Des mots décevants

L’un de mes loisirs est ramasser des exemples de toutes les conneries en anglais auxquelles j’avais espéré échapper — seulement pour découvrir qu’il est trop tard et elles existent en français maintenant. Il me semble que n’importe quel verbe anglais peut ajouter un « -er », et hop ! Nouveau verbe français ! Alors, quand j’ai vu cette image grâce à mon lecteur Bernard, c’était à la fois une mine d’or et quelque chose de choquant :

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Certains de ces mots sont aussi ridicules en anglais qu’en français, mais ils servent encore à quelque chose. Je vous rassure, « brainstormer » (juste « brainstorm » en anglais) est un cliché que l’on se moque fréquemment. Sinon, ça ne veut pas dire exactement « réfléchir ». C’est où on essaye de créer le plus d’idées possible en un minimum de temps, même si on sait déjà que certaines idées seront folles.

Des autres me rendent triste parce que je suis certain qu’il existe déjà de bons mots en français. « Overbooké » m’a failli fait pleurer, et « je suis fulltime » au lieu de « à temps plein », c’est une abomination ! Et peut-être que « c’est touchy » est le pire — le français ne manque pas du tout pour des mots qui décrivent quelqu’un ou quelque chose de difficile.

Le comédien Sebastian Marx, un new-yorkais qui habite à Paris, a fait une vidéo sur le même sujet (attention aux gros mots) :

Et un autre exemple qui est arrivé dans mes courriels :

ÊTES-VOUS SÉRIEUX ?

« Shopper » au lieu de « faire les magasins » est peut-être logique d’avoir une phrase courte. Mais est-ce vraiment à dire que le pays de Coco Chanel et Christian Dior n’a pas de mot pour signifier « quelques vêtements qui vont ensemble » ?

Mais on trouve cette tendance en dehors des entreprises. Par exemple, sur les sites de tourisme : « made in chez nous », « slow tourisme », « votre week-end slowlife », « booster votre activité » (pas augmenter ?), et plein d’autres. (Je sais que « slow » est bien emprunté pour beaucoup de choses, mais « lente » existe !) C’était plutôt drôle quand j’ai découvert que la Corrèze se moque de cette tendance avec « #zecorreze ». (La langue entre les dents, les amis !)

Il y a d’autres chats à fouetter, bien sûr. Mais j’entends parler que l’Académie française n’est pas trop active en ce moment, et Isabelle Balkany ne peut pas faire ça toute seule !

4 réflexions au sujet de « Des mots décevants »

  1. Bernard Bel

    Ce vocabulaire est omniprésent dans le monde professionnel. C’est un « marqueur » de modernité et de dynamisme, mais surtout d’inculture comme vous l’avez souligné. Sébastien Marx l’a très bien résumé : « de l’anglais de connard » !

    Un jour j’étais à la réunion d’un groupe de travail sur un projet informatique. Nous étions quelques « vieux » (plus de 40 ans) et les autres participants de 25 à 35 ans. Un des « jeunes » qui avait une importante position dans le groupe a commencé à présenter le projet en utilisant systématiquement ce vocabulaire franglais que beaucoup ne comprenaient pas car ils n’étaient pas dans la même branche de l’informatique.

    Avec une collègue « âgée » nous l’avons mis en demeure de s’exprimer totalement en anglais ou de traduire ce charabia. Il était très gêné car en réalité était il aurait été incapable de parler en anglais — contrairement à nous, les vieux ! Après ça on a repris chaque mot de son discours en exigeant une traduction correcte ; de sorte que tous les collègues présents ont vraiment pu participer à l’analyse critique de sa vision du projet.

    Cette mode détestable n’a rien à voir avec ce que les linguistes désignent comme “code switching” : les emprunts à une autre langue que les auditeurs comprennent parfaitement. En Inde, on le pratique beaucoup avec les langues locales qui sont les langues maternelles comprises par l’auditoire ; c’est un moyen de souligner l’enracinement « local », et non « l’universalisme » que croient défendre les connards…

    Cela dit, il est amusant d’utiliser des expressions françaises quand on parle (ou écrit) en anglais académique. Certaines expressions comme « façon de parler » on pénétré le vocabulaire commun. Mais il faut montrer qu’on le fait intentionnellement, comme un exercice de style, et en donner immédiatement la traduction si l’on n’est pas certain d’être compris…

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