Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Mieux connaître savoir

Plus tôt cette année, mais j’ai du mal à le retrouver, j’ai fait une assez grosse erreur pour que plusieurs lecteurs m’aient envoyé des ressources pour différencier « savoir » et « connaître ». Pour être clair, je l’apprécie — sinon, je ne les aurais pas mises dans mon fichier pour Langue de Molière !

D’abord, je dois l’avouer — les règles sont grosso modo les mêmes qu’en espagnol. Il n’y a donc pas d’excuses de mon côté. Enfin, presque. Il y a quelques nuances que je ne crois pas existent en espagnol, et qui semblent contredire la règle générale. C’est un soulagement, bien sûr — je m’inquiéterais que c’était une escroquerie si on me disait qu’une règle de français était simple et sans exceptions !

L’office québécois de la langue française présente la règle générale comme ça :

La distinction tient parfois moins au sens des mots qu’à certains emplois : on connaît quelqu’un ou quelque chose, on sait quelque chose.

Différence entre savoir et connaître

Et il semblerait même que le sens de « quelque chose » n’est pas pareil dans les deux cas. On connaît un livre ou un film ; on sait faire des macarons. On a un sens de la différence, même s’il est un peu difficile á préciser.

C’est plus qu’un peu difficile à préciser. Selon le même article, « Le verbe connaître signifie « être renseigné sur l’existence et la valeur de quelque chose ». » Par exemple :

Mes élèves connaissentl’importance de faire de l’activité physique.

Je ne suis pas élève de cette personne. Ils continuent : « Il peut aussi prendre le sens d’« avoir acquis des connaissances et de la pratique dans un domaine particulier ». »

Cette électricienne connaît bien son métier.

Ah oui, Bourvil (et moi) chantons pareil dans « La tactique du gendarme » :

Contravention
Allez, allez,
Pas d’discussion
Allez, allez,
Exécution
Allez, allez,
J’connais l’métier

Ils ajoutent en plus que « Connaître peut également signifier « faire l’expérience de; ressentir ». »

Issu d’un milieu aisé, il n’a jamais connu la misère.

Et vous croyiez qu’il n’allait pas être du Proust dans Langue de Molière !

Qu’est-ce que ça laisse pour savoir ? Décrire une compétence, pour une chose :

Mon oncle Benoît sait créer de magnifiques meubles.

Ou avoir un talent :

Marie sait se défendre; on n’a pas à s’inquiéter pour elle!

Mais attention, je ne vois pas vraiment de différence entre ces deux exemples, sauf qu’il s’agit de lecture dans un cas et de maths dans l’autre :

Déjà, à quatre ans, son fils connaissait tout l’alphabet.

Cet élève sait sa table de multiplication par cœur.

Je suppose que « par cœur » insiste sur le fait d’avoir mémorisé les infos, mais on ne connaît vraiment pas l’alphabète si on le lit d’une feuille de papier imprimée. Mais ils poursuivent que c’est une question de profondeur :

Ces enfants connaissent la fable La cigale et la fourmi. (Ils en connaissent l’existence, peuvent en indiquer le propos, en faire un résumé.)

Ces enfants savent la fable La cigale et la fourmi. (Ils la connaissent dans ses moindres détails et peuvent la réciter.)

Bof. Veuillez supposer que je fais une différence pareille s’il vous semble que je confonds les deux.

L’autre page, Français facile, donne largement des exemples pareils, mais ajoute deux renseignements particulièrement utiles :

-Connaître est suivi d’un groupe nominal et n’est jamais suivi d’un verbe.

– Il n’est jamais suivi  d’une proposition subordonnée introduite par : que/ qui/ où/ quand/ pourquoi/ comment/ si…

– Le verbe savoir est souvent suivi d’une proposition subordonnée introduite par :  que/ qui/ où/ quand/ pourquoi/ comment / si…
Il indique alors une notion d’information reçue ou de conviction.

– Lorsqu’il n’est pas suivi par ces mots vous le trouverez suivi d’un verbe à l’infinitif.
Il indique alors ‘le savoir’
‘comment faire quelque chose’.

Savoir ou connaître

Mais nous venons de parler de « Il sait sa table de multiplication », qui n’est suivi ni d’une proposition subordonnée ni d’un verbe !

Et vous vous demandez pourquoi il y en a qui disent de telles choses que « Keske sait ? » Ils connaissent l’importance de savoir jeter l’éponge, c’est tout.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec assez de canons pour un bateau pirate.

Reprenons Final Fantasy V

J’ai la flemme de finir Langue de Molière, alors on va prendre un tournant inattendu aujourd’hui.

