Deux pralinés maison

Il y a des semaines, je vous ai parlé de mes efforts de faire du praliné avec un blender, et la fumée et la terreur qui sont allées avec. Aujourd’hui, je suis ici pour vous livrer les bonnes nouvelles pour comment éviter tout stress à cet égard.

D’abord, il faut être réaliste sur les limites de vos équipements. Est-ce une bonne idée de faire du praliné avec un mixeur plongeant ? Jamais. Faites pas ça, comme aurait chanté Jacques Dutronc. Mais ne le faites pas dans un blender pas assez puissant non plus. Un blender dont les publicités parlent de smoothies ou d’être « personnel », c’est le mauvais truc. Il faut avoir une moteur puissant, d’au moins 900 W, et de préférence, 1300 ou plus. 500, et j’avais de la fumée venant du blender ! Heureusement, il n’y a pas besoin du meilleur blender au monde, le Blendtec, qui peut réduire un iPhone en poudre en secondes :

En fait, la meilleure nouvelle si vous êtes comme moi et a vraiment envie de plus d’espace sur votre comptoir, c’est qu’il n’y a pas besoin d’un blender du tout. Un bon robot multifonction fera l’affaire, et là, les moteurs ont tendance d’être plus puissantes. (La mienne fait 1300 W.) Ce que m’avait empêché de l’utiliser au passé, c’est que je croyais qu’il fallait avoir la lame tout en bas, comme dans un blender, et qu’il restait trop d’espace au-dessous. J’avais tort ! Après avoir vu cet article chez Kenwood, j’ai décidé de le tester moi-même, et j’en suis ravi !

Mais attention, même pour une machine puissante, les fruits de coque sont stressantes. Si vous faites une grande quantité comme ici, il est possible que la machine s’arrête afin de se protéger. Laissez-la reposer un moment avant de continuer ; tout ira bien.

Cette recette produit environ 450 grammes de praliné, exactement comme ce qui Surfas me vend pour 32 $ — mais je n’ai payé qu’environ 10 $ pour tout ça ! (Dont l’électricité.) On peut remplacer les noisettes 1:1 soit par amandes soit par pistaches (enfin, des macarons à la pistache !), mais en ce moment, c’était les noisettes dont j’avais besoin. Je dois l’idée générale à Il était une fois la pâtisserie, ainsi que Kenwood lié en haut.

Les ingrédients pour le praliné maison :

  • 330 grammes de noisettes (avec peau)
  • 220 grammes de sucre
  • 160 ml d’eau

Les instructions pour le praliné maison :

  1. Verser le sucre et l’eau dans une casserole. Porter au-delà d’ébullition, jusqu’à 118° C.
  1. Y déposer les noisettes. Remuer pour les enrober toutes du sirop de sucre. Ne baissez pas le feu.
  1. Le sucre séchera sur les noisettes, comme ça. Continuer à faire cuire et remuer.
Noisettes récouvertes de sucre
  1. Une fois le sucre devient un caramel et couvre tous les noisettes, éteindre le feu. Verser les noisettes sur une feuille de papier de cuisson pour refroidir. Elles vont se coller, les unes aux autres.
  1. Briser la masse de noisettes et les déposer dans un robot multifonction équipé de la lame ou un blender.
Noisettes caramélisées dans le robot.
  1. Les mixer à haute puissance. Après des secondes, il y aura d’abord une poudre, dit pralin. C’est bon pour donner une texture croustillante aux pâtisseries, ainsi que pour décorer.
Pralin dans le robot
  1. La poudre deviendra de plus en plus fine, mais même avec 1300 W, ça prend des minutes. Ce n’est pas fini jusqu’à ce que le praliné soit liquide. Si votre robot arrête avant que le praliné ne devienne liquide, attendez des minutes avant de relancer.
  1. Le praliné se conservera jusqu’à 6 semaines dans une boîte hermétique.
Praliné bien liquide, mais épais, dans sa boîte.

« Mais Justin », vous me dites, « ce n’est pas le praliné de votre Paris-Brest d’il y a 3 ans ! Qu’est-ce qu’il y a ? » Ah, excellente mémoire ! Et certainement rien à voir avec le fait que je viens de revisiter cette recette-là pour le livre ! Alors, je vous montrerai cette autre — et pourquoi je recommande plutôt la première.

J’ai suivi la recette à nouveau, mais pour garantir que j’avais assez de matériel pour le robot, j’ai augmenté les quantités de 50 %. Alors :

Les quantités pour le praliné selon Laurène Lefèvre (environ 320 grammes) :

  • 180 grammes de noisettes
  • 180 grammes de sucre glace

Les instructions pour le praliné selon Laurène Lefèvre :

  1. Torréfier les noisettes dans le four pendant 15 minutes à 160° C. Je dois avouer que j’ai fait ça après avoir fait la deuxième étape 3 fois. Je ne crois pas que ça change gravement le produit final. Vous remarquerez un changement de couleur entre ces photos.
  1. Mettre les noisettes dans un torchon et les rouler pour retirer la peau. Je trouve que ça a ses limites, et après quatre fois, j’ai décidé que c’était assez.

  1. Mixer les deux jusqu’à l’obtention d’une pâte, plutôt qu’une poudre. Je ne dirai pas une pâte lisse, parce que je trouve que celle-ci reste très épaisse bien après être devenue une pâte. Comme avant, j’ai dû arrêter plusieurs fois avant l’obtention du produit final.

Ce praliné est plus sucré que l’autre, parce qu’il n’y a pas de haute température qui brûle le sucre. J’aime le goût, mais il manque la fluidité d’un praliné typique, ce qui le rendra plus difficile à utiliser dans certaines applications. La poudre de pralin (4e photo) produit est trop fine aussi. Vous pouvez le voir facilement une fois dans un bol :

Praliné final retiré du robot, mis dans un bol. Ça a l'air solide.

