Le plus grand match de tous les temps

Hier soir, je travaillais sur le bulletin de l’OCA, car j’étais horriblement en retard à cause de mon déménagement. Cependant, il y avait un problème. En même temps que j’essayais de travailler, le plus grand match de l’histoire du baseball a eu lieu.

Capture d'écran du score du match : les Dodgers gagnent 6-5 sur les Blue Jays

Je ne dis pas ça légèrement. La Série mondiale, le championnat, a lieu tous les octobres, et c’est où nous sommes maintenant. Les équipes en question sont les Blue Jays de Toronto et les Dodgers de Los Angeles. Il faut que nous mettions les choses en place : quand j’ai écrit une blague où je m’imaginais en enfer, j’étais entouré par des affiches pour les Dodgers. J’ai écrit à un ami il y a des jours : « La seule fois où j’encouragerais les Dodgers, c’est s’ils jouaient contre les Yankees de New York. Et la seule fois où j’encouragerais les Yankees, c’est s’ils jouaient contre Satan lui-même. Et dans ce dernier cas, je ne serais pas très content de mon choix ! » Comme tout venant de Los Angeles, je n’en suis pas fan.

Cependant, avec leurs tas d’argent dignes de l’oncle Picsou, les Dodgers ont réussi à signer des contrats avec plusieurs des meilleurs joueurs au monde. Shohei Ohtani, qu’ils vont payer 700 millions de dollars entre 2024 et 2043 (pour 10 ans de service ; c’est un contrat inhabituel), est sans conteste le meilleur joueur au monde, et risque de finir comme le meilleur de tous les temps. Mookie Betts a été élu le joueur par excellence en 2018, et reste presque aussi bon que ça. Freddie Freeman a reçu le même palmarès en 2020, ainsi que joueur par excellence de la Série mondiale en 2024. Blake Snell a été élu meilleur lanceur en 2018 et 2023. Non, ce n’est pas habituel pour les meilleures équipes d’avoir plus que deux telles personnes.

Un match habituel dure 9 « innings », ou manches. Pendant chaque demi-manche, une équipe est en attaque, l’autre en défense. Après 9 manches, si le score reste égal, ils jouent jusqu’à ce qu’une manche entière est jouée où une équipe finit avec plus de buts. Alors si une équipe marque un but pendant la première demi-manche, l’autre a une opportunité d’attaquer avant de finir. Mais si une équipe marque un but pour prendre les devants pendant la deuxième demi-manche, le match termine tout de suite.

Et c’est le nombre de manches jouées qui fait autant pour rendre ce match le plus grand. Ce match a duré 18 manches, ce qui égale le record du match le plus long dans une Série mondiale. Et ce match-là a eu lieu en 2018, et a été aussi gagné par les Dodgers.

Mais ce qui rend ce match différent, c’est que les Blue Jays ont battu les Dodgers moins Shohei Ohtani 5-2 pendant les 9 manches obligatoires. Ohtani a frappé 2 coups de circuit, ainsi qu’un troisième coup sûr qui a marqué un but. Et ça, c’est la troisième fois dans les éliminatoires cette année où Ohtani a frappé plusieurs coups de circuit pendant un match. Personne n’a jamais fait ce qu’il fait.

Au-je mentionné que pendant un match avec 3 coups de circuit la semaine dernière, quelque chose fait seulement 13 fois dans les éliminatoires pendant toute l’histoire du baseball, il a aussi retiré 10 frappeurs sur 3 prises ? C’est quelque chose fait plusieurs dizaines de fois dans les éliminatoires, mais jamais sans rendre un but. Pour un joueur de faire les deux en même temps, c’était déjà sans conteste le meilleur effort par un joueur de tous les temps.

Et ce match s’est terminé à la fin de la 18e manche, quand Freddie Freeman a lancé un coup de circuit, le genre de chose qui vaut un palmarès de joueur par excellence pour la Série — sauf qu’Ohtani va le gagner si les Dodgers finissent par remporter la Série. Aucun autre choix n’est possible.

Je déteste regarder ce niveau d’excellence par des hommes portant les uniformes de l’ennemi, mais il faut l’avouer — en ce moment, ce que j’ai écrit en octobre de l’année dernière reste aussi vrai que jamais : félicitations aux acheteurs du championnat. Cette fois, c’est mérité comme jamais.

Saison 4, Épisode 30 — Adieu, Elbe-en-Irvine

Cet épisode a été enregistré sur iPhone sans microphone dédié. Le son… disons que je voulais toujours sonner comme un Transformer, mais exprès, pas comme ça. Cependant, je suis ravi de vous dire que l’on a retrouvé Alarmo hier soir, alors l’une des deux choses notées dans « La coda décevante » est rétractée. Il y a une bonne explication — c’était dans un carton labellisé « Bedroom » (Chambre), sans préciser laquelle. C’était donc mis dans la mienne au lieu de celle de La Fille. C’est une erreur honnête, la responsabilité est à nous, et je laisserai une bonne critique pour les déménageurs sur Yelp après tout.

