Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Le meurtrier

C’est presque Halloween, mais je ne vous raconte (presque) jamais des histoires fictives. Aujourd’hui, on va parler du temps où j’ai joué au billard avec un meurtrier. Cette histoire est 100 % la vérité. J’ai dû la revivre récemment parce qu’un ancien copain de classe de ma fac a décidé que monsieur devrait être libéré de la prison. À mon avis, ce monsieur a absolument mérité sa réclusion à perpétuité, mais je vous présenterai les faits à la meilleure de ma connaissance, et vous pouvez décider pour vous-mêmes.

Le genre d’arme blanche, Photo par Altoscroll, CC BY-SA 3.0

Mettons d’abord la scène. Mon tout premier coup de cœur était une fille d’origine asiatique au lycée. Elle est maintenant professeur à une grande université alors je suis ravi de vous dire que sa vie est une réussite. Mais la raison pour laquelle je vous mentionne ce détail, c’est qu’elle souffrait à cause de moi. Je ne lui ai rien fait personnellement. Mais 3 gars — Richard, Keane, et David, aucun desquels ne mérite d’être protégé — la harcelaient sans cesse. Ils l’ont fait à toute et n’importe quelle fille s’ils même soupçonnaient que je lui demanderait de sortir. Mais elle a pris le pire coup, de loin. Je n’utiliserai pas son nom, même pas une vraie initiale. Elle est simplement « A » ici.

Qu’est-ce que tout ça a à voir avec un meurtrier ? Je veux vous faire comprendre que cette fille me détestait comme rien d’autre. Elle voulait se venger de moi, car elle a dit à des connaissances mutuelles que j’avais gâché sa vie. Alors quand elle a rencontré Alex Valentine, elle avait trouvé le bon outil pour me faire flipper.

J’étais élève pendant deux ans à Harvey Mudd College, une fac consacré à l’ingénierie. Après Caltech et MIT, c’est sans doute l’école la plus prestigieuse pour ce métier aux États-Unis. Je l’ai quitté après deux ans pour aller à une autre fac en face de la rue, Claremont McKenna. Mais un jour, pendant ma deuxième année, on a frappé à la porte. Je l’ai ouverte et un inconnu m’a dit, « Je te passe le bonjour d’A. » Après un moment pour regarder ma crise cardiaque se déroule, il a ajouté « Je m’appelle Alex Valentine. »

Il m’a invité à jouer au billard avec lui dans la cantine. J’étais choqué, mais en même temps, j’étais horriblement curieux. Comme la fois à Rome où j’ai couru vers le son d’un coup de feu dans la gare Termini, au lieu de le fuir comme tout le monde, j’ai accepté. C’était une des pires décisions de ma vie.

Il s’est avéré que les deux se sont rencontrés dans un camp pour les lycéens afin de se concentrer sur les sciences. Elle a appris qu’il allait assister à Harvey Mudd, alors pendant les deux prochaines heures de suite, j’ai entendu tout genre de chose sur quel genre de horreur je suis. J’ai aussi appris que nous avions quelque chose de bizarre en commun — il a reçu le même lit dans la même chambre que moi pendant l’année précédente. Il se plaignait de tout et n’importe quoi, mais j’avais vite décidé qu’il serait une grosse erreur de le contrarier, alors j’y restais jusqu’au moment où il m’a enfin dit « Tu sais, tu es un moins sale con que ce qu’A m’a dit. Au revoir. ». En fait, il a utilisé un mot plutôt comme « bite », mais je crois que l’on ne l’utilise pas en tant qu’adjectif en français. J’ai raconté mon expérience à plusieurs amis et les ai dits qu’à mon avis, Alex était effrayant.

On ne s’est plus parlé après ça. L’été est arrivé, et tout à coup, il y a eu une nouvelle dans le journal local, le San Diego Union-Tribune. Alex a été arrêté pour le meurtre de ses parents. Voici un lien au journal, pas à l’article original de 1995, mais à un autre de 2005, après la perte de son dernier appel. L’article raconte ce qui s’est passé, mais je vous le dirai en français avec plus de détails.

Les parents d’Alex n’étaient pas contents de son choix d’aller à Harvey Mudd. Les deux avaient leurs doctorats de l’Université de Californie à Berkeley, et voulaient qu’il y aille. Alors, ils lui avaient exigé de refaire une candidature pour transférer à cette université. Mais il se déprimait et ses notes n’étaient plus assez bonnes pour la réussir. Sa mère a découvert la vérité et lui a dit qu’elle allait la dire à son père. Alors il l’attendait dans une pièce dans l’entreprise familiale avec un tourné-à-gauche pour la tuer. Mais son père l’a attrapé avec le cadavre, alors il a paniqué et l’a aussi tué.

