Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Madeleines à l'orange, trempés dans du chocolat

Dimanche avec le docteur Cottard

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, je n’ai avancé que de 20 pages.

Il faut que commence ce numéro en offrant mes excuses les plus sincères à Mme Véronique Sanson. Pourquoi ? La dernière fois, nous sommes arrêtés au point où le narrateur a mentionné qu’il avait acheté une photo de la Berma, l’actrice qu’il avait vue au théâtre. Mais qu’est-ce qu’il fait avec cette photo ?

Ce visage, d’ailleurs, ne m’eût pas à lui seul semblé beau, mais il me donnait l’idée et, par conséquent, l’envie de l’embrasser à cause de tous les baisers qu’il avait dû supporter, et que, du fond de la « carte-album », il semblait appeler encore par ce regard coquettement tendre et ce sourire artificieusement ingénu.

Pour autant que je plaisante sur cette rencontre imaginaire, je n’ai jamais une fois pensé, dit ou écrit quelque chose d’aussi bête que ça avec mon exemplaire de « De l’autre côté de mon rêve », et maintenant que je sais que ça existe, je crains que ce soit ce qu’elle pense se passe chez Un Coup de Foudre. Et honnêtement, ce n’est pas le pire — le narrateur imagine qu’elle a les appétits d’un joueur de basket de la NBA, et qu’il y a tout une queue d’hommes devant sa porte après chaque représentation. Dites-donc, je connais mon Michel Berger, vous connaissez le mot « groupie » en français. C’était inconnu pour Proust, mais c’est de quoi il parle.

Mais ne vous inquiétez pas, une page plus tard, notre infidèle revient sur Gilberte Swann, de qui il est tombé amoureux dans le premier tome à cause de son amitié avec Bergotte. Même si de Norpois vient de lui dire à quel point Bergotte est nul, il pense toujours que :

Gilberte cependant ne revenait toujours pas aux Champs-Élysées. Et pourtant j’aurais eu besoin de la voir, je ne me rappelais même pas sa figure.

Alors, elle est plus qu’un outil ? C’est rassurant. Mais ça fait longtemps que les deux ne se revoient pas, jusqu’au moment où elle revient aux Champs-Élysées, et le narrateur lui dit « combien j’admirais son père et sa mère » et elle répond avec « Vous savez, ils ne vous gobent pas ! »

HAHAHAHAHAHA ! (J’en ai trop profité.)

Ça amène le narrateur à écrire une lettre à M. Swann, ce qui Gilberte livre pour lui, et elle lui dit le lendemain que sa réponse entière était « Tout cela ne signifie rien, cela ne fait que prouver combien j’ai raison. » Honnêtement, les deux n’ont guère parlé — mais peut-être que Swann se souvient du jeune pleurnicheur de Combray. J’imagine que oui.

Quelque peu plus tard, le narrateur tombe malade, et nous dit que :

notre médecin, malgré la désapprobation de ma grand’mère, qui me voyait déjà mourant alcoolique, m’avait conseillé, outre la caféine qui m’était prescrite pour m’aider à respirer, de prendre de la bière, du champagne ou du cognac quand je sentais venir une crise.

Dites-donc, qu’est-ce qui se fait passer pour un traitement médical en France ? Et pourquoi est-ce que j’ai les mauvais docteurs ? « J’ai besoin de mon Hennessy, c’est une ordonnance », j’ai envie de sortir ça chez Total Wines (mon fournisseur habituel pour les produits français alcoolisés).

Mais notre narrateur reste malade plus longtemps que prévu, et plutôt que son médecin habituel, ses parents font appel au docteur Cottard. Celui que tout le monde méprisait plus tôt. Son traitement :

Purgatifs violents et drastiques, lait pendant plusieurs jours, rien que du lait. Pas de viande, pas d’alcool.

Pas d’alcool est probablement la bonne idée. Mais du lait ? Charlatan ! Pire, il en fait des blagues pourries :

je veux bien que vous preniez quelques potages, puis des purées, mais toujours au lait, au lait. Cela vous plaira, puisque l’Espagne est à la mode, ollé ! ollé !

OMD. Non, mais sérieusement.

Vu cette maladie, il ne vous surprendra pas que le narrateur ne va plus aux Champs-Élysées pour voir Gilberte. Il croit que ça doit être la fin de l’affaire. Mais un jour, il reçoit une lettre qui dit :

Mon cher ami, disait la lettre, j’ai appris que vous aviez été très souffrant et que vous ne veniez plus aux Champs-Élysées. Moi je n’y vais guère non plus parce qu’il y a énormément de malades. Mais mes amies viennent goûter tous les lundis et vendredis à la maison. Maman me charge de vous dire que vous nous feriez très grand plaisir en venant aussi dès que vous serez rétabli…

Maman a dit ça, mais pas le papa qui avait méprisé le jeune monsieur plus tôt ? Il faut demander ce qui arrive, mais cette question nous attendra la semaine prochaine, car je vais boire du lait pour soigner la congestion qui me reste. À la prochaine !

