Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Considérez-vous

Connaissez-vous la comédie musicale Oliver ? D’après le roman de Charles Dickens, Oliver Twist, elle est devenue un film qui a remporté l’Oscar de meilleur film. Parmi ses chansons les plus connues est « Consider Yourself », qui décrit le moment quand Oliver s’intègre à une bande de voleurs. En français, on dirait « Considérez-vous », et c’est exactement ce que l’on entend dans cette reprise bilingue :

J’ai dû apprendre cette chanson pendant un séjour dans un camp théâtre (ainsi que « Une secrétaire n’est pas un jouet » — une expérience qui m’a convaincu que je n’étais pas fait pour le théâtre). Mais honnêtement, c’est juste la bonne excuse pour Langue de Molière cette semaine : comment utiliser « considérer ».

Je suis accro au verbe considérer depuis longtemps, surtout pour une formule répétée encore et encore : « Je me considère comme un invité » ([Qui personne n’a, en fait, invité. — M. Descarottes]). Mais en faisant des recherches pendant la correction de mon livre, j’ai trouvé un article du Figaro qui m’a montré que le sujet est un peu subtil.

Le problème, c’est qu’il y a deux sens de considérer, et chacun ressemble à d’autres verbes. Le Fig explique :

«Il considère ce dossier comme prioritaire»«l’agriculteur considère le ciel avec inquiétude»«elle la considère comme son amie»… Le verbe «considérer», selon le contexte de la phrase, ne se construit pas de la même façon.

«Considérer comme»: attention au bon emploi du verbe, par Aliénor Vinçotte

Mais qu’est-ce qui se passe ? Le verbe est parfois suivi d’un nom, parfois de « comme », et il y a même un exemple ou « comme » introduit un attribut du nom. Le problème, c’est qu’il y a deux sens ici, et beaucoup de monde ne sait pas les distinguer.

Le premier sens est :

issu du latin «considerare» qui signifie «examiner attentivement par les yeux et la pensée».

Ça veut dire donc des choses comme « Considérez ce bâtiment » ou « On considère cette sculpture ». Considérer dans ces cas prend un COD, et veut dire que l’on regarde ou pense à l’objet.

Mais on peut aussi l’utiliser pour signifier « estimer » ou « juger », et ici, la grammaire dépend de si on parle de l’objet entier, ou d’un attribut. Dans le premier cas, c’est toujours suivi de « que », alors on écrit des choses telles que «Je considère qu’il est bête » ou « François considère qu’il aura bientôt plus de temps libre. »

C’est le cas d’un attribut où on voit toutes les erreurs, selon Le Figaro. On est censé suivre le verbe avec « comme » ; par exemple : « Je me considère comme un invité. »

Pourtant, on retrouve souvent le verbe «considérer» avec la construction directe «considérer + nom + adjectif», et donc sans la conjonction, «comme». Bien qu’il existe de nombreuses attestations dans la littérature (il s’agit dans ce cas d’emploi elliptique), cette construction directe est souvent critiquée. 

Les critiques viennent du fait que seulement le tout premier sens, de regarder une chose, prend cette forme de « considérer + nom ». Alors faites pas ça !

Heureusement, Le Figaro sait où pointer du doigt : moi.

On notera également l’influence de l’anglais avec la phrase «to consider someting or someone»suivi de l’attribut – qui veut dire la même chose en français mais qui se construit sans préposition et qui n’est probablement pas étrangère à cet oubli systématique de la conjonction «comme»en français.

Pour me défendre, tout ce que je peux dire est que j’apprends la langue en lisant ce qui écrivent des francophones de naissance. Alors, comme dit La Fille sur ses propres erreurs de français : si je fais cette erreur, c’est de votre faute ! (Mais en fait, je n’arrive pas à trouver même une seule erreur de ce genre sur le blog ; il me semble que vous m’avez appris correctement.)

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour lancer une guerre contre la Belgique.

Les yeux ouverts

Il y a longtemps, le 7 août 2023 pour préciser, j’ai raconté une Blague de la Semaine dont la chute était :

Tout à coup, le bistrot disparaît et le blogueur se trouve au bout d’une queue devant une mairie ! Il crie « Saint-Pierre ! Mais où est donc passé mon bistrot ? Mon ketchup ? » Et Saint-Pierre lui répond, « Ah oui. Avant, vous étiez touriste. Maintenant, vous y habitez ! »

Évidemment, j’ai volé la structure de la blague à une centaine d’autres sur un choix entre le ciel et l’enfer (et à noter, pour moi-même, c’était juste entre deux formes d’enfer). Mais mon but là était aussi de montrer que j’étais au courant du fait que mes sujets sont souvent légers et touristiques. ([Surtout les guerres. — M. Descarottes])

Image de Carrefour en tant que les portes du ciel -- créée par l'IA Google Gemini
Carrefour en tant que le Ciel, Image créée par l’IA Google Gemini

Mais j’ai fait certains choix il y a longtemps sur ce que je dirais et ce que j’éviterais, même avant le début du blog, et il me semble que mes bonnes intentions ([Lâcheté]) donnent fausse impression que je pense que la France est Disneyland avec de meilleur fromage (c’est juste Carrefour). Parlons d’abord de ce que j’ai fait exprès.

Dans le tout premier post, que très peu de monde a lu, j’ai dit :

On n’a que trois règles:

  • PAS D’ANGLAIS
  • Pas de politique, sauf les dessins
  • (soyez gentil, s’il vous plaît)
On commence !

Je voulais sincèrement créer un espace sans parler de la politique, et encore plus important, vu les majuscules, montrer que je n’étais pas ici pour m’imposer. Mon attitude plus-que-québécois sur ma langue de naissance vient de deux sources, mais ce que je voulais dire, c’était que je n’allais jamais insister que la France se conforme à moi. Je ne veux pas de menus en anglais, de service aux clients en anglais, rien. Depuis ce temps, en parlant de ce qui m’énerve aux États-Unis, j’espère que mes raisons sont devenues plus claires : je n’aime pas du tout que personne ne ressente la même chose chez moi, et je ne suis pas hypocrite. ([Sur ce sujet, quand même.])

