Archives pour la catégorie Langue de Molière

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Et tu verras

Désolé pour la familiarité, mais je ne pouvais pas trouver une meilleure parole pour intituler Langue de Molière cette semaine. Naturellement, ça vient de ma chanson préféré depuis presque 5 ans déjà, Un Jour Dans Notre Vie. Mais pourquoi l’évoquer quand on n’est pas le 29 mars, comme d’hab ? Et pour cela, il faut examiner ce clip de l’humoriste Paul Taylo. C’est de son spectacle bilingue, et il parle à moitié en anglais, mais c’est sous-titré :

Dans ce clip, M. Taylor commence par dire «Ô, les Français, vous aimez bien les blind tests à la fin de la soirée. » Ici, mes oreilles se sont dressées — je n’avais aucune idée de quoi il parlait, mais tout comme « jogging » et « pressing », ce que cette expression voulait dire en français devait être tout autre chose que ce à quoi je pensais.

Il continue : « Chez nous, un blind test, c’est vraiment un test pour un aveugle. » Ce n’est pas exactement correct, mais sur un plateau, je le laisserais passer. En fait, on parle de deux genres de tel test, « single-blind » et « double-blind », mais les deux n’ont rien à voir avec l’ophtalmologie. Ce sont plutôt des expériences scientifiques, souvent liés à la médecine. Mon dictionnaire bilingue les rend comme « en single/double aveugle » — c’est-à-dire des expériences où soit le sujet uniquement soit le sujet et le chercheur également ne savent pas si le traitement que le sujet reçoit est réel ou un placebo.

On reprend : « En plus, avec cette définition, ça ne marche pas parce que si tu fermes tes yeux pendant le jeu, ça ne change rien ! » Je mourrais de curiosité à ce point — c’était quoi le jeu en question ?

Finalement, on a la réponse « Nous, on appelle ça « Nomme Cette Chanson » ». Non, mais sérieusement ? J’avoue, je ne le croyais pas complètement sur parole, alors je l’ai recherché — et j’ai tout de suite découvert une entreprise parisienne, ThisIsBlindTest, qui « vous enfermer dans une salle bien isolée, et d’affronter votre famille, vos amis ou vos collègues, seul ou en équipe, sur diverses thématiques musicales ».

Nous avons donc encore une fois un emprunt qui ne l’est pas du tout. C’est plus logique qu’à la one again, mais moins qu’un pressing, qui est au moins l’endroit où le verbe anglais « press » a lieu. J’ai en savoir plus sur comment vous avez adopté cet anglicisme bizarre, et je crois que j’ai la réponse.

Il me semble que les premiers jeux de ce format, sous ce nom, avaient lieu sur l’émission Tout le monde en parle, diffusée sur France 2 entre 1998 et 2006, et animée par Thierry Ardisson, qui je connais seulement par nom. Pourtant, selon Wikipédia, ce n’était pas directement à lui :

Mais c’est toujours Béatrice Ardisson, à l’origine de cette idée, qui sélectionnait les titres, étant ainsi, à elle seule, à l’origine de 130 blind tests thématiques que Philippe Corti, et par la suite les DJ, passaient en plateau.

Tout le monde en parle, Wikipédia

C’est donc apparemment à Mme Ardisson de choisir cette expression. Tout ce que je peux dire de ça, c’est qu’elle avait mal compris l’anglais. Ou peut-être qu’il lui semblait mieux qu’une expression plus longue en français. « Nommez cette chanson », ça aurait vraiment dérangé ? Je trouve ces faux anglicismes souvent mystérieux.

De toute façon, INA a une collection plutôt impressionnante sur YouTube, avec la moitié de ces diffusions. Voici un exemple, avec qui d’autre mais « Nicola Indochine », comme dit la légende sur l’écran :

Nico se révèle plus fort que moi, pas vraiment surprenant vu que je n’ai même jamais entendu les morceaux de Noir Désir ni de The Cure qu’il identifie pendant 3-4 secondes.

Il y a un chapitre dans le livre qui parle d’exactement ma perplexité face à ce genre d’expression d’un côté, et de l’autre côté, la perplexité des Français quand je sors des expressions québécoises dans le but de les éviter. « Plus royaliste que le roi », on disait de moi à cet égard, un titre que je porte avec fierté.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec le problème d’un roi que les Français ne réussiront jamais à décapiter.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Allô maman

Pendant des années, l’un des plus grands mystères au centre commercial près de chez moi était « Qu’est-ce qui veut dire le « BCBG » dans le nom du magasin « BCBG Max Azria » ? » Vous n’avez absolument aucune idée de quoi je parle, parce que cette chaîne de boutiques de mode n’existe pas en France. Et moi, je ne sais pas de quoi je parle, mais c’est juste comme d’hab. Toutefois, il y a des semaines, j’ai quand même eu une réponse, même si ça posait plus de questions.

