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Port de Saint-Tropez

Don’t you Saint-Tropez

Il y a des années, quand j’ai entendu « Douliou Douliou Saint-Tropez » pour la première fois, je me suis gravement trompé sur les paroles. Je croyais que la foule autour de Geneviève Grad chantait « Do you Saint-Tropez ? », ce qui serait de très mauvais anglais selon les manuels scolaires — mais hyper-courant argot anglais des années 2010 ! Il n’y pas de vrai verbe là, juste un auxiliaire (« do »), mais pendant les années 2010, « Do you » suivi par un nom est devenu une façon ironique parmi les jeunes et analphabètes pour dire « Est-ce que tu fais des choses qui impliquent le nom qui suit ? » Alors, pendant le Confinement, on aurait peut-être demandé « Do you sourdough? » pour dire « Est-ce que tu fais du pain levain à la maison comme tout le pays tout à coup ? » Si vous voulez avoir le même effet que j’ai pour certains quand je sors des choses comme « Maurice, t’as poussé le bouchon trop loin ! », essayez ça avec vos amis anglophones ; sinon, évitez-le à tout prix. Vous aurez l’air d’un ado de 13 ans.

Croyez-moi, j’ai eu un moment de plein panique à penser que cette expression avait voyagé dans le temps et à travers l’Atlantique.

Ça nous amène jusqu’à hier. Un ami m’a envoyé un texto pour demander si je connaissais « Le Marche ». Puisqu’il ne sait pas utiliser les accents sur un clavier de portable, je n’étais pas sûr s’il voulait dire « marché ». Mais non, il parlait de la région italienne, dite en français « Les Marches ». Il avait vu un tweet avec un prix d’immobilier absolument dingue :

250 mètres carrés, sa propre piscine, de belles vues, et tout ça pour 250 mille euros. Aucun appartement n’est disponible à Elbe-en-Irvine pour moins de 3 fois ce prix, raison pour laquelle je reste locataire.

Il m’a demandé « Qu’est-ce que l’on payerait en Provence ? », comme si j’étais agent d’immobilier. Je ne savais rien, mais j’ai décidé de rechercher de l’immobilier à Saint-Tropez.

OH LA VACHE ! Beverly Hills est plus bon marché ! ([Je disais toujours que mes goûts étaient raisonnables. — M. Descarottes])

Voici une villa de 200 mètres carrés — 6 millions et demi. 547 mètres carrés ? 16 millions ! Un appartement de 15 mètres carrés ? Hyper-bon marché, juste 430 mille euros !

J’ai dû arrêter avant que les yeux ne commencent à saigner. J’espère toujours visiter, pour faire le pèlerinage des Gendarmes, mais ça risque d’être encore pire que Venise, la ville la plus chère que j’ai visitée ! Si on me demande, « Do you Saint-Tropez? », la réponse sera (en bon franglais) « Non, je ne Saint-Tropez pas ! »

De bonnes nouvelles

Je ne peux pas vous mentir — j’ai passé des heures avec le livre aujourd’hui, et je n’avais rien planifié pour aujourd’hui. Mais je vais partager avec vous une pépite que j’ai appris en faisant des recherches, et j’espère que ça vous apportera un peu de joie en ces temps inquiétants.

J’écris sur les stéréotypes que les deux côtés ont de l’autre, les Français des Américains, et vice versa. J’ai recherché des données à cet égard. Aux États-Unis, le sondeur le plus vieux, et parmi les plus prestigieux, est Gallup. (Je dois mentionner que je reçois parfois de l’argent de chez Gallup à cause de faire partie de leurs sondages depuis 2010, et ça continuera dans l’avenir. Les sommes sont en général entre 1 et 5 dollars, jamais plus que 10. Je participe à la plupart des sondages gratuitement.)

Plusieurs fois par année, ils recherchent les réputations des pays étrangers chez les Américains. Voici un extrait de leur dernier sondage, de février 2025, dont je n’ai pas fait partie. De gauche à droite, les colonnes sont : nom de pays, pourcentage d’adultes avec des vues soit très positives soit largement positives, pourcentage de Démocrates avec ces vues, d’indépendants, et de Républicains, et finalement la différence entre les membres des deux parties.

Capture d’écran, ©️2025 Gallup Organization

Des 22 pays dans le sondage, la France arrive en 6e place derrière le Canada, le Japon, le Royaume-Uni, le Danemark, et l’Allemagne (voici un fichier avec tous les résultats). Les différences entre ce groupe ne sont pas graves — 77 % des Américains, dont 75 % des Républicains, 72 % des indépendants, et 87 % des Démocrates ont des vues positives de la France, et seulement 2-5 points vous séparent de l’Allemagne et du Danemark où l’erreur est +/- 4 % pour chaque mesure. J’ai souvent l’impression de nos jours que beaucoup de Français croient que la réputation du pays chez les Républicains est grosso modo celle de la Corée du Nord, et rien n’est plus loin de la vérité. Quoi qu’arrive dans les nouvelles, on vous aime.

Vous ne serez pas surpris à apprendre que mon message sera que la situation est meilleure que vous ne la pensez, même en reconnaissant certaines vérités. Certains thèmes à cet égard seront familiers — les Américains croient que Paris est toute la France, les Français croient que les Américains ne mangent que des burgers. D’autres thèmes seront nouveaux — mais pas de divulgâcheurs !

