Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec la duchesse d’Orléans

Ça fait belle lurette depuis le dernier Dimanche avec Marcel. La dernière fois, on a fini sur une note positive, où Gilberte avait dénoncé Mlle Vinteuil pour ses mauvais comportements envers son père. Cette fois, j’ai avancé de 40 pages.

Proust m’apprend quelque chose sur l’anglais britannique :

j’avais demandé à Mme Swann… quels étaient parmi les camarades de Gilberte ceux qu’elle aimait le mieux, Mme Swann me répondit :

— Mais vous devez être plus avancé que moi dans ses confidences, vous qui êtes le grand favori, le grand crack comme disent les Anglais.

Je n’ai absolument aucune idée de ce que ça veut dire, et je connais plein de britannicismes.

Plusieurs pages se passent en discutant des meubles, dont une phrase de 126 mots ; puis, notre narrateur part en balade avec les Swann et Gilberte, et c’est comment ils rencontrent la duchesse d’Orléans. La rencontre elle-même n’est pas intéressante en soi, sauf pour une astuce arriviste que Mme Swann donne au narrateur :

« Vous devriez aller écrire votre nom chez elle, un jour de cette semaine, me dit Mme Swann ; on ne corne pas de bristol à toutes ces royalties, comme disent les Anglais, mais elle vous invitera si vous vous faites inscrire. »

Encore une fois, je n’ai aucune idée de ce qui veut dire une expression de Proust : « on ne corne pas de bristol ». La traduction la rend comme une carte de visite, et mon dictionnaire bilingue est d’accord, mais il rend « corner » comme soit plier soit crier — j’ai l’impression que c’était très idiomatique à l’époque. Il me semble que les usages d’anglicismes par Mme Swann sert à quelque chose, mais j’ai du mal à le préciser. Peut-être qu’intercaler ses paroles avec de l’anglais était à la mode à l’époque ?

Bien sûr, dès que je me suis posé la question, le narrateur dit :

Dès que Mme Swann voulait me dire quelque chose qu’elle désirait que les personnes des tables voisines ou même les garçons qui servaient ne comprissent pas, elle me le disait en anglais comme si c’eût été un langage connu de nous deux seulement. Or tout le monde savait l’anglais, moi seul je ne l’avais pas encore appris…

Je dirais que la réponse était oui, et que Proust reconnaîtrait donc la France d’aujourd’hui, sauf que l’anglais est une marque d’arrivisme encore plus fort qu’il y a une décennie. Bravo, Marcel, je vous en veux pour ça.

Après ça, il y a une petite anecdote qui suggère que Gilberte en a assez des prétentions de ses parents, et surtout de son père. Un jour, elle veut aller au théâtre, mais c’est l’anniversaire de la mort de son grand-père, et M. Swann n’est pas content. Après une dispute, Gilberte remarque au narrateur :

— Qu’est-ce que cela peut me faire ce que les autres pensent ? Je trouve ça grotesque de s’occuper des autres dans les choses de sentiment. On sent pour soi, pas pour le public.

J’ai l’impression que ça n’a rien à voir avec le théâtre.

Notre dernière anecdote du livre pour cette fois suit directement cette histoire de théâtre. On a beaucoup entendu dans la première partie du premier tome de l’intérêt du narrateur pour les livres d’un nommé Bergotte. Puis M. de Norpois a fait dégonfler le ballon en disant au narrateur que Bergotte ne vaut rien. Mais le narrateur a enfin, pendant un déjeuner chez les Swann, la rencontre avec Bergotte qu’il cherche pendant plus de 770 pages déjà :

devant moi, comme ces prestidigitateurs qu’on aperçoit intacts et en redingote dans la poussière d’un coup de feu d’où s’envole une colombe, mon salut m’était rendu par un homme jeune, rude, petit, râblé et myope, à nez rouge en forme de coquille de colimaçon et à barbiche noire. J’étais mortellement triste, car ce qui venait d’être réduit en poudre, ce n’était pas seulement le langoureux vieillard…

Il suit deux pages de pensées obsessionnelles sur son nez, apparemment un objet d’horreur qui défait tout le Bergotte de l’imagination du narrateur. Je dois vous dire en toute sincérité, je me demande parfois si c’est une erreur de publier des photos de moi-même sur ce blog, pour exactement cette raison. Si le nez de votre hôte ne rappelle pas Cyrano, la ligne frontale non seulement en recul, mais en pleine retraite autrichienne à Austerlitz, doit être une déception. Et ça depuis mes 30 ans, malheureusement.

Mais après plus de conversation avec Bergotte (qui ne tient pas de Norpois en haute estime), le narrateur arrive à se convaincre que :

C’est sans doute qu’il [l’éclairage de ses livres] vient de grandes profondeurs et n’amène pas ses rayons jusqu’à nos paroles dans les heures où, ouverts aux autres par la conversation, nous sommes dans une certaine mesure fermés à nous-même.