Alors, Max Azria était un créateur de mode d’origine tunisienne, qui vivait pendant quelques années en France avant de déménager à Los Angeles. Je ne pourrais rien dire à propos de ses vêtements, car je ne faisais pas attention à des boutiques uniquement pour les femmes. Je ne le cherchais pas, mais pendant un des jours où Instagram se foutait de ma gueule avec zéro vues pour une autre pâtisserie (rien pour les blondies), il m’a proposé ce clip d’INA, intitulé « 1989 : le look de la femme BCBG » :

C’était honnêtement juste les initiales qui suffisaient pour attirer mon attention, mais j’en ai tiré très peu au-delà des mots « bon chic bon genre ». On explique « C’est quelqu’un qui, quand elle rentre quelque part, elle se fait un petit peu remarquer, doucement. » Une autre dit que « c’est d’attirer un petit peu l’attention ». Une troisième ajoute que « On se contentera tout à fait d’accessoires Monoprix. » Pas vraiment éclaircissant, tout ça. On se fait aussi remarquer avec un jean plein de trous, mais je n’avais pas du tout l’impression en regardant le clip que l’on parlait de s’habiller comme un cochon.

Wikipédia m’a un peu aidé à cet égard, en me dirigeant vers un blog sur la mode, La Mesure de l’Excellence. Là, j’ai lu :

Pour le costume : « une veste de chasse huilée Barbour (je la possède toujours…) ; un pull Benetton, col rond, un jean Levi’s 501 ; des chemises en tissu oxford des marques Arrow et Façonnable ; une montre Baume & Mercier, ronde, extra plate et en or, ou piochée dans une grosse collection de montres Swatch ; un polo Lacoste ou Ralph Lauren, col toujours relevé…

Le bon chic bon genre par un BCBG

Dites-donc : Levi’s, Façonnable, Lacoste et Ralph Lauren, hein ? Je jette un œil nerveusement en direction de mon placard, où se trouve une vingtaine de polos d’exactement deux marques : Ralph Lauren et Lacoste. Et où tous les jeans viennent soit du Temps des Cerises soit de chez Levi’s. C’est moi. On parle de moi.

Wikipédia élabore :

Pour les prénoms, un certain classicisme se retrouve : prénoms issus de la culture catholique, prénoms anciens, antiques ou d’autres composés.

Et moi, je me suis vanté au passé de trouver mon prénom dans les listes de la loi du 1er avril 1801, et j’ai choisi un prénom composé exprès pour mon poisson d’avril… En anglais, ça se dit « dorer le lys » (gilding the lily) — continuer à ajouter à quelque chose quand ça ne sert plus à rien. C’est bien établi.

Mais le son de l’expression, avec sa répétition de « bon », m’a rappelé une autre expression, les « bobos ». Wikipédia dit ce que je savais déjà, que l’usage moderne vient d’un journaliste américain, David Brooks :

Ce mot-valise a été popularisé par le journaliste américain David Brooks, dans son livre Bobos in Paradise: The New Upper Class and How They Got There, publié en 2000.

Bourgeois-bohème

Je n’ai jamais lu le livre — mais j’ai lu l’article original qu’il avait écrit dans le magazine « The Weekly Standard » pour proposer l’idée avant d’écrire le livre. (Le magazine n’existe plus.) Je soupçonnais même à l’époque qu’il l’avait piqué des Français, sans crédit, et Wikipédia cite plusieurs exemples des XIXe et XXe siècles, dont « cette petite bourgeoise bohème et bon enfant » dans un roman de Guy de Maupassant. Brooks est le genre de personne qui connaîtrait une telle référence et aussi la cacherait.

Et de son tour, « bobo » fait aussi partie d’un titre qui me rend perplexe depuis longtemps, d’un morceau d’Alain Souchon. J’avais suivi un cours chez l’Alliance française sur lui, mais on n’avait pas discuté celui-ci. Lire les paroles ne m’avait pas aidé du tout. J’apprends enfin qu’il manque des mots ; il devait dire « Allô maman, j’ai un bobo » :

Au cours d’un séjour à la montagne, Alain Souchon, âgé de 27 ans, chute à ski, pris dans une avalanche. Son frère, guide de montagne, le rejoint alors et lui fait remarquer qu’il a « crié maman».

Allô maman bobo

S’il s’était habillé en polo de Ralph Lauren, il ne se serait jamais retrouvé dans une telle situation, si seulement car pas assez chaud pour skier.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une histoire d’aveugle.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

La langue sans mots mièvres

Cette semaine, Langue de Molière fête la France pour quelque chose de complètement inattendu.

Vous avez sûrement entendu parler de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, la version humaine de la maladie des vaches folles. Quand cette horreur arrive, des protéines mal formées, les prions, détruisent les cerveaux des victimes. C’est moins connu qu’aux États-Unis, il y a une variante non-fatale, où je fais partie des 5 % de la population qui n’en souffre pas. Chez moi, c’est pas les prions qui détruisent les cerveaux, mais la mignonnerie. (Je me sens obligé de défendre ce mot ; je ne l’ai pas inventé, mais il ne se trouve ni dans mon correcteur ni mon dictionnaire bilingue. C’est pourtant le bon.)