Je l’utiliserais pour un Paris-Brest, dans une crème mousseline pralinée, mais pas comme base d’une pâte à tartiner. En fait, je vais faire une expérience pour tester les deux. J’ai des cobayes en forme humaine pour ça, hihihi ! (Ça se prononce « deux événements de l’OCA ».)

Et ça va, vu que ça vient d’une recette de Paris-Brest ! Mais la première recette sera celle de préférence pour le blog dans l’avenir.

Saison 4, Épisode 1 — Un machin pour Kévin

Nous voilà, dans une nouvelle saison, mais pas comme dans le passé, je ne planifie aucun changement de format. ([Peut-être…avoir des auditeurs ? Ce serait un changement ! — M. Descarottes]) Vilain cobaye ! Mais oui, il a raison.

J’aime dire que personne ne m’a jamais rejeté pour « 5 Minutes Avec ». C’est juste qu’ils ne répondent pas aux demandes. Non, mais sérieusement, C’est ce qui arrive souvent. J’espère le reprendre, mais ça fait longtemps depuis la dernière réponse à un courriel.

Je suis heureux de vous dire que j’ai complètement fini la rédaction des recettes du livre du blog. Ça laisse l’autre moitié à vérifier, mais c’était important que les recettes soient toutes dans ma voix (j’avais l’habitude de les copier au début) et que tout soit cité correctement (ce que je n’ai jamais raté). En plus, il y avait des changements de technique au fil du Tour, et tout est mis à jour selon mes connaissances les plus avancées. Je veux qu’un débutant apprenne tout ce que j’ai appris.

J’ai fait des… découvertes… sur l’honnêteté de certains blogueurs culinaires, qui copie-collent plus que vous ne le savez. Je ne suis pas du tout surpris, mais je me demande — sincèrement — si ce sera un problème que je cite toutes mes sources, comme si je ne sais rien. Beaucoup de monde présentent leurs recettes comme s’ils les avaient inventées de zéro, et ce n’est pas vrai du tout.

Je suis, avec tristesse, la chute sans cesse de Disney, anciennement ma plus grande passion (pendant 20 ans en tant qu’adulte, je visitais régulièrement Disneyland — un de ces quatre, il me faudra vous raconter la fin). Je n’allais jamais voir la nouvelle Blanche-Neige, mais il s’avère que l’intrigue tourne sur un double sens en anglais qui n’existe pas en français. La Reine demande en VF « Qui est la plus belle du royaume ? », mais en anglais, le mot utilisé pour « belle » n’est pas « beautiful », probablement le premier choix dans vos dictionnaires, mais plutôt « fair ». Rien à voir avec « faire », ça veut dire « belle » — mais aussi « juste ». Alors, il n’y a pas de prince, et c’est un film sur — je ne plaisante pas — des plaintes économiques. (Je ne peux pas dire le mot « économique » sans penser à La Soupe Aux Choux.)

D’autre part, vos enfants regardent « Les 12 Travaux d’Astérix », avec ses scènes de bureaucratie, ce que je trouve absolument hallucinant dans un film pour enfants. Peut-être que Blanche-Neige marchera mieux en France. Nain. Belgique ? Nain, pas là non plus.

Il y a un autre sujet américain que je devrais évoquer un jour. Connaissez-vous le tournoi de basket universitaire, dit « March Madness » ? Ça se passe en ce moment, et pendant les deux semaines de suite, et il était une fois, rien ne m’intéressait plus en mars, comme le reste du pays. Maintenant, je m’en fous — mais pas pour les mêmes raisons que pour les ligues professionnelles. C’est une histoire triste d’avidité et corruption.

Je regrette de vous dire qu’après 3 ans, il y a un défaut chez mon casque audio Focal, acheté exprès car français. Le câble commence à se désintégrer, façon Apple. Je traite ce casque soigneusement, il ne va jamais dans la salle de sport ([Et vous êtes meilleur à cet égard ? — M. Descarottes]), et je le garde loin de tout ce qui pourrait l’endommager. ([Sauf vous-même.]) Je me souviens d’avoir été bouche bée par le prix d’un remplacement quand je l’ai acheté. Si ça s’avère trop coûteux, j’utiliserai un produit tiers.

Photo des dommages -- deux déchirures à la surface du câble, près du casque

M. Descarottes s’imagine très malin, mais en fait, j’ai une paire d’écouteurs, achetée il y a 19 ans déjà, construits pour les musiciens professionnels, que j’utilise uniquement dans la salle de sport. C’est presque indestructible.

Notre blague traite du type le plus malchanceux au monde. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Souchon, Satire, et Dragon Ball. Les Bonnes Nouvelles se traitent d’un homme qui vit enfin son rêve de 20 ans.

Sur le blog, il y a aussi Cet ami-là, une note sur les difficultés de dire non, Soirée de bowling, sur une autre « soirée mecs » de l’OCA, et Je découvre Joe Dassin, la prochaine entrée du Projet 30 Ans de Taratata.

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Assiette de madeleines faites maison par Justin Busch

Dimanche avec le baron de Charlus

On reprend Du côté de chez Swann. Cette fois j’ai avancé de 53 pages. On est enfin aux trois quarts du livre.