J’espère que vous serez d’accord qu’il n’y a aucune raison pour laquelle monsieur devrait être libéré.

Mais il a récemment rentré dans ma vie de façon complètement inattendue. Dans un groupe privé de Facebook, un copain de classe a circulé une pétition de « Change.org » pour livrer au gouverneur de Californie. Le monsieur qui a fait ça est un type qui croit que les prisons ne sont qu’un complot pour donner des ouvriers gratuits à l’État. Voici un lien vers la pétition afin de vous montrer que je ne plaisante pas. Elle était apparemment écrite par Alex lui-même. J’ai parlé à beaucoup de monde après l’avoir vu, et j’ai découvert que de nombreuses personnes avaient eu des expériences flippantes, dont des profs ainsi que des élèves.

Je ne sais rien de ce qui lui est arrivé en prison. Mais il a gagné sa réclusion à perpétuité par ses propres efforts et n’a rien fait pour me faire penser qu’il mérite autrement. C’est ma rencontre avec un meurtrier, et j’espère qu’elle restera la seule et unique pour toujours.

Danse macabre

Je n’en peux plus en ce moment, alors au lieu de plusieurs brouillons que je n’arrive pas à finir, je vais vous présenter quelque chose d’inhabituel.

Camille Saint-Saëns, Photo par Nadar, Domaine public

La Fille joue de la flûte depuis 3 ans. Elle fait partie de l’orchestre à son collège (elle est maintenant en 4e). Hier, pour leur concert de Halloween, l’orchestre a joué une chanson française. Et non pas n’importe quelle chanson française, mais ma préférée depuis 30 ans, la Danse macabre de Camille Saint-Saëns. Je l’ai enregistrée avec mon portable, ce qui n’est pas de la meilleure qualité. À vous de décider ce que vous en pensez :

Je vous rappelle, ceci est mon enregistrement préféré de cette œuvre :

Je vais finir avec une petite anecdote sur mon expérience avec le compositeur.

Quand j’étais au lycée, il y avait un concours entre les lycées de ma ville sur les faits insolites. On jouait dans des équipes de 5 personnes. La capitaine de notre équipe était aussi américaine que moi, mais avait étudié le français depuis le collège. Je sais maintenant que son accent était parfait. On a demandé qui a composé la Danse macabre, et je connaissais la réponse. Mais en tant que capitaine, c’était à elle de la donner. Alors elle l’a dit exactement comme vous la prononceriez.

Mais l’arbitre était une américaine lambda. Elle a regardé le corrigé, et je suis toujours certain qu’à son avis, le nom se prononçait en trois syllabes, où « Saëns » serait quelque chose comme sail-ence. (J’ai du mal ici à l’écrire de façon phonétique — imaginez que la première syllabe rime avec ail.) Elle nous a donc dit que la réponse était fausse.

Clairement, cette expérience me hante toujours, même 30 ans plus tard.

Je découvre les Yvelines

On continue maintenant le Tour avec le 78, les Yvelines. C’est le département le huitième plus peuplé, et les habitants se nomment yvélinois. C’est notre troisième séjour en Île-de-France, et troisième des quatre derniers départements.

C’est, en fait, Versailles ici.

(J’ai patienté trois ans pour dire ça, et écrit maintenant 550 000 mots juste pour y arriver. Laissez-moi profiter de ce moment.)

Les Yvelines est un de six départements créés de l’ancien Seine-et-Oise, et a hérité son numéro, d’où son emplacement inattendu alphabétique. Grâce à la loi Plus de Devoirs Pour les Blogueurs étrangers de 1964, on reprendra la région en détail avec les 5 derniers de l’Hexagone. Son nom vient de l’ancienne forêt d’Yveline, de nos jours la plus petite forêt de Rambouillet. Le pluriel, en revanche, est dû au poète Jehan Despert.

Il nous faut donc commencer à la préfecture, Versailles. Il n’y a plus de roi, ni d’empereur ([Je reste prêt à reprendre la place — M. le duc Descarottes]), mais on est quand même là pour le roi des châteaux, Versailles (3 étoiles Michelin). Que ce soit la célèbre Galerie des Glaces, la Galerie des Batailles (ma partie préférée), les chambres de la famille royale, le jardin (3 étoiles), le bassin de Neptune (2 étoiles), les châteaux du Trianon (2 étoiles Petit et Grand) ou les nombreux autres trésors du domaine, qui dit Versailles dit forcément royauté. C’est le standard par lequel les palais du monde se juge. Bien sur, il n’est pas tout de la richesse — aussi importante à l’histoire, il y a la célèbre Salle du Jeu de paume, lieu du serment qui a donné à la France sa première constitution. Faut pas perdre la tête entouré de toute cette histoire !