En novembre 2021, quand j’avais déjà atteint un niveau B2 en lecture, mais restais moins confiant quant à beaucoup de tâches autres que lire le Canard enchaîné, j’ai décidé que j’allais jouer à Final Fantasy V en français. Square Enix, le développeur, venait de sortir une nouvelle version pour les portables, et j’avais échoué mes deux premières tentatives en 2003 et 2006 avec des versions pour la PlayStation et la Game Boy Advance. « Mais Justin », me dites-vous, « Final Fantasy VI est sorti en 1994 pour la Super Nintendo. Qu’est-ce qu’il y a ? » Ouais, mais uniquement au Japon ! On le considérait « trop japonais » pour l’Ouest à l’époque.

J’ai vite avancé dans le jeu et un mois après avoir annoncé le début, j’ai publié « Le bilan de la première moitié du jeu ». C’était décembre 2021. Après ? Rien. Qu’est-ce qui s’est passé ? Je me suis fait Final-Fantasy-V-é, exactement comme avant. Le gros problème avec ce jeu, c’est qu’il y a une vingtaine de boulots que l’on peut choisir pour ses personnages, et en général ça offre plusieurs façons de gagner — jusqu’à la fin, quand les derniers méchants sont presque invincibles à moins que l’on ait acquis exactement la bonne combinaison de compétences et équipements. J’ai atteint grosso modo exactement le même point qu’en 2006, après des mois d’efforts, me suis retrouvé complètement sans espoir car j’avais raté certains sorts, et me suis dit « Ben, c’est aussi chiant en français qu’en anglais. J’ai de meilleures choses à faire avec ma vie. »

Mais la vérité, c’est que j’aime Final Fantasy comme très peu d’autres choses, et la direction de la série depuis la XIIe entrée ne m’intéresse pas comme avant. C’est les jeux jusqu’à là qui font « ma série » — et les raisons pour avoir repris Proust m’ont enfin poussé à reprendre Final Fantasy V. Je serais très déçu si je ne voyais jamais la fin. Alors, il y a trois semaines, je l’ai relancé, du début parce que j’étais bien désorienté. « Alors Justin », me dites-vous « pourquoi est-ce que cette fois sera différente ? »

Parce que cette fois, je m’en fiche de ma fierté en tant que joueur, et je n’ai pas honte de consulter des soluces en ligne. J’ai vaincu IV et VI sans jamais faire pareil (connus dans l’Ouest comme II et III), I était assez facile, et quand les II et III japonais sont enfin sortis en Amérique du Nord, ils n’étaient pas trop difficiles non plus. Ce n’est plus une question d’apprendre le français par le biais du jeu (même si j’apprends quand même quelques mots), c’est une question d’être « complètiste », sans trou dans la séquence.

Alors, pour reprendre vite l’histoire : il y a un sorcier, Exdeath, qui menace de détruire votre monde, parce que c’est ce qui font les sorciers. Vos guerriers, Bartz l’aventurier, Lenna la princesse et Faris le pirate — qui est en fait une fille, mais était déguisée en homme au début — sont rejoints par Galuf, un guerrier venu d’un autre monde pour empêcher Exdeath. Dans le cours de l’aventure, les 3 guerriers voyagent au monde de Galuf pour y affronter Exdeath. La dernière fois, les 4 viennent de détruire la barrière magique qui protégeait le château d’Exdeath au monde de Galuf. C’est donc là où nous reprenons l’histoire.

Alors que la mission pour détruire la barrière réussite, il ne reste pas assez de soldats pour attaquer le château. Un sage, Ghido (une tortue parlante), vous dit d’aller dans la forêt de Mua, car Exdeath y cherche quelque chose. Mais une fois là, Exdeath brûle la forêt. On le voit dans son château pour fêter le moment — s’il avait une moustache, il la caresserait vigoureusement :

Exdeath, portant une armure bleue claire, reste debout dans son château plein de crânes et de torches, et annonce « Mouah ha ha ! Voilà ce qui arrive à ceux qui osent me défier ! »

Le parti se cache dans une grotte jusqu’à ce que l’incendie s’éteigne. Ils trouvent les cristaux qu’Exdeath cherchait, mais il se téléporte au bon endroit pour les voler :

Exdeath apporte 3 cristaux (le 4e vient d'être brisé par le parti) et dit « Quelle impudence ! ».

Dans le combat, il tue Galuf, le guerrier venu de ce monde. Ici, j’ai appris le mot « baderne » :

Faris : « Relève-toi, espèce de vieille baderne ! Tu dois te battre ! »

La fille blonde dans la photo est Krile, la petite-fille de Galuf, qui est venue le chercher, mais qui arrive trop tard. Elle est en deuil, mais l’esprit de Galuf apparaît devant elle pour lui dire de reprendre sa lutte. Heureusement pour le parti, ça donne tous les compétences et niveaux de Galuf à Krile :

L'esprit de Galuf apparaît et dit : « L'arbre gardien, celui qui a protégé les cristaux pendant des siècles, me permet de te parler... »

Enragé, le parti affronte Exdeath à nouveau dans son château. Comme tout bon méchant, il donne un discours magistral :

Mais qu’est-ce qu’il veut dire par « son apparence d’antan » ? Le parti ne sait pas, mais il jette un sort et des minutes plus tard, ils se réveillent devant le château de la princesse Lenna. Là, il s’avère que le pirate Faris, qui portait un collier identique à celui de Lenna, est en fait sa sœur, la princesse Sarissa, disparue il y a une quinzaine d’années. Il y a une fête avec une réplique hilarante quand on considère que Faris/Sarissa était pirate :

Un inconnu : La princesse Lenna est mignonne, mais la princesse Sarissa est canon !