L’autre chose est plus personnelle, et je sais que personne ne me prend au sérieux quand je le dis, mais je n’ai plus envie d’entendre l’anglais. Du tout. Tout mauvais souvenir dans ma tête, c’est en anglais. Et même si ce n’était pas une raison, entendre ce que les cons ont fait de ma langue est insupportable. J’apprécie sincèrement que même s’il y a plein de Français qui s’en foutent de la grammaire, c’est une vraie passion pour une belle partie du pays. Ce n’est pas honteux de s’en soucier, pas comme chez moi.

Mais tout ça n’est que mes névroses. Il m’est évident que j’ai complètement échoué une autre tâche, vous convaincre — et ça veut dire, j’espère, convaincre un fonctionnaire pendant un entretien de visa — que je préfère les problèmes de la vie en France à ceux de chez moi. Puisque je n’en dis presque rien, au nom de me comporter comme un invité, beaucoup de monde pense que je ne vois rien, ou comme a dit l’un de mes critiques : « L’auteur est tombé en amour. Ça rend aveugle ». Alors, parlons juste une fois de ce que je vois, mais essayez de ne pas répondre avec « Mais les É-U ». Ça arrive souvent quand un étranger critique son pays, mais j’espère que vous serez d’accord que je suis honnête sur le mien.

Quand j’ai envie de prendre rendez-vous chez le docteur, s’il s’agit d’un généraliste, j’ai un choix de nombreux cabinets le même jour. Il est fort probable que je paye entre 150 et 200 $ pour la visite, mais la disponibilité n’est jamais un problème. Si je veux prendre rendez-vous avec mon docteur habituel, j’ai besoin d’un mois d’attentes, et si je veux un vrai spécialiste — un cardiologue ou un dermatologue — il faut attendre deux mois en général, mais pas plus. Même chose chez les dentistes. J’ai entendu de nombreuses plaintes de mes amis en France au fil des années à cet égard. Avec les problèmes que j’ai déjà, déménager montre de mauvais jugement de mon côté. La climatisation me manquera aussi ; je compte sur elle toute ma vie, mais je sais ce que vous en pensez.

Si c’est vrai que les prix des produits français sont beaucoup plus bas par rapport à ce que je paye — 6, 85 € pour un paquet de Brets au lieu de 1,99 € ! — c’est aussi vrai que les salaires sont plus bas, et que se faire embaucher est souvent un cauchemar. J’ai vu un ami galérer pendant presque 4 ans sans boulot, et cette personne était citoyenne et pas stupide du tout. Je n’imagine pas que ce sera du gâteau venant de l’étranger, et surtout pas jeune. En ce qui concerne l’âge, il n’y a rien à envier, mais c’est un défi des deux côtés.

L’efficacité et l’esprit de service aux clients des fonctionnaires français ne laissent rien à envier non plus. J’ai une amie dont son époux est étranger ; sa lutte pour renouveler son visa a duré plusieurs années malgré le fait d’être époux et père de citoyens.

Il y a deux ans, je vous ai parlé de virer des amis à cause de la politique, quelque chose que j’avais refusé de faire même en réponse aux émeutes de 2020, quand beaucoup de mes amis ont viré des gens comme moi, qui soutiennent les forces de l’ordre dès que les manifs deviennent les saccages. Je ne fais pas d’excuses pour cette attitude. Mais le cadre de ce post était une paire d’événements dans le métro parisien. Beaucoup de liens dans ce post-là ne fonctionnent plus, mais il s’agissait d’un incident où des musulmans chantaient « nique les Juifs » dans le métro et de jeunes Français chantaient « Douce France ». Et puisque la France est aussi perplexe que les États-Unis en ce moment, il y a eu pas mal de Français qui trouvaient ce dernier tout aussi problématique. Il y a des captures d’écran dans ce post ; je n’exagère pas. J’ai trouvé cette situation lamentable, et je n’ai pas oublié les noms de Samuel Paty ou de Dominique Bernard non plus. Mais c’est pareil chez moi. Nous avons eu notre propre attentat californien pas loin de chez moi, 3 semaines après le 15 novembre 2015. Et la mosquée des attaquants, c’était juste à côté de Disneyland !

La différence entre les deux situations n’est pas entre le paradis et l’enfer. C’est un peu comme ma blague d’en haut, un choix entre deux situations difficiles. Et une punition unique m’attend en France : j’ai déjà raté beaucoup des opportunités que j’aurais voulues si j’avais appris la langue au bon moment. Il faudra m’en souvenir tous les jours ; n’imaginez pas que ça ne m’attriste pas. Mais laissez-moi acheter un petit appartement à Rouen et mon pain quotidien, peut-être enfin avoir Canal+ à la télé, et je ne dérangerai personne.

Saison 4, Épisode 22 — Comment aller à rue Sésame

J’avoue, le gros titre est pour énerver La Fille, qui sera étonnée que j’aie traduit les parîles du générique de Sesame Street pour le nom d’un épisode. Mais c’était le point de départ pour Langue de Molière cette semaine, donc justifié. C’est toujours gênant pour les enfants quand les darons ont leurs références, non ?

Je ne vais pas mentir, c’était déjà une très mauvaise semaine. Mais demain, vous aurez droit au cri du cœur du blog.

J’ai dû refaire une vieille recette du blog pour le bulletin de l’OCA, ce que j’ai écrit ce week-end. C’était la toute première recette du Tour, la soupe bressane au potiron. À l’époque, j’utilisais un iPhone XR pour le blog, avec un objectif à focale fixe, alors c’était impossible d’éviter mon propre ombres dans les photos. Voici la nouvelle version, identique sauf pour mes ombres :

Le pain est du pain levain de chez Boudin. Pas maison, mais si l’on est coincé ici, c’est le mieux que l’on puisse faire pour un prix raisonnable. Quant à la recette, puisque j’avais donné un lien vers Keldelice à l’époque, et ce site est disparu, je la publierai à nouveau un de ces quatre. J’aurais dû prendre des photos des étapes. Bien sûr, si vous avez mon manuscrit, vous l’avez déjà.