D’autres choses à voir aux alentours de Versailles au-delà du château ? La cathédrale Saint-Louis (1 étoile), érigée sous commande de Louis XV pendant les années 1740, juste à temps pour être saisie par les révolutionnaires. Juste au nord, on trouve le Parc de Marly-le-Roi (2 étoiles), anciennement le parc d’un château construit par Louis XIV. Très proche, il y a un bâtiment très inhabituel, le château de Monte-Cristo (1 étoile), construit par Alexandre Dumas, père, qui travaillait dans une partie nommé le Château d’If (car le travail et le prison, c’est la même chose). Ne ratez pas les deux récits du Chat Voyageur autour de ce château. Un peu plus au nord, à Saint-Germain-en-Laye, on trouve le Musée d’Archéologie Nationale (2 étoiles), abrité dans un ancien château. On est là pour ses collections de la Paléolithique jusqu’au Moyen-Âge, en passant par l’époque Gallo-romaine. Mais les terrasses (2 étoiles) valent aussi la visite.

Au nord-est, on arrive au Château de Maisons (2 étoiles), château construit par la famille de Longeuil pendant le XVIIe siècle, et dit par Charles Perrault lui-même, l’expert de contes de fée, « l’une des plus belles choses que nous ayons en France». Pas loin, on trouve le Maison Zola et Musée Dreyfus, maison de l’auteur à partir de 1878, mais pas devenu musée consacré à l’affaire Dreyfus jusqu’en 2021. On tourne vers le sud pour la Forêt de Rambouillet (1 étoile), où on trouve le Château de Rambouillet (1 étoile), là depuis son origine en tant que château-fort du XIVe siècle et son parc (2 étoiles), construit par un conseiller de Louis XIV. À l’est, on visite le Château de Breteuil (2 étoiles), qui appartient à la famille de même nom depuis 1712, jusqu’à maintenant. Notre tout dernier arrêt est Maison-Musée Raymond Devos à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, une maison du XIXe devenue celle de l’artiste et son épouse, et de nos jours musée consacré à leur vie. On peut trouver mon hommage au grand humoriste dans l’épisode de la balado du 6 mars 2023.

Qui sont les personnages les plus connus des Yvelines ? Il serait trop facile de dire les cinq derniers rois Louis, et il y a d’autres rois liés au département, mais il faut commencer cette liste avec le Roi Soleil, Louis XIV, parce que c’est lui qui a donné au monde Versailles non pas seulement en tant que ville ou château, mais comme idée. Juste après lui, acteur et héros du blog André Raimbourg, dit Bourvil, est enterré à Montainville ; l’actrice Romy Schneider est enterrée à Boissy-sans-Avoir. Nés aussi à Versailles, on trouve le réalisateur de clips vidéo (dont mon préféré), Michel Gondry, l’entrepreneur Ferdinand de Lesseps, et le dessinateur et ancien rédacteur de Charlie Hebdo, Charb. L’acteur Omar Sy est né à Trappes. Le réalisateur Jacques Tati est né à Pecq. Jean Cocteau, artiste impossible à classer, est né à Maisons-Laffitte. Le compositeur Claude Debussy est né à Saint-Germain-en-Laye. Alexandre Dumas, père, à construit son château à Port Marly. Finalement, le plus grand coup de cœur du blog, Aurore Bergé, y est députée. Sa capacité pour trouver les bons mots est dépassée seulement par la mienne.

Que manger dans les Yvelines ? C’est difficile pour moi de le dire. Les yvelinois revendiquent — avec raison — le Paris-Brest, car l’organisateur du concours, Pierre Giffard, habitait à Maisons-Lafitte, et un pâtissier local l’a créé. Mais au-delà du fameux dessert, ni Keldelice ni l’Office de tourisme ne proposent pas beaucoup de recettes locales. En produits locaux, on trouve la reine-claude de Chambourcy, un genre de prune. En plats principaux, il y a le potage Saint-Germain, une soupe de pois. En dessert, au-delà du Paris-Brest, il y a les coquelins, de petits hommes en pâte feuilletée pour le Nouvel An, tout comme les haguignettes normandes. Finalement, pour boire, il y a le noyau de Poissy, liqueur à base de noyau d’abricots.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Le gérondif pas français

Vous avez de la chance cette semaine, car le Père Halloween (je refuse de fêter Noël jusqu’après Thanksgiving, peu importe ce qui font mes compatriotes) vous livre Langue de Molière un jour à l’avance. Pourquoi ? Parce que « Je découvre les Yvelines » n’était toujours pas prêt, mais je ne veux pas le reporter de deux jours. Ça contiendra la meilleure blague du blog. Alors aujourd’hui, on parle de vos erreurs du gérondif. En anglais. Mais en français.