Hihihi, canon.

J’ai déjà avancé beaucoup plus loin que ça, mais nous arrêtons ici. La prochaine fois, la vérité sur le monde d’antan et ma réplique préférée du jeu !

Une petite blague

Il s’est avéré que l’article de La Fille a mis en danger ma séquence de jours de suite, car WordPress ne considère pas que c’est une séquence d’articles du blog, mais d’articles signés Justin. Puisque je ne veux pas que ça continue (j’ai 1 251 jours de suite), voici quelque chose pour mettre le compteur à jour.

Il y a 5 ans, à la sortie du single « 3SEX », une reprise de « 3e sexe » interprétée par Nicola Sirkis et l’artiste connue à l’époque sous le nom « Christine and the Queens », j’étais déçu non seulement par la musique électronique mais par une photo de publicité. Les deux chanteurs ont posé pour la pub sans chemises, mais vus du côté afin de ne pas montrer leurs poitrines. Je l’ai trouvée de mauvais goût, mais je considère que ma réponse était une bonne blague pour un fan :

Capture d'écran qui montre la date du post, 30/11/20, la photo des deux chanteurs nus, et mon commentaire :

« J'ai deux pensées sur cette photo : J'ai pas envie de la voir nue. J'ai pas envie de le voir nu. »

Ce sont des paroles de la chanson originale.

Cependant, personne n’a ri. Quoi, suis-je le seul à me souvenir des paroles de « 3e sexe » ?

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est pas le 1er, version décembre 2025

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Il y a beaucoup de retours ce mois, dont un après une longue absence par deux des amies les plus vieilles du blog. C’est pour ça que la porte reste toujours ouverte même quand certains ne publient pas depuis longtemps.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

Nouveaux à moi :

  • Madame Radio : Un nouveau blog consacré à la découverte de musiciens inconnus. Si vous étiez, comme moi, épuisé par « Les filles, les meufs » la toute première fois que vous l’avez entendue, car trop commerciale, vous allez aimer ce blog. Ses goûts sont plutôt électroniques, mais vous n’avez pas entendu XS par Anaïs MVA ou Hold On par Alexia Evellyn non plus.

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things n’a rien publié ce mois, mais ne va nulle part. Les Dédexpressions a publié des expressions sur l’argent sur Instagram.

À encourager :

Rien de nouveau chez Bonheur des yeux et du palais, Le Stylo sous la Gorge, Thriller Addict , La lectrice en robe jaune, Un déjeuner en Provence, Carnets d’une plume, Et si Facebook disparaissait?, Bessie’s Bazaar, Je suis sur la route, Maman Lyonnaise, L’Atelier du Phoenix, La bibliothécaire, Grain de Sable, et Bonheurs culinaires. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

Saison 4, Épisode 35 — La Fille prend la parole

Alors, quelle semaine intéressante, hein ? La Fille n’est pas chez moi, mais je vous rassure, elle apprécie toujours l’accueil chaleureux pour son début en tant qu’autrice. Vous avez vu qu’elle a son propre nom d’utilisateur — comme James Bond, elle reviendra. (Mais je l’ai averti que son prochain billet devrait contenir moins de blagues sur moi.)

Il faut que je vous dise que pendant le dîner de Thanksgiving, mon frère m’a dit qu’il n’avait aucune idée que je me sentais coupable pour avoir abandonné La Recherche il y a 25 ans, et il ne voulait pas que je sente obligé de la finir. Cependant, ce n’est plus à lui. Pour une chose, il ne peut pas effacer deux décennies de pensées sur le sujet. Autre chose, il ne sait rien sur ce blog, et ne comprend donc pas que Dimanche avec Marcel a sa propre vie et sa propre identité. Je considère que ça fait plaisir á certains et ça suffit. Alors Dimanche avec Marcel ne va nulle part — exactement comme beaucoup des mésaventures du narrateur avec les filles !

Je viens d’apprendre que je suis loin du seul à lire Proust aussi… lentement. (Désolé, Agathe.) Voici un post par un anglophone qui lisait la même traduction que moi en 2020, et a mentionné qu’il ne lisait que 3 pages par jour. Et un autre blog anglophone raconte « 182 jours de Marcel Proust ». Mais ce dernier est vieux : abandonné il y a 13 ans (il a fini sa lecture). Vu les liens qui ne marchent plus sur ces sites, il me semble qu’il était une fois, mais pas plus, il y avait toute une industrie proustienne en ligne.