Ça ne change rien quant au microphone. Au moins je pouvais éditer l’épisode avec mon casque Focal comme d’habitude — j’allais utiliser un autre casque jusqu’au moment où je me suis souvenu du fait que l’adaptateur pour USB-C restait sur la prise du casque Focal. C’est comment j’ai fini par découvrir Alarmo — j’ai fouillé dans un nombre de cartons que j’allais laisser pour plus tard cette semaine.

J’imagine que vous pensez que j’ai largement fini le rangement du nouvel appartement. Hahahaha… non. Ce week-end, j’ai dû m’occuper de tout ce dont La Fille a besoin. Au vieil appartement, elle utilisait toujours la même table qu’à ses 5 ans pour faire ses devoirs. Nous avons passé samedi en cherchant un nouveau bureau et chaise pour elle, et vu que les deux sont venus de chez IKEA, dimanche était consacré à monter les deux. La télé reste dans sa boîte, la cuisine n’est qu’à moitié finie, et j’ai toujours une trentaine de cartons à examiner dans ma chambre. Mais mon ordinateur est prêt et je reprends mon horaire typique cette semaine. Mes genoux, pas autant.

En parlant d’IKEA, je suis convaincu depuis longtemps que les suédois se moquent du reste d’entre nous avec les noms de leurs produits. Dans le café, j’ai vu des kits de maison en pain d’épices dits « Vintersaga ». Je l’ai mis dans Google Traduction, et ça m’a rendu « Conte d’hiver ». Ben, je suis prêt à le croire ; Vinter sonne comme l’anglais « winter » pour hiver.

Photo de boîtes de kits de maisons en pain d'épices « Vintersaga »

Mais j’ai aussi vu des paquets d’une sauce dite « Allemansrätten », et je me suis dit : « Alleman sonne comme « Allemand ». S’agit-il d’un produit suédois ? » Google Traduction donne « le droit public ». Je ne dirai pas que c’est du n’importe quoi car le paquet dit « Allemansrätten est le droit de tout le monde aux champs, aux forêts et à un bon repas avec une sauce salée ». Une recherche sur Google suggère qu’en fait, les suédois utilisent ce mot pour parler d’un droit d’accéder aux espaces publics. Mais rien à voir avec la cuisine.

Paquet de sauce en poudre

Ça fait des années depuis ma dernière visite chez IKEA, alors je ne savais pas qu’ils vendent des boulettes « à base de plantes », ainsi que les boulettes végétariennes dont je me souvenais. C’est quoi la différence ? Il me semble que « à base de plantes » veut dire un produit plus traité et moins naturel ! (C’est le sac à gauche dans la photo.)

Deux sacs de boulettes surgelées chez IKEA : à gauche à base de plantes, à droite, végétarienne. La liste d'ingrédients « à base de plantes » est beaucoup plus longue.

Complètement par hasard, voici un mème publié par IKEA à propos du vol du Louvre. Ça dit que ce truc ne protègera pas vos joyaux non plus, mais les mettront en vedette :

C'est un dôme en verre dit Begavning ; du suédois pour « talent »
Screenshot

Dernière chose, je vais partager une pub aussi saoulante que moi que j’ai reçue sur Facebook :

À gauche, ça dit « Fin des rendez-vous : un événement uniquement pour des gens sexy et intelligents ». À droite, j’ai demandé à Facebook pourquoi je voyais cette pub. Apparemment, être célibataire et aux États-Unis suffisaient. Puisque ça ne garantit ni sexy ni intelligent, j’ai bloqué le compte, car géré par des menteurs.

Notre blague traite de deux histoires d’amour. Nos articles sont :

Il n’y a pas de gros titres satiriques ni deBonnes Nouvelles cette semaine.

Sur le blog, il y a aussi Presque prêt, des réflexions du dernier moment avant le déménagement, Ce qui ne me manquera pas, de gentilles pensées sur les voisins et le propriétaire de mon ancien immeuble, L’histoire de Bill, l’histoire d’un dessin qui a failli disparaître et La coda décevante, sur deux choses que je croyais volées (ça reste le cas pour l’une d’entre eux).

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec la Vierge de Balbec

Vous ne pensiez pas qu’une petite chose comme le bouleversement complet de ma quotidienne allait annuler Dimanche avec Marcel, non ? C’est trop important (et j’ai toujours trop mal aux genoux pour passer beaucoup de temps en rangeant le nouvel appartement). On reprend donc « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, je n’ai avancé que de 15 pages.

