Peur de la bise

Je m’attendais à écrire cet article pour la Saint-Valentin. Mais hier, Anne-Élisabeth Moutet a écrit une colonne pour The Telegraph of London, intitulée « Even the French have realised the kissing has gone too far » (Même les Français se sont rendus compte que la bise est allée trop loin). Je suis tellement surpris de le voir, parce que c’est quelque chose que j’aurais attendu de… comment dire ça… moi, pas elle.

Le baiser par Gustav Klimt, Photo par Google Art Project, Domaine public

J’essaye parfois de cautionner mes amis européens que mes plaintes sur mon pays ne sont pas les leurs. J’ai pas de problème quant au fait que j’achète de l’assurance médical, que le gouvernement ne le paye pas sauf pour les âgées et les pauvres. Nos impôts sont plus bas. Ce sont deux façons de réussir le même but — faire se plaindre à tout le monde — mais l’assurance n’est pas mon sujet. C’est juste pour vous rappeler que certaines choses ne vont pas du tout de même façon partout, et ce à quoi nous nous sommes habitués est parfois très différent.

Commençons avec la thèse de Mme Moutet, qu’un bienfait inattendu du virus était l’arrêt soudain de la bise. Ici, nous sommes en fait un peu d’accord, mais pas pour les mêmes raisons. Elle écrit (et c’est dingue que je vais la traduire ; les fautes sont les miennes) :

I hate la bise. I hate the fact that in normal times it is essentially compulsory, even to people spectacularly unattractive, with dubious personal hygiene, or whom you loathe.

Je déteste la bise. Je déteste le fait qu’en temps normal, il est essentiellement obligatoire même avec des gens qui sont incroyablement peu attirants, qui ont de l’hygiène personnelle douteuse, ou qui vous détestez.

Anne-Élisabeth Moutet, The Telegraph

Au fait, je dois vous dire que son style en anglais est spectaculaire, fluide comme très peu de monde. Si ce n’est pas évident ici, c’est seulement à moi.

De toute façon, elle a évidemment raison à un certain point avec toutes ces plaintes. C’est quand même le choix de la société française de le faire au lieu du coutume anglophone de se serrer les mains au travail ou faire des câlins en famille. Mais pas tout le monde sera également à l’aise avec ça.

Mais pour moi, en 2021, venant d’une société où demander un rendez-vous deux fois à la même personne est souvent une infraction qui risque de se faire virer, c’était tout autre chose. J’étais ravi que la bise ne m’arriverait pas cette année-là. La dernière fois où j’ai embrassé quelqu’un qui n’était pas lié à moi par sang, de n’importe quelle façon, ça fait plus longtemps que l’âge de ma fille. Mettre fin à cette durée avec soit un homme soit une femme mariée, même si pas de façon romantique… veuillez m’excuser si je vous offense, mais ça me dérange, que ce soient des mœurs culturelles ou pas.

L’idée d’aller à l’étranger et rendre visite à des amis, ça m’a plu. L’idée de faire un câlin, toujours avec des amis, c’est toujours pas un problème. Mais ce genre de contact chez moi, c’était du harcèlement même avant MeToo. C’est ici où je compatis moins avec les plaintes de Mme Moutet. Bien sûr, c’est toujours dégoûtant d’être aussi proche de quelqu’un avec de mauvaise haleine. Pourtant, au moins en théorie, j’aime l’idée d’une société où on n’est pas obligé de se faire passer pour un moine de peur qu’on vous prenne pour un harceleur.

Cependant, je n’y arrive pas. Personne n’est jamais obligée de dire oui à un rendez-vous ; je l’assume. Et c’est pas la culture française qui promeut l’idée que même le moindre contact par hasard est du harcèlement ; c’est notre bêtise. Mais les habitudes mentales durcissent après assez de temps. Si on n’est pas lié de façon romantique, veuillez ne pas m’embrasser. C’est pas vous, c’est moi.

6 réflexions au sujet de « Peur de la bise »

      1. Agatheb2k

        Bien sûr que je n’aime pas le virus, il a simplement mis fin à cette « obligation » d’embrasser de simples connaissances chaque fois que tu les croises dans la rue alors qu’un sourire et une simple inclinaison de tête suffisent grandement. Pour qui envisageait à l’époque de se refaire une vie à deux, il est sûr que cela a été bien plus compliqué à gérer, est-ce que le risque était plus fort que le besoin d’un rapprochement ? Mystère ! 😉

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  1. celadon7

    Depuis covid 19 adieux bisous fait par les filles au foot – ball (soccer) féminin , un coucou de loin c’est très bien .revenus avant le temps de la consommation jamais mes parents nous bisouillaient ni les grands parents sauf peut être au temps du berceau mes joues roses d’alors ne s’en souviennent pas .

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  2. Bernard Bel

    Entièrement d’accord avec Justin. Je trouve encore plus choquant d’obliger un enfant à « aller faire la bise au monsieur », habitude qui sent la pédophilie à plein nez.
    Quant à l’utilité de la bise pour se rapprocher « romantiquement » d’une personne, je crois aussi qu’elle est nulle… La conversation et l’échange de regards, l’attention portée à l’autre sont bien plus importants !

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