En parlant de Proust, j’ai oublié de vous montrer le livre que j’ai acheté au marché de Noël il y a deux semaines. Je n’ai pas encore essayé de le lire, mais c est par une prof de littérature française qui enseigne à UCLA :

C'est « Proust, roman familial » par Laure Murat, prix Médicis essai de 2023

Je ne peux pas qualifier cet article comme Bonne Nouvelle, car le résultat n’est pas connu, mais dans le Tarn, c’est l’histoire d’une certaine Charlotte, dont un admirateur secret a laissé une note sur son pare-brise. Elle l’a partagée dans un groupe sur Facebook dans l’espoir de trouver l’auteur. Aux États-Unis de nos jours, ce serait pour le poursuivre pour harcèlement, mais il me semble qu’elle veut sincèrement le trouver. Je ne crois pas qu’il y ait des tarnais qui fréquentent ce blog, mais on sait jamais.

J’ai lu avec tristesse que la chaîne Buffalo Grill abandonne son thème Far-West avant que je ne puisse le voir. C’est la Starbucksisation du monde entier ; les restos ressembleront désormais à une centaine d’autres.

Quelque chose de curieux s’est produit ce week-end. J’ai enfin installé tous mes équipements stéréophoniques — et découvert que plusieurs câbles ont disparu ([Ne me regardez pas comme ça. — M. Descarottes]). Je suis tout perplexe — je croyais que tout à été rangé dans deux cartons au moment quand j’ai tout débranché en octobre. Apparemment pas. Ce qui me rend dingue, c’est que ça comprend plusieurs câbles assez chers. Pour l’instant, je les ai remplacés avec des trucs bas-de-gamme afin de ne pas perdre trop d’argent. Mais c’est pour le meilleur que j’aie décidé de ne pas aller à Strasbourg sur un coup de tête. (Peut-être que ça devrait être le nom du blog.)

Et ce qui rend ça encore plus ridicule ? Comme tous les hommes — la plupart ? certainement une majorité — je garde un stock énorme de vieux câbles dans la peur qu’un jour, j’en aurai besoin. Et pour aider La Fille à jouer à Hyrule Warriors sans stéréo, j’ai eu besoin d’exactement un câble acheté en 2004 et pas utilisé depuis ce temps-là ! (On a utilisé un vieux haut-parleur connecté à la Switch par des prises jack 3,5 mm aux deux bouts.)

Notre blague traite des maths. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine — et j’ai beau cherché. Les gros-titres sont Barracuda et Hashtag.

Sur le blog, il y a aussi Le premier article de La Fille, exactement ce qui promet le titre, Jardin pédagogique, sur une visite à un tel jardin à Irvine, Thanks pour rien, sur mon dîner de Thanksgiving et The French Avenue, la découverte inattendue de Black Friday.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec le baron de Guermantes

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 25 pages.

La dernière fois, on a parlé des propos de Proust (par le biais de Bloch, ami du narrateur) autour des juifs, et j’ai fini par vous dire que l’on reprendra avec un épisode sur les homosexuels, un autre exemple des sentiments ambigus de Proust envers lui-même. C’est donc le nouvel ami du narrateur, le marquis de Saint-Loup, qui nous raconte que son oncle « amenait tous les jours des femmes dans une garçonnière », mais :

— Un jour un des hommes qui est aujourd’hui des plus en vue dans le faubourg Saint-Germain, comme eût dit Balzac, mais qui dans une première période assez fâcheuse montrait des goûts bizarres, avait demandé à mon oncle de venir dans cette garçonnière. Mais à peine arrivé ce ne fut pas aux femmes, mais à mon oncle Palamède, qu’il se mit à faire une déclaration. Mon oncle fit semblant de ne pas comprendre, emmena sous un prétexte ses deux amis, ils revinrent, prirent le coupable, le déshabillèrent, le frappèrent jusqu’au sang, et par un froid de dix degrés au-dessous de zéro le jetèrent à coups de pieds dehors où il fut trouvé à demi mort…

Saint-Loup ajoute que de nos jours, son oncle ne ferait pas pareil. Néanmoins, ce morceau m’a frappé : si Proust s’étendait pendant des pages pour s’éloigner des juifs, cette fois est beaucoup plus courte — mais beaucoup plus violente. C’est comme s’il avait hâte d’annoncer : « Moi, je n’ai rien à voir avec ça et euh, #JeSuisPasOscarWilde ». (Il faut le traduire comme ça pour les plus jeunes.) Je laisse parfois des commentaires dans ces billets pour remarquer que si le narrateur est Proust lui-même, il s’intéresse aux femmes un peu trop, comme si Proust essayait de cacher la vérité. Il faut dire après ça que je n’avais aucune idée du point auquel il irait.

Après les histoires de cet homme ultra-viril (« Beau comme il a été, il a dû avoir des femmes ! »), le narrateur est suivi par :

un homme d’une quarantaine d’années, très grand et assez gros, avec des moustaches très noires… des yeux dilatés par l’attention.

