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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

La coda décevante

Mise à jour, 26/10/25 : On a retrouvé Alarmo, alors la moitié de ce billet ne s’applique plus. Mais le reste, oui.

Le « denouement » (un mot anglais qui veut dire « dénouement » en français, mais n’a pas d’accent) du déménagement sera long et contient déjà de mauvaises surprises. Ça comprend une telle qui aura des conséquences pour ce blog.

Je ne me souviens pas de si je l’ai mentionné, mais j’enregistre la balado le dimanche sur mon estomac, allongé sur le sol. La raison pour ça est technique, car je vous rassure, parler longtemps pendant que quelque chose de dur appuie sur vos poumons et votre ventre est inconfortable à souhait. Mais si vous écoutez n’importe quel épisode enregistré depuis début 2023, vous remarquerez qu’ils ont tous quelque chose en commun : l’absence totale d’échos. Avec un sol recouvert de moquette, rien ne marche mieux pour absorber le son. Ça ne coûte rien alors que faire pareil sur mon bureau me coûterait 500 ou 600 $.

Pourquoi est-ce que je mentionne tout ça en ce moment ? Devinez où se trouvait mon microphone miraculeux, celui qui ne m’a coûté que 5 $, le meilleur achat de ma vie ? Ouaip. Sur le sol. Hier matin, je me suis rendu compte que je n’ai pas eu de souvenir de l’avoir emballé. Ou de le porter à la main. J’ai fait un appel au bureau de mon ancien immeuble pour demander s’ils l’avaient trouvé. « Ô non, en fait l’équipe n’a rien trouvé chez vous, monsieur ». (À noter : selon moi, le « you » anglais se traduit uniquement par « tu ». Qu’est-ce que je veux dire ici ?)

Le microphone disparu

En fait, si l’équipe n’a « rien » trouvé, on est un gros menteur, que ce soit les ouvriers soit la dame dans le bureau. J’étais pressé de quitter l’appartement à la fin, et je savais que j’avais laissé la ventouse des toilettes, des bouteilles de lessive, de nombreux cintres et — puisque je ne pouvais plus plier les genoux — des bouteilles de sauce barbecue dans le placard de la cuisine. Je suis 100 % certain que le microphone faisait partie de ces choses laissées derrière moi. Que l’on considère que la majorité de ces objets sont sans valeur, je peux l’accepter. Que l’on me dise qu’il n’y avait rien, pas du tout.

Je ne sais pas ce que je ferai pour la balado. Je n’en aurai pas un autre pour ce prix. Je ne veux pas mettre un terme à cette activité juste à cause de ma propre stupidité — ni la malhonnêteté d’autres personnes — mais c’est une déception grave.

Malheureusement, le microphone n’est pas le seul disparu de l’affaire. L’année dernière, La Fille a reçu le réveil Nintendo, Alarmo, en cadeau de Noël de mes parents. Elle l’adore. C’était sur son commode jusqu’à la veille de l’arrivée des déménageurs, à côté d’une lampe en forme de Tour Eiffel, de trophées de karaté, et de quelques photos. Nous avons tout — sauf Alarmo. J’ai vérifié tous les cartons hier soir, et je suis bien satisfait qu’il n’est pas avec nous. Je ne peux rien prouver. Mais je ne vais pas laisser un avis positif sur les déménageurs sur Yelp comme prévu.

Sincèrement, dans les deux cas, je n’ai rien vu. Mais le bureau de mon ancien immeuble a fait preuve de sa malhonnêteté à de nombreuses reprises au passé, et ce que ces deux choses ont en commun, c’est qu’elles ont de valeur pour les autres, pas seulement pour nous. Je sais que l’on peut toujours me faire confiance à rendre les choses qui ne sont pas à moi, mais ce n’est pas une qualité courante.

L’histoire de Bill

On me dit parfois que ce blog est, comme La Compagnie Créole, bon pour le moral. Alors, après une semaine de plaintes sur le déménagement, j’aimerais partager une coda pour tout ça, quelque chose de bien venant d’une source complètement inattendue.

Je ne m’attends pas à ce que vous reconnaissiez le personnage dans cette photo :

C'est Bill Cipher, dit Bill Crypto en français, dessiné par moi. Il est en forme de pyramide tirée du billet de 1 $ américain, qui a aussi un œil ouvert, un symbole franc-maçon. Où les briques de la pyramide du billet sont verdâtres, Bill est d'un jaune particulièrement vive, à ne pas comme l'or, car pas métallique. Pas comme le billet, il porte un nœud-papillon noir et un haut-de-forme.

