Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec personne

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 26 pages.

Quand nous avons quitté notre héros la dernière fois, il avait décidé de rendre visite à Gilberte après tout. Mais ce type, qui l’évitait à cause d’une insulte largement imaginaire, a une idée si bête en affaires amoureuses que je ne peux que l’appeler « Justinesque » :

Du moment que tout était oublié, que j’étais réconcilié avec Gilberte, je ne voulais plus la voir qu’en amoureux. Tous les jours elle recevrait de moi les plus belles fleurs qui fussent.

Mais cette idée ne dure même pas une page avant que tout ne parte en vrille :

[D]ans le crépuscule, je crus reconnaître, très près de la maison des Swann mais allant dans la direction inverse et s’en éloignant, Gilberte qui marchait lentement, quoique d’un pas délibéré, à côté d’un jeune homme avec qui elle causait et duquel je ne pus distinguer le visage… cette Gilberte que, maintenant, j’étais décidé à ne plus revoir.

Décidez-vous. Mais enfin, de toutes ces pensées confuses, de la sagesse :

Le plus souvent nous continuons de nous évertuer et d’espérer quelque temps. Mais le bonheur ne peut jamais avoir lieu.

Quant à l’argent pour les fleurs, cette fois, nous ne sommes pas pareils :

Je serrai les dix mille francs. Mais ils ne me servaient plus à rien. Je les dépensai du reste encore plus vite que si j’eusse envoyé tous les jours des fleurs à Gilberte, car, quand le soir venait, j’étais si malheureux que je ne pouvais rester chez moi et allais pleurer dans les bras de femmes que je n’aimais pas.

Alors, il va enfin arrêter de penser à une relation amoureuse, non ? Non.

Pour une minute où je revoyais Gilberte maussade, combien n’y en avait-il pas où je combinais une démarche qu’elle ferait faire pour notre réconciliation, pour nos fiançailles peut-être.

Votre quoi ? L’envie de le gifler à travers un siècle remonte. Puis, la préfiguration.

Il y eut une scène à la maison parce que je n’accompagnai pas mon père à un dîner officiel où il devait y avoir les Bontemps avec leur nièce Albertine, petite jeune fille, presque encore enfant

On n’a toujours pas entendu le nom Albertine. Pourtant, un autre tome est intitulé Albertine disparue. Arrêtez, elle est trop jeune pour vous, monsieur.

Il suit une vingtaine de pages de tortures que ne peuvent se dire que proustiennes. Comme est son habitude, notre narrateur se perd dans une série de roues dans les roues, une machine de Rube Goldberg où il imagine une série de lettres entre lui et Gilberte (peut-être que certaines sont réelles) où il s’éloigne d’elle de plus en plus, tout dans l’espoir qu’elle dira « Ah non, reviens à moi », jusqu’au moment où il décide qu’elle a enfin adopté son point de vue. Et c’est après ça que notre narrateur décide d’adopter l’habitude de se promener autour de l’Arc de Triomphe exactement aux moments où il sait que Mme Swann prendra ses propres balades.

En anglais, il y a un dicton qui s’applique ici : « Fish, or cut bait, » littéralement « Pêchez ou laissez tomber l’appât dans l’eau. » Sérieusement, s’il veut quitter les Swann, arrêter d’embêter madame ! Mais ce passage douloureux se termine enfin quand Madame dit un jour :

« Alors, me disait-elle, c’est fini ? Vous ne viendrez plus jamais voir Gilberte ? Je suis contente d’être exceptée et que vous ne me « dropiez » pas tout à fait. J’aime vous voir, mais j’aimais aussi l’influence que vous aviez sur ma fille. Je crois qu’elle le regrette beaucoup aussi. Enfin, je ne veux pas vous tyranniser parce que vous n’auriez qu’à ne plus vouloir me voir non plus ! »

Avec ça, on atteint ce qui est clairement un arrêt important. Dans la traduction anglaise, la maison d’édition coupe le texte en deux parties, et le deuxième est intitulé « Noms d’endroit : l’endroit », un écho de la troisième partie du premier tome, intitulé « Noms de pays : le pays ». En fait, le texte français reprend ce nom du premier tome pour la deuxième moitié du deuxième tome. Cependant, ce n’est pas présent dans la version originalement publiée par Gallimard. Il me semble que l’histoire de Gilberte finit ici pour l’instant (je sais déjà qu’elle reviendra plus tard), et nous allons mettre le cap sur un autre port. C’est plus que le bon moment ; je n’en pouvais plus de cette relation !

Le film du blog

Il y a des semaines, j’ai posé la question : « si on tournait le film de votre blog, qui jouerait dans les rôles principaux ? » Depuis ce temps, je pense un peu à la question, mais c’est compliqué. Après tout, il serait logique d’avoir quelqu’un dans le rôle principal qui a le même accent que moi. Et si ce film allait être tourné pour un public anglophone, les choix seraient totalement différent. Pour cet exercice, je vais supposer que le livre réussit assez (certains savent que je suis sur le point de perdre tout espoir pour ma maison d’édition de rêve — sa date limite s’approche), c’est Gaumont qui achète les droits, et il n’y a donc pas question de Leonardo DiCaprio dans la peau de l’auteur. Cependant, si M. DiCaprio jouait dans le rôle, il faudrait qu’il ait une copine de moins de 25 ans pour aller avec, alors disons jamais plus jamais.

Caméra de cinéma Paillard-Bolex, Photo par Terri Monahan, CC BY-SA 2.0

À noter, il y a plus de personnes que je ne peux en distribuer les rôles. Soyez donc le bienvenu à suggérer votre doublure préféré pour vous-même. Alors, sans plus d’attentes :

Moi : Grégory Gadebois. On penserait que Jodie Foster serait le choix logique, car : 1) selon les Français, tous les américains bilingues sont Jodie Foster et 2) les réalisateurs modernes aiment échanger les genres. Je plaisanterais si je mentionnais Pierre Niney, parce qu’il est un peu le DiCaprio français du moment. Mais M. Gadebois a joué le seul personnage supportable dans En attendant Bojangles, a travaillé avec Woody Allen, et est à quelques mois près de mon âge. Alors, tant que ça lui convient de se raser, car je n’ai jamais été barbu de la vie, c’est à lui.