La dernière fois, notre jeune ingrat vient d’arriver en Vieux-Balbec, dit Balbec-en-Terre. En attendant l’arrivée de sa grand-mère et Françoise, il visite l’église de Balbec, possédée d’une statue du Christ avec une histoire tirée directement de l’histoire de la Somme :

Balbec-en-terre, où je me trouvais, n’était ni une plage ni un port. Certes, c’était bien dans la mer que les pêcheurs avaient trouvé, selon la légende, le Christ miraculeux dont un vitrail de cette église qui était à quelques mètres de moi racontait la découverte…

Mais plutôt que le Christ attendu, c’est une statue de la Vierge qui fait la renommée de l’église de Balbec. Le narrateur nous dit qu’il avait été impressionné par des moulages au musée du Trocadéro, mais une fois face à la vraie :

c’était elle enfin, l’œuvre d’art immortelle et si longtemps désirée, que je trouvais, métamorphosée ainsi que l’église elle-même, en une petite vieille de pierre dont je pouvais mesurer la hauteur et compter les rides.

Rien ne suffit jamais pour celui-ci ! Quand je me suis retrouvé face au Premier Consul passe les Alpes, Le Radeau de la Méduse, Le Serment des Horaces et Jeanne d’Arc d’Ingres en l’espace d’une journée, je ne me suis pas dit : « Bah, c’était mieux en photos dans mon manuel scolaire » !

Il y a un autre train à prendre pour passer de Vieux-Balbec à Balbec-plage, et c’est au quai où nous apprenons que :

je retrouvai ma grand’mère mais l’y retrouvai seule — car elle avait imaginé de faire partir avant elle, pour que tout fût préparé d’avance (mais lui ayant donné un renseignement faux n’avait réussi qu’à faire partir dans une mauvaise direction), Françoise qui en ce moment sans s’en douter filait à toute vitesse sur Nantes et se réveillerait peut-être à Bordeaux.

La bienheureuse Françoise sera donc peut-être épargnée une semaine de ces anti-vacances.

Je note une deuxième expérience où le narrateur se révèle mon opposé, sur le train vers Balbec-plage :

À tout moment le petit chemin de fer nous arrêtait à l’une des stations qui précédaient Balbec-Plage et dont les noms mêmes (Incarville, Marcouville, Doville, Pont-à-Couleuvre, Arambouville, Saint-Mars-le-Vieux, Hermonville, Maineville) me semblaient étranges…De même, rien moins que ces tristes noms faits de sable, d’espace trop aéré et vide, et de sel, au-dessus desquels le mot ville s’échappait comme vole dans pigeon-vole…

Pour le narrateur, ces noms inconnus sont tristes et sans signification. Pour un plus vieux Justin, arrivant en France pour la première fois :

Mais je veux que vous regardiez cette carte du RER B d’autre façon, comme je l’ai vu. Je ne connaissais aucun de ces endroits, et pour moi chacun et tout aurait pu être le site du château de Cendrillon, pour autant que je sache.

Je découvre la Seine-Saint-Denis

J’avoue ici que je devais beaucoup à un chapitre d’Orthodoxie par G.K. Chesterton, « L’Éthique du pays des fées », mais je note que j’étais déjà au courant de la réputation de la Seine-Saint-Denis. C’est tout une question d’attitude. Quelle tristesse pour le jeune narrateur qu’il ne puisse pas regarder tous ces endroits inconnus comme un champ de possibilités, avec espoir plutôt qu’avec cynisme. Franchement, avec toutes les vies fantasmatiques qu’il vit dans sa tête, je trouve ça plus que surprenant.

Le narrateur et sa grand-mère arrivent enfin au Grand-Hôtel, où j’étais surpris à lire :

Tandis que j’entendais ma grand’mère, sans se froisser qu’il l’écoutât son chapeau sur la tête et tout en sifflotant, lui demander avec une intonation artificielle : « Et quels sont… vos prix ?… Oh ! beaucoup trop élevés pour mon petit budget »

À l’époque, on pouvait négocier les prix avec les hôtels ? Essayez ça chez Accor ou Hilton de nos jours !

Le narrateur est émerveillé par un ascenseur :

le directeur vint lui-même pousser un bouton : et un personnage encore inconnu de moi, qu’on appelait « lift » (et qui à ce point le plus haut de l’hôtel où serait le lanternon d’une église normande, était installé comme un photographe derrière son vitrage ou comme un organiste dans sa chambre), se mit à descendre vers moi avec l’agilité d’un écureuil domestique, industrieux et captif. 

Il faut se souvenir qu’il s’agit des années 1890. Mais quelle description de ce machin quotidien !