Je sais, vous êtes curieux : quel était l’autre recette, puisqu’il y en a toujours deux ? Le gâteau du Lion, mais sans la recette de confit d’écorces d’orange, avec la recommendation d’en acheter. C’est déjà limite compliqué pour cette publication-là. Et avec ça, il faut que je commende à penser aux recettes de Thanksgiving et de Noël pour le dernier numéro de l’année.

Mercredi, c’est ce que j’appelle « la rentrée de la rentrée », « Back to School Night », quand les parents rencontrent les profs (c’est déjà la troisième semaine de notre année scolaire). J’ai hâte de rencontrer la prof de français, comme toujours — ce ne sera pas la même prof, mais nous reverrons celle de l’année dernière l’année prochaine.

Si vous êtes blogueur et pas seulement lecteur, sachez que j’ai déjà envoyé des plaintes aux développeurs de Jetpack sur les nouvelles statistiques. Est-ce que l’on a testé cette mise à jour avant de la sortir ?

Est-ce que l’on a vu le film « Monsieur Aznavour », et si oui, vaut-il la peine ? Le film fera partie d’un festival dans le Comté d’Orange fin septembre.

Notre blague traite de la chasse. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Vétérinaire et Neymar. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine.

Sur le blog, il y a aussi L’algolangage, sur l’argot de TikTok, Les télé-arnaqueurs, sur une fraude par téléphone qui me vexe tous les jours, Je découvre Christophe, la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata, et Le BS de qualité militaire, sur un échec complet soit d’Apple soit d’une maison de disques.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Le BS de qualité militaire

Je sais, vous vous attendiez à Dimanche avec Marcel. Mais je suis d’humeur ultra-mauvaise après ce qui s’est passé hier après-midi.

Il y a des mois, j’ai suivi le conseil d’Il Est Quelle Heure d’écouter une piste, Lapitxuri, d’un album intitulé Bandas du Sud-Ouest. J’étais assez bluffé par les liens forts avec la musique mariachi de mon propre sud-ouest pour vouloir en savoir plus, mais je l’ai mis de côté. Vendredi, en me rendant compte que j’avais du crédit sur iTunes, j’ai décidé d’acheter l’album.

« Mais Justin », vous me dites, « vous dites tout le temps que vous insistez sur les disques originaux, afin d’avoir des enregistrements sans pertes. iTunes est tout sauf ça ! Où sont donc passés vos idéaux ? » Comme Groucho Marx est censé avoir dit (lien en anglais) : « Ce sont mes principes, et si vous ne les aimez pas… eh bien, j’en ai d’autres.» Le disque est sorti en 1999 et n’est disponible chez la FNAC que d’occasion, ce qui veut dire vendu par un tiers, ce qui veut dire pas allant à l’étranger. Aux États-Unis, le disque coûte au moins 25 $ sur Amazon, et Amazon.fr coûte 26 $ après le frais de livraison. À ces prix, un disque par de nombreux inconnus est tout à coup un peu moins important. Mais veuillez ne pas dire le mot « streaming » — sur la question d’être le proprietaire de ma musique, il n’y aura jamais de question.

Alors, j’ai acheté la collection sur iTunes, 9,99 $ pour le tout. La voilà dans ma bibliothèque :

Capture d'écran de ma bibliothèque iTunes

L’éditeur de WordPress n’aime pas les contenus embarqués venant d’iTunes, alors ce qui suit comprend des liens vers ce site-là, mais des contenus de YouTube autrement. Vous pouvez déjà voir que ce disque contient des morceaux en basque, ce que je ne vais jamais comprendre, et même le français de la région contient du patois que je ne vais pas comprendre non plus. Alors ce n’est pas facile pour moi de vérifier que les contenus sont les bons. Mais dès que j’ai entendu la piste dite « Mexicali », je me suis dit : « Quelque chose ne va pas du tout. » Voici le lien vers iTunes. Je vous ai dit à l’époque que Mexicali est une ville très proche de chez moi, juste de l’autre côté de la frontière mexicaine. Alors quand j’ai entendu quelque chose sur « Baiona », je l’ai testée avec l’appli Shazam. Et c’était en fait tout autre chanson, « La Pena Baiona » :

Par rapport, voici la bonne version quand on recherche le groupe nommé dans la capture d’écran :

Voici Lapitxuri tel qu’elle se trouve sur iTunes, et ce qui se trouve sur la chaîne YouTube de la maison de disques Agorila, responsable du disque :

Pas la même chose du tout ! Celle d’iTunes est une chorale d’hommes, et celle de YouTube est toute autre mélodie, sans voix, jouée par des instruments de cuivre.

7 de julio San Fermin est une chanson que j’ai apprise au lycée et connais jusqu’à maintenant par cœur. Voici le lien à iTunes. L’appli Shazam me dit que c’est en fait « Pottoka mendian » par un groupe dit Alaiak. Mais voici la version trouvée par Shazam quand je teste les extraits sur le site d’Agorila, la maison de disques :

C’est EXACTEMENT la chanson espagnole de ma jeunesse : « Uno de enero, dos de fevrero, tres de marzo, cuatro de abril… ». (Désolé, les espagnols ne savent pas qu’il faut mettre une apostrophe entre « de » et les voyelles.)

À ce point, vous devriez être convaincu, tout comme moi, que s’il y a une piste qui est la bonne dans les fichiers d’iTunes, c’est par hasard. On a bel et bien mal rangé le bordel, comme nous disons chez Un Coup de Foudre.

