Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

La politesse revisitée

Il y a des années, peu après ma première visite en France, j’ai écrit un billet pour exprimer à quel point le vouvoiement me manquait. Ainsi que d’autres choses : les caissiers qui ne criaient pas dans son dos, l’utilisation de « Monsieur » et « Madame » partout. J’ai des larmes aux yeux juste en y pensant. (Mes attentes ont vraiment baissé au cours de la dernière décennie.) Je ne savais pas ce que j’allais écrire ce soir jusqu’à l’arrivée d’un courriel inattendu, qui va très bien avec autre chose qui est arrivée hier. La politesse a tout à coup repris sa place.

Alors, le courriel. On est presque mars, et ça veut dire que c’est presque le temps pour sortir le prochain bulletin de l’OCA, ce qui arrive tous les deux mois. (Je dois toujours choisir les recettes !) Plus la date limite s’approche, plus je reçois des courriels avec des mises à jour. Rien de choquant, là. À chaque fois où je reçois un tel courriel, je réponds avec un remerciement, et je les signe tous « À bientôt, Justin ». Parfois, si c’est à quelqu’un de plus proche, j’écris plutôt « À+ », mais vous avez l’idée.

J’étais donc choqué à recevoir un courriel ce soir juste pour me dire « Désolé que je ne t’ai pas salué ». Euh, quoi ? Non, QUOI ?

NON, MAIS SÉRIEUSEMENT, QU’EST-CE QUI SE PASSE ?

Je ne sais même pas comment je le vérifierais, mais je crois que personne ne m’a jamais envoyé un courriel pour s’excuser. Jamais de la vie. (Je ne compte pas les courriels des services aux clients qui doivent faire ça, je veux dire juste ceux qui sont soit des connaissances soit des collègues.) Mais pour une si petite chose ? Honnêtement, très peu de monde se soucient des salutations dans de telles situations en anglais — il ne me serait jamais venu dans l’esprit que son premier courriel n’allait pas !

Pour ma part, je me souviens d’un bon nombre de courriels que j’ai écrits au cours de ma vie pour ce but, mais je suis un cinglé. Et dans la culture américaine, je dirais que ça donne l’impression que l’on a bel et bien mal rangé le bordel. Responsabilité pour son comportement, c’est pour les autres !

Passons à l’autre chose. J’ai récemment commencé à suivre un compte sur Instagram, les_states_et_moi, géré par quelqu’une qui a une boutique de même nom qui vend des accessoires de voyage. Elle a partagé des photos d’un arrêt tout inconnu à moi, pas loin de Las Vegas :

Mon excuse, c’est que l’endroit n’est pas le long des autoroutes que j’utilise pour y aller. On a échangé des commentaires :

Capture d'écran d'une conversation sur Insta :
Elle : « Vous vivez aux USA ou en France ? »
Moi : « Je suis californien de naissance et y reste. »
Elle : Des emojis avec les yeux énormes.

J’ai partagé ça sur Facebook avec le commentaire « J’ai parfois l’impression qu’il serait super si je pouvais échanger de place avec certains. » À ça, deux amis ont répondu que si je devais vivre en France avec un salaire français, je changerais rapidement d’avis. Je suis au courant que tout me semblerait plus cher là si je ne me suis pas déjà habitué aux prix californiens. Mais pour autant que je les adorent, ils se trompent. Ça nous amène à quelque chose que je veux dire depuis le début.

Connaissez-vous la théorie économique de la perte sèche ? Il y a plusieurs versions, mais quant aux impôts, l’idée est simplement que dans un marché il y a les courbes de demande et d’offre, et si rien n’interpelle les échanges, le point où les courbes croisent est l’équilibre, avec un maximum d’échanges. Si on fixe un prix — ou également, si des impôts s’imposent — le volume d’échanges sera moins que ce maximum théorique. Cette perte d’échanges est la perte sèche, et ça baisse la richesse d’une société.

Graphique de courbes de demande et d'offre avec des lignes qui montrent les changements dûs à fixer certains points.
Exemple de perte sèche, Image par Valmat, CC BY-SA 3.0

Les impôts en France sont plus hauts que ceux de chez moi. Je le sais, et c’est de ça que parlent mes amis. Mais ce dont je rends compte depuis longtemps maintenant, c’est qu’il y a d’autres biens dans la vie, et tant que l’on est libre de choisir entre ces biens, il n’y a pas trop pour s’en plaindre. L’Europe a en général choisi de vivre à un point différent sur ce graphique que les États-Unis. Cependant, les valeurs et la culture qui vont avec ce choix sont différentes aussi. Je ne ferais jamais le même choix si on parlait de l’Allemagne ni les Pays-Bas (je n’ai pas de dent contre ce dernier). Mais pour une culture où on offre ses excuses pour une salutation, et dit madame et monsieur ? Et mange des macarons en plus ?

Je l’assume.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Devinez quoi ?

Cette semaine, Langue de Molière part d’une question que La Fille m’a récemment posé. Elle voulait savoir… bon, vous allez voir que le problème, c’est que même moi, je suis pas sûr de comment exprimer ce qu’elle veut dire.

Je sais que quelqu’un venu de France comprend le problème en question. Il y a plus de 40 ans, un marseillais nommé Georges Marciano a déménagé aux États-Unis, où il a ouvert un magasin de couture, MGA. Mais il a rapidement changé d’avis, et l’a renommé « Guess ». Son entrée Wikipédia l’explique :

Alors qu’il ne parlait pas un mot d’anglais, il observe un panneau publicitaire « Guess where’s the best Hamburger ? Big Boy » et décide de renommer la compagnie « Guess ». « Guess, je ne savais même pas ce que ça voulait dire, mais je trouvais que ça se disait bien dans toutes les langues »

J’ai vu les t-shirts partout en grandissant, avec le point d’interrogation au-dessous du nom Guess en grosses lettres comme ça :

La chanteuse Lesha portant un t-shirt Guess, dont les lettres sont toutes en majuscule dans un triangle inverti, avec un point d'interrogation qui occupe la moitié du triangle en bas
La chanteuse Lesha portant un t-shirt Guess, Photo par litrec, CC BY-SA 4.0

Big Boy était anciennement une chaîne de restos rapides californienne, de meilleure qualité que McDo (et avec des serveurs), et dont il en reste quelques-uns dans le Midwest. Mais ce n’est pas notre sujet. C’est le mot « Guess ». Dans la pub qu’il avait vu, le sens de la question est « Devine où se trouve le meilleur hamburger ? » (rappelez qu’il n’y a pas de vous en anglais américain, seulement tu). Mais le mot « guess » est autant nom que verbe en anglais, et c’est ici où se trouve le problème.