La pénurie de pistaches

Il n’y a pas de Dimanche avec Marcel cette semaine. J’avais planifié quelque chose pour le changement de tomes, et je ne voulais pas dire quoi exactement, mais je viens de lire un article qui explique mon problème, alors je suppose que je vais un peu divulgâcher. Mais d’abord, revisitons la blague de la semaine pour le 19 septembre 2022 :

C’est une mamie qui entre dans la boulangerie de M. Martin et demande combien coûte une douzaine de croissants. « C’est 7 euros, madame », répond le boulanger. « Mais ça coûte un bras ! » exclame la vieille. « M. Durand les vend pour 6 € ! » « Bon, madame, allez les acheter de lui », dit-il. « Mais je ne peux pas. Il n’en a plus. » Et le boulanger lui répond « Madame, quand je n’en ai plus, moi aussi, je les vends pour 6 €. »

C’est une blague new-yorkaise que j’avais « francisée » — dans la version originale, il s’agissait plutôt de bagels, mais vous n’auriez pas su combien coûtent les bagels ici. Et si j’avais utilisé les prix typiques américains pour les croissants, on parlerait plutôt de 40 $ pour une douzaine ! (Et 48 $ s’il s’agissait de pains au chocolat !)

Des pistaches crues, dans leurs coques
Pistaches, Photo par Kobi Schutz, CC BY-SA 3.0

De toute façon, j’avais besoin de pistaches. Mais les seules pistaches disponibles autour de moi sont inutiles — déjà salées ou autrement adultérées avec des poudres pour leur donner des goûts de tout sauf des pistaches. (Ça, c’est la faute à une entreprise qui se dit Wonderful, mais est tout sauf ça — elle contrôle 60 % du marché américain — lien en anglais.) Le marché où je compte sur trouver des fruits de coque crus, décortiqués et en vrac n’en a pas depuis deux semaines déjà. Pourtant, le ticket sur le récipient vide indique qu’elles se vendent pour 17 $ la livre — environ 33 €/kg en ce moment. Quand je n’en ai pas, moi aussi, je les vends pour 33 €/kg.

Alors, qu’est-ce qui se passe ? Selon BFM Business, c’est complètement la faute au chocolat de Dubaï. Voilà :

Depuis quelques mois, les chocolatiers et les marques du monde entier se mettent donc à proposer leur version du fameux chocolat Dubaï. Sauf que cette tendance n’est pas sans conséquence.

L’explosion de la demande a entraîné une forte hausse du prix des pistaches. Le tarif est passé de 7,65 dollars la livre (soit environ 454 grammes) il y a un an à 10,30 dollars la livre aujourd’hui, explique au Financial Times Giles Hacking, négociant en fruits à coque chez CG Hacking.

Ce prix me semble quand même le prix de détail britannique, malgré étant cité en dollars — les sacs des pistaches « Wonderful » se vendent pour environ 8 $ la livre (environ 15,5 € le kg), avec des coques, à mon pas-super marché, Ralphs.

Je note, avec un certain malheur, que la marque Wonderful est aussi disponible chez Carrefour, où leurs pistaches se vendent pour environ 23 € le kg — une augmentation d’environ 50 % sur leur prix aux États-Unis. Ce qui n’est pas à dire que les autres pistaches disponibles chez Carrefour sont bon marché par rapport aux produits Lamentable — désolé, Wonderful. En ce moment, je vois toute une gamme entre 14 et 40 € le kg, mais si on ne veut pas de pistaches déjà salées, on paiera cher là, encore plus que chez moi.

Mais si cette histoire de chocolat de Dubaï n’était pas assez déjà, il s’avère que c’est aussi notre faute ! BFM continue :

D’autant qu’avant cet engouement pour le chocolat Dubaï, les stocks de pistaches s’amenuisaient déjà à cause d’une récolte décevante l’année dernière aux États-Unis, principal exportateur de ce fruit à coque.

Ai-je mentionné que cette entreprise Wonderful, c’est déjà le plus grand consommateur d’eau en Californie ? À votre place, je commencerais à chercher d’autres fruits à coque pour le futur proche. C’est certainement ce que je ferai avant ce prochain projet.

Le luxe

Il y a deux mois, le Robb Report, un magazine américain consacré aux produits de luxe publia un article intitulé « Pourquoi les dîneurs — et les chefs — se détournent du Guide Michelin ». Je partageai des plaintes sur le Guide Vert au passé ici, notamment qu’il me semblait biaisé envers les grandes villes, mais à chaque fois de ma vie que je dînai dans un resto étoilé, j’étais d’accord avec le Guide Rouge. (On ne parle pas d’un gros chiffre, et jamais dans un resto 3 fois étoilé.)