C’est l’acteur Noël Roquevert !

M. Roquevert à ses 52 ans, avec un chapeau Borsalino et une moustache fine et noire
Noël Roquevert, Photo par Studio Harcourt, Domaine public

En fait, ce n’est pas M. R., qui restait inconnu jusqu’à une décennie après la mort de Proust, mais c’est l’un de mes acteurs de seconds rôles préférés, et j’ai tout de suite pensé à lui en lisant la description. C’est plutôt le neveu de Mme de Villeparisis :

voilà que je t’appelle le baron de Guermantes. Je vous présente le baron de Charlus.

Oh là là, mais tous les fils se nouent, les uns aux autres ! Il est donc parent de la duchesse de Guermantes qui le narrateur suivait avec intérêt pendant sa jeunesse à Combray, et c’est le même M. de Charlus qui aidait Swann dans sa relation avec Odette. Puis-je ajouter, « Finalement » ? Tous les noms se multipliaient sans cesse dans le premier tome, sans jamais être liés de façon interessante.

Saint-Loup dit au narrateur que :

notre cri, notre cri de guerre, qui devint ensuite Passavant, était d’abord Combraysis

Le nœud se resserre, si vous vous souvenez que Swann était l’ami de la princesse des Laumes :

mon oncle Palamède aurait dû prendre le titre de prince des Laumes, qui était celui de son frère avant qu’il devînt duc de Guermantes

Puis la lumière s’allume et le narrateur comprend pourquoi Monsieur semblait le reconnaître :

— Mais parmi les nombreuses maîtresses que vous me disiez qu’avait eues votre oncle, M. de Charlus, est-ce qu’il n’y avait pas Madame Swann ?

— Oh ! pas du tout !… Vous causeriez beaucoup d’étonnement dans le monde si vous aviez l’air de croire cela.

Je n’osais lui répondre qu’on en aurait éprouvé bien plus à Combray si j’avais eu l’air de ne pas le croire.

HAHAHAHAHAHAHAHAHA !

Ce baron de Charlus se révèle très attentionné à une soirée plus tard :

Il m’avait évidemment vu, sans le laisser paraître, et je m’aperçus alors que ses yeux, qui n’étaient jamais fixés sur l’interlocuteur, se promenaient perpétuellement dans toutes les directions

Il suit des pages de réflexions sur ce sujet. Le narrateur n’aime vraiment pas de Charlus :

M. de Charlus avait beau en fermer hermétiquement l’expression, les yeux étaient comme une lézarde, comme une meurtrière que seule il n’avait pu boucher et par laquelle, selon le point où on était placé par rapport à lui, on se sentait brusquement croisé du reflet de quelque engin intérieur qui semblait n’avoir rien de rassurant

Tout à coup, l’épisode de la Berma dans une représentation de Phèdre prend enfin de l’importance :

— Il y a plus de vérité dans une tragédie de Racine que dans tous les drames de Monsieur Victor Hugo, répondit M. de Charlus.

— C’est tout de même effrayant, le monde, me dit Saint-Loup à l’oreille. Préférer Racine à Victor Hugo c’est quand même quelque chose d’énorme !

On finit sur un épisode absolument bizarre, qui sera donc probablement important plus tard. M. de Charlus rend visite à la chambre du narrateur pour le prêter un tome de Bergotte en lui disant :

Mais du moins vous avez bien placé votre affection dans votre grand’mère.

Le lendemain, ils se voient encore une fois et :

je fus bien étonné de l’entendre me dire, en me pinçant le cou, avec une familiarité et un rire vulgaires :

— Mais on s’en fiche bien de sa vieille grand’mère, hein ? petite fripouille !

Avec ça, M. de Charlus exige la restitution de son tome de Bergotte et reproche au narrateur de :

ne pas partir en guerre pour répondre aux choses qu’on vous dit avant d’avoir pénétré leur signification. 

Franchement, moi non plus, je n’ai pas pénétré la signification de cet échange. Il me semble que de Charlus profite simplement de maintenir les autres dans l’incertitude quant à ses avis. Mais avec ça, de Charlus quitte Balbec et l’histoire prend une autre direction.

The French Avenue

Deux ans se sont écoulés entre les deux dernières entrées de la catégorie « Je critique », censée être pour critiquer soit des entreprises francophones auprès de moi soit des produits français que je trouvais chez myPanier (vous comprenez déjà le problème). Il me semble toujours de moins en moins probable que je trouve de nouvelles entreprises ici, car les échecs d’Americannery, de La Petite Sourie, et de myPanier signalent aux immigrés qu’Irvine est le mauvais endroit pour ouvrir un commerce. Cependant, nous avons un nouveau café à Irvine, The French Avenue.