Naturellement, ma première réponse est toujours de vérifier mon dictionnaire bilingue. Ça donne deux choix, supposition et conjecture :

Capture d'écran de l'entrée pour "guess" dans le dictionnaire Oxford

On penserait donc que c’est la fin de l’affaire. Mais je note quelque chose de curieux dans le reste de l’entrée. TOUS les exemples qui traduisent « guess » en tant que nom en anglais le remplacent par un verbe en français. Ça me donne l’impression depuis longtemps — car j’ai eu la même question avant — que on veut vraiment éviter un nom pour exprimer l’idée venant d’anglais. Voyons :

Capture d'écran de plus de l'entrée pour "guess" dans le dictionnaire Oxford

Les deux premiers exemples sont les plus importants pour notre but, car ils expriment exactement ce qui nous manque. Si on considère que « guess » veut dire « la chose rendue en devinant », on pourrait traduire « take a guess » par « faire la chose rendue en devinant ». Mais le dictionnaire Oxford donne plutôt « essayer de deviner », évitant tout court un n. Ailleurs, le dictionnaire donne « à mon avis » pour mon « guess » et « au hasard je dirais », les deux n’appuyant vraiment pas sur la même idée.

Il y a d’autres exemples :

Capture d'écran de plus de l'entrée pour "guess" dans le dictionnaire Oxford

« I’ll give you three guesses » se traduit comme « devine un peu », selon le dictionnaire, mais l’anglais là veut vraiment dire « devine 3 fois », ou plus précisément, rendre 3 des choses pour lesquelles on n’a pas de nom. Pour « good guess », un bon « guess », il donne « tu as deviné juste » — encore une fois, la transformation du nom en verbe. Et celui qui m’énerve le plus est sûrement l’exemple de « your guess is as good as mine ». Le dictionnaire donne « Je n’en sais pas plus que toi », une traduction qui ne remplace pas seulement le verbe deviner par savoir, mais cache le nom derrière « en ». C’est une blague pourrie, Oxford !

Sans copier les entrées de « supposition » ou « conjecture » ici, il suffit de dire que les significations données pour ces mots dans l’autre sens sont exactement celles qu’elles ont en anglais, et « guess » n’apparaît pas.

Ici, c’est donc à vous le public. Je crois que l’idée est suffisamment claire. Et peut-être que le français évite vraiment ce mot en tant que nom. Mais La Fille et moi, nous avons du mal à croire que cette idée est aussi impossible à traduire que ça. Vos suggestions sont les bienvenues.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de l’obsession américaine, Coke.

Je veux croire

Hier, j’ai vu l’introduction la plus parfaite possible à ce post chez Light&Smell, complètement par hasard. Elle a critiqué un roman, L’enfant aux cailloux, sur une retraitée qui n’a rien de mieux à faire que regarder ses voisins, jusqu’au moment où elle voit ce qui semble être un cas de maltraitance sur enfant. A-t-elle raison ? Il faut lire le roman pour en savoir plus. Mais ça m’a rappelé exactement la bonne histoire de mon père.

Quand il était gamin, sa famille habitait en Enfer, ou comme ça se prononce en anglais américain, le New Jersey. (Ne me croyez pas sur parole, voici un « reel » en français sur Instagram par mon amie Mathilde, qui témoigne à cette réputation.) Il avait une voisine retraitée, une Mme Mance, qui vivait en face de la rue. Mme Mance aimait espionner les voisins par la fenêtre, cachée derrière un store vénitien. Un jour, la famille de mon père a adopté un chien, nommé Paws (« Pattes » en français, prononcé comme « pause »). Paws, lui aussi, aimait regarder la rue par la fenêtre, derrière un store vénitien.

Ça a rendu folle Mme Mance. Tout ce qu’elle voyait chez mes grands-parents, c’était une paire d’yeux. Mais au milieu de la journée ? Les enfants à l’école, les parents au travail, qui était là ? Un locataire ? Mais elle n’a jamais vu une autre personne ! Après des semaines, elle a enfin demandé à un voisin. Mme Mance était soit si gênée soit si fâchée à découvrir qu’elle espionnait un chien qu’elle n’a plus jamais parlé à la famille de mon père. Mais le vrai problème, c’était que Mme Mance ne savait pas s’occuper de ses propres oignons.

Avez-vous vu la série X-Files : Aux frontières du réel ? Il y a une célèbre affiche, probablement l’accessoire le mieux connu de l’émission, avec une soucoupe volante et la légende « Je veux croire » (bon, en anglais, rien n’est parfait) :

Affiche à soucoupe volante
Source, ©️20th Century Fox

L’affiche se trouve dans le bureau de l’un des deux personnages principaux, l’agent spécial du FBI, Fox Mulder. Il croyait à presque toutes les théories des extra-terrestres, des pouvoirs psychiques et ainsi de suite. Il s’est avéré à la fin que presque toutes ces choses étaient réelles dans l’univers de la série — mais pour des raisons diverses, les personnages principaux n’arrivent jamais à convaincre qui que ce soit de ce qu’ils ont vu. Je vous jure que je vais relier ces histoires.

