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Bête noire

Il n’y a pas de Dimanche avec Marcel car j’ai trop mal à la poitrine, et je ne peux pas me pencher sur un livre. Ne vous inquiétez pas, je n’ignore pas une crise cardiaque ; c’est juste que j’ai fouetté trop de choses à la main pendant deux jours de suite, et ça fait des élongations des muscles dans la poitrine, exactement comme le gâteau d’anniversaire que j’ai fait en 2024. On me demande souvent pourquoi je ne gagne pas ma vie en pâtisserie ; c’est parce que ça fait mal partout. (Aussi parce que les lois californiennes sont impossibles à naviguer, mais quand même.) Cependant, il faut que l’on parle, et chaque fois où je dis ça, j’ai des plaintes.

D’abord, voici le gâteau Napolitain que j’ai apporté à une soirée de belote hier. Pas comme la tarte aux noix de pécans de la veille, c’est sans fautes. Ceux qui veulent la recette peuvent attendre mon livre. Ou lire mon dîner pour la Loire-Atlantique.

Gâteau Napolitain carré, 15 cm par 15 cm, vu d'en haut

Nan, mais regardez-le de près. Sans. Fautes.

Vue du même gâteau Napolitain, du côté. On voit clairement les trois couches de gâteau -- deux vanille, un chocolat -- les couches de ganache au chocolat, le fondant blanc et les vermicelles au chocolat.

Je fais ce gâteau dans un moule de 18 cm par 18 cm, mais une fois que les bords sont coupés, ça fait 15 cm le côté. À mon avis, si je servais ce gâteau à des Américains, ça ferait 4-6 parts.

Pour un groupe de Français, je dirais 9 parts, peut-être 12 au maximum. Et c’est ici où j’ai mes plaintes. Selon vous, combien de parts ont été coupées par la hôtesse ? Comme disait Galvatron juste avant de tuer Starscream, voici un indice :

Cette photo, c’est les restes avec lesquels je suis rentré. Il y avait 16 parts au total, et 12 invités, dont moi — et j’ai pris deux parts ! Mais laissez tomber : ce qui me préoccupe n’est même pas l’accueil mitigé. C’est plutôt ce qui arrive à chaque fois où l’un de mes desserts rencontre un Français armé d’un couteau.

J’accepte que le Français lambda mange moins que son homologue américain. Et en général, c’est une habitude saine — c’est pourquoi vous avez de plus petits tours de taille. Pas tous, mais on parle de tendances. Cependant, c’est aussi le cas que ces choses ont une structure interne, et que quand on les tranche trop fin, les pâtisseries s’écroulent. Dans cette photo, ce n’est pas le cas, mais avec mes deux dernières tartes, absolument. Je n’aime pas voir mon travail rendu en miettes.

Mais encore plus que cette plainte, je ne comprends pas l’obsession de tout couper dès le départ. L’habitude américain, quand tout le monde apporte quelque chose, c’est de laisser chacun se servir. Si on veut plus ou moins que les autres, c’est pas grand-chose — on coupe ce que l’on veut. Ben, personne ne veut en prendre trop, je le comprends. Mais pourquoi on devrait avoir des avis sur combien de parts resteront à la fin de la soirée, ça je ne comprends pas du tout. Il reste la moitié du gâteau dans ce cas ; à mon avis, ça fait 3 parts, pas 8 !

C’est un sujet sensible, parce que même si nous sommes aux États-Unis, tout le monde s’attend à nous nous comportions comme si nous étions en France. Je l’accepte, et je suis bien au courant que si je déménage, il me faudra accepter les mœurs de mes voisins.

Sauf pour une chose : je vois ce qui est vendu sous le nom de « gâteau individuel » chez Pierre Hermé. Ou Lenôtre. Ou Claire Heitzler. Et je ne suis pas complètement convaincu que vous coupez ces choses en 3 ou en 4. Peut-être que je me trompe. Mais c’est pourquoi je pose la question !

Shrekking

Rien ne me plaît autant que quand les francophones adoptent des anglicismes, puisque je peux les comprendre sans faire des efforts. Ha, non, évidemment personne ne me croit. Mais hier, Facebook m’a infligé un article de Doctissimo — et j’ai hâte d’ajouter que je ne suis pas cette page, mais Facebook préfère me montrer tout sauf les contenus de mes amis — et malheureusement, je l’ai compris rien qu’en lisant le gros titre. Il s’avère que le pire mot anglais de l’année est arrivé en France, ce qui en fait un sujet pour ce blog.

Ben, c’est aussi une excuse pour râler sur ma plus grosse bête noire. Je suis rien d’autre que prévisible.

Alors, connaissez-vous la série de films « Shrek » ? C’est un ogre laid qui sauve une princesse à un dragon, puis il s’avère que la princesse souffre d’une malediction qui la transforme en ogresse la nuit. Après des aventures pour faire une film assez long, les deux finissent par embrasser, ce qui la transforme définitivement en ogresse, car elle est amoureuse d’un ogre. Il y a d’autres films, mais jamais vu de mon côté, et pas importants pour notre sujet non plus.

Ballon de Shrek au défilé de Thanksgiving, Photo par joiseyshowaa, CC BY-SA 2.0

Avec ces infos, si je vous disais que « shrekking » implique la vie sentimentale, de quoi s’agirait-il selon vous ? Pas besoin d’y réfléchir ; je vous donnerai la signification selon Doctissimo :

choisir volontairement un partenaire perçu comme « inférieur » (notamment physiquement) pour garder le dessus. L’espoir ? Que ce partenaire mesure sa chance d’être tombé sur la perle rare (vous !), et se révèle investi, fidèle et respectueux.

