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Mal au tout

Quoi qu’il en soit, ça fait mal. Quelques statistiques après le grand déménagement. D’abord, 19 584 pas hier, une petite hausse sur les jours précédents :

Graphique qui montre une semaine de pas : 6 jours plus tôt, il n'y avait que 3 400.

Ça veut dire 12,3 km parcourus, deux fois la veille :

Graphique d'une semaine de distances ; il y a 6 jours, ça ne faisait qu'un km

Et le plus important, 34 étages montés, 3 jours après les 35 :

Graphique d'une semaine d'étages montés ; il y a 6 jours, c'était ZÉRO !

Tout ça, c’est-à-dire, s’il peut plier — les genoux, les coudes — j’y ai mal. S’il y a une articulation, le membre veut se détacher.

Et génie que je suis, mes oreillers ont disparu. Heureusement, cette nuit ne durera pas trop longtemps — car j’ai une poignée de tâches à faire avant de rendre les clés de mon ancien appartement.

Ça donne une idée pour un nouveau nom. Peut-être que c’est une sorte de Bretagne diabolique, Saint-Mal-Au.

La bonne nouvelle, et je dois mettre l’accent sur son caractère singulier, c’est que j’ai économisé plus de 400 $ par rapport à l’estimation originale. C’est ce qui arrive quand on fait beaucoup du travail soi-même. Voici une photo des parties que je ne pouvais pas faire pour moi-même :

Photo d'une douzaine de cartons en train de descendre d'un camion

Plus tard aujourd’hui, La Fille et moi allons fêter la fin de tout ça en dînant dans un nouveau resto de sushis, grâce aux économies. Je m’intéresserai à la question de si je pourrai marcher assez pour le visiter. Vraiment, la seule autre fois de ma vie comme hier, c’était la fin de ma première visite en France, où j’ai marché la distance de deux marathons en six jours ! Au moins cette fois-là, c’était pour la France !

Presque prêt

Plus tard aujourd’hui, c’est le grand déménagement. Nous avons travaillé presque sans cesse depuis vendredi pour préparer.

Camion « Déménagements René Faber » à Saint-Sauveur-en-Puisaye, Photo par Marc Dubois, CC BY 2.0

L’une des raisons pour « presque » était grave. Dimanche était plus chaud que les autres jours, et je me sentais plus fatigué, alors j’ai essayé de faire une sieste d’une demi-heure. À la fin, je ne pouvais pas bouger. J’ai pris du sang pour mesurer mon taux de glycémie, et c’était la catastrophe :

Capture d'écran : 49 mg/dL

Naturellement, parce que c’était ce genre de journée, un ami qui ne sait rien sur la diabète m’a félicité pour ce chiffre. Mais je n’ai, jamais une fois de la vie, mesuré un si bas taux. Il faisait 4 heures depuis le déjeuner, mais c’était une quesadilla — d’habitude, les tortillas montent le taux en flèche ! J’ai mangé 3 pots de yaourt après ça, et tout est bien allé. Au moins, jusqu’à la tragédie.

J’ai 5 haut-parleurs dans mon stéréo. Les deux en arrière sont munis sur des pieds. Ils n’ont pas bougé en 13 ans, et j’avais oublié qu’ils étaient vissés aux pieds des enceintes. J’essayais d’en enlever un sans succès, j’ai demandé à La Fille, qui était à l’autre côté : « Peux-tu voir s’il y a des vis ? » et tout à coup, le haut-parleur s’est arraché du pied. Le fond est gravement endommagé. Le truc jouera toujours, mais je ne sais pas s’il sera possible de l’attacher au pied comme avant.

Je ne veux pas blâmer La Fille, mais elle n’a pas du tout répondu et je ne comprends pas du tout pourquoi. C’est un bon exemple, malheureusement, de pourquoi j’aurais aimé avoir un autre adulte à la maison. Ma fille se croit bien capable et l’est souvent, mais elle ne sait pas ce qu’elle ne sait pas, si vous me suivez.

Je ne vais pas partager des photos du fond du haut-parleur. Le son, c’est mon plus grand loisir depuis le lycée, et j’étais toujours très fier de la bonne condition de mes équipements. Ce qui s’est passé est une horreur, et j’ai honte. Pas besoin de me demander quand je m’en pardonnerai. Le 32 de jamais.

Cependant, il faut avouer que beaucoup d’autres choses sont bien allées. Nous avons déplacé une vingtaine de cartons de plus, et c’est une vraie économie.

De toute façon, les déménageurs seront chez moi entre 8 et 10h. Je vais avoir des trucs sucrés ici pour le matin et ne pas vérifier le taux de glycémie jusqu’au soir. C’est important. Demain, je vous écrirai du nouvel appartement, et j’espère que d’ici là, j’aurai choisi le bon nom français pour cet endroit.

Question bête

Comme vous pouvez imaginer, je suis bien stressé avant le grand déménagement lundi. Je peux au moins dire que la chambre de La Fille est complètement vidée, sauf pour le lit et les autres meubles dont les déménageurs s’occuperont. Alors je n’ai pas préparé grand-chose. Mais, j’ai vu quelque chose de français dans un supermarché ici, et l’étiquette m’a fait demander quelque chose. Je vous poserai donc la question, après un peu d’exposition.