On finit cette fois sur un instant qui serait reçu plutôt différemment à notre époque :

ayant vu qu’elle voulait m’aider à me coucher et me déchausser, je fis le geste de l’en empêcher et de commencer à me déshabiller moi-même, elle arrêta d’un regard suppliant mes mains qui touchaient aux premiers boutons de ma veste et de mes bottines.

— Oh, je t’en prie, me dit-elle. C’est une telle joie pour ta grand’mère.

Quelle époque, quand les ascenseurs étaient quelque chose de bizarre, mais déshabiller ses parents ados du sexe opposé, non !

La coda décevante

Mise à jour, 26/10/25 : On a retrouvé Alarmo, alors la moitié de ce billet ne s’applique plus. Mais le reste, oui.

Le « denouement » (un mot anglais qui veut dire « dénouement » en français, mais n’a pas d’accent) du déménagement sera long et contient déjà de mauvaises surprises. Ça comprend une telle qui aura des conséquences pour ce blog.

Je ne me souviens pas de si je l’ai mentionné, mais j’enregistre la balado le dimanche sur mon estomac, allongé sur le sol. La raison pour ça est technique, car je vous rassure, parler longtemps pendant que quelque chose de dur appuie sur vos poumons et votre ventre est inconfortable à souhait. Mais si vous écoutez n’importe quel épisode enregistré depuis début 2023, vous remarquerez qu’ils ont tous quelque chose en commun : l’absence totale d’échos. Avec un sol recouvert de moquette, rien ne marche mieux pour absorber le son. Ça ne coûte rien alors que faire pareil sur mon bureau me coûterait 500 ou 600 $.

Pourquoi est-ce que je mentionne tout ça en ce moment ? Devinez où se trouvait mon microphone miraculeux, celui qui ne m’a coûté que 5 $, le meilleur achat de ma vie ? Ouaip. Sur le sol. Hier matin, je me suis rendu compte que je n’ai pas eu de souvenir de l’avoir emballé. Ou de le porter à la main. J’ai fait un appel au bureau de mon ancien immeuble pour demander s’ils l’avaient trouvé. « Ô non, en fait l’équipe n’a rien trouvé chez vous, monsieur ». (À noter : selon moi, le « you » anglais se traduit uniquement par « tu ». Qu’est-ce que je veux dire ici ?)

Le microphone disparu

En fait, si l’équipe n’a « rien » trouvé, on est un gros menteur, que ce soit les ouvriers soit la dame dans le bureau. J’étais pressé de quitter l’appartement à la fin, et je savais que j’avais laissé la ventouse des toilettes, des bouteilles de lessive, de nombreux cintres et — puisque je ne pouvais plus plier les genoux — des bouteilles de sauce barbecue dans le placard de la cuisine. Je suis 100 % certain que le microphone faisait partie de ces choses laissées derrière moi. Que l’on considère que la majorité de ces objets sont sans valeur, je peux l’accepter. Que l’on me dise qu’il n’y avait rien, pas du tout.

Je ne sais pas ce que je ferai pour la balado. Je n’en aurai pas un autre pour ce prix. Je ne veux pas mettre un terme à cette activité juste à cause de ma propre stupidité — ni la malhonnêteté d’autres personnes — mais c’est une déception grave.

Malheureusement, le microphone n’est pas le seul disparu de l’affaire. L’année dernière, La Fille a reçu le réveil Nintendo, Alarmo, en cadeau de Noël de mes parents. Elle l’adore. C’était sur son commode jusqu’à la veille de l’arrivée des déménageurs, à côté d’une lampe en forme de Tour Eiffel, de trophées de karaté, et de quelques photos. Nous avons tout — sauf Alarmo. J’ai vérifié tous les cartons hier soir, et je suis bien satisfait qu’il n’est pas avec nous. Je ne peux rien prouver. Mais je ne vais pas laisser un avis positif sur les déménageurs sur Yelp comme prévu.

Sincèrement, dans les deux cas, je n’ai rien vu. Mais le bureau de mon ancien immeuble a fait preuve de sa malhonnêteté à de nombreuses reprises au passé, et ce que ces deux choses ont en commun, c’est qu’elles ont de valeur pour les autres, pas seulement pour nous. Je sais que l’on peut toujours me faire confiance à rendre les choses qui ne sont pas à moi, mais ce n’est pas une qualité courante.

L’histoire de Bill

On me dit parfois que ce blog est, comme La Compagnie Créole, bon pour le moral. Alors, après une semaine de plaintes sur le déménagement, j’aimerais partager une coda pour tout ça, quelque chose de bien venant d’une source complètement inattendue.