Le « shrekking », cette idée (toxique) de sortir avec moins bien que soi, pour ne pas souffrir

Comme toute idée toxique de nos jours, celle-ci vient de TikTok — toutes les sources que j’ai vues en anglais sont d’accord avec Doctissimo sur ça ; je ne chercherai pas d’exemples.

La première chose à remarquer, c’est que les génies d’Internet ont bel et bien raté la signification du conte original : la princesse se révèle enfin être exactement au niveau de l’ogre. C’est juste que l’ogre n’est pas aussi mauvais que la réputation de son espèce. Mais laissez tomber, car c’est aussi évident que personne ne se croit un ogre.

Je crois que j’enfonce une porte ouverte si je dis que ça doit être l’idée la plus condescendante que j’ai jamais entendue. Mais j’ai remarqué quelque chose d’autre très intéressant en lisant l’article de Doctissimo, par rapport aux articles que j’ai lus plus tôt en anglais. Ça me semble une différence culturelle ; où les anglophones cherchent à dénoncer cette tendance car c’est censé une mauvaise idée pour la personne « supérieure », l’article en français traite des mauvaise conséquences pour celui que joue dans la peau de l’ogre. Je me demandais si c’était juste par hasard, alors j’en ai recherché d’autres en français :

Le partenaire peut sentir qu’il est un second choix, ce qui touche à la confiance et à l’estime de soi.

Sudinfo (Belgique)

Pour autant, le shrekking est aussi une tendance malhonnête et malsaine dans la mesure où elle érode la confiance et l’estime de soi de l’autre. 

TF1

Si ce phénomène peut paraître cruel pour la personne qui en est victime, il s’agit surtout d’un mécanisme de protection, selon l’experte.

Femme Actuelle

C’est quoi, cette idée de se soucier de l’autre personne, et non seulement de soi-même ? Encore une fois, je me sens passé à l’autre côté du miroir, sens Lewis Carroll. Il faut, cependant, noter que les trois citent tous les mêmes psychologues comme sources, même si les articles sont rédigés par des journalistes différents. J’imagine qu’être pressé de copier ce qui est déjà paru ailleurs n’aide pas à produire des contenus originaux.

Mais j’ai appris quelque chose d’aussi nul en faisant ces recherches. Aux États-Unis, on croit tous que le français est la langue d’amour. Pourtant :

Vous êtes familiers du breadcrumbing, du love bombing, du ghosting ?

TF1

Entre les “situationships”, le “snowmancing”, ou encore le “ghostlighting”, il existe des dizaines de termes obscurs…

Femme Actuelle

Je ne connais que la moitié de ces mots qui se terminent par « -ing ». Mais vous avez outsourcé cette tâche à qui ? À mes compatriotes. Ayez honte. Non, plus honte. C’est gênant, ça. Ce blog est intitulé d’après l’idée que les Français ont les meilleurs mots pour ce sujet !

Mise à autrefois

Ceci pourrait être une Langue de Molière, car il y a beaucoup de choses à dire sur le manque d’une vraie traduction du mot anglais « up » en français. Mais je vais limiter mes remarques au mot « upgrade », car j’ai envie de râler sur iOS 26.

Je vous ai dit avec le dernier épisode de la balado que le service aux clients chez Automattic (qui font ses affaires sous le nom WordPress) m’a dit de mettre à jour mon portable de iOS 18.7 au nouveau 26. En anglais, on dit « upgrade », et il me déçoit un peu que le français, qui utilise « grade » de même façon quant aux rangs militaires, n’utilise pas « grade » dans ce contexte. ”Up » dans ce contexte veut dire une hausse de niveau. Vous pouvez donc facilement comprendre ce qui veut dire « downgrade », l’opposé — c’est une baisse de niveau, « down » étant l’antonyme de « up ».

Étant programmeur moi-même, parmi d’autres choses, je ne suis pas satisfait de ces deux choix. L’un de mes proverbes personnels, c’est : « Il n’existe aucun logiciel qui ne puisse être amélioré en revenant à sa version précédente. » Je dis ça parce qu’à mon avis, une fois les fonctionnalités sont établies et validées, les seuls changements qui restent sont souvent des trucs superficiels pour donner l’impression d’avoir « fait quelque chose ».

C’est pour ça que j’aime parler de « sidegrades » : « side » veut dire « côté », alors l’idée est que le nouveau logiciel n’est pas meilleur, il est juste différent. Mais traduire ça de façon littérale est impossible. Si « upgrade » est « mise à jour », puis « sidegrade » serait « mise à côté ». Mais ça veut déjà dire quelque chose ! Alors plutôt qu’une « mise à jour », c’est une « mise à hier », car tout reste comme avant, juste cassé et désorganisé. Soyez le bienvenu à suggérer d’autres traductions maintenant que vous avez l’idée.

Alors, qu’est-ce que je déteste chez iOS 26 ? Commençons avec le nouvel aspect de chaque icône — sans raison valable, Apple a choisi d’éclairer les coins supérieur gauche et inférieur droit de chacun. Voici une comparaison avant/après ; c’est plus facile à voir avec les icônes de couleur sombre.

L’idée était de donner un peu de profondeur, un faux effet 3D. Mais à mes yeux, ça ressemble plus à une erreur graphique, des bordures qui ne devraient pas être là.