Ça nous amène au vrai sujet du jour. Je vous ai parlé avant de mon meilleur ami et son habitude de croire tout ce qu’il lit en ligne, tant que ça rentre dans ses biais. Il nierait ça, mais on parle du même ami qui croyait sur rien d’autre qu’un tweet d’un inconnu que la Chine avait reconstruit Notre-Dame. Une autre fois que je n’ai pas mentionné ici avant, il a insisté que Rolling Stone — ici magazine complotiste autant que sur la musique, je ne sais pas si la version française est mieux à cet égard — avait des preuves (lien en anglais, mais payant) que M. Trump avait un document qui prouvait que M. le président Macron aimait trop La cage aux folles, si vous me suivez. Rolling Stone a perdu plusieurs procès pour des histoires complètement fausses, notamment celle-ci (lien en anglais). Puis il était convaincu par la rumeur dégoûtante à propos de Mme Macron, pour laquelle il n’y avait jamais aucune preuve.

Ce que tout ça a en commun, c’est que sa seule source était Twitter à chaque fois. Quand je lui demande où il a entendu telle ou telle chose, c’est toujours « J’ai demandé à Grok », l’IA de Twitter. Mais il ne comprend pas — et ce n’est pas juste lui, c’est la grande majorité du monde — qu’il n’y a pas de preuves derrière n’importe quelle IA ! Elles apprennent à parler en « lisant » tout le web, mais en général, il n’y a pas de mécanisme pour reconnaître quelles sources sont fausses.

L’exemple qui a provoqué ces réflexions ? Ce week-end, il m’a dit que les œufs ne coûtent que 20 centimes américains la douzaine en Chine, ce que Grok lui avait dit. Je ne parle pas chinois, mais à ce point, si on me dit qu’une IA dit que 2 + 2 = 4, je nierai les maths. Alors j’ai recherché les caractères chinois pour les œufs — 鸡蛋 — puis les noms des supermarchés chinois, et trouvé des œufs sur le site d’un supermarché qui est également à Hong Kong qu’en Chine, PARKnSHOP. Voici le prix en dollars de HK :

Capture d'écran des prix de deux boîtes d'œufs sur le site d'un supermarché chinois
Capture d’écran

Puis j’ai découvert que le site était également disponible en anglais. Tant pis pour moi. Mais 23 $ HK en USD, c’est environ 2,96 $, ou 2,86 €. On est loin de 20 centimes ! Oui, Hong Kong est plus riche que la Chine continentale, mais qui me dit tout le temps que non pas seulement le Hong Kong, mais le Taïwan aussi, font partie d’une seule Chine ? (J’ai du mal à trouver un site sur le continent qui me donnera ses prix.)

Un autre exemple ? Une journaliste gauchiste voulait justifier la grâce offerte par M. Biden à son fils. Elle a publié ce tweet qui a dit que le président Wilson avait fait pareil pour son beau-frère, Hunter deButts :

Capture d'écran d'un tweet d'Ana Navarro-Cárdenas, qui dit en partie « Woodrow Wilson a gracié son beau-frère, Hunter deButts »
Capture d’écran

Le seul problème ? ChatGPT avait inventé cette personne, et rien de la sorte n’est jamais arrivé !

Vous voyez sûrement où je vais. On parle d’un homme bien au-dessus de la moyenne, un docteur, et avant ça, diplômé de l’une des facs les plus difficiles aux États-Unis. Il sait mieux que cette journaliste, mais les IA leur disent ce que les deux veulent entendre, et c’est parti !

Le lien aux X-Files est donc assez évident. Ils veulent croire. Mais le rapport avec Mme Mance ? Rappelez le prix des œufs en Chine et ce que j’ai fait pour le vérifier. C’est la limite de mes compétences car je ne parle pas la langue. Mais là où je ne peux rien vérifier, j’essaye de ne pas avoir des avis forts, ou mieux, de me taire. Une leçon qui aurait épargné la pauvre Mme Mance.

Saison 3, Épisode 47 — 50 mots de neige

Quelle semaine, hein ? J’ai commencé de mauvais humeur à cause d’un cas de « Yankee go home » (merci de l’invitation de rentrer des États-Unis), puis nous étions tous horrifiés par la tragédie de Louise, puis la Saint-Valentin est arrivée. Et je ne vous ai même rien dit sur ma voiture ni la dernière « frasque » (pas drôle du tout) de mon ex. Je ne peux rien dire sur cette dernière, mais

Si le karma est réel, j’espère que je paye pour avoir été Gengis Khan, Jack l’Éventreur et un leader allemand. (N’oubliez pas que j’ai le bon brassard — et c’est exactement son style de faire semblant de croire que c’est une croyance plutôt qu’un héritage. C’est déjà arrivé au moins une fois.)

Pour info, il n’y avait pas d’accident de voiture. Mais j’ai dû passer une semaine entière sans la mienne parce qu’un support moteur s’est cassé, et le concessionnaire a reçu la mauvaise pièce pour la remplacer. En plus, j’ai dit adieu aux 4 pneus en même temps.

Cerise sur le gâteau, toutes les années, mes parents essayent de me faire gêner en m’invitant à dîner pour la Saint-Valentin. D’habitude je refuse. Mais cette fois, qui a dû m’amener chez le concessionnaire ? Et qui a dit, « Dis-donc, il est déjà 17h, allons dîner ensemble ? » Et c’est qui le con qui n’a pas aperçu le piège ? Ouaip.

Une bonne nouvelle ? La prof de français de La Fille m’a dit qu’elle devrait sauter un cours. Son courriel dit « Elle n’aura aucun problème à être en Français 3. Elle connaît du vocabulaire de niveau 3 et même de niveau AP. » AP est le niveau le plus haut de tous les lycées américains et veut dire « placement avancé ». Et la première année n’a même pas fini !

Je vous ai dit que la France entière est passée par ici à la recherche des brookies le 13. Je ne plaisantais pas — 288 clics juste pour ça !

Capture d'écran des statistiques Google qui montre 288 clics le 13, 3x plus que d'habitude

Mais si je suis honnête, ils cherchaient tous la recette de Nina Métayer, pas la mienne. La voilà, les gars — ce n’était pas disponible à l’époque. Je tire profit juste d’avoir mentionné son nom en tant que source d’inspiration. Au fait, Harry Potter. Ça n’a rien à voir avec les contenus du blog, ni de l’épisode, mais apparemment, dire les bons noms vaut de l’attention.

