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Je découvre Christophe

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Christophe, parce que notre dernière entrée, Adrien Gallo, a chanté l’une de ses chansons pendant le spectacle.

Christophe en 2014, Photo par Thesupermat, CC BY-SA 3.0

Daniel Bevilacqua est né en 1945, à Juvisy-sur-Orge, en Essonne. Sa famille est d’ascendance italienne, son arrière-grand-père étant venu pour établir un commerce en fumisterie. À ses 16 ans, il choisit le nom de scène Christophe d’après une médaille de saint Christophe, un cadeau de sa grand-mère. Naturellement, ce choix est suivi immédiatement par la fondation de son premier groupe, « Danny Baby et les Hooligans », dont le chanteur est censé être un nommé Danny, sauf que c’est désormais Christophe joué par un Danny. À vous de déchiffrer la logique.

Mais c’est en 1965, en tant que soliste, qu’il gagne enfin l’attention du public avec son premier single, le célèbre « Aline ». Il s’agit d’une ancienne petite amie, mais je me suis trompé la première fois où je l’ai écouté, en pensant qu’elle avait noyé. Si on fait plus attention, c’est juste un dessin dans le sable d’une plage qui disparaît dans la pluie.

Cette chanson pue son époque, ou plutôt plusieurs années plus tôt — faites la comparaison avec « Smoke Gets In Your Eyes » de The Platters, de 1959. À l’avis du chanteur Jacky Moulière, Aline pue encore plus sa chanson « La Romance », et il intente un procès pour plagiat à Christophe,, qui durera jusqu’à la fin des années 70, quand Christophe gagnera enfin. À mes oreilles, c’est moins le cas que pour George Harrison des Beatles et « My Sweet Lord« , mais à la place de M. Moulière, j’aurais fait pareil.

Néanmoins, avec ce tube dans la poche, en 1966 il sort un album, d’abord intitulé « Christophe », mais plus tard changé en « Aline ». Là, il a d’autres tubes, dont « Les marionnettes ». Ça suffit pour lui valoir une place aux côtés de Johnny, d’Eddy Mitchell et de Françoise Hardy dans la « photo du siècle », qui regroupe 46 stars de l’époque. Ça fait, il tourne son attention vers le marché italien, et sort une traduction de son album en 1967.

Puis, il ne sort pas de nouvelle musique jusqu’en 1972, avec un autre album intitulé Christophe. Cette fois, le grand tube est « Main dans la main », beaucoup trop sucré pour mes oreilles. Vous ne subirez de telles paroles que « Nous serons tous deux comme des amoureux, Nous serons si bien main dans la main » à mes mains, c’est certain.

Sur le même album se trouve aussi « Mal », sortie en 1971 en tant que single et qui a aussi connu un grand succès. C’est encore une autre chanson d’amour disparu : « Je me souviens, D’un prénom qui me fait mal, D’une robe, D’un soulier de premier bal ». Je me sens comme si je suis dans la présence d’un maître chanteur à minettes.

Mais il est sur le point de devenir tout autre chose. En 1973 sort l’album « Les paradis perdus », à ne pas confondre avec les pains perdus, complètement différent des premiers albums. Voici la piste éponyme :

C’est hallucinant d’écouter « Avec l’expression de mes sentiments distingués » fait avec des extraits de sa musique jusqu’à ce point, une piste qui cherche à mettre tout ça en vue arrière. Ce n’était pas un tube de l’album, mais j’aime très bien « Du pain et du laurier », une petite « tranche de la vie » qui n’a rien d’amoureux.

Son prochain album, « Les mots bleus », apparaît en 1974, avec des paroles presque entièrement à Jean-Michel Jarré, qui étonnera le monde avec Oxygène deux ans plus tard. C’est un peu d’un retour en arrière, avec plus d’amours perdus :

Il faudrait que je lui parle 
A tout prix 

Je lui dirai les mots bleus 
Les mots qu’on dit avec les yeux 
Parler me semble ridicule

Mais l’album n’est pas tout comme ça ; « Le Dernier des Bevilacqua » imagine un autre passé, où il a grandi en Italie. C’est très long, mais comme rien d’autre de son catalogue jusqu’à ce point. « Drôle de vie » est plus « Christophe à l’ancienne » quant aux contenus, mais la musique est beaucoup plus sombre que d’hab pour lui. Peut-être que j’aurai sa dernière phrase gravée sur ma pierre tombale : « Si j’ai raté ma sortie, C’est peut-être qu’après tout, je n’ai rien compris. »

1976 voit Samouraï, un album qui n’a pas cartonné. Il y a un hommage à John Lennon sur l’album, « Merci John d’être venu », mais je trouve l’album plutôt complaisant. Ah oui, il s’agissait d’un hommage à John Lennon !

1978 est l’occasion d’encore un autre album peu apprécié par le public, Le Beau Bizarre, mais les critiques l’adorent. Libération le classe parmi les 100 meilleurs albums de l’histoire de rock, en 89e place. Ce même classement met Rumours de Fleetwood Mac en 85e place et The No Comprendo en 52e ; pourtant, ce sont carrément parmi les 10 meilleurs. Qu’est-ce qu’il y a, Libé ? En tant que saxophoniste, je suis gravement déçu par le bas niveau de mon instrument sur la piste éponyme, ce qui gâche une chanson autrement intéressante. Nettoyez votre instrument, M. René Morisure !

En 1980, Christophe sort un album, Pas vu, pas pris, et ressort Aline en disque 45 tours. Le dernier se vend à plus d’un million de copies ; l’album passe sans remarque pour autant que je sache. C’est dommage — j’ai tellement bien aimé « Méchamment rock&roll » :

Nous allons finir avec son dernier grand succès, le single Succès fou, qui vend plus de 600 000 exemplaires en 1983. Wikipédia considère que la chanson « achève de le cataloguer comme chanteur pour midinettes ».

Je ne sais pas. La chanson en soi est très agréable, très années 80 avec sa boîte à rythmes. Et le saxophone est joué à haut niveau cette fois (je ne suis pas arrivé à trouver le nom du musicien). Mais c’est quoi le « succès fou » ?

Avec les filles j’ai un succès fou
Ouh…
Le charme, ça fait vraiment tout
Ouh…
Un p’tit clin d’œil pour un rendez-vous
Ouh…

Comme le chien d’Obélix, c’est son idéfix.

Après cette chanson, il sort quelques projets très personnels, et comme beaucoup d’artistes vers la fin de sa carrière, des albums en duo avec de plus jeunes artistes. Il y avait un dernier album original en 2016, Les vestiges du chaos, disque d’or à 60 000 exemplaires vendus, mais ce n’est pas le genre de chose qui rendait Christophe un immortel de la chanson française.

Que penser de Christophe ? Tout au long de cet article, je n’ai rien dit de ce que je pense de sa voix. Toujours très aiguë, plus il vieillissait, moins il réussissait à me convaincre. Je trouve qu’Aline est son meilleur travail, mais honnêtement, ça suffit pour assurer sa place dans le panthéon. Je l’aime le plus quand il tente des expériences au-delà de ses sujets habituels. J’envisage d’ajouter quelques pistes à ma collection, et si c’est surprenant qu’il ne s’agisse pas de ses tubes autre qu’Aline, ça montre qu’il y avait du talent de son côté, avec quelque chose pour tous.

Ma note : Je serais allé au concert si vous aviez une place de trop.