La mignonnerie prend de nombreuses formes insidieuses. Il était une fois, on savait tous que les billets et les monnaies ne vont pas dans la même partie d’un portefeuille et les a donnés séparément, comme il faut — de nos jours, tout le monde met les monnaies en haut des billets comme des cons. Ou on met le couvercle et la paille au-dedans d’une tasse en papier. C’est dégoûtant pour la santé, mais c’est mig-noooooon. Ou tout le monde demande « Est-ce OK ? » (Je me rends compte que je parle de comportements américains ; c’est ma vie, hélas.) Mais la pire mignonnerie américaine est sans doute notre tendance à créer des noms ridicules pour tout, juste pour les acronymes, alors que les Français s’en fichent d’exactement ça.

C’est comme ça qu’il y a maintenant une loi proposée dans le Congrès américain (lien en anglais) en ce moment intitulée la loi « Boosting Innovation, Technology, and Competitiveness through Optimized Investment Nationwide Act ». Ce qui veut dire le titre n’est pas important. Lisez juste les lettres en majuscule. C’est la loi BITCOIN. N’imaginez pas que ça a récemment commencé. Après le 11 septembre, on a adopté une loi intitulé « Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act ». Ça ne vous parle pas ? Lisez les majuscules, c’est le USA PATRIOT Act.

Ce genre d’horreur se trouve partout. Le Sénat américain a un comité chargé de 4 tâches : Santé, Éducation, Travail et Pensions. En anglais, dans le même ordre, c’est Health, Education, Labor, et Pensions, ou HELP (lien en anglais). Qu’est-ce qui veut dire « help » ? Aide.

« Mais Justin », vous me dites « que diable ? C’est quoi le rapport avec Langue de Molière ? » Ah, merci de me le demander ! Il m’a fallu beaucoup de temps pour le reconnaître, mais ce n’est pas seulement le cas que le français ne joue pas à ce jeu, il me semble que vous êtes pleinement allergiques à l’idée !

Tout le monde sait qu’un Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes s’écrit EHPAD. Mais qu’est-ce qui veut dire « EHPAD » ? Rien. C’est juste les initiales. Aucune mignonnerie n’a été fabriquée pour l’occasion. Le titre auquel j’aspire le plus, OQTF, c’est Obligé de Quitter le Territoire Français et non pas quelque chose de farfelu juste pour pouvoir écrire EXIL ou VA-T-EN. Dans le Canard du jour, j’ai appris l’existence de quelque chose dite l’Union nationale patronale des prosthésistes dentaires, ou UNPPD. Si ce cauchemar existait aux États-Unis, ils auraient trouvé une façon de se dire TOOTH, ou en français, DENT.

J’admets que les noms des lois sont moins qu’informatifs, mais ça s’améliore avec du temps. « La loi du 11 germinal an XI », aussi connu sous le nom de la loi du 1er avril 1803, veut dire la loi qui a ordonné une liste de prénoms. « La loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association » n’explique pas trop, mais même si on dit juste « loi de 1901 », tout le monde sait que ça parle des associations à but non-lucratif. ([Comme son ancien start-up, on dirait. — M. Descarottes]) Plus récemment, on voit des titres très spécifiques, comme « Loi du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l’occupation illicite ». Si celle-ci était adoptée en Californie — bonne chance ! — elle serait la loi SQUATTEUR.

Je crains qu’en évoquant le sujet, je serai en quelque sorte responsable pour avoir apporté cette nullité aux Français. Alors, oubliez tout ça,

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine au centre commercial.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les œufs de Saint-Marc

Il y a des semaines, on a partagé la vidéo suivante dans le groupe de Facebook, Everything French. La moitié est en anglais, mais c’est par une expatriée, Eva Bonnet, et se traite du truc le plus bizarre dans la prononciation de la langue — si c’est vrai :

Le dialogue se déroule entre deux personnages, jouée par la même personne car Instagram exige que tout le monde se comporte comme un schizophrène de nos jours. L’australienne pose des questions autour de la prononciation de « f» dans « œuf », au singulier et au pluriel. La française (encore une fois, la même personne), explique que l’on ne prononce pas le « f » au pluriel… sauf dans certains cas.

Quels sont ces cas ? Selon elle, on dit deux et trois œufs sans le « f », mais quatre et cinq avec, puis six sans, sept à neuf avec, et recommence à dix sans le « f ».

S’il y a la moindre vérité derrière tout ça, je ne veux plus jamais entendre à quel point le français est logique ! Mais c’est ici où les choses deviennent compliqués. Elle avoue tout au début de la description de sa vidéo (écrit en anglais, désolé) qu’elle n’est pas complètement sérieuse — puis elle insiste que c’est comment fait les Français la plupart du temps. Elle offre une explication autour de la liaison, mais ça ne peut avoir rien à voir le nombre, vu que la liaison impliquerait plutôt le mot qui suit « œufs ».

Pourtant, dans les commentaires sur Everything French, où la moitié des membres sont des francophones de naissance, il y a plein de désaccord entre les autochtones sur la réalité de ce phénomène. Certains disent que c’est une tendance régionale, sans préciser la région ; d’autres disent que ça n’existe pas du tout ; une personne, la fille d’expatriés, mais australienne elle-même, dit que la vraie règle est que le « f » se lâche après les nombres qui se terminent par « x » ou « s ». Ce qui expliquerait certainement les observations du clip, mais dans ce cas, quel cauchemar !