Panneau de 3 étoiles, Photo par Chumwa, CC BY-SA 2.5

L’auteur commence en racontant sa visite dans un resto 3 fois étoilé à Hong Kong, très décevant, avec du service où il dut même demander à un serveur de remplir son verre . L’horreur ! Non, mais sérieusement, je ne dois pas faire ça à mon resto italien hebdomadaire, où ils me connaissent et le thé glacé ne se vide jamais. Pas d’étoiles, là. Cependant, il y a des plaintes plus sérieuses que ça, genre « les attentes sont imprévisibles ». Daniel, le resto le mieux connu de Daniel Boulud, chef expatrié originalement du Rhône, perdit 2 étoiles pendant la décennie dernière, et personne ne le comprend. (Je dînai à deux de ses restos à Las Vegas, les deux définitivement fermés depuis longtemps. L’un était excellent, l’autre n’avait rien de spécial.) Récemment, le chef Marc Veyrat interdit le Guide Rouge de son nouveau resto à Megève, disant « Que ce soit clair : je ne veux pas être dans le Michelin ! Qu’ils ne se pointent pas ici ! »

Le Robb Report continue par citer un ancien employé du chef Boulud, qui se plainte « Si on est client régulier dans un resto haut de gamme, on entend parler de nouveaux restos de l’effectif… C’est vraiment comment ça marche. » Et un chef anonyme dit « J’ai retenu une étoile et subi la pression. Et j’ai perdu une étoile et la pression en plus. C’était égal pour mes affaires. »

Tout ça, c’est à dire que les normes sont en train de changer. Mais à quel point ? Hier, j’eus une conversation avec un ami qui vous rencontrâtes avant. Il me téléphona pour annoncer qu’à cause de la chute dans les bourses de LVMH, et le fait que la valorisation de Hermès dépassa celle de LVMH, évidemment les produits de Louis Vuitton sont nuls, et par exemple, un sac Birkin est évidemment plus prestigieux qu’un sac Neverfull. (Je vous rassure, ce sont deux mots dont il n’entendit jamais parler avant.) La seule raison pour laquelle il connaît le sac Neverfull, c’est qu’il avait lu un article sur le fait que Louis Vuitton a une usine au Texas, et qu’il y avait des problèmes là.

Il n’avait aucune idée de la taille des revenus de l’un par rapport à l’autre, et je dus lui expliquer qu’il y avait tout une gamme d’alcool chez LVMH qui n’existe pas chez Hermès. Mais peut-être qu’il découvrit quelque chose pour de mauvaises raisons (et il se dirait revendiqué même si ses raisons sont fausses si vous êtes d’accord). Le sac Neverfull est la mauvaise comparaison pour le Birkin, car les prix sont très différents. Mais la gamme chez Louis Vuitton est beaucoup plus grande que celle de Hermès. Alors peut-être que c’est mieux de faire la comparaison entre les marques. Je vous pose donc deux questions — et je lui prévint que cette foule n’est pas obsédé par le luxe : 1) À votre avis, quelle marque est plus prestigieuse, Louis Vuitton ou Hermès ?, et 2) Est-ce que les nouvelles récentes vous firent changer d’avis ?

Mais je vous dirai la même chose que je lui dis en essayant de lui expliquer qu’il ne devrait pas avoir des avis forts sur le sujet — là où je suis, les femmes qui veulent se montrer des connaisseuses ne portent ni l’une ni l’autre. Elles portent du Goyard.

La réalité, existe-t-elle ?

Le week-end dernier, je fis un lot de macarons au chocolat afin de rester en forme (en tant que macaronnier ; évidemment, on ne parle pas de tour de taille en disant de telles choses). Avant de continuer, combien de monde aimeraient que je change du passé composé au passé simple comme en haut ? C’est l’histoire de mes derniers mois dans les coulisses, et franchement, c’est déroutant pour moi de passer de l’un à l’autre encore et encore. Mais la conjugaison n’est pas notre sujet aujourd’hui. C’est plutôt ce qui s’est passé quand j’ai posté les macarons sur Le Gram :

Si vous passez sur Instagram, vous entendrez la chanson que j’ai choisie pour aller avec, intitulée « Macarons », par une artiste inconnue pour moi, Jil Kommer. Au cas où vous n’utilisez jamais Instagram, voici le clip sur YouTube :

S’il vous semble que je choisis ces chansons par cherchant un mot puis fouillant dans les résultats jusqu’à ce que je trouve quelque chose d’inoffensif, ayez un bon point. Un bon point Schtroumpf à lunettes, mais un bon point quand même :

C'est une photo de Schtroumpf à lunettes avec la légende « 1 point Schtroumpf à lunettes. Pour avoir répondu sérieusement à une pauvre vanne pourrie sur un groupe d'humour. »

Mais peut-être que vous aurez remarqué quelque chose en haut à gauche dans le clip ? Un graphique qui dit « AI », ou comme on dirait, « IA » ? Les détails indiquent aussi que les droits appartiennent à un « Lars Kommer », pas une Jil, alors j’étais tout à coup curieux — existe-t-elle ?

Je vous mets les preuves, et à vous de décider. J’ai assez vite trouvé un site dit « Chillijil », écrit en anglais (un mauvais signe déjà) qui annonce « Bonjour, nous sommes Chillijil. Des artistes numériques, DJs et professionnels en IA suisses. Père et fille qui créent des chansons étonnantes, des vidéos, et des contenus numériques. » Ça me rappelle fortement la bretonne inexistante Anne Kerdi, de laquelle on a parlé plus tôt — c’est seulement son créateur mâle qui existe vraiment.