De tous les néologismes anglais moches, parmi les pires est « negging », expression inventée par les dragueurs professionnels pour décrire un processus où on est censé attirer une femme en lui disant des choses négatives sur elle. Je vois que le français a importé ce terme. La théorie, telle que je la comprends, est qu’en quelque sorte, la cible voudra gagner l’approbation de la personne qui vient de la critiquer. Ça me semble un peu trop « échecs à 7 dimensions » — mais j’étais étonné de voir que Proust avait exactement cette idée il y a un siècle. Voici une partie d’un discours dirigé envers Odette :

« Ce qu’il faut savoir, c’est si vraiment tu es cet être qui est au dernier rang de l’esprit, et même du charme, l’être méprisable qui n’est pas capable de renoncer à un plaisir…tu n’es même pas une personne, une créature définie, imparfaite, mais du moins perfectible. Tu es une eau informe qui coule selon la pente qu’on lui offre, un poisson sans mémoire et sans réflexion… »

Mais Odette ne le prend pas au sérieux :

À défaut du sens de ce discours, elle comprenait qu’il pouvait rentrer dans le genre commun des « laïus » et scènes de reproches ou de supplications dont l’habitude qu’elle avait des hommes lui permettait, sans s’attacher aux détails des mots, de conclure qu’ils ne les prononceraient pas s’ils n’étaient pas amoureux, que du moment qu’ils étaient amoureux, il était inutile de leur obéir, qu’ils ne le seraient que plus après

Swann doit passer un certain temps sans Odette, car elle voyage avec les Verdurin, et ça lui rend fou :

Certains jours, au lieu de rester chez lui, il allait prendre son déjeuner dans un restaurant assez voisin dont il avait apprécié autrefois la bonne cuisine et où maintenant il n’allait plus que pour une de ces raisons à la fois mystiques et saugrenues, qu’on appelle romanesques ; c’est que ce restaurant (lequel existe encore) portait le même nom que la rue habitée par Odette : Lapérouse.

Est-ce que je vous dis assez souvent le point auquel je n’en peux plus de Swann ? Non, ce serait impossible.

Il me semble presque inutile d’ajouter qu’Odette ne le traite comme une relation sérieuse. Après tout, elle ne veut même pas le voir devant d’autres personnes :

Bien qu’elle ne lui permît pas en général de la rejoindre dans des lieux publics, disant que cela ferait jaser

Ça ne l’empêche pas de — excusez-moi, je vais vomir — lui demander de l’argent pour voyager avec les Verdurin :

Elle lui écrivit que les Verdurin et leurs amis avaient manifesté le désir d’assister à ces représentations de Wagner, et que, s’il voulait bien lui envoyer cet argent, elle aurait enfin, après avoir été si souvent reçue chez eux, le plaisir de les inviter à son tour. De lui, elle ne disait pas un mot, il était sous-entendu que leur présence excluait la sienne.

Swann dit non, mais où sommes-nous dans la codépendance toxique à souhaits ? Les deux passent tout leur temps en se méprisant, l’un de l’autre ; pourtant, il ne peut la quitter pour rien, malgré le fait qu’il pense à elle comme juste un objet, et elle — je ne sais toujours pas si elle aime quoi que soit chez Swann au-delà de son argent.

Je ne peux pas vous dire si ce sont les personnages littéraires dont j’ai le plus envie de les gifler. Pourquoi ? Parce que ça fait trop longtemps depuis la fois où j’ai lu Le Rouge et le Noir. Mais le concours entre ces deux et Julien Sorel pour les palmarès de personnage le plus énervant de la littérature est si, si serré. À un millimètre près. Si vous n’êtes pas d’accord, vos suggestions sont les bienvenues.

De toute façon, je n’ai rien à citer des 30 dernières pages que j’ai lues. Pourquoi ? Parce qu’il me semblait que Swann allait finir par donner l’argent à Odette après tout. J’en reste convaincu. Mais nous sommes passés à une série de pensées obsessives sans fin qui avait lieu complètement dans la tête de Swann : elle est fidèle, elle ne l’est pas ; elle veut le quitter, elle ne le veut pas. Toute ce dont je suis certain, c’est qu’Odette n’a pas envie d’être liée à Swann, mais n’a pas de problème à être liée soit à Forcheville soit au baron de Charlus, un ami de Swann qui rend visite à Odette à chaque fois où Swann le lui demande.

J’ai l’impression que tout se passe dans le passé par rapport à Swann, et qu’il finira par donner l’argent du voyage. Je vous ai dit, je le connais trop bien !

Je découvre Joe Dassin

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Joe Dassin. « Mais Justin », vous me dites, « vous avez été frappé à la tête par une boule de bowling ? Il est mort en 1980, et n’a pas apparu à la télé en 2023 ! » Oui, je sais, mais pour la première fois depuis le commencement du projet, on parle d’un artiste parce que sa musique a été jouée en reprise par quelqu’un d’autre pendant la diffusion, dans ce cas, Gaëtan Roussel, Matthias Malzieu et Sharleen Spiteri. J’avais dit au début que l’on allait faire exactement ça, en sautant tout artiste étranger. De cette façon, je peux ignorer Ed Sheeran, le résultat le plus important. Si c’est injuste envers Zucchero (qui j’aime bien) ou Mme Spiteri, tant pis.

Joe Dassin assis avec sa guitare
Joe Dassin, Photo par Agenzia Pitre, Domaine public

Vous avez sûrement remarqué que je n’ai pas répondu à la question de la boule de bowling.

Alors, Joe Dassin. Ici, on parle de l’artiste qui devrait être le plus « Coup de Foudre » de tous, parce qu’il était, en fait, américain, né à New York à 1938, et y habitant jusqu’à ses 12 ans. À cause de ça, j’ai dû absolument l’entendre parler anglais — voici une interview au Canada, tournée environ un an avant sa mort (selon les commentaires — la description ne mentionne rien) :

À vrai dire, il sonne presque exactement comme mon père, élevé juste au sud de New York, dans le New Jersey. (Les pauvres.) J’étais bouche bée, car même si je le savais avant, j’avais une impression qu’il devait acquérir un accent beaucoup plus français en y travaillant.

On appelle le fait que vous l’aimez quand même « l’espoir ».

Les Dassin se sont expatriés parce que son père était communiste (et franchement, vous ne devriez pas confondre le vôtres, qui se montraient des patriotes pendant la SGM, avec les nôtres, qui soutenaient les Allemands et ont donné nos secrets nucléaires à l’autre Joe, Staline). C’est donc comment Jules Dassin est devenu réalisateur en France, et après ses études universitaires, Joe est arrivé en France pour travailler sous lui.