Plus récemment, j’ai vu un clip de l’humoriste Paul Taylor, expatrié britannique qui travaille en France depuis une quinzaine d’années (et de qui j’ai appris BEAUCOUP de la langue en 2020) :

Ici, il raconte avoir reçu une demande de sa femme d’acheter une lessive dite « Saint-Marc », mais sa prononciation lui donne l’impression que c’est plutôt « sain mare », car elle ne prononce pas le « c ». Ne sachant pas quoi faire, il le répète à un vendeur qui lui donne le bon produit, mais il croit que monsieur a tort. Il finit par dire ça à sa femme, qui lui répond que ça n’a aucun sens, car « mare » est féminin, donc l’adjectif devrait être « saine » s’il avait raison. Selon Paul Taylor, c’est parce qu’il y a une règle où on laisse tomber le « c » parce qu’il y a « Saint » devant. C’est drôle, mais il n’a pas l’habitude de dire de fausses choses sur la langue, alors je dois demander : a-t-il raison ?

Franchement, j’ai du mal à croire que ces deux sont réels, mais je vous connais assez bien que je dois poser les question !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de la chose que je suis le plus ravi de ne pas trouver dans la langue.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

À la WHAT ?

Pendant longtemps, une expression qui me rendait perplexe était « à la une ». Ça semblerait être incorrect vu la séquence de voyelles ; on penserait plutôt à « à l’une ». Mais cet échange entre deux de mes personnes préférées sur Twitter a éclairci le point :

Au cas où ce ne serait pas clair pour les utilisateurs de VoiceOver — je ne sais pas ce qui arrive avec les Tweets embarqués — l’important, c’est que selon Anne-Élisabeth Moutet, « c’est une contraction de « la page une », donc « la une ».

Plus récemment, une autre expression dans un tweet m’a rendu encore plus perplexe :

Encore une fois, au cas où, ça dit :

Quand est-ce que vous avez appris que c’était « à la one again best to fly » et pas « à la walegaine bistoufly » ? moi il y a 7 minutes

Ça pose tant de questions ! À partir de « Ce n’importe quoi veut dire quelque chose ? », finissant avec « Fly ? On vole où ? », en passant par « Et pourquoi pas « l’one » au lieu de « la one » ? » Je dois vous dire que je n’ai pas trouvé de bonnes réponses à toutes ces questions, si seulement pour la même raison qu’il n’y a pas de bonne réponse à la question de ce qui voulait dire Q-bert :

Capture d'écran du jeu vidéo Q-bert des années 80s. Une fois touché par un ennemi, il abandonnait en disant « @!#?@! »
Ce qui dit M. Q-bert, Capture d’écran personnelle

Cette expression semble être fortement liée à un humoriste, Franck Dubosc, qui je connais seulement par nom. Voici un exemple (à 3:25 de la vidéo, intitulée « Le relou ») :

Ce clip n’est pas exactement le genre d’humour que l’on trouve ici d’habitude — il met les mains partout, ne respecte pas l’espace des autres, et en général, se comporte comme un animal. Ce n’est pas mon truc, mais pour nos buts, ce qui compte est que le contexte éclaircit seulement le genre de personne qui la dit. Son interlocuteur ne réagit pas. On peut au moins entendre clairement les mots en anglais, et la séparation entre « la » et « one ».

Le site Guichet du Savoir, souvent utile pour ce genre de question, m’a dirigé vers un article de 2014 dans La Provence. Là, on apprend :

« Wanegaine bistoufly » vient en fait d’une expression, originellement employée dans la région marseillaise dans les années 90, qui est de faire une action « à la one again ».

Un anglicisme sans rapport avec sa traduction en français qui signifie qu’on a fait quelque chose avec négligence.

L’humoriste Franck Dubosc s’est largement réapproprié cette expression dans de nombreux sketches.

Une association ose un clip à la « Wanegaine bistoufly » par Sylvain Pignol, La Provence, 26/2/14

Ce journal confirme le lien avec M. Dubosc, mais apparemment, il ne l’a pas inventée. Mais je dois ajouter, je ne suis pas sûr de sa traduction littérale en français. « Again » est simplement « encore une fois », mais à moins que « à la one » veuille dire « à la une », ça ne veut rien dire en anglais. L’article de Guichet du Savoir ajoute que personne n’a vraiment avancé sur cette explication jusqu’à maintenant, et leur article date de janvier de cette année. On dirait donc que l’on n’en va pas plus apprendre sur « à la one again »

Mais « best to fly » ? Littéralement, ça veut dire « mieux vaut voler » en anglais, mais au-delà de ça, je ne trouve aucune explication sérieuse. Un internaute propose que Jeanne d’Arc avait quelque chose à voir avec ça :

Une autre possibilité serait à mon avis que Jeanne d’Arc ait dit « I won again and it’s best (for the British) to flee ! ». Mais je ne sais pas comment le flee serait devenu fly.