L’expérience d’utiliser une pâte plus épaisse avec une plus petite douille pour les macarons géants n’est pas bien allée (c’était donc la coque du fond). Je crois qu’une douille entre les tailles de l’originale et la nouvelle fera l’affaire, mais je ne vais pas bientôt chez Surfas pour en acheter. (J’ai aussi une autre théorie à tester.)

Photo de la coque fait avec une pâte hyper-épaisse et une douille qui fait la moitié de la longueur habituelle.

Un mot sur vos notes gentilles qui s’inquiètent que je me torture avec M. Proust. Je me sens énormément coupable pour ne pas l’avoir terminé il y a 25 ans, car c’était un cadeau cher, alors oui, il y a des questions psychologiques si on veut les rechercher. Mais je suis certain que l’on partage tous l’expérience de devoir lire des pavés dits « classiques » aux écoles, qui sont plus un devoir qu’un plaisir. Si Proust se traduit par Steinbeck ou Dreiser à cet égard, c’est néanmoins le cas que ce livre en particulier reste votre expérience plutôt que la mienne. Vu que je cherche à tout comprendre, voilà. Et si je vous fais sourire en même temps, sachez que rien ne me plaise plus. (Bon, vu mes plaintes habituelles, rien que je puisse contrôler.)

Notre blague traite du mort-aux-rats, ou comme mon ex l’appelle, mon dîner. (J’entends parler que ça se dit aussi « poison de belle-mère ».) Nos articles sont :

Les gros-titres sont Hossegor et Genève. Les Bonnes Nouvelles traitent du premier effort en France (où j’en suis au courant) de réaliser le programme Descarottes — et je plaisante seulement un peu !

Sur le blog, il y a aussi Votre pire loisir, ma plainte habituelle sur ceux qui me disent « Reste aux É-U », N’oubliez pas Louise, mon cri de cœur pour cette tragédie insensée, La « tarte à la crème de Boston » à la française, mon dessert pour la Saint-Valentin, et Je découvre Paul Personne, la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines faites maison par Justin Busch

Dimanche avec les Vinteuil

On reprend Du côté de chez Swann avec un cœur lourd, parce que finir la semaine la plus déprimante de chaque année avec exactement ce que j’ai lu dans ce livre cette semaine…je ne peux que citer le grande philosophe Calimero, qui nous dit « Ça, c’est injuste, c’est vraiment trop injuste. » J’avance de 40 pages cette fois ; on a terminé 40 % du premier tome, mais l’épreuve que je me suis mise, je n’aimerais pas la revivre.

Vous souvenez-vous des Vinteuil, le prof de piano et sa fille ? Je me suis demandé la dernière fois si l’odeur d’amandes amères liée à Mlle Vinteuil voulait dire quelque chose de sombre. Avant de continuer, j’aimer donner tout le crédit pour ça à la première ligne de L’amour aux temps du choléra, qui dit « L’odeur d’amandes amères rappelait toujours au docteur Urbino le sort de l’amour sans retour. » Je déteste ce livre-là, qui a donné au jeune moi la fausse idée que patienter 50 ans pour quelqu’une est noble. Mais le lien entre les amandes (vraiment, la cyanure) et la mort est gravé dans mon esprit. De toute façon…

On apprend qu’une femme est venue vivre chez les Vinteuil, et que tout le monde le croit un scandale sauf M. Vinteuil, qui se convainc qu’elle est là pour des raisons désintéressées.

À partir d’une certaine année on ne la rencontra plus seule, mais avec une amie plus âgée, qui avait mauvaise réputation dans le pays et qui un jour s’installa définitivement à Montjouvain. On disait : « Faut-il que ce pauvre M. Vinteuil soit aveuglé par la tendresse pour ne pas s’apercevoir de ce qu’on raconte, et permettre à sa fille, lui qui se scandalise d’une parole déplacée, de faire vivre sous son toit une femme pareille. Il dit que c’est une femme supérieure, un grand cœur et qu’elle aurait eu des dispositions extraordinaires pour la musique si elle les avait cultivées. Il peut être sûr que ce n’est pas de musique qu’elle s’occupe avec sa fille. »…L’amour physique, si injustement décrié, force tellement tout être à manifester jusqu’aux moindres parcelles qu’il possède de bonté, d’abandon de soi, qu’elles resplendissent jusqu’aux yeux de l’entourage immédiat.

Désolé pour la longue citation, mais ça explique en même temps le comportement de cette femme et la dénégation de M. Vinteuil. Bref, sa fille a pris une amante lesbienne sous leur toit. Proust dit ça de manière si elliptique que j’ai dû relire cette partie plusieurs fois pour la comprendre.

Puis, la tante Léonie meurt. Le narrateur avoue qu’il avait mal compris l’attitude de Françoise à son égard. Il avoue en plus qu’il avait développé l’habitude de dire du mal de sa tante afin de contrarier Françoise. J’avais dit plus tôt que je me méfiais des commentaires du narrateur, selon qui tout le monde se révèle de caractère lamentable tôt ou tard.

Puis le narrateur décrit une pensée pendant ses balades qui m’a fait arrêter tout court

Parfois à l’exaltation que me donnait la solitude, s’en ajoutait une autre que je ne savais pas en départager nettement, causée par le désir de voir surgir devant moi une paysanne que je pourrais serrer dans mes bras. 

Ah oui ? On attrape souvent n’importe quelle paysanne par hasard ? Je sais que le livre a plus de 100 ans, et les mœurs ont changé, mais pas comme ça, je pense. Ce n’est que le début d’une longue digression sur son désir de trouver n’importe quelle fille de la région. « Heureusement » pour elles, cette partie se termine par un rappel que le narrateur est, en fait, aussi incapable de s’exprimer que moi.

ne pouvant me résigner à rentrer à la maison avant d’avoir serré dans mes bras la femme que j’avais tant désirée, j’étais pourtant obligé de reprendre le chemin de Combray en m’avouant à moi-même qu’était de moins en moins probable le hasard qui l’eût mise sur mon chemin. Et s’y fût-elle trouvée, d’ailleurs, eussé-je osé lui parler ?

Je n’en peux plus de ce type.