Je découvre Adrien Gallo

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Adrien Gallo, qui a suivi Alain Chamfort sur le plateau. Là, il a chanté « Aline » de Christophe, alors pas de bon points pour deviner qui sera le prochain artiste de cette série.

Adrien Gallo avec BB Brunes à l’Armada de Rouen, Photo par Agostinho, CC BY-SA 3.0

Il y a certains artistes qui sont apparus sur le plateau en tant que représentants d’un plus grand groupe, et d’autres qui sont apparus en tant que solistes. Adrien Gallo a fondé un groupe, BB Brunes, en 2006, dont il était le chanteur, mais il a entamé une carrière solo en 2014, et a été présenté comme soliste pendant l’émission. Cependant, puisqu’il continue d’être actif dans le groupe, et écrit une belle partie de sa musique, je traite de sa carrière avec le groupe pour commencer.

Adrien Gallo est né à Paris en 1989, fils d’un réalisateur de télé et une criminologue. Sa première guitare était le cadeau d’un ami de la famille, l’humoriste des Charlots, Luis Rego. À partir de 2000, lui et certains amis à l’école ont créé un groupe, Hangover (gueule de bois en anglais), dont les paroles étaient en anglais. Vu qu’il n’avait que 11 ans à l’époque, j’aimerais bien savoir à quel point ils comprenaient l’anglais ! Mais c’est en 2005 qu’un ami acteur, Jules Sitruk, partage leur maquette à son père, Claude, qu’ils changent de nom. Le « BB » est apparemment un hommage à la chanson de Serge Gainsbourg, Initials BB, et Brunes fait référence au boulevard Brune, où ils faisaient des répétitions.

En 2006, BB Brunes sort son premier single, Le Gang. Ça me rappelle fortement Iggy Pop ou The Ramones — dont la voix plaintive du chanteur. M. Gallo n’a que 17 ans dans ce clip, alors il lui reste de la maturité à venir.

Le single est rapidement suivi d’un album entier en 2007, Blonde comme moi. Sur cet album, la piste Mr Hyde a moins le son « garage », comme on dit du Gang et des influences nommées en haut. BB baise, en revanche, est si bruyant que je ne peux rien comprendre sans paroles écrites. Et vu que les paroles comprennent, « Mes ovaires sont prêts », c’est probablement pour le mieux.

Deux ans plus tard suit l’album « Nico Teen Love », rien à voir avec le Nico le plus fréquemment cité sur ce blog, mais tout à voir avec la nicotine. La piste éponyme me semble plutôt quelque chose des années 90 venant de Seattle, genre Nirvana ou Pearl Jam :

Mais ils n’ont pas abandonné leurs racines ; M la maudite est plus de la même chose du premier album.

En 2010, le groupe sort un EP tout en anglais, mais dont j’ai du mal à vous donner le bon titre — c’est soit BB Brunes soit EP anglais. La chanson « Taste of a Baby » (Le goût d’un bébé OU Les goûts d’un bébé — le titre est ambigu) a un titre suffisamment déroutant que j’ai dû l’écouter. Hélas, ça veut dire le premier choix. Beurk. « For Ever and Ever and Ever Ever Ever » (À jamais et à jamais, etc.) sonne comme une centaine de groupes britanniques des années 60. Si vous m’aviez donné ce dernier clip sans me dire que ça venait d’un groupe français, j’aurais pris M. Gallo pour un britannique.

En 2013, BB Brunes sort « Long courrier », qui ne renonce pas exactement leurs racines de punk, mais aurait pu venir directement des années 80. Le premier single, « Coups et blessures », ne sonne comme rien d’avant de chez eux :

La voix de M. Gallo, 27 ans ici, a en fait mûri. Quant à la chanson « Stéréo », c’est un régal pour les fans de Douglas Adams qui connaissent la poésie des Vogons : « swimming pool » rime avec « houle », « poule » et « swinging foule ».

En 2014, Adrien sort son premier album solo, Gemini. Est-ce le même type qui est chanteur de BB Brunes ? J’ai du mal à y croire ! Écoutez « Monokini » et découvrez son côté Barry Manilow ! Mais sa chanson « Copacabana » n’a rien à voir avec celle de M. Manilow.

Au fait, le correcteur de mon portable veut changer le nom de M. Manilow en « Manille », le chien d’Il Est Quelle Heure. Ne me croyez pas sur parole :

Capture d'écran qui montre 3 corrections proposées : Manille, Manila, et Manilas.

Quant au reste de Gemini, c’est hyper– commercial ; écoutez « Crocodile », qui semble plus produit qu’écrit.

En 2017, BB Brunes est de retour avec Puzzle, un album qui sera nommé aux Victoires de la Musique pour meilleur album de rock, mais perdra à Shaka Ponk. Je ne sais pas. Ça sonne beaucoup plus proche de Gemini que de leurs travaux de plus tôt ; « Éclair éclair » est un tube pour eux, mais c’est trop « pop » pour mes goûts :

« Pyjama », du même album sonne au début comme s’ils écoutaient du Bernard Lavilliers, mais le reste est aussi électronique que le premier clip. « Origami » fait pareil : un geste vers le Japon pour commencer, puis plus de musique électronique.

En 2019, Adrien Gallo sort un autre album solo, « Là où les saules ne pleurent pas ». Encore une fois, c’est un départ du son de BB Brunes, mais dans tout autre direction que Gemini. La chanson éponyme est largement une ballade avec une guitare acoustique :

Ailleurs dans le même album, nous voyons Adrien au piano pour la première fois, en duo avec Vanessa Paradis :

J’ai l’impression que cet album n’a pas été une réussite — les infos sur ses classements m’ont échappée — pourtant, je le considère parmi son meilleur travail. Et ça nous amène au résumé.

Que penser d’Adrien Gallo ? Il est évidemment un musicien talentueux, avec une carrière de deux décennies à ce point, dont plusieurs albums de platine. Mais je trouve que je suis moins qu’enthousiaste. Quand il poursuivait une vision artistique moins commerciale, sa voix n’était pas à la hauteur. Quand sa voix a enfin mûri, la musique n’était plus à mon goût. J’espère qu’au futur, il y aura enfin un album de son côté qui montre son talent sans chasser si évidemment l’approbation des classements.

Ma note : J’irais au concert si vous avez une place de trop.

Je découvre Jacques Dutronc

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata en revisitant un musicien qui n’était pas sur scène lui-même, mais dont sa musique a été reprise par l’un de nos sujets. Je parle cette fois de Jacques Dutronc — en quelque sorte, j’ai oublié de mentionner que sa chanson « Fais pas ci, fais pas ça » a été chantée par Alain Chamfort pendant le spectacle.

Jacques Dutronc en 1966, Photo par W. Veenman, CC BY-SA 3.0

Jacques Dutronc est né — très inhabituellement pour un musicien de sa génération — sous le nom Jacques Dutronc en 1943, à Paris. Au Golf-Drouot, pendant les années 50s, il fait la connaissance d’Eddy Mitchell et Johnny Hallyday, deux ados qui trouveraient plus tard du succès sous les noms de Claude Lemoine et Jean-Philippe Smet. Mais pour notre Jacques, la vie cachait une mauvaise surprise — en 1959, il tombe gravement malade, victime de la maladie de Bouillaud, alors il doit passer un an entier à la maison, sans sortir. On l’aurait cru le narrateur de la Recherche. Puisque Duolingo n’a pas existé à l’époque, il s’apprend la guitare pendant ce temps.