French Stack Exchange

Ce qu’il suggère se traduirait en français par « J’ai encore une fois gagné alors mieux vaut fuir, les Britanniques ! » Mais ça ne peut être qu’une blague, parce que Jeanne n’aurait rien dit en anglais et en plus, l’anglais de l’époque était loin du mien. (Dommage, parler comme ça serait plus cool.)

J’en conclus qu’il n’y a rien pour en conclure. « Best to fly » ne veut absolument rien dire, même si on a trouvé une petite explication pour « à la one again ». Mais si ça va être votre niveau en anglais, je ne veux plus rien entendre sur les anglophones qui se croient malins en disant « sacré bleu » et « zut alors ». Au moins ces deux existent en français, même si en désuétude.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec la folle histoire des œufs.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Z’ai cru voir un rominet !

D’abord, étant Langue de Molière, je dois me plaindre que personne n’a remarqué mon calembour de dire « Nain » au lieu de « Nan » en parlant de Blanche-Neige lundi. Une foule dure, on dirait !

Récemment, Anagrys de Chemin de soie a partagé avec moi une expression très intéressante. (Au fait, j’ai récemment appris que c’est une faute d’écrire « m’a partagé ». J’ai arrêté de l’utiliser il y a des semaines, mais c’est la faute aux francophones de naissance que j’avais commencé. Après tout, je l’ai vu où ? Ouais.) Évidemment, vu le gros-titre, il s’agit d’un minet, et il n’y a qu’un chat que je connais qui porte ça comme nom :

Sylvestre le chat, dit Grosminet, dans la peau de Saint-Sylvestre​
Source

Mais notre ami ne m’a pas écrit pour parler de Looney Tunes. Cependant, si je dévoilais exactement ce qu’il m’avait envoyé, ce serait un billet encore plus court qu’attendu. Alors, je vais raconter celui-ci selon la façon des Histoires comme ça de Rudyard Kipling.

Il était une fois, il n’y avait pas d’écrans et tous les paysans étaient ravis de se réveiller dès que le soleil se levait pour travailler, car ils aimaient tant les nobles. C’est ce qui dit mon livre « L’Histoire pour les royalistes ». Et les animaux avaient tous hâte de leur dire bonjour. C’était exactement comme dans la chanson de Disney, « Zip-A-Dee-Doo-Dah », en fait :

Mais un animal se levait encore plus tôt que les autres, l’écureuil, connu à l’époque sous le nom de jaquet. Si on se levait juste à l’aube, on se considérerait chanceux juste d’apercevoir les queues des jaquets pendant qu’ils rentraient dans leurs arbres. Alors, les gens disaient que ce moment du matin était « dès queue-jaquet ».

Cependant, après la Révolution, de plus en plus de monde vivaient dans les villes plutôt que dans les fermes. Et on trouve beaucoup plus de chats que d’écureuils dans les villes, alors l’expression est devenue plutôt « dès queue-minet ». Mais avec la familiarité de tous ces gens vivant si proches, les uns des autres, le langage est devenu plus vulgaire, et on entendait plutôt « dès cul-minet ». Finalement, en 1835, l’Académie française, souhaitant mettre un terme à la grossièreté, a proposé plutôt « potron », venant du français du XIIe siècle, « poitron », qui de son tour est venu du latin « posterio » ; c’est-à-dire, la partie derrière.

Et c’est comme ça que l’on dit « dès potron-minet ».

Ben, j’ai inventé environ un tiers de tout ça. Anagrys m’avait envoyé ce lien de Facebook qui racontait l’histoire de potron-minet. J’ai fouillé dans le Trésor de la langue française, et ai vu que c’était tout vrai, mais n’ayant pas d’autre contexte pour encadrer l’histoire, l’ai transformée en conte. La première citation de « minet » au lieu de « jaquet » ne date que de 1835. Cependant, les formes de « queue » ne sont pas attestées — c’était « potron » dès le départ.

Dès potron-jaquet, même.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec l’expression la plus farfelue qu’il a jamais entendue.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Passez l’amour au machin

Aujourd’hui, Langue de Molière apparaît un jour à l’avance, parce que, si je suis honnête ([Ce qui arrive assez rarement — M. Descarottes]), je n’avais aucune idée de quoi écrire. On est à une semaine d’une étape de légende pour ce blog, alors il ne faut pas que je rate un jour, mais je continue de mettre l’emphase sur le livre, comme je l’aurais dû à partir de mars — de l’année dernière.

Il y a des semaines, j’ai rencontré un mot qui ne me parlait pas du tout, même dans son contexte, choucard. Malheureusement, j’ai oublié de garder un lien vers le post sur Facebook où je l’ai vu. Au moins j’avais le bon sens de le noter dans le fichier où je garde toutes les idées pour Langue de Molière.

