Plus tôt cette année, mais j’ai du mal à le retrouver, j’ai fait une assez grosse erreur pour que plusieurs lecteurs m’aient envoyé des ressources pour différencier « savoir » et « connaître ». Pour être clair, je l’apprécie — sinon, je ne les aurais pas mises dans mon fichier pour Langue de Molière !
D’abord, je dois l’avouer — les règles sont grosso modo les mêmes qu’en espagnol. Il n’y a donc pas d’excuses de mon côté. Enfin, presque. Il y a quelques nuances que je ne crois pas existent en espagnol, et qui semblent contredire la règle générale. C’est un soulagement, bien sûr — je m’inquiéterais que c’était une escroquerie si on me disait qu’une règle de français était simple et sans exceptions !
L’office québécois de la langue française présente la règle générale comme ça :
La distinction tient parfois moins au sens des mots qu’à certains emplois : on connaît quelqu’un ou quelque chose, on sait quelque chose.
Différence entre savoir et connaître
Et il semblerait même que le sens de « quelque chose » n’est pas pareil dans les deux cas. On connaît un livre ou un film ; on sait faire des macarons. On a un sens de la différence, même s’il est un peu difficile á préciser.
C’est plus qu’un peu difficile à préciser. Selon le même article, « Le verbe connaître signifie « être renseigné sur l’existence et la valeur de quelque chose ». » Par exemple :
Mes élèves connaissentl’importance de faire de l’activité physique.
Je ne suis pas élève de cette personne. Ils continuent : « Il peut aussi prendre le sens d’« avoir acquis des connaissances et de la pratique dans un domaine particulier ». »
Cette électricienne connaît bien son métier.
Ah oui, Bourvil (et moi) chantons pareil dans « La tactique du gendarme » :
Contravention
Allez, allez,
Pas d’discussion
Allez, allez,
Exécution
Allez, allez,
J’connais l’métier
Ils ajoutent en plus que « Connaître peut également signifier « faire l’expérience de; ressentir ». »
Issu d’un milieu aisé, il n’a jamais connu la misère.
Et vous croyiez qu’il n’allait pas être du Proust dans Langue de Molière !
Qu’est-ce que ça laisse pour savoir ? Décrire une compétence, pour une chose :
Mon oncle Benoît sait créer de magnifiques meubles.
Ou avoir un talent :
Marie sait se défendre; on n’a pas à s’inquiéter pour elle!
Mais attention, je ne vois pas vraiment de différence entre ces deux exemples, sauf qu’il s’agit de lecture dans un cas et de maths dans l’autre :
Déjà, à quatre ans, son fils connaissait tout l’alphabet.
Cet élève sait sa table de multiplication par cœur.
Je suppose que « par cœur » insiste sur le fait d’avoir mémorisé les infos, mais on ne connaît vraiment pas l’alphabète si on le lit d’une feuille de papier imprimée. Mais ils poursuivent que c’est une question de profondeur :
Ces enfants connaissent la fable La cigale et la fourmi. (Ils en connaissent l’existence, peuvent en indiquer le propos, en faire un résumé.)
Ces enfants savent la fable La cigale et la fourmi. (Ils la connaissent dans ses moindres détails et peuvent la réciter.)
Bof. Veuillez supposer que je fais une différence pareille s’il vous semble que je confonds les deux.
L’autre page, Français facile, donne largement des exemples pareils, mais ajoute deux renseignements particulièrement utiles :
-Connaître est suivi d’un groupe nominal et n’est jamais suivi d’un verbe.
– Il n’est jamais suivi d’une proposition subordonnée introduite par : que/ qui/ où/ quand/ pourquoi/ comment/ si…
– Le verbe savoir est souvent suivi d’une proposition subordonnée introduite par : que/ qui/ où/ quand/ pourquoi/ comment / si…
Il indique alors une notion d’information reçue ou de conviction.– Lorsqu’il n’est pas suivi par ces mots vous le trouverez suivi d’un verbe à l’infinitif.
Savoir ou connaître
Il indique alors ‘le savoir’‘comment faire quelque chose’.
Mais nous venons de parler de « Il sait sa table de multiplication », qui n’est suivi ni d’une proposition subordonnée ni d’un verbe !
Et vous vous demandez pourquoi il y en a qui disent de telles choses que « Keske sait ? » Ils connaissent l’importance de savoir jeter l’éponge, c’est tout.
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec assez de canons pour un bateau pirate.













