Il s’agit d’un vin rosé, nommé Avaline. Voici des bouteilles :

Ce produit est apparemment un « Vin de France », ce qui veut dire que les raisins ont été cultivés en France, et le vin y a été embouteillé en plus. Mais aucun garanti de cépage, de terroir ou d’autre chose. Comme j’ai écrit en 2021 (le lien ci-dessus), 74 % de la production est exportée : les vins labellisés « Vin de France » n’y sont pas bus.

Il s’avère que la marque appartient à l’actrice américaine Cameron Diaz (lien en anglais). Le site web répète encore et encore le mot « clean » (propre), ce qui m’offense gravement. Il y a du marketing, puis du marketing, mais tout produit vendu dans les supermarchés ici doit conformer aux règles de la loi « Pure Food and Drug Act » de 1906. Wikipédia en français explique exactement mon problème :

l’objectif est notamment : « empêcher la production, la vente et le transport de nourriture, de marchandises ou alcools dénaturés ou portant un étiquetage mensonger »

Wikipédia

C’est illégal de vendre un produit qui n’est pas « propre » : le processus d’inspection change selon le genre de produit — ce que l’on fait pour des steaks n’a rien à voir avec ce que l’on fait pour les vins — mais se dire « propre » suggère quelque chose sur la concurrence qui serait illégal si c’était vrai.

Mais ce n’est pas ma question bête. L’étiquette promet aussi que ce vin est « vegan friendly », littéralement « amical envers les véganes ». « Friendly » est un mot équivoque dans le marketing anglophone qui veut dire « nous voulons le crédit pour appartenir à une catégorie, mais ne faisons pas d’effort pour gagner les bonnes certifications ». Alors un produit sans gluten qui se dit « gluten-free » a passé des inspections qui garantissent qu’il n’y a pas de gluten ; un produit « gluten-friendly » ne garantit rien, mais ne contient probablement pas de la farine de blé dans sa liste d’ingrédients. Et c’est de là que vient ma question bête.

Je ne suis pas expert en vinification, mais le vin est végane grosso modo par définition, n’est-ce pas ? Il y a des raisins, de la levure, peut-être des sulfites pour le préserver — mais existe-t-il des vins fabriqués avec de la viande ou des produits laitiers ?

J’avoue, j’aimerais probablement du « bœuf bourguignon en bouteille », mais il me semble qu’il n’y a pas autant de viande que ça dans n’importe quelle bouteille de vin !

La mésaventure commence

Plus tard aujourd’hui, le déménagement commencera. Nous aurons 5 jours pour tout finir, et le grand déménagement, avec le camion et les professionnels, aura lieu lundi. Mais j’ai déjà des histoires.

J’ai d’abord emballé la cuisine, largement parce qu’il s’agissait de la partie la plus facile. Voici la moitié :

9 cartons de taille « lettre US ».

Il s’agit de toutes mes assiettes, les verres de vin jamais utilisés, et tous les ingrédients du placard. Ça ne comprend pas les deux robots, qui seront emballés dans leurs cartons originaux, ni certaines plaques de cuisson qui sont trop grandes pour ma taille de boîte. Oui, nous avons standardisé une taille unique pour tout, afin de garantir qu’il sera facile de tout ranger dans la voiture. J’adore Tetris ; je n’ai pas envie d’y jouer quand j’essaie de travailler rapidement. (Un de ces quatre, il nous faudra parler de Jonas Neubauer, après qui le Championnat mondial du jeu est nommé.)

Pour préparer, nous avons décidé de nous débarrasser de quelques meubles de La Fille. Pendant une décennie, elle utilisait son ancienne table à langer comme des étagères. Mais ce genre de table est souvent de mauvaise qualité, et après 15 ans, elle est bien endommagée. Nous l’avons donc jetée. Mais sa table et deux sièges, achetés quand elle avait 5 ans, étaient de bonne qualité, et je voulais vraiment faire un don. Je suis étonné par ce que j’ai appris en résultat.

Pendant les années 80 ou 90, on faisait appel à une association caritative, Disabled American Veterans (Vétérans américains handicapés) ou Goodwill (Bonne foi), et elle enverrait un camion pour récupérer les meubles que l’on avait envie de donner. C’était toujours gratuit ; après tout, c’était un don, et même si tout n’était pas utilisable après inspection, les associations faisaient confiance que les donateurs ne les traitaient pas de service de traitement des ordures.

Ces jours sont loin en vue arrière. Toutes les associations qui acceptent des meubles utilisent maintenant un service dit Resupply. Je veux que vous voyiez exactement ce que cette entreprise voulait me facturer pour avoir le droit de faire un don (je cache l’adresse) :

Il y a des frais de 99,99 $ pour me visiter tout court, 13,70 $ pour accepter la table, et un frais de 5 % de la somme des deux, 5,70 $, pour l’essence. Désolé, mais non. Voici la table et les sièges en question :

L’ensemble a coûté 300 $ à l’époque, si je m’en souviens bien. À part quelques petites taches sur la surface de la table, le tout est en très bon état. Je n’allais pas payer un centime à une association similaire à Emmaüs juste pour qu’ils les revendent.

