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Pauvre Jean

J’écoutais Les Grosses Têtes hier, ou plutôt une rediffusion, car si j’ai bien compris, l’émission est en congés pendant tout août. Les intégrales sont toutes intitulées « le best of », et l’on dit ça aussi à la radio. (Est-ce que ces voix sont ce que l’on appelle une « speakerine » ?) L’important, c’est que RTL joue beaucoup beaucoup beaucoup plus de musique pendant l’émission que d’hab. Hier, il y avait un groupe américain, The Whispers. Bof. Si je voulais écouter de la musique en anglais… j’aurais aussi besoin d’une appli de radio sur Internet, car la moitié des stations chez moi sont hispanophones. Mais laisser tomber, même si ce n’est pas pourquoi j’écoute RTL. Il y avait une autre chanson qui a attiré mon attention, et si ce n’est pas un « Je découvre », peut-être qu’il y en aura un plus tard.

Jeanne Cherhal, Photo par Benjamin Bellamy, CC BY-SA 4.0

Il s’agit d’une nouveauté d’une chanteuse inconnue pour moi, Jeanne Cherhal. Sur son album, Jeanne, sorti plus tôt cette année, il y a une chanson d’amour intitulée « Jean ». D’abord, je dois le dire : quelle mignonnerie catastrophique, un couple de même prénom ! Le duo Paul et Paula a fait pareil avec « Hey, Paula » pendant les années 60 (il s’agissait de noms de scène pour les deux). De toute façon, elle n’est pas vraiment en couple avec un nommé Jean, mais écoutez :

Tout au début, et j’ai failli écraser ma voiture* en hurlant, « Non, mais sérieusement ! », elle chante :

Jean, j’en ai marre de rêver de vous

Jean, j’en ai marre de parler de vous

Jean, j’en peux plus de ne penser qu’à vous

*Pas vraiment, j’étais stationné.

En 5 ans d’étudier la langue, il ne m’est jamais une fois venu à l’esprit qu’il y a des calembours à faire avec « Jean » et « J’en ». Et maintenant, j’ai du mal à penser à autre chose. C’est exactement pareil aux calembours horribles pour « Justin » en anglais, qui peut aussi se lire comme les mots « Just in », le plus souvent pour « Just in time » (juste à temps) et « Just in case » (au cas où). J’ai cité une pâtissière française qui se surnomme « JustInCooking » pour le broyé du Poitou dans le livre, et elle est en fait une Justine, mais ouf : je croyais que j’avais échappé à cette blague ! Nope. Mes condoléances aux Jean ; je compatis.

(Si je rencontre la bonne Justine, merci d’oublier tout ça.)

Mais quant à Mme Cherhal, elle a une voix assez agréable. J’ai fini par écouter la moitié de son album sur YouTube. Mon plus haut compliment est que je peux facilement comprendre ce que l’on chante, et je pouvais évidemment la comprendre en écoutant RTL, sans avoir les paroles devant moi. Ça fait apparemment 6 ans depuis sa dernière apparition sur Taratata, mais si elle était assez bonne pour l’émission, c’est assez pour moi !

Les télé-arnaqueurs

Je ne sais pas vous, mais moi, les téléphones me manquent. Les vrais, avec des fils, et plus important, qui apportaient de temps en temps de véritables appels. De nos jours, si je reçois un appel qui vient d’un numéro inconnu, c’est une arnaque chaque fois. Mais pendant les 6 dernières semaines, une arnaque très particulière m’appelle tous les jours, du lundi au vendredi. Et en quelque sorte, ça touche presque tout le monde aux États-Unis, sans que les autorités essaient de l’arrêter.

Non, ce n’est pas (encore) une plainte sur le gouvernement ou même Amazon. Je suis complètement sérieux. Et je vous promets un sacré rebondissement !

Les appels sont toujours pour un prêt bancaire que je n’ai jamais demande, pour une entreprise dont je ne suis pas le propriétaire, auprès d’une banque qui n’existe pas. À part ça, tout passe crème. Voici un message vocal typique :

Capture d'écran du texte du message

L’essentiel dit :

Bonjour, ici Vanessa de la succursale de la Côte Ouest de la Banque de petites entreprises. J’essaie de contacter soit toi soit quelqu’un dans ton équipe financière depuis des jours. J’ai laissé un message vocal et même un texto en milieu de la semaine dernière, mais je n’ai pas réussi à te joindre… J’examine ta demande et elle est sur le point d’être approuvée… (beaucoup de n’importe quoi sur comment la contacter)

« Elle » vient de la Côte Ouest, hein ? Voici un échantillon des numéros desquels je reçois ce message :

Collage de 5 captures d'écran des numéros de téléphone

Le tout dernier, reçu hier, est en fait d’une ville californienne. Mais les 4 autres ici utilisent de (faux) numéros de soit le New Jersey soit le New York.

Personne n’est perplexe sur le caractère de ces messages, mais ils sont partout. Et il s’avère que la vérité, c’est que les arnaqueurs sont mes voisins. Je ne veux pas dire « dans le même pays », ou « dans le même état ». Il s’agit d’une entreprise dont je peux marcher à son bureau.

Sur le site Reddit, on peut facilement découvrir de nombreuses plaintes avec des captures d’écran identiques à la mienne. Voici un lien. Mais à ce lien, on découvre ce qui arrive quand on répond :

Commentaire sur Reddit qui parle des efforts de son auteur pour découvrir la source des appels

Ce monsieur dit que quand il a appelé le numéro, il est tombé sur le répondeur d’une entreprise nommée « Better Rise Capital », à Irvine. La voilà sur Google Maps :

Carte d'Irvine avec l'adresse de Better Rise Capital épinglée

Je ne veux pas donner mon adresse exacte sur le blog, mais disons que c’est à moins de 2 km de chez moi !