Voyage dans les temps

Je sais, je sais, vous vous demandez tous ce qui s’est passé aux mises à jour du Projet 30 Ans de Taratata, le samedi. La vérité, c’est que je suis bien bloqué sur le prochain artiste, car c’est Alain Chamfort, et la longueur de sa discographie dépasse l’infini, et on parle plutôt de nombres vraiment grands, comme le prix de la vanille. Alors oui, j’évité de l’écrire, car j’ai habitude d’écrire ces billets d’un coup, et je ne peux pas y consacrer un jour entier. Mais ce n’est pas mon sujet du jour autant qu’un effort de vous faire rire avant de passer à quelque chose de grave.

J’étais bien surpris par la rapidité des retours de plusieurs bénévoles en lisant des parties de mon manuscrit. Je m’attendais à une ou deux semaines pour tout le monde. Et je veux être bien clair, j’apprécie les efforts de chacun et tous. Mais il y a deux développements cette semaine qui m’influencent dans les pensées qui suivent.

La première était la découverte d’un projet de livre par quelqu’une qui a déjà apparu dans ces pages au passé, une japonaise qui étudie en France et publie sous le nom « Enchantée Erica ». Je ne suis pas abonné à son compte Insta, mais le fait d’avoir cliqué une fois suffit pour qu’Insta mette ses vidéos dans mon flux à jamais. Et honnêtement, je l’assume ; elle est enthousiaste et sincère, et ne me dérange pas. De toute façon, si j’ai bien compris, elle terminera bientôt ses études et a écrit un livre sur ses expériences dans le pays. C’est auto-édité, mais a l’air bien professionnel pour ses 100 pages.

En jetant un œil sur les photos avec des extraits — mes excuses à Billie, mais impossible de les citer de façon efficace — je vois que c’est un effort, disons, beaucoup moins ambitieux que le mien, à ne pas dire sans intérêt. C’est un livre de poche, avec des anecdotes de sa quotidienne. Elle dit que ça fait 10 ans qu’elle étudie le français, depuis ses années lycéennes, et je dirais qu’elle a probablement un niveau B2 vu tout ce que je vois dans ses clips. Le niveau d’écriture du livre dans les extraits me rappelle un peu ce qui se trouve ici, mais sans les jeux de mots et les autres prétentions. ([Et les cobayes. — M. Descarottes]) Et quand je dis « ce qui se trouve ici », je veux dire surtout la gamme de conjugaisons : le passé composé, l’imparfait, le futur simple, peut-être moins de mes deux préférés, le passé conditionnel et le plus-que-parfait.

Ça nous amène à l’autre chose. J’ai reçu une note très utile de l’un de mes lecteurs bénévoles, avec un avis très honnête sur la grammaire. N’imaginez pas que ce sera une plainte de ma part ; je sais que je tente quelque chose d’ambitieux, et j’ai besoin de l’entendre. La note a dit en partie :

J’ai l’impression que vous voyez un peu le passé simple comme je vois l’imparfait du subjonctif : un temps « bonbon » qu’il est agréable de retrouver de temps en temps.

Franchement, s’il a tort, c’est seulement parce que la vérité est encore pire. C’est en partie un problème d’avoir tout appris à la maison, mais aussi en partie un problème d’en avoir tiré les mauvaises leçons.

Je crois que c’est assez bien connu que tout ce que je sais vient d’une combinaison de logiciels, des médias, et des livres que j’ai lus, non pas pour apprendre la grammaire, mais de la fiction et de l’autobiographie. Considérez donc ce que j’ai vu dans un roman de jeunesse, Prospérine Virgule-Point :

— Prospérine, soupira sa mère d’un ton las, cette chose dégoûtante trempe dans ton bol… Pourquoi tu n’essaierais pas plutôt d’avaler tes céréales au lieu de t’acharner sur ce cadenas ?

Le dialogue se déroule dans le présent, mais le passé simple apparaît partout dans le livre où les actions des personnages sont décrites à la troisième personne. Ce n’est pas une question de combien de temps est passé entre les actions des personnages et le moment du récit. Ça m’a donné l’impression que c’était simplement la forme littéraire à utiliser.

Même chose avec les romans de Guy-Roger Duvert ; voici une citation du tout premier roman que j’ai lu, L’Appel d’Am-Heh :

« Les hommes ne veulent pas aller plus loin, effendi. Ils disent que l’endroit est maudit. » Rick ne put réprimer un petit sourire satisfait. «Donc ils le connaissent… »

Le passé simple marche de même façon ici, à mes yeux ; c’est simplement au lieu du passé composé pour autant que je sache. Mais la pire chose, et la faute est entièrement à moi, est de faire la comparaison avec un extrait de l’autobiographie de Claire Koç, Claire, le prénom de la honte. Elle n’est pas francophone de naissance, et a grandi en Turquie pendant sa première décennie :

« Tout en toi pue la France. » Plus d’une fois, mon visage a essuyé la violence de ce crachat. Ce sont d’abord mes parents qui m’ont répété cette phrase. Mes camarades de classe et mes profs ensuite, mes copines aussi. Puis je l’ai entendu serinée par certains collègues tout au long de ma vie professionnelle.