Mais mettons la scène. Hier, j’ai reçu un appel de Cox, le pire opérateur de service Internet et de télé par câble au monde (sauf pour Time Warner, Comcast, et tous les autres aux États-Unis — cette industrie a une mauvaise réputation complètement méritée). Le type voulait me demander si j’avais besoin d’aide pour déplacer mon service d’appartement 212 (mon ancien). Choqué, j’ai répondu : « Allez vous faire voir chez les grecs ! », la seule chose que j’ai à dire aux employés de Cox (sérieusement, j’ai des histoires). Mais comme d’habitude pour moi, ce qui est sorti de ma bouche, c’était plutôt « Ah non, déjà fait il y a un mois. Pourquoi ? »

Il s’est avéré que quand j’ai utilisé leur site web pour faire le changement, ils ont changé mon adresse pour envoyer les factures, et l’avait allumé au nouvel appartement — mais l’adresse du service restait l’ancien. Le nouveau résident ne pouvait pas activer son propre compte en conséquence. Le type au téléphone m’a dit « Compris, je le réglerai », et 5 minutes plus tard… Internet chez moi n’a plus fonctionné et leur site web indiquait que mon compte était fermé.

Je suis monté dans ma voiture avec l’intention d’étrangler le type, qui m’a appelé d’une boutique de Cox, pas leur bureau (j’imagine qu’il aidait le nouveau résident). Encore une fois, quand j’y suis arrivé, tout ce que j’ai dit, c’était « Nous venons de parler, mais maintenant j’ai besoin d’aide. » Évidemment, j’ai vraiment aimé Le Magnifique (c’est un documentaire, selon moi). De toute façon, une fois réglé, je me suis pensé : « Dites-donc, le centre commercial Quail Hill avait quelques bons restos ; puisque vous êtes là, pensez à y manger. » Puis j’ai regardé autour de moi, et c’était le moral dans les chaussettes.

Sauf pour une pizzeria et un bar, tous les choix sont maintenant asiatiques — même plus le resto rapide mexicain que j’aimais ! (La chaîne a apparemment quitté Orange County pour rester uniquement à Los Angeles.) Ça comprend deux choix thaïlandais ; il n’y a pas de grande communauté thaïlandaise à Irvine ! « bbq chicken » est coréen, ainsi que Dosirak. Et pour info, c’est juste à côté de Shady Canyon, le quartier le plus cher d’Irvine, avec des maisons de 5 millions de dollars, où les paysans comme moi ne peuvent même pas rouler. Quail Hill n’est pas un quartier « ethnique » ! C’est le processus duquel j’ai parlé en 2024.

J’ai donc décidé d’aller à Irvine Spectrum, le plus grand centre commercial de la région, car j’étais trop con pour me souvenir de Black Friday. C’est à 2 km de Quail Hill. Une fois finalement stationné, j’ai regardé le répertoire, et c’est comment j’ai trouvé The French Avenue.

Je ne crois pas que ce soit un commerce francophone. Il y avait 3 ouvriers derrière le comptoir, tous asiatiques, mais pas comme les boulangeries asiatiques ici qui font semblant d’être français (Tous Les Jours, Paris Baguette), je n’ai pas soupçonné du soja à la place du lait. Il me semblait plutôt une entreprise comme Pandor, gérée par des gens comme moi qui font leur meilleur pour rester authentique.

Voici l’entrée et la carte :

C’est un accueil assez agréable, et j’aime l’étoile Mario en haut du sapin. Les prix sont typiques d’Irvine — on a le droit à 15 $ de vous, peu importe ce que vous commandez ! Mais honnêtement, pour les crêpes et les sandwiches, pas de plaintes de mon côté. Les cafés sont tous du Nespresso –j’ai vu la machine.

Et voici des photos de la vitrine :

Ces photos comprennent toute la vitrine. Il y avait plein d’espace, et j’ai aperçu la cuisine — c’était énorme et équipée pour faire plus que ça. Je trouve le prix des macarons insultant — 3,59 $ chacun, un niveau Pierre Hermé-esque — et les éclairs ont l’air maison plutôt que pro. Il me semble que l’on est ambitieux, comme moi, et qu’ils espèrent faire encore plus.

Finalement, j’ai commandé une crêpe « chicken Dijon » (poulet à la moutarde de Dijon). Il y avait un paquet de chips avec, inattendu et apprécié à 14 $. Le nom sur le devant du paquet dit que les chips viennent de Boulder, Colorado, le Chamonix du Midwest. Le dos dit qu’ils sont un produit de chez Utz, un vieux fabricant régional de la Côte Est, peu connu en Californie.

À vrai dire, je soupçonne que la galette au sarrasin vient d’un paquet. Je n’ai pas vu de crêpière, et franchement, ce n’était pas assez chaud par rapport à la garniture, qui était très bien. Mais c’était assez bon en soi, et la garniture — poulet, épinards, mozzarella, champignons et moutarde — était plus généreuse qu’attendue et de bonne qualité. Je ne crois pas que la crêpe est venue d’un micro-ondes, c’est certain.