J’ai déjà écrit des notes aux services clients d’Apple et d’Agorila. Je m’intéresserai à voir si on se soucie de corriger les fichiers. Je pourrais même voir un refus de la part des deux, vu que tout client qui a déjà acheté cette collection compte sur les fichiers tels quels. Les changer maintenant, après au moins une décennie sur iTunes, peut-être plus, serait gênant.

Évidemment, je ne veux pas simplement les acheter chez Amazon sans preuves que ses fichiers sont les bons. Mais Amazon rend la tâche impossible sans être abonné déprimé… euh, je veux dire, de Prime. Plus précisément, je peux tester un ou deux fichiers selectionnés par hasard, mais après ça, la page joue d’autres choses qui n’ont rien à voir avec l’album, et je ne vais pas faire confiance à cette méthode.

Je préfère que les fichiers soient corrigés plutôt qu’avoir à nouveau mon argent, parce que je ne vais pas me rendre fou pour ça. J’ácheterai le disque plutôt que de perdre du temps avec les fichiers. Mais ô, comme ça fait mal au cœur de voir le prix en France contre le prix chez moi !

Pour finir sur une note plus amusante, j’ai tiré mon gros titre de l’une mes expressions préférées en anglais, « weapons-grade BS » (BS = un gros mot pour caca de taureau). Il s’avère que la traduction acceptée pour « weapons-grade » est « de qualité militaire ». Voici l’une de très peu de fois où je préfère l’anglais ; c’est plus concis. Mais en recherchant l’expression, j’ai trouvé un site satirique de première classe sur les affaires militaires, Caporal Stratégique. Il m’a eu avec ce gros titre : « Les services de protection des consommateurs utiliseront le terme « de qualité militaire » pour désigner tout matériel ou produit défectueux » ! J’ai travaillé pendant 8 ans dans le secteur de la défense, et croyez-moi, j’étais absolument prêt à le croire !

Je découvre Christophe

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Christophe, parce que notre dernière entrée, Adrien Gallo, a chanté l’une de ses chansons pendant le spectacle.

Christophe en 2014, Photo par Thesupermat, CC BY-SA 3.0

Daniel Bevilacqua est né en 1945, à Juvisy-sur-Orge, en Essonne. Sa famille est d’ascendance italienne, son arrière-grand-père étant venu pour établir un commerce en fumisterie. À ses 16 ans, il choisit le nom de scène Christophe d’après une médaille de saint Christophe, un cadeau de sa grand-mère. Naturellement, ce choix est suivi immédiatement par la fondation de son premier groupe, « Danny Baby et les Hooligans », dont le chanteur est censé être un nommé Danny, sauf que c’est désormais Christophe joué par un Danny. À vous de déchiffrer la logique.

Mais c’est en 1965, en tant que soliste, qu’il gagne enfin l’attention du public avec son premier single, le célèbre « Aline ». Il s’agit d’une ancienne petite amie, mais je me suis trompé la première fois où je l’ai écouté, en pensant qu’elle avait noyé. Si on fait plus attention, c’est juste un dessin dans le sable d’une plage qui disparaît dans la pluie.

Cette chanson pue son époque, ou plutôt plusieurs années plus tôt — faites la comparaison avec « Smoke Gets In Your Eyes » de The Platters, de 1959. À l’avis du chanteur Jacky Moulière, Aline pue encore plus sa chanson « La Romance », et il intente un procès pour plagiat à Christophe,, qui durera jusqu’à la fin des années 70, quand Christophe gagnera enfin. À mes oreilles, c’est moins le cas que pour George Harrison des Beatles et « My Sweet Lord« , mais à la place de M. Moulière, j’aurais fait pareil.

Néanmoins, avec ce tube dans la poche, en 1966 il sort un album, d’abord intitulé « Christophe », mais plus tard changé en « Aline ». Là, il a d’autres tubes, dont « Les marionnettes ». Ça suffit pour lui valoir une place aux côtés de Johnny, d’Eddy Mitchell et de Françoise Hardy dans la « photo du siècle », qui regroupe 46 stars de l’époque. Ça fait, il tourne son attention vers le marché italien, et sort une traduction de son album en 1967.

Puis, il ne sort pas de nouvelle musique jusqu’en 1972, avec un autre album intitulé Christophe. Cette fois, le grand tube est « Main dans la main », beaucoup trop sucré pour mes oreilles. Vous ne subirez de telles paroles que « Nous serons tous deux comme des amoureux, Nous serons si bien main dans la main » à mes mains, c’est certain.

Sur le même album se trouve aussi « Mal », sortie en 1971 en tant que single et qui a aussi connu un grand succès. C’est encore une autre chanson d’amour disparu : « Je me souviens, D’un prénom qui me fait mal, D’une robe, D’un soulier de premier bal ». Je me sens comme si je suis dans la présence d’un maître chanteur à minettes.

Mais il est sur le point de devenir tout autre chose. En 1973 sort l’album « Les paradis perdus », à ne pas confondre avec les pains perdus, complètement différent des premiers albums. Voici la piste éponyme :

C’est hallucinant d’écouter « Avec l’expression de mes sentiments distingués » fait avec des extraits de sa musique jusqu’à ce point, une piste qui cherche à mettre tout ça en vue arrière. Ce n’était pas un tube de l’album, mais j’aime très bien « Du pain et du laurier », une petite « tranche de la vie » qui n’a rien d’amoureux.