Bill Cipher est le méchant de la dernière bonne série de dessins animé venant de chez Disney, Gravity Falls. En français il s’appelle Bill Crypto, et l’émission, dite pour des raisons mystérieuses « Souvenirs de Gravity Falls ». Honnêtement, je ne comprends pas ce qui ajoutent les mots « Souvenirs de », vu que le nom est autrement préservé. Les traductions françaises ratent les jeux de mots de génie derrière ces noms — tout Gravity Falls était comme ça, avec de nombreuses couches de signification. Parlons-en brièvement.

Voici le revers du billet d’un dollar, le grand sceau des États-Unis :

Revers du dollar, Photo par le Gouvernement des États-Unis, Domaine public

Vous remarquerez tout de suite que Bill Cipher est rien d’autre que l’œil au-dessus de la pyramide, avec un haut-de-forme et un nœud-papillon. Et qu’est-ce que l’on appelle ce billet en anglais ? Un « dollar bill« .

Mais d’où « Cipher » ? En français, le bon mot est chiffre, comme dans « écrire en chiffre » ou « chiffrer ». Bill parle par énigmes, et il y a de nombreux messages chiffrés au fil de la série. (C’est une série qui gagne à être vu très, très attentivement.) L’important, c’est que Bill est un démon qui cherche à rendre le monde entier aussi bizarre que lui, dans un événement qu’il appelle « Weirdmageddon » (mot valise de « weird », bizarre, et Armageddon).

Quant au nom de la série, Gravity Falls, c’est un calembour entre « la gravité tombe », une traduction littérale, et le fait que beaucoup d’endroits avec des cascades s’appellent « <qqch> Falls » en anglais : Niagara Falls, Klamath Falls, Dunn’s River Falls (liens en français). (Naturellement, nous avons aussi une rivière Deschutes.) J’ai abordé une partie de ça en 2022, pour faire l’enquête sur la traduction d’une chanson que Bill chante dans l’épisode final.

J’ai besoin de toutes ces explications afin de vous expliquer enfin l’origine de ce Bill dessiné à la main (et aussi parce que Gravity Falls est l’un de mes sujets préférés). C’est moi qui l’a dessiné, en 2016, quand La Fille n’avait que 6 ans. Nous avons découvert la série juste à temps pour voir la finale, et après, nous sommes devenus des élèves passionnés des mystères de cette série.

Alors, pour faire une farce à La Fille, j’ai dessiné Bill et je l’ai collé au mur de sa chambre, afin qu’elle se réveille et le voie veiller sur elle. Elle a trouvé ça hilarant. Le lendemain, je me suis réveillé et j’ai découvert que Bill avait voyagé dans ma chambre et me regardait. Au cours des mois suivants, Bill s’est déplacé d’une chambre à l’autre encore et encore la nuit, jusqu’au moment où La Fille a annoncé qu’il voulait rester désormais avec moi.

Quand le déménagement a commencé, La Fille m’a dit qu’elle voulait que Bill vienne avec nous. Mais la dernière journée, j’ai oublié de le retirer du mur.

Alors, je suis revenu au bureau de location de l’immeuble à 10h, le moment de son ouverture. Il s’est avéré qu’une équipe de construction avait déjà commencé à tout retirer de l’appartement — quand je l’ai vu, la moquette, le four et le frigo avaient tous disparu. Mais heureusement, le contremaître de l’équipe m’a dit : « Ah oui, je connais ce dessin. Quand je l’ai vu ce matin, j’ai dit aux ouvriers de ne pas le jeter, car il me semblait important. »

Avec reconnaissance, j’ai retiré Bill du mur, l’ai emmené au nouvel appartement et — la chance ! — le ruban restait assez collant pour le coller au mur de ma chambre sans devoir le remplacer. La tradition continuera et Bill me veillera grâce au geste de bonne volonté de quelqu’un qui ne me connaissait pas du tout.

Ce qui ne me manquera pas

Je sais, vous êtes tous presque aussi épuisés par mon déménagement que mes genoux. Je me tairai sur le sujet bientôt. Alors, commençons avec le dîner que j’ai mangé pour fêter la fin de l’affaire, plutôt que mon vrai sujet.

Lazy Dog (Chien paresseux) est une petite chaîne de la Californie du Sud, avec un menu typiquement américain — des burgers, des salades, des pâtes — mais de bonne qualité et avec des prix seulement un peu fous vu l’inflation californienne. Voici mon cheeseburger et frites :

Photo de hamburger : à gauche, la moitié du pain est recouvert de laitue, d'une tranche de tomate, et d'un cornichon. À droite, l'autre moitié du pain contient la galette de viande ainsi que du fromage cheddar bien jaune. Il y des frites en haut.

C’est sert ouvert afin de ne pas gâcher les légumes avec la chaleur avant son arrivée à la table. J’apprécie ce détail, ainsi que le fait que le fromage est du vrai cheddar et non le truc mi-huile végétale dit « American cheese » que l’on trouve chez McDo. La viande est d’une qualité assez haute qu’ils le serviront mi-saignante comme je l’aime, ce que la grande majorité de restos refusent de faire. 15 $ est un peu cher pour ce burger — c’était 10 $ aussi récemment qu’en 2020 — mais c’est ça la vie californienne.