En juillet, un journal dans le New Jersey, Asbury Park Press, a publié un article sur exactement cette arnaque, sans découvrir sa source irvinoise. C’était plein d’astuces inutiles venant de la FCC, l’agence du gouvernement fédéral responsable de garder contre exactement ce genre de fraude. Par exemple, « ne partage pas de données personnelles », et « n’oublie pas de t’inscrire à la liste « Do Not Call » du gouvernement » — les publicitaires légitimes ne sont pas censés faire des appels aux numéros sur la liste. Comme si les arnaqueurs se soucient d’une telle chose !

Mais une astuce est spéciale : « Ne réponds pas aux appels provenant de numéros inconnus. » Ah oui, c’est grâce à exactement ça que les appels téléphoniques sont devenus complètement inutiles — quand je reçois des appels des bénévoles au lycée de La Fille, ou des cabinets médicaux, ils vont directement sur mon répondeur, car mon portable ne sonne même plus !

Cependant, il y a un bienfait inattendu. Juste au début de cette arnaque en juillet, j’ai entendu parler d’un site du gouvernement français, Vivre Avec La Chaleur. Parmi ses bonnes idées — désormais supprimée, car incroyable ! — on trouvait l’astuce de louer un logement dans un endroit moins chaud. Je ne plaisante même pas :

Capture d'écran qui dit en partie « Si vos moyens financiers le permettent, louez pendant quelques jours un logement mieux isolé de la chaleur quelques jours. »
Capture d’écran par Emma Ducros

Quand j’ai vu cette astuce, j’étais un peu étonné. Mais maintenant, je vois que c’est rassurant au cas où je réussirais à déménager : nos deux gouvernements ont la même idée pour résoudre des problèmes. Vous avez payé soit votre numéro de téléphone soit votre logement et avez des problèmes ? Ne les utilisez plus !

Que ferions-nous sans fonctionnaires pour avoir des idées de génie ?

L’algolangage

Ce n’est pas Langue de Molière pour cette semaine, mais il s’agit d’une question de traduction en français, posé par des conversations entre moi et La Fille ces derniers mois.

Notre histoire commence avec le film le plus marrant de l’année, Minecraft, le film. Nous l’avons regardé ensemble à sa sortie, mais en anglais, alors il y avait très peu à dire à l’époque. Cependant, depuis ce temps, contre tout attente, c’est moi l’obsédé, pas ma fille. Car ce film présente (puis tue) mon personnage préféré de presque n’importe quelle comédie, le général Chungus :

Source, CC BY-SA 3.0

Avant de continuer, il faut ajouter que ce film était aussi détesté en France par le public que par les critiques, alors qu’aux États-Unis, c’était un échec critique mais une réussite auprès du public. En le regardant, il m’était évident que ce serait le cas, parce que tous mes moments préférés sont intraduisibles, comptant non seulement sur l’argot anglais, mais l’argot de la génération de La Fille. Je ne le connais que très peu, d’où les fous rires pour moi, ce qui était hyper-gênant pour La Fille.

Alors, le général Chungus. Il ressemble à un sanglier bipède, et quand nous le rencontrons pour la première fois, ses bruits son effrayants. Puis il commence à parler, et la voix est 100 % surfeur californien des années 80, complètement décontractée et sans menace. Mais les mots sont tout autre chose ; ce sont de l’anglais, mais un anglais que je ne connais pas. C’est de « l’algolangage ».

Le Figaro l’explique :

Pour contourner la modération sur certains mots ou sujets tabous, les utilisateurs du réseau social chinois construisent une nouvelle façon de communiquer.

Un émoji «tournesol» pour parler de la guerre en Ukraine ou «dépression» écrit «depre$$ion». Ces mots et ces symboles ne vous disent peut-être rien et pourtant ils fleurissent sur TikTok. Sur le réseau social chinois est en train d’émerger un autre langage. Aussi appelé «algospeak» ou «algolangage» en français, il a pour caractéristique d’être contraint par l’algorithme de la plateforme, comme l’explique le Washington Post. D’où la contraction entre les mots «algo» et «langage».

«Panini», «segg» ou «depre$$ion» : l’algolangage, le nouvel argot des utilisateurs de TikTok, par Klara Durand

Nous allons parler de ma réplique préférée, et pourquoi ça ne se traduit pas, au moins pas de façon satisfaisante. Un youtubeur a gentiment ramassé toutes les répliques du général dans un seul clip ; je l’ai mis au bon moment (1:19, au cas où) :

Il dit en anglais : « I’m really sorry, but I have to unalive you and stuff. » Le mot en caractères gras et italiques, « unalive », est de l’argot dit algolangage. Je suis au courant de son existence depuis 3 ans déjà, mais je ne savais pas d’où il venait jusqu’à maintenant. C’est un bon exemple de pourquoi le film ne se traduit pas.

Une traduction idiomatique sans essayer de préserver l’argot serait : « Je suis vraiment désolé, mais il faut que je te tue. » (Il y a une deuxième expression argotique, « and stuff », mais mettons-la de côté pour l’instant.) Mais il se passe que Le Figaro parle d’exactement ce mot :

Et «unalive» (qui se traduirait par «nonvivant» en français) est devenu récurrent pour aborder la mort ou la question du suicide.

C’est vrai, mais incomplet. Le préfixe « un » se traduit habituellement par « non », et « alive » par « vivant », mais ça rend un nom. Et une belle partie de l’humour de cette réplique, c’est que Chungus, ainsi que les internautes, utilisent ce mot en tant que verbe. En français, on pourrait donc dire « Je dois te rendre nonvivant », mais ça rate l’humour du changement inattendu de la partie du discours. J’ai essayé de trouver un clip en français pour voir ce qui s’est passé dans la version officielle, mais c’était impossible. Le film a enregistré 2,6 millions d’entrées — mais avec une note moyenne de 1,9/5 parmi les spectateurs, n’a pas de fans passionnés pour mettre des clips en ligne.