J’ai donné une bonne note au café en le partageant dans le groupe privé de l’OCA sur Facebook. La semaine prochaine, on parlera plus sur ce que j’ai vu dans ce centre commercial — anciennement l’un de mes endroits préférés, mais pas depuis 7 ans — mais disons que j’apprécie particulièrement que des propriétaires probablement pas français aient fait un effort comme ça.

La qualité : Moyen

Rapport qualité prix : Moyen

Recommandation : J’y reviendrai

Thanks pour rien

La vache, mais je suis fâché contre moi-même ! Puisque les fêtes de Thanksgiving pendant les années paires sont à mon ex, La Fille était chez elle hier. Et puisque je savais que ce serait le cas, je planifiais à inviter des membres de l’OCA chez moi plutôt que dîner avec mes parents et M. Ordure… désolé, je voulais dire mon cher frère bien-aimé (tant qu’il reste sur la Côte Est). Mais il m’a fallu 2 semaines avant que je ne puisse même plier les genoux après le déménagement, et je n’étais pas prêt à avoir des invités.

Je vais vous raconter deux histoires liées à ce Thanksgiving. La première est si stupide que même si je viens de le vivre, je galère à le croire.

Il y a un mois, ma mère m’a dit qu’elle allait réserver une table chez Seasons 52 pour Thanksgiving. C’est une chaîne de restos légèrement au-dessus du moyen, où tous les plats sont censés contenir moins de 600 calories. Je dirais que la plupart d’entre vous l’aimeraient car ils réussissent ce but avec des portions très françaises. Il me semble que leur carte Thanksgiving rate ce but, mais nous y reviendrons.

Ce qu’il faut savoir, c’est que ma mère, qui a 76 ans, a des problèmes avec la technologie que… comment dire ça… personne d’autre n’a. Rien à voir avec l’âge ; je pourrais vous raconter des histoires datant des années 90. Mais la moitié du temps, quand elle dit qu’elle a réservé une table sur Internet, la réservation n’existe pas. Je n’ai pas d’explication.

Alors, quand j’ai abandonné mon but d’avoir des invités, elle a appelé le resto pour m’ajouter, et a découvert qu’il n’y avait pas de réservation. Moi, j’aurais simplement dit « Allez, donc faisons-en une maintenant. » Mais elle a plutôt décidé de réserver une table ailleurs, chez Caló, un resto mexicain dans le même centre commercial. J’ai l’impression que je l’ai mentionné au passé, mais je n’arrive pas à trouver le bon billet. Cette fois, elle a appelé ce resto-là, et ils lui ont envoyé un courriel avec l’heure et la date.

Pour des raisons qui m’échappent, vers midi ma mère a vérifié le site web de Caló, qui disait que le resto serait fermé pour Thanksgiving. Elle a donc appelé à nouveau Seasons 52, et a obtenu une table — à 15h15. Je ne plaisante même pas un peu. Il y a 4 jours aux États-Unis où il faut vraiment réserver à l’avance : la Saint-Valentin, Thanksgiving, Noël et le Réveillon du Nouvel An. Nous étions chanceux d’avoir une table tout court. De toute façon, voici le dîner :

C’est de la dinde avec toutes les accompagnements traditionnelles : purée de pommes de terre, « stuffing » (une sorte de pain perdu salé), purée de patate douce et de la sauce aux canneberges, ainsi que des haricots verts. D’habitude, il n’y a pas de pain chez Seasons 52, mais cette fois, il y avait de petits pains aux graines de pavot. Vraiment pas mal. Mais nous aurions pu avoir la même table avec beaucoup moins de soucis !

Alors, l’autre histoire. Je crois que vous savez tous que Dimanche avec Marcel est né d’un cadeau d’anniversaire de mon frère. Voici ce qu’il m’a donné au dîner hier soir :

Merci de me tuer avant que je n’ouvre ces livres. Honnêtement, un livre, et je m’en fiche duquel, aurait suffi. Ce sont : Comment Jésus est devenu Dieu par Bart Ehrman (un historien sceptique), Les meilleurs frappeurs de baseball de tous les temps par un universitaire qui est prof de statistiques, et Rashomon et 17 autres nouvelles, un recueil de Ryūnosuke Akutagawa, qui a écrit la nouvelle devenue le film culte japonais d’Akira Kurosawa, Rashomon.

Il n’a pas peur de me donner des devoirs. Mais si jamais j’essaye de suggérer la moindre chose dans l’autre sens, il a l’air de s’ennuyer. Quand il a déjeuné avec La Fille et moi avant d’aller au jardin il y a deux jours, nous avons essayé de lui montrer un extrait de Rabbi Jacob. (Ça, parce qu’il insistait que nous devions voir sa dernière obsession, Les Diaboliques. Toujours les devoirs pour les autres.) Disons que c’était mal accueilli.