Heureusement, il s’est avéré que Goodwill les accepterait si je les ai déposés à l’un de leurs magasins moi-même. C’est ce que j’ai fait, mais si ce n’était pas le cas, j’aurais tout jeté. Je suis même prêt à accepter l’idée que des frais aident à empêcher certains de « donner » du bazar, mais les 100 $ sentent l’arnaque.

Cerise sur le gâteau, j’ai passé une heure en essayant de faire accepter mon assurance locataire, dont 35 minutes au téléphone avec ma compagnie d’assurance. La faute est entièrement au propriétaire de l’immeuble, qui a des règles ridicules pour les preuves d’assurance. Je ne sais pas comment ce genre d’assurance marche en France, mais aux États-Unis, il y a typiquement deux choses comprises : la responsabilité personnelle, au cas où il y aurait un accident chez soi ; et la propriété personnelle, au cas où quelque chose arriverait à ses biens. Le propriétaire a un intérêt légitime dans le premier cas, mais le second cas est entre moi et l’assurance. C’est pour ça que les lettres émises par les compagnies d’assurance ne mentionnent que la responsabilité personnelle. Pourtant, le propriétaire refusait d’accepter la lettre sans mention de la propriété personnelle.

Je veux juste répéter encore une fois que La Fille m’impressionne vraiment avec ses efforts. Elle est déjà largement prête. C’est son daron qui va vraiment profiter de ce week-end pour emballer les cartons !

CommitStrip

J’ai reçu une sacrée surprise sur Facebook cette semaine. C’est extrêmement commun de voir des bandes-dessinées venant des journaux américains traduites en français par tel ou tel internaute : Bizarro, The Far Side et ainsi de suite. Mais il y a des jours, j’ai vu quelqu’un partager un vieux dessin de la série CommitStrip, et je me suis dit : « C’est bizarre ; on se souciait de traduire ce truc du passé en français ? »

Le titre est un calembour avec deux autre choses en anglais. « Bande » se traduit souvent comme « strip », alors « bande-dessinée » se traduit « comic strip », l’expression que l’on utilise pour les BD qui apparaissent dans les journaux (les BD en forme de magazine sont plutôt des « comic books »). Mais « commit » est aussi le mot que les programmeurs utilisent pour finaliser leur code et le télécharger sur un serveur. C’est un genre d’humour très pince-sans-rire.

De toute façon, CommitStrip n’est plus publiée. Je la connaissais largement entre 2012 et 2014, quand c’était nouveau, et les auteurs ont arrêté de la mettre à jour en 2022. Il y avait quatre personnages principaux, tous sans noms : le gérant, qui portait des lunettes et ne s’en souciait pas de ses employés ; deux hommes programmeurs, un avec une grosse barbe qui couvrait presque tout son visage, et l’autre avec des cheveux hérissés, et une femme qui était là largement pour se moquer des bêtises des hommes. Le gérant était un peu d’un salopard, et le barbu en particulier était un vrai cinglé. Les autres… honnêtement, je ne me souviens pas de leurs personnalités.

De toute façon, ayant vu une version française, je me sentais un peu nostalgique alors je me suis rendu sur le site. Et c’est comment j’ai remarqué un drapeau britannique, évidemment là pour choisir la langue :

Capture d'écran de l'accueil de Commit Strip, qui présente une liste de titres. En haut, le titre apparaît à gauche ; le hérissé, le barbu et le gérant au centre ; le drapeau à droite.

C’est ainsi que j’ai découvert après tout ce temps qu’en fait, CommitStrip était toujours bilingue, et disponible également en français :

Capture d'écran après le changement en français -- tout reste pareil !

Cependant, on remarque tout de suite que ça change moins qu’attendu ! Le post en haut s’appelle toujours « Hello World » (Bonjour, monde) : le nom du tout premier programme que l’on écrit dans tous les langages de programmation. Tout ce que ce programme fait est d’imprimer les mots « Hello World » à l’écran. En Java, ça se fait comme ça :

System.out.println(« Hello World »);

En C++, ça se fait ainsi :

cout << « Hello World »;

En Python, c’est juste :

print(« Hello World »)

C’est une hérésie de ne pas terminer chaque ligne par un point-virgule, parmi les nombreuses raisons que je déteste Python. Mais laissez tomber. CommitStrip est une porte ouverte sur l’esprit du genre de personne qui a des avis sur la présence de points-virgules. Par exemple, celle-ci a été publiée au début du Confinement :

Première partie : M. Macron : « Mes chers compatnotes, jai lance avec le gouvernement, le grand confinement général ! Contre le Covid-19, c'est la plus grande guerre de notre temps qui commence, pour sauver l'humanité toute entière. »

Deuxième : Macron continue : « L'humanité. Un mot qui va prendre un sens nouveau aujourd'hui.
Désormais, nous resterons à la maison sans sortir, ni voir personne ! Nous privilégierons le télétravail. Nous n'irons plus faire nos courses en famille et même, nous nous ferons livrer plutôt que d'aller en magasin, sans bien sûr parler au livreur... »

Troisième : Macron finit : « Mes chers compatriotes, il y aura moins d'interactions sociales. Il n'y aura plus de poignées de main ou d'embrassades. C'est un bouleversement pour tous et je suis conscient des sacrifices que nous vous demandons, mais c'est pour, demain, gagner notre plus belle victoire. Restez chez vous ! »

Quatrième : Le barbu, seul devant son ordi : « Ça va bien se passer...»
©️2020, CommirStrip

À vrai dire, si j’ai une certaine nostalgie pour le Confinement, ça vient uniquement des liens forgés à travers l’Atlantique, rien à voir avec rester dans ma chambre devant mon ordinateur.