L’article du Figaro date de 2022, et j’imagine que les choses ont évolué depuis ce temps. Mais je n’ai rien trouvé pour suggérer qu’il y a une traduction plus concise, ou que « unalive » a fini par être adopté par les tiktokeurs francophones. (Tant mieux, je suppose.) C’est donc un bon exemple de l’humour que j’aimerais partager mais ne tombe pas.

La Chine uber alles

Je vous ai menacé que j’allais peut-être écrire sur ce sujet, mon ami que je vois de plus en plus sous l’emprise d’un pays dont il n’a jamais vécu, ni ses parents non plus (et si j’ai bien compris, plusieurs générations avant ça). Ce n’est pas la première fois où nous aurons abordé ce sujet — il croyait sans preuves que la France a dû être sauvé par la Chine afin de rouvrir Notre-Dame. Ça vous donne, malheureusement, une idée du genre de propagande auquel il fait attention. Mais nous revisitons ce sujet parce qu’il a réussi à m’étonner la semaine dernière, et pas de bonne façon.

Drapeau taïwanais, Dessin par Sun Yat-sen, Domaine public

Sa thèse depuis des années, c’est que les États-Unis sont obligés de céder tout influence en Asie à la Chine, parce qu’elle est déjà la plus grande puissance au monde, et nous devrions donc faire un accord avec eux où la Chine aura exactement l’idée japonaise des années 1930, la Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale, sauf avec la Chine en tête. En échange, selon lui, les chinois devraient laisser l’Amérique du Sud aux États-Unis, façon la doctrine Monroe. Et à ses yeux, ça doit commencer avec l’annexion du Taïwan.

« Heureusement », et seulement un vrai impérialiste pourrait dire une telle chose, il ne croit plus que ce sera après une invasion, car il est certain que les taïwanais vont voter pour exactement ça, une chose qui n’est pas évident vu les attitudes exprimées dans des sondages : moins de 7 % de la population souhaite s’unir à la Chine (lien en anglais, mais vers une source taïwanaise). Et quand je lui ai dit, « Et si le vote est contre, la Chine continentale est obligée de l’accepter, oui ? », il m’a répondu que ça n’arrivera pas parce que la Chine a aussi un scrutin. C’est très soviétique, cette attitude : le vote compte seulement tant que le résultat est selon les souhaits du Parti.

Il faut se souvenir que sa famille a vécu en Indonésie pendant un siècle, et est partie seulement à cause des persécutions contre ceux d’origine chinoise par le gouvernement de Soeharto. On penserait qu’avec une telle histoire, il serait plus sensible aux conquêtes et aux persécutions contre les minorités. On ne pourrait pas avoir plus tort.

En parlant de ses fausses idées sur la restauration de Notre-Dame, je vous ai dit qu’il est tombé dans les griffes d’une communauté identitaire en ligne, qui lui donne des idées de la suprématie des Chinois. Mais je n’ai pas parlé de ses idées les plus inquiétantes. À l’époque, il m’avait appelé pour râler pendant une heure entière que le président Franklin Roosevelt n’aurait jamais dû être né. Comment ça ? Vous voyez, son grand-père Warren Delano (lien en anglais) était trafiquant d’opium, et il aurait dû être condamné à la peine de mort. Et si ça s’était produit, ainsi que la mort pour d’autres trafiquants, ce serait l’empire chinois qui aurait gagné contre le Japon plutôt que l’inverse. On parle donc de fantasmes revanchards.

Récemment — c’est-à-dire la semaine dernière — il m’a expliqué que c’était un mensonge occidental que la Chine était en train de supprimer la langue et la culture tibétaine. Ça, c’est un gros mensonge. Je lui ai envoyé un essai — en anglais ainsi qu’en français — par deux experts français en études tibétaines, qui dit, parmi d’autres choses :

Les écoles tibétaines comme celles des autres ethnies ferment les unes après les autres et les initiatives privées d’enseignement du tibétain le soir ou dans les monastères pendant les vacances sont dorénavant interdites. Les collèges et lycées doivent enseigner uniquement en chinois, et cela concerne aussi la plupart des écoles primaires et même les jardins d’enfants dans les zones rurales.

La nouvelle politique linguistique au Tibet et ses conséquences

Sa réponse ? « La France fait pareil ; cherche « La honte et le châtiment » ». Ce dernier est un livre, publié cette année, par une bretonne, sur la politique de francisation en Bretagne ainsi qu’au Sénégal. Je n’exprime aucun avis sur ses contenus ; je ne l’ai pas lu. Mais je sais qui ne l’a pas lu non plus, et je trouve cette réponse très peu sincère. Est-ce la politique de la France envers le breton ou l’occitan maintenant ? Ben non, même si — et j’ai écrit sur ça avant — j’admire qu’il n’y ait qu’une langue officielle de la République. Il ne sait rien de ça, et franchement, il s’en fout — tout comme son intérêt à tuer les ancêtres de nos présidents, c’est juste une question de trouver n’importe quelle excuse pour justifier la politique du gouvernement chinois.

Je ne vais pas vous dire pourquoi il m’a dit pendant cette même conversation que la Chine est en train « d’éduquer » les Ouïghours. Mais juste hier, il m’a envoyé un article d’un magazine américain pour dire que le concours de l’IA est déjà remporté par la Chine, parce qu’ils construisent plus de centrales pour avoir assez d’électricité. Chaque réclamation faite au nom de la Chine n’est rien que la vérité pour lui ; chaque critique n’est qu’une combinaison de racisme et d’hypocrisie.