En 1963, Joe Dassin rencontre Maryse Massiéra, une française avec des contacts chez CBS Records, qui lui aide à y obtenir un contrat. Entre 1964 et 1966, il sort 4 EPs (des disques vinyles avec 3-4 chansons), mais c’est seulement avec le quatrième où il sort enfin un single, Guantanamera. J’ai l’écouter, parce que je la connais très bien, cette chanson. Mais quelque chose ne va pas :

Je l’ai écoutée en me disant, « La mélodie est correcte, sa voix est agréable, mais les paroles sont toutes foutues. Qu’est-ce qu’il y a ? » Puis je me suis rendu compte — c’était en français. Il faut comprendre que je la connais depuis mon enfance, chantée à chaque fois par des mariachis ou autres chanteurs hispanophones, en espagnol. Peut-être que vous avez eu la même expérience en écoutant « My Way » de Frank Sinatra dont la musique vient de Claude François et sa « Comme d’habitude », mais les paroles sont en anglais (et n’ont rien à voir). En même temps, il épouse Mme Massiéra.

Son premier album en 1966, Joe Dassin à New York, comprend une sélection de chansons des 4 disques EP, notamment « Je change un peu de vent », ce que je connais en anglais sous le nom « Freight Train ». C’est déroutant pour moi, et un succès modeste pour lui.

1967 voit son premier vrai tube, « Les Dalton », qui traite du Far West (pourquoi Far, qui veut dire loin ? J’y habite.), premier single des Deux Mondes de Joe Dassin :

Je le trouve facile à comprendre, comme David Niven ou Tommy Duggan dans les films. Il me rappelle moi-même. Alors d’où les plaintes sur ma prononciation, hein ? (Je plaisante. Peut-être.)

À cette époque, il rate une opportunité en sortant un tube pour France Gall, Baby Shark, mais il l’intitulé en français, Bébé Requin, plutôt que la comptine qui a conquis le monde entier en 2017. (Sorti quand même en français plus tard.)

Pendant Les 30 Ans de Taratata, Vincent Delerm a chanté « Les Champs-Élysées ». Puis La Fille est revenue du lycée en la chantant aussi. Ça vient de son troisième album, dit Joe Dassin, mais surnommé pour cette chanson.

C’est… plus vite que ce que M. Delerm m’avait mené à croire. Mais tout ce dont j’ai vraiment besoin de savoir, c’est que toute l’arène chantait avec lui. Pas pour la première fois, je note que quand une arène pleine de Français sont d’accord et il ne s’agit pas de Jul, je fais attention. (Quand le livre sortira, je ne serai plus le bienvenu à Marseille, vu toutes mes blagues sur ce monsieur.)

Cet album nous donne aussi « Siffler sur la colline », la chanson jouée sur Taratata par les 3 artistes mentionnés au début.

Son quatrième album, en 1970, s’appelle aussi Joe Dassin, mais est connu aux fans d’après le plus grand tube d’y venir, La fleur aux dents :

C’est agréable, mais je commence à voir une formule répétitive : un tempo rapide, pas trop d’instruments (c’est pas les Beatles ici) et un refrain avec des « la la la » pour le public à chanter. En même temps, je commence à soupçonner que la réponse à la question de l’accent est qu’il est agréable si celui d’où il vient se considère beau. Ça expliquerait beaucoup de choses.

Personne ne va me convaincre que cet autre clip, « L’Amérique », du même album, est rien d’autre qu’une hallucination.

Son cinquième album s’appelle aussi Joe Dassin, mais est connu aux fans comme « Elle était oh », d’après son plus grand tube :

Je vous jure, j’avais écrit ce commentaire sur les « la la la » avant d’entendre celle-ci, qui commence avec « la da di la da di ». De toute façon, cette chanson est le seul tube de l’album, alors il change de direction.

Son sixième album s’appelle simplement Joe. Là, il retrouve du succès avec une chanson dite Taka takata — à ce point, les « la la la » sont le point. C’est une reprise d’un tube espagnol.

Ce n’est pas seulement moi qui s’ennuie de la formule. Ses deux prochains albums ne connaissent pas de grand succès, mais sa triomphe ultime arrivera prochainement, L’été indien, un single sorti tout seul, puis sur une nouvelle version de son huitième album.

Il ne quitte pas toutes ses habitudes — la moitié des paroles sont juste « Ba da da » (à mes oreilles) encore et encore. Mais c’est un « slow » avec des narrations, plus pensif que ses prédécesseurs.

Mais il ne connaîtra qu’un succès de plus, avec son dixième album en 1976, Le Jardin de Luxembourg, double disque d’or qui voit deux tubes, À toi et Le café des 3 colombes. Cet album est sorti la veille de ma naissance ; désolé, ce qui suit est probablement de ma faute en quelque sorte.

En 1977, il rencontre une jeune rouennaise, Christine Delvaux, et décide de l’épouser. D’habitude, je lui féliciterais pour ça. Mais comme j’ai mentionné avant, il était déjà marié à la femme qui a…euh… fait sa carrière. Les deux divorcent, et il épouse la rouennaise (encore une fois, un bon choix, c’est l’infidélité qui me dérange). Malheureusement, il a aussi vécu une vie de star, avec des drogues, et avait aussi des problèmes cardiaques depuis son adolescence. Début 1980, il y a un deuxième divorce, mais des mois plus tard, il est mort d’une crise cardiaque.

Que penser de Joe Dassin ? Il me semble que mes notes habituelles ne s’appliquent pas ici. D’une part, je trouve beaucoup de sa musique répétitive, et je ne peux que soupçonner qu’une partie de sa popularité vient d’être un bel étranger avec un accent intéressant. Si on veut dire que je suis jaloux que ce qui est pour moi une barrière soit pour lui un atout, je ne le contesterai pas. D’autre part, on trouve plusieurs classiques de la chanson française ici, et pour ça, tout le monde, apparemment même Maryse Massiéra, peut pardonner le reste.

Soirée de bowling

Ce soir, je suis assisté à une autre « soirée mecs » de l’OCA. Ça aurait pu mieux aller, mais vu le gros-titre, commençons avec des photos que j’ai prises du lieu.