Une fois capable de sortir en 1960, il s’intègre à un groupe de rock, El Toro et les Cyclones, et offre ses services en tant que compositeur à d’autres groupes. Pour les Fantômes, il écrit une chanson purement instrumentale, Fort Chabrol. Peut-être que vous la reconnaîtrez ; Françoise Hardy a fait une reprise em 1962 :

En 1963, les Cyclones doivent disperser à cause du service militaire obligatoire. Mais après son service, Jacques sera embauché par la maison de disques Alpha, ainsi qu’une autre maison Vogue, déjà connue pour ses stars Johnny Hallyday et Françoise Hardy. C’est comment il arrive en 1963 qu’il écrit un tube pour Mme Hardy, « Va pas prendre un tambour ». Mais elle ne le remarque pas.

Mais en 1966, Vogue décide de lancer Jacques en tant qu’artiste lui-même, et il sort « Et moi, et moi, et moi », avec Alain Chamfort au piano. C’est une réussite, alors un album suit le plus vite possible, intitulé « Jacques Dutronc ». Là se trouve plusieurs autres tubes, dont « Les cactus » :

« J’aime les filles », son prochain disque 45 tours, paraît en 1967, suivi un an plus tard par un tube qui atteint la 5e place dans les classements français, « Il est cinq heures, Paris s’éveille ».

Sur le même disque 45 tours se trouve aussi « Fais pas ci, fais pas ça ». Mais entre ces 2 disques, en août 1967, quelque chose de plus important lui arrive — Françoise Hardy le remarque enfin, et les deux deviennent un couple.

1969 voit son troisième album, L’Opportuniste, où j’adore la chanson éponyme — mais je la croyais à Indochine pendant des années !

Cet album voit aussi des expériences avec le jazz manouche, dont « À tout berzingue ». Plus tard, ce genre sera celui qui fera la renommée de son fils Thomas. Il aime autant ce genre que son album suivant, L’Aventurier (il continue de piquer des idées à l’Indochine du futur), le met en vedette pour sa chanson son éponyme.

Les années 70 verront plusieurs albums, tous intitules « Jacques Dutronc ». Sur le premier, de 1971, se trouve « Restons français, soyons gaulois », le truc le plus années 70s de tous les temps. 1972 voit un autre album éponyme, cette fois largement écrit par Serge Gainsbourg. C’est bien évident — le tube « Elle est si » contient des paroles très gainsbourgesques : « Elle est si grosse, elle est si laide, etc. ». Peut-être que Gainsbourg se trouvait drôle ; il n’a jamais été ma tasse de thé.

1975 voit un dernier album éponyme — et le temps entre les albums augmente car il poursuit désormais une carrière d’acteur. Là se trouve la chanson le moins Coup de Foudre possible, « La France défigurée », où il se plainte des « poulets hormonés » et des « forêts coupées ». Mais nous sommes toujours dans les Trente Glorieuses ! On aurait pu faire un joli échange, sa France pour ma Californie. Oui, oui, l’herbe est plus verte ailleurs, je le sais, mais celle-ci tombe mal sur mes oreilles :

En 1978, Thomas Dutronc est né, mais il fera plusieurs décennies avant que la musique ne devienne entreprise familiale.

En 1980, après une absence de la musique encore plus longue, il est de retour avec « Guerre et pets », une autre collaboration avec Gainsbourg. L’album est un disque d’or, mais les seuls tubes sont une reprise du Temps d’amour et une chanson hyper-Gainsbourg, L’hymne à l’amour, un discours magistral déclamé plutôt que chanté sur des guitares électriques.

1982 voit un album enfin libre de Gainsbourg, « C’est pas du bronze ». Si ça se vend un peu moins que son prédécesseur, il faut aussi dire que « Tous les goûts sont dans ma nature » et « L’Autruche » montrent, de façons très différentes, plus de la joie du début de sa carrière. CQF…Dutronc, sorti en 1987, est plein de synthétiseurs, typique de l’époque mais très loin de ses sons d’avant — je n’aurais jamais deviné que « À nous deux (CQFD) » ou « Europe n’roll » (très agréable) étaient à lui.

C’est ici où j’arrête. En 1991, il se sépare de Françoise Hardy, sans que les deux divorcent. Peut-être qu’il n’est pas une coïncidence qu’il ne sort qu’un album original pendant toute cette décennie ; cependant, il y a de nombreuses intégrales. Mais à ce point, il est aussi devenu un symbole nostalgique, et au-delà de sa collaboration avec Johnny et Eddy en tant que « Les Vieilles Canailles » — pour faire des reprises de leur propre musique ! — les 20 dernières années de sa carrière sont largement consacrées à des concerts plutôt que de la nouvelle musique.

Que penser de Jacques Dutronc ? Si la somme de sa carrière était ses travaux des années 60s, ça suffirait pour le rendre l’une des plus grandes stars de tous les temps. S’il avait seulement écrit la musique du « Temps de l’amour », il aurait été l’un des compositeurs les plus importants de la chanson française. Qu’il y ait eu une quinzaine d’années truffées d’autres disques d’or, c’était juste la cerise sur le gâteau.

Ma note : J’achète l’intégrale.

Je découvre Alain Chamfort

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata, cette fois avec Alain Chamfort. J’évitais ce moment à cause de sa discographie énorme, mais il faut continuer tôt ou tard.

Alain Chamfort assis devant un piano avec un micro en haut
Alain Chamfort en 2008, Photo par Sylvain lasco, CC BY-SA 4.0

Alain Le Govic est né en 1949 à Paris, mais a grandi dans le Val-d’Oise. Il apprend le piano à partir de sa plus jeune enfance mais plutôt que poursuivre des études formelles, de ses 11 ans, il commence à s’intégrer à une série de groupes qui jouent soit du jazz soit du rock.

Son premier succès vient en 1966 avec un groupe dit Les Mods. « Je veux partir » sonne comme une centaine de groupes britanniques de l’époque, et à vrai dire, le seul qui m’impressionne de ce groupe est le saxophoniste, mais un certain Jacques Dutronc y entend quelque chose que je rate, et invite le groupe à le rejoindre à la télé pour jouer « Et moi et moi et moi » ensemble.

Après ça, M. Le Govic quitte Les Mods pour se joindre au groupe de Jacques Dutronc, où il restera pendant 2 ans. Pendant ce temps, ils sortiront ensemble plusieurs chansons dont Les cactus (déjà écouté ; pas fan) et J’aime les filles — c’est Alain qui joue du piano au début ici :

Mais Alain Le Govic veut être chanteur ainsi que pianiste, et il ne va pas avoir cette opportunité en tant que pianiste pour un chanteur. Cependant, même avec l’aide d’Étienne Roda-Gil — vous vous souvenez peut-être de lui de notre article sur Julien Clerc — il sort une série de 5 albums de 45 tours (c’est-à-dire des albums courts de 4-5 chansons chacun, les « c’est quoi le vinyle ? ») qui sont tous des échecs.