Je ne dis jamais l’expression suivante, alors vous savez que je suis vraiment en colère : Apple a bien foutu le bordel avec mon clavier bilingue. Au passé, entre iOS 13 et 17, il y avait des claviers monolingues, un pour anglais et un pour français. Les deux apprenaient de mauvaises habitudes si on tapait souvent dans l’autre langue. Alors avec iOS 18, Apple a créé un clavier bilingue, qui utilisait les deux dictionnaires pour la correction automatique, ainsi qu’un clavier uniquement pour le français. Je veux que vous voyiez exactement de quoi je parle :

Je n’utilise jamais le clavier uniquement français. Pourquoi ? Parce que l’apostrophe est exactement là où je m’attends à la lettre « l », alors je fais beaucoup trop d’erreurs avec ce clavier. Cependant, Apple vient de faire quelque chose de stupide au nom de rendre le clavier « intelligent ». Voici un petit clip pour démontrer de quoi je parle :

Quand je tape sur la lettre « e », on voit le menu avec tous les choix de « e » : e, è, é, ê, etc. Cependant, où le clavier me laissait sélectionner chacun à son tour dans toutes les versions précédentes, maintenant il saute directement du premier choix, e, au troisième choix, é, si à son avis, il est peu probable que je choisisse le deuxième choix, è. Au début d’un mot, ce choix aura toujours raison. Mais ce système se trompe encore et encore plus tard dans les mots : il saute l’accent grave même pour « système » ou « dernière ». Ne me croyez pas sur parole ; voici un clip de moi en train de taper dernière dans ce post-même :

D’accord, c’est souvent plus facile de ne pas taper les accents et de laisser le portable les corriger. À votre avis, suis-je le genre de personne qui aime faire des erreurs exprès ? Surtout dans une langue où je suis déjà bien parano sur mon taux d’erreurs ?

Ouais, moi non plus.

Des choses ont bougé complètement sans raison. J’ai dû rechercher une capture d’écran des paramètres pour iOS 18 car, pas comme mes applis, je n’ai pas pris de capture d’écran avant d’installer le nouveau logiciel. Mais qu’est-ce que vous remarquez dans ces deux ?

Deux captures d’écran : liste d’applis de iOS 18 à gauche, iOS 26 à droite. Capture à gauche venue d’AppleInsider.

Anciennement, la barre de recherches était en haut ; maintenant, c’est en bas. Ce changement ne sert à rien — ça « aide » juste à embrouiller l’utilisateur !

Un autre mauvais choix ici ? Il y a désormais plus d’espace blanc autour de chaque ligne. Ça ne sert à rien non plus, et tout artiste ou éditeur qui a jamais composé une page vous dira que 700 ans de leçons depuis Gutenberg nous disent de minimiser l’espace blanc. C’est seulement les développeurs de logiciels qui aiment ajouter de plus en plus d’espace blanc.

Aucun changement ici ne me plaît, et tous sont des exemples de ma croyance que c’est juste pour donner l’impression d’avoir « fait quelque chose ». Vraiment, je payerais plus cher pour qu’ils ne fassent rien du tout !

Bénévole deux fois

Parce que je me sens toujours obligé de prouver mes « bona fides », comme on dit en anglais (du latin pour « bonne foi »), je viens d’accepter un deuxième poste de bénévole chez l’OCA. Il y a une publication dite « Guide pratique », disponible seulement pour les membres, une soixantaine de pages d’astuces, d’adresses (j’hésite à dire « bonnes adresses » vu d’où nous parlons) et de renseignements pas évidents sur vivre aux États-Unis. La dame qui le gère depuis au moins le moment où je m’inscrit à l’OCA pour la première fois (mi-2022) vient de démissionner.

Un tas de journaux, Photo par Bernerlover, CC BY 4.0

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je suis le choix logique. Premièrement, je sais évidemment gérer les publications. Deuxièmement, si le but est d’expliquer la vie locale, qui de mieux qu’une personne qui y habite depuis 25 ans, à ne pas parler d’une peine à perpétuité si on veut dire le pays et non seulement le comté d’Orange ? Troisièmement, pour autant que je vous adore tous, il y a certaines choses qui… ne sont pas évidentes quand on est immigré plutôt qu’autochtone. Je vous donnerai un exemple.

Il y a une chaîne de supermarchés ici nommée « Trader Joe’s« . C’est en fait une filiale d’Aldi depuis les années 70, mais je ne le savais pas jusqu’en 2020. (Pour une chose, je n’avais jamais entendu parler d’Aldi avant.) Cette chaîne ne vend que des choses de sa propre marque, et parmi ces produits se trouvent une tablette de chocolat qui s’appelle « Pound Plus« . Cette tablette est fabriquée en Belgique, donc à une taille européenne, 500 grammes. Mais nous utilisons quel système de mesures ? Ouaip. Un livre — 1 pound — pèse 454 grammes. Une tablette de 500 grammes est donc plus qu’un pound, d’où « Pound Plus ». Mais un francophone de naissance, qui ne s’adapte jamais aux livres et aux gallons — très facile, parce que la grande majorité d’étiquettes montrent les mesures également en SI et en impérial — peut lire « pound » comme le verbe qui veut dire « taper ». Alors il y a une explication dans le guide que « Pound Plus » = « plus ou moins fort ». Il serait bon d’éliminer ce genre d’erreur.

