Parlons en japonais

Je l’ai déjà mentionné quelques fois, mais je suis linguiste. C’est pas à dire traducteur professionnel — je travaille entièrement avec l’anglais — mais à l’université, j’ai dû apprendre une langue européenne et une asiatique. J’ai déjà parlé très bien l’espagnol, mais pendant deux ans, j’ai suivi des cours de japonais. En attendant le départ d’un invité non invité pour faire mon dîner marnais, je vais mettre la table pour quelque chose la semaine prochaine en vous parlant de mes expériences japonaises

Voici le t-shirt d’un camp d’été auquel j’ai assisté pour commencer à apprendre. Ne vous inquiétez pas, je traduirai tout :

Le titre dit « Top 10 de raisons pour étudier le japonais ». Ce qui suit est un bon exemple de ce que l’on appelle le « Japanglish », le franglais de l’Est.

Numéro 10 dit « Benkyō shitakunai » — « Je ne veux pas étudier ». Il n’y a pas de sujet — en japonais, il n’y a pas de personne pour les conjugaisons, seulement le temps. S’il n’y a pas de sujet, on parle de soi-même. Sinon, on dirait « (Nom) wa » pour indiquer qui fait le verbe.

Numéro 9 : « Final Fantasy ga dekiru » — « Être capable de jouer à Final Fantasy ». Le nom du jeu est écrit en katakana, un alphabète que l’on utilise grosso modo pour les mots empruntés aux langues étrangères.

Numéro 8 : « Nihonjin no kanojo ga dekiru » — « Être capable d’avoir une copine japonaise ». Aux États-Unis, tout le monde croit que c’est la seule et unique raison pour laquelle un homme étudie le japonais. Je dirais deux choses : 1) Ce cours est arrivé 3 ans après le lycée, où j’ai demandé de sortir deux fois avec la mémé japonaise sans succès. C’était donc trop tard. 2) Vu qu’il y a presque 2 fois plus de japonais que de français (124 M versus 68 M), si c’est vrai, je suis bien incapable de compter.

Numéro 7 : « Tako to tako no chigai wakaru ». Voici un exemple de la différence entre l’alphabète hiragana et le katakana. Le mot natif « tako » veut dire soit une pieuvre soit du poulpe ; l’autre est l’aliment mexicain. C’est-à-dire « J’oublie la différence entre du poulpe et un taco ». Ça vient de la fois où j’ai mis des sushis, dont de poulpe, dans le frigo, ils ont un peu gelés, et j’ai essayé de régler la situation avec un micro-ondes. N’y mettez jamais du poulpe. Il deviendra extrêmement chaud.

Numéro 6 : « Arubaito o shitakunai », ou « Je ne veux pas travailler ». Arubaito est un emprunt à l’allemand, le mot pour un boulot étant arbeit.

Numéro 5 : « Kurejito ga iru », c’est-à-dire « Avoir du crédit pour le cours ».

Numéro 4 : « Mada paati o shinaide kudasai », une traduction littérale d’une expression en anglais, « Don’t party just yet » (« Faites pas toujours la fête »). Ça vient du jeu vidéo Lylat Wars, où il est dit par ce personnage (la première chose dans la vidéo). Mes copains de classe et moi, nous jouions à ce jeu tous les jours. Encore une fois, « paati » est en katakana, au lieu d’utiliser un mot natif. Je ne sais même pas quel est le mot natif en japonais — c’est exactement comme week-end versus fin de semaine en français.

Numéro 3 : « Wakarimasen ». Ça veut dire « j’ai oublié ».

Numéro 2 : « Eigo no nyusuretaa o kaku no wa jikan mudadzukai » — « Perdre du temps en écrivant un bulletin en anglais ». En tant qu’élèves, nous étions obligés d’écrire un bulletin pour le camp (où on pouvait apprendre plusieurs langues).

Numéro 1 : « So that you can read this t-shirt! » — Ça veut dire « Pour que vous puissiez lire ce t-shirt ! ».

Peut-être que ça vous surprendra, mais je suis également « Justin » en japonais qu’en français. En tant qu’élève d’espagnol, j’ai dû prendre un nom espagnol — je réponds toujours à Diego. Mais en japonais, je suis ジャスティン. On écrirait ça en anglais comme Jyasutein, mais en fait, ils le prononce d’une façon plus proche à l’anglais que vous. (Vu que la prononciation en anglais fait partie de nombreuses blagues nulles, c’est pas une plainte sur la VF.)

Dans la tête, il me reste des traces de cette histoire. En fait, je n’appelle pas ma propre langue « English » dans mes pensées ; elle est « eigo ». Quand je trouve quelque chose d’intéressant, je me dis sous mon souffle « Omoshiroi, ne ? » (Ne chez les japonais marche plus ou moins comme n’est-ce pas.) Si je fais une grosse erreur, je me dis « Yoku dekimashita ! » (Bien fait !).

Malgré tout ça, je n’ai jamais essayé de m’intégrer dans cette société-là de même façon qu’ici. En partie, c’était trop tôt pour écrire un blog comme celui-ci — j’aurais dû écrire tous les logiciels moi-même. Mais aussi, si on n’est pas japonais soi-même, c’est presque impossible. On reste le gaijin (étranger) quoi que l’on fasse. Je ne trouve ce problème nulle part en français, et on parlera plus de pourquoi.

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