En 1971, M. Le Govic sert en tant que choriste pour la chanteuse Séverine quand elle remporte l’Eurovision pour Monaco. Il n’est pas considéré un gagnant du concours de cette façon, mais ça l’aide à attirer l’attention d’un certain Claude François :

C’est M. François qui trouve le nom Le Govic trop breton (il pensait quoi de l’écrivain Auguste Le Breton, qui a adopté ce nom exprès ?). Les deux choisissent le nom Chamfort d’un dictionnaire. Et vous trouvez mes méthodes extrêmes. Équipé d’un nouveau nom de scène, Alain Chamfort sortira une série de singles et 45s qui le gagneront, selon Wikipédia, la réputation de « chanteur à minettes ». Je n’avais jamais entendu cette expression avant. Mais dès que j’ai entendu « L’Amour en France », je l’ai malheureusement comprise ; c’est le genre de chanteur qui aurait ciblé les lectrices de « Jeune et Jolie ». (Où est-ce que ce type trouve ces références ?)

C’est donc Claude François qui est le docteur Frankenstein de cette histoire, mais avec son amour-propre de légende, Chamfort ne pouvait pas supporter longtemps cette collaboration et quitte la maison de disques gérée par François en 1975, mais pas avant d’enregistrer Le temps qui court afin de me mettre en PLS 50 ans plus tard. Comment ça ? C’est une reprise d’une chanson de Barry Manilow, l’Alain Chamfort américain des années 70s. (Ne me demandez pas comment il est arrivé que j’ai assisté à un concert de M. Manilow en 1993, mais soyez sages et un de ces quatre, je vous le raconterez.)

Début 1977, il se retrouve à Hollywood, où il est censé avoir fait les chœurs pour l’album de Véronique Sanson de ce nom. Cependant, j’ai écouté quelques pistes et n’arrive pas à entendre une voix masculine. L’expérience l’impressionne suffisamment qu’il y enregistre son propre album cette même année, Rock’n rose, avec les frères Porcaro (plus tard le groupe de légende Toto), et Serge Gainsbourg en tant que parolier. L’album n’est pas un grand succès, mais « Joujou à la casse » montre que les minettes sont en arrière-vue, et pour le meilleur :

Cette collaboration donnera lieu à son plus grand succès, Manureva, le premier single de son prochain album, Poses, aussi enregistré en Californie. Il s’agit d’un navigateur, Alain Colas, disparu avec son voilier, ledit Manureva, et si le style disco semble hors place, il n’y a pas de question sur son statut de tube :

Avec la formule en place, en 1980 Chamfort sort encore un autre album enregistré à LA, avec des paroles de Gainsbourg, Amour Année Zéro. Ça vend 200 000 exemplaires en France, beaucoup moins que Poses, mais toujours un disque d’or. L’album est très électronique, avec des synthétiseurs partout ; bienvenue dans les années 80s. Bambou est le grand tube de l’album, qui voit la fin de la collaboration Chamfort-Gainsbourg :

Les reste des années 80s voient une série d’autres albums du même style, donnant lieu à des coups mineurs — classés entre 30 et 40 à leur meilleur — tels que La fièvre dans le sang et Souris puisque c’est grave.

Les années 90s ne connaissent pas beaucoup de succès pour lui. En 1994, il remporte une Victoire de la musique pour le clip officiel de « L’ennemi dans la glace ». Ce clip n’a que le son, mais on peut entendre que c’est un changement complet du style — pas plus de synthétiseurs, plus lente, des cordes. Il me semble qu’il cherchait à nouveau le son de Barry Manilow !

À la fin du siècle, il perd son contrat avec sa maison de disques. Il y aura un petit rebondissement en 2004 quand il gagnera encore une fois une Victoire pour le clip des Beaux Yeux de Laure, mais la vérité, c’est que depuis ce temps-là, aucun single d’Alain Chamfort n’est classé plus haut que 128 en France. J’arrête ici parce que c’est bien évident que malgré son appel nostalgique, ses contributions du XXIe siècle n’ont pas la même place dans le Panthéon de la chanson française.

Que penser d’Alain Chamfort ? C’est une histoire très curieuse ici — il a échoué assez souvent dans sa carrière qu’il est surprenant qu’il ait fini par recevoir autant d’opportunités pour faire un « come-back » (ne me regardez pas comme ça ; c’est mon dictionnaire bilingue qui rend ce mot). Cependant, pendant un quart de siècle, beaucoup de légendes ont voulu travailler avec lui — Dutronc, François, Gainsbourg, même Lio. C’est un témoignage à son talent, et même si j’ai du mal à identifier un tube que j’aime particulièrement, il est souvent au moins agréable. C’est lui l’exemple parfait de sa note.

Ma note : j’irais au concert si vous avez une place de trop.

Weird Al à The Venetian

Nous venons de rentrer à notre hôtel à 23h50, alors je ne vais pas beaucoup écrire. Et bien que je sache que certains parmi vous connaissent Weird Al, je doute que ça fasse une grande partie des lecteurs.

D’abord, voici la salle de concert. J’imagine qu’il y avait entre 2 et 3 milliers de personnes là le temps que le concert commence :

Photo du Théâtre Vénitien

Voici une vue plus proche de l’affiche sur l’écran :

L'affiche dit « Weird Al : Plus grand et plus bizarre », bizarre étant la traduction de weird

Hélas, il y a eu une première partie. Je n’ai jamais entendu parler de « Puddles Pity Party », Puddles étant le nom d’un clown-homme orchestre. « Pity Party » est difficile à traduire. Littéralement ça veut dire « fête de pitié » ; le sens est plutôt quelqu’un qui ne va nulle part en ressentant beaucoup de tristesse — de façon péjorative. Ce type était horrible et 30 minutes de lui en était 29 de trop.

Malheureusement, beaucoup de stades et d’arènes aux États-Unis — tous qui sont des clients de Ticketbâtard, euh, Ticketmaster — ont une appli pour cafarder sur vos voisins. La femme assise devant La Fille était fâchée que nous nous plaignions du clown. La Fille pouvait donc voir sur son épaule que cette dame a écrit une note au service de sécurité pour exiger que nous soyons sortis de la salle. Je n’utilise pas de gros mots ici, mais cette fois, je fais exception. Connasse. Elle enregistrait le concert sur son portable, ce qui est interdit. Mous nous ne nous avons pas cafardé sur elle.

Puis, 50 minutes après le début officiel du spectacle, Weird Al est arrivé sur scène. Il est actif depuis 49 ans déjà, ayant sorti ses premières parodies à la fac. Sa carrière a duré beaucoup plus longtemps que celles de ses cibles parce qu’il est en fait talentueux, et ses détournements de la musique populaire sont souvent beaucoup plus intéressants que les œuvres originales.

Weird Al monte sur scène

Nous étions ravis qu’il ait joué notre chanson préférée, Party in the CIA (Fête chez la CIA), un détournement de Party in the USA de Miley Cyrus. Je sais déjà, qui ? La chanson originale a eu son moment en 2009. Personne ne l’écoute plus. Mais celle de Weird Al ? Un classique.

Il a gagné sa popularité dans les années 80s avec des parodies de Michael Jackson. « Wacko Jacko » était renommé pour « Bad » ; Weird Al l’a refaite comme « Fat » (Grosse). Même son costume est une parodie de l’original :

Weird dans un costume qui lui donne un aspect très gros

Vous souvenez-vous de « Blurred Lines », un coup étonnant en 2014 ? Weird Al l’a détourné pour devenir « Word Crimes » (Crimes de mots), une chanson sur la grammaire. C’est sans doute son effort le plus français, mais difficile à traduire. Il faut vraiment connaître l’anglais pour comprendre son humour, mais je vous rassure, un connaisseur de « Sans l’option Bescherelle », l’un de mes groupes préférés sur Facebook, comprendrait exactement le sens de la chanson.