Mais il y a des raisons pour lesquelles je suis la mauvaise personne aussi. Je ne cherche pas de médecins, de comptables, ou d’avocats qui parlent français — je n’en ai pas besoin. Au mons, pas ici. Je n’ai pas d’expérience avec les lois concernant l’immigration, et je n’ai pas l’habitude de chercher des sites ciblant les expatriés, tels que Très Américain (mentionné dans le guide).

Puis-je avouer quelque chose ? Je voulais toujours faire du bénévolat pour l’OCA parce que je me sentais très reconnaissant qu’ils m’ont accepté. Mais particulièrement depuis La Boulette, je me sens obligé de prouver que je ne suis pas là pour des raisons suspectes. Personne ne m’a jamais dit en si peu de mots : « Toi, t’es ici pour draguer n’importe qui. » Mais la question est souvent posée de façon juste un peu moins directe, et pas toujours en forme de question ! Ça me hante, et j’espère toujours qu’avec assez de responsabilités, tout le monde finira par croire que c’est au moins une façon très bizarre d’atteindre ce prétendu but.

En même temps, je me demande si je suis devenu trop visible. Je ne veux pas que l’autre personne de La Boulette se sente obligée d’éviter les événements car je suis là. Après tout, j’ai l’impression que ça continue. C’était son association d’abord, pas la mienne.

C’est parti, mais je ne commencerai pas cette nouvelle tâche jusqu’après notre déménagement en octobre. Heureusement, il n’y a pas de troisième publication de l’OCA — je n’ai pas envie d’en ajouter plus !

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec La Poste

Avant de me lancer dans le prochain « Dimanche avec Marcel », il faut que je vous dise que je viens de découvrir que Proust dit beaucoup plus tard dans La Recherche :

Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination.

Ouest-France Citations

Ce « laissons » à l’impératif doit être le truc le plus drôle du livre entier. C’est comme si j’écrivais « Des hommes de bon jugement en affaires amoureuses, dont moi ». De toute façon, j’ai avancé de 25 pages.

La dernière fois, notre narrateur de génie vient de nous dire qu’il a décidé de quitter Gilberte à jamais, ce que je trouvais bête et impulsif. Naturellement, un paragraphe après la phrase où j’avais arrêté, il dit :

je revins… sentant que je ne pourrais retrouver la respiration qu’en rebroussant chemin, qu’en retournant sous un prétexte quelconque auprès de Gilberte. Mais elle se serait dit : « Encore lui ! Décidément je peux tout me permettre, il reviendra chaque fois d’autant plus docile qu’il m’aura quittée plus malheureux. »

Avec ça, c’est clair que Proust a découvert la friend zone un siècle avant que l’émission Friends l’a vulgarisée. Je peux donc presque comprendre son choix. Cependant, tous les chiots languissants d’amour du monde — dont moi — reviendraient quand même. Comment est-ce que Proust ne le sait pas ?

Puis, le narrateur nous mentionne :

les brouillons de lettres contradictoires que j’écrivis à Gilberte.

Faites pas ça, con. Ne me demandez pas pourquoi je le sais. Mais brûlez-les et oubliez cette idée le plus vite possible. Punaise, il va envoyer l’une de ces lettres, j’en suis sûr.

Je venais d’écrire à Gilberte une lettre où je laissais tonner ma fureur…. un instant après, le vent ayant tourné, c’était des phrases tendres que je lui adressais

Merde. Il suit des réflexions sur l’auto-illusion de quelqu’un qui galère à comprendre qu’il n’y a plus d’espoir pour sa relation, mais si j’ai bien compris, ça ne va pas l’épargner d’une erreur catastrophique. N’envoyez jamais de lettres dans une telle situation.

(Au cas où ce n’est pas clair, quelqu’un aurait dû m’arracher l’enveloppe.)

Dois-je vous dire qu’il essaye de la voir le lendemain ? Elle n’est pas là, et il s’avère que c’est même vrai, mais cette nouvelle donne lieu à des pages de fantasmes qu’en fait, avec un peu de distance, c’est elle qui jouera le chiot languissant et reviendra avec des excuses. Il commence à attendre tous les jours à une lettre de Gilberte, qui n’arrive jamais. Sûrement, c’est juste que La Poste l’a perdue, comme une autre carte postale plus récente dont je vous ai parlé. (Tout à coup, si vous n’aviez pas compris ce qui s’est passé, tout devrait être clair.)

Pour les femmes qui ne nous aiment pas, comme pour les « disparus », savoir qu’on n’a plus rien à espérer n’empêche pas de continuer à attendre. 

Quittez ma tête, Marcel. Je me demande toujours, au moins une fois par jour, ce que j’ai fait à quelqu’un à mes 17 ans pour qu’elle préfère ne pas aller au dernier bal scolaire qu’aller avec moi. Cette partie était dur à lire.

Mais il commence à faire quelque chose avec lequel je ne peux pas sympathiser. Plutôt que chercher Gilberte, il va chez les Swann pour voir sa mère. Ouais, Odette de Crécy elle-même. Sûrement j’hallucine. Quel garçon ferait pareil ?

L’une de ces visites est enfin récompensé, à un moment quand Mme Swann a aussi une autre invitée, Mme Bontemps :

« Je crois qu’elle vous a écrit pour que vous veniez la voir demain… »

« Non, je lui écrirai un mot ce soir. Du reste, Gilberte et moi nous ne pouvons plus nous voir », ajoutais-je, ayant l’air d’attribuer notre séparation à une cause mystérieuse…

« Vous savez qu’elle vous aime infiniment, me disait Mme Swann. Vraiment vous ne voulez pas demain ? »…

Je craignais qu’en me revoyant Gilberte pensât que mon indifférence de ces derniers temps avait été simulée et j’aimais mieux prolonger la séparation.