Son prochain album, « Les mots bleus », apparaît en 1974, avec des paroles presque entièrement à Jean-Michel Jarré, qui étonnera le monde avec Oxygène deux ans plus tard. C’est un peu d’un retour en arrière, avec plus d’amours perdus :

Il faudrait que je lui parle 
A tout prix 

Je lui dirai les mots bleus 
Les mots qu’on dit avec les yeux 
Parler me semble ridicule

Mais l’album n’est pas tout comme ça ; « Le Dernier des Bevilacqua » imagine un autre passé, où il a grandi en Italie. C’est très long, mais comme rien d’autre de son catalogue jusqu’à ce point. « Drôle de vie » est plus « Christophe à l’ancienne » quant aux contenus, mais la musique est beaucoup plus sombre que d’hab pour lui. Peut-être que j’aurai sa dernière phrase gravée sur ma pierre tombale : « Si j’ai raté ma sortie, C’est peut-être qu’après tout, je n’ai rien compris. »

1976 voit Samouraï, un album qui n’a pas cartonné. Il y a un hommage à John Lennon sur l’album, « Merci John d’être venu », mais je trouve l’album plutôt complaisant. Ah oui, il s’agissait d’un hommage à John Lennon !

1978 est l’occasion d’encore un autre album peu apprécié par le public, Le Beau Bizarre, mais les critiques l’adorent. Libération le classe parmi les 100 meilleurs albums de l’histoire de rock, en 89e place. Ce même classement met Rumours de Fleetwood Mac en 85e place et The No Comprendo en 52e ; pourtant, ce sont carrément parmi les 10 meilleurs. Qu’est-ce qu’il y a, Libé ? En tant que saxophoniste, je suis gravement déçu par le bas niveau de mon instrument sur la piste éponyme, ce qui gâche une chanson autrement intéressante. Nettoyez votre instrument, M. René Morisure !

En 1980, Christophe sort un album, Pas vu, pas pris, et ressort Aline en disque 45 tours. Le dernier se vend à plus d’un million de copies ; l’album passe sans remarque pour autant que je sache. C’est dommage — j’ai tellement bien aimé « Méchamment rock&roll » :

Nous allons finir avec son dernier grand succès, le single Succès fou, qui vend plus de 600 000 exemplaires en 1983. Wikipédia considère que la chanson « achève de le cataloguer comme chanteur pour midinettes ».

Je ne sais pas. La chanson en soi est très agréable, très années 80 avec sa boîte à rythmes. Et le saxophone est joué à haut niveau cette fois (je ne suis pas arrivé à trouver le nom du musicien). Mais c’est quoi le « succès fou » ?

Avec les filles j’ai un succès fou
Ouh…
Le charme, ça fait vraiment tout
Ouh…
Un p’tit clin d’œil pour un rendez-vous
Ouh…

Comme le chien d’Obélix, c’est son idéfix.

Après cette chanson, il sort quelques projets très personnels, et comme beaucoup d’artistes vers la fin de sa carrière, des albums en duo avec de plus jeunes artistes. Il y avait un dernier album original en 2016, Les vestiges du chaos, disque d’or à 60 000 exemplaires vendus, mais ce n’est pas le genre de chose qui rendait Christophe un immortel de la chanson française.

Que penser de Christophe ? Tout au long de cet article, je n’ai rien dit de ce que je pense de sa voix. Toujours très aiguë, plus il vieillissait, moins il réussissait à me convaincre. Je trouve qu’Aline est son meilleur travail, mais honnêtement, ça suffit pour assurer sa place dans le panthéon. Je l’aime le plus quand il tente des expériences au-delà de ses sujets habituels. J’envisage d’ajouter quelques pistes à ma collection, et si c’est surprenant qu’il ne s’agisse pas de ses tubes autre qu’Aline, ça montre qu’il y avait du talent de son côté, avec quelque chose pour tous.

Ma note : Je serais allé au concert si vous aviez une place de trop.

Pauvre Jean

J’écoutais Les Grosses Têtes hier, ou plutôt une rediffusion, car si j’ai bien compris, l’émission est en congés pendant tout août. Les intégrales sont toutes intitulées « le best of », et l’on dit ça aussi à la radio. (Est-ce que ces voix sont ce que l’on appelle une « speakerine » ?) L’important, c’est que RTL joue beaucoup beaucoup beaucoup plus de musique pendant l’émission que d’hab. Hier, il y avait un groupe américain, The Whispers. Bof. Si je voulais écouter de la musique en anglais… j’aurais aussi besoin d’une appli de radio sur Internet, car la moitié des stations chez moi sont hispanophones. Mais laisser tomber, même si ce n’est pas pourquoi j’écoute RTL. Il y avait une autre chanson qui a attiré mon attention, et si ce n’est pas un « Je découvre », peut-être qu’il y en aura un plus tard.

Jeanne Cherhal, Photo par Benjamin Bellamy, CC BY-SA 4.0

Il s’agit d’une nouveauté d’une chanteuse inconnue pour moi, Jeanne Cherhal. Sur son album, Jeanne, sorti plus tôt cette année, il y a une chanson d’amour intitulée « Jean ». D’abord, je dois le dire : quelle mignonnerie catastrophique, un couple de même prénom ! Le duo Paul et Paula a fait pareil avec « Hey, Paula » pendant les années 60 (il s’agissait de noms de scène pour les deux). De toute façon, elle n’est pas vraiment en couple avec un nommé Jean, mais écoutez :

Tout au début, et j’ai failli écraser ma voiture* en hurlant, « Non, mais sérieusement ! », elle chante :

Jean, j’en ai marre de rêver de vous

Jean, j’en ai marre de parler de vous

Jean, j’en peux plus de ne penser qu’à vous

*Pas vraiment, j’étais stationné.

En 5 ans d’étudier la langue, il ne m’est jamais une fois venu à l’esprit qu’il y a des calembours à faire avec « Jean » et « J’en ». Et maintenant, j’ai du mal à penser à autre chose. C’est exactement pareil aux calembours horribles pour « Justin » en anglais, qui peut aussi se lire comme les mots « Just in », le plus souvent pour « Just in time » (juste à temps) et « Just in case » (au cas où). J’ai cité une pâtissière française qui se surnomme « JustInCooking » pour le broyé du Poitou dans le livre, et elle est en fait une Justine, mais ouf : je croyais que j’avais échappé à cette blague ! Nope. Mes condoléances aux Jean ; je compatis.