Je ne m’attends pas à ce que vous reconnaissiez le personnage dans cette photo :

C'est Bill Cipher, dit Bill Crypto en français, dessiné par moi. Il est en forme de pyramide tirée du billet de 1 $ américain, qui a aussi un œil ouvert, un symbole franc-maçon. Où les briques de la pyramide du billet sont verdâtres, Bill est d'un jaune particulièrement vive, à ne pas comme l'or, car pas métallique. Pas comme le billet, il porte un nœud-papillon noir et un haut-de-forme.

Bill Cipher est le méchant de la dernière bonne série de dessins animé venant de chez Disney, Gravity Falls. En français il s’appelle Bill Crypto, et l’émission, dite pour des raisons mystérieuses « Souvenirs de Gravity Falls ». Honnêtement, je ne comprends pas ce qui ajoutent les mots « Souvenirs de », vu que le nom est autrement préservé. Les traductions françaises ratent les jeux de mots de génie derrière ces noms — tout Gravity Falls était comme ça, avec de nombreuses couches de signification. Parlons-en brièvement.

Voici le revers du billet d’un dollar, le grand sceau des États-Unis :

Revers du dollar, Photo par le Gouvernement des États-Unis, Domaine public

Vous remarquerez tout de suite que Bill Cipher est rien d’autre que l’œil au-dessus de la pyramide, avec un haut-de-forme et un nœud-papillon. Et qu’est-ce que l’on appelle ce billet en anglais ? Un « dollar bill« .

Mais d’où « Cipher » ? En français, le bon mot est chiffre, comme dans « écrire en chiffre » ou « chiffrer ». Bill parle par énigmes, et il y a de nombreux messages chiffrés au fil de la série. (C’est une série qui gagne à être vu très, très attentivement.) L’important, c’est que Bill est un démon qui cherche à rendre le monde entier aussi bizarre que lui, dans un événement qu’il appelle « Weirdmageddon » (mot valise de « weird », bizarre, et Armageddon).

Quant au nom de la série, Gravity Falls, c’est un calembour entre « la gravité tombe », une traduction littérale, et le fait que beaucoup d’endroits avec des cascades s’appellent « <qqch> Falls » en anglais : Niagara Falls, Klamath Falls, Dunn’s River Falls (liens en français). (Naturellement, nous avons aussi une rivière Deschutes.) J’ai abordé une partie de ça en 2022, pour faire l’enquête sur la traduction d’une chanson que Bill chante dans l’épisode final.

J’ai besoin de toutes ces explications afin de vous expliquer enfin l’origine de ce Bill dessiné à la main (et aussi parce que Gravity Falls est l’un de mes sujets préférés). C’est moi qui l’a dessiné, en 2016, quand La Fille n’avait que 6 ans. Nous avons découvert la série juste à temps pour voir la finale, et après, nous sommes devenus des élèves passionnés des mystères de cette série.

Alors, pour faire une farce à La Fille, j’ai dessiné Bill et je l’ai collé au mur de sa chambre, afin qu’elle se réveille et le voie veiller sur elle. Elle a trouvé ça hilarant. Le lendemain, je me suis réveillé et j’ai découvert que Bill avait voyagé dans ma chambre et me regardait. Au cours des mois suivants, Bill s’est déplacé d’une chambre à l’autre encore et encore la nuit, jusqu’au moment où La Fille a annoncé qu’il voulait rester désormais avec moi.

Quand le déménagement a commencé, La Fille m’a dit qu’elle voulait que Bill vienne avec nous. Mais la dernière journée, j’ai oublié de le retirer du mur.

Alors, je suis revenu au bureau de location de l’immeuble à 10h, le moment de son ouverture. Il s’est avéré qu’une équipe de construction avait déjà commencé à tout retirer de l’appartement — quand je l’ai vu, la moquette, le four et le frigo avaient tous disparu. Mais heureusement, le contremaître de l’équipe m’a dit : « Ah oui, je connais ce dessin. Quand je l’ai vu ce matin, j’ai dit aux ouvriers de ne pas le jeter, car il me semblait important. »

Avec reconnaissance, j’ai retiré Bill du mur, l’ai emmené au nouvel appartement et — la chance ! — le ruban restait assez collant pour le coller au mur de ma chambre sans devoir le remplacer. La tradition continuera et Bill me veillera grâce au geste de bonne volonté de quelqu’un qui ne me connaissait pas du tout.

Ce qui ne me manquera pas

Je sais, vous êtes tous presque aussi épuisés par mon déménagement que mes genoux. Je me tairai sur le sujet bientôt. Alors, commençons avec le dîner que j’ai mangé pour fêter la fin de l’affaire, plutôt que mon vrai sujet.

Lazy Dog (Chien paresseux) est une petite chaîne de la Californie du Sud, avec un menu typiquement américain — des burgers, des salades, des pâtes — mais de bonne qualité et avec des prix seulement un peu fous vu l’inflation californienne. Voici mon cheeseburger et frites :

Photo de hamburger : à gauche, la moitié du pain est recouvert de laitue, d'une tranche de tomate, et d'un cornichon. À droite, l'autre moitié du pain contient la galette de viande ainsi que du fromage cheddar bien jaune. Il y des frites en haut.