Weird Al avec une projection de son nom sur l'écran, une parodie du clip de Blurred Lines

Voici le clip, au cas où. C’est hilarant :

Un autre coup étonnant de 2005, « Ridin’ Dirty », est devenu « White & Nerdy » (Blanc et débile). C’est la chanson de tous les trop studieux. C’est-à-dire, La Fille et moi l’adorons.

Weird Al avec des lumières en forme de Pac-Man sur l'écran, une parodie du clip de la chanson de rap "Ridin' Dirty"

À la fin des concerts aux États-Unis, si le public l’a aimé, ils crient un mot intraduisible pour dire qu’ils veulent en entendre plus : « Encore ». Peut-être qu’il y a un équivalent en français. Hihihihi. Alors, il est revenu sur scène pour chanter deux chansons qui prenaient Star Wars pour sujet, « La Saga commence », une parodie de « American Pie » de Don McLean, et « Yoda », une parodie de « Lola » par The Kinks. Comme d’hab, je préfère les versions de Weird Al.

Weird Al déguisé en tant qu'un Jedi

Il y a très peu de monde qui travaillent aussi dur que Weird Al. Pendant un spectacle, il change de costume entre 40 et 50 fois. Cependant, ses blagues dépendent tellement de comprendre l’anglais, et c’est presque impossible de les rendre drôles en français. Peut-être qu’il me faudra faire l’effort quand même, car il reste l’une des personnes les plus drôles que je connaisse.

Je découvre Antoine

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata, cette fois avec Antoine. « Mais Justin », vous me dites, « il a 80 ans et n’était pas sur scène cette nuit-là ». Et vous avez raison. Cependant, c’était sa chanson « Les Élucubrations » jouée par Tryo, notre dernier groupe, alors il faut continuer avec leur source. Ce sont les règles du Projet, après tout.

Antoine à une séance d’autographes, Photo par David.Monniaux, CC BY-SA 3.0

Pierre Antoine Muraccioli est né en 1944 à Madagascar. Sa famille était là parce que son père était ingénieur en travaux publics — alors il a aussi habité à Saint-Pierre-et-Miquelon, au Cameroun, et à Marseille, tous avant ses 12 ans, avant de s’installer en Haute-Savoie. Il est devenu élève-ingénieur et a suivi un parcours plus comme le mien que j’aimerais penser. Nous nous déprimions tous les deux pendant ces études à cause de chagrins d’amour — mais où j’ai changé de cours, il a continué et obtenu un diplôme avec un classement très bas. D’autre part, il a utilisé cette expérience pour se lancer dans l’écriture de musique, où il a connu un plus grand succès que moi, alors j’imagine qu’il serait offensé par la comparaison. De toute façon…

En 1965, toujours un élève à la fac, Antoine sort son premier single, Autoroute européenne N° 4. Là, il est l’homme orchestre, jouant de la guitare et de l’harmonica, ainsi que chantant. À mes oreilles, il sonne exactement comme Iggy Pop ou Three Dog Night, mais ces autres commençaient leurs carrières en même temps, alors impossible qu’ils se connaissaient. C’était juste dans les eaux, comme on dit en anglais.

L’important, c’est que ça lui vaut l’opportunité de sortir son premier album en 1966, intitulé « Les Élucubrations d’Antoine », d’après ce qui serait son plus grand tube. Cette chanson doit être le premier « diss track » au monde — ce que les rappeurs américains appellent une chanson écrite pour insulter d’autres rappeurs. Ici, il se fout de la gueule d’Yvette Horner (qui il suggère devrait quitter son accordéon) et de Johnny Hallyday, qui devrait être dans une cage. En anglais, on dirait qu’il fallait avoir des couilles en laiton pour tenter une telle chose !

Peut-être la chanson qui montre la plus sa personnalité sur cet album est « Qu’est qui ne tourne pas rond chez moi ? » où il annonce « Je ne croooooooois à rien ! » Antoine est là pour épater la bourgeoisie, comme on dit. Et tout le monde l’aimait, sauf pour Johnny, qui rétorque avec « Cheveux longs et idées courtes », où il dit que personne ne change le monde en criant dans un micro.

Son prochain disque, sorti aussi en 1966, « Antoine rencontre Les Problèmes » est largement du à ce dernier groupe, mieux connu plus tard comme Les Charlots. Antoine n’écrit que deux chansons pour cet album, dont « Contre-élucubrations problématiques », où il se moque de Johnny : « Nous ferons ce qu’il faut pour être les premiers, Ta cage est déjà réservée ». Fallait pas mordre à l’hameçon, Johnny. L’autre contribution d’Antoine est « Je dis ce que je pense et je vis comme je veux », où il s’assied dans un Volkswagen Combi et se comporte en général comme un sale hippie :

L’année suivante, 1967, voit un troisième disque avec un changement de direction, « Je reprends la route demain ». La chanson éponyme continue l’attitude insouciante, mais la musique est moins « caféinée », si vous me suivez, plus introspective. J’ai eu du mal à trouver d’autres morceaux de cet album.

Tout change radicalement plus tard en 1967 quand il sort encore un autre album. Cette fois, il a coupé les cheveux — quoi ? — porte désormais une moustache, et chante des choses qui pourraient venir d’un roman satirique de Douglas Adams. Ça commence avec une autre chanson éponyme, « Madame Laure Messenger, Claude, Jérémie, et l’Existence de Dieu », où deux poissons rouges se disputent sur ce dernier sujet :

J’ai eu du mal d’en trouver plus sur YouTube, mais Internet Archive a tout l’album disponible gratuitement. Il y a plus d’une diversité de styles — « L’anniversaire de Beethoven » ne sonne comme rien d’autre jusqu’à ce point — et si « Je partirai bientôt » a un peu le même air de « Je m’en fous et je quitte », cette fois, c’est plus… joyeux ? Je doute que c’était une réussite vu la difficulté de retrouver l’album, mais il semble s’en profiter plus.

Je saute plusieurs albums difficiles à trouver, mais en 1970, il sort Ra Ta Ta, un autre album où la chanson éponyme est étonnante vu son début. Il mène le public en applaudissant, et les paroles ne semblent pas lourdes du tout :

Encore une fois difficile de trouver d’autres chansons de l’album, mais j’ai trouvé un autre clip avec « J’aime le bon vin » ainsi que Ra Ta Ta. Cette fois, c’est un conte de son goût pour boire le vin de Communion. Je l’ai mis au bon moment dans ce lien.

En 1971, il sort un autre album, Larraldia, dont j’ai trouvé au moins le single ‘Scusez-moi, m’sieur Antoine, en duo avec Danièle Gilbert, inconnue pour moi avant. C’est assez charmant ; les paroles sont des questions peu importantes avec des réponses marrantes :

En 1974, il part en voyage autour du monde pendant 6 ans, en voilier. Apparemment, il enregistrait pendant ce temps ; j’ai trouvé tout son album de 1976, Corcovado, complet dans une seule vidéo sur YouTube. Mais c’est ici où j’arrête. Sa musique est largement difficile à trouver, avec presque aucune info disponible sur ses classements et son accueil par le public. Le fait qu’il y a des clips de l’INA ici me dit qu’il continuait de trouver un rapport avec son public en live, mais c’est assez évident que sa carrière à partir de « Madame Laure Messenger » est largement une réaction contre son image originale. Et ses voyages, qui continuaient après son retour en 1980, me disent qu’il voulait vraiment juste tout plaquer. Je compatis énormément.