La Fille : Cypriane Gardin. Il faut avoir un enfant, et elle a deux atouts importants : 1) un rôle dans HPI, et 2) aucune relation avec Blanche Gardin, dont l’humour m’échappe souvent. Ça suffit.

M. Descarottes : N’importe quel cobaye de bonne couleur peut le jouer sur l’écran, mais il faut absolument qu’il soit doublé par Laurent Gerra. En partie parce qu’il avait choisi M. Gerra comme porte-parole, mais aussi parce qu’il va probablement m’imiter en racontant des histoires gênantes en voix off, alors la voix doit être quelqu’un de connu pour imiter.

Laurent Ruquier : Lui-même, dans un camée où je hurle à la radio dans ma voiture. Faites-moi confiance, la bonne scène est dans le livre.

Bernard : Il va y avoir une scène très importante où il tape sur l’ordinateur pour me présenter le nougat de Montélimar en disant directement à la caméra : « Il est peu probable que ça ait des conséquences, mais on sait jamais. » Ça doit donc être quelqu’un qui est grosso modo le Leslie Nielsen français. Malheureusement, le choix idéal, Michel Galabru, n’est plus disponible. Cependant, Pierfrancesco Favino, qui a joué l’abbé Faria dans la version 2024 du Comte de Monte-Cristo, pourrait faire du bon travail ici.

La maîtresse de Flanel, le Chat voyageur : Je vais piller Les Combattantes. Sandrine Bonnaire a joué la mère de l’actrice de notre prochain personnage dans cette série-là, et a fait un super boulot. Cette scène se déroule à Lisieux.

Light&Smell : On n’a qu’un dessin pour celle-ci, mais avec la bonne paire de lunettes, Sofia Essaïdi, qui était magnifique dans Les Combattantes, ressemble assez audit dessin. Il y a un montage dans le film où elle lit ma critique du Second Degré n’est qu’une température, et tout à coup, le nombre d’abonnés quadruple. C’est rien que la vérité.

Jours d’humeur : Pierre Niney, bien sûr. Il nous rassure souvent qu’il a le bon corps pour ça, après tout.

Mon ami dans la Somme : Si le livre est publié, vous aurez enfin son prénom, mais pas pour l’instant. Mais je vous rassure, aussi avec la bonne paire de lunettes, Bastien Bouillon peut le faire. Il a déjà joué pratiquement ça dans Monsieur Aznavour, dans la peau de Pierre Roche. Faut juste changer les lunettes un peu.

Mon amie rouennaise : Même histoire quant au prénom. Cependant, le choix m’est évident : Audrey Lamy, là pour jouer presque exactement son rôle dans Tout ce qui brille. Je n’étais pas fan du tout du film, mais son personnage était très maligne, avait du bon sens, et n’a jamais été pris par surprise, même dans des situations farfelues. Ce sont exactement ses qualités.

Mon amie Pascale : Le choix logique est Mimie Mathy. Grosso modo de la même taille, mais heureusement aussi à cause d’avoir une forte personnalité.

Les hôtesses des soirées de jeux de l’OCA : Il n’y aura jamais de film sur ce blog sans Audrey Fleurot (et probablement pas avec, mais laissez tomber). J’en ai besoin de trois, et il nous reste trois Combattantes, entre Mme F, Julie de Bona et Camille Lou. Voilà.

Il Est Quelle Heure : Il faut avoir une actrice sourde dans le rôle, et il me semble qu’Emmanuelle Laborit joue le même rôle que Marlee Matlin aux États-Unis — la même personne choisie à chaque fois. Alors, bonjour Sophie Vouzelaud.

J’ai conçu cette question comme « tag » pour les blogueurs, alors, si vous l’êtes, à vous de jouer !

Ni l’un ni l’autre

Je suis abonné aux courriels d’une boutique près de San Francisco, Frenchery. Aujourd’hui, elle m’a envoyé une pub pour une boisson fabriquée dans les Bouches-du-Rhône. Ça vient du Château La Coste, un domaine plutôt haut de gamme, avec des restos par des chefs étoilés. La boisson s’appelle « Nooh« , pour « No » (anglais pour non) et « OH », la formule chimique pour l’alcool (un atome d’oxygène et un d’hydrogène). C’est un « vin sans alcool », ou comme ce genre de truc s’appelle aux maternelles, du jus de raisin.

En fait, selon ooh eux, c’est du vrai vin car « L’alcool, contenu dans le vin est extrait par distillation sous vide, c’est-à-dire une évaporation à 35-40°C maximum, afin de ne pas altérer le vin et en préserver certains arômes. » Bizarre, j’aurais juré que l’on faisait de la distillation afin de concentrer l’alcool, pas l’extraire ! Mais qu’est-ce que je sais, je ne suis pas marchand de vin ! Ce que je sais, c’est que je n’en ai pas envie, que ce soit du jus soit du vin.

J’évoque ce vin douteux pour une raison qui n’a, en fait, rien à voir avec la boisson elle-même. Hier, je me suis trouvé chez Apple pour la deuxième fois cette année à cause d’une prise USB-C qui se débranche encore et encore. On penserait que je serais donc tenté à jeter un œil chez Samsung, car j’en ai ras-l’Apple. Mais en fait, des manchots joueront au hockey sur le marais glacé de Cocyte avant je n’achète un produit de Samsung. J’explique.

iPhone avec un écran fissuré, Photo par Creative Tools, CC BY 2.0

En 2013, j’ai eu un entretien d’embauche chez Samsung, pour un poste de chercheur en logiciels pour leurs télévisions. Il y avait deux parties de cet entretien : 1) je devais préparer un exposé sur ma vision de l’avenir des télés, et 2) je devais répondre à certaines questions techniques afin de tester mes compétences de programmeur.