Voilà, un autre moment je-n’en-peux-plus. On lui propose exactement ce qu’il cherchait, et il préfère jouer à un jeu stupide.

Mais ce n’est pas sur Gilberte que nous finissons cette fois. Il se passe que pendant cette même visite, les Verdurin rentrent dans l’histoire, ce même couple qui avait apparemment renvoyé Charles Swann pendant le premier tome. Maintenant, puisqu’Odette a commencé à établir son propre salon, et reçoit ses propres invités, même Mme Verdurin ne peut pas résister à leur rendre visite :

Seul aussi d’ailleurs il était présenté par Odette, qui préférait que Mme Verdurin n’entendît pas de noms obscurs et, voyant plus d’un visage inconnu d’elle, pût se croire au milieu de notabilités aristocratiques, calcul qui réussissait si bien que le soir Mme Verdurin disait avec dégoût à son mari : « Charmant milieu ! Il y avait toute la fleur de la Réaction ! »

Que tous ces personnages jouent à des jeux stupides !

Le repas des bénévoles

J’ai passé une soirée intéressante hier. Ça fait un an et demi que je suis responsable du bulletin de l’OCA. Mais c’est la première fois où je me suis retrouvé en compagnie d’une vingtaine de personnes bénévoles de l’association pour dîner ensemble. Je n’ai pas pris de photos, parce qu’au-delà de la présidente à la table, personne ne l’a fait. J’ai quand même quelques remarques.

Table de desserts, Photo par John Mason, CC BY 2.0

Le dîner venait d’un resto libanais à Anaheim. C’était largement de la cuisine générique de la région : des kebabs de bœuf et de poulet, du riz, du taboulé. Je dois ajouter — les kebabs de bœuf étaient exceptionnels, les meilleurs que je connais au-delà du resto persan que je fréquente quand je vais à Los Angeles. Cependant, peut-être que vous êtes surpris d’apprendre que nous n’avons pas eu de français. Sans avoir vu la facture, je devinerais quand même que ça coûterait au moins deux fois ce repas. Le français ici est follement cher quand c’est disponible tout court, et à emporter, c’est presque introuvable.

Je ne voulais pas m’en plaindre, mais ils sont tous habitués à dîner beaucoup plus tard que moi. En partie, ça se prononce « diabète » — je ne veux jamais rien manger après 21h, afin de ne pas me réveiller à un taux de glycémie choquant. Mais la différence entre mes habitudes et les leurs est quand même énorme, alors je dois imaginer que c’est pareil pour la grande majorité d’entre vous. Nous nous sommes réunis à 18h30 et n’étions pas à table jusqu’à 20h. Je dîne pas plus tard que 18h tous les jours.

Comme pendant d’autres événements avec beaucoup de monde, j’ai galéré horriblement à cause du bruit. Avec plusieurs conversations autour de moi, c’était très difficile de me concentrer sur l’une d’entre elles. C’est pire pour moi en français qu’en anglais, de loin. On m’a posé des questions sur ça en partant ; il devait être très évident. Oups.

Quelque chose vers la fin m’a dérangé. Je ne sais pas s’il s’agit d’une différence culturelle ou juste les personnalités de certaines personnes. Je ne veux pas parler au nom des autres Américains, mais j’ai été élevé avec l’idée qu’à la fin d’un repas, si on est invité, on propose d’aider à débarrasser la table et à tout nettoyer. Il y avait 4 femmes qui faisaient ces tâches ; elles ont refusé. J’espère sincèrement que personne n’a eu l’idée que c’était une tâche réservée aux femmes. Il y a 60 ans, ça aurait été le cas aux États-Unis, mais ce n’était certainement pas une attente de ma part !

De toute façon, j’apprécie vraiment l’invitation. C’est toujours sympa d’être reconnu !

Deux meurtres qui changeront les États-Unis

Je voulais vous parler du colis à 50 $ que j’enverrai en France dès que mon papier A4 arrive. Je voulais vous parler de tous les changements chez RTL depuis fin août, et mon dernier coup de cœur, Anne-Sophie (je n’ai d’yeux que pour elle jusqu’au prochain Projet 30 Ans de Taratata — je suis en même temps la personne la plus fidèle et la moins fidèle que vous connaissez). Je voulais vous parler de la pub la plus énervante à la radio française (bon travail, Volkswagen, entreprise qui vient littéralement du leader allemand). Je voulais vous parler de la première chose gentille qu’un américain a faite pour moi en 2025. Mais je ne peux pas.

Assassinat du président Lincoln par Currier et Ives, Photo par Adam Cuerden, Domaine public

Parce que les cons ont décidé qu’ils n’ont pas travaillé assez dur pour faire sauter les États-Unis, mais ils ont enfin trouvé la solution. Bravo, les gars. L’incendie ne commencera pas demain, mais je vous rassure, nous avons maintenant deux martyrs politiques aux yeux d’un parti. On aurait pu survivre la création de la première, une inconnue, mais l’autre, c’est le pas trop loin.

