On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, je n’ai avancé que de 20 pages.
Il faut que commence ce numéro en offrant mes excuses les plus sincères à Mme Véronique Sanson. Pourquoi ? La dernière fois, nous sommes arrêtés au point où le narrateur a mentionné qu’il avait acheté une photo de la Berma, l’actrice qu’il avait vue au théâtre. Mais qu’est-ce qu’il fait avec cette photo ?
Ce visage, d’ailleurs, ne m’eût pas à lui seul semblé beau, mais il me donnait l’idée et, par conséquent, l’envie de l’embrasser à cause de tous les baisers qu’il avait dû supporter, et que, du fond de la « carte-album », il semblait appeler encore par ce regard coquettement tendre et ce sourire artificieusement ingénu.
Pour autant que je plaisante sur cette rencontre imaginaire, je n’ai jamais une fois pensé, dit ou écrit quelque chose d’aussi bête que ça avec mon exemplaire de « De l’autre côté de mon rêve », et maintenant que je sais que ça existe, je crains que ce soit ce qu’elle pense se passe chez Un Coup de Foudre. Et honnêtement, ce n’est pas le pire — le narrateur imagine qu’elle a les appétits d’un joueur de basket de la NBA, et qu’il y a tout une queue d’hommes devant sa porte après chaque représentation. Dites-donc, je connais mon Michel Berger, vous connaissez le mot « groupie » en français. C’était inconnu pour Proust, mais c’est de quoi il parle.
Mais ne vous inquiétez pas, une page plus tard, notre infidèle revient sur Gilberte Swann, de qui il est tombé amoureux dans le premier tome à cause de son amitié avec Bergotte. Même si de Norpois vient de lui dire à quel point Bergotte est nul, il pense toujours que :
Gilberte cependant ne revenait toujours pas aux Champs-Élysées. Et pourtant j’aurais eu besoin de la voir, je ne me rappelais même pas sa figure.
Alors, elle est plus qu’un outil ? C’est rassurant. Mais ça fait longtemps que les deux ne se revoient pas, jusqu’au moment où elle revient aux Champs-Élysées, et le narrateur lui dit « combien j’admirais son père et sa mère » et elle répond avec « Vous savez, ils ne vous gobent pas ! »
HAHAHAHAHAHA ! (J’en ai trop profité.)
Ça amène le narrateur à écrire une lettre à M. Swann, ce qui Gilberte livre pour lui, et elle lui dit le lendemain que sa réponse entière était « Tout cela ne signifie rien, cela ne fait que prouver combien j’ai raison. » Honnêtement, les deux n’ont guère parlé — mais peut-être que Swann se souvient du jeune pleurnicheur de Combray. J’imagine que oui.
Quelque peu plus tard, le narrateur tombe malade, et nous dit que :
notre médecin, malgré la désapprobation de ma grand’mère, qui me voyait déjà mourant alcoolique, m’avait conseillé, outre la caféine qui m’était prescrite pour m’aider à respirer, de prendre de la bière, du champagne ou du cognac quand je sentais venir une crise.
Dites-donc, qu’est-ce qui se fait passer pour un traitement médical en France ? Et pourquoi est-ce que j’ai les mauvais docteurs ? « J’ai besoin de mon Hennessy, c’est une ordonnance », j’ai envie de sortir ça chez Total Wines (mon fournisseur habituel pour les produits français alcoolisés).
Mais notre narrateur reste malade plus longtemps que prévu, et plutôt que son médecin habituel, ses parents font appel au docteur Cottard. Celui que tout le monde méprisait plus tôt. Son traitement :
Purgatifs violents et drastiques, lait pendant plusieurs jours, rien que du lait. Pas de viande, pas d’alcool.
Pas d’alcool est probablement la bonne idée. Mais du lait ? Charlatan ! Pire, il en fait des blagues pourries :
je veux bien que vous preniez quelques potages, puis des purées, mais toujours au lait, au lait. Cela vous plaira, puisque l’Espagne est à la mode, ollé ! ollé !
OMD. Non, mais sérieusement.
Vu cette maladie, il ne vous surprendra pas que le narrateur ne va plus aux Champs-Élysées pour voir Gilberte. Il croit que ça doit être la fin de l’affaire. Mais un jour, il reçoit une lettre qui dit :
Mon cher ami, disait la lettre, j’ai appris que vous aviez été très souffrant et que vous ne veniez plus aux Champs-Élysées. Moi je n’y vais guère non plus parce qu’il y a énormément de malades. Mais mes amies viennent goûter tous les lundis et vendredis à la maison. Maman me charge de vous dire que vous nous feriez très grand plaisir en venant aussi dès que vous serez rétabli…
Maman a dit ça, mais pas le papa qui avait méprisé le jeune monsieur plus tôt ? Il faut demander ce qui arrive, mais cette question nous attendra la semaine prochaine, car je vais boire du lait pour soigner la congestion qui me reste. À la prochaine !