Je vous dirai franchement que je ne me serais pas embauché non plus à cause de cette deuxième partie. J’étais trop spécialisé dans des logiciels autres que ce qu’ils faisaient. Si c’était toute l’histoire, on n’en parlerait pas. Mais le gérant là-bas m’a dénoncé au recruteur comme le plus grand con qu’il avait jamais rencontré à cause de mon exposé, et c’est ça notre histoire. Car j’avais, j’ai, et j’aurai raison à jamais sur ce sujet, et il m’énerve qu’il m’a pris pour un idiot.

Le recruteur m’avait dit que ce qu’ils voulaient vraiment entendre, c’était comment réussir en concurrence contre Apple. J’ai préparé un exposé avec une thèse qui leur semblait folle ; pourtant, 12 ans plus tard, je reste 100 % correct. Qu’est-ce que Samsung produit dans le domaine de téléviseurs ? Toute la gamme de tailles, de 69 cm jusqu’à 190 cm. Et j’ai eu une nouvelle surprenante.

Je leur ai dit qu’Apple n’allait jamais les concurrencer avec un écran plus grand que 76 cm (30 pouces ; nous ne parlions de cm). Pourquoi ? Pour une chose, j’avais fait mes devoirs : pendant les 37 ans de l’entreprise, ce n’était jamais arrivé. Mais j’avais une autre raison.

Je ne sais pas comment cette société mène ses affaires en Europe, mais aux États-Unis, ses magasins sont tous situés dans des centres commerciaux plutôt haut de gamme. Il n’y a pas de telle chose comme un quai de chargement pour le clientèle chez eux. Alors, sans changements majeurs, il leur serait simplement impossible de vendre des téléviseurs plus grands.

Quand le recruteur m’a lu la note du gérant chez Samsung, il m’a dit que selon eux, le segment de marché qui connaissait la croissance la plus rapide était les télés de 55 pouces (140 cm). Si j’étais trop paresseux pour le savoir, c’était insultant pour moi de leur avoir fait perdre du temps.

12 ans plus tard, il reste le cas qu’Apple n’a jamais sorti d’écran avec plus grand que 76 cm. Ce n’était pas sorcier, c’était une simple question de logistique. Mais le recruteur m’a viré comme client pour ça, et c’est pourquoi il n’y a pas de produits de Samsung chez moi.

Ça dit, j’en ai marre de l’idée que je paye maintenant 120 $ par année juste afin que l’on nettoie cette saloperie de prise. Mais tout comme Nooh, que je n’en veux ni en vin ni en jus de fruit, je n’ai envie de ni l’un ou ni l’autre en ce moment.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Mains en l’air

Je n’en peux plus, et il est bien le temps pour Langue de Molière d’évoquer un fait que j’essaie d’éviter depuis looooooongtemps : il y a quelque chose que je crois l’anglais fait mieux que le français. C’est dans un sens hyper-limité, et avec une tonne métrique de qualifications. Rappelez-vous : quand un anglophone veut dire « lourd », il dit une tonne, version impériale. Mais quand il veut insister sur le poids, il ajoute « métrique » (10 % plus lourd). Cependant, impossible de l’éviter : je considère ce problème aussi fondamental que les langues qui n’ont que deux ou trois termes de couleur.

Il s’agit de deux mots qui se trouvent en anglais, « up » et « down ». Ils sont opposés, et la traduction la plus simple serait de dire « haut » et « bas ». On imaginerait donc que l’entrée pour « up » serait parmi les plus courtes de mon dictionnaire bilingue.

HAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA ! Euh, c’est-à-dire… non.

En fait, il faut faire défiler 12 pages (comptées comme assez de texte pour remplir l’écran de mon portable) juste pour épuiser les sens de « up », avant d’atteindre les expressions composées idiomatiques.

Il faut d’abord dire qu’entre 80-90 % de la longueur de ce monstre est due aux nombreuses bêtises de l’anglais. Je vais les esquisser. Commençons par la note au début de l’entrée :

Capture d’écran

Ça veut dire que « up » est souvent le deuxième mot dans les verbes à particule : « get up », « pick up » et ainsi de suite. Et ces verbes ont tous une propriété curieuse en commun : « up » ne veut absolument rien dire dans ces contextes. La preuve, c’est que l’on ne peut jamais le remplacer par un autre mot en finissant par vouloir dire quelque chose distingué uniquement par cet autre mot.

Par exemple, « get up » peut signifier soit « se réveiller » soit « se lever » soit « monter », ainsi que dans un contexte très spécifique et largement britannique, « faire ». Mais si je remplace « up » par son opposé, « get down », alors que ça peut signifier l’opposé de monter, c’est le plus souvent de l’argot pour danser.

Et pour être bien clair sur ce point, il y a plein de cas où c’est facultatif en plus de ne rien dire. Dans tous ces cas, si la personne qui vous parle l’utilise, elle peut avoir un Prix Nobel dans chaque domaine et je vous dirai qu’elle est une idiote. Si on vous dit « cook up », « fry up » ou « bake up » — cuisiner, frire, enfourner — « up » peut toujours être enlevé sans rien changer. Ce n’est pas un biais régional de ma part — ça existe partout ici et en Angleterre. C’est de plus en plus commun, une raison pour laquelle je ne veux entendre plus personne parler anglais. Ils ont tous tort.