(Si je rencontre la bonne Justine, merci d’oublier tout ça.)

Mais quant à Mme Cherhal, elle a une voix assez agréable. J’ai fini par écouter la moitié de son album sur YouTube. Mon plus haut compliment est que je peux facilement comprendre ce que l’on chante, et je pouvais évidemment la comprendre en écoutant RTL, sans avoir les paroles devant moi. Ça fait apparemment 6 ans depuis sa dernière apparition sur Taratata, mais si elle était assez bonne pour l’émission, c’est assez pour moi !

Les télé-arnaqueurs

Je ne sais pas vous, mais moi, les téléphones me manquent. Les vrais, avec des fils, et plus important, qui apportaient de temps en temps de véritables appels. De nos jours, si je reçois un appel qui vient d’un numéro inconnu, c’est une arnaque chaque fois. Mais pendant les 6 dernières semaines, une arnaque très particulière m’appelle tous les jours, du lundi au vendredi. Et en quelque sorte, ça touche presque tout le monde aux États-Unis, sans que les autorités essaient de l’arrêter.

Non, ce n’est pas (encore) une plainte sur le gouvernement ou même Amazon. Je suis complètement sérieux. Et je vous promets un sacré rebondissement !

Les appels sont toujours pour un prêt bancaire que je n’ai jamais demande, pour une entreprise dont je ne suis pas le propriétaire, auprès d’une banque qui n’existe pas. À part ça, tout passe crème. Voici un message vocal typique :

Capture d'écran du texte du message

L’essentiel dit :

Bonjour, ici Vanessa de la succursale de la Côte Ouest de la Banque de petites entreprises. J’essaie de contacter soit toi soit quelqu’un dans ton équipe financière depuis des jours. J’ai laissé un message vocal et même un texto en milieu de la semaine dernière, mais je n’ai pas réussi à te joindre… J’examine ta demande et elle est sur le point d’être approuvée… (beaucoup de n’importe quoi sur comment la contacter)

« Elle » vient de la Côte Ouest, hein ? Voici un échantillon des numéros desquels je reçois ce message :

Collage de 5 captures d'écran des numéros de téléphone

Le tout dernier, reçu hier, est en fait d’une ville californienne. Mais les 4 autres ici utilisent de (faux) numéros de soit le New Jersey soit le New York.

Personne n’est perplexe sur le caractère de ces messages, mais ils sont partout. Et il s’avère que la vérité, c’est que les arnaqueurs sont mes voisins. Je ne veux pas dire « dans le même pays », ou « dans le même état ». Il s’agit d’une entreprise dont je peux marcher à son bureau.

Sur le site Reddit, on peut facilement découvrir de nombreuses plaintes avec des captures d’écran identiques à la mienne. Voici un lien. Mais à ce lien, on découvre ce qui arrive quand on répond :

Commentaire sur Reddit qui parle des efforts de son auteur pour découvrir la source des appels

Ce monsieur dit que quand il a appelé le numéro, il est tombé sur le répondeur d’une entreprise nommée « Better Rise Capital », à Irvine. La voilà sur Google Maps :

Carte d'Irvine avec l'adresse de Better Rise Capital épinglée

Je ne veux pas donner mon adresse exacte sur le blog, mais disons que c’est à moins de 2 km de chez moi !

En juillet, un journal dans le New Jersey, Asbury Park Press, a publié un article sur exactement cette arnaque, sans découvrir sa source irvinoise. C’était plein d’astuces inutiles venant de la FCC, l’agence du gouvernement fédéral responsable de garder contre exactement ce genre de fraude. Par exemple, « ne partage pas de données personnelles », et « n’oublie pas de t’inscrire à la liste « Do Not Call » du gouvernement » — les publicitaires légitimes ne sont pas censés faire des appels aux numéros sur la liste. Comme si les arnaqueurs se soucient d’une telle chose !

Mais une astuce est spéciale : « Ne réponds pas aux appels provenant de numéros inconnus. » Ah oui, c’est grâce à exactement ça que les appels téléphoniques sont devenus complètement inutiles — quand je reçois des appels des bénévoles au lycée de La Fille, ou des cabinets médicaux, ils vont directement sur mon répondeur, car mon portable ne sonne même plus !

Cependant, il y a un bienfait inattendu. Juste au début de cette arnaque en juillet, j’ai entendu parler d’un site du gouvernement français, Vivre Avec La Chaleur. Parmi ses bonnes idées — désormais supprimée, car incroyable ! — on trouvait l’astuce de louer un logement dans un endroit moins chaud. Je ne plaisante même pas :

Capture d'écran qui dit en partie « Si vos moyens financiers le permettent, louez pendant quelques jours un logement mieux isolé de la chaleur quelques jours. »
Capture d’écran par Emma Ducros

Quand j’ai vu cette astuce, j’étais un peu étonné. Mais maintenant, je vois que c’est rassurant au cas où je réussirais à déménager : nos deux gouvernements ont la même idée pour résoudre des problèmes. Vous avez payé soit votre numéro de téléphone soit votre logement et avez des problèmes ? Ne les utilisez plus !

Que ferions-nous sans fonctionnaires pour avoir des idées de génie ?

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Une de ces choses n’est pas comme les autres

Notre gros titre pour Langue de Molière vient d’une chanson de Sesame Street, l’émission pour enfants qui a donné lieu à L’île aux enfants après son propre échec en France. Voici un clip :

Même si vous ne pouvez pas comprendre les paroles, la signification du titre est tout de suite évidente juste en voyant l’image. La chanson invite le spectateur à deviner quelle chose à l’écran n’est pas comme les autres.

C’était ça le cas en écrivant sur les nombreuses personnes qui m’ont envoyé des cadeaux dans mon livre. J’ai écrit :

Plus tard, j’ai fait la connaissance de toute une communauté de blogueurs et blogueuses littéraires.