Alors, j’ai recherché ce mot dans mon dictionnaire bilingue. Il n’est pas là — dites-donc, pour un dictionnaire venant de l’université d’Oxford, il y a un sacré nombre de lacunes ! (Ne vous méprenez pas ; je suis reconnaissant pour tout ce qu’il m’a apporté, mais il me semble que le temps d’acheter un dictionnaire monolingue s’approche, même si j’ai parfois besoin de traductions. Vos recommandations pour une appli sont les bienvenues.) Je suis donc allé sur Wiktionnaire , et… quoi ? Le Trésor ? Dites-donc, vous voulez que j’aie rapidement la réponse, ou une aventure ?

Donc, Wiktionnaire. Ça m’a dit que c’était synonyme de « chouette », sans préciser le bon sens. Il me semblait que l’on ne parlait pas de l’oiseau, mais le synonyme de « cool ». Pourtant, Wiktionnaire n’offrait que des exemples… opaques, à partir de cette citation de Boris Vian :

Quand on est en carte
Et qu’on d’vient trop tarte
C’est pas choucard pour l’osier
En six marquotins
Ce foutu bourrin
Pouvait plus faire un lacsé
 — (Boris VianBallade de la chnouf, 1957.)

Choucard

Super, il y a un mot dont je ne comprends pas le sens dans chaque ligne — « en carte » et « tarte » me sont familiers, mais j’ai l’impression que les sens sont autres que ceux que je connais. Mon dictionnaire Oxford donne « osier » comme la traduction d’osier, une situation qui me conviendrait très bien si j’avais la moindre idée de ce qui était un osier en anglais ! Et « marquotins » et « lacsé » ne sont pas dans mon dictionnaire du tout ! (« Bourrin » se traduit par « nag », un cheval qui a vu de meilleurs jours, selon l’Oxford.)

Mais je voulais en savoir plus sur choucard, alors j’ai suivi « chouette ». Et ça m’a donné de nombreuses photos d’oiseaux, une araignée de mer, une espèce de papillons, et

Employé en accompagnement des mots généraux tels que bidulemachintruc pour désigner des objets inconnus.

« C’est quoi, c’bidule truc machin chouette ? »

Chouette

Super, quel est le nom parmi tout ça ? J’utilise « truc » assez souvent que je ne plaiderai pas l’ignorance, mais il me semble que dans ce cas, il sert en tant qu’adjectif, et ça, c’est nouveau pour moi. (Au fait, Truc en majuscule, c’était aussi le prénom de la vietnamienne qui m’avait dit qu’elle avait hâte d’adopter La Fille sans l’avoir rencontrée — cette coïncidence me met plus mal à l’aise que vous ne le devinez.)

« Machin » est où je me suis arrêté à l’époque, à cause de ça :

Mot général utilisé pour désigner une notion ou un objet qu’on ne veut pas ou qu’on ne sait pas nommer plus précisément

Machin

C’était assez évident — on avait quitté le chemin de significations en termes d’autres mots argotiques mais « on ne sait pas » me semblait la fin de l’affaire. En plus, c’était évident que l’on avait quitté les synonymes de « cool », ce qui avait lancé l’enquête.

Puis, une semaine après avoir abandonné, j’ai lu « machin » dans le bon contexte chez Il Est Quelle Heure, et tout est devenu clair :

Une fois à la maison il a posé sur la table un bol avec des petit machins tout ronds dedans.

Gary m’a envoyé un message:

Gary: Ton père s’est foutu de moi parce que j’ai gobé une pistache entière sans la décortiquer

Moi: J’ai fait EXACTEMENT pareil

Dialogue avec Père #36 : stachepi

Ah, chouette ! Choucard, même ! Personne ne pouvait me donner un tel exemple pour commencer ?

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour un rendez-vous avec Grosminet à l’aube.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Ras-le-plein

Il y a des semaines, j’ai noté une expression intéressante chez Miss Biblio Addict :

Cette semaine, j’ai dit (merde) au tri et au rangement… J’en ai ras la casquette. [emphase le mien]

C’est lundi, que lisez-vous ?

« Ras la casquette » ne me parlait pas en soi, mais ça ressemble à beaucoup d’autres expressions françaises, à partir de « ras-le-bol ». Je comprends que ces deux sont similaires à « J’en ai assez ». Mais c’est ici où je dois avouer qu’après presque cinq ans d’efforts (mon 5e anniversaire français s’approche !), je ne pouvais pas vous dire ce qui veut dire « ras ». Voyons si j’ai réussi à améliorer cela.

« Mais Justin », vous me dites, « le Trésor… » Chut, vous ! On a un terrier de lapin à suivre !

Google m’a amené à Wiktionnaire, qui m’a dit que « ras la casquette » n’est qu’un synonyme de « ras-le-bol ». Là, j’apprends que « bol » n’est que de l’argot pour « cul ». Mais il cite Le Robert comme source, et M. Le Robert me semble dire seulement que les expressions sont des synonymes, pas l’autre chose. Mais au cas où, je devrais supprimer toutes les mentions de « bol » de mes recettes. Il faudra désormais avoir une folle quantité de saladiers pour suivre les recettes Coup de Foudre.

D’autre part, Le Robert dit aussi que « bol » est synonyme de « pot », et que ce dernier veut dire aussi postérieur, venant de « popotin », qui veut dire « fesses ». Super, je ne peux plus mentionner des pots de yaourt ou de confiture non plus. Au cas où, vous savez.