Comment ça ? Tout ça, c’est à partir d’une nouvelle série de vidéos de Paul Taylor. Bien sûr, il est anglophone de naissance — nous ne pouvons pas tous être parfaits — mais ses vidéos sont en général bilingues. Cette série est enregistrée en anglais, mais avec des sous-titres en français, pour parler d’anglicismes mal utilisés. Il me semble qu’il a commencé avec cette vidéo, où il parle de « dressing » :

Honnêtement, je n’ai jamais rencontré cet usage avant sa vidéo, mais en revanche, je n’ai aucune raison pour parler de garde-robes en français. Mais il a raison. Il y a une forme de « dressing » en anglais qui est un nom, mais ça veut dire la sauce que l’on met au-dessus d’une salade. On dirait « vinaigrette » en français, mais il y a plein de telles sauces dans les cuisines des pays anglophones qui ne contiennent pas de vinaigre, la « Thousand Island » ou la « Ranch », parmi d’autres. (Au fait, je les déteste sans exception, mais c’est tout autre histoire. Histoire que je promets de vous raconter.)

De toute façon, le « dressing ». Le verbe « dress » veut dire « s’habiller ». C’est donc comme si vous appelez cette pièce une « habillante ». Voici une autre vidéo, puis je vous expliquerai l’erreur. Celle-ci traite de « parking » :

Encore une fois, « parking » existe en tant que mot en anglais, mais seulement comme le participe présent de « park », ou « se garer ». Mais ce qui est drôle, c’est que l’on utilise « garage » en anglais — mais seulement pour des bâtiments consacrés à ce but. Si on peint des lignes sur terre, c’est un « parking lot » ou en anglais britannique « car park » (parc de voitures). Alors, qu’est-qui se passe ?

Le problème vient du français. Le participe présent et le gérondif prennent la même forme — le verbe + « ant ». Mais ils s’utilisent seulement en tant que verbes. Les deux ne peuvent pas être le sujet d’une phrase. On vous a dit que c’est différent en anglais, que le gérondif — le verbe + « ing » — est un nom. Ce qui est vrai. Mais tout comme en français, le gérondif et le participe présent sont identiques — et à chaque fois où vous avez emprunté un tel mot à l’anglais, vous l’avez utilisé en tant que gérondif alors qu’il est en fait participe présent ! Le parking n’est pas où on se gare en anglais, le dressing n’est pas où on s’habille, le jogging n’est pas ce qu’on porte afin de courir, et le plannin n’est pas le journal intime où nous écrivons nos plans. M. Taylor a une autre vidéo pour ce dernier :

On penserait selon ce système que vous appelleriez une piscine, une « swimming » (nageant) ou une salle de classe, une « teaching » (enseignant). Faites-moi une faveur et ne les répétez pas, s’il vous plaît. Mon cauchemar est que ma pierre tombale dira « Justin Busch, créateur d’anglicismes ». Si ça arrive, je vous hanterai.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler des noms propres. Il n’y avait jamais un roi de Grande-Bretagne nommé « Georges » avec un -s, quoi que vous en pensez.

Saison 2, Épisode 31 — Langue de Mario

Ce week-end, il y avait de bonnes nouvelles et de horribles. Commençons avec la nulle. Juste quelques heures avant de publier cet épisode, une manif avec des slogans pour tuer les juifs s’est passée à moins de 1 km de chez moi :

Photo ©️Justin Busch

Je suppose que c’est bon à savoir qui sont ses voisins. Ça vient juste après qu’un type gentil a hissé un drapeau à croix gammée (lien en anglais ; cherchez « Irvine ») sur une de nos autoroutes. Vous savez que je suis élève passionné de la SGM, mais je n’avais aucune envie de la vivre.

Il y avait plusieurs pépites de bonnes nouvelles. D’abord, je suis maintenant sur le nouveau réseau social BlueSky. J’étais invité par mon amie de Twitter ytrezaa, et on peut m’y trouver sous le nom cdfleblog, exactement comme sur Twitter. Je ne quitte pas Twitter, mais je reçois de moins en moins de visiteurs qui m’y trouvent, Je note aussi que certains qui postent leurs articles là-bas, comme Light&Smell ou Les Dédexpressions, sont devenus moins visibles dans mon fil. Si vous vous intéressez à recevoir une invitation à BlueSky (je n’en ai toujours pas), laissez-moi un commentaire pour le dire.

Je suis ravi que les Chargers aient perdu deux matchs de suite. Il y a un seul match le lundi de chaque semaine, et la semaine dernière, c’était le tour des Chargers, alors trop tard pour le mentionner ici. Mais ça fait chaud au cœur. Il sera surprenant s’ils joueront dans la tournée du championnat.