Pour finir, j’ai commandé des cookies. Ils sont servis 4 à la fois — trois restent dans une boîte dans mon frigo. Je voulais juste avoir quelque chose en dessert.

Des cookies avec des pépites de chocolat au lait et de chocolat blanc, ainsi que des bretzels durs (ce qui les rendent plus salés ainsi que croustillants).

Alors, passons à mes plaintes. Je veux vous faire savoir d’abord que je suis si sympa, je n’ai pas écrit la lettre dans ma tête que j’allais laisser sur la porte de mon voisin à l’étage, une lettre qui a commencé (dans ma tête) par : « Vous êtes le pire voisin que j’ai eu pendant 15 ans ici » et terminé par : « Comptez-vous chanceux que je ne me suis jamais une fois plaint à la gestion de votre habitude de passer l’aspirateur à 22h30, 4 ou 5 fois par semaine. Votre prochain voisin ne sera pas aussi indulgent. » Mais oui, il ne me manquera pas.

Pour autant que je plains de l’escalier cette semaine et mes pauvres genoux, les ascenseurs ne me manqueront pas, surtout à cause du comportement scandaleux de mes voisins. L’ascenseur le plus proche de mon appartement était souvent en panne, car la gestion ne dépensait jamais l’argent pour le régler vraiment. Cependant, ce n’était pas la pire chose. J’ai pris une photo pour l’expliquer :

Trois rangs de boutons : 3 en haut, deux au centre, un en bas.

« Mais Justin », me dites-vous, « je ne vois que six boutons ici. Fermer et ouvrir comme d’hab, l’alarme, le contrôle pour les incendies, le téléphone au cas où l’ascenseur serait coincé…et c’est quoi cette saloperie qui dit « DH » ? » Ravi de répondre à votre question ! DH est de la magie noire, une espèce de magie si diabolique que seulement un mauvais type comme moi oserait la tenter, même pas les Voldemort du monde.

DH est de l’anglais pour « door hold », garder la porte ouverte. Alors que le bouton d’ouverture maintiendra la porte ouverte tant que l’on l’appuie, DH la maintiendra ouverte pendant 20 secondes sans toucher plus au bouton. Comme je vous ai dit, de la magie. Personne, et je veux dire personne, n’a jamais appuyé sur ce bouton sauf moi pendant toutes mes années là-bas. Est-ce qu’un voisin s’approche mais a besoin de 5 ou 10 secondes pour atteindre la porte ? Il faut é-cra-ser le bouton de fermeture ! Est-ce que le voisin apporte des sacs dans les bras et a besoin de plus d’espace ? Il faut s’enfoncer dans la porte pour la maintenir ouverte en bloquant l’accès. Vraiment, pourquoi tout le monde ne sait pas utiliser ce bouton m’échappe.

Et la dernière chose qui ne me manquera pas ? Voici l’état de la moquette chez moi au moment de le quitter définitivement :

Photo du bord de la moquette. Il y a une barre en métal à laquelle la moquette est censée tenir. Cependant, elle s'est arrachée de la barre. En plus, c'est bien sale, pas surprenant sans remplacement pendant 15 ans.

Elle rétrécit et est sale. Mais c’est typique du niveau d’entretien de l’immeuble ces dernières années. Il y avait un filtre pour la climatisation, censé être remplacé tous les 3 mois, mais qu’ils ne remplaçaient qu’une fois par année — jusqu’au Covid. La dernière fois où ils l’on remplacé ? Août 2019. Et la dernière fois où la machine à glaçons dans mon frigo a fonctionné ? Pareil. Quand je l’ai mentionné à la gestion, ils ont remplacé mon frigo — par un autre avec une machine à glaçons en panne. Il faut avoir des couilles en laiton, comme on dit en anglais, pour facturer de si hauts loyers pour ce niveau de « service ».

C’est dommage. J’ai été content là pendant les 10 premières années. Au moins, aussi content que possible vu que je voulais quitter Elbe-en-Irvine plus que tout. Mais ce n’était pas à cause de l’immeuble. Je ne voulais pas déménager quand si peu de temps me restait avant de quitter la Californie. Cependant, surtout avec la dernière augmentation du loyer, il était plus que temps.

Ne changez jamais, les enfants

J’ai eu UN JOUR hier, comme on dit en anglais (avec un assez fort accent, ça veut dire que les choses tombent mal). Alors je ne savais pas ce que j’allais écrire, mais pas de chance que je laisserai la gérante de mon ancien immeuble mettre un terme à la séquence de jours de suite (1 210 hier). Heureusement, La Fille est arrivée au tout dernier moment pour résoudre le problème.