Que penser d’Antoine ? Il me semble qu’il était plus qu’un coup étonnant, mais que le renommé n’était pas à son goût. Et ça va ; la vie des stars est souvent moins heureuse que nous ne le pensons. Mais entre le fait que sa musique après les deux premiers albums reste largement cachée, et son manque d’intérêt à régler la situation, je n’ai franchement pas envie d’en creuser plus. Il faut ajouter, cependant, que le sale caractère personnel de ses premiers albums se révèle une fausse image pour la publicité vu ce qui s’est passé après.

Ma note : Je ne change pas de chaîne, mais je ne le suis pas plus loin.

Je découvre Tryo

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec l’artiste qui a immédiatement suivi Julien Clerc et son trio de chanteuses, Tryo. Quoi ? Vous dites que vous avez des souvenirs d’un certain « Ed Sheeran » sur scène pendant 10 minutes ? C’est sans doute un faux souvenir créé par le Matrix, mais c’est pour exactement ce moment que j’ai mis en place une règle contre écrire sur les étrangers qui ne gagnent pas leurs vies en France. Alors, Tryo.

Photo de trois membres de Tryo en concert à Brest
Tryo en concert, Photo par Jeremy Kergourlay, CC BY-SA 4.0

Comme a dit Nagui en les présentant, « Ils sont deux ; pourtant le groupe s’appelle Tryo ». Il y a en fait 3 membres du groupe, mais beaucoup des groupes n’étaient pas complets pour la diffusion. Cependant, comme disaient les couvertures des 4e et 5e tomes du Guide du voyageur galactique, c’était la trilogie de plus en plus mal nommée. En fait, il y avait 4 membres au début, et leur premier album, Mamagubida, sorti en 1998, porte les deux premières lettres des prénoms de cinq personnes, dont leur producteur.

Leur premier single est « L’hymne de nos campagnes », une ode aux idées de Rousseau de revenir dans la nature :

Je ne pouvais guère comprendre « Pour un flirt avec la crise » sans des paroles à lire. Le titre semble être une référence à « Pour un flirt avec toi » de Michel Delpech, mais il s’agit plutôt d’une sorte de cri contre les Klaus Schwab du monde, le technocrate qui « fait du gringue à sa secrétaire ». J’ai dû écouter « France Télécom », car un tel titre invite des questions, mais « Merci France Télécom, D’avoir pu permettre à nos hommes, D’ajouter aux bruits de la ville et des klaxons, La douce sonnerie du téléphone » ne me semble particulièrement pas une réponse à quelque chose que l’entreprise a fait.

À ce point, j’en avais assez de leur premier album — il n’y a pas beaucoup à dire sur la musique en tant que musique. Soit les messages vous intéressent soit pas, car c’est largement juste les chanteurs avec un guitariste pour accompagnement. Je suis donc passé à leur deuxième album, Faut qu’ils s’activent, sorti en 2000. Il n’y avait pas de tube de cet album, alors j’ai commencé par « Con par raison », qui me semblait un titre drôle :

Mais il s’avère être un autre message plutôt lourd, racontant des histoires d’un riche et d’un pauvre, puis demandant « Lequel de ces deux types est l’pire pour la nation ? » Je ne sais pas vous, mais je préfère la sorte d’art qui me mène à poser ces questions moi-même, pas celle qui donne des leçons. « La débande » est une chanson courte mais drôle, avec le refrain « Il est temps de suivre la route des Boys Band avant que notre arc débande ! », ce qui se moque des Backstreet Boys et N’Sync de l’époque. « Paris », source du titre de l’album, est plus mélodique que beaucoup de leur travail à ce point, mais sarcastique à souhaits sur les prix élevés de la ville. (Je considère que « Je découvre Paris » me permet de dire ça sans être hypocrite.)

En 2003, ils sortent Grain de sable, qui connaît plus de succès, étant un disque double or. « Sortez-les » marque un changement de direction, loin du reggae des premiers albums :

Le son est différent, mais les messages restent lourds : « Noyez-nous de publicités, Engraissez-nous jusqu’à éclater » n’a aucune subtilité. On me dit que « Désolé pour hier soir » était un grand succès, mais encore une fois, je ne pouvais rien comprendre sans des paroles écrites. « Sur ce coup la man, t’as été un homme t’as ramené le croisé de Jackie Sardou et d’un Pokémon » est plutôt amusant.

J’ai décidé qu’ils avaient un album de plus pour me convaincre qu’il y avait plus à découvrir, alors ici, je suis passé à « Ce que l’on sème », disque platine de 2008. J’ai commencé avec le titre le moins politique possible, « El dulce de leche », qui sent plutôt mon coin du monde :

Si je l’ai bien compris, les paroles parlent d’un réfugié chilien qui déménage en France :

Il n’avait pas idée
On dira inconscience
À quel point lui coûtait
D’être bloqué en France
Rejoindre le pays
L’odeur de l’orchidée
Le temps n’a pas enfoui
El dulce de leche

Je n’ai rien contre les chiliens, mais j’avais espéré autrement. Je craignais le titre « Quand les hommes s’ennuient » vu le point de vue de tout autre chose à ce point, et c’était au niveau de mes attentes, même si je dois noter que la musique elle-même est plutôt belle :

Les paroles comprennent :

Quand les hommes s’ennuient, ils s’enivrent de sexe
De vin jusqu’à la lie, et d’amours trop complexes

S’inventent des tempêtes, se prennent dans le courant
Des guerres trop coquettes, des caprices d’enfants
Font tanguer le bateau, quand la mer est parfaite
Quand les hommes s’ennuient, ils deviennent si bêtes

Merci, mais j’ai plus qu’assez de la haine de soi pour être homme aux États-Unis, en anglais. Je n’ai pas besoin de la chercher ailleurs. Et je ne me reconnais pas dans cette description non plus.

Que penser de Tryo ? On leur dit « engagés ». Je ne dis pas que je dois être d’accord avec un artiste sur tout. Mais je trouve chez eux exactement ce que je n’aime pas chez mes con-citoyens, la politique en tant qu’idée fixe. Ce qui me déçoit ici, c’est que j’étais vraiment impressionné par leur représentation sur le plateau de Taratata, avec Les Élucubrations d’Antoine. J’ai l’impression qu’un concert de leur part serait plutôt énergique. Mais deux heures de leçons à donner, pas envie.

Ma note : je change de chaîne.

Je découvre Sandrine Kiberlain

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la dernière des trois chanteuses qui rejoignirent Julien Clerc sur scène. Cette fois, on parle de Sandrine Kiberlain.

Photo de Sandrine Kiberlain en gros-plan
Sandrine Kiberlain, Photo par Georges Biard, CC BY-SA 4.0

Je dois avouer que je me trompai en faisant mes recherches. Elle apparaît sur plus de disques que Suzane ou Marie-Flore, mais est responsable de beaucoup moins de contenus — parfois juste un single ou des pistes d’une bande-sonore. Oups. Alors celui-ci sera plutôt bref, mais vu que pour elle, c’est plutôt un loisir qu’une carrière, ça va.