Je veux que vous compreniez : il n’est pas du tout unique à cet égard. Ce que j’essaie d’exprimer ici depuis des années en parlant des États-Unis, c’est que nous devenons de plus en plus les Balkans : chaque groupe identitaire n’est que pour lui-même. Je connais ce monsieur depuis 30 ans déjà ; il est mon meilleur ami pendant tout ce temps. Je hais ce que je vois lui arriver, mais je refuse de le quitter, la mode de nos jours chez moi. Ce n’est pas ce qui fait un ami.

Dimanche avec les urgences

Aujourd’hui était censé être le retour de Dimanche avec Marcel. Mais je n’avais rien lu jusqu’à samedi soir ; puis, quelque chose s’est passé. D’abord, sachez que personne n’est mort. Bon ? Je vais vous raconter le pire secret du blog, puis les événements d’hier soir.

Ambulance dans le Loiret, Photo par Alf van Beem, Domaine public

On est en 1971. Ma mère vient d’être diplômée à la fac et ses parents lui payent un voyage en Europe pour la féliciter. Elle avait appris le français au lycée, mais n’a pas exactement profité de l’expérience (si j’ai un don pour les langues, ça vient uniquement du côté paternel — mon arrière-grand-père a appris 6 langues pour son pressing à New York City).

Le jour de son arrivée à Paris, elle ne sait rien, mais son père a mal à l’épaule gauche. Il appelle son frère, un docteur, qui lui dit que c’est probablement rien de grave. Le lendemain, il est mort d’une crise cardiaque — saviez-vous que le mal à l’épaule gauche est un signe d’une crise cardiaque ? Ma grand-mère l’appelle à Paris pour lui dire de rentrer tout de suite.

Et maintenant, vous savez la vérité sur pourquoi elle luttait pour m’empêcher d’apprendre le français jeune. En quelque sorte, son mauvais souvenir était mon problème. C’est ça la raison pour laquelle j’ai caché toute connaissance même de mes activités avec Duolingo à ma famille jusqu’en 2023.

Samedi soir, ma mère a commencé de se plaindre de mal à… son épaule gauche ! Mais dès qu’elle a dit ça, elle a commencé à tout minimiser, à proposer des raisons pourquoi il n’y a eu aucune raison pour aller aux urgences. Cependant, en même temps, elle continuait de poser tout genre de questions à moi et à mon père afin de se diagnostiquer. Nope.

Je ne suis pas docteur, et mon père non plus. C’est la même chose avec vos proches. Et même si j’ai tort et l’un de vos proches est médecin, il n’est pas votre médecin. En fait, aux États-Unis, c’est une violation éthique de soigner sa propre famille. Il y a beaucoup de bonnes raisons pour ça. Peut-être que vous écrirez de fausses ordonnances pour des opioïdes. Ou peut-être que vous êtes en train d’intenter un procès en divorce, et vous abusez de votre diplôme de médecine pour dire au juge que votre ancien chéri est en fait autiste, et il doit payer 5 000 $ à des spécialistes pour prouver que c’est faux. Je vous rassure, cette dernière situation est certainement hypothétique et n’a rien à voir avec mon histoire. J’ai payé plus cher que ça ! J’imagine que la situation est similaire en France, et pour les mêmes raisons.

Tout ça, c’est-à-dire que si vous croyez que vous faites une crise cardiaque, ne faites pas d’excuses pour ne pas voir un médecin. Si vous avez raison, votre petit-fils risque d’être interdit d’étudier le français, et il finira par voler à travers l’Atlantique juste pour une nuit. Pire, peut-être que vous ne serez pas là pour le voir. Faites pas ça, d’accord ?

C’était où l’incendie ?

Ne me dites jamais que je ne fais rien pour vous. Je suis si généreux qu’aujourd’hui, je vous propose un film entier de Claude Lelouch, gratuit. Voilà :

Il s’agit d’un court-métrage, intitulé « C’était un rendez-vous ». Dans ce film, il n’y a aucun dialogue, juste les bruits d’un moteur alors que l’on voit tout Paris passer sous nos yeux : de l’Arc de Triomphe à la Basilique du Sacré-Cœur, en passant par le Quai des Tuileries, la Place de l’Opéra, et plein d’autres points de repère bien connus. (Il y a une liste complète au lien.) Mais ce court-métrage cache quelques autres faits intéressants.

Le chauffeur est Lelouch lui-même. Il roule dans sa propre Mercedes-Benz 450 SEL 6.9 — une berline haut-de-gamme avec un moteur de 286 chevaux (le son, cependant, vient d’une Ferrari). Il a décidé de tourner de fil car il lui restait de la pellicule après le tournage de « Si c ‘était à refaire », mais vu le taux incroyable de délits dans de film — tout feu rouge est ignoré — il devait tout tourner en une fois.

Mercedes-Benz 450 SEL, Photo par Matti Blume, CC BY-SA 4.0

On dit en anglais quand un autre roule à si grande vitesse, « Where’s the fire? » (C’est où l’incendie ?). Vous pouvez deviner du titre ce qui est à l’origine de l’urgence, mais aucun incendie n’est impliqué.

Selon cette interview en anglais qu’un ami anglophone m’a envoyée — c’était lui qui m’a fait découvrir ce film — le film a fait fureur à sa sortie : Lelouch n’a pas demandé l’autorisation pour rouler comme ça dans les rues parisiennes. Heureusement, Wikipédia raconte aussi son histoire la plus amusante :

Après le tournage, convoqué par le préfet de police, ce dernier lui a retiré son permis de conduire (on voit dans le film que Lelouch a brûlé plus d’une dizaine de feux rouges et n’a pas respecté autant de priorités à droite) pour le lui rendre quelques instants après : « Je m’étais engagé à vous le retirer » me dit-il. « Mais je n’ai pas précisé pour combien de temps »

Cependant, il y a une chose qui me rend perplexe. Le film donne l’impression que tout se passe à grande vitesse. Mais Wikipédia nous dit aussi : « Ce trajet mesure 10 km de long, ce qui suggère une vitesse moyenne de 75 km/h. » Ce n’est pas particulièrement vite quand une rue est assez large — la limite est 80 km/h dans la rue directement à côté de mon immeuble. Toutefois, à tout moment, il semble qu’il roule si vite, il risque d’avoir un accident. D’où vient cette impression ? J’ai du mal à l’expliquer.