Je ne vais rien citer des 10 dernières pages de ma lecture de cette semaine. Un certain temps passe — il ne m’est pas clair combien, et M. Vinteuil meurt. Le narrateur espionne Mlle Vinteuil et sa copine par la fenêtre et écoute leur conversation. Il s’avère qu’elle méprise son père disparu, mais aime l’entendre dans la bouche de sa copine. Proust appelle ça du sadisme, mais je ne suis pas sûr de qui est la victime. Le narrateur dit encore et encore que Mlle Vinteuil est en deuil, mais ça me semble sa naïveté. Quand c’est moi qui appelle quelqu’un naïf, cette personne est vraiment un danger à soi-même.

M. Vinteuil avait ses défauts, mais je crois qu’il n’était pas un mauvais type, et cette partie était extrêmement dure à lire. Je ne garde pas beaucoup d’espoir que le reste s’améliorera, mais si le narrateur arrête de parler de ses fantasmes féodales envers les femmes du quartier, ce sera un soulagement.

(Ne me dites pas que ça arrive si vous l’avez déjà lu. Laissez-moi garder un peu d’espoir.)

Je découvre Paul Personne

On reprend enfin le Projet 30 Ans de Taratata avec le dernier membre du quatuor qui a joué des chansons d’Eddy Mitchell, Paul Personne. J’avais déjà entendu parler de lui grâce à ce post de Juliette qui avait attiré mon attention. Mais je n’étais pas quand même préparé pour cette représentation-là, qui a garanti que je n’allais nulle part.

Photo de Paul Personne devant un micro, avec une guitare acoustique
Paul Personne, Photo par Georges Seguin, CC BY-SA 3.0

Paul Personne est né René-Paul Roux en 1949 à Argenteuil, ou comme dirait le reste du monde, Paris. Sa famille lui a acheté un accordéon, erreur catastrophique qui a failli priver le monde d’un excellent guitariste. Heureusement, il l’a rejeté et s’est mis à apprendre la batterie. Mais les années 70 ne voient pas de grand succès pour le jeune René-Paul, et il travaille en tant que mécanicien alors que 3 groupes de suite viennent et partent. Ici, on ne considère que sa carrière en tant que soliste, qui s’est lancée avec l’album « Paul Personne » en 1980. (Wikipédia insiste que l’album s’appelle « Faut que ça bouge », mais son site officiel donne son nom de scène. Je dirais que c’est lui l’expert sur soi-même.)

Qu’est-ce que l’on entend dans cette première chanson, titre de l’album ou non ? C’est le blues comme on l’aurait trouvé dans n’importe club à Chicago des années 60, mais en français. Tout comme le jeune Eddy Mitchell, sa carrière se lance sur des copies du style qui l’inspire. Mais c’est un bon début, et très agréable à écouter :

Un autre point fort, c’est « Je vis avec le blues », paradoxalement plus rock malgré le titre.

J’ai eu du mal à trouver les crédits pour son deuxième album, « Exclusif », mais sa bande a évidemment grandi, parce que là où tout était des guitares, de la batterie et un clavier, il y a maintenant une saxophone aussi. J’applaudis le choix, et non pas seulement car je suis aussi saxophoniste — « Comme un étranger » est plus intéressant, plus mélodique que son premier album.

Je ne pouvais pas trouver l’enregistrement original de « Ça va rouler », autre morceau du même album, mais la version en live liée ici montre que sa technique était déjà devenue plus compliqué, avec des arpèges partout.

Ses capacités en tant que guitariste continuent de s’améliorer avec son troisième album, « Barjoland », sorti en 1984. On peut toujours entendre des influences de la musique américaine des années 60, mais maintenant je dirais que l’on parle de The Ventures, un groupe renommé pour son talent musical.

Un point moins fort pour Paul Personne, c’est sa voix. Il a une voix très râpeuse, ce qui marche bien dans ses genres préférés, mais quand il a sorti 24/24, un album très années 80, il comptait sur sa voix comme son instrument principal. « Faut qu’j’me laisse aller » et « Frankie et Johnny » sont dures à écouter et je n’ai pas profité de cet album.

Il me semble que son équipe était d’accord. Après une pause de 4 années, en 1989, il sort « La chance », album qui montre une technique d’enregistrement pas vue avant chez lui : l’effet chorus, qui donne l’impression de plusieurs chanteurs, et a tendance de réduire les sonorités râpeuses. Écoutez sa voix sur la chanson du titre, et l’effet est bien clair :

« Comme à la maison », sorti en 1992, est un album très inhabituel — enregistré tout seul chez lui. Je l’aime moins — alors qu’il y a des chansons jouées de façon acoustique (Vagabondage) et électrique (Serenity Street), elles ont en commun le sens d’être ce que l’on entendrait d’un musicien (ou deux) au coin de la rue. Je suppose que c’est authentique aux racines des blues, mais c’est un vrai départ du reste de ses œuvres à ce point.

« Rêve sidéral d’un naïf idéal » est encore une fois un changement de direction. Cette fois, on le voit en mode « Steely Dan« , hyper-raffiné avec de nombreux musiciens pour l’accompagner. « Un Tax’Man pour l’Île au Trésor » aurait pu apparaître dans l’album Pretzel Logic. Mais pour moi, le grand régal de l’album est « Jet Set Boogie », du rock sur un tempo rapide, mais en même temps moins bruyant que ses premiers albums. Ça montre très clairement sa virtuosité à la guitare :

On saute plusieurs années jusqu’en 2000, à « Patchwork électrique », enregistré avec une collection énorme de collaborateurs, dont un rappeur pour la première fois (qui est là pour des effets « scratch », pas pour chanter). C’est plus du mélange de rock et de de blues que l’on attend chez lui à ce point, mais je note un changement dans la qualité de sa voix. De la chirurgie ? Des leçons ? Je ne sais pas, mais c’est beaucoup moins râpeuse. Je la trouve très agréable :

Il reste –incroyablement — une quinzaine d’autres albums après ça, mais beaucoup sont des concerts ou « best-of », alors on finira avec « Puzzle 14 », sorti en 2014. Regardez l’art de l’album dans ce clip de « Mainmise » — pour lui, c’est toujours 1970, si avec des techniques de production modernes, et honnêtement ? Je l’adore pour ça. Paul Personne a une vision très particulière de ce qu’il aime, il y reste fidèle, et au fil de sa carrière, il la fait de mieux en mieux.

