenatti

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la chanteuse qui a suivi Cats on Trees, Julie Zenatti. S’il vous dérangeait ces dernières entrées que je n’étais pas très enthousiaste de mes sujets, cette fois, je vous rassure, vous allez finir par appeler le 17 ou le 114 à cause d’un excès d’enthousiasme !

Julie Zenatti sur Taratata, Capture d’écran, ©️Banijay

Julie Zenatti est née en 1981 à Paris, fille d’une famille italienne et juive algérienne. À ses 13 ans, un employé de la maison de disques EMI la découvre dans un karaoké, et lui fait signer son premier contrat. C’est ainsi qu’elle sort en 1995 son premier single, Il restera de toi :

Cependant, c’est trop de pression pour une si jeune fille — quoi, beaucoup de stars des années 60 se sont lancées à cet âge ! — et sa famille rompe le contrat pour qu’elle puisse aller au lycée. Ça ne l’empêche pas d’être considérée comme candidat pour représenter la France à l’Eurovision en 1996.

En 1997, elle joue dans le rôle de Fleur-de-Lys, dans la comédie musicale « Notre-Dane de Paris », qui connaît un si grand succès qu’elle quitte le lycée pour se consacrer à la musique. Avec un nouveau contrat chez Columbia, en 2000, elle sort son premier album, Fragile, un double disque d’or selon la vieille signification, 200 000 disques, pas les normes abaissées de nos jours. Parmi les singles de l’album se trouve « Si je m’en sors », ce qui montre qu’à ses 19 ans, elle est déjà un produit fini, sans jamais avoir assisté à un conservatoire :

Écoutez aussi « Why » ; son articulation est par-faite.

En 2002, elle sort son deuxième album, Dans les yeux d’un autre, pas aussi bien accueilli que le premier, même si toujours un disque d’or. Le plus grand tube de l’album est « La vie fait ce qu’elle veut », qui s’écoule à 42 000 exemplaires.

Vous savez quel était le plus grand tube de l’année aux États-Unis en même temps ? Freaking « How You Remind Me » de Nickelback, avec plus de 7 millions de ventes mondialement, dont 250 000 en France. Alors que vous aviez Julie Zenatti. Je n’ai même pas de mots. Allez, vous avez donc tous raté la chanson éponyme de l’album, avec l’une des rimes les plus parfaites de tous les temps.

Son prochain album, Comme vous…, sort en 2004. Avec de l’aide de J-J Goldman et Axel Bauer, cet album se vend à 200 000 exemplaires encore une fois. Le grand tube et unique single est « Je voudrais que tu me consoles ». À vos ordres, chérie.

C’est plus électrique que ses autres chansons à ce point, avec trop d’effets pour une voix qui n’a pas besoin de la tricherie à la sauce logiciel, mais très agréable quand même. « L’amour s’en fout » est plus de Julie comme on la connaissait avant ; « Rendez-moi le silence » aussi.

Après cet album, Julie Zenatti fait une pause pour doubler Barbie dans plusieurs films animés. Puis, la catastrophe. Son quatrième album, La Boîte de Pandore, sort en 2007 et ne se vend qu’à 30 000 exemplaires. Qu’est-ce qu’il y a, la France ? Avez-vous même écouté la première piste, « Je voudrais une chanson » ? Ne me répondez pas, je le sais déjà. Non. Et vous avez donc raté quelque chose de créatif et original, avec des cornemuses, des accordéons, même un gong. Écoutez et pleurez votre erreur :

Pire suivra. En 2010, son cinquième album, Plus de Diva, ne se vend qu’à 17 000 exemplaires, ce qui lui coûtera son contrat chez Columbia. C’est dommage ; « Comme une geisha » est plus bruyante que d’hab pour elle, mais je l’aime. « Sweden Syndrome », en revanche, est plus de Julie comme toute la France l’aimait, juste du piano et cette voix :

En 2015, elle est de retour sur Capitol Music avec Blanc, un album qui atteint brièvement la 13e place dans les classements, mais j’ai l’impression qu’il ne se vendait pas trop non plus. Le premier single de l’album est « D’où je viens ». Je l’adore, mais peut-être que le pays ne voulait pas être rappelé que « Je suis jolie, même démaquillée » :

Vous n’avez certainement pas entendu « Pars sans rien dire » et « Si tu veux savoir », et tant pis. Elle reste à la hauteur de son talent, et je peux l’écouter toute la journée.