Remontons le temps jusqu’au 22 août, à Charlotte, en Caroline du Nord. Un criminel, Decarlos Brown, arrêté 15 fois depuis 2007 (lien en anglais), reconnu coupable de 3 crimes (pas de délits), qui a passé 6 ans en prison, a poignardé une jeune réfugiée ukrainienne (lien en français), Iryna Zarutska. Pourquoi ? Parce qu’elle s’asseyait dans un métro avec le dos tourné, et ça suffisait, c’est pourquoi. Il y a une vidéo qui montre le tout, et c’est brutale. Avec les noms, vous pouvez la rechercher si vous en avez envie.

Pendant plus d’une semaine, ce meurtre n’est pas apparu dans la presse grand public ; seulement sur Twitter et des sites droitiers. Pour ces derniers, c’était typique des dangers de nos transports publics (femme brûlée vive à New York, homme poussé sur les rails) et quand certains essaient de se défendre, c’est seulement eux qui sont mise en examen. Mme la maire de Charlotte a même félicité les médias pour ne pas partager la vidéo. Mais cette semaine, la nouvelle est devenue un scandale national — il y a une perception forte que les médias ne parlent du meurtre car le meurtrier était noir, et ça évoquerait des statistiques inconfortables. Il y a une théorie légale aux États-Unis, reconnue par les tribunaux, « impact disparate » (lien en anglais) : si plus de personnes d’une race sont affectées par une loi qu’une autre race, puis la loi est raciste. Le résultat pervers de cette pensée est que si plus de personnes d’une race commettent un crime, punir ce crime est du racisme.

Iryna Zarutska, en tant que victime complètement innocente, est devenue le symbole de la folie de cette pensée. Mais elle était une inconnue. Ça nous amène aux nouvelles d’hier.

Un militant droitier, Charlie Kirk, a été assassiné pendant un discours à une université dans l’Utah. Une heure après la fusillade, quand il était toujours en vie à l’hôpital, des gauchistes ont commencé à fêter l’événement en public :

Capture d'écran d'un tweet : « En ce moment, dans le carrefour des rues 5e et Pine au centre-ville de Seattle. Militant gauchiste tient une pancarte qui dit "Charlie Kirk fusillé, super !" »
Source

Le tweet dit : « En ce moment, à l’intersection des rues 5e et Pine dans le centre-ville de Seattle. Militant gauchiste tient une pancarte qui dit « Charlie Kirk fusillé, super ! » L’extrême gauche a infecté cette ville » M. Kirk est mort environ une heure après la publication de ce tweet. Vous pouvez juger le caractère de la personne dans la photo pour vous-même.

Je sais que pour beaucoup de Français, la seule violence politique aux États-Unis est le 6 janvier 2021. Mais la seule personne qui est morte en résultat de ce jour-là était l’une des émeutières, fusillée par un policier. Depuis le 1er janvier 2024, on a : le meurtre d’un PDG d’une compagnie d’assurance par un militant gauchiste pour des raisons politiques, deux tentatives d’assassinat contre Donald Trump en tant que candidat (juillet, septembre), un attaque incendiaire contre le gouverneur juif de Pennsylvanie et sa famille par un militant pro-palestinien, les meurtres de deux employés de l’ambassade israélien pour la même raison, les meurtres d’une députée de l’assemblée du Minnesota et son mari par une personne nommée pour un poste par le gouverneur démocrate, Tim Walz (dans l’espoir du meurtrier qu’il allait éliminer des rivaux de Walz pour le sénat, lien en anglais).

Après le premier attentat contre M. Trump, je vous ai parlé d’autres tentatives d’assassinat pendant son premier mandat, contre des députés et juges républicains. Heureusement, ces autres tentatives ont toutes échoué, même si les cibles ont été blessées. Mais cette fois, c’est différent.

Charlie Kirk était un homme extrêmement populaire parmi son parti. Il m’est difficile d’identifier une personne exactement pareille en France ; imaginez si 20 % des Français trouvaient BHL agréable, et vous serez sur le bon chemin. Sans question, il était un partisan, mais il participait à de nombreux débats avec ses adversaires, en grande partie de façon civile. Voici son apparition sur le podcast de mon gouverneur, Gavin Newsom — beaucoup de monde croient que M. Newsom sera le candidat démocrate en 2028. Il n’avait rien de Hitler ; pourtant, on voyait des fêtes dans les médias et sur les réseaux sociaux — « c’était l’un de ses supporters », « la personne qui a motivé la mort de Charlie Kirk était Charlie Kirk » (liens en anglais). Même les députés démocrates (pas tous) ont crié « Non ! » quand une députée a demandé un moment de prière dans le Congrès.

Pour ce qu’il vaut, je fais confiance qu’il n’y aura pas de violence en réponse à ce meurtre. J’ai vu un commentaire caustique hier après-midi : « Je suis en colère mais ça ne me donne pas le droit de saccager Best Buy ». Ce ne sera pas le moment George Floyd de la droite. Mais on vient d’atteindre la limite.

Renvoyé

J’ai du mal à ne pas penser à la situation de samedi soir, mais « heureusement » (il n’y a pas assez de guillemets pour ça), j’ai pensé à une autre anecdote qui m’est arrivée il y a une décennie et qui bien expliqué la situation sans nommer personne. Évidemment, je change les noms.