D’abord, voici le bâtiment, Saddleback Lanes à Mission Viejo, ce dernier étant de l’espagnol pour « nulle part ». C’était brillant de la part de l’organisateur. Il y avait de l’alcool, mais quand les femmes demandent aux maris où étaient/ils ce soir, ils peuvent dire en toute honnêteté « nulle part ». Voilà, ça fait déjà presque 15 ans depuis la dernière fois où j’ai dû répondre à une telle question, pourtant je suis mieux préparé que jamais.

Extérieur de Saddleback Lanes, le bowling où nous sommes allés

Connaissez-vous le film « The Big Lebowski » ? Il s’agissait en partie du bowling, alors voici le bar :

Ce ne serait pas un bowling américain sans une salle d’arcade, alors voilà :

Vue de la salle d'arcade

On était 11 ce soir, mais seulement 9 joueurs. On avait donc deux pistes, 5 joueurs à un côté, 4 à l’autre. J’ai fait partie des 4. Seulement une personne a apporté sa propre boule et chaussures. Ouaip, moi. Je ne le fais plus souvent, mais c’était l’un de mes clubs à la fac. Je sais, vous mourez déjà de curiosité de mes scores, alors : 117, 73, 124.

Attendez, l’une de ces choses n’est pas comme les autres, comme dit la comptine anglaise. Qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai un moyen de 120 pendant presque toute ma vie, mais vers la fin du premier match, j’ai rejoint les autres en buvant un verre de bière. Tout à coup, je ne pouvais plus lancer la boule dans le bon sens. Je vous ai dit une fois que je ne peux pas boire de l’alcool du tout, et voici un bon exemple de pourquoi. C’était seulement un verre.

Mais honnêtement, la pire chose n’était pas un score gênant (si on va apporter ses propres équipements, il faut jouer bien). J’étais en 3e place des 9, tout à fait acceptable. Non, le cauchemar est arrivé quand nous sommes revenus dans le bar après. Je me suis retrouvé assis entre deux conversations sans faire partie de l’une ni l’autre, et c’était assez bruyant que je ne pouvais vraiment rien comprendre. Après une demi-heure de m’asseoir sans participer, j’ai décidé que c’était assez et je suis parti. Vu les SMS du groupe, les autres sont restés une heure de plus.

C’était effrayant de regarder la situation. Aux deux côtés, les autres s’adressaient les uns aux autres, et j’avais déjà du mal à comprendre avec la musique en concurrence contre les gens. Mais je me suis rendu compte comme jamais que je ne pouvais rien distinguer à moins que l’on ne me parle directement. Je n’avais pas avant l’impression d’avoir des difficultés à cet égard, mais peut-être qu’il me faudra prendre rendez-vous chez l’audiologiste. Super, je n’avais pas déjà assez de problèmes.

L’organisateur a reconnu que quelque chose n’allait pas, mais a mal compris en pensant que c’était la vitesse. Nan, c’est pour ça que j’écoute RTL. Mais deux conversations entre 3-4 personnes chacune et de la musique dans une autre langue en plus ? C’était un niveau de surcharge sensorielle pour laquelle je n’étais pas du tout prêt. J’ai l’impression que l’on revisitera ce sujet dans l’avenir.

Cet ami-là

À ce point, je passe 4-5 heures la nuit en travaillant sur le livre. Pourtant, ce blog ne connaît pas la signification de l’expression « en congés ». Heureusement pour vous et la séquence de jours de suite de publication, quelque chose m’est arrivé il y a deux jours, un peu lié à mes sujets habituels, alors je me sens à l’aise en l’évoquant. Moins à l’aise avec l’idée que la personne en question lit ce billet, parce que c’est une personne dont je n’ai aucune envie de la blesser. (Pour autant que je sache, cette personne n’est jamais passé par ici.)

Girl Scout Cookies, Photo par Photoguy439, CC BY-SA 3.0

Vous l’avez sûrement. Cet ami auquel vous ne pouvez pas dire non. La raison n’est pas importante en soi, sauf peut-être parce que la question de savoir à quoi on dit non, ou pas, est liée à la façon de le dire.

Peut-être que l’ami fait trop de demandes de votre temps. Peut-être qu’il veut que vous participiez à une activité que vous n’avez aucune envie de faire. Peut-être qu’il vend quelque chose et bien que votre lien ne soit pas professionnel, c’est juste difficile de dire « je ne le veux pas » ou pire, « je ne peux pas ».

Il y a des fois où les demandes ne sont pas grandes. Par exemple, la collecte de fonds annuelle la mieux connue aux États-Unis est la vente de « Girl Scout Cookies« , des cookies vendus pour 6 $ la boîte par les éclaireuses. Elles sont partout devant les supermarchés. Si vous avez un ami avec une fille, vos févriers et mars sont remplis de courriels pour vous demander d’en acheter. Je ne suis pas hypocrite — j’avoue que pendant 5 ans, j’étais cet ami, même si moins énervant que le moyen. (Il était une fois, j’ai failli me faire virer d’un boulot car j’ai refusé d’en acheter du patron. Ça m’a gravement affecté.) La troupe de La Fille s’est séparée après le Covid, alors elle n’est plus éclaireuse. Mais de toute façon, on parle de moins de 20 $, alors ce n’est pas grand-chose — ce qui rend dire non à la fois plus facile et plus difficile. On ne parle de grandes sommes qui changent la vie.

Mais supposons qu’un ami vend d’autres choses, et c’est une situation professionnelle pour eux, mais pas vous. De l’électroménager, peut-être. J’ai probablement dit assez pour que vous puissiez deviner exactement de quel produit je parle, mais il m’est important que ce nom ne fasse pas partie des résultats pour ce blog sur Le Goog. C’est un truc de follement cher, n’est-ce pas ?