Si vous connaissez des enfants de 5 ou 6 ans, vous savez qu’ils ont tous une habitude charmante. À l’école, la prof dit : « N’oubliez pas, petite Taylor-Beyoncé, demain c’est votre tour d’apporter le goûter/de présenter votre livre préféré/de faire une autre tâche avec l’aide de vos parents. » Alors votre petit bout de chou le mentionne quand ? En rentrant de l’école, quand tous les magasins sont toujours ouverts ? Pendant le dîner, quand on peut au moins se débrouiller avec ce que l’on a sous la main ? Nan, ils attendent tous jusqu’au moment du coucher pour mentionner que c’est en fait vous qui a une nouvelle responsabilité et pas de ressources. Dans les pires cas, ils attendent le matin.

On aimerait croire que les enfants mûrissent en grandissant. On aurait tort. À 22h, bien après s’être couchée, elle a frappé à la porte de ma chambre pour me dire : « Alors, Papa, il faut que nous soyons au lycée une heure plus tôt demain, pour les photos des clubs. » Ah super, je n’étais pas du tout épuisé, et ne comptais certainement pas dormir un peu !

Mal au tout

Quoi qu’il en soit, ça fait mal. Quelques statistiques après le grand déménagement. D’abord, 19 584 pas hier, une petite hausse sur les jours précédents :

Graphique qui montre une semaine de pas : 6 jours plus tôt, il n'y avait que 3 400.

Ça veut dire 12,3 km parcourus, deux fois la veille :

Graphique d'une semaine de distances ; il y a 6 jours, ça ne faisait qu'un km

Et le plus important, 34 étages montés, 3 jours après les 35 :

Graphique d'une semaine d'étages montés ; il y a 6 jours, c'était ZÉRO !

Tout ça, c’est-à-dire, s’il peut plier — les genoux, les coudes — j’y ai mal. S’il y a une articulation, le membre veut se détacher.

Et génie que je suis, mes oreillers ont disparu. Heureusement, cette nuit ne durera pas trop longtemps — car j’ai une poignée de tâches à faire avant de rendre les clés de mon ancien appartement.

Ça donne une idée pour un nouveau nom. Peut-être que c’est une sorte de Bretagne diabolique, Saint-Mal-Au.

La bonne nouvelle, et je dois mettre l’accent sur son caractère singulier, c’est que j’ai économisé plus de 400 $ par rapport à l’estimation originale. C’est ce qui arrive quand on fait beaucoup du travail soi-même. Voici une photo des parties que je ne pouvais pas faire pour moi-même :

Photo d'une douzaine de cartons en train de descendre d'un camion

Plus tard aujourd’hui, La Fille et moi allons fêter la fin de tout ça en dînant dans un nouveau resto de sushis, grâce aux économies. Je m’intéresserai à la question de si je pourrai marcher assez pour le visiter. Vraiment, la seule autre fois de ma vie comme hier, c’était la fin de ma première visite en France, où j’ai marché la distance de deux marathons en six jours ! Au moins cette fois-là, c’était pour la France !

Presque prêt

Plus tard aujourd’hui, c’est le grand déménagement. Nous avons travaillé presque sans cesse depuis vendredi pour préparer.

Camion « Déménagements René Faber » à Saint-Sauveur-en-Puisaye, Photo par Marc Dubois, CC BY 2.0

L’une des raisons pour « presque » était grave. Dimanche était plus chaud que les autres jours, et je me sentais plus fatigué, alors j’ai essayé de faire une sieste d’une demi-heure. À la fin, je ne pouvais pas bouger. J’ai pris du sang pour mesurer mon taux de glycémie, et c’était la catastrophe :

Capture d'écran : 49 mg/dL

Naturellement, parce que c’était ce genre de journée, un ami qui ne sait rien sur la diabète m’a félicité pour ce chiffre. Mais je n’ai, jamais une fois de la vie, mesuré un si bas taux. Il faisait 4 heures depuis le déjeuner, mais c’était une quesadilla — d’habitude, les tortillas montent le taux en flèche ! J’ai mangé 3 pots de yaourt après ça, et tout est bien allé. Au moins, jusqu’à la tragédie.

J’ai 5 haut-parleurs dans mon stéréo. Les deux en arrière sont munis sur des pieds. Ils n’ont pas bougé en 13 ans, et j’avais oublié qu’ils étaient vissés aux pieds des enceintes. J’essayais d’en enlever un sans succès, j’ai demandé à La Fille, qui était à l’autre côté : « Peux-tu voir s’il y a des vis ? » et tout à coup, le haut-parleur s’est arraché du pied. Le fond est gravement endommagé. Le truc jouera toujours, mais je ne sais pas s’il sera possible de l’attacher au pied comme avant.