C’est très facile à comprendre pourquoi Nagui l’a choisi pour accompagner Eddy Mitchell. Il est un peu plus jeune, sa carrière n’a vraiment pas commencé que presque 20 ans après Eddy, mais les deux sont « deux petits pois dans la même gousse », comme on dit en anglais. Je vous ai dit qu’Eddy Mitchell représente un de deux chemins vers la France, celui des bilingues et de la culture américanisée. Paul Personne joue absolument sur ce chemin. Mais il fait son travail avec tant de passion, tant de dévouement, que je ne peux que l’aimer pour ça.

Ma note : J’achète l’intégrale.

La « tarte à la crème de Boston » à la française

J’avais collectionné tout genre de mèmes amers pour partager aujourd’hui. Mais après hier, je me suis dit « Qu’est-ce que tout le monde veut de votre côté ? » Et la réponse, c’est évidemment « des desserts ». Puis, j’étais frappé par un coup de Google — la France entière est passée par mon blog pour chercher les brookies. J’ai donc pensé aux brownies du deuxième pire jour de ma vie — mais en fait, vous avez déjà cette recette dans celle des brookies. Alors j’ai décidé de revisiter une autre Saint-Valentin échouée avec cette mise à jour d’un classique de la pâtisserie américaine, la « Boston cream pie » :

Tarte à la crème de Boston entière
Haute résolution en cliquant

Mais ne vous inquiétez pas, cette recette ne sera pas comme les autres. Comme pour mon anniversaire en 2022, M. Descarottes est de retour pour vous régaler avec ses commentaires. À vous, monsieur !

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N’oubliez pas Louise

Je suis bien au courant que pour beaucoup de monde, le point fort de ce blog est l’atmosphère largement positive. Sauf en février. Et en juin. Et pour mon anniversaire. Et autour de Noėl. Mais au-delà ça… Malheureusement, j’écoutais RTL Soir hier, où j’ai entendu la conférence de presse du procureur qui gère l’enquête sur le meurtre de Louise. Aujourd’hui ne verra pas un de ces posts « feel-good ».

Je peux imaginer juste un peu le cauchemar qui vivent les parents de Louise en ce moment. C’était exactement à cause du fait que je pouvais me mettre dans la place d’autres parents d’une fille de cet âge que j’ai lancé les dons de plaquettes annuels. Encore pire, et c’est un témoignage au bon cœur de la petite, le saligaud qui est responsable lui avait demandé de l’aide pour trouver son portable (pas vraiment perdu). Elle voulait juste aider un inconnu. Je n’ai pas de mots pour la rage que je ressentirais si c’était La Fille.

C’est ici où je dirai quelque chose que je ne regretterai pas, mais je sais que ça vous choquera. Aux États-Unis, il y a un juge pour chaque procès, mais la décision de coupable ou non est prise par un jury de 12 citoyens ordinaires sélectionnés juste pour le procès, contre 6 en France pour les cours d’assises. Il arrive parfois chez moi, si quelque chose se passait comme, disons, le cadavre d’Owen le meurtrier se retrouvait dans la rue, poignardé une centaine de fois, et l’ADN du père de Louise est là, un jury refuserait de reconnaître le père coupable. La vengeance de cette façon n’est pas censée être légale, mais…si je faisais partie d’un tel jury, le père serait libéré. Surtout s’il n’avait pas d’histoire criminelle.

Il y a quelque chose qui me rend fou sur ce type. J’entends parler, et apparemment plusieurs témoins ont déjà attesté à cette partie, que cet Owen était accro à des jeux vidéo, surtout la bêtise dite Fortnite. Selon Franceinfo :

« son petit ami jouait à Fortnite et avait eu unealtercation en ligne avec un autre joueur qui l’insultait ». « Très énervé, il arrêtait de jouer et sortait de la maison comme il le faisait souvent pour se calmer »

Meurtre de Louise, Franceinfo

D’une part, c’est bien connu, et un objet d’autodérision dans la communauté de joueurs, que beaucoup d’entre nous — j’hésite á dire « nous » parce que j’évite à tout prix jouer contre des inconnus en ligne — ont des problèmes de maturité. J’ai mentionné à une amie lyonnaise, très fâchée déjà, qu’en anglais, il y a un mot, « ragequit » (abandonner/quitter dans un état rageux), que les joueurs utilisent pour décrire les gens qui tirent leurs manettes contre l’écran et quittent les jeux. Hyper-adulte, ça. Il y a d’autres comportements puérils. Voici un dessin que je traduirai :

Dessin de Penny Arcade. Il y a plein de dialogue, traduit ailleurs dans l'article.
©️Penny Arcade, 2008

Ça vient d’un « webcomic » dit Penny Arcade. Le type dans la chemise jaune s’appelle Gabe ; celui dans la chemise bleue s’appelle Tycho. Le dialogue va comme ça :

Gabe : OK. Quel est le plus grand problème de Soul Calibur en ligne ?

Tycho : Euh…les délais ?

Gabe : Faux ! C’est que l’on ne peut peut pas étrangler les autres sur Internet. Jusqu’à maintenant.

Gabe : C’est simple. Je serre ce cou en silicone dans les mains. Cet étouffement est transmis à des mains en titane qui ferment autour de la gorge de mon adversaire.

Tycho : Il paraît que le vendre sera difficile.

(Boîte qui montre « des raisons pour laquelle Gabe vous étranglerait » )

Ce dessin a déjà presque 17 ans. Ce problème n’est pas nouveau. Cependant, et c’est important, ce monsieur avait plus de problèmes que les jeux vidéo. Il s’avère qu’il avait déjà tenté la même chose une semaine plus tôt, sans succès selon Franceinfo « Le suspect avait déjà abordé une collégienne dans le même secteur le 4 février. » Évidemment, il avait de graves problèmes psychologiques.