Sandrine Kiberlain naquit en 1968 à Boulogne-Billancourt, le même endroit que Véronique Sanson, France Rumilly et Zazie. Wikipédia indique qu’elle est le produit de l’histoire d’amour la deuxième moins probable : « Son père, expert-comptable et auteur de théâtre sous le pseudonyme de David Decca, a connu sa conjointe dans l’atelier de théâtre d’une école de commerce. » La combinaison de théâtre et école de commerce doit être plutôt rare, non ? ([Au cas où ce n’était pas clair, l’histoire la moins probable impliquerait le gros ! — M. Descarottes])

Il faut que j’ajoute que je vérifiai toute sa filmographie et ne vis jamais aucun de ses films. Pourtant, elle passe une quinzaine d’années à l’écran avant de sortir son premier enregistrement en 2000, quelques chansons de la bande-sonore du film Love Me, dont une en duo avec un type dont vous entendîtes peut-être parler, Johnny Hallyday :

Cette largement un effort de Johnny ; vous trouverez Mme Kiberlain notamment à 0:54 et 1:57. À ce point dans sa carrière, Johnny avait passé 4 décennies en étudiant la musique d’Elvis Presley, et savait la livrer. L’effort de Sandrine Kiberlain, en revanche, sent le karaoké. Les crédits suggèrent qu’elle chanta aussi un autre morceau seule, « Loving You », mais je n’arrivai pas à le trouver.

5 ans plus tard, elle retourne avec son premier album, « Manquait plus qu’ça ». Elle écrivit toutes les paroles, sauf pour un piste dont on parlera, mais la musique est à des collaborateurs. La chanson éponyme, quelle réussite ! Libérée de son manque de compétences en anglais, ici elle se montre sûre de soi, capable, et avec le choix d’accord, quelque chose du Moyen-Orient, même aventureuse. Bravo !

La Godiche est aussi merveilleuse. Vos condoléances montre qu’elle est à l’aise dans une tonalité mineure et une atmosphère sombre. Et si je vous disais que le refrain d’un autre morceau commence par « Je vais m’envoyer des fleurs » ? On penserait que c’est une chanson avec une attitude « Justin-chaque-février », mais juste quand je commençai à penser que je me trompai, elle lance « des roses que je ne t’enverrai pas ». Ouaip.

Malheureusement, personne ne lui conseilla de lâcher Girl, le seul morceau de l’album en anglais, une reprise des Beatles. Peut-être que vous pouvez en tirer du plaisir ; pour moi, c’est inécoutable. Autrement, j’adore cet album !

Son prochain, et à ce point dernier, album « Coupés bien nets et bien carrés » sort en 2007. Encore une fois, elle écrit les paroles et des collaborateurs font la musique. Cet album est un peu plus électrique que l’autre, avec plus d’effets de production, et je crois que ce ne lui sert pas pour le bien, mais elle reste très agréable. « La Chanteuse » me rappelle un peu « Intermittite aiguë » de Sandrine Mallick, et ça, c’est un haut compliment de ma part :

La chanson éponyme se traite d’une coupe de cheveux, et me rappelle un peu la musique de Blood, Sweat & Tears (surtout le choix d’instruments). « Perfect Day » me fit peur qu’elle soit une autre mésaventure en anglais, et elle l’est un peu — c’est en franglais — mais on réussit à lui expliquer le problème, car elle chante « Je t’ferais rire with my accent (avec mon accent) ». Je fondis, exactement comme vous vous seriez attendu. « Parlons plutôt de vous » est mélancolique à souhaits, mais je ne pus pas m’en arracher.

Son tout dernier enregistrement arriva en 2015, un duo avec Jean Rochefort d’une reprise de « Puisque vous partez en voyage » par Jacques Dutronc et Françoise Hardy. C’est charmant, mais monsieur pourrait être son père — même grand-père ! — et c’est plus une nouveauté qu’une partie importante de son œuvre.

Ben, en 2020, elle participa aussi à un projet intitulé « Vole », apparemment enregistré à la maison par une vingtaine de chanteurs en plein Confinement, mais franchement, je ne peux distinguer personne.

Que penser de Sandrine Kiberlain ? Elle n’a pas la puissance d’une Véronique Sanson ou une Jeanne Added, mais son articulation est parfaite — tant qu’elle évite l’anglais — et sa musique est bien choisie pour accompagner sa voix. Je la trouve beaucoup plus qu’agréable, et c’est dommage qu’elle n’ait pas de plus grand catalogue.

Ma note : J’achète l’intégrale — mais « j’oublie » d’ajouter les morceaux en anglais à mon portable.

Je découvre Marie-Flore

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la deuxième des trois chanteuses à apparaître avec Julien Clerc. Cette semaine, c’est Marie-Flore.

Très inhabituellement pour un artiste de nos jours, son nom de scène est en fait son prénom. Marie-Flore Pol est née à Clichy-la-Garenne, mais en quelque sorte, a réussi à garder privée sa date de naissance. Heureusement, avec seulement 4 albums à couvrir, je ne dois pas les lier à des périodes différentes de sa vie, alors ce ne sera pas un problème.

Photo de Marie-Flore en concert, débout devant un clavier et un micro.
Marie-Flore, Photo par Blueberry-026, CC BY-SA 4.0

Ce que l’on sait, c’est qu’elle a quitté la fac après sa première année pour se concentrer sur sa carrière en musique, et que ça fait assez longtemps qu’elle s’est fait découverte sur MySpace. ([Un véritable dinosaure, donc. Mais ce type était là avant qu’il ne soient des réseaux sociaux. — M. Descarottes]) Et qu’est-ce qu’elle faisait là ? Des chanson en anglais, comme Jeanne Added ou Jain. C’est comme ça qu’en 2009, elle sort un album intitulé ‘More than 30 seconds if you please » (Plus de 30 secondes s’il vous plaît).

Je veux être gentil, car je trouve sa voix très agréable ici, et la musique en plus, mais il y a deux ans, mon lecteur Bernard a dit quelque chose qui s’applique un peu ici :

les jeunes chanteurs ou chanteuses qui ont les 3/4 de leur répertoire en anglais — mal prononcé et probablement incompréhensible — ont aussi une très mauvaise prononciation en français. A mon avis, inconsciemment, ils choisissent l’anglais devant un public français (qui ne comprend pas l’anglais) pour éviter qu’on constate qu’ils prononcent mal dans les deux langues.

Commentaire sur 30 ans de Taratata, 1ère partie

C’est un peu injuste de mon côté. Je peux comprendre la moitié de ce morceau, « While You Were There » (Pendant que tu étais là), et je vous dis souvent que ma compréhension même en anglais est très mauvaise dès qu’il y a de la musique en jeu pour mon attention.

Cinq ans plus tard, en 2014, elle sort un deuxième album en anglais, By The Dozen (Par la douzaine), cette fois avec une maison de disques. Avec des sous-titres professionnels pour le clip de sa première piste, « Number Them » (Compte-les), il faut avouer qu’il y a des fois où ses voyelles sont simplement les mauvaises — je n’aurais jamais deviné qu’elle chantait « seems » et « bleak » :

J’ai eu du mal avec « Dizzy » du même album. J’avais plus de succès avec « Sweet to the taste » (Sucré au goût). J’ai trouvé un enregistrement en live de sa chanson « Trapdoor » (trappe) de la même époque, mais c’est si réverbérant que je ne peux rien comprendre. Sa technique avec la guitare me semble prometteuse. Mais ça nous donne un indice important — elle chante si proche du micro, il semble qu’elle est sur le point de l’avaler ! Elle avait besoin d’un ingénieur et un producteur à ce point.