Je ne veux pas blâmer La Fille, mais elle n’a pas du tout répondu et je ne comprends pas du tout pourquoi. C’est un bon exemple, malheureusement, de pourquoi j’aurais aimé avoir un autre adulte à la maison. Ma fille se croit bien capable et l’est souvent, mais elle ne sait pas ce qu’elle ne sait pas, si vous me suivez.

Je ne vais pas partager des photos du fond du haut-parleur. Le son, c’est mon plus grand loisir depuis le lycée, et j’étais toujours très fier de la bonne condition de mes équipements. Ce qui s’est passé est une horreur, et j’ai honte. Pas besoin de me demander quand je m’en pardonnerai. Le 32 de jamais.

Cependant, il faut avouer que beaucoup d’autres choses sont bien allées. Nous avons déplacé une vingtaine de cartons de plus, et c’est une vraie économie.

De toute façon, les déménageurs seront chez moi entre 8 et 10h. Je vais avoir des trucs sucrés ici pour le matin et ne pas vérifier le taux de glycémie jusqu’au soir. C’est important. Demain, je vous écrirai du nouvel appartement, et j’espère que d’ici là, j’aurai choisi le bon nom français pour cet endroit.

Question bête

Comme vous pouvez imaginer, je suis bien stressé avant le grand déménagement lundi. Je peux au moins dire que la chambre de La Fille est complètement vidée, sauf pour le lit et les autres meubles dont les déménageurs s’occuperont. Alors je n’ai pas préparé grand-chose. Mais, j’ai vu quelque chose de français dans un supermarché ici, et l’étiquette m’a fait demander quelque chose. Je vous poserai donc la question, après un peu d’exposition.

Il s’agit d’un vin rosé, nommé Avaline. Voici des bouteilles :

Ce produit est apparemment un « Vin de France », ce qui veut dire que les raisins ont été cultivés en France, et le vin y a été embouteillé en plus. Mais aucun garanti de cépage, de terroir ou d’autre chose. Comme j’ai écrit en 2021 (le lien ci-dessus), 74 % de la production est exportée : les vins labellisés « Vin de France » n’y sont pas bus.

Il s’avère que la marque appartient à l’actrice américaine Cameron Diaz (lien en anglais). Le site web répète encore et encore le mot « clean » (propre), ce qui m’offense gravement. Il y a du marketing, puis du marketing, mais tout produit vendu dans les supermarchés ici doit conformer aux règles de la loi « Pure Food and Drug Act » de 1906. Wikipédia en français explique exactement mon problème :

l’objectif est notamment : « empêcher la production, la vente et le transport de nourriture, de marchandises ou alcools dénaturés ou portant un étiquetage mensonger »

Wikipédia

C’est illégal de vendre un produit qui n’est pas « propre » : le processus d’inspection change selon le genre de produit — ce que l’on fait pour des steaks n’a rien à voir avec ce que l’on fait pour les vins — mais se dire « propre » suggère quelque chose sur la concurrence qui serait illégal si c’était vrai.

Mais ce n’est pas ma question bête. L’étiquette promet aussi que ce vin est « vegan friendly », littéralement « amical envers les véganes ». « Friendly » est un mot équivoque dans le marketing anglophone qui veut dire « nous voulons le crédit pour appartenir à une catégorie, mais ne faisons pas d’effort pour gagner les bonnes certifications ». Alors un produit sans gluten qui se dit « gluten-free » a passé des inspections qui garantissent qu’il n’y a pas de gluten ; un produit « gluten-friendly » ne garantit rien, mais ne contient probablement pas de la farine de blé dans sa liste d’ingrédients. Et c’est de là que vient ma question bête.

Je ne suis pas expert en vinification, mais le vin est végane grosso modo par définition, n’est-ce pas ? Il y a des raisins, de la levure, peut-être des sulfites pour le préserver — mais existe-t-il des vins fabriqués avec de la viande ou des produits laitiers ?

J’avoue, j’aimerais probablement du « bœuf bourguignon en bouteille », mais il me semble qu’il n’y a pas autant de viande que ça dans n’importe quelle bouteille de vin !

Ici et là

Bienvenue au numéro de « Ici et là » le plus littéral depuis son début, car il s’agit largement du déménagement.

  • Alors, les statistiques du jour. J’ai réussi à transporter 33 cartons aujourd’hui, et n’a eu de l’aide de La Fille que pour 10. J’ai aussi transporté six cartons irréguliers. Vous en reconnaîtrez plusieurs :
De bas en haut : carton d'une cocotte de 6,75 L, carton d'une poêle en fonte émaillée, carton d'une théière

En fait, deux de ces trois produits du Creuset m’appartiennent depuis beaucoup plus longtemps que 2020. Une fois que j’ai dû établir ma propre cuisine en 2010, j’ai acheté la grande cocotte bleue souvent vue dans mes recettes salées. Je voulais la théière de même couleur, et j’ai dû l’importer du Royaume-Uni parce qu’elle n’était pas disponible ici à l’époque. La petite boîte, c’est la poêle que j’ai achetée pour ma tarte Tatin.