Mais c’est quoi cet autre truc, synonyme de ras-le-bol, ras-le-bonbon ? En tant que nom, c’est plus de la même chose : de l’exaspération. Mais en tant qu’adjectif :

(Vulgaire) Se dit d’un vêtement féminin très court, s’arrêtant au ras des fesses.

On penserait peut-être que ce « ras » veut dire qu’il n’y a rien. Le bol est peut-être donc vide, c’est ça ? Mais cette fois, Wiktionnaire dit qu’il s’agit d’un terme pour quelque chose trouvé dans les entrejambes, et ici, on atteint la limite de ce blog tous publics. Disons que toute autre entrée joignable de ce point porte l’avertissement « vulgaire ». Disons aussi qu’il me faudra enlever les berlingots de 3 articles du Tour. Au cas où, bande d’obsédés !

Mais si je pensais que « ras » voulait dire trois fois rien, qu’il n’y avait pas beaucoup à voir, le Trésor de la Langue française dit l’opposé :

[En parlant d’un récipient] Dont le contenu arrive exactement au niveau du bord.

Ras, adjectif

Le bord est la partie la plus haute d’un bol, alors ceci dit que « ras » veut dire « beaucoup, rempli », plutôt que « vide, court ». Même l’étymologie du Trésor nous dit qu’à partir de 1190, « ras » voulait dire « entièrement plein ». Et bien sûr, c’est quoi un autre synonyme pour ça ? « Plein le cul ».

Ras veut donc dire en même temps qu’il y en a trop et il y en a pas assez. Je n’en peux plus ; j’en ai ras-le-plein.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour demander, « C’est quoi, ce machin ? »

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Ras le bulbe

Il y a des semaines, j’ai lu quelque chose sur Il Est Quelle Heure qui m’a rendu tout perplexe :

« Elle va bien? », m’a demandé un peu plus tard la vétérinaire; « Je crois! », ai-je répondu en riant mais en vrai j’ai pensé: « Elle est ravagée du bulbe, oui ».

Trauma crânien

Ravagée du bulbe ? Ça sentait Langue de Molière, alors j’ai mis une note dans mon fichier.

Des jours plus tard, cette expression est apparu à nouveau chez elle :

Du coup moi qui pensais qu’elle était ravagée du bulbe je me demande à présent s’il y en a encore un, de bulbe.

Tous les chemins ne mènent pas à Rome

C’est quoi, ce bulbe ? D’habitude, j’essaie de trouver les réponses à ces questions pour moi-même (pas envie de perdre ma carte d’homme, après tout), et le mot semble très similaire à l’anglais « bulb », alors j’ai commencé avec mon dictionnaire bilingue. Là, bulbe a trois significations :

1) Un bulbe de plante, tel qu’un oignon ou une tulipe ;

2) La coupole d’une église façon Kremlin (j’ai tout à coup envie de jouer à Tetris) ;

Capture d'écran de Tetris sur Game Boy
Capture d’écran de Tetris sur Game Boy ; Source ; ©️Nintendo

3) Une partie d’une étrave — et quelque chose que je ne connaissais pas du tout, car c’est toujours sous l’eau !

Mais aucun de ces sens ne répond pas à la question de comment on ravage un bulbe, ou pourquoi un chien en aurait un. Et ici, l’anglais ne m’aide pas, parce que pour autant que je sache, Ravage, c’est un Transformer méchant en forme de panthère :

Ravage, Transformer Decepticon ; Source ; ©️Hasbro

Mais son nom veut dire détruire ou faire des dégâts, alors peut-être que l’on approche un peu le sens de « ravager du bulbe ». Ah, je sais, j’ai oublié de consulter la plus grande source au monde pour les bulbes, Bulbapedia. Vous pensez que je plaisante, mais le nom veut dire littéralement l’encyclopédie des bulbes , à partir du Bulbizarre. Ça doit être où commencer :

Dessin du Pokémon dit Bulbizarre
Bulbizarre, Image de Poképedia, CC BY-NC-SA 3.0

Malheureusement, c’est juste sur les Pokémon et ne veut rien dire sur le bulbe en question. Trésor de la Langue française, que dites-vous ? Rien sous ravager ni bulbe. J’épuise toutes mes resources sans avancer. Au bout du rouleau, je recherche l’expression sur Google. Et voici le premier résultat :

Capture d'écran qui montre que Google choisit « mou du bulbe » en tant que synonyme de « ravagé »
Capture d’écran de la recherche

Wiktionnaire me dit que le bulbe de « mou du bulbe » est tronqué de « bulbe cérébral », séquence de lettres qui n’apparaît même pas dans la liste de mots composés dans mon dictionnaire bilingue. Ne me croyez pas sur parole, voici la liste entière :

Capture d'écran du dictionnaire Oxford avec seulement « bulbe dentaire », « bulbe pileux » et « bulbe rachidien »
Capture d’écran, infos ©️Oxford University Press

Je suppose que la dernière expression, « bulbe rachidien », est le bulbe duquel on parle. Mais ce bulbe — rien à voir avec Mme Dati pour autant que je sache, malgré le nom — contrôle des fonctions automatiques, la respiration et le rythme cardiaque, pas les pensées.

