Ça fait belle lurette sans une histoire de la Seconde Guerre mondiale ici, mais je viens d’entendre parler d’exactement le genre d’histoire que j’aime, alors c’est notre sujet du jour.
Vous avez probablement entendu parler de Hiro Onoda, souvent cru le dernier soldat japonais restant après la guerre, ayant refusé de se rendre jusqu’en 1974. En fait, et je ne le savais pas jusqu’au moment de faire ces recherches, il était le deuxième dernier — mais le dernier de nationalité japonaise. Le vrai dernier était Teruo Nakamura, trouvé en Indonésie plus tard qu’Onoda, aussi en 1974 — mais il n’a pas reçu le même accueil au Japon car il était en fait un aborigène taïwanais. (C’est pour des raisons pareilles que j’ai compris que je n’avais pas d’avenir au Japon.) Mais la question se pose : qui était son homologue allemand, le dernier à se rendre ? Et il s’avère que c’est une histoire bien américaine.
Georg Gärtner était un soldat dans le Deutsches Afrikakorps sous Erwin Rommel. Je ne dirais jamais qu’il y avait un Nazi à admirer, sauf peut-être von Stauffenberg, mais Rommel était un soldat, pas un criminel. Il était aussi l’inspiration de l’une des meilleures répliques du ciné américain quand le général Patton, dans le film qui porte son nom, cri : « Rommel, espèce de salaud magnifique, j’ai lu ton livre ! » En réalité, le général Patton ne l’a jamais dit, mais c’est le genre de chose qu’il aurait dit. De toute façon, cet article n’est sur ni Patton ni Rommel, mais je veux mettre l’accent sur le fait qu’un soldat qui servait sous Rommel n’était presque certainement pas un criminel de guerre.

Alors, M. Gärtner. Né en Basse-Silésie, le territoire qui passait anciennement entre l’Allemagne et la Pologne, à ses 19 ans en 1940, il a rejoint l’armée et a servi sous Rommel en Tunisie. Mais en 1943, il a été capturé par les britanniques — alors naturellement, il a fini comme prisonnière aux États-Unis jusqu’à la fin de la SGM.
Mais en 1945, il s’est rendu compte qu’il allait être renvoyé en Basse-Silésie. Et ça ne pourrait avoir que deux résultats catastrophiques : soit elle restait allemand, alors il serait à nouveau en Allemagne, soit c’est devenu communiste, et ça, c’était presque aussi nul.
Ils s’est donc échappé de son camp au Nouveau-Mexique pour jouer à La Vache et le Prisonnier. Mais dans ce film-là, en sautant entre les trains, Fernandel s’est renvoyé en Allemagne. M. Gärtner était chanceux d’une façon — aucun train n’allait vers un camp allemand — mais il avait quand même oublié qu’il y avait quelque chose de pire que la Pologne ou bien l’Allemagne :
La Californie.
C’est comme ça que M. Georg Gärtner s’est trouvé en Californie sans papiers en 1945. Heureusement pour lui, c’était le début de la longue affaire amoureuse entre le gouvernement et les sans-papiers, alors sous son nouveau nom en anglais de Kevin — non, je plaisante, il était soldat allemand, pas con — son nouveau nom de Dennis Whiles, il pouvait aider le regretté président Franklin Roosevelt dans sa quête de réussir où Hitler avait échoué : faire faillite les États-Unis. Oui, notre Dennis tout neuf a reçu une carte de Sécurité sociale. (Ça videra les coffres d’ici 2033 — lien en anglais.) Il a inventé une nouvelle histoire où il avait grandi dans un orphelinat, et si vous connaissiez bien le Midwest, surtout les états de Minnesota et de Wisconsin, un accent un peu allemand serait même logique à vos oreilles.
« Dennis Whiles » a épousé une américaine — pauvre con — en 1964, Jean Clarke (ici, c’est un prénom féminin, calmez-vous). Complètement par hasard, c’était la même année où l’armée avait abandonné sa recherche pour le trouver. Mais le FBI continuait de le considérer « Most Wanted », ce qui voulait dire que des affiches avec sa photo (de 1945) étaient dans tous les bureaux de poste du pays !
Après des années comme ouvrier du bâtiment et moniteur de ski en Californie du Nord, Dennis a déménagé à Hawaï avec Jean. Mais était mécontente car il ne voulait pas demander un passeport et elle voulait voyager. En 1984, elle était sur le point de demander un divorce, et Dennis lui a enfin dit la vérité. Les deux ont contacté un historien, Arnold Krammer, qui a écrit un livre avec Dennis/Georg, Le dernier soldat d’Hitler en Amérique. Au courant enfin de sa présence, mais considérant qu’il n’était pas dangereux, le gouvernement a décidé de laisser tout tomber et lui donner sa carte verte. Cependant, pour le spectacle, il « s’est rendu » officiellement sur le plateau du JT « The Today Show », toujours diffusé tous les matins. M. Whiles est décédé en 2013 dans le Colorado.
Contraint de vivre aux États-Unis sans voyager à l’étranger pendant plus d’une décennie, ça me rappelle quelqu’un… ([Je le savais, Justin est un soldat nazi ! — Mon ex])