Ces événements sont loin dans son passé ; pourtant tout est dans le passé composé. Vous êtes tous plus qu’assez malins pour voir ce que j’essaye de dire, mais je le dirai quand même :

La leçon que j’ai tirée de toutes ces lectures, c’était que le passé simple était largement une question d’être « littéraire » ou « éduqué », et que faire autrement signalerait que c’était simplement une question d’avoir appris trop tard, d’être trop intimidé par la variété énorme des temps en français. Croyez-moi, j’ai fait plus de recherches que ça, en lisant par exemple cet article du Figaro, ce qui a renforcé mon impression : « Le passé simple peut exprimer la narration dans un récit. Il est également le temps à utiliser lorsqu’on parle d’un événement historique. »

J’ai d’autres retours qui ont simplement essayé de corriger les verbes cas par cas. Mais ce dont je n’ai aucune envie, c’est de faire perdre du temps à ceux qui essayent de m’aider. Je peux, s’il y en a besoin, l’éliminer avec deux ou trois jours d’efforts acharnés. Mais je ne veux pas le faire à moins que la situation soit horriblement grave, et en ce moment, sincèrement, je n’en suis pas sûr.

Mon espoir pour ce livre est toujours de soumettre le manuscrit à de vraies maisons d’édition. J’en ai une dans la tête que je crois serait idéale, car elle vient de sortir un livre sur les États-Unis que j’ai trouvé vraiment dans le même esprit. Les livres de Claire Koç ont été publiés par Albin Michel, pas auto-édités, alors je ne veux pas suggérer que j’avais l’idée en tête qu’il fallait écrire au passé simple ou finir comme Enchantée Erica. Mais j’ai en ce moment l’impression que j’ai bel et bien mal rangé le bordel, comme j’aime dire, et vu que vous avez tous vu deux échantillons du livre, c’est mieux de poser la question à vous tous en même temps.

Le pèlerinage du Jour J

C’est l’anniversaire du Jour J aujourd’hui. Pour l’occasion, et puisque ce sont les 3 pages du livre desquelles je suis le plus fier, je vous donne un goût de ce qui arrivera. Cela fait environ 30 % du chapitre, tiré du milieu, mais se traite du bon moment. Vous reconnaîtrez peut-être certains contenus de mon récit de 2023 — il s’agit de la même visite, mais au moment d’écrire le récit original, j’étais hyper-malade. Et avec du recul, il fait partie d’une plus grande histoire. Je vous laisse à décider si c’est mieux.

Notre première rencontre avec l’histoire vivante de ce jour est à Longues-sur-Mer, où se trouvent toujours une poignée de canons allemands, partie du célèbre « Mur de l’Atlantique ». Plus tôt, à la Nouvelle-Orléans, j’avais vu un petit bout de béton des fortifications, et pour moi, c’était comme une rencontre avec une relique de la Vraie Croix. Toutefois, rien ne me prépara pour le bon état non seulement des canons, mais en particulier des casemates. Les Alliés avaient largué des bombes par milliers, mais c’est bien évident que les soldats nazis restaient quand même bien protégés. Quand on voit cela, on comprend tellement mieux pourquoi il n’y avait pas d’autre choix, pourquoi il fallait que Frank DeVita baisse la rampe du Higgins Boat qui envoya une quinzaine de soldats à leur mort sans même l’opportunité de tirer sur les nazis. C’est souvent difficile de reconnaître du mérite chez l’ennemi, mais ces fortifications auraient étonné Vauban lui-même.

Après Longues-sur-Mer, c’est enfin le moment auquel le moi collégien qui garde son livre de cette guerre depuis plus de trente ans s’attendait. Nous arrivons à Saint-Laurent-sur-Mer et stationnons la voiture pour visiter Omaha Beach. Il est peut-être 15h, pas encore l’heure de marée basse, mais bien plus proche de cela que de la marée haute. Nous arrêtons devant un monument en béton, entouré par des drapeaux des forces alliées, dit le « Monument signal ». En français et en anglais, il dit simplement que « Les forces armées débarquent sur cette plage, qu’elles nomment Omaha Beach, et libèrent l’Europe le 6 juin 1944 ». Le moment me rappelle les mots du général Eisenhower ce matin-là, « Soldats, Marins et Aviateurs des Forces expéditionnaires alliées ! Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la Grande Croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. » (Eisenhower, 1944). D’ici des minutes, je comprendrai le reste de son discours comme jamais de la vie. Nous franchissons le béton pour passer sur le sable.

Quand on reste débout sur la plage et regarde les eaux, on reconnaît finalement exactement ce qui attendait les soldats. Il y a des centaines de mètres de sable entre même la marée haute et les endroits où se trouvaient les mitrailleuses, tirant en descente vers les bateaux. Il n’y avait qu’un moyen de prendre cette plage – c’était la guerre d’usure ou rien. Je pense encore une fois aux mots du général Eisenhower, « Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement. » (Eisenhower, 1944). Sans avoir vu les casemates de Longues-sur-Mer, ces soldats n’avaient pas d’idée à quel point les forces allemandes étaient « bien équipées ». Mais cette fois, je pense aussi aux mots de l’affiche de Londres que je viens d’apprendre ce matin, « Rien n’est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour ces forces écraseront l’ennemi. » (« À tous les Français », s. d.). C’est exactement ici où ces forces « ont donné ».