C’est souvent le cas que la signification de « up » et « down » dépend de la personne à qui vous parlez. L’exemple le plus connu concerne la climatisation et le chauffage. Si vous dites « Turn the air conditioning up« , la moitié d’anglophones comprendront ça comme « Je veux un effet de refroidissement plus fort ; baissez la température ciblée par la climatisation et/ou haussez la vitesse du ventilateur ». Mais l’autre moitié le comprendront comme « Je veux un effet de refroidissement moins fort ; haussez la température ciblée par la climatisation et/ou baissez la vitesse du ventilateur ». Tout le monde est d’accord que « up » veut dire hausser ou augmenter quelque chose, mais personne ne sait de quoi il s’agit.

« Justin », vous me dites, « selon vous, la grande majorité des sens font référence soit à rien soit à n’importe quoi ; pourtant, aussi selon vous, c’est le français qui est cassé ? C’est qui l’idiot ? » Mais c’est ici où on voit le problème du français.

Avez-vous jamais vu le premier long métrage de Winnie l’ourson ? Là, il y a une chanson intitulée « Up, Down, and Touch the Ground ». C’est-à-dire « Haut, bas, et touchez au sol » :

On trouve ça une fois dans les paroles — « Haut, bas, tirez bien » — mais les autres fois, « up » se traduit « Mains en l’air », comme dans le titre. Et on dit en français « Haut les mains ! » exactement où l’anglais dit « Hands up! » Mais au-delà de ça…

« Go up the stairs » devient « Montez les escaliers », alors que « Go down » devient « Descendez ». « The prices went up » : « Les prix ont augmenté ». « The prices went down » : « Les prix ont baissé ». « The blinds were up » : « Les stores étaient levés ». « The blinds were down » : « Les stores étaient baissés ».

Vous voyez ? L’anglais a un millier de sens inutiles pour ce mot, et le français les ignore largement — très logique. Mais pour le seul sens où « up » est bien défini — aussi de loin le plus commun — le français utilise un tas de verbes différents exactement là où l’anglais fait ses économies !

Langue de Molière sera en congés pour le reste d’octobre, car mon fichier est presque vidé et je n’aurai pas le temps pour faire des recherches détaillées jusqu’après le déménagement. (Ça veut dire que si vous avez des suggestions, mes courriels sont ouverts.)

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est le 1er, version octobre 2025

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Si vous n’avez pas encore vu Le Canard enchaîné cette semaine… oh la vache ! Peut-être que la dernière fois que c’était aussi piquant, il s’agissait de l’affaire Bokassa ! (Cherchez toute la une, pas juste le gros titre.)

Au fait, il y a une recette de Péla, liée ici, qui me rappelle que sans MyPanier, je suis passé de la pénurie du nougat à la crise. Et mon autre fournisseur ne stocke plus de nougat français, seulement le produit italien. Il faut que mon livre réussisse pour attirer l’attention des nougatiers. Comme dit l’autre saint patron du blog, Calimero (après Sainte-Jeanne, évidemment), c’est injuste. C’est vraiment trop injuste.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

Nouveaux à moi :

  • Toujours rien. Hmmmm. Les gens sont aussi les bienvenus à venir découvrir mon blog afin que je découvre les leurs, vous savez ?

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things n’a rien publié ce mois, mais ne va nulle part.

À encourager :

Rien de nouveau chez Carry the Beautiful, Our Lake District Escapades, Un déjeuner en Provence, Les Dédexpressions, Carnets d’une plume, Bonheur des yeux et du palais, Le journal des Jum’s, Les souris de Paris, Et si Facebook disparaissait?, Thriller Addict, Bessie’s Bazaar, Je suis sur la route, Maman Lyonnaise, L’Atelier du Phoenix, La bibliothécaire, Grain de Sable, et Bonheurs culinaires. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

La malchance

Il y a trop de fois ici où je dis « un de ces quatre, il me faudra vous parler de… », puis je laisse tomber pour telle ou telle raison. Je le regrette chaque fois, car ce n’est jamais mon intention. Mais hier, deux choses sont arrivés presqu’en même temps qui m’ont rappelé une histoire — pas la mienne — que je voulais partager.

C'est une couverture avec des nuages rouge et noir. Au premier plan, il y a 12 symboles abstraits en forme d'un cadran d'horloge, ainsi que deux aiguilles qui montrent 9:12, une heure avec une signification pour les fans.
Couverture de l’album Clockwork Angels, Dessin par Hugh Syme, ©️Rush

La première chose, c’était que j’ai lu ce post d’Il Est Quelle Heure. « Mais Justin », vous me dites, « ça date d’aujourd’hui ! » C’est ça la magie des fuseaux horaires, les amis. Je dis souvent : « Votre passé est mon avenir », et en général, il s’agit de mes intérêts pour le ciné ou l’histoire. Mais parfois, ça veut juste dire que j’ai 9 heures de retard sur la France.

De toute façon, elle a écrit : « C’est marrant car on m’a souvent dit que je n’avais pas de chance (parce que j’ai un syndrome). Moi, je ne trouve pas. » Je préfère la laisser parler pour elle-même, et comme j’ai écrit dans mon livre à venir : « J’hésite parfois à aborder certains sujets que je considère sérieux, parce que je n’ai aucune envie d’inviter des comparaisons entre la souffrance d’une personne et d’une autre. » Mais ça nous amène à l’autre chose.

Je fouillais dans mes archives pour autre chose quand je suis tombé sur ma critique du dernier album d’Indochine. Et là, j’avais écrit : « C’est quand même meilleur que le dernier album de Rush (un de ces quatre, on en parlera, mais pas bientôt). » On n’en a jamais parlé. Mais après, je crois que vous serez d’accord qu’il y a des niveaux d’enfer que personne ne mérite.