Cet ami n’essaie pas trop souvent, heureusement, mais vous vous inquiétez à chaque rencontre que le sujet s’évoquera. Et finalement, un jour, l’ami fait une demande qui n’est pas La Question en soi, mais pour exactement cette raison, c’est vraiment difficile à lui dire non. Peut-être que vous pouvez assister à une démonstration ?

Supposons que je l’ai fait et suis parti absolument bouche bée à cause de la somme. Surtout parce que j’espère toujours partir en France en 2029 — je viens de renouveler mon passeport cette semaine, quelle coïncidence — et ce n’est pas logique de dépenser comme ça pour un truc dont je ne m’en servirai pas pendant plus de 4 ans.

Supposons, finalement, qu’au milieu d’écrire ce billet, j’ai reçu un texto de l’ami pour me demander ce que j’y pensais. Et j’ai dû enfin dire exactement ce que j’essayais d’éviter.

J’espère que je n’aurai pas gâché cette amitié. Ce ne serait pas la première fois.

Sauvons les Kévin ?!?

S’il s’avère que j’ai un lecteur dit Kévin, je ne le savais pas. J’ai écrit assez souvent sur les problèmes d’être nommé Justin en anglais, c’est de votre tour, monsieur.

Hier, j’ai vu un truc d’hallucinant sur C à vous (plus précisément, la suite). Après une longue interview avec Leila Bekhti et Jonathan Cohen, il y avait un reportage sur le film le plus ridicule dont j’ai jamais entendu parler. L’accident de train commence à partir de 37:55 dans le clip au lien.

Kevin Costner aux Césars, Photo par Georges Biard, CC BY-SA 3.0

Mohamed Bouhafsi nous raconte que la veille à Paris, une quatre-vingtaine de Kévin se sont réunis pour regarder un « documentaire » intitulé « Sauvons les Kévin ! », réalisé — naturellement, par un nommé Kévin Fafournoux. Quoi, vous vous attendiez à ce qu’il s’appelle Gaspard ?

On ne peut que se moquer des Kévin, aux deux côtés de l’Atlantique. Du côté français, on trouve les citations de Jours d’humeur sur ce prénom tout à fait lamentable. Des exemples :

Jean-Kevin est un cancre, mais sincèrement, pour une fois, on ne peut pas lui en vouloir de ne pas connaître sa leçon.

La goûteuse d’Hitler

comme Jean-Kevin, le beau gosse de la bande dont toutes les filles sont folles bien que ce soit un imbécile.

Cavalier mécanique

Outre les Sophie, j’ai constaté que les Caroline étaient adorables, les Kevin pas spécialement portés sur les études, les Isidore de plus en plus rares, et les Patrick dotés d’une intelligence très au-dessus de celle des bulots cuits.

Marceau

Vous pouvez voir que quand monsieur a besoin d’un prénom ridicule, un Kevin ou Jean-Kévin fait l’affaire. De ce côté, Stephen R. Donaldson, l’auteur de l’une de mes séries préférées de fantasy a donné le prénom « Kevin » au plus gros con de son univers, un type qui détruit presque complètement son monde fictif avant le début de l’histoire, tout à cause de sa stupidité. Et la raison pour laquelle c’est parlant, c’est que tous les autres prénoms de la série sont plus exotiques que ça. Il y a deux décennies, on lui a demandé d’où viennent ses prénoms, et il a répondu :

After all, Herem, Sheol, Jehannum, moksha, turiya, samadhi, several of the Ramen names, and *Kevin* (for God’s sake!), not to mention Sunder, are all real words from our world.

Gradual Interview

Ça dit, « Après tout, Herem, Sheol… et *Kevin* (bon Dieu !)…sont tous de vrais mots de notre monde. » Ce « bon Dieu » dit tout.

Mais revenons à nos Kévin, plus précisément ceux qui ont assisté au film. Qu’est-ce qu’ils pensent de leur sort malchanceux ? On n’apprend vraiment rien de ça, parce que la seule question posé par M. Bouhafsi, c’était si le prénom a jamais posé des problèmes quant à leurs relations aux femmes. (J’imagine que oui, comme le pauvre M. Groscon, inventeur de la cédille.) C’est à Anne-Élisabeth Lemoine de sauver leur réputation en disant à la fin du reportage, « Mais oui, Kevin Costner, il sauve tous les Kévin ! » On comprend donc que les autres ont besoin d’être sauvés.

Honnêtement, je n’ai vraiment pas beaucoup à offrir sur le sujet, au-delà du fait que la personne la plus énervante que j’ai connue à la fac s’appelait aussi Kevin. Je le trouve juste hilarant, que les gars qui ont ce prénom le trouvent assez gênant qu’ils doivent en faire des excuses. C’est exactement le genre de chose auquel on s’attendrait chez les Kévin !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Passez l’amour au machin

Aujourd’hui, Langue de Molière apparaît un jour à l’avance, parce que, si je suis honnête ([Ce qui arrive assez rarement — M. Descarottes]), je n’avais aucune idée de quoi écrire. On est à une semaine d’une étape de légende pour ce blog, alors il ne faut pas que je rate un jour, mais je continue de mettre l’emphase sur le livre, comme je l’aurais dû à partir de mars — de l’année dernière.

Il y a des semaines, j’ai rencontré un mot qui ne me parlait pas du tout, même dans son contexte, choucard. Malheureusement, j’ai oublié de garder un lien vers le post sur Facebook où je l’ai vu. Au moins j’avais le bon sens de le noter dans le fichier où je garde toutes les idées pour Langue de Molière.

Alors, j’ai recherché ce mot dans mon dictionnaire bilingue. Il n’est pas là — dites-donc, pour un dictionnaire venant de l’université d’Oxford, il y a un sacré nombre de lacunes ! (Ne vous méprenez pas ; je suis reconnaissant pour tout ce qu’il m’a apporté, mais il me semble que le temps d’acheter un dictionnaire monolingue s’approche, même si j’ai parfois besoin de traductions. Vos recommandations pour une appli sont les bienvenues.) Je suis donc allé sur Wiktionnaire , et… quoi ? Le Trésor ? Dites-donc, vous voulez que j’aie rapidement la réponse, ou une aventure ?