Je vous ai mentionné le nouveau jeu Super Mario Bros. Wonder juste hier. Vous savez qui l’a déjà terminé ? Ouais. La Fille. Elle me fait peur parfois. Ce jeu est beaucoup plus court que Super Mario Odyssey, ou bien 3D World (notre préféré depuis ses 5 ans). Pour être clair, elle ne l’a pas du tout fini à 100 %, mais nous avons déjà vu les crédits. Si elle sera aussi maline à l’université qu’avec les jeux, je serai content.

Suite à une demande de ma fille, j’ai testé une nouvelle ganache au chocolat pour les macarons hier. C’était une réussite et paraîtra dans mes publications plus tard cette semaine. Encore une fois, je n’ai pas eu assez de matériel à base de mes articles, alors il y a un segment de la balado consacré aux bonnes nouvelles, enregistré complètement sans scénario, juste une note avec les sujets desquels je voulais traiter.

Notre blague traite des français du point de vue belge, parce que j’ai raconté une blague belge la semaine dernière. Je vous rappelle qu’à partir de cette saison, les blagues sont disponibles du menu en haut, avec une semaine de retard. Nos articles sont :

Sur le blog, il y a aussi : Le Nougatti, ma critique du bonbon nommé, La reine des serviettes, sur l’humoriste Philippine Delaire, Mon dîner seine-et-marnais, les croquettes de Brie de Meaux et les niflettes de Provins, et Le théorème de Thévenin, sur une découverte française liée à l’électricité.

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Super Mario échec

Je voulais vous présenter quelque chose de nouveau aujourd’hui. Vendredi, un nouveau jeu vidéo de la série Mario est sorti, Super Mario Bros. Wonder (lien en français). La Fille l’attendait avec impatience car elle a bel et bien vaincu le dernier Zelda il y a des mois. Et franchement, bien que mon avis soit que Tears of the Kingdom est le meilleur jeu de tous les temps, il n’y a rien de plus sain que Mario. Rien de « sexy », rien de sanglant, tout est drôle… je fais confiance à Mario plus que n’importe qui.

Tout comme Zelda, La Fille m’a demandé de faire un dessert inspiré par le jeu. La dernière fois, c’était le gâteau « monstre ». Cette fois, j’ai essayé de faire des macarons qui rappelleraient les fleurs parlantes du nouveau jeu. Voici un exemple :

©️Nintendo

Évidemment, j’ai dû simplifier le dessin. Oubliez les pétales et la tige — ce sont des formes trop compliquées. Mais j’ai pensé « Je peux faire la bouche et les yeux avec une deuxième couleur de pâte à macaron ». Je pense beaucoup de choses, mais il ne faut pas les exprimer toutes, vous savez ?

Ce que j’ai gaspillé pour cet effort, c’est immense. Je me suis rendu chez Surfas, à Los Angeles, juste pour acheter du chocolat blanc de Cacao Barry, parce que je vous ai dit que celui de Ghirardelli ne marche pas dans les recettes de Pierre Hermé. Voilà :

Enfin, presque juste pour acheter le chocolat. Si je dois faire un aller-retour à cette ville (120 km en total), tout seul, avec les embouteillages que j’adore, je vais visiter mon resto persan préféré, Shamshiri Grill, à chaque fois. Voilà :

Alors, les macarons. Commençons par les coques. Mon idée était de faire une meringue française nature, retirer un peu de la pâte, et colorer la majorité orange, et la petite partie noire. Ça a presque marché :

Vous pouvez voir que j’ai utilisé deux douilles de tailles différentes, les deux plus petites que d’hab pour les macarons. J’ai mis un peu de la pâte noire au centre de chaque cible :

Pas mal. Et maintenant, l’orange, puis je dessinerai de petits yeux au-dessus, e hop !

Vous pouvez le voir, j’ai VITE regretté les yeux et me suis arrêté. Je n’ai pas eu une douille assez petite pour ce genre de travail. Mais j’avais planifié une certaine quantité de coques sans « bouches » car seulement un côté doit avoir un visage, n’est-ce pas ? Ce n’était pas complètement un désastre une fois enfourné :

Mais les tailles ne sont plus les mêmes. Les coques à deux pâtés sont plus grosses que celles sans partie noire. Je n’ai pas pu faire des paires comme prévu. Ce n’est même pas la pire partie. Ça, c’est la ganache.