Mais je crois que je comprends l’autre problème. On lui a dit, correctement, que la pire chose que les Français font en parlant anglais est la prononciation très mauvaise des voyelles dites « lax » (Wikipédia les dit « bref », assez proche, mais pas identique). Elle compense trop pour ça en réduisant même les voyelles fortes. La stratégie n’est pas mauvaise — je la trouve toujours agréable, juste difficile à comprendre. C’est le contraire de ce qui arrive d’habitude — je n’aime pas écouter la plupart des Français parler anglais, même si je peux les comprendre. La même critique s’applique à la chanson éponyme de l’album :

Je n’ai guère mentionné la musique elle-même, souvent soit acoustique soit avec juste quelques effets. Elle paraît aimer le genre de folk, mais je la trouve difficile à classer. Ses chansons ont tendance à se ressembler, les unes aux autres.

En 2019, elle sort un troisième album, Braquage, cette fois en français. C’est un changement de nuit en jour ! Tout à coup, sa prononciation est très facile à suivre, et elle se révèle avoir la voix d’un ange, comme la plupart d’entre vous. Elle dit, « M’en veux pas », et je ne peux que dire, « D’accord ! » :

Braquage, la chanson éponyme, est trop « disco » pour moi, mais montre toutes les mêmes qualités vocales. Je savais qu’il y avait une belle voix sans les difficultés d’anglais !

En 2022, elle sort son dernier album, « Je sais pas si ça va ». La chanson éponyme est un triomphe, exactement ce que son premier album aurait pu être si enregistré en français. Encore une fois, c’est largement à elle, sans trop d’instruments en accompagnement :

« Je sais qu’il est tard » sonne très proche — comme beaucoup de sa musique — mais montre à bon effet sa « voix d’annuaire téléphonique », mon plus haut compliment (c’est-à-dire, je m’en fiche si elle lit l’annuaire à haute voix, tant qu’elle continue). Avec « 20 ans », j’ai décidé que mon avis restait valide, alors j’ai arrêté.

Que penser de Marie-Flore ? Il n’y a pas beaucoup de grandes idées musicales originales ici — elle profiterait vraiment d’un bon producteur — mais elle écrit de bonnes paroles et les livre toujours de façon agréable. Un de ces quatre, quelqu’une d’entre vous va enfin me croire qu’avec une telle voix, on peut me manipuler facilement, et je me compterai quand même chanceux.

Ma note : J’irais au concert si vous avez une place de trop.

Je découvre Suzane

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la première des trois femmes qui ont chanté avec Julien Clerc (Suzane, Marie-Flore, Sandrine Kiberlain). Les 3 travaillant à l’unisson, je ne pouvais distinguer personne pendant l’émission originale. Suzane ayant la plus petite discographie, on commence avec elle.

Suzane en concert, Photo par EddyLlrg, CC BY–SA 4.0

J’avais originalement planifié quelques blagues sur son choix de nom de scène, car c’est celui de mon ex. Mais il s’est avéré que j’avais des plaintes sincères cette fois, alors afin de les aborder de façon honnête, je les ai supprimées toutes.

Suzane est née Océane Colom à Avignon en 1990. Dès ses 7 ans, elle a commencé à étudier la danse classique, puis le chant au lycée. Mais la jeune Océane déprime au lycée et le quitte en terminale, sans obtenir son bac. Il faut ajouter que je compatis énormément. On a suivi des chemins très différents, mais être dépressif, c’est un combat de toute une vie.

On passe par presqu’une décennie entière perdue avant qu’elle ne reprenne sa carrière musicale, ayant découvert la musique électronique. À partir de 2018, elle commence à sortir des singles, à commencer avec L’insatisfait. Celle-ci montre du talent vocal, mais aussi une attitude qui est déjà fatiguée de la vie. Il faut noter qu’elle montre dans ce clip qu’elle se souvient bien de sa carrière de danse :

En 2020, Mme Colom sort son premier album, Toi Toi, qui comprend ses 4 premiers singles ainsi qu’une dizaine de nouveaux morceaux. Je dois vous dire, son style hyper-électronique n’est pas ma tasse de thé, mais j’ai presque tout écouté quand même. Suzane est parmi les gens les plus faciles à comprendre pour moi. Son articulation est excellente, et elle n’utilise pas trop d’effets pour sa voix, inhabituel dans ce genre.

Je note un autre single sorti avant le premier album, qui finit par en faire partie, l’éponyme « Suzane ». C’est une autocritique plutôt amère malgré son énergie, au point où j’aurais pu la prendre pour l’un de mes billets dans la série des boulettes. Encore une fois, je compatis :

Cependant, il faut dire qu’il y a des limites à mon empathie. Elle ne laisse aucun doute qu’elle déteste les hommes, ce que l’on entend clairement dans « SLT » :

Avec de telles paroles que :

Hey salut bonne meuf, t’es vraiment très charmante
Tu sais j’te mangerais pour le 4 heures, t’es si appétissante
J’te ferai pas la bise mais si tu veux on peut baiser

elle montre exactement ce qu’elle pense est le comportement des hommes. C’est ici où je dois aborder qu’elle est lesbienne, et ne cache pas ses avis sur ce sujet. J’essaie ici de garder mon objectivité, mais j’ai subi 3 ans de harcèlement aux mains d’une patronne lesbienne qui se moquait de mon statut de célibataire — devant des clients parfois — en offrant souvent des critiques des hommes en général. Elles ont le droit à leur avis, mais je ne m’intéresse pas trop à le payer.

C’est dommage car elle montre un sens de l’humour plutôt caustique dans « Le potin » :

Encore une fois, il y a de nombreux points forts dans son travail. Si je ne me sentais pas ciblé par sa colère, on pourrait bien s’entendre.

Son deuxième et dernier album, Caméo, sort en 2022. Il commence avec une autre chanson dirigée envers elle-même, intitulée « Océane ». Elle reconnaît son succès des deux dernières années, mais ça lui pose plus de problèmes :

Je suis plus sympathique à son point de vue qu’elle ne l’imagine. Les doutes et la haine de soi restent présents, même si elle commence à trouver une façon de vivre.

Le deuxième single de l’album, Belladonna, continue de montrer ses capacités en tant que chanteuse, même si je ne suis pas sûr que je l’aie compris. Sa voix reste en bonne forme

J’ai franchement adoré « Un ticket pour la Lune », où elle chante « Je suis pas à ma place, ; je serai peut-être mieux dans l’espace ». Quand elle traite des thèmes d’être mal à l’aise, elle a mon attention.

« La fille du 4ème étage », en revanche, est une autre histoire du comportement horrible et d’abus commis par des hommes. J’ai envie de savoir si ce sont ses témoignages de sa propre vie, ou si elle a juste du mal à imaginer qu’un homme pourrait ne pas être un monstre.

Cet album finit sur une note extrêmement inhabituelle. La chanson éponyme de l’album, « Caméo » dure moins qu’une minute et manque des instruments synthétisés. C’est une autre preuve qu’il y aurait un sacré album sans tous les appareils électroniques.

Que penser de Suzane ? Elle est une chanteuse talentueuse, peu importe son genre musical de choix. Il y a des moments puissants dans sa musique, et quand elle n’évoque pas certains sujets dont je suis sensible, je profite même de l’écouter. En même temps, je galère à imaginer que je me sentirais bien à l’aise à l’un de ses concerts. Je ne changerais pas de chaîne, mais je n’ai pas hâte d’aller à un concert non plus.

Ma note : je ne change pas de chaîne, mais c’est le plus que je peux faire.