En 2017, elle sort un album de reprises, « Méditerranéennes ». C’est difficile pour moi de dire quoi penser de cet album, car elle a choisi de travailler avec de nombreuses autres chanteurs et chanteuses, dont certaines que je ne peux pas distinguer d’elle. Je peux dire que « La Maritza » avec Élisa Tovati est bien faite, et que j’adore la guitare espagnole de « Adieu mon pays » avec Enrico Macias, et « L’Amoureuse de Casbah », avec 7 chanteuses au total, est une chanson bien arabe qui vaut bien l’écoute.

Ce dernier album marque la fin de son séjour chez Capitol, alors j’imagine que c’était encore un autre échec commercial. Son prochain album, Refaire danser les fleurs, sorti en 2021, est auto-édité et n’a même pas de page Wikipédia. Yikes. « Tout est plus pop » est un départ stylistique pour elle ; un commentaire sous le clip fait la comparaison avec France Gall, et je suis d’accord :

Cependant, la chanson éponyme est, encore une fois, Julie telle que tout le monde l’aimait au début.

Et c’est peut-être ça le problème. Elle a tout le talent d’une Véronique Sanson, mais pas les ventes. Mais pour autant que j’adore tout ce qu’elle fait, il n’y a ni un succès emblématique tel que « Chanson sur ma drôle de vie » ni une mélodie dont tout le monde a envie de la fredonner encore et encore.

En juin de cette année, Julie vient de sortir son dernier album, Le chemin, avec la maison Bayard Musique. Le premier clip, Païenne, a été tourné dans l’église parisienne Saint-Étienne-du-Mont, et elle s’est embarqué sur une série de concerts dans des églises. Je l’aime, mais vous le saviez déjà :

Que penser de Julie Zenatti ? Moi, j’adore sa voix comme seulement Véronique Sanson et Catherine Ringer avant, et peut-être Jeanne Added de plus. Et il y a eu un moment où il a semblé que la France serait d’accord. Mais quelque chose n’est pas bien allé du tout. Je pense au Temps d’Amour sur le plateau de Taratata où elle était sans conteste la chanteuse la plus douée du groupe, et je ne peux pas comprendre le fossé qui sépare mon avis de celui des Français.

Ma note : Épousez-moi, Julie ! Je vous apprécierez même si vos compatriotes ne le font pas. Et je cuisine ! Mais punaise, c’est qui ce Benjamin ?

L’attaque des oignons français

Quelque chose de surprenant se passe en Californie en ce moment, quelque chose qui devait être planifié il y a des mois. Mais d’abord, j’aimerais citer un extrait inédit de mon livre, d’un chapitre intitulé « Comment les Américains voient les Français » (il y a un autre dans le sens opposé) :

Les Français mangent des trucs horribles – les grenouilles, les escargots, les fromages qui puent. Sans parler du steak tartare ! Encore une fois, heureusement pour nous, ils cuisinent superbement une soupe, la seule que nous connaissons, celle à l’oignon (dite « French onion soup » en anglais). Nous aimons tant cette soupe qu’il y a des douzaines de marques de boîtes de conserve et de préparations en poudre aux supermarchés pour la faire.

Pour être clair, ces chapitres traitent des stéréotypes et sont écrits dans la voix d’un beauf ! Cependant, j’exprime une vérité importante ici : sans vivre aux États-Unis, il est impossible de comprendre à quel point nous sommes fous de la soupe à l’oignon.

Alors, qu’est-ce qui se passe ? Cette semaine, deux chaînes de restos rapides, qui n’ont pas de société mère en commun, ont lancé des produits inspirés par cette soupe. J’imagine qu’avec les délais pour développer de nouveaux produits, la planification a commencé il y a des mois. Naturellement, ce blog étant consacré non seulement à la France mais à son influence aux États-Unis, j’ai dû les tester pour vous. Le même jour. (Que puis-je dire ? J’avais faim.)