Quand je l’ai vu, j’ai dit à mon ami que je croyais qu’il fallait 40 minutes et 15 arrêts pour faire le même trajet par métro. J’étais très proche — Google m’a donné un itinéraire de 41 minutes et 14 arrêts. Pas surprenant que j’étais proche : le parcours de mon deuxième jour en France était presque identique. Mais à vrai dire, quand on fait tout ce trajet sous terre, impossible d’apprécier vraiment l’ambiance. Bien que je sache que le Paris de ma visite était déjà très différent de celui du film, surtout en ce qui concerne la circulation, c’est une expérience émouvante de voir tous ces endroits bien connus dans si peu de temps.

Mes plaintes, version californienne

Aucun récit de voyage chez moi ne se termine sans un billet consacré aux plaintes. C’est une tradition qui date de mon premier voyage en France, jusqu’au voyage à Las Vegas l’année dernière, en passant par le voyage fou et Montréal. Il n’y a rien pour la Nouvelle-Orléans, car la seule plainte aurait été sur ma famille, mais je vous rassure, j’avais aussi une grosse plainte à cette époque-là. On dirait que cette fois, il n’y a rien de nouveau, car je râle souvent sur la Californie, mais on aurait tort — car cette fois, je râle sur mes con-citoyens du Nord.

(Et non pas du Norg, les joueurs de Final Fantasy VIII.)

La première plainte, c’est que pour autant que je me plaigne des prix en Californie du Sud, c’est encore pire là-haut. Il y a des semaines, nous avons parlé du prix de notre commande habituelle chez McDo, dans le resto le plus proche de chez moi. Ce prix a haussé de 27 % pendant les 18 derniers mois.

Je tuerais pour que tout soit si bon marché en Californie du Nord.

Si vous êtes ici depuis longtemps, vous savez que de tous les restos rapides chez moi, le plus cher au cœur pour La Fille et moi est de loin Boudin. Le pain levain Boudin existe depuis 1849, et c’est absolument le produit phare de l’État et un produit de qualité en plus : vous seriez agréablement surpris d’apprendre que la recette n’a guère changé de l’époque d’Isidore Boudin. La Fille et moi y dînons toutes les semaines depuis ses 6 mois, et plus souvent à emporter pendant le Confinement. Cependant, nous étions de retour notre dernier soirée, pour un dîner dans la partie qui est censé est comme le notre, pas le resto haut-de-gamme de mon billet sur Fisherman’s Wharf. Voici notre ticket :

Le « French Dip », un sandwich dont nous avons parlé en 2021, est juste du rosbif sur une petite baguette de pain levain. La « chowder » est une soupe à base de crème, avec des palourdes. Je veux que vous voyiez ce que l’on paye pour ces deux à Elbe-en-Irvine, tiré du site de Boudin :

Le sandwich coûte 3 $ de moins chez moi, et il y a un paquet de chips en accompagnement — pas à San Francisco ! Et la soupe coûte 4,10 $ de moins. (Les boissons coûteraient 2,99 $ chacune chez moi, mais je m’en plaindrai moins.) Et ce n’est pas la seule insulte — il y a de faux frais imposé par la ville, 4 % du total avant les taxes, dit « Employee Health Surcharge ». San Francisco facture toutes les entreprises de la ville pour l’assurance médicale — bien que ce rôle soit réservé au gouvernement fédéral et aux États. Les villes ne jouent aucun rôle dans l’assurance, et vous ne trouverez ces frais nulle part ailleurs aux États-Unis.

Même en dehors des limites de San Francisco, les prix sont dingues. La Fille et moi avons payé 40 $ pour deux salades dans un resto rapide à Bakersfield en allant vers le nord. Ça aurait coûté peut-être 25-30 $ à Irvine (la chaîne était locale ; impossible de faire une comparaison exacte). Et je crois que je vous ai dit déjà que nous avons dépensé 40 $ pour deux sundaes chez Ghirardelli. Tout est absolument dingue au nord, au point où Irvine est presque — presque — raisonnable par rapport.

Mais pire que les prix, c’est l’attitude de merde. Tout le monde suit des scénarios rigides pour parler aux clients. Dès que l’on dit quelque chose qui part de leurs attentes, les masques tombent et des attitudes complètement inacceptables se montrent. C’est comme ça en Californie du Sud, mais turbocompressé en Californie du Nord.

Chez Boudin, il n’y a pas de recharges de boisson à Fisherman’s Wharf, pas comme à la maison. Alors je suis plus sensible quand l’employé remplit complètement le verre avec des glaçons avant d’y verser du thé. Quand je me suis plaint qu’il n’y avait presque rien à boire dans le verre, il m’a dit « Goodbye » (au revoir), dans un ton utilisé uniquement en anglais pour « F$%k you » (n*que-toi).

Quand nous avons quitté le Westin St. Francis — 250 $ la nuit pour la chambre — le portier m’a demandé « Puis-je t’appeler un taxi ? » Je lui ai dit non. Mais nous sommes allés à l’accueil pour avoir une copie imprimée de la facture. Il m’a demandé exactement la même chose 5 minutes plus tard, comme s’il ne nous a pas vu avant. C’était comme parler à un PNJ (personnage non-joueur) dans un jeu vidéo. J’étais un peu fâché, parce qu’en fait, nous avions dû nous garer dans un garage public, parce qu’il n’y avait pas de places dans l’hôtel à notre arrivée. Je lui ai dit ça — d’accord, j’aurais dû me taire — et il m’a répondu avec exactement le même « Goodbye » qui était vraiment F U.