Je me compte chanceux d’avoir survécu Thanksgiving cette année. On dit que c’est l’évènement familial le plus stressant de l’année, car pour des raisons mystérieuses, on évoque toujours quelque chose de déroutant à table. Mais c’est encore plus marrant quand on a un parent qui le fait exprès !

Jardin pédagogique

Hier, mon frère a rendu visite à moi et La Fille. En fait, il sera ici toute la semaine, mais elle, elle passera Thanksgiving et le week-end (les deux vont ensemble) chez sa mère. Afin de trouver quelque chose à faire ensemble, nous sommes allés au Great Park, le Grand Parc.

C’est un peu une grosse blague. En 2002, les Marines ont quitté leur base, El Toro, dans le sud d’Irvine, un espace de 526 hectares. La ville a décidé de la transformer en parc de même façon que Central Park à New York. Cependant, après avoir gaspillé 100 millions de dollars à travers une décennie sans construire plus qu’un manège, une montgolfière et un peu d’espace vert, la ville d’Irvine a décidé de rendre plus de 90 % de l’espace aux promoteurs immobiliers en échange de promesses de « finir » le reste du parc. J’étais là il y a 6 ans, et il y avait une patinoire énorme, construite pour l’équipe de hockey sur glace professionnelle de la région, les Ducks d’Anaheim, que la communauté peut aussi utiliser. Il y a maintenant aussi un petit stade de rugby et ce jardin pédagogique. Et des milliers de maisons.

J’ai pris des photos du jardin, où nous nous sommes promenés. Hélas, il n’y avait pas de panneaux pour nommer les espèces, alors je ne peux pas vous dire quelles plantes sont dans les photos.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Union

Ça fait un moment depuis la dernière fois où on a eu une leçon de mon experte en grammaire préférée, Aurore Ponsonnet. Mais il y a des semaines, elle a abordé un sujet que je croyais que je connaissais, et le temps que je finisse de lire ses pensées, j’avais changé d’avis.

Avant de continuer, il me semble que certains de ses exemples doivent être tirés de son livre Le français pour adultes consentants. Ils ne sont pas à moi.

Tout commence doucement quand elle explique que l’on met un trait d’union entre le verbe et le sujet en inversant le verbe. Ben, rien d’étonnant, là :

Ami, entends-tu…

On connaît la chanson.

Puis elle ajoute que si le verbe se termine par « d », on le prononce comme un « t » devant une voyelle ; c’est-à-dire il, elle et on. Par exemple :

Vend-il du shit à grand-maman ?

J’ai dû consulter mon dictionnaire bilingue pour celui-ci, car ce mot veut dire « merde » en anglais. En quelque sort, il s’est transformé en « drogues » français. De toute façon, j’ai entendu ça avant, mais j’ai du mal à l’entendre. C’est très facile à entendre quand Google le fait au lieu d’un être humain, car la prononciation est un peu exagérée :

Elle continue avec le -t- qui va entre deux voyelles, bien connu pour moi :

A-t-on le droit de faire ça ?

Comme beaucoup de monde, elle appelle ça « euphonique », ce que je ne comprendrai jamais. Euphonique, c’est un accord quinte parfaite :

Pas euphonique, c’est l’accord triton :

Mais bon, vous n’aimez pas les syllabes qui se terminent par des consonnes. À vous.

Puis elle m’a appris deux choses qui m’étonnent. D’abord, elle dit que si un verbe se termine par « c », on met aussi le « t ». Son exemple :

Convainc-t-il vraiment les gens ?

Je n’ai jamais entendu parler de ça, et je doute que je l’aie entendu dans la bouche d’un autre. J’ai posé la question à la synthèse vocale de Google — si c’est correct, vous trichez et ne prononcez pas le « c ». Et ça me laisse bien perplexe, parce que je ne connais pas de raison en tant que linguiste pour laquelle ce serait nécessaire.

Son dernier exemple me laisse bouche bée. J’étais au courant qu’il y avait une réforme de l’orthographe en 1990, mais à vrai dire, je ne pouvais pas dire ce qui avait changé au-delà de l’écriture de quelques verbes. Mon appli Bescherelle Conjugaison mentionne des verbes comme céder, où l’accent a changé d’aigu en grave dans le conditionnel. Ce n’est vraiment pas grand-chose :

Mais ce n’est pas de quoi elle parle. Ou plutôt, ça l’est, mais de façon surprenante. Dans son exemple :

Porte-je une culotte ?

elle dit qu’avant 1990, on prononçait « porte » comme s’il y avait un accent aigu, « porté », et depuis ce temps, comme s’il y avait un accent grave, « portè ». Honnêtement, je n’ai jamais remarqué ça non plus, mais je ne suis pas sûr que j’aie jamais participé à la bonne conversation pour l’entendre. Après tout, qui fait de telles liaisons exprès ? Surtout pendant une liaison.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour tout savoir sur connaître, et tout connaître sur savoir.