Il ne s’agit pas de Dilbert, ce que tout le monde peut comprendre. L’humour de CommitStrip est tellement dans les détails de la programmation :

Première : L'hérissé devant son ordi : « Bon, c'est un tout petit script, on va faire ça en vanilla JS, tranquillement! Pas besoin de framework... »

Deuxième : Il continue : « Bon, on va quand même ajouter une petite logique objet dans tout ça. Et modulariser un minimum avec du templating, on n'est pas des sauvages. »

Troisième : L'hérissé : « C'est quand même plus clean avec de l'abstraction de BDD et des endpoints API. J'vais documenter tout ça et le balancer sur Github, ça peut servir à d'autres.. »

Quatrième : Le barbu : « QUOI ?? Un nouveau framework JS ? 1000 étoiles sur Github ? Dis moi que c'est pas vrai !? » L'hérissé : « J'ai pas fait expres... »

Celle-ci parle de la tendance des programmeurs d’écrire des outils afin de ne pas devoir répéter la même tâche encore et encore. Cependant, c’est du n’importe quoi si vous ne connaissez pas JavaScript.

En fouillant dans les archives, j’ai découvert que je pouvais facilement comprendre le langage de programmation en français, parce que c’est souvent juste « le » devant des mots anglais que je connais déjà. Puis-je la recommander ? Eh bien, si vous passez du temps là, vous vous direz à la fin : « Ah, c’est pourquoi il est « comme ça ». » Mais sérieusement, nous ne sommes pas tous aussi enthousiastes de nous enfermer que le barbu !

Elle a tout plaqué pour des hommes français

Aujourd’hui, je ne suis pas trop fier pour partager un vrai appât à clics venant d’un maître de ce genre de contenus, le journal britannique The Guardian. Les algorithmes de Facebook savent que je cliquerai sur tout article qui traite soit des bêtises amoureuses soit de la France, et cette histoire mélange bien les deux. Vous allez a-do-rer l’autrice de cette histoire, et par adorer, je veux dire détester.

C'est un dessin d'un couple qui s'embrasse sur un pont avec la Tour Eiffel en arrière-plan, apparu dans une vidéo dans un vol d'Air France. Je l'ai pris en photo pour me plaindre des stéréotypes amoureux vendus sans cesse.
Vidéo de sécurité d’Air France, Photo par Justin Busch

Il s’agit du témoignage de Juhea Kim, qui avait 31 ans au moment où tout s’est déroulé en 2018. Madame est autrice de deux romans et un recueil de nouvelles, tous publiés depuis 2022. Ses deux romans ont été publié dans 7 pays, alors à l’avis des maisons d’édition, elle a quelque chose d’utile à dire. (Je ne cache pas très bien mon avis sur ce sujet, hein ? Mais je ne fais pas d’efforts non plus.)

La pauvre Juhea commence son histoire en nous racontant son premier rendez-vous avec un certain Thomas, ce qui a lieu dans son appartement grenoblois, et par « son », je veux dire celui de madame. Il s’avère qu’après une décennie de vie à New York, où elle travaillait comme éditrice d’un magazine qu’elle avait fondé, elle en avait marre des hommes américains. Et pourquoi ? Parce que selon elle, et je vais la citer en anglais d’abord, afin que vous ne pensiez pas que j’exagère :

New York men – or at least the ones I dated – seemed to think that, if they were more than 6ft tall and in finance or law, they were masters of the universe.

Ça dit : « Les hommes new-yorkais — ou au moins ceux avec qui je suis sortie — semblaient penser que s’ils faisaient plus de 6 pieds de hauteur et travaillaient en loi ou en finance, qu’ils étaient les maîtres de l’univers. »

Voilà. Sans gêne, elle vient de vous dire qu’elle suivait exactement la règle de 6-6-6. Déçu que ces hommes qu’elle avait aidé à couronner, en leur montrant que tout autre homme n’était même pas digne d’un regard, ne se souciaient pas assez d’elle, elle a décidé de partir pour la France, car elle avait entendu parler de ses amies que les expatriés étaient « plus bizarre » par rapport à ceux qui restaient à la maison, mais meilleurs que les autres choix. Son plan est donc de passer 3 mois en France, à chacun de Grenoble, Nice et Paris, dans cet ordre. C’est pour « travailler sur son roman », mais aussi pour avoir des rencontres sur Tinder.

Elle revient sur Thomas, venu chez elle. Selon elle : « Avant que nous ne nous sommes déshabillés, nous avons discuté les sentiers, et il m’a fait une promesse de faire de la randonnée ensemble. » Super. Ils se revoient tout le mois, mais quand elle est sur le point de quitter Grenoble, elle est déçue à découvrir qu’il avait mis à jour son profil Tinder. Quoi ? Elle allait partir à toujours ; à quoi s’attendait-elle ?