Mais dans un hôtel de ce prix, pas d’excuses. Il fallait me dire quelque chose comme « Désolé que nous ne pouvions pas répondre à tes attentes » ou similaire. Et ça, c’était après un séjour complètement sans équipements ou service. À ce prix, on peut s’attendre à des cartes postales de l’hôtel dans la chambre et un stylo — c’est un peu de publicité, mais aussi un souvenir, et habituellement gratuit. Rien. Mais aussi pas de boutique dans l’hôtel pour acheter de telles choses et pas de resto non plus, le resto célèbre de l’hôtel ayant fermé en 2023 sans remplacement. C’était donc un Ibis Budget avec une meilleure décoration. Et toute l’équipe se fichait absolument de ça.

J’aurais pu payer la moitié de cet hôtel pour une expérience pareille, mais j’avais voulu partager quelque chose de spécial avec La Fille. Et c’était tout sauf ça. Tout le monde a la main ouverte, avec des demandes pour des pourboires de 18 % ou plus même pour des commandes à emporter (ne payez jamais un pourboire pour une commande à emporter aux États-Unis — ces employés ne sont pas payés de cette façon). Mais personne ne fait rien pour le mériter et l’attitude est inacceptable à chaque fois.

On penserait peut-être, « Ben, c’est la vie des grandes villes. Paris est pareil. » Mais c’est faux. Je n’oublierai jamais les histoires derrière « La bienveillance des Français » et tout ça s’est déroulé en plein Paris. Si Sartre connaissait mon État, Huis clos se serait terminé : « L’enfer, c’est la Californie du Nord. »

Qu’est-il arrivé à San Francisco ?

Une nation ne se régénère que sur des monceaux de cadavres.

Louis Antoine de Saint-Just

Et si Saint-Just se trompait, et en fait, c’était sur des monceaux de fèces et de seringues ? Toute conversation autour de San Francisco doit partir d’un fait : jusqu’en 2015, la ville était assez propre et assez normale. Puis, tout est parti en vrille. Parlons d’abord de la chute.

Entre 2011 et 2014, j’ai voyagé de nombreuses fois à San Francisco pour mon boulot, dans beaucoup des mêmes quartiers que je vous ai montrés la semaine dernière, ainsi que le « Mission District », où j’avais de nombreuses réunions. J’étais assez content de la ville elle-même que j’étais de retour avec La Fille et mes parents pour des vacances en famille en 2015. Même cette année-là, tout semblait normal.

Mais en 2015, il y a eu un meurtre choquant. Un immigrant illégal, Juan Francisco Lopez-Sanchez, a tué une femme, Kate Steinle (lien en français), au milieu de l’Embarcadero, les quais entre le Ferry Building et Fisherman’s Wharf. Vous avez vu les photos aux deux liens — c’est un quartier très touristique. M. Lopez-Sanchez a été expulsé des États-Unis 5 fois avant ce meurtre. Si on le croit, il avait trouvé un pistolet sur le quai, jouait avec le truc, et a tiré complètement par hasard. Trois fois. Cependant, la vérité, c’est que le pistolet a été volé à un officier du Bureau de Land Management 4 jours plus tôt. Personne ne peut prouver que M. Lopez-Sanchez l’a volé lui-même, mais son histoire n’était pas crédible. Cependant, il était chanceux de façon importante — San Francisco est l’un de nombreuses soi-disant « villes sanctuaires » qui interdisent toute coopération avec le gouvernement fédéral, et le jury local a déclaré Lopez-Sanchez non-coupable de tout sauf la possession illégale du pistolet.

Un certain candidat à la présidentielle a adopté la cause de justice pour Mme Steinle comme un thème de sa campagne. C’était ainsi que Donald Trump a gagné en 2016. Je vois qu’un lecteur du Monde n’a rien entendu de l’importance de cet événement — pourtant, c’était mentionné dans de nombreux discours du candidat !

Capture d'écran du moteur de recherche du Monde entre la date du meurtre et la date de la présidentielle, avec aucun résultat pour le nom Steinle.

C’était avec ça que le reste du pays a commencé à se rendre compte qu’en général, San Francisco s’en fichait des citoyens, surtout des contribuables, au nom non seulement des immigrants illégaux, mais aussi des SDFs. Malgré le fait que le problème avait commencé à la fin des années 2010, c’était seulement après le meurtre que le problème de la merde est devenu connu. Voici une carte de tous les rapports reçus par la ville de fèces humains dans les rues entre 2011-2019 :

Source

Ça vient du magazine Forbes, consacré au commerce et aux bourses, et les données sont entièrement des rapports reçus par 311, le numéro de téléphone de la ville pour des problèmes qui ne sont pas d’urgences. C’est 132 000 rapports pendant une décennie, dans une ville de presque exactement la même superficie que Paris. Ce projet continuait de rassembler des données jusqu’en 2023 — vous pouvez examiner la carte ici.

En 2022, la Hoover Institution, une partie de Stanford University (juste au sud de San Francisco), a estimé que la ville dépensait environ 57 000 $ par SDF (lien en anglais). Pensez-vous qu’il coûterait autant que ça pour nettoyer les rues ? J’en doute. Le problème, c’est que l’argent est gaspillé de façon époustouflante : la ville paye des hôtels pour abriter une petite partie de la population SDF, et pire, puisque la ville refuse de punir les consommateurs de drogues illégales, une très petite partie de cette population (162 adultes, selon un compte) a coûté 113M $ pendant une période de 8 ans, juste pour des traitements médicaux. L’argent est là, mais sans efforts pour changer les comportements, il ne sert à rien.