Puis j’ai trouvé ce clip, ce qui semble être une interview des deux. C’est dans une langue barbare que je ne comprends pas, l’allemand peut-être. Mais si j’ai bien compris les sous-titres au début, la fille n’a que 12 ans :

Cependant, est-ce que la vidéo est réelle ? Où est-ce de l’IA ? Après tout, quoi de mieux que créer des clip vraisemblables pour montrer vos capacités en IA ? La chanson liée en haut n’a qu’environ 200 vues en 9 mois — si ces deux existent et sont des créateurs professionnels, ça semblerait la catastrophe, non ? Et l’accent de la fille dans cette interview — pensez-vous qu’elle chanterait donc en français avec aucune trace d’un accent allemand ? En fait, je crois que ce sont probablement deux personnes réelles, mais une fois on met l’IA en jeu, il devient impossible à faire confiance aux preuves des yeux.

J’en ai assez de l’IA, alors pour restaurer ma foi qu’il reste des choses qu’elle ne peut pas empoisonner, j’ai demandé à Google Gemini : « Dessinez Mario sur Yoshi dans le style de Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard par Jacques-Louis David ». Il faut l’avouer, ça sent la phrase la plus Justin jamais écrite. Voici le résultat :

C'est Mario sur Yoshi. Il y a des montagnes en arrière-plan, plus claires que dans le tableau original. Mario tient un champignon dans la main droite, posée dans l'air de façon très similaire à la main droite de Napoléon.

Et l’un des 5 tableaux originaux :

Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, Domaine public

Pas mal, je dirais. Vu que Yoshi n’a pas de 4 pattes comme un cheval, mais deux bras comme un être humain, c’est probablement impossible pour un ordinateur de faire mieux pour la pose. La cape rouge est bien faite, et le champignon dans la main droite imite ce qui fait le Premier Consul. En plus, Mario et Yoshi ont un style très dessin animé, ce qui rappelle l’époque mi-années 90s. La Fille a bien aimé ceci.

J’ai aussi posé la même question à Grok, l’IA de Twitter. Les résultats sont horribles :

Mario et Yoshi en gros-plan sur une montagne. Yoshi est dessiné avec les oreilles d'un cheval, et Mario s'habille comme un officier soviétique.
Mario et Yoshi sur une montagne, moins proche que la première image. Mario porte des vêtements toujours très armée soviétique, mais avec une casquette de baseball.

Grok a au moins dessiné le visage de Mario dans le style du film récent — ce qui parle très mal du respect pour les droits d’auteur chez Twitter — mais la vérité, c’est que l’on peut voir le tableau original et reconnaît que tous ces efforts sont très loins de ce que j’ai décrit, même si celui de Google est plutôt agréable. Je suis sûr que l’on pourrait mieux préciser certains détails, et les deux seraient plus impressionnants. Mais j’ai essayé cet exercice pour voir si les IA produiraient ce qui est dans ma tête, et je suis certain que vous êtes tous d’accord que rien n’est proche ici.

Maintenant, j’ai horriblement envie de voir un vrai tableau de cette idée, peint par un artiste de Nintendo. Cependant, il n’y a aucune question pour moi que ce serait la seule version qui valait la peine. Ces imitations fades générées par des ordinateurs ne m’intéressent pas trop, et la prochaine fois où je publie sur Instagram je serai sûr de ne pas répéter cette erreur.

Mes con-citoyens

Je me sens souvent déchiré entre deux mandats ici ; auto-donnés, pour être clair. D’une part, j’essaie de vous amuser tous les jours, et ça comprend des histoires de folie des États-Unis aux yeux français, la malbouffe et le comportement de beauf de beaucoup de mes con-citoyens — partout, non seulement là où la presse française dit que ça se trouve. D’autre part, je me sens obligé de jouer l’ambassadeur, de représenter mon pays à son meilleur. Après tout, en quelque sorte, il m’a produit. Mais hier, deux choses se sont arrivés qui illustrent pourquoi je suis devenu ce que je suis.

Peut-être que vous avez entendu parler que nous avons eu un joli tremblement de terre, un 5,2. C’était à Julian, un village dans le comté de San Diego, connu pour ses pommes et produits dérivés, le cidre et les tartes aux pommes.

Carte de Californie du Sud qui montre l'endroit où le tremblement a eu lieu.
Carte de Californie du Sud avec les tremblements ; je suis en haut à gauche, à côté de Santa Ana.

Je suis à 170 km de Julian de nos jours, mais croyez-moi, mon immeuble a bien tremblé. Au milieu du tremblement, j’ai reçu deux notifications sur mon portable :

Deux alertes qui disent : « Tremblement de terre détecté : Laisse-toi tomber, couvre-toi, et tiens. »

Ça dit grosso modo « Tremblement de terre détecté : Laisse-toi tomber, couvre-toi, tiens, protège-toi. » (N’oubliez pas que selon moi, « you » se traduit seulement par « tu ».)