Elle n’a pas de relation pendant son mois à Nice. Ses parents lui rendent visite, et elle « ne veut pas de drame ». Dans cette partie, elle chante les louanges de la France et des Français : ils ne sont pas aussi malpolis que le reste du monde ne le pense et on a même cédé sa place à elle dans une queue. J’ai dit largement la même chose après ma première visite, alors je ne la critique pour ça.

Mais à Paris, elle trouve Gaëtan, un professeur de droit, encore une autre rencontre de Tinder. Et c’est ici où j’ai autant de plaintes sur elle qu’avec sa description des hommes américains. Elle nous dit que les Français sont amoureux des histoires d’amour, que ce n’est pas réservé aux relations sérieuses, sans se soucier de s’ils peuvent utiliser la personne rencontrée pour autre chose. Quoi, elle a déjà oublié Thomas ? Tout ça car Gaëtan se révèle soucieux d’elle et fait attention pendant leurs conversations. Elle fait la comparaison entre lui et les hommes américains, ceux qu’elle a déjà évalué selon leurs salaire et hauteur : selon elle, les Français ne font pas de commentaires comme « Tu travailles pour ton propre compte, quoi ? », et c’est rafraîchissant. Mais elle oublie qu’elle se met en compagnie de personnes qui gagnent plus qu’elle et savent bien que c’est son critère pour leur parler : encore, à quoi s’attendait-elle ?

Selon elle, sa seule plainte sur Gaëtan est qu’il est honnête quand elle lui pose une question sur le dîner qu’elle a préparé pour lui. C’est un chapitre dans mon livre, « Apprendre en faisant » : tout le monde est plus au courant des normes, même si pas doués personnellement. Je ne le vois pas comme une critique — c’est plutôt la raison pour laquelle on estime les cuisiniers français aux États-Unis. Mais elle cherchait plutôt la réponse américaine (aussi mentionnée dans le livre), un compliment insincère pour ne pas offenser.

Gaëtan reste en contact avec elle après son retour aux États-Unis, jusqu’au moment où elle trouve une autre femme. Mais c’est ici où sa méchanceté se révèle. Au début, elle a parlé de David, son ex américain, avec qui elle restait amis après la rupture, pendant des années. Il avoue encore une fois qu’il l’aime toujours, et elle finit par le marier. Il n’était pas assez bon des années plus tôt, car pas un homme de la règle 6-6-6, mais après quatre ans de rupture et d’aventures décevantes avec d’autres hommes qui passent un filtre algorithmique — ou qui sont exotiques, car étrangers — elle se contentera de lui. Le mot anglais que je cherchais pour ça, « settle for », est beaucoup plus péjoratif, alors vos traductions sont les bienvenues.

Je suis étonné, absolument étonné, qu’une romancière puisse manquer si complètement de conscience de soi. Il n’y a aucun moment où elle reconnaît qu’elle traite le reste du monde d’exactement la façon qu’elle n’aime pas, et elle confond des affaires Tinder avec des jugements profonds sur le caractère national de deux peuples, dont le sien. J’étais bouche bée tout au fil de la lecture de son article. Mais franchement, cet article censé être sur la France illustre parfaitement tout ce que j’essaie de vous dire sur ce sujet dès le départ !

Pas cette fois

Peut-être que le jeu le plus bête de l’industrie musicale est les soi-disant « préventes » pour les billets de concert. On cherche tous les fans, les seules personnes qui vont acheter les billets, on les donne un faux « code » pour la prévente afin de donner l’impression de faire partie d’un club, puis on les vend tous les billets. Puis le jour de la « vente publique », l’événement est déjà complet, et il n’y a rien à faire.

Vu mon gros titre, évidemment je n’irai pas au concert de Rush à LA en 2026. Mais je vais quand même me plaindre un peu du processus. Plus qu’un peu. Je me sens en même temps déçu et indifférent.

La veille, je me suis connecté au site de Ticketbâtard — désolé, Ticketmaster ; le surnom malpoli rime mieux en anglais — et j’ai vu le suivant :

L’important est juste la première phrase du deuxième paragraphe. Ça dit : « Les prix pour cet événement ont été fixés à l’avance par le tour, à 98,40 $ à 995,01 $, frais de service compris. » Je m’attendais donc à des prix sous ma limite de 150 $.

Je dois avouer la vérité : j’étais en retard pour m’enregistrer pour la queue virtuelle. J’ai reçu une notification qu’un colis hyper-important venant de France a été livré à un point relais. J’avais hâte de le récupérer et j’ai oublié de regarder l’horloge. Cependant, 15 minutes après le lancement de la prévente, j’ai fait la queue pour me retrouver enfin face au cauchemar :

Capture d'écran qui montre une place disponible pour 225 $.

Cette place n’est pas proposée par un revendeur ; c’est Ticketmaster lui-même. Ça coûte 50 % de plus que ma limite ; pourtant, ça se trouve dans ce que l’on appelle les « nosebleed seats » — c’est-à-dire les places assez hautes pour faire saigner le nez. Ceci était presque le plus loin du plateau possible. Il n’y avait plus de places à 98 $ disponibles, mais franchement, j’ai horriblement du mal à imaginer où se trouvent ces places, ou si elles existent tout court.