Donc, Wiktionnaire. Ça m’a dit que c’était synonyme de « chouette », sans préciser le bon sens. Il me semblait que l’on ne parlait pas de l’oiseau, mais le synonyme de « cool ». Pourtant, Wiktionnaire n’offrait que des exemples… opaques, à partir de cette citation de Boris Vian :

Quand on est en carte
Et qu’on d’vient trop tarte
C’est pas choucard pour l’osier
En six marquotins
Ce foutu bourrin
Pouvait plus faire un lacsé
 — (Boris VianBallade de la chnouf, 1957.)

Choucard

Super, il y a un mot dont je ne comprends pas le sens dans chaque ligne — « en carte » et « tarte » me sont familiers, mais j’ai l’impression que les sens sont autres que ceux que je connais. Mon dictionnaire Oxford donne « osier » comme la traduction d’osier, une situation qui me conviendrait très bien si j’avais la moindre idée de ce qui était un osier en anglais ! Et « marquotins » et « lacsé » ne sont pas dans mon dictionnaire du tout ! (« Bourrin » se traduit par « nag », un cheval qui a vu de meilleurs jours, selon l’Oxford.)

Mais je voulais en savoir plus sur choucard, alors j’ai suivi « chouette ». Et ça m’a donné de nombreuses photos d’oiseaux, une araignée de mer, une espèce de papillons, et

Employé en accompagnement des mots généraux tels que bidulemachintruc pour désigner des objets inconnus.

« C’est quoi, c’bidule truc machin chouette ? »

Chouette

Super, quel est le nom parmi tout ça ? J’utilise « truc » assez souvent que je ne plaiderai pas l’ignorance, mais il me semble que dans ce cas, il sert en tant qu’adjectif, et ça, c’est nouveau pour moi. (Au fait, Truc en majuscule, c’était aussi le prénom de la vietnamienne qui m’avait dit qu’elle avait hâte d’adopter La Fille sans l’avoir rencontrée — cette coïncidence me met plus mal à l’aise que vous ne le devinez.)

« Machin » est où je me suis arrêté à l’époque, à cause de ça :

Mot général utilisé pour désigner une notion ou un objet qu’on ne veut pas ou qu’on ne sait pas nommer plus précisément

Machin

C’était assez évident — on avait quitté le chemin de significations en termes d’autres mots argotiques mais « on ne sait pas » me semblait la fin de l’affaire. En plus, c’était évident que l’on avait quitté les synonymes de « cool », ce qui avait lancé l’enquête.

Puis, une semaine après avoir abandonné, j’ai lu « machin » dans le bon contexte chez Il Est Quelle Heure, et tout est devenu clair :

Une fois à la maison il a posé sur la table un bol avec des petit machins tout ronds dedans.

Gary m’a envoyé un message:

Gary: Ton père s’est foutu de moi parce que j’ai gobé une pistache entière sans la décortiquer

Moi: J’ai fait EXACTEMENT pareil

Dialogue avec Père #36 : stachepi

Ah, chouette ! Choucard, même ! Personne ne pouvait me donner un tel exemple pour commencer ?

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour un rendez-vous avec Grosminet à l’aube.

Saison 3, Épisode 51 — Podcasthon pour la Fédération française de Cardiologie

Cette semaine marque la fin de la troisième saison de la balado. Au lieu des Bonnes Nouvelles, je vous présente pour Podcasthon, un événement à but caritatif qui relie les podcasteurs francophones et anglophones, un appel pour la Fédération française de Cardiologie. Peut-être que certains d’entre vous se souviennent que je leur ai fait un don suite au décès d’une relation proche d’une chère amie l’année dernière. Cette partie arrive directement après la blague. J’espère que vous y ferez attention.

J’ai publié un « reel » sur Instagram hier matin pour tester ma théorie que ce sont le seul moyen de gagner du traffic là. C’était de la tarte normande que j’ai faite pour une soirée tarot samedi. Je me suis réveillé à 160 vues, dont 75 % venant de comptes qui ne me suivent pas, exactement comme je soupçonnais. Après ? Rien. C’était comme si je l’avais supprimé, sauf que c’est toujours là ! Je ne comprends pas du tout ce qui arrive.

Je dois vous dire, la tarte était extrêmement bien accueillie (un peu de Calvados fera ça). Je ne suis rentré qu’avec des miettes. La hôtesse des soirées de jeux de plateaux était là, et m’a arrêté pour me demander de faire un Paris-Brest pour la prochaine. D’habitude, je ne répète jamais rien. Mais je le ferai. Ça veut dire qu’il me faudra trouver du praliné, car je n’ai aucune envie de le refaire en ce moment. Il y aura plusieurs changements à faire par rapport à la dernière fois, car je me souviens bien de certaines choses gênantes — j’ai trouvé un morceau de beurre solide dans la crème mousseline. (Les athlètes se souviennent de tel ou tel match. Je me souviens de pâtisseries livrées.)

C’est super que je vous parle de sucreries juste après avoir enregistré un épisode pour une association qui lutte, parmi d’autres choses, contre le diabète.

J’ai la tâche incroyablement triste de vous dire que La Fille ne vous rendra visite cette semaine après tout. Son voyage a été annulé au tout dernier moment — littéralement à l’aéroport en Californie — pour une raison si stupide que si je la mentionnais, on intenterait un procès contre moi sans doute pour diffamation. Pourtant, ce n’est rien que la vérité.

