Je me sens souvent déchiré entre deux mandats ici ; auto-donnés, pour être clair. D’une part, j’essaie de vous amuser tous les jours, et ça comprend des histoires de folie des États-Unis aux yeux français, la malbouffe et le comportement de beauf de beaucoup de mes con-citoyens — partout, non seulement là où la presse française dit que ça se trouve. D’autre part, je me sens obligé de jouer l’ambassadeur, de représenter mon pays à son meilleur. Après tout, en quelque sorte, il m’a produit. Mais hier, deux choses se sont arrivés qui illustrent pourquoi je suis devenu ce que je suis.
Peut-être que vous avez entendu parler que nous avons eu un joli tremblement de terre, un 5,2. C’était à Julian, un village dans le comté de San Diego, connu pour ses pommes et produits dérivés, le cidre et les tartes aux pommes.

Je suis à 170 km de Julian de nos jours, mais croyez-moi, mon immeuble a bien tremblé. Au milieu du tremblement, j’ai reçu deux notifications sur mon portable :

Ça dit grosso modo « Tremblement de terre détecté : Laisse-toi tomber, couvre-toi, tiens, protège-toi. » (N’oubliez pas que selon moi, « you » se traduit seulement par « tu ».)
Une demi-heure plus tard, j’ai reçu une notification de RTL :

Ben, j’ai aussi reçu celle-ci :

Je ne sais pas laquelle je trouve plus impressionnante — que l’on a maintenant un système d’alertes assez rapide que ça peut envoyer des textos pendant que le tremblement se déroule, où que les Français avaient déjà les nouvelles une demi-heure après, quand il était déjà 19h là. Comme j’ai dit à mon amie F, j’ai dit au portable, « Oui, je l’avais remarqué ! », mais sincèrement, c’est une réussite technique.
Mais comme d’hab, c’était seulement des Français qui se souciaient de moi après. Je n’attends plus rien de mes connaissances américaines, et ils ont livré à la hauteur de mes attentes. J’aimerais croire que la plupart ont fait le calcul « Vu la distance et la puissance, il a probablement juste vu un livre tomber par terre », ce qui n’est même pas faux. C’est quand même écœurant vu ce qu’ils ont l’énergie pour faire, comme partager des polémiques quotidiennement.
C’est le dîner qui m’a vraiment énervé. Je suis allé chez la Corner Bakery pour une salade et une boisson. Les prix montent en flèche ici depuis le Confinement. Mais j’étais quand même choqué d’entendre plus de 15 $ pour ma commande. J’ai lu le ticket après avoir quitté la caisse et suis revenu tout de suite, mécontent.
« Monsieur, tu m’as facturé pour une grande boisson quand j’en ai commandé une moyenne »
« Nan, t’as dit « large » (grand). »
« J’ai clairement dit « medium » (moyen) »
« Ben, il faudra annuler la commande et entrer tout de zéro. »
« Ça m’arrange très bien, allez. »
Je sais ce que vous pensez : « Justin, tout le monde fait des erreurs parfois. Lisez votre propre blog si vous êtes perplexe quant au sujet. » Mais il y a deux raisons pour lesquelles je ne le crois pas.
La première, c’est que depuis 20 ans déjà, c’est une technique commune pour augmenter les revenus aux restos rapides. J’ai écrit en 2018 une réponse sur Quora en anglais sur ma toute dernière visite à un ancien resto rapide préféré, après laquelle je l’ai boycotté pendant une décennie. Bref, j’ai commandé un burrito et une boisson de taille moyenne, et le caissier m’a répété une commande d’un burrito « enchilado style » (2 $ plus cher pour un burrito autrement de 8 $) avec une grande boisson (50 centimes de plus). J’ai arrêté le caissier et lui ai dit « Dis-donc, c’est très loin de ma commande, et tu le sais. Qu’est-ce qu’il y a ? » Il m’a répondu « Désolé, monsieur, nous sommes désormais obligés d’augmenter toutes les commandes. » Furieux, je lui ai dit, « Va te faire voir chez les grecs ! » Dans ma tête. Ce qui est sorti de ma bouche était plutôt « Puis je suis obligé de ne plus venir ici. »
Ça arrive partout de nos jours, au point où je ne peux plus boycotter les restos qui le font ; sinon, je devrais manger seulement à la maison. Vous n’êtes jamais un « cher client », ici, mais un cible.
Mais l’autre possibilité, c’est qu’il ne parlait pas très bien l’anglais, étant très visiblement originalement de notre voisin au sud. Vous ne trouverez guère des américains de naissance dans de tels postes en Californie. Cependant, « medium » et « large » ne sonnent pas du tout similaires, et il n’a quand même pas hésité à me dire que j’avais dit la mauvaise chose, pas qu’il n’avait pas compris.
Si on fait une erreur dont je suis le bénéficiaire, je la corrige à chaque fois. Mais ça veut dire que j’ai aussi des attentes, à commencer par « Ne m’arnaquez pas ». Honnêtement, je ne sais pas si ce comportement se trouve en France, mais je peux au moins dire qu’il ne m’y est jamais une fois arrivé — et ça malgré l’opportunité de profiter de mon accent pour me prendre pour un con.
J’ai très peu d’attentes si j’arrive à déménager en France. De meilleur fromage, des amis qui se soucieront de moi de temps en temps, et que les inconnus me vouvoieront. Et ça suffira.