Je suis donc déçu. Mais en même temps, je craignais dès que j’en ai entendu parler que ce tour ait pour but de récolter un maximum d’argent pour un minimum de travail de leur côté. 150 $ n’est pas une petite somme ; j’étais prêt à payer plus que le minimum selon eux. Cependant, il n’y avait pas de « réunion d’esprit » possible, comme disent les économistes.

Et c’est d’où l’indifférence. Quelque chose qui m’impressionne chez Indochine depuis le début, c’est qu’ils ne font pas de telles choses. Il y avait deux catégories de prix pour le Central Tour, et je n’ai payé que 80 €, et un peu de plus pour les frais. Et ce n’est pas parce qu’Indochine est moins populaire que Rush ; Stade de France accueille plus de quatre fois le nombre de personnes que le Kia Forum, et Indo l’a rempli avec la plus grande foule de l’histoire de France jusqu’à ce moment. Nicola Sirkis a dénoncé Oasis pour ces pratiques l’année dernière, et a refusé de jouer aux côtés des Rolling Stones pour la même raison.

Cette différence d’attitudes est exactement pourquoi Rush est le symbole de mon passé, et Indochine de mon avenir (enfin, j’espère). Il serait faux, complètement faux, de dire qu’il n’y a pas de gens comme Nico chez moi, ou des gens avides en France. Et je ne dirais jamais qu’un autre devrait faire le choix pour eux. Mais je crois qu’il est absolument juste de dire qu’il y a des tendances liées à la culture, et que je trouve que les deux sont des produits de leurs pays. (À cet égard, n’oubliez pas que Rush vient de Canada — j’adore les Québécois, mais considère les anglophones comme les mêmes qu’ici.)

Il est possible que vendredi, quand la « vente publique » est censée avoir lieu, que je réussisse à acheter un billet. Mais ça ne changera pas mes avis ici. Si les places moins chers attendent, ce serait encore pire — ça dirait qu’ils voulaient profiter le plus d’exactement leurs fans les plus passionnés, ceux qui les soutenaient quand ils étaient actifs. Sinon, ce sera simplement plus de la même chose. Pas vraiment le souvenir d’eux que je voulais garder, une raison pour laquelle j’aurais été aussi heureux si ce tour n’avait jamais eu lieu.

Le remaniement Descarottes

([Avec une planche Ouija, j’ai réussi à contacter M. Descarottes. Il regarde les actualités françaises avec inquiétude, et m’a envoyé ses pensées. — Justin])

Bonjour, les amis, je vous ai manqué horriblement depuis décembre, je le sais. L’année dernière, vous avez raté une opportunité importante — me charger du gouvernement — et maintenant, qu’est-ce qui se passe ? Les gouvernements français durent moins longtemps qu’une belle litière du Petit Rongeur ! Avec moi, vous auriez eu au moins deux semaines entre ma candidature et l’événement malheureux.

M. Descarottes dans sa cage, nez contre les barres, avec un regard qui dit « Vous ne voulez pas me donner à manger tout de suite ? »

Mais il est évident que certaines choses devront changer selon les exigences du moment. J’ai mes priorités, après tout… et, euh, je me soucie de vous aussi !

  • La Maternelle nationale : Bien sûr, il y a des différences importantes entre les partis. Mais sérieusement, un jour ? Les enfants de 4 ans doivent faire plus d’efforts que ça pour s’entendre. Alors, on va copier les meilleures universités américaines, qui croient aussi que leurs élèves sont des bébés (Georgetown, Brown, Michigan), et installer une salle avec des craies de cire, des briques Lego et des souffleurs de bulles de savon dans l’Assemblée nationale. Toute personne souhaitant une vote de censure pendant les 90 premiers jours d’un nouveau gouvernement devra d’abord y passer une semaine. Télévisé sur LCP. Des cobayes seront disponibles pour caresser, et il faudra le faire. Souvent.
  • La loi Groland : Saviez-vous que sur Canal+, il y a un documentaire sur un pays qui effectue des remaniements toutes les 20 minutes ? Alors, personne ne sera désormais autorisé à être ministre dans deux gouvernements de suite. En plus, Bruno Le Maire est interdit tout court de rentrer dans un tel poste, car en quelque sorte, c’est sa faute à lui. Cependant, Rachida Dati peut rester car le gros la trouve mignonne. Mais sans responsabilités, car le reste d’entre vous en a assez.
  • Jours fériés : Toute personne souhaitant supprimer des jours fériés sera invité à montrer l’exemple. En commençant par perdre ses week-ends. Des champs de carottes gouvernementaux seront plantés afin de leur fournir le bon endroit pour leur nouveau loisir obligatoire — récolter. Il sera aussi télévisé.
  • Dons obligatoires de légumes : J’étais dégoûté à découvrir les tonnes de pommes de terre gaspillées dans les Landes. Il y a un meilleur usage pour ça. Tout légume qui n’est pas vendu au moment de sa récolte sera donné à manger aux animaux de la région. Toute personne qui n’est pas éligible pour servir au gouvernement à cause de la loi Groland sera obligé de travailler en livrant ces légumes à mes cousins et amis. Ça aidera à encourager les anciens ministres à ne pas chercher réintégrer le gouvernement, à moins qu’ils ne profitent de travail honnête. J’ai l’impression que ça mettra définitivement un terme au manège des dernières années.
  • Nouvelles recherches biologiques : La dernière fois, je vous ai parlé de mon plan de cultiver une nouvelle variété de carotte dans chaque département. Il y a une recherche encore plus importante : le clonage. Le budget du CNRS sera doublé, et tous les fonds seront dirigé vers le but le plus important au monde : me cloner. Regardez la photo en haut : vous ne pouvez pas dire non à ce visage, non ?