D’abord, parlons très brièvement de l’histoire de Rush. C’était toujours un trio : le chanteur et bassiste, Geddy Lee ; le guitariste, Alex Lifeson ; et le batteur, Neil Peart. Pendant les 40 ans du groupe, M. Peart était le seul membre à ne pas être là dès le départ, ayant remplacé le premier batteur après leur premier album, en 1974. (Je note que ce monsieur a dû quitter le groupe à cause de complications du diabète. Ça me hante.)

Quand j’ai découvert Rush au lycée, et vous n’allez jamais me croire, ce qui m’a attiré était l’optimisme de leur musique. Ben, pas toujours. Si on écoute la chanson « Circumstances« , ils chantent « Plus ça change, plus c’est la même chose. » Au-delà ça, il faut apprendre l’anglais pour les comprendre. Mais je vous rassure qu’il n’y a aucun album plus optimiste que Signals, et Moving Pictures (les deux des années 80) n’était pas loin en arrière (liens en français).

Cependant, en août 1997, juste après la fin de leur tour pour l’album Test for Echo, la fille unique de Neil Peart est morte dans un accident de voiture. Et 10 mois plus tard, sa femme de 22 ans est morte d’un cancer. En 1999, Rush a sorti un album d’enregistrements de leurs concerts, Different Stages, et tout le monde, dont moi, croyait que c’était la fin de leur carrière, car Neil ne voulait plus rien faire. Et croyez-moi, personne ne lui en a voulu après deux telles tragédies.

Mais il s’est remarié fin 2000 et en 2002, Rush est revenu avec un nouvel album, Vapor Trails. J’avais un avis mitigé de Test for Echo, mais ceci était l’un de leurs meilleurs, et très clairement inspiré des angoisses de Neil. Toutes les paroles (écrites par lui) traitaient de pertes et de survivre. Tous les fans ont compris d’où venaient ces sentiments. Cependant, leur prochain album original, sorti en 2007, Snakes & Arrows, était très sombre. Puis, il y avait le dernier et leur retraite.

Ce dernier album, Clockwork Angels, est une trahison de tout ce que j’estimais chez le groupe. C’est amer et pessimiste à souhait. Naturellement, les critiques qui avaient méprisé Rush tout au fil de sa carrière l’ont adoré. Je n’ai jamais fini de l’écouter. D’abord, c’était parce que j’étais déçu. En 2020, juste avant le Covid, j’ai appris la vérité en même temps que le reste du monde. Et après ça, je ne peux plus jamais m’en prendre à eux, mais c’est une autre raison pour ne pas l’écouter.

Clockwork Angels est sorti en 2012. Le groupe a pris sa retraite en 2015 à cause de la santé défaillante de Neil, qui est mort d’un cancer du cerveau en janvier 2020. Pour être clair, il n’était pas atteint du cancer en écrivant l’album. Mais comme Phil Collins, il était déjà en train de perdre la capacité de jouer. Neil a dit à une journaliste québécoise que c’était en fait son cerveau la raison pour sa retraite, un fait caché jusqu’à sa mort.

La vérité, et je n’aurais jamais cru que ça arriverait, c’est que depuis 2020, je n’écoute guère Rush. En partie, c’est parce que j’ai mis toute ma vie d’anglophone derrière moi, un choix fait exprès. Mais l’autre raison, c’est qu’il m’attriste trop de savoir qu’une personne puisse souffrir autant de malchance, et qu’il essayait quand même de faire quelque chose pour ses fans, jusqu’au moment où il ne le peut plus.

Saison 4, Épisode 27 — Shrek chez Axis Chemicals

J’ai reçu une publicité sur Facebook cette semaine qui va vous faire rire :

BoldVoice: Accent Training
Sponsorisée 
Speak English so clearly, people forget it's your second language. BoldVoice makes it possible.

Vous pouvez voir que ça dit « Sponsorisée », car mon appli est en français, même si la pub est en anglais. Ça dit : « BoldVoice entraînement à l’accent : Parlez anglais si clairement, les gens oublient que c’est ta deuxième langue. BoldVoice le rend possible. » Il y avait une vidéo avec une brésilienne au-dessous. Je dois vous dire que je n’ai pas eu de difficulté de reconnaître qu’elle avait un accent. Mais ça va bien avec les autres pubs que je reçois de temps en temps : l’assurance médicale pour les expatriés ou m’enregistrer pour voter pour les députés de l’étranger.

C’est rassurant de savoir que les IA sont loin d’être assez capable pour jouer à Terminator, ou comme on disait au Québec, Terminateur. (Je ne plaisante pas, mais ils ont abandonné à partir du deuxième film.) Cependant, c’est aussi vrai : ma première langue est en fait le martien.

Je suis plus qu’un peu fâché contre plusieurs de mes fournisseurs de services Internet. WordPress ainsi que Network Solutions (qui je paye pour un autre domaine) m’ont facturé cette semaine pour des services qui ne renouvellent que fin octobre et début novembre. Désolé, mais si j’ai payé 12 mois, je m’attendais à recevoir 12 mois avant de payer encore une fois. Je viens de désactiver les fonctions de renouvellement automatique, car les deux se sont servis de façon inacceptable. Ce n’est pas drôle.

Je crois que mon fournisseur de domaine .fr, Marcaria, profite trop de moi, car d’autres services annoncent des prix beaucoup moins chers pour enregistrer un domaine — mais chaque fois, sans citer les frais d’agence. N’oubliez pas que je dois payer un agent basé en France pour enregistrer le domaine à mon compte. Cependant, une fois abonné avec un agent, je ne peux pas transférer le domaine à un autre agent. Alors, Marcaria peut me prendre pour une piñata.

J’ai raté ma recherche de Bonnes Nouvelles, mais j’ai trouvé deux pépites pour partager. D’abord, un homme a été retrouvé mort dans les toilettes d’un KFC à Dunkerque il y a une semaine, 30 heures après son repas là. Moi, je croyais que la nourriture chez eux faisait son travail beaucoup plus rapidement que ça. En plus, pourquoi est-ce qu’il fallait plus d’un jour pour la famille de remarquer son absence ? En même temps, personne n’est entré dans les toilettes pendant plus d’un jour ? Quelque chose ne va pas.