Je pense à ma première conversation avec mon amie C., qui vous rencontrera en Seine-Maritime. J’avais mentionné « l’invasion » et elle me corrigea que les Français parlent plutôt du « Débarquement ». Je comprends pourquoi c’est un sujet sensible, et le but des Alliés n’était certainement pas de conquérir la France, mais en ce moment, le mot « débarquement » me semble insuffisant à l’occasion. C’est le langage des croisières et des aéroports avec leurs boutiques touristiques et des Starbucks partout. Si ce moment était un « débarquement », je ne débarquai jamais d’aucun transport.

Théorie

Après des mois de famine, j’ai eu ma prise de sang trimestrielle hier matin, alors je l’ai fêtée avec un jour de triche — un bout de carrot cake et un burrito, pas dans cet ordre. C’est mon troisième préféré de ma vie, mais les deux autres ne sont plus disponibles, alors c’est le meilleur que je connais actuellement. Puis j’ai eu un sacré mal au ventre, parce que c’était deux fois le nombre de calories de tout autre jour pendant ce temps.

Carrot cake avec deux couches de gâteau, deux couches de glaçage au fromage Philadelphia, et recouvert de noix écrasées.

Au fait, voici les chiffres de mon moniteur de glycémie jusqu’à la veille de la prise. Ils sont excellents et si rien ne s’améliore, ce ne seront pas juste les carottes du gâteau qui seront cuites :

Ça montre une valeur moyenne de 138 à travers les 90 derniers jours, ce qui devrait donner un chiffre a1c très bon.

De toute façon, j’étais chez Rubio’s pour le dîner — et comme souvent, ils jouaient tout genre de musique inconnu à moi, ce qui me provoque à utiliser l’appli Shazam pour l’identifier. Pas parce que j’ai envie de l’écouter à la maison, mais plutôt parce que je veux savoir qui me fait saigner les oreilles. (Pour ceux qui ne connaissent pas Shazam, ça vous permet de pointer votre portable vers un haut-parleur, et il est fortement probable qu’après 5 secondes, vous aurez le nom de la chanson ainsi que le groupe.)

Rubio’s n’est pas comme les autres restos rapides que je hante. Dans la plupart de restos mexicains, ils ne jouent que de la musique mexicaine. Chez Stonefire Grill, d’où le carrot cake, c’est souvent de la musique des années 80, presque comme s’ils veulent que je sois client. Chez Boudin, c’est quel que soit populaire en ce moment, les Taylor Swift et les Ed Sheeran. Mais chez Rubio’s, ils jouent des trucs que même un auditeur dévoué de NRJ ne reconnaîtrait pas. Alors, par exemple, un groupe de reggae californien, The Movement, jamais avec un tube dans n’importe quel classement sauf le reggae — malgré étant là depuis 2003 :

Ils n’ont même pas de page sur Wikipédia en français. Puis un type, aussi apparemment californien, Michael Franti, qui a 59 ans et connu un peu de succès ici entre 2008 et 2013 — ainsi qu’atteindre #19 en Belgique pour une chanson en 2006. Et un autre dit Moon Taxi, là depuis 2006 sans connaître aucun succès. C’est extrêmement curieux, ce mélange. D’où ma théorie.

Ce que je pense, et je vous rassure, je le crois sincèrement, c’est que ces bandes-sonores sont toutes choisies pour une seule raison :

Faire s’en aller les clients.

Je suis complètement sérieux. Ce que tous les restos ont en commun, c’est qu’ils jouent de la musique qui n’est pas celle de leur clientèle. Pour la plupart de restos mexicains dans le comté d’Orange, les clients me ressemblent. Si Keith Nieto n’est pas complètement désagréable, il reste le cas que je ne l’écouterais jamais exprès. Chez Boudin, les clients sont largement des hommes d’affaires des gratte-ciel en face de la rue ; Taylor Swift est la musique de leurs enfants. Chez Rubio’s, l’équipe ne parle guère anglais, et préférerait certainement de la musique mexicaine, mais c’est une plus grande entreprise dont les actions sont cotées en bourse. Leur choix de musique est certainement celle de leur société.

« Mais Justin », vous me dites « c’est vous qui dites que Stonefire joue de votre musique. Sûrement, ils vous aiment comme client ? » Pas du tout. C’est une coïncidence. Leur clientèle idéal est une famille dont les adultes ont 30 ans, avec 2-3 petits enfants, pour qu’ils paient les grands repas du resto pour 4-5 personnes. La musique est là pour emmerder leurs clients souhaités, qui la voient comme les contenus de la radio nostalgique. Si je l’aime, tant pis.

Tout s’explique. Ils veulent que les clients viennent, mangent et partent le plus vite possible, pas qu’ils traînent. Avec de la musique désagréable, ce dernier se produit beaucoup plus rapidement. Si vous avez une meilleur théorie, je vous écoute.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les flammes de l’amour

Si j’ai une plainte sur la langue française, au-delà du fait qu’elle n’est pas celle de ma ville, ça doit sûrement être qu’il y a trop de mots presque identiques qui ne signifient pas les mêmes choses. Même pas proche. Bien sûr, il y a la blague sur l’accent circonflexe :

A : Le circonflexe est inutile.