Alors, le déjeuner hier était chez Shake Shack, une chaîne nationale avec plus de 260 restos aux États-Unis ainsi que plus de 140 à l’étranger. Il y a dix jours, ils ont annoncé une gamme de burgers et d’accompagnements « French onion » :

Photo de publicité avec la légende : « Présentant : la soupe à l'oignon… en forme de burger »
Capture d’écran

Il y a deux burgers de bœuf, un burger de champignon frit, et des frites et des oignons frits parfumés avec la même aïoli que les burgers. Chez Shake Shack, « French onion » veut dire « du fromage gruyère, des oignons caramélisés, des oignons frits, et de l’aïoli au fromage parmesan » (traduit de l’annonce). Voici ce qui vous achète 11,79 $ :

Mon burger, vu de trop proche -- les oignons frits et le pain sont les trucs les plus visibles

Je ne vais pas vous mentir : j’ai pris cette photo de trop proche, et c’est donc trompeur. Il n’y a presque rien à manger ici. Les oignons frits n’étaient pas mal, et les oignons caramélisés étaient ce à quoi vous vous attendiez, mais le pain n’avait rien de spécial, et il y avait très peu de viande. Pour 7 $, je ne m’en plaindrais pas. À plus de 11 $, avec un thé glacé à 4 $ qui était beaucoup plus petit que d’hab aux restos rapides ? Je ne reviendrais pas. Shake Shack a des prétention haut de gamme, mais il y a d’autres concurrents qui proposent un meilleur rapport qualité prix. Surtout The Standla seule chose qui me manquera si je réussis à quitter la Californie. On en parlera une autre fois.

J’avais reçu cette pub de la boulangerie Boudin dans mes courriels, alors j’y suis allé pour le dîner :

Capture d'écran de la photo de Boudin : à l'intérieur du sandwich "French onion", on peut facilement distinguer deux couches de fromage, séparées par une couche généreuse d'oignons caramélisés, le tout sur le pain levain qui fait la renommée de Boudin.

Il n’y a pas de viande ici — c’est le genre de sandwich dit « grilled cheese » (fromage grillé), ici en déclinaison « French Onion » : du gruyère, de l’emmental, des oignons caramélisés, et en accompagnement, ce que l’on appelle « au jus » en anglais, la sauce au jus de rôti selon mon dictionnaire Oxford. D’habitude, on ne sert d’au jus qu’avec les sandwichs dits French dip. Ça a l’air très bon, non ? Voici ce qui achète 11 $ (un paquet de chips est compris en accompagnement) :

Photo du sandwich reçu : beaucoup plus fin que la photo, sans oignons visibles.

Vous voyez les oignons ? Moi non plus. Il y en avait, à l’intérieur, mais sans la jolie couleur brune de la pub. Cependant, La Fille et moi sommes d’accord que ce mélange de fromages, seulement 1 $ de plus que le grilled cheese typique chez eux, vaut la peine. J’essaierai peut-être de dupliquer le sandwich de la pub, qui pourrait se dire justement le sandwich de mes rêves.

Je dois avouer, j’aime les idées derrière ces produits beaucoup plus que les réalisations. Rien n’est aussi joli que dans ses pubs, je le sais, mais ni l’un ni l’autre était à la hauteur de mes attentes. Ça dit, le sandwich de Boudin est un meilleur rapport qualité prix, et les boissons là sont bien moins chères que celles de Shake Shack. Cependant, pour 50 centimes de moins, Boudin vous vendrez un sandwich similaire avec du brie, des pommes, et de gelée de figues. C’est ma commande habituelle et toujours le champion des restos rapides.

Comme je souffre pour vous apporter ces nouvelles, non ?

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Pirate des Caraïbes

L’un de mes films préférés de tous les temps est La Malédiction du Black Pearl, ou comme c’est connu au Québec, La Malédiction de la Perle noire. (Vraiment, j’admire leur niveau d’obsession.) Seul et unique film de la « série » Pirates des Caraïbes, toutes les suites sont sans conteste de mauvais souvenirs implantés par la Matrice. Mais quel film — en faisant mes recherches pour cette Langue de Molière, j’étais bluffé par la qualité de la traduction. Pas surprenant que vous l’avez préféré à Austin Powers.