  • Comme vous savez, je donne des noms français à tout ici. Voici ce que j’appelle la Colline de Monthard :
Photo de l'escalier qui mène au nouveau appartement. Il y a 5 marches, puis un palier, puis une dizaine de marches après un virage de 90 degrés pour atteindre le premier étage.

« Mais Justin », me dites-vous, « il ne s’agit que d’un escalier d’une quinzaine de marches, même s’il y a un virage à 90 degrés. Il y a 222 marches pour monter au Sacré-Cœur du pied de ladite colline. » Ah oui, mais qui a l’habitude de grimper toutes ces marches-là en apportant des cartons de 20 kg ?

Et pour info, oui, j’ai grimpé les escaliers pour monter au Sacré-Cœur. Les marches étaient bien mouillées ce jour-là. Et personne ne m’a dit que le funiculaire existait !

C'est une vue du Sacré-Cœur du pied des escaliers, afin de mettre l'accent sur les marches au premier plan
Première visite au Sacré-Cœur
  • Monthard est une bonne blague bilingue. En anglais, « hard » veut dire « dur ». C’est donc un mont « hard » à monter. Voilà, même le correcteur de mon portable est d’accord :
Capture d'écran où mon portable propose à diviser le nom Monthard en deux.
  • Et j’ai grimpé ça combien de fois ? 35 étages selon mon portable. Voici la preuve :
Capture d'écran de l'appli Santé pour iOS : ça montre 35 étages montés
  • Il me faudra un nouveau surnom pour chez moi, vu que je ne serai plus à Elbe-en-Irvine. Je vous rappelle que nous allons à la ville que j’appelle Anguille-sous-Roche, en hommage à mon ex, qui y habite. Mais il me semble que je devrais distinguer entre nos maisons.
  • J’ai bel et bien blew it hier (c’est-à-dire que j’ai tout fiché en l’air — j’utilise souvent le passé composé avec le passé en anglais, mon franglais personnel). J’avais mis une alerte dans mon calendrier pour mon dernière opportunité pour acheter des billets pour voir Rush. Mais en quelque sorte, je n’ai jamais rien entendu. Le temps que j’aie reconnu l’erreur, c’était 6 heures plus tard, et les billets les moins chers qui restaient coutaient 378 $. Qui sait si j’aurais eu plus de chance si j’avais entendu l’alerte ? C’est peu probable. Mais la faute est à moi, et il n’y a pas de chance que je paye des revendeurs deux ou trois fois la valeur nominale.
  • Peut-être que vous avez remarqué un commentaire très mécontent de moi plus tôt cette semaine. Je regrette ce qui s’est passé, mais la personne qui l’a mis ici a décidé de me bloquer sur les réseaux sociaux ainsi que désabonner. J’essaie de ne pas offenser ; évidemment, j’ai raté ce but. Ça dit, je crois que je sais lire en anglais, et alors que j’accepte que j’ai mes idées fixes, je ne suis pas d’accord avec toute la plainte.
  • Si vous êtes fan de la tradition provençale des santons, et des Bronzés, rendez-vous à Aubagne le plus vite possible pour une édition très limitée de santons en forme de Jean-Claude Dusse. Ils seront disponibles à la foire aux santons de Marseille le 15 novembre, 17 € chacun. Si vous avez lu la 99e place de mon classement de 100 films, vous savez que je ne serai pas là pour la foire ce jour-là. Je serai là plutôt pour un concert de Jul. Nan, je plaisante.
  • J’ai fait un rêve merveilleux hier. J’étais 100 % convaincu que j’étais en France, mais pas sûr d’exactement où. Il y avait un défilé, et j’étais là pour le voir, et pas seul (mais je ne dirai pas avec qui, juste que c’était une surprise agréable). Ne me demandez pas quel défilé ; je n’assiste que très rarement à ce genre d’événement. Puis mon alarme s’est déclenchée et je me suis rendu compte qu’en fait, j’étais toujours en Californie. Bof. Mais je ne fais jamais de rêves — enfin, presque — alors j’ai vraiment apprécié celui-ci !

La mésaventure commence

Plus tard aujourd’hui, le déménagement commencera. Nous aurons 5 jours pour tout finir, et le grand déménagement, avec le camion et les professionnels, aura lieu lundi. Mais j’ai déjà des histoires.

J’ai d’abord emballé la cuisine, largement parce qu’il s’agissait de la partie la plus facile. Voici la moitié :

9 cartons de taille « lettre US ».

