L’art de conserver

Grâce au groupe privé de France with Véro, j’ai appris que le truc peut-être le plus américain a été inventé par un français. Oui, la technologie des boîtes de conserve vient d’un ingénieur français, Nicolas Appert. (Vu que les fromages au lait cru n’existent presque nulle part aux États-Unis, peut-être que j’ai tort, et le truc le plus américain est plutôt la pasteurization. Même combat, on dirait.) Je suis ici largement le récit du lien de Wikipédia.

Bouteille de conserve de M. Appert, Photo par Jpbarbier, CC BY-SA 3.0

M. Appert est né à des parents aubergistes en 1749. Après douze ans de service en tant qu’officier de bouche pour deux nobles — un duc allemand, puis sa veuve française — il est devenu confiseur à Paris. Là, il s’intéressait à des méthodes de conserver les aliments pour de nombreuses raisons, dont éviter la gabelle, un impôt royal sur le sel. Son idée, l’appertisation, était de :

mettre dans des récipients rendus étanches à l’air, puis chauffés pour détruire les micro-organismes pathogènes

Bien sûr, étant développé avant les travaux de Louis Pasteur, personne ne savait pourquoi ce procédé marchait si bien. Tout le monde croyait toujours à la théorie de la génération spontanée, selon laquelle si on laisse reposer un aliment, des mouches et des moisissures apparaîtraient sans aide. C’était l’expérience de Pasteur avec la soupe dans la bouteille à col de cygne en 1861 qui allait enfin montrer qu’il y avait des organismes dans l’air tués par l’appertisation ou la pasteurisation.

Dès 1802, M. Appert opérait la première usine au monde pour fabriquer des conserves. Il faisait des tests sur les navires de la marine française, qui étaient des réussîtes, et il a finit par demander au gouvernement un prix pour ses efforts. Mais le gouvernement lui a offert un choix : soit recevoir un brevet soit un prix seulement s’il donne son invention à l’humanité. Comprenant que les brevets étaient inutiles à l’étranger à l’époque, il a judicieusement choisi le dernier. Alors en 1810, il a publié un livre « L’Art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales ».

Malheureusement, comme ce qui arrive à beaucoup d’inventeurs (j’ai 3 brevets ; je sais de quoi je parle), son invention était facile à copier, et des britanniques — n’oubliez pas qu’ils étaient en guerre contre Napoléon à l’époque — ont vite inventé une nouvelle version avec des boîtes en fer-blanc au lieu de verre. Puis il a eu encore plus de chance quand la marine britannique, sous le vice-amiral Nelson, a coulé la grande majorité de ses clients. (Moi, j’étais grand fan de l’amiral Nelson depuis mon enfance, mais c’est facile de retourner la veste si besoin. 😉) Puis les britanniques ont envahi et ont détruit son usine.

Après la fin des Guerres Napoléoniennes, avec l’aide du gouvernement français, il s’est rétabli dans une nouvelle usine à Paris. Là, il faisait des recherches sur « les tablettes de jus de viande et de bouillons de légumes ». Ouais, en plus des boîtes de conserve, il a aussi inventé les cubes de bouillon.

C’est ici où les histoires de notre cuisine et la vôtre séparent vraiment. Les français ont bien réussi à convaincre le monde entier que personne n’utilise pas les boîtes de conserve ni les préparations non plus, que tout est fait maison. Par contre, tout le monde croit également que nous ne mangeons que des trucs en boîte. C’est un mensonge, je dis — en espérant que vous avez tous oublié que la seule recette détaillée pour une « salade » sur ce blog est élaborée complètement des boîtes et d’un sac — de chamallows !

6 réflexions au sujet de « L’art de conserver »

  1. Náriël

    Je te rassure, je pense que 98% des français ignorent qui est Nicolas Appert et ce qu’il a inventé 🙃
    Dans mon souvenir, il me semblait que Appert avait refusé de déposer le brevet c’était par altruisme et qu’il refusait de faire fortune avec son invention. Il est d’ailleurs mort dans la plus grande pauvreté et a été enterré dans une fosse commune.

    Aimé par 1 personne

    Répondre
    1. jeliotb Auteur de l’article

      Oh, absolument. Je n’ai lu que les versions abrégées, mais c’est bien clair que son choix était humanitaire — ce qu’il a reçu en prix n’était même pas assez pour payer ses employés pendant un an entier. C’est juste mis dans le cadre des guerres contre les britanniques — et vu qu’ils allaient quand même ignorer ses droits — il me semblait plus humoristique de considérer qu’il savait qu’un brevet ne vaudrait rien. Il a certainement mérité mieux que ce que lui est arrivé.

      Aimé par 1 personne

      Répondre
      1. Náriël

        Je trouve juste un peu dommage de passer à côté de la personnalité altruiste de Nicolas Appert 🙂
        À y repenser, je ne suis même pas sûre d’avoir entendu parler de l’appertisation pendant mes études ou alors cela a été évoqué tellement rapidement que j’en garde pas de souvenirs 😅
        J’ai habité une rue Nicolas Appert plusieurs année et j’ai toujours l’habitude de me renseigner sur la personne qui a donné son nom à la rue. 😆

        Aimé par 1 personne

  2. Bernard Bel

    Dans ma famille, aussi, manger des « trucs en boîte » voulait dire s’abaisser « au niveau des Américains »… 😉
    Sauf, bien sûr, les sardines qui faisaient partie des denrées alimentaires dont mon père faisait le commerce !
    Aujourd’hui nous avons trahi la morale familiale, achetant même des haricots blancs en conserve (mais « bio »). Ou du lait de coco (comme « les Américains ») !

    Aimé par 1 personne

    Répondre
  3. Ping : Épisode 23 | Un Coup de Foudre

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s