L’autre, c’est qu’au cas où vous croiriez que les décisions administratives françaises peuvent être capricieuses, soyez reconnaissant de ne pas vivre dans le Kentucky. Là, deux auxiliaires médicaux seront remis en cause cette semaine pour avoir donné une antivenin à un homme mordu par un serpent. Pourquoi ? Parce qu’ils n’avaient pas reçu une formation en antivenins, alors selon un membre du comité qui gère les auxiliaires, il valait mieux pour eux de ne rien faire (lien en anglais), même si le patient mourait. Je n’arrive même pas à imaginer être le patient et lire une telle chose.

Je commence à planifier quelque chose auquel je m’attends depuis une décennie entière. Une fois déménagé, je vais inviter certains couples qui m’ont accueilli chez eux pendant des soirées de l’OCA à dîner chez moi. La dernière fois où j’ai fait ça a été en 2015. Personne ne l’a rendu, alors j’ai décidé plus jamais avec les Américains. Le temps que j’aie rencontré des Français, la moquette ici avait plus d’une décennie et était trop gênante. Mais je ne pouvais pas la remplacer sauf en déménageant. Ce qui arrivera bientôt. Uniquement des couples, cependant, parce qu’avec ma chance, les célibataires imagineraient que j’essaye quelque chose. Je ne suis vraiment pas assez machiavélique pour ça ! Mais pour une fois, il sera pour des gens qui l’apprécient. (S’il y a un côté machiavélique, c’est seulement que je ne m’en plaindrai pas s’ils pensent « Dites-donc, on connaît quelqu’un qui aimerait avoir un tel cuisinier à la maison ». Mais personne n’a eu cette pensée après deux ans de desserts ; je ne m’attends à rien.)

Notre blague traite d’un vol chez British Airways. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Laurent Gerra et Justining. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine.

Sur le blog, il y a aussi Mise à autrefois, mes plaintes sur iOS 26, Ici et là, des nouvelles personnelles, Monsieur Aznavour, sur le film nommé et Bête noire, ma plainte sur comment on coupe les desserts.

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Bête noire

Il n’y a pas de Dimanche avec Marcel car j’ai trop mal à la poitrine, et je ne peux pas me pencher sur un livre. Ne vous inquiétez pas, je n’ignore pas une crise cardiaque ; c’est juste que j’ai fouetté trop de choses à la main pendant deux jours de suite, et ça fait des élongations des muscles dans la poitrine, exactement comme le gâteau d’anniversaire que j’ai fait en 2024. On me demande souvent pourquoi je ne gagne pas ma vie en pâtisserie ; c’est parce que ça fait mal partout. (Aussi parce que les lois californiennes sont impossibles à naviguer, mais quand même.) Cependant, il faut que l’on parle, et chaque fois où je dis ça, j’ai des plaintes.

D’abord, voici le gâteau Napolitain que j’ai apporté à une soirée de belote hier. Pas comme la tarte aux noix de pécans de la veille, c’est sans fautes. Ceux qui veulent la recette peuvent attendre mon livre. Ou lire mon dîner pour la Loire-Atlantique.

Gâteau Napolitain carré, 15 cm par 15 cm, vu d'en haut

Nan, mais regardez-le de près. Sans. Fautes.

Vue du même gâteau Napolitain, du côté. On voit clairement les trois couches de gâteau -- deux vanille, un chocolat -- les couches de ganache au chocolat, le fondant blanc et les vermicelles au chocolat.

Je fais ce gâteau dans un moule de 18 cm par 18 cm, mais une fois que les bords sont coupés, ça fait 15 cm le côté. À mon avis, si je servais ce gâteau à des Américains, ça ferait 4-6 parts.

Pour un groupe de Français, je dirais 9 parts, peut-être 12 au maximum. Et c’est ici où j’ai mes plaintes. Selon vous, combien de parts ont été coupées par la hôtesse ? Comme disait Galvatron juste avant de tuer Starscream, voici un indice :

Cette photo, c’est les restes avec lesquels je suis rentré. Il y avait 16 parts au total, et 12 invités, dont moi — et j’ai pris deux parts ! Mais laissez tomber : ce qui me préoccupe n’est même pas l’accueil mitigé. C’est plutôt ce qui arrive à chaque fois où l’un de mes desserts rencontre un Français armé d’un couteau.

J’accepte que le Français lambda mange moins que son homologue américain. Et en général, c’est une habitude saine — c’est pourquoi vous avez de plus petits tours de taille. Pas tous, mais on parle de tendances. Cependant, c’est aussi le cas que ces choses ont une structure interne, et que quand on les tranche trop fin, les pâtisseries s’écroulent. Dans cette photo, ce n’est pas le cas, mais avec mes deux dernières tartes, absolument. Je n’aime pas voir mon travail rendu en miettes.

Mais encore plus que cette plainte, je ne comprends pas l’obsession de tout couper dès le départ. L’habitude américain, quand tout le monde apporte quelque chose, c’est de laisser chacun se servir. Si on veut plus ou moins que les autres, c’est pas grand-chose — on coupe ce que l’on veut. Ben, personne ne veut en prendre trop, je le comprends. Mais pourquoi on devrait avoir des avis sur combien de parts resteront à la fin de la soirée, ça je ne comprends pas du tout. Il reste la moitié du gâteau dans ce cas ; à mon avis, ça fait 3 parts, pas 8 !

C’est un sujet sensible, parce que même si nous sommes aux États-Unis, tout le monde s’attend à nous nous comportions comme si nous étions en France. Je l’accepte, et je suis bien au courant que si je déménage, il me faudra accepter les mœurs de mes voisins.