Caïn venant de tuer son frère Abel, de Henri Vidal, Jardins des Tuileries à Paris, France, Photo par Alex E. Proimos, CC BY 2.0

Alors, il y a 12 ans, La Fille avait une copine de classe, Ghislaine, à la maternelle. Je voyais les parents, Marguerite et Gaston, souvent en cherchant nos enfants à la fin de la journée, mais nous n’habitions pas très proche, l’un des autres. Cependant, il y avait un niveau de familiarité, et plus les filles grandissaient, plus les deux devenaient amies.

Aux États-Unis, ce qui serait la dernière année à la maternelle en France se trouve typiquement à l’école primaire, l’année que nous appelons « kindergarten » : notre 1ère est le CP français. (À partir du 6e, la France compte à rebours, nous comptons par ordre croissant. Miam, je veux un croissant maintenant.) Alors, cette année de kindergarten était dans une école publique (la maternelle était privée), et les heures étaient bien plus courtes qu’avant.

Marguerite a proposé à plusieurs parents, non seulement moi et mon ex, d’embaucher une prof de yoga pour enseigner nos filles une fois par semaine chez elle et Gaston. Nous avons dit oui, et c’était une assez grande réussite que ça a duré jusqu’à la fin du CP, 2 ans au total.

Puisque je travaillais à la maison, tout comme Gaston — nous sommes bien avant le Covid — j’avais l’habitude de chercher La Fille à l’école, de l’amener à la maison, puis d’y rester jusqu’à la fin de la leçon avant de rentrer. Nous parlions pendant les leçons, et je dirais que nous sommes devenus amis. Nous avons commencé de planifier d’autres choses ensemble : des journées à Disneyland, jouer ensemble dans les parcs du quartier, aller au ciné, vous avez l’idée. Pour être clair, Gaston était là pour presque tout.

J’étais entraîneur pour les équipes de foot de La Fille pendant 4 ans, 6 fois de 8 saisons possibles. La première année a eu lieu pendant le kindergarten, et c’était une assez grande réussite que Marguerite est devenue bénévole pour m’aider en été 2016, ce que l’on appelle « team mom » ou « mère de l’équipe », responsable du goûter après les matchs. Mais cet été, il y avait un problème.

Il y avait déjà l’un de ces parents-là sur notre liste. Victor savait que sa fille, 6 ans, allait être une star pour notre équipe olympique, et devrait donc jouer attaquante vedette pendant tout le match. (Elle n’est pas sur ce chemin de nos jours, mais laissez tomber ; ce n’est pas du tout sa faute.) Notre ligue avait une règle — chaque fille devait reposer pendant un quart — et en plus, j’avais l’habitude de changer les postes chaque quart, afin que tout le monde puisse expérimenter tous les rôles.

Un jour, Victor n’était pas content parce que sa fille avait commencé le jeu sur la touche, puis je l’ai mis dans les buts pour le deuxième quart. À mi-temps, il m’a affronté, et étant plus grand et plus gros que moi, menacé de me frapper. Sa femme était gênée, et pour ma part, j’ai failli appeler la police. Après ça, Victor a commencé de me dénoncer aux parents pendant tous les autres matchs.

Je dois avouer que ce n’était pas ma meilleure saison non plus. Je souffrais de la diabète sans reconnaître que j’avais besoin de médicaments, que l’exercice ne suffisait plus, et j’avais très peu d’énergie. Ça faisait plusieurs années que je n’avais pas consulté de médecin, et la faute était bien à moi. Gaston voyait ça, et ne voulait plus que sa fille joue sur mon équipe, sans rien dire. Honnêtement, je ne suis pas offensé par cette décision. Mais il a fait tout autre chose.

En automne, quand les nouvelles listes sont sorties, j’étais bien surpris quand Ghislaine ne soit pas dans mon équipe. Marguerite était aussi surpris, parce que son nouvel entraîneur n’était rien d’autre que Victor. Elle m’a dit d’appeler le gérant de la ligue et demander ce qui s’est passé. Et le gérant m’a dit : « Je ne vois pas de problème. C’est écrit sur sa demande d’inscription que les parents veulent que Victor soit son entraîneur ! » J’ai appelé Marguerite pour lui dire ça.

Un jour plus tard, elle m’a appelé à nouveau, et je pouvais entendre les larmes à travers le coup de fil. Son mari avait fait la demande exprès, sans lui dire. Elle s’est excusée, mais j’ai compris le vrai message :

À l’avis de Gaston, j’étais trop proche de Marguerite, avec tout le temps passé dans sa maison, même s’il était là pour savoir que rien n’est jamais arrivé. Il n’était pas toujours là pour les rendez-vous dans les parcs, et je n’allais jamais le convaincre qu’ils étaient aussi innocents que ce qu’il voyait avec ses propres yeux. Il me disait de cette façon « Éloignez-vous de ma femme » (et rappelez que selon moi, « vous » n’existe pas en anglais !), et depuis ce jour-là, au-delà de quelques bonjours aux écoles, je ne leur parle plus.

C’est ça la raison pour laquelle je fais hyper-attention en tout ce que je fais envers les femmes : pourquoi les interviews de 5 Minutes Avec étaient sans vidéo, pourquoi je n’ai jamais envoyé une demande d’ajoute à une femme (sauf une fois, et je le regrette toujours), et ainsi de suite. Si toutes les lectrices du blog faisaient des comparaisons entre les courriels échangés entre moi et elles pour des raisons diverses, je suis bien satisfait qu’elles seraient toutes d’accord que je n’ai rien tenté, que je m’excuse parfois même de les avoir contactées.

Vous comprenez maintenant pourquoi j’étais en pleine panique quand une femme mariée a accepté mon offre de covoiturage sur le forum de l’OCA pour aller voir Arnaud Demanche ?