Le plan Descarottes : car un cobaye sait mieux régler les choses que cette bande !

À plus dans le bus

Avouez-le, vous ne connaissez pas d’autre étranger qui dit de telles choses.

De toute façon, notre billet du jour concerne une question posée par ami du blog Filimages en lisant le prix époustouflant pour stationner une voiture pour le concert de Rush a LA, 51 $. Il m’a dit : « il me semble plus judicieux d’y aller en bus ou en covoiturage ». À chaque fois où j’entends le mot « bus » d’un Français, je ne peux que secouer la tête, sourire et penser : « Ne perdez jamais l’espoir ». La vérité, c’est que je savais déjà ce qui m’attendais. Mais je lui ai dit quand même que je ferais l’enquête.

Il faut se souvenir que bien que la France ait 20% de la population américaine, une bonne fraction, les États-Unis fait environ 18 fois les kilomètres carrés. Il y a des choses qui sont bien logiques en France, mais qui ne marcheraient jamais aux États-Unis — et ça avant de considérer qu’en général, chaque ville ou comté est responsable de ses propres transports en commun. S’il faut croiser une frontière importante, comme entre Los Angeles et Orange, on ne trouvera pas de coordination entre les deux.

Alors, j’ai mis les deux points de terminaison dans Google Maps pour rechercher une route par transports en commun. Je dois le faire parce que la prochaine fois où je prends un bus en 22 ans de vie dans le comté d’Orange sera… la dixième ? La cinquième ? Non. La première-ième. Ouaip. Il y a des choses qui ne se font pas ici. Ce n’est pas à dire qu’il n’y a pas de bus ici, mais très peu et en général, ils ne vont pas là dont j’ai besoin.

Afin de ne pas publier mon adresse exacte, j’utilise ici celle de l’aéroport local, très proche de chez moi. Ça ne change rien d’important. Supposons que je voulais arriver à temps pour un concert à 20h. Le Kia Forum est à 70 km de chez moi. À quelle heure penseriez-vous qu’il me faudrait partir ?

Capture d'écran du sommaire du trajet proposé par Google

16h24, ça vous parle ? Oui, il s’agit d’un trajet de 3 heures et 22 minutes, avec 5 transferts ainsi que deux promenades de 1 à 1,5 km chacune. Le tout ne coûterait que 13,75 $ mais qu’est-ce qu’il y a, d’accord ? J’explique.

La première étape serait de prendre un bus de l’aéroport jusqu’à la gare de Tustin, pour prendre le train régional dit Metrolink. Rien de grave, c’est juste qu’un type a été fusilé à la station-service à côté de cette gare il y a des mois. À vrai dire, il y a des années sans fusillades tout court à Tustin, et je ne m’inquiète pas trop pour cette partie. En fait, il serait plus logique de me garer dans le parking de cette gare. C’est gratuit.

Capture d'écran du trajet de Tustin à Union Station

On prend ensuite le Metrolink jusqu’à Union Station, au centre-ville de LA. En fait, c’est la mauvaise direction, bien à l’est de notre destination, mais il faut le faire afin de se transférer au bon système, car c’est le seul moyen de passer d’Orange County à LA pour atteindre leur métro. Il nous faut 1 heure pour ça, et Union Station est la maison des SDF, mais on veut prendre des transports en commun, quoi ?

Capture d'écran du trajet d'Union Station jusqu'à Pico

Puis on peut prendre la ligne À du métro de LA. Ça ne prend que 11 minutes et 5 arrêts. Le quartier de Pico n’est pas trop mauvais.

Capture d'écran du trajet de Pico à Crenshaw

Puis il faut se transférer à la ligne E, destination Exposition et Crenshaw. Merveilleux. Nous sommes pas loin du quartier des émeutes de 1992. En tant qu’homme blanc, je ne suis pas le bienvenu dans ce quartier. Mais nous voulons vraiment prendre les transports en commun.

Capture d'écran du trajet de Crenshaw jusqu'au centre-ville d'Inglewood

On prend la ligne K au centre-ville d’Inglewood. Inglewood se traduit comme « Porte de la Chapelle », ou peut-être « Colline du Crack ». En fait, ici nous sommes à 4 km du point d’origine des émeutes, Florence et Normandie (ce sont les noms en anglais des rues, je n’ai rien traduit). Heureusement, je ferais ce trajet en été, alors à 19h22, mon arrivée à Inglewood est avant le coucher du soleil. Ce qui est bon, car…

Capture d'écran de la dernière étape, la balade entre Inglewood et le Kia Forum.