Sauf pour une chose : je vois ce qui est vendu sous le nom de « gâteau individuel » chez Pierre Hermé. Ou Lenôtre. Ou Claire Heitzler. Et je ne suis pas complètement convaincu que vous coupez ces choses en 3 ou en 4. Peut-être que je me trompe. Mais c’est pourquoi je pose la question !

Monsieur Aznavour

Des heures plus tard, j’ai toujours des larmes aux yeux. Avant que je vous parle de Monsieur Aznavour, je dois simplement vous dire que ce film est un triomphe, qu’il faut laisser tout tomber et le voir le plus vite possible à tout prix. Je ne savais pas à quoi s’attendre, et il a fini par être l’une de choses où je me suis dit : « Si c’est tout ce que j’ai à cause du français, il valait la peine. »

Extrait de l'affiche : le nom de Tahar Rahim en tête, le titre, et un dessin de M. Aznavour en noir et blanc, le dos tourné.

Alors, rembobinons 12 heures en arrière, hein ? Je vous ai dit que j’allais revenir ce soir aux soirées ciné, et cette fois, nous avons eu un dîner ensemble, genre « potluck », comme on dit chez moi, où tout le monde apporte ce qu’il veut. (Je ne sais jamais quoi dire pour ça.) J’ai fait une tarte aux noix de pécans, étant en mode « finissez les ingrédients dans votre cuisine, vous ». Je suis déçu de la croûte, mais l’appareil reste parfait comme toujours avec cette recette :

Tarte aux noix de pécan -- les bords sont rétrécis et cassés.

Pour une fois, vous allez voir ce que les autres ont apporté. Je ne suis pas sûr de quel est tout ça, surtout le truc marron et ronde. Je ne l’ai pas fini, mais le reste, oui :

Assiette avec un bout de la tarte, une tranche de baguette, un sushi au saumon, et d'autres trucs que je ne peux pas nommer.

Je suis toujours un peu contrarié : le temps que le film commence, la moitié de ma tarte restait. Cependant, on a emballé cette moitié pas-mangée pour apporter chez eux après le film. Désolé, mais pour autant que je heureux de partager, si les autres ne la veulent pas, les restes sont à moi. C’est pareil pour les autres ! Au moins, la personne en question aurait pu me demander avant de faire ça. C’était du travail.

De tout façon, le film. Il faut que je sois bien clair : je ne connais guère la vie de Charles Aznavour, juste certaines chansons. Je viens de me rendre compte que j’étais censé écrire « Je découvre Charles Aznavour » après la représentation de Julien Clerc pour le Projet 30 Ans de Taratata, car il avait chanté « For Me Formidable ». Oups. Je réglerai l’erreur. Mais sans ça, je suis très mal placé à vous dire si le film prend trop de libertés. Cependant, je crois que non. Pourquoi ?

Très peu d’entre vous étaient ici quand je suis allé voir Elvis avec ce même groupe, mon deuxième film avec eux. Ce film-là était une hagiographie : si Elvis revendait des drogues, le film nous aurait dit que les drogues sont bonnes pour la santé. Ce film ne l’est pas. Charles Aznavour avait 5 enfants par 3 femmes différentes et ce fait est évoqué sans rien cacher. D’autres relations sont traitées de façon peu flatteuse envers lui, et ça malgré — à cause de ? — le fait que sa famille était impliquée dans la production du film. Je sais qu’Aznavour lui-même a approuvé une première version du scénario ; ça parle bien de lui.

Le film suit une structure de plusieurs chapitres, nommés d’après ses plus grands tubes, dont les titres apparaissent à l’écran écrits dans un petit cahier rouge. Il aimait apparemment ces cahiers : tout au fil du film, il écrit sans cesse dans un cahier après un autre, et vers la fin, on voit une bibliothèque énorme chez lui, remplie de rien que ces cahiers. J’imagine que c’est un détail tiré de la réalité.

Dans le premier chapitre, on voit sa vie d’enfant pendant les années 30. Ses parents font partie d’une communauté d’immigrés arméniens, et gèrent une boutique ensemble — qui ferme définitivement car son père n’est pas bon en affaires et dépense trop. Le jeune Charles et sa sœur gagnent un peu d’argent en chantant dans des spectacles de variétés. On voit vite que cette enfance établit certaines habitudes pour la vie : il se soucie sans cesse de l’argent, mais est généreux envers les autres, tellement comme son père. Il y a une question qui revient encore et encore quand on entend son nom de famille, Aznavourian, ou comme on dit en arménien, Ազնավուրյան : êtes-vous juif ? On est dans les années 30 ; ça aura des conséquences graves.

Quand les Voisins mettent Paris sous occupation, ils veulent bien savoir s’ils sont juifs. Ils répondent que non, arméniens, ce qui met les Allemands encore plus en colère car selon une affiche, ils cherchent un certain Missak Manouchian. Oups. Les Aznavour réussissent à se cacher quand le Gestapo vient chercher leur appartement, mais c’est un moment effrayant. La scène de la Libération, avec des chars américains qui roulent dans les rues alors que tout le monde tiennent des drapeaux français, était émouvante à souhait et valait le visionnage elle seule. Ouais, je pleurais.

Charles et son ami, le pianiste Pierre Roche, forment un duo musical et attrapent l’œil d’une certaine Édith Piaf. Mme Piaf sera une influence importante, mais joue aussi une rôle nuisible — elle convainc Charles de jouer à Montréal, ce qui lui gagne du succès, mais est aussi impliquée dans la séparation de Charles et Pierre et, pour des raisons professionnelles, l’échec de son premier mariage. Elle est un peu la méchante du film, l’inspirant à mettre sa carrière devant tout autre chose, et je ne sais pas à quel point ce traitement est juste. Le traitement de Pierre est particulièrement sympa : la famille n’a pris aucune opportunité de le blâmer ou régler des comptes. Je suis énormément admiratif de cette partie.