Ce n’est pas du tout à excuser le rôle de Fortnite dans sa vie. Mais je fais la comparaison avec cet autre même que j’ai récemment vu, du Super Mario Bros original :

Il y a deux légendes. La première dit : « Moi : Les enfants, vous passez trop de temps sur les écrans ! » La deuxième dit : Moi en 1992 passant 3 jours entiers à essayer de faire le putain de saut pour passer ce trou. »

On n’a jamais entendu parler de quelqu’un qui est devenu fou à cause de Mario. Ces jeux ne sont pas joués contre des inconnus, il y a des différences très évidentes entre les bons et les méchants, le monde est en général très mignon, et si on échoue, on sait que c’est de sa propre faute. C’est pour ça que seulement les jeux de Nintendo sont permis chez moi, un choix fait exprès il y a une décennie quand j’ai acheté une Wii U pour La Fille. Il y a des jeux de Nintendo où on tue vraiment des ennemis, mais il n’y a jamais du sang, et il n’y a rien de réaliste.

Fortnite est loin d’être le pire à cet égard, mais ce n’est pas les contenus que je crains le plus — c’est la culture autour de tels jeux. On peut parler à haute voix avec des inconnus pendant les matchs en échangeant des insultes. Ce qui était une blague en 2008 est devenu la réalité en 2025, sans les manettes en forme de cou. C’est tout le harcèlement des écoles sans les profs ou directeurs qui pourraient corriger les mauvais comportements.

J’ai le cœur absolument brisé pour Louise et sa famille. J’espère que cet Owen passera le reste de sa vie en prison. Mais j’espère surtout que cette tragédie provoquera des réflexions dans la communauté de joueurs des jeux vidéo sur les comportements qui vont avec, et de ne plus supporter les gestes anti-sociaux au nom de compétition.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les 50 mots de neige esquimaux

Il y a des décennies, un linguiste américain, Geoff Pullum, écrivait une colonne pour un journal académique, Natural Language & Linguistic Theory (Langue naturelle et théorie linguistique). Après des années, il a publié un recueil, The Great Eskimo Vocabulary Hoax (Le Grand canular du vocabulaire esquimau). Le livre est nommé pour son essai le plus célèbre — la fausse « découverte » que la langue esquimaude avait plus de 50 mots différents pour des genres de neige. La réalité, c’est que l’esquimau fonctionne comme l’allemand avec moins de morts, où des phrases entières sont représentées dans un seul mot plein de préfixes et de suffixes. Mais c’est Langue de Molière ici, et mon sujet du jour, c’est le point auquel le français est le vrai esquimau !

Tout ça a commencé à cause de mon amie rouennaise, qui poste parfois des photos de son quartier avec la légende « ça caille ». Je note qu’il fait 7° C aujourd’hui là-bas, mais 16° C à Elbe-en-Irvine. On penserait donc que je n’ai rien pour m’en plaindre, mais je porte une veste tout ce mois, et ça ne m’a jamais empêché quand même. Mais vu que je n’ai jamais vu de la neige en Californie du Sud sauf pour un matin en 1989 (sérieusement), presque tout ce qui suit vient d’un article de la prof de Français Langue Étrangère Sandrine Escoffier.

On commence avec « ça caille », expression de laquelle elle dit « cela signifie qu’il fait un froid de canard ». Super, définir de l’argot par le biais d’autre argot ! Non, mais elle explique que l’on dit cette dernière parce que les canards s’en fichent du froid et se mettent dans l’eau même en hiver.

Cependant, est-ce vrai ? Oui, et j’ai trouvé ce clip où une paire de lunettes Jamy explique comment font les canards. Au fait, il s’avère que le mot français pour les plumes les plus proches de la peau, le « duvet » est aussi le mot anglais pour ce qui se dit en français la « couette ».

Une fois sous nos couettes, on reprend la neige. Elle commence avec le givre, apparemment de la glace qui forme sur tout sauf le sol pendant la nuit. C’est donc de la rosée, comme on voit sur nos voitures en Californie si elles restent dehors pendant la nuit, mais gelée. Pas si difficile.

Mais le měme truc sur le sol, où il devient tout sale, parce que comme a dit Adrian Monk, « La nature, c’est sale », c’est le verglas. En anglais, on dirait apparemment « black ice », « glace noire », selon mon dictionnaire bilingue. Je ne sais pas. Il faudrait que j’entende cette expression afin de la connaître — ce phénomène n’existe en Californie du Sud ! Si la rosée tombe par terre, le sol est simplement mouillé. On n’a pas de mot pour ça.

La « glace », elle est apparemment plus solide que le givre. On peut y patiner, selon Mme Escoffier. C’est quoi, patiner ? Non, je plaisante, mais je n’ai jamais, même une fois, vu quelqu’un en train de patiner sur un lac. C’est toujours sur une surface artificielle, avec des Zamboni. Vous les appelez « surfaceuse », selon Wikipédia, mais en Amérique du Nord, elles sont connues par la seule marque, tout comme on dit « Google » pour rechercher même avec Bing.

Alors, pour vous expliquer comment je peux être si ignorant, permettez-moi de partager un mème en anglais :

Photo avec deux légendes, « 10° C à San Diego » et « 10° C dans le Wisconsin ». (En fait, elles disent 50° Fahrenheit, car c'est en anglais.)
Source

En haut, ça dit « 10° C à San Diego », où tout le monde s’habille en cagoules, en gros manteaux, et en gants. Puis il y a « 10° C dans le Wisconsin », très au nord du pays, où tout le monde s’habille en robes sans manches ou en short. Pour les californiens, ces températures sont largement inconnues et on ne sait pas quoi faire face à un peu de froid. Dont moi, absolument.

Je ne peux pas mentir, voici la seule glace dont j’ai envie de faire la connaissance :

Entrée de chez Berthillon
Chez Berthillon à Paris. Photo par David Monniaux, CC BY-SA 3.0

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec un sujet spécial suggéré par La Fille. Vous ne devinerez pas quoi !