Quand j’ai des amies françaises, c’est parce qu’elles m’ont proposé l’amitié à chaque fois, qu’il s’agit des expatriées ou de celles en France. De mon point de vue, si un mari ou un petit ami veut lire tous les messages entre nous, soyez le bienvenu — il n’y a absolument rien de coquin, sauf une fois pour me taquiner, et ce n’est pas venu de moi. (Ça m’a tué, mais je suis fiable.) Je ne fais pas d’appels sans avoir d’abord écrit. Si j’écris une carte postale ou une lettre, c’est toujours adressée à toute la famille si je connais les noms. Et pourtant… et pourtant…

Samedi, un moment Gaston est quand même arrivé.

Rien

Désolé, pas de Dimanche avec Marcel aujourd’hui, et rien d’autre non plus. J’ai eu une soirée de jeux pour la première fois en plusieurs mois avec l’OCA, et j’ai fait cette tarte à citron mal accueilli pour l’événement, mais ce n’est pas le problème :

Non, le problème est que quelque chose me dérange depuis trois semaines, je craignais que quelque chose n’aille pas avec une très chère amie, je lui ai enfin posé la question, et…

Disons qu’il ne faut pas poser les questions pour lesquelles vous n’êtes pas prêt à recevoir la réponse. J’ai essayé d’écrire quelque chose pour l’expliquer ici, mais il me semble que ce serait mieux si je me taisais.

Samedi était un jour très dur, c’est tout ce que je peux dire. Et cette situation ne va pas s’améliorer, alors j’ai le moral dans les chaussettes. Encore une fois, désolé.

Pommes de terre

Je ne vais pas vous dire que l’histoire ici est la pire chose que j’aie lu. Ce n’est pas vrai — notamment, personne n’est mort. Mais il y a du monde qui souffrent au sud-ouest de France en ce moment, et j’ai eu le cœur brisé en lisant celle-ci.

Notre histoire se déroule dans les Landes, plus connus sur ce blog comme le site de Notre-Dame des Cyclistes. Le gros titre de France 3 Nouvelle-Aquitaine a attrapé mon œil car je le croyais une blague : « « On ne leur achète même plus, c’est aberrant » : un agriculteur donne 70 tonnes de pommes de terre, faute de pouvoir les vendre ». Ça me semblait impossible : quoi, personne ne mange plus d’aligot ou de frites là ?

Pommes de terre Celtiane, Photo par Thomon, CC BY-SA 4.0

Qu’est-ce qui s’est passé ? Selon France 3 :

La question a été posée au secrétaire général adjoint de la FDSEA des Landes. « Le cas de Pissos n’est pas le seul dans le secteur, assure Denis Labri, j’ai beaucoup de collègues aussi qui ont des pommes de terre à ne plus savoir quoi en faire…

Le marché 2024 a explosé avec des prix importants et une récolte importante. Dans le nord du pays, les agriculteurs ont des moyens de stockages et donc ils ont stocké leur production, poursuit-il. Dans les Landes, les pommes de terre sont précoces (juin à début juillet)…

Le problème des patates produites dans les Landes, c’est qu’elles sont destinées à l’industrie et doivent être traitées dans les 48 heures, sans quoi elles ne restent pas fraîches très longtemps et pourrissent vite.

L’article raconte comment un producteur, pas nommé, se débrouillait face à la situation de pommes de terre sur le point de périmer :

Au lieu de détruire sa production, il préfère la donner, sachant que ces pommes de terre, une fois récoltées, ne peuvent pas se conserver très longtemps.

Alors, les gens viennent de partout pour prendre les pommes de terre, jusqu’à 70 tonnes. Impossible qu’il se débarrasse de tout avant qu’elles ne périment. Je voulais mieux comprendre combien d’argent il perd de cette façon, alors j’ai fait le calcul selon quelques hypothèses :

Aux États-Unis, les producteurs reçoivent 31,9 % du prix en détail dans la catégorie de légumes frais, selon le gouvernement. Puisque je ne suis pas expert en statistiques économiques françaises, je ne chercherai pas le pourcentage exact, mais j’estimerai qu’un tiers du prix en détail va aux agriculteurs. Quant au prix en détail, il y a des pommes de terre disponibles chez Carrefour de 0,60 €/kg à 7,99 €/kg. J’imagine que les industriels ne payent pas le haut de gamme, alors j’estimerai un prix en détail de 1 €/kg, donc un prix en gros de 0,33 €/kg. Avec ces chiffres, 70 000 kg de pommes de terre valent 23 000 € au producteur. Ce n’est pas rien !

Le problème, c’est que l’année dernière, selon France 3, le prix en détail était environ 2 €/kg. Alors, il s’est effondré de 50 %, et en quelque sorte, la demande est encore plus faible que ça suggère. Ces chiffres nous disent que l’année dernière, le producteur aurait espéré des revenus de 46 000 €. C’est un changement de presque 70 000 € d’une année à la prochaine — un vrai coup dur. Et comme nous avons entendu, c’est arrivé à beaucoup de producteurs landais.

Je n’ai pas de solutions. Mais si je peux me citer dans un livre que très peu d’entre vous ont lu, « la réalité des producteurs n’est pas L’amour est dans le pré. » Complètement par hasard, ça venait de mon essai pour les Landes. Peut-être que j’ai appris quelque chose pendant ces dernières années après tout !