Il s’agit de toutes mes assiettes, les verres de vin jamais utilisés, et tous les ingrédients du placard. Ça ne comprend pas les deux robots, qui seront emballés dans leurs cartons originaux, ni certaines plaques de cuisson qui sont trop grandes pour ma taille de boîte. Oui, nous avons standardisé une taille unique pour tout, afin de garantir qu’il sera facile de tout ranger dans la voiture. J’adore Tetris ; je n’ai pas envie d’y jouer quand j’essaie de travailler rapidement. (Un de ces quatre, il nous faudra parler de Jonas Neubauer, après qui le Championnat mondial du jeu est nommé.)

Pour préparer, nous avons décidé de nous débarrasser de quelques meubles de La Fille. Pendant une décennie, elle utilisait son ancienne table à langer comme des étagères. Mais ce genre de table est souvent de mauvaise qualité, et après 15 ans, elle est bien endommagée. Nous l’avons donc jetée. Mais sa table et deux sièges, achetés quand elle avait 5 ans, étaient de bonne qualité, et je voulais vraiment faire un don. Je suis étonné par ce que j’ai appris en résultat.

Pendant les années 80 ou 90, on faisait appel à une association caritative, Disabled American Veterans (Vétérans américains handicapés) ou Goodwill (Bonne foi), et elle enverrait un camion pour récupérer les meubles que l’on avait envie de donner. C’était toujours gratuit ; après tout, c’était un don, et même si tout n’était pas utilisable après inspection, les associations faisaient confiance que les donateurs ne les traitaient pas de service de traitement des ordures.

Ces jours sont loin en vue arrière. Toutes les associations qui acceptent des meubles utilisent maintenant un service dit Resupply. Je veux que vous voyiez exactement ce que cette entreprise voulait me facturer pour avoir le droit de faire un don (je cache l’adresse) :

Il y a des frais de 99,99 $ pour me visiter tout court, 13,70 $ pour accepter la table, et un frais de 5 % de la somme des deux, 5,70 $, pour l’essence. Désolé, mais non. Voici la table et les sièges en question :

L’ensemble a coûté 300 $ à l’époque, si je m’en souviens bien. À part quelques petites taches sur la surface de la table, le tout est en très bon état. Je n’allais pas payer un centime à une association similaire à Emmaüs juste pour qu’ils les revendent.

Heureusement, il s’est avéré que Goodwill les accepterait si je les ai déposés à l’un de leurs magasins moi-même. C’est ce que j’ai fait, mais si ce n’était pas le cas, j’aurais tout jeté. Je suis même prêt à accepter l’idée que des frais aident à empêcher certains de « donner » du bazar, mais les 100 $ sentent l’arnaque.

Cerise sur le gâteau, j’ai passé une heure en essayant de faire accepter mon assurance locataire, dont 35 minutes au téléphone avec ma compagnie d’assurance. La faute est entièrement au propriétaire de l’immeuble, qui a des règles ridicules pour les preuves d’assurance. Je ne sais pas comment ce genre d’assurance marche en France, mais aux États-Unis, il y a typiquement deux choses comprises : la responsabilité personnelle, au cas où il y aurait un accident chez soi ; et la propriété personnelle, au cas où quelque chose arriverait à ses biens. Le propriétaire a un intérêt légitime dans le premier cas, mais le second cas est entre moi et l’assurance. C’est pour ça que les lettres émises par les compagnies d’assurance ne mentionnent que la responsabilité personnelle. Pourtant, le propriétaire refusait d’accepter la lettre sans mention de la propriété personnelle.

Je veux juste répéter encore une fois que La Fille m’impressionne vraiment avec ses efforts. Elle est déjà largement prête. C’est son daron qui va vraiment profiter de ce week-end pour emballer les cartons !

CommitStrip

J’ai reçu une sacrée surprise sur Facebook cette semaine. C’est extrêmement commun de voir des bandes-dessinées venant des journaux américains traduites en français par tel ou tel internaute : Bizarro, The Far Side et ainsi de suite. Mais il y a des jours, j’ai vu quelqu’un partager un vieux dessin de la série CommitStrip, et je me suis dit : « C’est bizarre ; on se souciait de traduire ce truc du passé en français ? »

Le titre est un calembour avec deux autre choses en anglais. « Bande » se traduit souvent comme « strip », alors « bande-dessinée » se traduit « comic strip », l’expression que l’on utilise pour les BD qui apparaissent dans les journaux (les BD en forme de magazine sont plutôt des « comic books »). Mais « commit » est aussi le mot que les programmeurs utilisent pour finaliser leur code et le télécharger sur un serveur. C’est un genre d’humour très pince-sans-rire.