B : T’es sur ?

A : Un canapé, pourquoi ?

Récemment, La Fille m’a apporté cette même plainte, parce qu’attendre et atteindre se ressemblent. Je l’entends des bilingues déjà : et « through » et « thorough », Justin, ça vous parle ? Ouais, et c’est exactement ça l’une des choses les plus énervantes en anglais !

Alors, j’ai vu un gros-titre de France 3 il y a des semaines, et le croyais une grosse blague, quand en fait, c’était tout au sérieux :

Le gros-titre de cette capture d'écran de France 3 Normandie dit « Un jeune homme monte sur un wagon de la SNCF pour retrouver son ballon et s'embrase »
Capture d’écran

Bien sûr, je n’avais jamais vu « embraser » avec un « s » avant, et croyais que c’était censé être « embrasser ». J’avoue, ça donne un sens plutôt incompréhensible au gros-titre, mais il me semblait que ça voulait dire une espèce d’exhibitionnisme. Honnêtement, le mot « jeune » a beaucoup fait pour baisser mon niveau de scepticisme à cet égard.

Je n’ai pas d’excuses. Selon le Trésor, embraser dans le sens de « mettre en feu » date du XIIe siècle :

Étymol. et Hist. 1. Ca 1135 adj. embrasé « allumé, qui brûle » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, 290); ca1160 embraser « brûler » (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 9633)…Dér. de braise*; préf. em-(en-*); dés. -er.

Embraser

Et il y a un mot anglais, « brazier« , un genre de poêle à charbon, qui trouve ses origines dans le vieux français « braise » ; c’est-à-dire, exactement la même racine qu’embraser. Mais je dois vous dire, de nos jours, en anglais « braise » ne veut dire qu’une viande cuite d’une certaine façon, pareil qu’en français, alors j’étais bien perplexe quand Boby Lapointe a chanté des « yeux de braise » d’une certaine Françoise !

Alors, en cliquant, j’ai lu l’histoire et vite reconnu mon erreur. Puis j’ai lu qu’il « a été grièvement blessé ». Grièvement ? C’est mal écrit pour gravement ? Il s’avère que non, et en fait, alors que les deux sont des synonymes de nos jours, encore une fois on parle d’un mot dont l’origine se trouve dans le vieux français exactement où l’anglais se trouve aussi. Les racines de grièvement sont comme ça :

Ca 1175 grivement « fortement » (Horn, éd. M.K. Pope, 4733); 1457 griefvement « gravement » (Arch. Nord, B 1687, fo21 vods IGLF), ne subsiste que dans cet emploi. Dér. de grief1*; suff. -ment2*

Grièvement

Et ce mot « grief », d’où il vient ? Ça veut dire douloureux ou pénible, jusqu’au temps de la Chanson de Roland :

Ca 1100 gref « dur, pénible à supporter, douloureux » (Roland, éd. J. Bédier, 1687)

Grief

« Grief » en anglais de nos jours veut dire « deuil ». Mais le mot anglais se trace au vieux français, et les deux trouvent une racine en commun dans le verbe latin « gravare », ce qui veut dire « peser sur ». Vous reconnaîtrez sûrement un autre dérivé de gravare dans « gravité ».

Tout ça, c’est à dire que si j’ai mal compris cet article au début, c’est largement parce que je ne pense pas assez à l’anglais de l’époque de Guillaume le Conquérant. Et mes amis expatriés disent que je reste un peu trop bloqué dans le passé avec mes films de Louis de Funès. Ils n’ont aucune idée de ce qui veut dire « le passé » chez moi !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une histoire de trop.

Les Schtroumpfs de Landerneau

J’ai des témoins qui vous diront qu’en fait, ils ont reçu des parties du manuscrit hier. Ou aujourd’hui, vu le décalage horaire, mais ce niveau de chercher la petite bête est réservé à M. Descarottes et à La Fille. Pour décontracter un peu — à ne pas confondre avec « Je ne contracte pas ! » — parlons d’un événement qui a eu lieu il y a deux semaines, une réunion de personnes déguisées en tant que Schtroumpfs en Bretagne. Je crois que les locaux appellent ça, « la vie quotidienne », mais on ne sait jamais.

J’ai pris des nouvelles de cet événement grâce à un reel d’AFP sur Instagram. Si c’était une photo, je ne l’aurais jamais vue. Non, je ne suis pas obsédé, pourquoi ?

Ça nous montre qu’à Landerneau, une commune dans le Finistère, c’est-à-dire le département de M. Jours d’humeur — tout s’explique déjà — 3 076 personnes se sont réunies le 17 mai afin de battre le record mondial de Schtroumpfs. Ou, vu que la grande majorité du monde dans le clip font plus de trois pommes de hauteur, le record de personnes déguisées de cette façon.