Avant mon retour en France, l’une d’entre eux, Audrey, connaissant ma passion pour le Devoir deMémoire, m’a envoyé un livre intitulé D-Day : Histoires mémorables du Débarquement et de la Bataille de Normandie (Pattier et Chaunu, 2019). 

Vous connaissez tous l’Audrey en question, Light&Smell. Mais c’est l’expression en caractères gras et italiques qui est notre sujet du jour. Le problème est assez clair. Je parle d’un groupe mixte, des blogueurs littéraires — mais si nous sommes honnêtes, il s’agit presque entièrement de blogueuses — et la règle typique est que pour un groupe mixte, on utilise la forme masculine, « eux ». S’il s’agissait uniquement de femmes, on écrirait plutôt « elles ».

Mais ce qui rendait la situation encore plus complexe à mes yeux, c’était que j’allais suivre cette expression par un prénom féminin. L’anglais n’a rien à dire ici, parce que l’expression équivalente n’utilise aucun genre. Alors ce n’était pas ma langue maternelle qui me mettait mal à l’aise pour écrire « l’un d’entre eux, Audrey ». Toutefois, je serais menteur si je vous disais que j’avais une source pour mon choix à l’époque.

C’était Filimages qui a relu ce chapitre pour moi. Il m’a écrit :

Ça fait bizarre de mélanger les genres dans cette expression.
l’un d’entre eux
ou
l’une d’entre elles
Ici, j’avoue que je doute ! Il va falloir l’avis d’un vrai linguiste…

Et pour être clair, il a bien raison ! J’avoue sans gêne que je n’avais aucune idée de si je pouvais justifier ce choix. Cependant, en faisant mes corrections, j’ai recherché l’expression sur Google, afin de voir s’il y avait d’autres personnes qui écrivaient la même chose. Et ça m’a amené au Figaro :

Gros-titre : « Des avocats dénoncent la verbalisation de l'une d'entre eux devant le tribunal de Paris »

Pour vous donner plus de contexte, voici la partie qui décrit la verbalisation d’une avocate :

Des avocats ont dénoncé la verbalisation samedi 23 mai pour non-respect de l’interdiction de rassemblement de plus de dix personnes de leur consoeur Me Hanna Rajbenbach et de quinze autres personnes, selon elle des proches de ses clients, devant le Tribunal judiciaire de Paris.

Le Figaro

Quel souvenir sympa du Confinement ! Mais on peut clairement voir que le « eux » fait référence à la communauté d’avocats, un groupe mixte. Et en ce qui concerne la grammaire, je considère qu’un exemple venant soit du Figaro, soit du Monde, soit du Canard suffit pour me convaincre. Évidemment, un seul exemple peut toujours être une erreur — raison pour laquelle une blague linguistique sur les données va comme ça : « Un exemple fait une exception. Deux exemples font une règle. » Et je pouvais trouver des exemples venant de partout : Louvre Lens, Le Parisien, BFM, La Croix.

J’ai dit à Filimages, et il reste le cas, que j’avais du mal à trouver une source faisant autorité sur le sujet. C’était beaucoup plus facile de trouver des polémiques — des posts sur des forums, ainsi qu’un argument par une militante (auto-décrite) pour « les accords au choix » — mais aucun avis de l’Académie française ou de Projet Voltaire. Et dans un tel cas, j’évite d’exprimer des avis moi-même. Évidemment, j’ai trouvé cette forme assez logique, mais même s’il y a une diversité de pensées parmi mes exemples en haut, ce genre d’accord est loin d’être accepté partout. Ma règle personnelle reste de ne pas prendre parti sur des questions culturelles sensibles, et peut-être que ça veut dire que j’aurais dû choisir « l’un d’entre eux », mais sachez que ce n’est pas une simple faute de ma part — j’ai réfléchi très sérieusement au sujet avant de prendre une décision.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour considérer « se considérer ».

L’algolangage

Ce n’est pas Langue de Molière pour cette semaine, mais il s’agit d’une question de traduction en français, posé par des conversations entre moi et La Fille ces derniers mois.

Notre histoire commence avec le film le plus marrant de l’année, Minecraft, le film. Nous l’avons regardé ensemble à sa sortie, mais en anglais, alors il y avait très peu à dire à l’époque. Cependant, depuis ce temps, contre tout attente, c’est moi l’obsédé, pas ma fille. Car ce film présente (puis tue) mon personnage préféré de presque n’importe quelle comédie, le général Chungus :

Source, CC BY-SA 3.0

Avant de continuer, il faut ajouter que ce film était aussi détesté en France par le public que par les critiques, alors qu’aux États-Unis, c’était un échec critique mais une réussite auprès du public. En le regardant, il m’était évident que ce serait le cas, parce que tous mes moments préférés sont intraduisibles, comptant non seulement sur l’argot anglais, mais l’argot de la génération de La Fille. Je ne le connais que très peu, d’où les fous rires pour moi, ce qui était hyper-gênant pour La Fille.

Alors, le général Chungus. Il ressemble à un sanglier bipède, et quand nous le rencontrons pour la première fois, ses bruits son effrayants. Puis il commence à parler, et la voix est 100 % surfeur californien des années 80, complètement décontractée et sans menace. Mais les mots sont tout autre chose ; ce sont de l’anglais, mais un anglais que je ne connais pas. C’est de « l’algolangage ».

Le Figaro l’explique :

Pour contourner la modération sur certains mots ou sujets tabous, les utilisateurs du réseau social chinois construisent une nouvelle façon de communiquer.

Un émoji «tournesol» pour parler de la guerre en Ukraine ou «dépression» écrit «depre$$ion». Ces mots et ces symboles ne vous disent peut-être rien et pourtant ils fleurissent sur TikTok. Sur le réseau social chinois est en train d’émerger un autre langage. Aussi appelé «algospeak» ou «algolangage» en français, il a pour caractéristique d’être contraint par l’algorithme de la plateforme, comme l’explique le Washington Post. D’où la contraction entre les mots «algo» et «langage».