Une demi-heure plus tard, j’ai reçu une notification de RTL :

Notification de RTL : « Katy Perry dans l'espace »

Ben, j’ai aussi reçu celle-ci :

« États-Unis : Un fort tremblement de terre ressenti en Californie »
Source

Je ne sais pas laquelle je trouve plus impressionnante — que l’on a maintenant un système d’alertes assez rapide que ça peut envoyer des textos pendant que le tremblement se déroule, où que les Français avaient déjà les nouvelles une demi-heure après, quand il était déjà 19h là. Comme j’ai dit à mon amie F, j’ai dit au portable, « Oui, je l’avais remarqué ! », mais sincèrement, c’est une réussite technique.

Mais comme d’hab, c’était seulement des Français qui se souciaient de moi après. Je n’attends plus rien de mes connaissances américaines, et ils ont livré à la hauteur de mes attentes. J’aimerais croire que la plupart ont fait le calcul « Vu la distance et la puissance, il a probablement juste vu un livre tomber par terre », ce qui n’est même pas faux. C’est quand même écœurant vu ce qu’ils ont l’énergie pour faire, comme partager des polémiques quotidiennement.

C’est le dîner qui m’a vraiment énervé. Je suis allé chez la Corner Bakery pour une salade et une boisson. Les prix montent en flèche ici depuis le Confinement. Mais j’étais quand même choqué d’entendre plus de 15 $ pour ma commande. J’ai lu le ticket après avoir quitté la caisse et suis revenu tout de suite, mécontent.

« Monsieur, tu m’as facturé pour une grande boisson quand j’en ai commandé une moyenne »

« Nan, t’as dit « large » (grand). »

« J’ai clairement dit « medium » (moyen) »

« Ben, il faudra annuler la commande et entrer tout de zéro. »

« Ça m’arrange très bien, allez. »

Je sais ce que vous pensez : « Justin, tout le monde fait des erreurs parfois. Lisez votre propre blog si vous êtes perplexe quant au sujet. » Mais il y a deux raisons pour lesquelles je ne le crois pas.

La première, c’est que depuis 20 ans déjà, c’est une technique commune pour augmenter les revenus aux restos rapides. J’ai écrit en 2018 une réponse sur Quora en anglais sur ma toute dernière visite à un ancien resto rapide préféré, après laquelle je l’ai boycotté pendant une décennie. Bref, j’ai commandé un burrito et une boisson de taille moyenne, et le caissier m’a répété une commande d’un burrito « enchilado style » (2 $ plus cher pour un burrito autrement de 8 $) avec une grande boisson (50 centimes de plus). J’ai arrêté le caissier et lui ai dit « Dis-donc, c’est très loin de ma commande, et tu le sais. Qu’est-ce qu’il y a ? » Il m’a répondu « Désolé, monsieur, nous sommes désormais obligés d’augmenter toutes les commandes. » Furieux, je lui ai dit, « Va te faire voir chez les grecs ! » Dans ma tête. Ce qui est sorti de ma bouche était plutôt « Puis je suis obligé de ne plus venir ici. »

Ça arrive partout de nos jours, au point où je ne peux plus boycotter les restos qui le font ; sinon, je devrais manger seulement à la maison. Vous n’êtes jamais un « cher client », ici, mais un cible.

Mais l’autre possibilité, c’est qu’il ne parlait pas très bien l’anglais, étant très visiblement originalement de notre voisin au sud. Vous ne trouverez guère des américains de naissance dans de tels postes en Californie. Cependant, « medium » et « large » ne sonnent pas du tout similaires, et il n’a quand même pas hésité à me dire que j’avais dit la mauvaise chose, pas qu’il n’avait pas compris.

Si on fait une erreur dont je suis le bénéficiaire, je la corrige à chaque fois. Mais ça veut dire que j’ai aussi des attentes, à commencer par « Ne m’arnaquez pas ». Honnêtement, je ne sais pas si ce comportement se trouve en France, mais je peux au moins dire qu’il ne m’y est jamais une fois arrivé — et ça malgré l’opportunité de profiter de mon accent pour me prendre pour un con.

J’ai très peu d’attentes si j’arrive à déménager en France. De meilleur fromage, des amis qui se soucieront de moi de temps en temps, et que les inconnus me vouvoieront. Et ça suffira.

Le mensonge de Macchu Picchu

Deux nouvelles ont croisé mon bureau aujourd’hui, et bien qu’elles ne soient pas liées en soi, les deux ont un thème en commun.

La première est quelque chose évoquée par le changement d’écran de connexion de mon ordinateur par Microsoft. Cette fois, c’était les ruines de Macchu Picchu. J’ai réduit la taille du fichier pour vous le montrer (c’est légal de faire ça aux États-Unis ; je n’ai pas hâte de découvrir sous quelles lois je peux être poursuivi vu l’adresse, mais il n’y a pas de publicités ici pour des raisons) :

Vue des ruines de Macchu Picchu d'en haut
Macchu Picchu, ©️Microsoft, Fair use à taille réduite

Ça a évoqué quelque chose que je ne vous ai pas dit en 2023. À l’époque, mon ex faisait son tout pour m’empêcher d’amener La Fille en France. (Elle savait probablement ce qui arriverait quand il s’avérerait que j’avais raison — exactement ce qui s’est passé, avec les notes parfaites et l’enthousiasme.) Je vous ai dit ça. Mais je n’ai pas mentionné qu’elle essayait de me convaincre qu’en quelque sorte, il me fallait l’amener plutôt au Pérou, car Macchu Picchu était censé fermer définitivement. ([Je n’approuve pas. Ils mangent mes cousins. — M. Descarottes])

Avant de continuer de lire, veuillez vous conduire au CHU le plus proche.