Je vous ai parlé avant la présidentielle du problème de crime dans cette ville, et comment même les vitrines de ma ville sont toutes fermées à clé. C’était comme ça qu’en 2023, les propriétaires du centre commercial que je vous ai montré ont tout simplement décidé d’abandonner le centre, même avec un prêt de 566M $. Et les propriétaires du Hilton Union Square, l’autre grand hôtel près du Westin St. Francis, ont aussi rendu l’hôtel à la banque cette même année (liens en anglais).

Pourtant, les photos que je vous ai montrées étaient d’une ville vide, pas sale. Fin 2023, Gavin Newsom, l’ancien maire de San Francisco devenu gouverneur de Californie, a ordonné le nettoyage de San Francisco avant la visite de Xi Jinping (lien en anglais). Quoi que l’on pense de sa motivation, la chute semble avoir arrêté. La question reste : est-ce que l’on peut sauver San Francisco ? Sincèrement, je ne sais pas.

La Californie insolite

Je vous ai montré certaines parties de ce que l’on appelle « Central California », le centre de l’état, le jour de notre visite à UC Riverside, mais puisque ça faisait déjà 17h le temps que nous avions atteint Gilroy et les kiosques des agriculteurs étaient déjà largement fermés, je ne pouvais pas faire tout ce dont j’avais envie. En revenant de San Francisco le matin, c’était beaucoup plus facile à passer par de nombreux sites inconnus vers le nord de cette partie centrale. Il faut que j’ajoute que La Fille a raison — ce n’est pas le véritable nord de l’État, malgré l’usage commun. Il y an encore un autre 500 km de territoire très rural, et plein de forêts, entre San Francisco et notre voisin au nord, l’Oregon. Les malheureux de cette autre région ont une prison à sécurité maximale là, dans la ville avec le meilleur nom pour une telle installation, Susanville. ([Il essaye de vous passer un message en douce, les amis. — M. Descarottes])

Nous commençons dans une région qui est certainement inconnue pour vous, Morgan Hill. À environ 110 km au sud de San Francisco, c’est facile à sauter en roulant vers la grande ville. Mais ce serait une erreur ! Morgan Hill est la maison de nombreux producteurs de vin d’origine italienne, dont mon préféré, Guglielmo. Les rapports qualité-prix de cette région sont étonnants par rapport aux régions plus connues de Napa et Sonoma. Il faut ajouter que le climat n’est pas idéal comme au nord, avec des températures au-dessus de 33 °C en été et pas de brouillard. Cependant, ce ne sont pas de blagues pourries, comme les vins de Temecula, au nord-est de San Diego — la terre est bonne.

J’avais espéré acheter une bouteille de « Emile’s Heritage Red« , une valeur sûre à 9 $. Malheureusement, ça fait 16 ans depuis ma dernière visite et j’avais oublié que la boutique est fermée le mardi. « Mais Justin », vous me dites, « comment est-ce que vous connaissez ce petit producteur ? » Il y a deux décennies, je l’ai découvert avec mon ex pendant des vacances en Californie du Nord. Et non, ce fait n’a pas endommagé mon avis de Guglielmo — juste parce qu’une chose est devenue du vinaigre, ça ne dit rien sur l’autre.

Juste une quinzaine de kilomètres au sud de Morgan Hill se trouve Gilroy, la capitale de l’ail. Le Festival de l’Ail tous les juins est connu partout aux États-Unis, et l’odeur est si puissante que l’intérieur de votre voiture sentira l’ail même si les fenêtres restent fermées. Je ne plaisante même pas un peu. Pour vous donner une idée de ce que l’on trouve à Gilroy, nous sommes passés par Garlic World (Le Monde de l’Ail). C’est commercial, mais quand on est seul à un kiosque, on ressent la pression d’acheter quelque chose si on va prendre des photos.

Nous avons atteint Gilroy sur l’autoroute 101, mais 101 suit la côte par une route très lente, alors nous avons dû passer à l’autoroute 5, l’autoroute la plus importante pour relier toute la Côte Ouest. Et ça voulait dire rouler sur 152, une petite route montagneuse qui relie les deux au milieu de nulle part. Les touristes étrangers ne vont découvrir cette route que très rarement, car en général, il vaut mieux de suivre juste l’une des deux grandes autoroutes, selon vos envies.

Il n’y a qu’un arrêt majeur le long de la 152, celui de la boutique, aire d’autoroute et hôtel dit « Casa de Fruta » (Maison des fruits). C’est hyper-touristique, mais aussi un point de vente important pour les producteurs locaux — cette région est connue pour ses amandes, abricots, et cerises.

Je vous ai parlé très brièvement du producteur célèbre de bœuf, Harris Ranch, dans le billet sur Riverside lié en haut. Nous sommes passés par l’établissement, qui propose un hôtel, une boutique et un restaurant consacré aux steaks (on dit « steakhouse » en anglais). S’il y avait un Label Rouge américain, les deux producteurs de bœuf à l’Ouest qui mériteraient le label seraient celui-ci et Snake River Farms dans l’Idaho. (Il y aurait de nombreux tels producteurs dans le Midwest.) Au fait, j’ai l’impression que « bifteck d’aloyau » est un terme québécois pour ce que l’on appelle un « T-bone steak » dans ces photos ; je ne crois pas que les bouchers français coupent le bœuf de façon pareille.