Selon AFP, le record de 2 762 telles personnes appartenait anciennement à une ville allemande, ce qui est curieux vu que les Schtroumpfs ont été créés par un dessinateur belge. Ça sent encore une fois l’expansionnisme allemand. Mais même si tout le monde était là pour faire partie de cette tentative, le maire a interdit les bars de servir de l’alcool aux Schtroumpfs jusqu’après le comptage, parce qu’apparemment, il ne faut pas faire confiance aux bretons pour faire attention s’il y a un choix entre l’événement lui-même et boire. Ce n’est pas moi qui a adopté cette position, c’est le maire qui connaît mieux que moi ses compatriotes. Je dis ça, je dis rien.

Pourtant, il y a anguille sous roche ici. Nous savons tous qu’il n’y a qu’un seul et unique Grand Schtroumpf, ainsi qu’une seule et unique Schtroumpfette. Cependant, dans les photos, il y a évidemment plus d’un chapeau rouge et plus d’une blonde. Pas très schtroumpf.

Capture d'écran -- il y a au moins 2 Grand Schtroumpfs et 3 Schtroumpfettes
Capture d’écran du clip

Et dites-donc, M. Jours d’humeur ne nous a pas dit s’il était là ou non. J’ai recherché ses pages pour « Landerneau » et « Schtroumpfs » sans retrouver d’alibi pour le 17 mai. Qu’est-ce qu’il schtroumpfait ce jour-là ? C’est presque un aveu en soi, n’est-ce pas ?

Saison 4, Épisode 11 — Tout le monde aime Jodie

Si vous vous êtes jamais demandé à quoi ressemble la voix de la Grande Faucheuse, j’ai le bon épisode pour vous !

L’une des raisons pour lesquelles je suis le plus heureux que j’aie tourné le dos aux sports américains, c’est que le spectacle honteux qui s’est déroulé à Paris ce week-end après la victoire du PSG a également lieu à Los Angeles et à Philadelphie à chaque fois où leurs équipes gagnent quelque chose (liens en anglais). J’ai dit à un ami américain que Paris est devenu Philly-sur-Seine, ce qu’il n’a pas compris, mais qui m’a fait rigoler. (Philadelphie se surnomme « Philly ».) Mais la réalité, c’est que ce n’est pas drôle du tout. Il n’y a pas d’excuses.

Une mise à jour sur le livre : je suis maintenant à 123 000 mots, et il ne reste que 10 titres dans mon plan qui ne sont pas complets. Mais il y a des parties où je dis «Ça chante, c’est parfait », et d’autres où je dis « C’est pas censé être une liste interminable ! » Je vous ai mentionné « Le pèlerinage » ; je crois que c’est de la magie. « Les soldats » aussi, et « Rentrer pour la première fois », c’est à la fois familier et tout nouveau. J’adore ces parties. Mais il y en a d’autres — « La rencontre de Sainte-Jeanne et Louis », « La Grande Vadrouille » — où je me sens comme s’ils n’atteignent pas les hauteurs de mes attentes. Mais c’est bien le temps de chercher d’autres avis. Plus tard aujourd’hui (il faut que je me couche !), je recontacterai tous ceux qui ont indiqué de l’intérêt par les infos que j’ai pour vérifier s’ils ont toujours le temps. Si oui, ils auront des fichiers avant la publication de demain matin.

Mercredi, j’aurai une nouvelle prise de sang diabétique. Les chiffres me semblent excellents. Mais je croyais ça avant la dernière, et ça n’est pas allé du tout. Cette semaine sera donc stressante.

En environ dix jours, peut-être deux semaines, le blog atteindra une étape que je n’aurais jamais cru, la statistique la plus folle de toutes. Cependant, je ne sais pas quoi faire pour la fêter. Pouvez-vous deviner laquelle ?

Pour info, puisque ça fait 3 semaines de suite avec des blagues sur l’alcool : il n’y a pas de message là ; elles viennent toutes de sources différentes.

Notre blague se traite d’ivrognes. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Cochons Volants et Agneaux. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles car c’était déjà difficile d’em enregistrer autant.

Sur le blog, il y a aussi Les brookies de Péla, exactement le dessert nommé, Tueur en série, mes mésaventures en tant qu’aquariophile, Roméo et IA-ette, sur la tricherie au lycée, et C’est le 1er, version juin 2025, ma revue mensuelle de mes blogs préférés.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est le 1er, version juin 2025

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Il faut que l’on parle. Cette liste est truffée avec plus de jolies photos ici et là en France, encore plus que d’hab, au point où je veux juste pleurer. Allez prendre des photos de l’Allemagne ou le Rwanda, quelque part comme ça, afin que je sois moins jaloux, OK ? À défaut, des photos très détaillées des gâteaux Trépaïs et Belflore seraient les bienvenues afin que je puisse enfin les copier. Le choix devrait être facile, entre le Rwanda et la pâtisserie.

C’est la première fois où Dimanche avec Marcel aurait eu lieu le 1er, et je ne voulais pas reporter celui-ci jusqu’au 3, alors pas de Proust cette semaine. Honnêtement, je reste trop malade pour me pencher attentivement sur un livre. Ceci, je peux faire facilement.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

Nouveaux à moi :

  • Toujours rien. Deux mois de suite comme ça, c’est plutôt inhabituel !

Au revoir ou adieu :

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things n’a rien publié ce mois, mais ne va nulle part.