Charles se consacre à son travail à Paris, toujours hanté par certaines questions sur ses origines. Le succès vient et part, et il entame plusieurs relations avec d’autres femmes, en essayant d’être père pour Patrick, le fils qu’il ne savait pas était le sien pendant une décennie. Il ne doute jamais qu’il réussira, mais il y a des moments où son arrivée semble moins qu’évident.

Le film se concentre principalement sur sa vie jusqu’à la mort de Patrick ; les dernières 3 décennies passent vite. Mais vers la fin, il dit quelque chose qui explique sa vie, son obsession, mieux que tout : « Si j’arrête, je meurs. » Soit lui soit sa famille ont dû approuver ça ; on a carrément reconnu que ses qualités et ses défauts venaient de la même source.

C’est pour ça que je recommande si fortement ce film. Monsieur Aznavour est une biographie qui essaye de traiter justement de tous les côtés de sa vie. La distribution est excellent, surtout les acteurs qui jouent Aznavour, Roche et Piaf, et la photographie est à la hauteur des interprétations. Je n’ai que de bonnes choses à dire sur Monsieur Aznavour.

Shrekking

Rien ne me plaît autant que quand les francophones adoptent des anglicismes, puisque je peux les comprendre sans faire des efforts. Ha, non, évidemment personne ne me croit. Mais hier, Facebook m’a infligé un article de Doctissimo — et j’ai hâte d’ajouter que je ne suis pas cette page, mais Facebook préfère me montrer tout sauf les contenus de mes amis — et malheureusement, je l’ai compris rien qu’en lisant le gros titre. Il s’avère que le pire mot anglais de l’année est arrivé en France, ce qui en fait un sujet pour ce blog.

Ben, c’est aussi une excuse pour râler sur ma plus grosse bête noire. Je suis rien d’autre que prévisible.

Alors, connaissez-vous la série de films « Shrek » ? C’est un ogre laid qui sauve une princesse à un dragon, puis il s’avère que la princesse souffre d’une malediction qui la transforme en ogresse la nuit. Après des aventures pour faire une film assez long, les deux finissent par embrasser, ce qui la transforme définitivement en ogresse, car elle est amoureuse d’un ogre. Il y a d’autres films, mais jamais vu de mon côté, et pas importants pour notre sujet non plus.

Ballon de Shrek au défilé de Thanksgiving, Photo par joiseyshowaa, CC BY-SA 2.0

Avec ces infos, si je vous disais que « shrekking » implique la vie sentimentale, de quoi s’agirait-il selon vous ? Pas besoin d’y réfléchir ; je vous donnerai la signification selon Doctissimo :

choisir volontairement un partenaire perçu comme « inférieur » (notamment physiquement) pour garder le dessus. L’espoir ? Que ce partenaire mesure sa chance d’être tombé sur la perle rare (vous !), et se révèle investi, fidèle et respectueux.

Le « shrekking », cette idée (toxique) de sortir avec moins bien que soi, pour ne pas souffrir

Comme toute idée toxique de nos jours, celle-ci vient de TikTok — toutes les sources que j’ai vues en anglais sont d’accord avec Doctissimo sur ça ; je ne chercherai pas d’exemples.

La première chose à remarquer, c’est que les génies d’Internet ont bel et bien raté la signification du conte original : la princesse se révèle enfin être exactement au niveau de l’ogre. C’est juste que l’ogre n’est pas aussi mauvais que la réputation de son espèce. Mais laissez tomber, car c’est aussi évident que personne ne se croit un ogre.

Je crois que j’enfonce une porte ouverte si je dis que ça doit être l’idée la plus condescendante que j’ai jamais entendue. Mais j’ai remarqué quelque chose d’autre très intéressant en lisant l’article de Doctissimo, par rapport aux articles que j’ai lus plus tôt en anglais. Ça me semble une différence culturelle ; où les anglophones cherchent à dénoncer cette tendance car c’est censé une mauvaise idée pour la personne « supérieure », l’article en français traite des mauvaise conséquences pour celui que joue dans la peau de l’ogre. Je me demandais si c’était juste par hasard, alors j’en ai recherché d’autres en français :

Le partenaire peut sentir qu’il est un second choix, ce qui touche à la confiance et à l’estime de soi.

Sudinfo (Belgique)

Pour autant, le shrekking est aussi une tendance malhonnête et malsaine dans la mesure où elle érode la confiance et l’estime de soi de l’autre. 

TF1

Si ce phénomène peut paraître cruel pour la personne qui en est victime, il s’agit surtout d’un mécanisme de protection, selon l’experte.

Femme Actuelle

C’est quoi, cette idée de se soucier de l’autre personne, et non seulement de soi-même ? Encore une fois, je me sens passé à l’autre côté du miroir, sens Lewis Carroll. Il faut, cependant, noter que les trois citent tous les mêmes psychologues comme sources, même si les articles sont rédigés par des journalistes différents. J’imagine qu’être pressé de copier ce qui est déjà paru ailleurs n’aide pas à produire des contenus originaux.

Mais j’ai appris quelque chose d’aussi nul en faisant ces recherches. Aux États-Unis, on croit tous que le français est la langue d’amour. Pourtant :

Vous êtes familiers du breadcrumbing, du love bombing, du ghosting ?

TF1

Entre les “situationships”, le “snowmancing”, ou encore le “ghostlighting”, il existe des dizaines de termes obscurs…

Femme Actuelle

Je ne connais que la moitié de ces mots qui se terminent par « -ing ». Mais vous avez outsourcé cette tâche à qui ? À mes compatriotes. Ayez honte. Non, plus honte. C’est gênant, ça. Ce blog est intitulé d’après l’idée que les Français ont les meilleurs mots pour ce sujet !