Je ne pouvais pas prendre une bonne photo de l’extérieur pour une raison marrante : nous revenions de San Francisco avec un kilo de chocolat Ghirardelli, et j’insistais sur l’apporter dans les stations-service et les aires à chaque fois, afin qu’il ne fonde pas. Il faisait plus de 38 °C ce jour-là — il fait habituellement beaucoup plus chaud dans cette région que dans la mienne, car je suis au moins près de la côte.

Je veux vous montrer quelque chose que j’ai vu dans plusieurs aires d’autoroute, mais pas en France. Aux États-Unis, tout le monde a le droit d’utiliser une radio dite « citizens’ band » — Wikipédia me dit que ça existe en France, mais ie n’ai rien vu en passant par des aires d’autoroute. Ça permet de parler avec tout le monde sur les routes jusqu’à une distance d’environ 30 km. Les équipements sont en vente libre partout dans les relais routiers spécialisés (et j’ai une préférence de passer par celles-là pour leurs services).

Vitrine pleine d'équipement de citizen-band

La dernière chose que je veux vous montrer est où nous avons dîné à Bakersfield pendant notre retour. Bakersfield est une ville de 403 mille personnes, mais sans vrai centre-ville (les limites sont énormes — la superficie est environ 3x celle de Paris, 5x Strasbourg). La « cuisine » de la région est largement celle des chaînes de restos. Red Lobster (Homard rouge) est une chaîne spécialisée en poisson et en fruits de mer. C’est bien méprisé par les élites des côtes, un symbole du milieu du pays. Il y a beaucoup de choses frites là, et je serais le premier à dire que la qualité n’est que moyenne, mais le mépris est très mal placé.

Le pain là est d’un genre dit « baking powder biscuits », biscuits à la levure chimique. C’est une spécialité de notre Sud, et si la version chez Red Lobster est un peu trop salée, c’est aussi la raison principale pour laquelle la chaîne est renommée. Je n’y vais jamais à la maison car le resto le plus proche de chez moi est à 20 km, dans la ville de Garden Grove. Red Lobster ne pourrait jamais ouvrir à Irvine, parce que la haine classiste fermerait ses portes tout de suite. Mais même si c’est commercial, comme toutes les autres choses dans ce trajet c’est un aperçu de la vie quotidienne dans notre campagne, et j’accorde autant d’importance à tout ça qu’à nos grandes villes.

UC Berkeley

Je ne sais pas s’il y a une expression pareille en français, mais en anglais, on dit parfois « le grand-père de tous » pour exprimer que quelque chose est le plus vieux, l’original. Et quand on parle du système d’universités dites « l’Université de Californie » — l’Université de Californie à Berkeley est de loin la plus vieille, au point où elle se dit simplement « Cal » ou « L’Université de Californie », sans élaboration.

Avec cette histoire vient des particularités, à partir de : « Mais où est donc l’accueil pour les candidats ? » Ça se trouve au centre du stade, California Memorial Stadium :

Toutes les université de cette taille — plus de 40 000 élèves au total ! — ont de tels stades, et celui-ci peut accueillir plus de 52 000 personnes pour des matchs de football américain. C’est une grande entreprise pour les facs, le football, et un de ces quatre, il nous faudra en parler.

Mais pourquoi « Memorial » ? En souvenir de qui ? La réponse se trouve sur une plaque à l’extérieur du stade, qui dit « En souvenir des Californiens qui ont donné leur vie dans la Guerre mondiale 1914-1918. » Il faut comprendre que dans ce cas, Californiens ne veut dire que des diplômés de Berkeley. Je ne dis pas ça avec amertume ; il n’y a pas de sentiments impériaux là. C’est simplement que Berkeley existait depuis 50 ans déjà à l’époque, et UCLA était la seule autre université publique de l’État. C’est pourquoi UC Berkeley se dit « Cal » ou « Californie » comme si c’était la seule — pendant des décennies, c’était le cas.

Je n’ai pas beaucoup de photos de UC Berkeley elle-même. Nous étions épuisés à ce point. Mais remarquons quelques détails. L’école d’architecture est abritée dans un bâtiment de style brutaliste ; très européen, ça :

Il y a un campanile, la Tour Sather, qui fait 93,6 mètres de hauteur. On nous a dit que c’était le campanile le troisième plus haut du monde.

Le point fort de Berkeley n’est pas le campus en soi, mais la ville qui l’entoure. Elle a environ 150 ans, et est un mélange de nouveautés de monuments historiques. Vous vous sentirez très à l’aise là :

Berkeley est connue, parmi d’autres choses, pour être la maison d’Amoeba Music, un magasin de disques des années 90, spécialiste en vinyle. Malheureusement, les portes sont fermées le lundi, quand nous avons visité :

TOUT est fermé le lundi à Berkeley. La sœur de mon meilleur ami, elle-même avec un doctorat de Berkeley, m’avait conseillé de goûter cette pizzeria. C’était fermé, et tous ses voisins aussi :

Nous nous sommes retrouvés dans un petit « diner » du quartier avec une carte un peu partout — des burgers ainsi que des burritos. J’ai commandé l’un de ces derniers :

Après USC et UCLA, nous parlions d’un « tour des biscuiteries », alors nous avons trouvé une biscuiterie locale, CREAM, qui vend non seulement des cookies, mais aussi des sandwichs à la crème glacée fabriqués avec lesdits cookies. Je regrette de vous dire que CREAM a fini en troisième place — mais nous étions prêts à souffrir pour vous apporter cette info :

UC Berkeley est connue pour avoir plus de lauréats du prix Nobel que n’importe quelle autre fac du pays — 114 à ce point, profs et anciens élèves confondus — et 16 éléments du tableau périodique y ont été découverts. Alors on y trouve des rappels, comme ce panneau qui annonce que sa place de parking est réservée pour un lauréat (sans préciser qui) :

Demain, nous parlerons du retour à la maison — il y a eu plein d’arrêts insolites. Mais c’est assez pour les facs !