À encourager :

Rien de nouveau chez Le journal des Jum’s, La lectrice en robe jaune, Phrenssynnes, Les souris de Paris, La tête dans le panier, La triade littéraire de Velaris, L’autodidacte aux mille livres, Les Dédexpressions, Et si Facebook disparaissait?, Thriller Addict, Bessie’s Bazaar, Je suis sur la route, Maman Lyonnaise, L’Atelier du Phoenix, La bibliothécaire, Grain de Sable, et Bonheurs culinaires. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

Roméo et IA-ette

Je ne voulais pas dédier plus de temps à ce sujet, mais : 1) quelque chose d’horrible est arrivé au tout dernier moment de notre année scolaire hier, et 2) je suis horriblement malade et incapable de rien écouter pour le Projet 30 Ans de Taratata. Alors, quant au numéro 1, qu’est-ce qu’il y a ?

Hier était le dernier jour de l’année scolaire. La Fille avait déjà reçu toutes ses notes sauf un. Dans son cours d’anglais. Le prof avait dit à la classe la veille qu’il avait une nouvelle à cet égard.

Remontons le temps jusqu’en mars. Le grand projet de la classe a été annoncé au début du mois — les élèves allaient écrire des rédactions de 5-10 pages sur Roméo et Juliette. Pendant les deux mois suivants, La Fille a soigneusement fait ses recherches, avec de nombreux brouillons, beaucoup de lectures d’autres articles pour soutenir son argument — c’était plus que digne des meilleurs « Je découvre » de ce blog (au fait, il y a maintenant 16 pages de bibliographie dans le livre). Elle est sa propre écrivaine, mais si vous trouvez le niveau de détail ici parfois impressionnant, sachez qu’elle n’est pas différente.

Vu le gros-titre, vous savez probablement déjà où nous allons, mais c’est encore plus écœurant. La grande nouvelle du prof ? Selon le site TurnItIn (lien vers la version française), qui analyse les rédactions pour le plagiat et l’IA, 70 % des élèves avaient triché. Alors, afin de ne pas pénaliser ceux comme La Fille qui avaient fait leurs devoirs, il n’allait donner des notes à personne, et les notes pour la classe seraient seulement ce que l’on avait déjà gagné jusqu’en mars. Ça comprenait le tout dernier devoir de la classe, faire une vidéo pour analyser un film — selon lui, plus de la moitié de la classe avait apparemment triché là aussi, avec des scripts générés par les logiciels et parfois encore plus.

La « bonne » nouvelle, je suppose, c’est que La Fille sort de cette première année avec rien que des « A » sur son bulletin scolaire. Selon ce tableau, ça veut dire entre 16 et 19 pour tout :

Tableau qui dit qu'une note A+ vaut 19 ou 20, une A vaut 17 ou 18, et une A- vaut 16.
Source

Mais selon une autre source, peut-être seulement entre 13 et 19 :

Tableau qui dit qu'une note A+ vaut de 16 à 20, une A vaut 14 ou 15, et une A- vaut 13.
Source

Qui sait vraiment ? Pas moi ; je trouve le système français plutôt mystérieux. Mais je me sens quand même comme si quelque chose a été volé à La Fille. Pour ce qu’il vaut, TurnItIn a trouvé 13 % de ses contenus de ne pas être originaux à elle — on appelle ça, « les parties citées ». Alors le prof l’a félicitée devant les autres, mais elle n’aura pas quand même la récompense de savoir à quel point elle a réussi, ou pas. (J’ai lu sa dernière version. À mon avis, c’était digne d’une note « A », et je suis aussi sévère en jugeant ses travaux que les miens.)

Alors, une histoire. En terminale, j’ai suivi un cours de littérature espagnole. C’était horriblement difficile, mais j’ai bien réussi à la fin — et si vous vous souvenez du fait que je recommande parfois García Marquez et Miguel de Unamuno, c’est où j’ai appris à les aimer. Il y avait un examen de deux heures, et j’oublie pourquoi, mais la prof a quitté la pièce pendant une heure. Un autre élève — appelons-le « Ernest », car c’est son vrai prénom et je refuse de protéger ce type — a immédiatement organisé plusieurs autres élèves pour partager leurs réponses et tricher. Ernest m’a demandé « Tu ne vas pas nous rendre à la prof, oui ? » et j’ai répondu « Tout le monde est responsable de son propre travail ». Plus tard ce même jour, j’ai tout dit à la prof — personne ne devrait jamais me faire confiance pour l’aider à tricher.

J’ai reçu une mauvaise note pour l’examen — c’était difficile — mais les autres élèves ont été punis en quelque sorte. Je suis devenu le paria du lycée, encore plus quand même. Mais l’école avait déjà décidé qu’Ernest était digne des universités dites « Ivy League » et pas moi — malgré le fait que nos notes étaient identiques pendant les 3 premières années — alors ils ont caché le scandale de l’Université de Pennsylvanie, où il est allé. C’est pour cette raison que je n’ai jamais une fois fait de don à l’école, parce qu’ils ont récompensé la tricherie. Si vous vous demandiez pourquoi j’ai toujours eu une attitude très sévère envers tout genre de tricherie et de raccourci, voici l’origine.