Une notification de l’appli RTL m’a mené à cette liste de ce que l’on écoutait en mars 2001. Au-delà de Dido et Moby, je ne connaissais personne à l’époque. Robbie Williams est aussi inconnu que moi aux États-Unis. Craig David et Texas aussi. En partie, j’ai l’habitude de ne pas être au courant de la culture actuelle. Mais les Français ont aussi l’habitude de tomber amoureux de séries et d’artistes anglophones qui sont inconnus aux États-Unis. (Toux… Tonnerre mécanique… toux)

Notre blague traite des avocats, et non pas la sorte que l’on mange. Je l’ai de mon père, qui est lui-même avocat. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Pantalon, Californie et DGSE. Les Bonnes Nouvelles seront de retour la semaine prochaine.

Sur le blog, il y a aussi L’arme secrète, sur les aventures de La Fille avec Pikmin 4 en français, Le méchant français de James Bond, sur le rôle de M. Castaldi que personne ne connaît, et Je découvre Dionysos, la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines faites maison par Justin Busch

Dimanche avec le comte de Forcheville

On reprend « Du côté de chez Swann ». Cette fois, j’ai avancé de 32 pages, et on est maintenant aux deux tiers du livre. (« Alléluia », vous dites ?)

Ah, l’amour romantique a encore une fois montré son visage dès que j’ai repris le livre !

Sans doute si on lui avait dit au début : « c’est ta situation qui lui plaît », et maintenant : « c’est pour ta fortune qu’elle t’aime »… même s’il avait pensé que c’était vrai, peut-être n’eût-il pas souffert de découvrir à l’amour d’Odette pour lui cet état plus durable que l’agrément ou les qualités qu’elle pouvait lui trouver : l’intérêt, l’intérêt qui empêcherait de venir jamais le jour où elle aurait pu être tentée de cesser de le voir. 

Honnêtement, si on (pas la chanteuse Lizzo ou similaire ; ça doit être quelqu’une grosso modo acceptable) me disait « Tu me plais tant que tu me fais des macarons tous les jours ; tu en rates un et je te quitte ! », j’aurais des pensées pareilles. Alors je ne méprise pas Swann pour ça. En fait, deux pages plus tard, je pleurais à son compte :

En effet, si ce mois-ci il venait moins largement à l’aide d’Odette dans ses difficultés matérielles qu’il n’avait fait le mois dernier où il lui avait donné cinq mille francs, et s’il ne lui offrait pas une rivière de diamants qu’elle désirait, il ne renouvellerait pas en elle cette admiration qu’elle avait pour sa générosité

Swann, toi con, je te connais trop bien — même si quelqu’une te dirait qu’il n’y avait jamais une « rivière » de diamants. Comme j’avais envie de le gifler en lisant ça !

Mais à chaque fois où Proust nous donne l’idée que quelqu’un ou autre est pitoyable après tout, il le suit — sans exception — avec un autre comportement qui nous fait encore une fois changer d’avis. À moins qu’il le tue, comme le pauvre M. Vinteuil. Alors, face au comte de Forcheville à une autre soirée chez les Verdurin, Swann se pense :

Certes Swann avait souvent pensé qu’Odette n’était à aucun degré une femme remarquable, et la suprématie qu’il exerçait sur un être qui lui était si inférieur n’avait rien qui dût lui paraître si flatteur à voir proclamer à la face des « fidèles », mais depuis qu’il s’était aperçu qu’à beaucoup d’hommes Odette semblait une femme ravissante et désirable, le charme qu’avait pour eux son corps avait éveillé en lui un besoin douloureux de la maîtriser entièrement dans les moindres parties de son cœur.

C’est juste après cet épisode, quand Odette le renvoie de chez elle un soir, qu’il commence à soupçonner qu’elle ne lui est pas fidèle. (Comme si tout le monde s’attendait autrement !) Swann commence donc à surveiller sa maison la nuit — vous savez, comme dans toutes les relations saines.

Ça ne rend rien — mais un soir, Odette lui demande d’envoyer des lettres pour elle au bureau de poste. Swann ne peut pas résister à les vérifier — toutes sont inintéressantes sauf une, qui porte l’adresse de Forcheville. Swann ne s’empêche pas — il lit la lettre, qui révèle que oui, Forcheville était là, seul avec Odette. Néanmoins, la lettre manque d’expressions d’affection, alors Swann décide qu’elle ne le trompe pas de façon qui compte vraiment.

J’ai encore plus envie de gifler le type.

Mais la fin de cet épisode sordide dans la vie de Swann, chez les Verdurin, arrive enfin. Il y a un argument vraiment bête entre Swann et les Verdurin, où ils souhaitent qu’Odette parte de leur maison dans leur voiture plutôt qu’avec Swann. Après ça, ils se disent tout genre de calomnies sur lui. Pour sa part, Swann rentre avec des pensées hostiles :

Mais de même que les propos, les sourires, les baisers d’Odette lui devenaient aussi odieux qu’il les avait trouvés doux, s’ils étaient adressés à d’autres que lui, de même, le salon des Verdurin, qui tout à l’heure encore lui semblait amusant, respirant un goût vrai pour l’art et même une sorte de noblesse morale, maintenant que c’était un autre que lui qu’Odette allait y rencontrer, y aimer librement, lui exhibait ses ridicules, sa sottise, son ignominie.

Et c’est juste après ça où il y a un autre dîner chez les Verdurin où on apprend que :

Et il ne fut plus question de Swann chez les Verdurin.

Mais ce n’est pas à dire que l’on a vu la fin de la relation entre Swann et Odette, aussi toxique soit-elle, fondée sur de mauvaise foi soit-elle. Proust nous a donné l’idée dans la première partie du livre, en parlant de la famille du narrateur, que Swann était quelqu’un d’important et bien éduqué, et maintenant, en voyant son passé, c’est difficile de voir pourquoi on se soucierait du type. Je reviens sur le mot « goujat », que j’ai utilisé pour le décrire la semaine dernière — rien n’a changé mon avis, mais personne dans son milieu a le droit de le critiquer, vu leurs propres défauts. J’aimerais bien croire qu’il y aura une meilleure fin pour Swann, mais je suis à deux doigts de lui dire, « À l’Enfer avec tes soi-disant amis, mais toi aussi ! »