Imaginez maintenant ce qui arriverait si j’osais dire à madame quoi faire : changer un vêtement ou coupe de cheveux, peu importe lui dire où aller en vacances. HAHAHAHAHA !

Punaise, vous êtes tous en PLS ! Le SAMU, au secours !

Ah, la plupart d’entre vous ont survécu. Bon, comme j’allais dire, ne perdez pas de temps en demandant pourquoi elle ne pouvait pas faire ça, si c’était important. Mais j’étais curieux si ça s’est passé, si c’était désormais impossible d’y aller.

Et si je vous disais qu’en fait, le gouvernement péruvien vient d’augmenter le nombre de circuits disponibles pour faire la visite, de 7 à 10 ? (Lien en français — au site gouvernemental officiel !)

Qu’est-ce qui s’est passé ? D’accord, ma source était tout sauf fiable, mais cette fois, il s’est avéré qu’elle avait cru un escroc commun parmi les vendeurs de tours. Par exemple, voici un lien vers un article (en anglais) intitulé « Des raisons pour lesquelles Macchu Picchu pourrait fermer en 2025 ». C’est de l’alarmisme sans fondation. J’ai trouvé une belle poignée de tels articles, mais il n’y a aucune raison pour les faire connaître.

L’autre nouvelle est tout à coup partout dans mes sources habituelles : France with Véro, Everything French, l’humoriste Paul Taylor. Tout le monde parle du fait qu’un quart des expatriés britanniques s’installent en Nouvelle-Aquitaine. (Moi, je demande quel était le problème avec la vieille.) Mais il s’avère que c’est un chiffre connu depuis 2017 quand l’INSEE a publié une étude à cet égard. Mais ce qui m’intéresse ici est le fait que tout le monde qui en parle maintenant, le fait pour remarquer que ces gens n’apprennent pas la langue française.

J’ai abordé ce sujet pendant la Grande Fête du Tour, les expatriés qui n’apprennent rien et font comme Emily in Paris. Mais cette fois, le lien que je vois n’a rien avec le statut d’être expatrié. C’est plutôt le manque de savoir. En 2023, je ne m’intéressais pas à un voyage péruvien, et franchement, pas maintenant non plus, mais il m’a fallu 5 minutes avec Google pour trouver la vérité. Paul Taylor, dans le sketch lié en haut, parle de gens qui passent des décennies en France sans apprendre la langue. Dans les deux cas, j’ai la même question :

Comment est-ce que l’on peut s’impliquer dans une situation à l’étranger sans faire le moindre effort pour en savoir plus ?

Non, mais sérieusement. Si j’allais dépenser des milliers de dollars ou de livres pour voyager ou déménager quelque part, je chercherais quelque chose. Un livre, un site de tourisme, un agent de voyages, quoi que soit, mais je ne ferais rien, et évidemment, je ne sais pas de quoi je parle. ([Comme d’hab. — M. Descarottes])

Les Oreos au Coca

Aujourd’hui je vous raconte quelque chose qui s’est passé en novembre, mais c’était la Grande Fête du Tour alors j’ai pris les photos, puis oublié complètement de les partager. Ce ne sont plus disponibles. Alors…

Un loisir que je ne me permets pas assez souvent, c’est de vous montrer nos pires idées en malbouffe. Peut-être que c’est difficile à croire, mais en fait je me sens horriblement coupable si je donne de fausses impressions des États-Unis. (Je suis surtout sensible en ce moment car il y a deux chapitres du livre qui se traitent des stéréotypes aux deux côtés de l’Atlantique.) Je profite d’imaginer vos réactions, mais en fait, ce n’est pas typique de la vie quotidienne américaine. On ne mange certainement pas ce genre de truc souvent chez moi — la dernière fois où j’avais acheté un paquet d’Oreos était probablement en 2012, peut-être en 2013.

Mais j’ai quand même les goûts d’un enfant de 5 ans ([Et votre cuir chevelu, quel âge a-t-il ? Pas 5 ans, c’est certain ! — M. Descarottes]). Alors quand les complotistes anti-Shakespeare de la National Biscuit Company… ô, maintenant je dois l’expliquer avant de continuer.

Il y a tout une industrie de complotisme chez les anglophones autour de l’idée que la seule personne qui n’a pas écrit les œuvres de William Shakespeare était le nommé monsieur. Un autre noble, une femme juive, son rival Ben Jonson — tout le monde sauf l’homme attesté par les acteurs du Old Globe Théâtre où il travaillait. Une théorie dit que c’était en fait Francis Bacon, un philosophe et scientifique de l’époque, et qu’il « signait » les textes avec des anagrammes de « Baconis », c’est-à-dire « Par Bacon » en latin. Un prof d’anglais qui enseignait mon père à la fac, qui ne croyait pas à ces théories, a dit de celle-ci « Ça prouve également que Shakespeare était un produit de la société Nabisco ! » Nabisco, le fabricant des Oreos, était originalement nommé la National Biscuit Company, en français, la Compagnie Nationale de Biscuits. Je ne peux donc pas mentionner Nabisco sans penser à Francis Bacon.