J’avais planifié la ganache des macarons « infiniment framboise » de Pierre Hermé. Les trois ingrédients sont des framboises fraîches, du jus de citron, et du chocolat Valrhona Ivoire. J’ai coupé les quantités par 4 ; sinon, j’ai suivi la recette au pied de la lettre :

Et exactement comme mon autre essai de faire l’une de ses ganaches qui exigent du Valrhona Ivoire, cette ganache restait beaucoup trop molle même après 12 heures au frais. J’ai « réussi » à en pocher un peu dans chaque paire de coques, sans trop de renversements. Mais les résultats sont un échec :

Le goût de la ganache est hyper-acidulé, le chocolat blanc de Cacao Barry a tous les mêmes problèmes que Ghirardelli pour deux fois le prix… il n’y a rien de cette expérience que j’ai envie de refaire. Ça me fait peur, car je comptais sur ce chocolat blanc pour ma prochaine recette originale pour le blog. Je vais l’essayer quand même, car j’ai dépensé presque 70 $ entre le chocolat et l’essence. (Surfas ne l’enverra pas par courrier, et les magasins qui le feront exigent des sommes énormes.)

Mais le jeu ? C’est magnifique. Moins innovant que son prédécesseur, Super Mario Odyssey, mais hallucinant comme rien d’autre. Nous en avons les deux énormément profité, et je suis sûr que ça continuera. Mais la prochaine fois où elle demande un dessert inspiré d’un jeu, la réponse sera non. Je ne suis pas ce genre de pâtissier

Le théorème de Thévenin

Avant de quitter la Seine-et-Marne, on va parler encore une fois d’une découverte française. Cette fois, ce sera l’ingénieur Léon Charles Thévenin, de Meaux, qui étudiait les circuits électriques. Ce n’est pas un blog sur l’ingénierie électrique, et peut-être plus important, j’ai suivi mon dernier tel cours en 1997, alors j’essaierai de vous donner l’idée de façon simple. Mais Thévenin à découvert une idée pour rendre les circuits plus faciles à comprendre. On va parler de l’idée grosso modo sans maths.

Connaissez-vous la loi d’Ohm ? Ça donne la relation entre la tension et le courant dans une résistance. Les résistances sont les éléments les plus simples dans un circuit électrique parce qu’ils ne changent rien quant au temps. On va sauter ça et parler strictement de résistances. La relation découverte par Ohm est :

R = U / I

ou R est la résistance, U est la tension, et I est l’intensité du courant. Alors, considérez un circuit très simple, avec une source de tension et une résistance :

Schéma électrique, Dessin par Pulsar, Domaine public

Si la tension est 240 volts, comme en France, et la résistance est 240 ohms, il y aura un courant de 1 ampère à travers la résistance. Vous êtes toujours avec moi ? Continuons.

Thévenin connaissait deux autres lois aussi, celles de Kirchhoff. La loi de nœuds de Kirchhoff dit simplement que n’importe où que l’on trouve un nœud, comme ça :

Loi de nœuds, Dessin par inductiveload, Domaine public

L’intensité des courants qui entrent le nœud est égale à l’intensité des courants qui sortent du nœud. Il n’est pas le cas qu’ils seront tous égaux. C’est la somme qui sera la même — si vous pensez à la loi d’Ohm, une résistance qui est 2x une autre resistance expérimentera une intensité de courant 1/2 le deuxième donnée la même tension. Mais s’ils touchent le même nœud, la somme des courants à travers les deux sera la même que le courant que le nœud a reçu.

La loi des mailles de Kirchhoff est similaire. Ça dit que dans un circuit électrique comme celui-ci :

Loi des mailles, Dessin par
Kwinkunks, CC BY-SA 3.0

la tension à travers la source (V4 ici) sera égale à la somme des tensions à travers toutes les résistances individuelles (V1 + V2 + V3). Comprenez-vous ce qui veulent vraiment dire les lois de Kirchhoff ? Dans un circuit électrique idéale — sans pertes réelles — rien ne change en total. On peut ajouter tant d’éléments que l’on veut, et les sommes ne changent pas, juste les valeurs mesurées par ici et par là.

Thévenin a bien compris ces lois. Alors sa grande idée, c’était que l’on pouvait remplacer un circuit, quel que ce soit, par un seule et unique générateur de tension et une seule résistance. Je ne vais pas vous mener dans un exemple, car il y a plusieurs manières d’ajouter les résistances, et ce n’est pas un blog de maths. Mais par exemple, on peut remplacer tout un schéma de 4 résistances par une seule et unique résistance, comme ça :

Équivalent Thévenin, Dessin par SteveZodiac, CC BY-SA 3.0

Évidemment, le schéma à gauche est beaucoup plus compliqué que celui à droite. Ça marche parce que l’on sait que la somme des tensions restera la même, et c’est le même pour les nœuds, qu’il y aura finalement la même intensité de courant.