Votre pire loisir

En anglais, quand on parle de « The Talk », La Conversation, ça veut dire que l’on est parent, on a un enfant qui est sur le point de devenir ado, et il faut lui expliquer les oiseaux et les abeilles, comme on dit (ou chante) en anglais. (Je ne sais pas si les Français utilisent la même métaphore, et franchement, je n’ai pas envie de découvrir ce qui fera Google si je lui donne l’idée que je recherche ce sujet.) Mais une ou deux fois par année, il faut aussi que l’on a « La Conversation ». En général, c’est juste « Allez, arrêtez avec les cartes en anglais et le ketchup, hein ? », mais parfois il faut parler d’attitudes plus xénophobes.

Pancarte avec un drapeau américain qui dit « Frites américaines » mais en anglais
Pancarte de « Frites américaines », Photo par Lyght, CC BY-SA 3.0

Je me sens coupable à chaque fois où j’évoque ces sujets, car les habitués du blog sont exactement le mauvais public pour ces plaintes. Les internautes aléatoires qui passent par ici pour The Salingers et la page des blagues, qui sait ? Mais en général, si vous êtes ici, c’est dans un esprit accueillant, et je suis reconnaissant tous les jours pour ça.

Alors, après tous ces efforts pour me racler la gorge, qu’est-ce qui me dérange ? Hier, j’ai vu un post dans un groupe public sur Facebook avec une fausse capture d’écran du site Télé-Star. C’est une photo d’un homme inconnu à moi, assez réel ; c’est le gros-titre qui est faux :

Photo du homme nommé avec la légende : « Retraite : combien touche le chanteur Laurent Cabrol ? »
Source

En fait, M. Cabrol a souffert certains problèmes pendant sa retraite, tels que l’état le déclarant mort alors qu’il ne l’est pas, ce que j’ai appris du véritable article de Télé -Star. Mais cet article et toute autre chose que j’ai trouvée sur lui m’ont dit qu’il était journaliste, pas chanteur. Alors j’ai posé une question dans les commentaires :

Capture d'écran qui dit « Bonjour des États-Unis. Je ne connais pas ce monsieur. Google me dit qu'il était journaliste. Est-ce qu'il est réputé pour mal chanter ; c'est ça la blague ? »

J’ai rapidement reçu plusieurs réponses utiles ; oui, et il annonçait la météo sur Europe 1. (Alors il connaît Émilie Mazoyer ! Faut que l’on parle !) Merci, je les apprécie. Puis, le « Yankee go home » est arrivé :

Capture d'écran d'un commentaire : Justin Busch, et Google n'a rien dit sur toi ? C'est c** hein ! Reste aux USA »

J’ai appris des choses depuis 2020. Je n’ai pas répondu — le moi de 2020 aurait certainement mordu à l’hameçon, et je ne fais pas trop confiance au moi de 2023 non plus à cet égard. Honnêtement, je ne le comprends pas complètement — le but de sa première phrase m’échappe, mais je n’allais pas demander des explications. Mais un autre est arrivé, moins hostile, mais évidemment pas gentil :

Capture d'écran : Justin Busch (Des emojis de rire) mon dieu

Dites-donc, j’ai expliqué pourquoi je ne comprenais pas la blague, alors qu’est-ce qu’il y a ? J’ai demandé cette fois :

Capture d'écran : « Patricia Verduro, Vraiment, est-ce aussi étonnant que ça, qu'une personne qui habite à 9 000 km de la France ne connaît pas toutes ses personnalités ? »

J’ai eu ma réponse peu avant de publication :

Capture d'écran : « Justin Busch, non, mais avant on s'informe avant de venir ici. Jamais je dirai votre phrase dans une conversation entre québécois…désolée »

Je lis ce dernier mot comme « désolé que vous êtes stupide », pas « désolé pour vous avoir insulté ». Mais mettez ça de côté.

Je suis bien au courant qu’Internet ne manque pas de malpolis. Je suis également au courant que je vais dans des espaces qui ne sont pas « pour les touristes ». Si je voulais rencontrer juste des gens qui aiment traîner autour des étrangers, je me limiterais à Everything French, le groupe géant où tous les anglophones sont comme moi, et tous les francophones sont comme vous.

Peut-être que c’est seulement pour manque d’assez d’exemples, mais je ne peux même pas penser à une fois où j’ai vu un Français aller dans un groupe anglophone, puis poser une question qui montre une telle lacune dans ses connaissances. Et ça, c’est peut-être parce que je ne fais partie que d’une douzaine de groupes anglophones, dont plusieurs limités aux écoles où j’ai assistées. Cependant, c’est-à-dire que j’ai eu cette conversation plusieurs fois, mais ne l’ai jamais vue allant dans l’autre sens.

Il y a 20 ans — et vous vous souviendrez que nos pays n’étaient pas d’accord sur des choses importantes à l’époque — je lisais sur une habitude des touristes américains, de faire semblant d’être canadiens. Voici un article de 2004 (en anglais) qui parle d’une entreprise qui vendait des accessoires pour réussir ça — des t-shirts, des autocollants, etc. Et un autre de 2016 qui a demandé si ça se passait toujours (la réponse : oui). Je ne sais pas si ça arrive de nos jours, mais je n’ai pas trouvé d’articles récents. Je mentionne ça pour dire que je n’ai jamais vu des astuces de faire semblant d’être québécois ou belge en allant aux États-Unis.

Ce n’est pas à dire qu’il n’y a rien dans l’autre sens — les « freedom fries » étaient réelles, et il y a une raison pour laquelle on dit « French bashing« , un anglicisme, pour exprimer la francophobie en français. Mais il me semble que quand je la vois, c’est au niveau général, pas envers une personne spécifique. D’autre part, quand je suis autour des expatriés, les seuls anglophones sont soit moi soit des époux. (Toujours époux, jamais épouses. Vos hommes partagent mon avis sur les américaines, mesdames.) Je reconnais que je parle peut-être d’un point d’ignorance, mais je n’ai pas envie de contrarier les expatriés avec des questions indélicates.

Peut-être que j’en tire la mauvaise leçon, mais il me semble que je pose trop de questions et il faut que j’arrête.