C’est sert ouvert afin de ne pas gâcher les légumes avec la chaleur avant son arrivée à la table. J’apprécie ce détail, ainsi que le fait que le fromage est du vrai cheddar et non le truc mi-huile végétale dit « American cheese » que l’on trouve chez McDo. La viande est d’une qualité assez haute qu’ils le serviront mi-saignante comme je l’aime, ce que la grande majorité de restos refusent de faire. 15 $ est un peu cher pour ce burger — c’était 10 $ aussi récemment qu’en 2020 — mais c’est ça la vie californienne.

Pour finir, j’ai commandé des cookies. Ils sont servis 4 à la fois — trois restent dans une boîte dans mon frigo. Je voulais juste avoir quelque chose en dessert.

Des cookies avec des pépites de chocolat au lait et de chocolat blanc, ainsi que des bretzels durs (ce qui les rendent plus salés ainsi que croustillants).

Alors, passons à mes plaintes. Je veux vous faire savoir d’abord que je suis si sympa, je n’ai pas écrit la lettre dans ma tête que j’allais laisser sur la porte de mon voisin à l’étage, une lettre qui a commencé (dans ma tête) par : « Vous êtes le pire voisin que j’ai eu pendant 15 ans ici » et terminé par : « Comptez-vous chanceux que je ne me suis jamais une fois plaint à la gestion de votre habitude de passer l’aspirateur à 22h30, 4 ou 5 fois par semaine. Votre prochain voisin ne sera pas aussi indulgent. » Mais oui, il ne me manquera pas.

Pour autant que je plains de l’escalier cette semaine et mes pauvres genoux, les ascenseurs ne me manqueront pas, surtout à cause du comportement scandaleux de mes voisins. L’ascenseur le plus proche de mon appartement était souvent en panne, car la gestion ne dépensait jamais l’argent pour le régler vraiment. Cependant, ce n’était pas la pire chose. J’ai pris une photo pour l’expliquer :

Trois rangs de boutons : 3 en haut, deux au centre, un en bas.

« Mais Justin », me dites-vous, « je ne vois que six boutons ici. Fermer et ouvrir comme d’hab, l’alarme, le contrôle pour les incendies, le téléphone au cas où l’ascenseur serait coincé…et c’est quoi cette saloperie qui dit « DH » ? » Ravi de répondre à votre question ! DH est de la magie noire, une espèce de magie si diabolique que seulement un mauvais type comme moi oserait la tenter, même pas les Voldemort du monde.

DH est de l’anglais pour « door hold », garder la porte ouverte. Alors que le bouton d’ouverture maintiendra la porte ouverte tant que l’on l’appuie, DH la maintiendra ouverte pendant 20 secondes sans toucher plus au bouton. Comme je vous ai dit, de la magie. Personne, et je veux dire personne, n’a jamais appuyé sur ce bouton sauf moi pendant toutes mes années là-bas. Est-ce qu’un voisin s’approche mais a besoin de 5 ou 10 secondes pour atteindre la porte ? Il faut é-cra-ser le bouton de fermeture ! Est-ce que le voisin apporte des sacs dans les bras et a besoin de plus d’espace ? Il faut s’enfoncer dans la porte pour la maintenir ouverte en bloquant l’accès. Vraiment, pourquoi tout le monde ne sait pas utiliser ce bouton m’échappe.

Et la dernière chose qui ne me manquera pas ? Voici l’état de la moquette chez moi au moment de le quitter définitivement :

Photo du bord de la moquette. Il y a une barre en métal à laquelle la moquette est censée tenir. Cependant, elle s'est arrachée de la barre. En plus, c'est bien sale, pas surprenant sans remplacement pendant 15 ans.

Elle rétrécit et est sale. Mais c’est typique du niveau d’entretien de l’immeuble ces dernières années. Il y avait un filtre pour la climatisation, censé être remplacé tous les 3 mois, mais qu’ils ne remplaçaient qu’une fois par année — jusqu’au Covid. La dernière fois où ils l’on remplacé ? Août 2019. Et la dernière fois où la machine à glaçons dans mon frigo a fonctionné ? Pareil. Quand je l’ai mentionné à la gestion, ils ont remplacé mon frigo — par un autre avec une machine à glaçons en panne. Il faut avoir des couilles en laiton, comme on dit en anglais, pour facturer de si hauts loyers pour ce niveau de « service ».