De toute façon, CommitStrip n’est plus publiée. Je la connaissais largement entre 2012 et 2014, quand c’était nouveau, et les auteurs ont arrêté de la mettre à jour en 2022. Il y avait quatre personnages principaux, tous sans noms : le gérant, qui portait des lunettes et ne s’en souciait pas de ses employés ; deux hommes programmeurs, un avec une grosse barbe qui couvrait presque tout son visage, et l’autre avec des cheveux hérissés, et une femme qui était là largement pour se moquer des bêtises des hommes. Le gérant était un peu d’un salopard, et le barbu en particulier était un vrai cinglé. Les autres… honnêtement, je ne me souviens pas de leurs personnalités.

De toute façon, ayant vu une version française, je me sentais un peu nostalgique alors je me suis rendu sur le site. Et c’est comment j’ai remarqué un drapeau britannique, évidemment là pour choisir la langue :

Capture d'écran de l'accueil de Commit Strip, qui présente une liste de titres. En haut, le titre apparaît à gauche ; le hérissé, le barbu et le gérant au centre ; le drapeau à droite.

C’est ainsi que j’ai découvert après tout ce temps qu’en fait, CommitStrip était toujours bilingue, et disponible également en français :

Capture d'écran après le changement en français -- tout reste pareil !

Cependant, on remarque tout de suite que ça change moins qu’attendu ! Le post en haut s’appelle toujours « Hello World » (Bonjour, monde) : le nom du tout premier programme que l’on écrit dans tous les langages de programmation. Tout ce que ce programme fait est d’imprimer les mots « Hello World » à l’écran. En Java, ça se fait comme ça :

System.out.println(« Hello World »);

En C++, ça se fait ainsi :

cout << « Hello World »;

En Python, c’est juste :

print(« Hello World »)

C’est une hérésie de ne pas terminer chaque ligne par un point-virgule, parmi les nombreuses raisons que je déteste Python. Mais laissez tomber. CommitStrip est une porte ouverte sur l’esprit du genre de personne qui a des avis sur la présence de points-virgules. Par exemple, celle-ci a été publiée au début du Confinement :

Première partie : M. Macron : « Mes chers compatnotes, jai lance avec le gouvernement, le grand confinement général ! Contre le Covid-19, c'est la plus grande guerre de notre temps qui commence, pour sauver l'humanité toute entière. »

Deuxième : Macron continue : « L'humanité. Un mot qui va prendre un sens nouveau aujourd'hui.
Désormais, nous resterons à la maison sans sortir, ni voir personne ! Nous privilégierons le télétravail. Nous n'irons plus faire nos courses en famille et même, nous nous ferons livrer plutôt que d'aller en magasin, sans bien sûr parler au livreur... »

Troisième : Macron finit : « Mes chers compatriotes, il y aura moins d'interactions sociales. Il n'y aura plus de poignées de main ou d'embrassades. C'est un bouleversement pour tous et je suis conscient des sacrifices que nous vous demandons, mais c'est pour, demain, gagner notre plus belle victoire. Restez chez vous ! »

Quatrième : Le barbu, seul devant son ordi : « Ça va bien se passer...»
©️2020, CommirStrip

À vrai dire, si j’ai une certaine nostalgie pour le Confinement, ça vient uniquement des liens forgés à travers l’Atlantique, rien à voir avec rester dans ma chambre devant mon ordinateur.

Il ne s’agit pas de Dilbert, ce que tout le monde peut comprendre. L’humour de CommitStrip est tellement dans les détails de la programmation :

Première : L'hérissé devant son ordi : « Bon, c'est un tout petit script, on va faire ça en vanilla JS, tranquillement! Pas besoin de framework... »

Deuxième : Il continue : « Bon, on va quand même ajouter une petite logique objet dans tout ça. Et modulariser un minimum avec du templating, on n'est pas des sauvages. »

Troisième : L'hérissé : « C'est quand même plus clean avec de l'abstraction de BDD et des endpoints API. J'vais documenter tout ça et le balancer sur Github, ça peut servir à d'autres.. »

Quatrième : Le barbu : « QUOI ?? Un nouveau framework JS ? 1000 étoiles sur Github ? Dis moi que c'est pas vrai !? » L'hérissé : « J'ai pas fait expres... »

Celle-ci parle de la tendance des programmeurs d’écrire des outils afin de ne pas devoir répéter la même tâche encore et encore. Cependant, c’est du n’importe quoi si vous ne connaissez pas JavaScript.

En fouillant dans les archives, j’ai découvert que je pouvais facilement comprendre le langage de programmation en français, parce que c’est souvent juste « le » devant des mots anglais que je connais déjà. Puis-je la recommander ? Eh bien, si vous passez du temps là, vous vous direz à la fin : « Ah, c’est pourquoi il est « comme ça ». » Mais sérieusement, nous ne sommes pas tous aussi enthousiastes de nous enfermer que le barbu !