Il nous reste une balade de 1,5 km à pied afin d’atteindre le bon endroit. Il est 19h46, alors je suis là juste à temps pour le concert.

3 heures plus tard, c’est le temps pour rentrer. Tout ira bien, j’en suis sûr.

Attention, quoi ? Il me faut patienter jusqu’à 3h54 du matin afin de prendre les mêmes étapes à l’envers ? HAHAHAHAHAHA… non. Le prix est bon, mais peu importe, car à 1h du matin, je me serai fait agresser au couteau. Désolé, mais ça m’est déjà arrivé à LA en 1997, raison pour laquelle je refuse de marcher au-delà de Beverly Hills. Quelle coïncidence, cette fois-là, j’allais aussi à un concert de Rush au Forum !

Et maintenant vous comprenez tous pourquoi je roule en voiture chaque fois où je dois aller à Los Angeles.

Un retour complètement inattendu

Je viens de vous parler de l’histoire triste de mon groupe préféré anglophone, Rush. Naturellement, ce blog étant ce qu’il est, dès que j’ai écrit « Le groupe a pris sa retraite en 2015 à cause de la santé défaillante de Neil, qui est mort d’un cancer du cerveau en janvier 2020. », les deux membres survivants ont annoncé qu’après 10 ans d’absence, ils voudraient jouer ensemble encore une fois. Il m’étonne de voir à quel point j’ai des sentiments mitigés.

C'est une photo d'un feu rouge au vert, le nom Rush, et les mots "Fifty Something Tour" (Tour pour la cinquantaine)
Annonce du « Fifty Something Tour », ©️Rush

En 2023, je vous ai parlé du tour que le chanteur du groupe a fait pour promouvoir son livre. J’étais très mécontent des places à 500 $ pour un événement sans concert, donc sans équipe, sans instruments — toutes les choses qui pouvaient justifier un prix aussi gonflé. Je crains que cet événement sera plus de la même chose.

Il n’y aura que 12 dates dans 7 villes. L’une de ces villes sera Los Angeles. Il coûtera 51 $ juste pour stationner sa voiture dans le parking de l’arène. Mais ça dit, c’est à Inglewood, et je serais exactement aussi ravi de laisser ma voiture dans la rue quelque part à Clichy-sous-Bois. Alors oui, je payerais ces frais exorbitants — mieux vaut être cambriolé de façon légale, je suppose. Cependant, et c’est important — seulement si le prix du billet reste dans des limites raisonnables.

Je payerais jusqu’à 150 $ pour un tel billet, le stationnement pas compris. L’arène en question peut accueillir 20 000 personnes pour un match de basket, mais pour un concert, ce sera plutôt 15 000. Il y aura une loterie pour même avoir le droit d’acheter un billet, et Ticketmaster a l’habitude de se vendre des billets, puis les vendre comme des billets de revente, alors je ne garde pas beaucoup d’espoir. Et je ne payerai certainement pas 500 $ pour un billet censé être vendu pour 100 $ ou quoi que ce soit, quelque chose qui arrive tout le temps avec Ticketmaster. (Au fait, les efforts à combattre les revendeurs sont quelque chose que j’estime énormément chez Indochine.)

Mais mettons le prix de côté. Ce ne sera pas Rush comme je le connais, car il y aura quelqu’un d’autre que Neil Peart derrière la batterie. J’entends parler qu’Anika Nilles, le batteur embauché pour ce tour est assez douée (Neil a remporté plus de victoires de meilleur batteur que n’importe qui pendant sa carrière), mais pendant une décennie, on nous disait : « Oh non, il n’y a pas de Rush sans tous nous trois. » L’idée qu’ils feraient comme Mötley Crüe ou AC/DC et « prendre sa retraite » encore et encore juste pour se faire payer avec des prix époustouflants me met mal à l’aise. Honnêtement, je me sens manipulé.

Il faut comprendre que tout au fil de sa carrière, alors que chacun des trois musiciens ont remporté des prix des magazines consacrés à leurs instruments, les critiques ont toujours détesté Rush. C’est la musique des nerds, avec des signatures temporelles inhabituelles, des paroles sur la science-fiction ou des sujets philosophiques, et un sens de l’humour plutôt comme le mien. (Je ne suis pas perplexe sur ce sujet.) Rush pouvait remplir des arènes comme celle de LA, mais jamais, jamais de stades. Pour gagner l’argent, ils devaient donc monter plus de spectacles que les Metallica du monde. Si l’idée est de ne pas travailler souvent, et vider les poches de fans désespérés quand ils en ont besoin, ça ne m’intéressera pas du tout.

En 1980, ils ont sorti une chanson, « The Spirit of Radio », L’Esprit de la radio, qui critiquait exactement ce genre de comportement dans leur industrie. C’était l’une de leurs plus populaires, et je n’ai jamais assisté à un concert où ils ne l’ont pas jouée. Le 13, le jour de la loterie, on verra combien ils veulent pour une place, et on saura si ça signifie toujours quelque chose, ou si c’était juste le produit de la jalousie.