De toute façon, l’année dernière, en partenariat avec Coca-Cola, Nabisco a sorti des Oreos au goût du fameux soda. Voici le paquet :

Paquet d'Oreos avec une fausse « bouteille » de Coca-Cola imprimée en haut. C'est en fait un tas des biscuits, qui ont un côté rouge et un côté noir.

Voici des photos des deux côtés des cookies. Un côté est rouge et porte soit le nom « Coca-Cola » soit l’image de deux bouteilles :

Côté rouge d'un cookie Oreo, montrant les deux bouteilles en relief.

L’autre côté est noir et porte le dessin traditionnel des Oreos :

Côté noir avec le nom Oreo au centre

Le goût est, incroyablement, exactement celui du soda. Après en avoir goûté un, j’ai dû l’ouvrir pour voir comment ils ont réussi l’affaire. La réponse, c’est qu’il y a de touts petits morceaux de sucre pétillant dans la crème, parfumés avec les mêmes produits chimiques que le soda :

Photo de la garniture de crème vanillée en gros-plan. On peut apercevoir les cristaux de sucre pétillant, aussi colorés rouge.

Je ne peux même pas imaginer qu’un tel produit soit vendu en France. Je note que bien que de nombreux produits de la gamme Oreo soient disponibles chez Carrefour, ils ont tous le même parfum à la vanille. Il y a une dizaine de parfums aux États-Unis, tous grâce à des produits chimiques hyper-artificielles.

Et vous vous demandez pourquoi une boîte de Chamonix, avec son goût de vraies oranges, suffit pour me faire pleurer. C’est tout autre monde.

Anatomie d’une farce

À ce point, la grande majorité d’entre vous ont rendu compte que ce blog n’est probablement pas écrit par un vieillard fou à Clermont-Ferrand. ([C’est plutôt un vieillard fou en Californie. — M. Descarottes]) Mais le post du 1er avril n’était pas planifié jusqu’à lundi soir, quand j’ai abandonné une idée sur laquelle je travaille depuis presque 2 ans. (Je n’ai jamais trouvé la bonne histoire pour raconter autour de l’idée — disons que les membres de l’OCA, qui connaissent bien la géographie locale, le trouveraient très drôle. Mais tout post ici doit réussir un test — est-ce que ça aura du sens dans l’Hexagone ?) D’habitude, je ne revisite pas les farces une fois finies, mais je veux en dire plus cette fois, parce que celle-ci montre que « je mange mes propres croquettes pour chiens » (« eat my own dog food »), comme on dit en anglais. (Ça veut dire « suivre ses propres conseils ».)

J’ai commencé à tout écrire en dînant chez Boudin, où j’attirais des regards inquiets à cause des fous rires venant de ma table, malgré le fait que j’étais seul. Je ne sais pas si l’on s’en souvient, mais j’avais abordé l’idée d’une farce autour d’une identité cachée en 2023. Je l’ai abandonnée de peur que mon idée originale, que le blog était en fait écrit par une IA programmée par un ado ennuyé, semble trop possible. Certains d’entre vous m’ont rencontré dans la vraie vie, et pourraient témoigner de mon existence, mais je ne ferais pas une telle blague de nos jours.

Au passé, je me suis plaint que les auteurs français ne faisaient pas leurs devoirs en choisissant des noms pour leurs personnages américains, qu’ils sont souvent des anachronismes. Je vais donc vous montrer exactement ce que j’ai fait pour inventer « Guy-François » et « Marie-Geneviève ».

J’ai commencé par regarder cette vidéo produit par Politologue, qui montre les 20 prénoms de garçons les plus populaires entre 1900 et 2019 :

J’ai été bien surpris de voir à quel point la liste était figée pendant la première moitié du XXe siècle. L’ordre change, mais pas vraiment la collection. Je voulais un prénom qui serait possible pendant les années 50, mais probablement pas une personne réelle. Vu que « Guy » était dans le top 20 , j’ai ajouté un trait d’union pour avoir un prénom composé, et voici la liste de suggestions :

Liste de prénoms composés qui commencent par Guy ; Guy-François est en 8e place
Capture d’écran

Je me suis dit « Guy-François me semble le plus franchouillard », alors je l’ai cliqué, et voilà, c’était parfait — il n’y a jamais eu plus qu’une dizaine, tous nés entre 1958 et 1963 :

Graphique du nombre de naissances du prénom Guy-François -- il n'y a qu'une brève période avec des entrées.

Je savais déjà que Marie avait baissé énormément en popularité, alors je l’ai vérifié directement, mais je connais plusieurs personnes avec des prénoms qui commencent par « A », alors j’ai ajouté un « G ». Voilà, on trouve « Marie-Geneviève près du début » :

Liste de prénoms composés qui commencent par « Marie-G ». Geneviève est en 5e place.

Et heureusement, même si c’était plus populaire pendant les années 50, c’était toujours possible pendant les années 70 :

Graphique du nombre de naissances de Marie-Geneviève. Le plus haut chiffre arrive dans les Anne 50, mais ça continue jusqu'à la fin des années 90.