J’ai écrit une note au prof pour le remercier pour sa décision. Je sais que tous les parents défendraient leurs enfants, alors mon témoignage ne servirait à rien, mais au moins personne ne profitera de ce qu’elle a fait. Les élèves tricheurs méritent pire, mais je sais aussi que le lycée n’a pas les ressources pour combattre une centaine de procès. Le prof a annoncé qu’il ne donnera plus jamais ce genre de devoir, et qu’au futur, ses élèves devront tout écrire dans la salle de classe. C’est lamentable, mais c’est l’avenir que les vendeurs de tels logiciels — et la malhonnêteté du plupart des gens — ont choisi pour nous.

Tueur en série

Comme arrive de plus en plus, je tire une source d’inspiration de quelque chose lu chez Il Est Quelle Heure, cette fois sur une plante bien-aimée, tuée par quelqu’un qui était censé s’occuper de son appartement. Dans ce cas, je parle plutôt de poissons, parce qu’à vrai dire, j’ai arrêté de m’occuper de plantes tout court après mon divorce, pour la même raison que Casimir ne sert pas de gloubi-boulga au Palais de l’Élysée. Certains désastres sont prévisibles. Mais cette histoire est beaucoup plus pénible que la sienne, parce que la seule erreur de sa part était de faire confiance à quelqu’un qui ne la méritait pas. Ici, c’est moi le coupable. Encore et encore et en masse.

Je voulais toujours garder des poissons dans mon propre aquarium, alors une fois célibataire à nouveau, j’ai acheté un aquarium de 38 L (en fait, la boîte disait 10 gallons, mais je fais toujours les conversions pour vous). J’ai ajouté les décorations que vous voyez en bas, un château et un coffre au trèsor, décorés selon ce que j’imaginais ma fille aimerait — elle n’avait qu’un an à l’époque, le gravier, une grenouille, et 4 poissons. Ça, c’était en 2011. La photo ici date de 2014. Il y a évidemment une trentaine de poissons. Permettez-moi de l’expliquer.

Photo de mon aquarium -- Au fond, il y a du gravier bleu. À gauche, un coffre au trésor, rose. À droite, un château à trois tours, aussi rose. Au centre, il y a 3 plantes vertes, en bonne santé. Il y a environ 30 poissons, tous de 1 cm ou moins.

En 2011, si les poissons avaient des enfants en pondant des œufs, je ne le savais pas. Je n’ai jamais eu de poissons qui vivaient assez longtemps pour se reproduire. Mais avec du temps et de l’expérience, je me suis rendu compte qu’en fait, il y avait des bébés — et la grenouille les mangeait tous, le salopard. Je sais, c’est la nature — mais la grenouille avait l’habitude de manger la même nourriture que les poissons, alors il ne m’est jamais arrivé dans l’esprit qu’elle ferait autrement.

Un jour en 2012, je trouvai la grenouille au fond de l’aquarium, mort. Elle s’était apparemment fait coincée entre des équipements et ne pouvait pas manger. Il n’y avait pas de larmes de ma part. Si j’avais su ce qui arriverait, j’aurais acheté un successeur.

Sans la grenouille, les poissons ont commencé à se reproduire. Je faisais d’extrêmement bon travail avec la chimie de l’aquarium, l’eau était toujours parfaite, et sans prédateurs, la population augmentait vite. Le temps qu’été 2013 arrive, j’avais une quarantaine de poissons dans l’aquarium et peu importe ce que je faisais, l’eau était toute sale. C’était dégoûtant.

Un jour, j’ai trouvé que tous mes poissons étaient morts — ils étaient morts grosso modo en même temps. J’étais triste à souhaits, mais j’ai décidé que j’allais règler le problème et essayer à nouveau. J’ai dû donc nettoyer l’eau de façon que les poissons n’étaient pas capable d’épuiser.

J’ai donc acheté un filtre externe, le genre qu’il faut connecter avec des tuyaux, beaucoup plus puissant que n’importe quel filtre interne qui s’attache au mur de l’aquarium. C’était un sacré monstre d’un filtre, capable de nettoyer plus de 60 L d’eau en continu. On penserait donc que c’était la solution. Mais on aurait tort.

Sans une grenouille ou autre prédateur, quand j’ai stocké l’aquarium avec 4 nouveaux poissons, tout ce que j’avais réussi à faire était d’augmenter la capacité de l’aquarium. Pendant les trois années suivantes, je vivais le même cycle encore et encore — les poissons se reproduiraient, l’aquarium atteindrait ses limites, l’eau deviendrait sale, les poissons ponderaient des œufs, puis mourraient, et le cycle recommencerait. Je me sentais horrible, et eventuellement, quand le cycle se termina après une autre extinction massive, j’ai décidé que c’était la fin de ma carrière d’aquariophile.

Alors, je suis le meurtrier responsable des morts de centaines de poissons sur une période d’environ 6 ans et demi. Je ne voulais pas avoir un prédateur dans l’aquarium car il me semblait que les poissons étaient là pour être des animaux de compagnie, pas de nourriture pour un autre animal. Mais sans limites à l’augmentation de la population, je les ai tous condamnés, et en quelque sorte, il me semble que ça me rend un pire monstre que si j’avais remplacé la grenouille.