Pourquoi donc avoir des circuits qui ne sont pas les plus simples ? La réponse, c’est qu’il reste d’autres fonctionnes pour les éléments du circuit. Par exemple, si vous voulez jouer un CD, ou bien un fichier MP3, l’électricité sera converti de forme numérique en forme analogique avec un réseau de résistances très similaire au circuit à gauche. (Il y a d’autres manières possibles ; laissez tomber, les ingénieurs.) On ne peut pas complètement nous débarrasser de circuits compliqués. Mais si on veut savoir combien de pouvoir électrique sera consommé par le réseau de résistances, on peut trouver l’équivalent Thévenin, et on le saura vite. (Sinon, on met des Linky partout. Je dis ça, je dis rien.)

Mon dîner seine-et-marnais

Pour ce dîner, j’ai dû faire des recherches. Vous n’allez pas trouver ces recettes chez Keldelice. Mais les deux sont vraiment de la Seine-et-Marne. Je vous présente les croquettes de Brie de Meaux, et les niflettes de Provins.

Ce dîner prend du temps, mais n’est pas du tout compliqué pour un cuisinier expérimenté. Même pour un débutant, je vous rassure que ce n’est pas trop difficile. Allons manger comme en Seine-et-Marne !

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La reine des serviettes

Il y a des années — on parle d’une décennie — il y avait un bienfait merveilleux lié à habiter à Elbe-en-Irvine. Nous sommes proches de Disneyland — l’original — et tous les Noël, ils envoyaient les personnes qui se déguisaient en tant que Mickey, Minnie, Donald, et Dingo (on dit Goofy ici) pour jouer dans un spectacle gratuit au centre commercial « Fashion Island » (Île de la Mode). Des gens s’installaient devant la scène à partir de l’ouverture du centre, alors les gérants ont enfin décidé qu’ils pouvaient juste laisser des serviettes sur terre, et le reste de nous étaient obligés de les respecter. C’était un échec, et ils ont fini par mettre fin aux spectacles.

Pourquoi dis-je ça maintenant ? J’ai récemment découvert — complètement par hasard — que vous connaissez évidemment ce comportement nul en France aussi. Instagram m’a proposé de clip d’une jeune humoriste, Philippine Delaire, qui traite d’exactement ce sujet :

Oh là là, mais elle m’a fait rire !

Il s’avère qu’elle est extrêmement drôle, même si ce style de jouer tous les rôles dans un sketch n’est plus original, vu que tout le monde le fait maintenant. Par exemple, ici elle fait ce que l’on aimerait tous faire dans les transports publics quand on entend des conversations personnelles. Je n’arrive pas à me mêler dans les affaires des inconnus, mais croyez-moi, il y a des fois où j’y pense :

Un dernier clip ? Voilà, tous les lundis, je vérifie mon horoscope — chez Le Gorafi (je suis Furet, entre le Scorpion et le Sagittaire). Ce n’est vraiment pas mon truc, mais j’aime les parodies. Alors je n’ai aucune idée si ses propos sur les signes astrologiques sont pris au sérieux par les connaisseurs. Mais encore une fois, j’ai ri.

Ça fera longtemps avant que je n’arrête de rire des serviettes !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue d’Orwell

Il y a deux livres que je lis et relis souvent : Orthodoxy, l’autobiographie spirituelle de G.K. Chesterton, et 1984, le roman de George Orwell. Depuis longtemps, je suis extrêmement curieux de comment on rend sa langue fictive, « Newspeak », en français. J’ai enfin fait mes recherches, et il s’avère que la réponse est plutôt compliqué.

Je dois vous dire que je considère que nous parlons déjà la langue d’Orwell depuis des années chez moi. Je vous donnerai une belle preuve. Dans 1984, il y a un moment où il se passe à la télé que la ration de chocolat va se hausser jusqu’à 200 grammes la semaine. Mais Winston Smith, le personnage principal, se pense « Attendez, c’était 250 grammes la semaine dernière. » Vous avez bien compris le mensonge ? Bon, voici la véritable image de quelque chose que j’ai écrit il y a une décennie avec des nouvelles de ma banque :

En bas, il y a une citation de la banque qui dit :

Nos meilleurs bienfaits de protection. À jamais.

De grandes nouvelles : On est sur le point de faire de grands changements aux bienfaits de protection de ta carte de crédit.

À noter, ton Assurance contre bagages perdus sera bientôt annulé.

L’annulation de mon assurance était en fait le seul changement noté dans la lettre. Leurs « meilleurs bienfaits », mon œil ! Mais c’est un bon exemple de la Langue d’Orwell. C’était dans cet esprit d’enquête que j’ai récemment recherché comment sa langue inventée a été traduite en français.

Au fait, je vous rappelle qu’à mon avis, le vouvoiement n’existe pas en anglais, surtout aux mains des grandes entreprises. Le choix de « tu » dans ma traduction de la lettre est 100 % fait exprès. (Par contre, « you » est dérivé de « vous », car le Seigneur a un sens de l’humour bizarre.)