C’est dommage. J’ai été content là pendant les 10 premières années. Au moins, aussi content que possible vu que je voulais quitter Elbe-en-Irvine plus que tout. Mais ce n’était pas à cause de l’immeuble. Je ne voulais pas déménager quand si peu de temps me restait avant de quitter la Californie. Cependant, surtout avec la dernière augmentation du loyer, il était plus que temps.

Ne changez jamais, les enfants

J’ai eu UN JOUR hier, comme on dit en anglais (avec un assez fort accent, ça veut dire que les choses tombent mal). Alors je ne savais pas ce que j’allais écrire, mais pas de chance que je laisserai la gérante de mon ancien immeuble mettre un terme à la séquence de jours de suite (1 210 hier). Heureusement, La Fille est arrivée au tout dernier moment pour résoudre le problème.

Si vous connaissez des enfants de 5 ou 6 ans, vous savez qu’ils ont tous une habitude charmante. À l’école, la prof dit : « N’oubliez pas, petite Taylor-Beyoncé, demain c’est votre tour d’apporter le goûter/de présenter votre livre préféré/de faire une autre tâche avec l’aide de vos parents. » Alors votre petit bout de chou le mentionne quand ? En rentrant de l’école, quand tous les magasins sont toujours ouverts ? Pendant le dîner, quand on peut au moins se débrouiller avec ce que l’on a sous la main ? Nan, ils attendent tous jusqu’au moment du coucher pour mentionner que c’est en fait vous qui a une nouvelle responsabilité et pas de ressources. Dans les pires cas, ils attendent le matin.

On aimerait croire que les enfants mûrissent en grandissant. On aurait tort. À 22h, bien après s’être couchée, elle a frappé à la porte de ma chambre pour me dire : « Alors, Papa, il faut que nous soyons au lycée une heure plus tôt demain, pour les photos des clubs. » Ah super, je n’étais pas du tout épuisé, et ne comptais certainement pas dormir un peu !

Mal au tout

Quoi qu’il en soit, ça fait mal. Quelques statistiques après le grand déménagement. D’abord, 19 584 pas hier, une petite hausse sur les jours précédents :

Graphique qui montre une semaine de pas : 6 jours plus tôt, il n'y avait que 3 400.

Ça veut dire 12,3 km parcourus, deux fois la veille :

Graphique d'une semaine de distances ; il y a 6 jours, ça ne faisait qu'un km

Et le plus important, 34 étages montés, 3 jours après les 35 :

Graphique d'une semaine d'étages montés ; il y a 6 jours, c'était ZÉRO !

Tout ça, c’est-à-dire, s’il peut plier — les genoux, les coudes — j’y ai mal. S’il y a une articulation, le membre veut se détacher.

Et génie que je suis, mes oreillers ont disparu. Heureusement, cette nuit ne durera pas trop longtemps — car j’ai une poignée de tâches à faire avant de rendre les clés de mon ancien appartement.

Ça donne une idée pour un nouveau nom. Peut-être que c’est une sorte de Bretagne diabolique, Saint-Mal-Au.

La bonne nouvelle, et je dois mettre l’accent sur son caractère singulier, c’est que j’ai économisé plus de 400 $ par rapport à l’estimation originale. C’est ce qui arrive quand on fait beaucoup du travail soi-même. Voici une photo des parties que je ne pouvais pas faire pour moi-même :

Photo d'une douzaine de cartons en train de descendre d'un camion

Plus tard aujourd’hui, La Fille et moi allons fêter la fin de tout ça en dînant dans un nouveau resto de sushis, grâce aux économies. Je m’intéresserai à la question de si je pourrai marcher assez pour le visiter. Vraiment, la seule autre fois de ma vie comme hier, c’était la fin de ma première visite en France, où j’ai marché la distance de deux marathons en six jours ! Au moins cette fois-là, c’était pour la France !

Presque prêt

Plus tard aujourd’hui, c’est le grand déménagement. Nous avons travaillé presque sans cesse depuis vendredi pour préparer.

Camion « Déménagements René Faber » à Saint-Sauveur-en-Puisaye, Photo par Marc Dubois, CC BY 2.0

L’une des raisons pour « presque » était grave. Dimanche était plus chaud que les autres jours, et je me sentais plus fatigué, alors j’ai essayé de faire une sieste d’une demi-heure. À la fin, je ne pouvais pas bouger. J’ai pris du sang pour mesurer mon taux de glycémie, et c’était la catastrophe :

Capture d'écran : 49 mg/dL

Naturellement, parce que c’était ce genre de journée, un ami qui ne sait rien sur la diabète m’a félicité pour ce chiffre. Mais je n’ai, jamais une fois de la vie, mesuré un si bas taux. Il faisait 4 heures depuis le déjeuner, mais c’était une quesadilla — d’habitude, les tortillas montent le taux en flèche ! J’ai mangé 3 pots de yaourt après ça, et tout est bien allé. Au moins, jusqu’à la tragédie.