«Panini», «segg» ou «depre$$ion» : l’algolangage, le nouvel argot des utilisateurs de TikTok, par Klara Durand

Nous allons parler de ma réplique préférée, et pourquoi ça ne se traduit pas, au moins pas de façon satisfaisante. Un youtubeur a gentiment ramassé toutes les répliques du général dans un seul clip ; je l’ai mis au bon moment (1:19, au cas où) :

Il dit en anglais : « I’m really sorry, but I have to unalive you and stuff. » Le mot en caractères gras et italiques, « unalive », est de l’argot dit algolangage. Je suis au courant de son existence depuis 3 ans déjà, mais je ne savais pas d’où il venait jusqu’à maintenant. C’est un bon exemple de pourquoi le film ne se traduit pas.

Une traduction idiomatique sans essayer de préserver l’argot serait : « Je suis vraiment désolé, mais il faut que je te tue. » (Il y a une deuxième expression argotique, « and stuff », mais mettons-la de côté pour l’instant.) Mais il se passe que Le Figaro parle d’exactement ce mot :

Et «unalive» (qui se traduirait par «nonvivant» en français) est devenu récurrent pour aborder la mort ou la question du suicide.

C’est vrai, mais incomplet. Le préfixe « un » se traduit habituellement par « non », et « alive » par « vivant », mais ça rend un nom. Et une belle partie de l’humour de cette réplique, c’est que Chungus, ainsi que les internautes, utilisent ce mot en tant que verbe. En français, on pourrait donc dire « Je dois te rendre nonvivant », mais ça rate l’humour du changement inattendu de la partie du discours. J’ai essayé de trouver un clip en français pour voir ce qui s’est passé dans la version officielle, mais c’était impossible. Le film a enregistré 2,6 millions d’entrées — mais avec une note moyenne de 1,9/5 parmi les spectateurs, n’a pas de fans passionnés pour mettre des clips en ligne.

L’article du Figaro date de 2022, et j’imagine que les choses ont évolué depuis ce temps. Mais je n’ai rien trouvé pour suggérer qu’il y a une traduction plus concise, ou que « unalive » a fini par être adopté par les tiktokeurs francophones. (Tant mieux, je suppose.) C’est donc un bon exemple de l’humour que j’aimerais partager mais ne tombe pas.

Saison 4, Épisode 21 — Du pain perdu et des jeux

Il me semble que j’ai raté une jolie opportunité la semaine dernière, et l’épisode aurait dû être intitulé « Ain, deux ». Oups.

Je regrette de vous dire qu’il semble que MyPanier a enfin définitivement fermé ses portes. Le message suivant apparaît sur leur site depuis des jours, et ils ont supprimé leur compte Instagram :

Capture d'écran du site de MyPanier.

Ça dit : « Entretien général. Nous serons de retour. » Je ne le crois pas parce que le site est hébergé par Shopify ; il me semble qu’ils ont supprimé leur catalogue, et c’est comme le « site à venir » que l’on voit sur WordPress après avoir supprimé son site.

Je suis heureux de vous dire que la première semaine de La Fille au lycée pour sa deuxième année est bien allée. Évidemment, tous les cours sont importants, mais je m’intéresse le plus au cours de français car mon ex me tuera s’il y a des problèmes — après tout, c’était mon jugement (et celui de sa prof) qui a convaincu La Fille à sauter une année de français. Mais elle m’a envoyé un texto après le premier jour pour me dire qu’à son avis, elle était au niveau de ses camarades de classe et manquait juste un peu de vocabulaire. Alors quand elle m’a demandé quoi dire en réponse à la question « Décrivez vos parents », je lui ai dit :

Mes parents ont échangé la garde ce week-end.

Ils sont des échangistes.

Pensez-vous que ça posera des problèmes ?

Nan, mais sérieusement, pensiez-vous que je ferais une telle farce à La Fille ? À d’autres personnes, absolument, mais jamais à elle.

Elle suit un cours de histoire mondiale cette année, et pour commencer, ils parlent de l’Islam. C’est ainsi que j’ai appris d’elle qu’à Abou Dhabi, il y a un bâtiment qui est en même temps mosquée, église et synagogue, dite la Maison familiale abrahamique (lien en anglais). L’adresse est GCJ4+84F – rue Jacques Chirac. Je vous laisse à déchiffrer la signification de cette nouvelle.

Juste avant de publier cet épisode, j’ai ajouté de nouvelles maisons d’édition aux dates limites dans mon calendrier, en leur envoyant mon manuscrit. Maintenant, novembre peut être nul aussi — j’ai une date limite qui arrivera juste avant mon 49e anniversaire.

Au fait, il y en a qui parlent d’un « tapuscrit » quand ce n’est pas écrit à la main, mais tapé sur un ordinateur. Je trouve ça ridicule, même s’il y a un néologisme pareil en anglais, « typescript ». On ne parle pas d’un « crayonscript » afin de le distinguer d’un « styloscript » !

Et en parlant de nouvelles personnelles, nous étions très occupés ce week-end, car nous allons déménager en octobre, dans un appartement plus proche du lycée. Pas loin, juste une distance d’environ 8 km. Nous ne serons plus à Elbe-en-Irvine, mais dans la ville voisine d’Anguille-sous-Roche, où habite mon ex. Afin de garder la confidentialité de cette personne, je continuerai de parler d’Elbe-en-Irvine comme notre adresse. J’évoque ça maintenant, car je veux que tout le monde sache que La Fille a fait des miracles ce week-end pour préparer. Je suis si fier d’elle.

Notre blague traite de la fidélité conjugale. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Découpage et Nez. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine.

Sur le blog, il y a aussi Le pain perdu selon Péla, notre nouvelle recette préférée pour ce plat, Le bœuf Stroganoff, la recette selon la façon américaine, Ici et là, les nouvelles du blog, et La Chine uber alles, sur les obsessions de mon ami.

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