J’ai trouvé quelques autres exemples de l’expression telle qu’elle est utilisée. Par exemple, ce tweet :

Tweet qui dit « J’avoue que cette bande de ravagés du bulbe va me manquer quand Twitter disparaîtra.» en citant un critique de Mme Hidalgo.
Source

Et celui-ci :

Tweet qui dit « Y’en encore quelques ravagés du bulbe » en citant des supporters de Gaston d'Orléans, prétendant au trône français.
Source

Le seul exemple que je peux trouver qui date avant 2024 vient de 2018, sur un site de jardinage, et c’est le gros-titre d’un article qui parle des bulbes de plantes. Mais il me semble un clin d’œil envers l’expression dont on parle.

J’en conclus que cette expression veut dire que l’on a un cerveau endommagé et fait de mauvaises décisions en conséquence. Mais aussi que ça doit être très, très récent. Si je n’étais pas ravagé du bulbe, je l’aurais déjà connu.

Avec ça, il y a maintenant autant de billets Langue de Molière que de Dessins de la Semaine, son prédécesseur.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour se plaindre qu’il en a ras le plein. Ou quelque chose comme ça.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Du Coke pour l’âne

Peut-être que certains d’entre vous se souviennent que ma plus grande fantasme, c’est d’aller manger dans un resto quelque part en France, commander un plat, et entendre le serveur me demander « Avec du Coca-Cola ? » Si ça arrive, je serai prêt — prenez-moi au sérieux quand je vous dis que je fais des répétitions à chaque fois, au cas où — à répondre « Hohoho, non ! With Beaujolais nouveau ! » On penserait qu’il m’aura fallu commander une entrecôte bordelaise, mais à mon avis, ce serait trop évident, surtout si je le prononce mal d’après de Funès dans le film, comme si je demandais au serveur de le faire.

Si vous me répondiez que vous auriez pensé plutôt que la fantasme était que je ne mange pas seul dans le resto, je ne peux dire que j’essaie d’avoir des fantasmes réalistes. Mais toute cette histoire de Coca-Cola, où comme ça se dit ailleurs, même si pas en français, Coke, je l’évoque pour une raison. Il y a des semaines, j’ai vu un graphique intéressant sur Facebook qui montre tous les sens différents du son du mot en français — et attention à l’orthographe !

6 sens différents de mots qui ont le son de "coke" ou "coq".
Source, ©️MaitressAdeline sur Facebook

Avant de continuer, je dois avouer que je ne peux plus boire de Coca-Cola, et ça me rend incroyablement triste. C’était mon soda préféré jusqu’en 2006, au moins à prix raisonnable (voici le vrai champion). Dès que mon docteur m’a dit d’arrêter, je l’ai abandonné — et quand je l’ai goûté à nouveau une décennie plus tard, j’avais complètement perdu mon goût pour le truc. Est-ce pour le mieux ? Mes docteurs diraient oui, mais je suis ennuyé de thé glacé sans sucre, et c’est tout ce que je bois depuis bientôt 20 ans.

Alors, pour commencer, il y a le coke dans le sens de charbon. Vous n’avez aucune raison pour la connaître à moins que vous travaillez dans le secteur de l’acier, où il s’utilise dans les hauts fourneaux.

Mais il y a aussi la coke dans le sens de la poudre blanche bien-aimée de banquiers et de rappeurs. Et, si on a lu ce blog soigneusement, de corses. Attention au genre ; les gendarmes s’intéressent trop à vos conversations si vous travaillez dans une aciérie et dit « Je viens d’acheter une tonne de coke » sans préciser que c’est au masculin. Il faut se souvenir que c’est un anglicisme tronqué de « cocaïne ».

On change d’orthographe et y trouve le célèbre coq français, ou plus précisément gaulois, roi de la basse-cour. C’est drôle de penser qu’il ne veut pas finir dans le vin bien que la France soit connue pour exactement ça.

Je ne sais pas si la prof qui a créé cette liste a triché avec le coque dans « staphylocoque », ce qu’elle dit veut dire « un type de micro-organisme ». Le français dit, tout comme l’anglais, que les bactéries de forme ronde s’appellent « cocci ». Pourtant, les bactéries eux-mêmes prennent « coque » comme suffixe. On a donc « staphylocoque », mais aussi « monocoque » et « diplocoque ». Il me semble que cette version de « coque » n’a pas sa propre existence, independent de tout autre mot.¡

Il n’y a rien à discuter quant à sa signification en cuisine. Là, coque veut dire un fruit de mer ou l’extérieur d’un macaron, à ne pas oublier ce que l’on ne casse pas (pendant la cuisson) pour faire des œufs à la coque. C’est ce sens, d’une structure rigide qui couvre d’autres choses, qui donne notre dernier sens, les coques en bois ou en acier trouvées sur les navires et les avions.

C’est assez pour me donner envie de me cacher dans une coqu…ille.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine au pays du Bulbizarre.