Mais où les mettre ? J’ai deviné qu’il y aurait un « CHU Clermont-Ferrand », mais je l’ai vérifié avant de l’utiliser. Quant au nom de famille, Buisson est la bonne traduction de Busch, mais j’ai peut-être fait une erreur : il y a plein de Buisson en France, mais Politologue n’a aucun « De Buisson ». Cependant, il y a environ 380 Debuisson. Je n’ai pas vérifié ces noms avant de publier. Après, j’ai trouvé un Jean-Louis du Buisson, pas exactement la même chose, et des vins « Haut de Buisson ». Il me semble que j’aurais pu mieux faire.

J’ai failli me faire sortir de Boudin en écrivant « Maman, un ange qui n’a jamais rien dit de mal sur lui ». Je ne sais pas lequel soit plus loin de la vérité, ça ou mon soi-disant amour de l’Allemagne !

Un de ces quatre, je vais finir cette autre farce !

La vérité enfin

Bonjour, tout le monde, je suis Marie-Geneviève de Buisson, mieux connue sous le nom « La Fille » sur ce blog. Avec l’aide de son docteur au CHU Clermont-Ferrand, nous venons de confisquer le portable de mon père, Guy-François de Buisson, qui vous dit depuis des années qu’il s’appelle « Justin Busch » et habite en Californie du Sud.

La grande majorité de ce que vous avez lu sur ce blog pendant les 5 dernières années est une fabrication, le résultat de sa descente tragique dans la folie. Mon père n’a rien d’intellectuel, même pas un peu, n’ayant jamais obtenu son bac ni une note supérieure à 8 en aucun sujet. Ce n’est pas complètement sa faute, ayant été battu par un orang-outan pendant une visite à la Ménagerie du Jardin des plantes à Paris en 1965. Pendant des décennies, il n’avait exprimé aucune pensée dépressive et semblait se contenter de sa vie d’éboueur ici à Clermont-Ferrand. (Vous aurez remarqué qu’il avait cherché un nom américain dérivé de Clermont pour son université imaginaire. L’école est assez réelle, mais il n’y est jamais allé.) Malheureusement, pendant le Confinement, il est devenu fou, et a commencé à construire une vie imaginaire autour du bazar américain qu’il retrouvait de temps en temps au travail.

Photo de l'asile psychiatrique à Prémontré, Aisne, une bel exemple du style haussmannien.
Asile psychiatrique, Photo par
Séraphin-Médéric Mieusement, CC BY-SA 4.0

Pendant un certain temps, son ex-femme (ma mère) et moi avions essayé de suivre les conseils des psychologues de le laisser croire quoi que soit. Il continuait de faire son travail (sauf pendant les grèves, hihi), et s’il disait des choses blessantes sur Maman, un ange qui n’a jamais rien dit de mal sur lui, nous acceptions que ce personnage fictif de « Justin » qu’il avait créé était largement inoffensif. Sauf aux femmes, aux américains réels, et au bon goût, mais pas un Dupont de Ligonnès quand même.

Honnêtement, c’était même un peu hilarant quand il a commencé à apprendre l’anglais avec Duolingo pendant le Confinement. Il avait toujours détesté les États-Unis, et s’imaginer un américain avec 20 ans de moins que la réalité m’a fait rire. Les nombreuses fautes de français sont assez réelles vu son niveau à l’école. C’était encore plus hilarant de voir son attitude envers l’Allemagne, un pays qu’il avait toujours adoré — il a même pris la traduction de notre nom de famille en allemand pour celui de son personnage fictif. Mais il croyait que c’était ce à quoi les Français s’attendaient d’un tel américain.

Malheureusement, il y avait deux événements récents qui ne nous ont pas laissé le choix. Il vous parlait d’un livre qu’il était censé être en train d’écrire. Nous avions cru que c’était aussi inoffensif, même si plein de contes de ses amis imaginaires. Cependant, j’ai lu le fichier dans son portable, et il ne contenait que « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », tapé des milliers de fois, exactement comme dans son film préféré, Shining. (C’est dans les sous-titres ; sur l’écran, il y a du n’importe quoi similaire en anglais.) L’autre chose, c’est qu’il vient d’obtenir un passeport américain, venu dans les courriers juste hier. Nous sommes certaines que c’est une contrefaçon, mais il semble être assez réaliste pour qu’il puisse faire une vraie bêtise avec. Depuis sa folie, il parle sans cesse dans la vraie vie de son envie de déménager en Californie. J’ai l’impression qu’il disait plutôt le contraire ici.

La seule chose qui était complètement vraie ici, c’était que j’avais un cochon d’Inde, Carrots, à qui il insistait sur s’adresser sous sa traduction française. Il lui parlait pendant des heures, et franchement, ce qu’il disait dans la peau de Carrots avait plus de sens que ce qu’il disait pour lui-même.

Mais vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi il n’y avait pas de photos de moi ici ? C’est parce que je suis une trentenaire, pas l’ado de son imagination. En quelque sorte, il avait compris que ça ne marcherait pas.

Alors, je vous offre tous mes excuses sincères, mais c’est maintenant fini. Ô, une dernière chose :

Photo d'un panneau de jumelage entre Poissons en Marne, et Avril en Meurthe-et-Moselle. Oui, ça existe vraiment.
Poisson d’Avril !, Photo par
René Hourdry
, CC BY-SA 4.0