Il s’avère qu’il y a maintenant huit traductions en français, dont 4 sorties après l’expiration des droits d’auteur en 2021. Wikipédia a quelques tableaux pour comparer les mots « novlangue », comme dit la moitié des traductions. C’est donc ma source au lieu de tout acheter ; il y a quelques erreurs évidentes et on en parlera.

Il y a plusieurs choses à prendre en compte en traduisant un texte, que ce soit un roman ou un poème. Est-ce que l’on veut préserver le sens literal au maximum, ou transmettre les idées dans un style plus naturel à la nouvelle langue ? Y a-t-il un rythme qui doit être préservé ? Quelles sacrifices fera-t-on pour garder ce rythme ? Ma traduction préférée de la Divine Comédie de Dante en anglais, celle de John Ciardi, réussit à garder la « terza rima » (rime tierce) de l’original en abandonnant un de ses aspects. Dante a écrit ses rimes comme ça : ABA BCB CDC DED… Chez Ciardi, tout est AXA ; c’est-à-dire qu’il laisse tomber les rimes de chaque deuxième phrase avec la première et troisième phrase du vers qui suit.

Tous les huit traducteurs acceptent qu’ils vont jeter le caractère anglo-saxon des mots. « New » de « Newspeak » est d’origine allemande ; les choix offerts sont « Novlangue », « Nouvlangue », « Novlang », « Néoparler » et « Néoparle ». Du tout, je préfère « Novlang » car il garde le caractère tranché du sujet. Tout est court dans cette nouvelle façon de parler.

Le personnage en place de Lénine est dit « Big Brother » en anglais. Ça dit littéralement « Grand Frère », mais je crois que traduire le nom est une erreur dans le contexte du livre. Orwell n’a pas fait un effort pour expliquer comment la Novlang se traduit dans les autres langues de son roman fictif. Il me semble que l’idée le plus authentique serait un véritable impérialisme où les autres sont de plus en plus supprimées. Pour cette raison, je n’aime ni « Le Grand Frère » ni « Tonton », même s’ils capturent mieux le système français.

La pire chose que l’on peut faire dans ce monde est avoir les mauvaises pensées. Orwell appelait ça « crimethink » ; littéralement « crimepensée », comme a choisi Amélie Audiberti, la traductrice originale. Mais j’aime surtout le choix de Josée Kamoun, « Mentocrime ». Elle est la seul traductrice à ne pas utiliser « pensée », un mot que je crois serait supprimé à tout prix. Ça mène naturellement à un autre excellent choix — elle utilise « Mentopolice » pour la « Thought Police », littéralement la Police de la Pensée (comme dit toutes les autres traductions). Bien joué. Ça capture la forte tendance à réutiliser les choses au maximum. Mais j’avoue, ça m’a fait penser à autre chose :

Mentos, Photo par Jacek Halicki, CC BY-SA 4.0

Il n’y a que 4 ministres dans le gouvernement orwellien, ceux de la Paix, Amour, Vérité, et Plénitude. Il les a tranchés en « Minipax », « Miniluv », « Minitrue », et « Miniplenty ». En général, les traductions sont similaires, un choix avec lequel je suis d’accord — sauf pour une qui a fait un choix hyper-français, celle de Celia Izoard. Elle dit « Vérigouv », « Lovagouv », etc. Avec tous les sites web de nos jours, je les imagine suivis d’un « .fr ». C’est un effet déroutant.

Finalement, il y a les trois célèbres slogans. Tous sont traduits de façon identique — sauf par M. Kamoun et Philippe Jaworski. Et je crois qu’ils ont fait le bon choix. « Guerre est paix », « Liberté est servitude », « Ignorance est puissance ». Les articles sont supprimés, et à mon avis, c’est exactement ce qui ferait le gouvernement du roman. En ciblant une conversion de toutes les vieilles langues vers la Novlang, les donner un caractère identique me semble le bon choix.

Il y a quelques petites erreurs dans le tableau. Le Ministre de Plénitude n’était pas « Minipleinty » mais plutôt « Miniplenty ». Et le pays était « Oceania » en anglais, pas « Océania » avec un accent. « Ingsoc » n’était pas « Angsoc ». Pas grave, mais ce sont des erreurs typiquement françaises, et non pas les mots originaux.

Pour en conclure, il me semble que M. Kamoun a de loin mieux entendu la musique diabolique du roman. J’achèterai sa traduction, en reconnaissant qu’elle reste controversée. Sa version est loin de la tradition, mais je crois qu’elle a saisi le logique de cette façon de parler selon les idées qu’Orwell voulait communiquer.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de vos problèmes avec le gérondif anglais. Ce sont graves.