Alors, j’étais curieux récemment sur comment s’appelle le drapeau bien connu des pirates, avec le crâne et les deux os croisés. En anglais, ça s’appelle le « Jolly Roger » (Roger enjoué) ou « skull and crossbones » (crâne et os croisés). Google Traduction donne « tête de mort » et mon dictionnaire Oxford donne « pavillon noir ».

Pavillon avec un fond noir, un crâne blanc et deux os humains croisés en forme de X.
Pavillon de pirates au musée d’Åland, Photo par Karlsson, Anneli, CC BY 4.0

Mais en même temps que j’ai fait ces recherches, un clip sur une dinguerie de la grammaire française est tombé du ciel. Avant de le présenter, je vous pose une question : si vous voyiez une flotte de bateaux, avec un tel drapeau hissé sur chacun, diriez-vous « Il y a des drapeaux noirs et blancs ! » ?

Si oui, vous auriez tort.

L’explication nous vient de la personne qui me rend le plus fou sur le sujet de la grammaire, Karine Dijoud. Elle sait toujours de quoi elle parle, mais disons que je considère que mon poisson d’avril de 2024 était 100 % la vérité. De toute façon, elle explique ici pourquoi vous vous trompez de pluriel quand il s’agit d’un drapeau bicolore :

Son exemple est tiré d’une publication du ministère de l’écologie qui conseille de baigner aux plages dans des zones surveillées. Ce sont indiqués par des paires de drapeaux bicolores, dans ce cas, mi-rouge, mi-jaune. Mais la publication dit : « entre deux drapeaux rouges et jaunes ». Et ça, c’est une erreur, au moins par rapport au sens voulu. Voici un exemple des drapeaux en question :

C'est un graphique qui dit « Choisir les zones de baignade surveillées. Désormais, c'est entre deux drapeaux rouges et jaunes ! » Il y a un dessin avec deux drapeaux sur la plage, rouge sur la moitié en haut, jaune en bas.
Ministère Écologie Territoires sur Facebook

Selon Mme Dijoud, la différence fonctionne ainsi : Quand il s’agit d’un drapeau de deux colores, les adjectifs restent au singulier, même s’il y a plusieurs drapeaux. Alors, les drapeaux au centre de cette image, avec une barre rouge au-dessus d’un barre jaune sur chacun, sont :

des drapeaux rouge et jaune

Par contre, s’il y avait un drapeau entièrement rouge et un autre entièrement jaune, on dirait :

des drapeaux rouges et jaunes

Et ça, même dans un cas où il n’y a qu’un drapeau rouge et un drapeau jaune !

C’est pareil dans tous les cas où on veut décrire des choses de plusieurs couleurs. Elle parle donc de vaches. Si on dit : « J’ai vu des vaches noires et blanches », ça veut dire que l’on a vu des vaches entièrement noires ainsi que des vaches entièrement blanches :

Par contre, si on a vu des vaches avec des taches, que ce soit des vaches noires avec des taches blanches, soit des vaches blanches avec des taches noires, on dirait :

J’ai vu des vaches noir et blanc.

Et ça voudrait dire :

Vache largement blanche, avec des taches noires
Vache noir et blanc, Photo par Verum, CC BY-SA 3.0

Alors, face à notre flotte de pirates équipée du célèbre drapeau, il faudrait dire : « Il y a des drapeaux noir et blanc ». Sinon, les Français autour de vous, autrement chargés de canons, arrêteront leur travail pour discuter de grammaire, et les pirates vous égorgeront sans résistance. Et vous ne voulez pas ça, non ? La bonne orthographe sauve des vies.

Si tout ça semble un peu délicat à suivre, il faut se souvenir qu’au contraire de la meilleure réplique du capitaine Barbossa, c’est plus un véritable règlement qu’une sorte de guide général !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour passer des Pirates à Batman.