J’ai 5 haut-parleurs dans mon stéréo. Les deux en arrière sont munis sur des pieds. Ils n’ont pas bougé en 13 ans, et j’avais oublié qu’ils étaient vissés aux pieds des enceintes. J’essayais d’en enlever un sans succès, j’ai demandé à La Fille, qui était à l’autre côté : « Peux-tu voir s’il y a des vis ? » et tout à coup, le haut-parleur s’est arraché du pied. Le fond est gravement endommagé. Le truc jouera toujours, mais je ne sais pas s’il sera possible de l’attacher au pied comme avant.

Je ne veux pas blâmer La Fille, mais elle n’a pas du tout répondu et je ne comprends pas du tout pourquoi. C’est un bon exemple, malheureusement, de pourquoi j’aurais aimé avoir un autre adulte à la maison. Ma fille se croit bien capable et l’est souvent, mais elle ne sait pas ce qu’elle ne sait pas, si vous me suivez.

Je ne vais pas partager des photos du fond du haut-parleur. Le son, c’est mon plus grand loisir depuis le lycée, et j’étais toujours très fier de la bonne condition de mes équipements. Ce qui s’est passé est une horreur, et j’ai honte. Pas besoin de me demander quand je m’en pardonnerai. Le 32 de jamais.

Cependant, il faut avouer que beaucoup d’autres choses sont bien allées. Nous avons déplacé une vingtaine de cartons de plus, et c’est une vraie économie.

De toute façon, les déménageurs seront chez moi entre 8 et 10h. Je vais avoir des trucs sucrés ici pour le matin et ne pas vérifier le taux de glycémie jusqu’au soir. C’est important. Demain, je vous écrirai du nouvel appartement, et j’espère que d’ici là, j’aurai choisi le bon nom français pour cet endroit.

Question bête

Comme vous pouvez imaginer, je suis bien stressé avant le grand déménagement lundi. Je peux au moins dire que la chambre de La Fille est complètement vidée, sauf pour le lit et les autres meubles dont les déménageurs s’occuperont. Alors je n’ai pas préparé grand-chose. Mais, j’ai vu quelque chose de français dans un supermarché ici, et l’étiquette m’a fait demander quelque chose. Je vous poserai donc la question, après un peu d’exposition.

Il s’agit d’un vin rosé, nommé Avaline. Voici des bouteilles :

Ce produit est apparemment un « Vin de France », ce qui veut dire que les raisins ont été cultivés en France, et le vin y a été embouteillé en plus. Mais aucun garanti de cépage, de terroir ou d’autre chose. Comme j’ai écrit en 2021 (le lien ci-dessus), 74 % de la production est exportée : les vins labellisés « Vin de France » n’y sont pas bus.

Il s’avère que la marque appartient à l’actrice américaine Cameron Diaz (lien en anglais). Le site web répète encore et encore le mot « clean » (propre), ce qui m’offense gravement. Il y a du marketing, puis du marketing, mais tout produit vendu dans les supermarchés ici doit conformer aux règles de la loi « Pure Food and Drug Act » de 1906. Wikipédia en français explique exactement mon problème :

l’objectif est notamment : « empêcher la production, la vente et le transport de nourriture, de marchandises ou alcools dénaturés ou portant un étiquetage mensonger »

Wikipédia

C’est illégal de vendre un produit qui n’est pas « propre » : le processus d’inspection change selon le genre de produit — ce que l’on fait pour des steaks n’a rien à voir avec ce que l’on fait pour les vins — mais se dire « propre » suggère quelque chose sur la concurrence qui serait illégal si c’était vrai.

Mais ce n’est pas ma question bête. L’étiquette promet aussi que ce vin est « vegan friendly », littéralement « amical envers les véganes ». « Friendly » est un mot équivoque dans le marketing anglophone qui veut dire « nous voulons le crédit pour appartenir à une catégorie, mais ne faisons pas d’effort pour gagner les bonnes certifications ». Alors un produit sans gluten qui se dit « gluten-free » a passé des inspections qui garantissent qu’il n’y a pas de gluten ; un produit « gluten-friendly » ne garantit rien, mais ne contient probablement pas de la farine de blé dans sa liste d’ingrédients. Et c’est de là que vient ma question bête.

Je ne suis pas expert en vinification, mais le vin est végane grosso modo par définition, n’est-ce pas ? Il y a des raisins, de la levure, peut-être des sulfites pour le préserver — mais existe-t-il des vins fabriqués avec de la viande ou des produits laitiers ?

J’avoue, j’aimerais probablement du « bœuf bourguignon en bouteille », mais il me semble qu’il n’y a pas autant de viande que ça dans n’importe quelle bouteille de vin !