Il suit des pages sur l’avenir de Bergotte, où le narrateur explique que la dernière partie de sa carrière était aussi médiocre que le début était brillant. J’ai l’impression en lisant tout ça que le narrateur, choqué par l’effondrement du Bergotte de son imagination, construit tout autre biographie imaginaire pour lui, où la partie édénique, libérée de toute connexion avec la réalité, reste incorruptible, et c’est seulement les séquelles qui n’atteignent pas les sommets. Mais il reste 4 1/2 tomes, alors je réserve mon jugement pour l’instant.

La Chine uber alles

Je vous ai menacé que j’allais peut-être écrire sur ce sujet, mon ami que je vois de plus en plus sous l’emprise d’un pays dont il n’a jamais vécu, ni ses parents non plus (et si j’ai bien compris, plusieurs générations avant ça). Ce n’est pas la première fois où nous aurons abordé ce sujet — il croyait sans preuves que la France a dû être sauvé par la Chine afin de rouvrir Notre-Dame. Ça vous donne, malheureusement, une idée du genre de propagande auquel il fait attention. Mais nous revisitons ce sujet parce qu’il a réussi à m’étonner la semaine dernière, et pas de bonne façon.

Drapeau taïwanais, Dessin par Sun Yat-sen, Domaine public

Sa thèse depuis des années, c’est que les États-Unis sont obligés de céder tout influence en Asie à la Chine, parce qu’elle est déjà la plus grande puissance au monde, et nous devrions donc faire un accord avec eux où la Chine aura exactement l’idée japonaise des années 1930, la Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale, sauf avec la Chine en tête. En échange, selon lui, les chinois devraient laisser l’Amérique du Sud aux États-Unis, façon la doctrine Monroe. Et à ses yeux, ça doit commencer avec l’annexion du Taïwan.

« Heureusement », et seulement un vrai impérialiste pourrait dire une telle chose, il ne croit plus que ce sera après une invasion, car il est certain que les taïwanais vont voter pour exactement ça, une chose qui n’est pas évident vu les attitudes exprimées dans des sondages : moins de 7 % de la population souhaite s’unir à la Chine (lien en anglais, mais vers une source taïwanaise). Et quand je lui ai dit, « Et si le vote est contre, la Chine continentale est obligée de l’accepter, oui ? », il m’a répondu que ça n’arrivera pas parce que la Chine a aussi un scrutin. C’est très soviétique, cette attitude : le vote compte seulement tant que le résultat est selon les souhaits du Parti.

Il faut se souvenir que sa famille a vécu en Indonésie pendant un siècle, et est partie seulement à cause des persécutions contre ceux d’origine chinoise par le gouvernement de Soeharto. On penserait qu’avec une telle histoire, il serait plus sensible aux conquêtes et aux persécutions contre les minorités. On ne pourrait pas avoir plus tort.

En parlant de ses fausses idées sur la restauration de Notre-Dame, je vous ai dit qu’il est tombé dans les griffes d’une communauté identitaire en ligne, qui lui donne des idées de la suprématie des Chinois. Mais je n’ai pas parlé de ses idées les plus inquiétantes. À l’époque, il m’avait appelé pour râler pendant une heure entière que le président Franklin Roosevelt n’aurait jamais dû être né. Comment ça ? Vous voyez, son grand-père Warren Delano (lien en anglais) était trafiquant d’opium, et il aurait dû être condamné à la peine de mort. Et si ça s’était produit, ainsi que la mort pour d’autres trafiquants, ce serait l’empire chinois qui aurait gagné contre le Japon plutôt que l’inverse. On parle donc de fantasmes revanchards.

Récemment — c’est-à-dire la semaine dernière — il m’a expliqué que c’était un mensonge occidental que la Chine était en train de supprimer la langue et la culture tibétaine. Ça, c’est un gros mensonge. Je lui ai envoyé un essai — en anglais ainsi qu’en français — par deux experts français en études tibétaines, qui dit, parmi d’autres choses :

Les écoles tibétaines comme celles des autres ethnies ferment les unes après les autres et les initiatives privées d’enseignement du tibétain le soir ou dans les monastères pendant les vacances sont dorénavant interdites. Les collèges et lycées doivent enseigner uniquement en chinois, et cela concerne aussi la plupart des écoles primaires et même les jardins d’enfants dans les zones rurales.

La nouvelle politique linguistique au Tibet et ses conséquences

Sa réponse ? « La France fait pareil ; cherche « La honte et le châtiment » ». Ce dernier est un livre, publié cette année, par une bretonne, sur la politique de francisation en Bretagne ainsi qu’au Sénégal. Je n’exprime aucun avis sur ses contenus ; je ne l’ai pas lu. Mais je sais qui ne l’a pas lu non plus, et je trouve cette réponse très peu sincère. Est-ce la politique de la France envers le breton ou l’occitan maintenant ? Ben non, même si — et j’ai écrit sur ça avant — j’admire qu’il n’y ait qu’une langue officielle de la République. Il ne sait rien de ça, et franchement, il s’en fout — tout comme son intérêt à tuer les ancêtres de nos présidents, c’est juste une question de trouver n’importe quelle excuse pour justifier la politique du gouvernement chinois.

Je ne vais pas vous dire pourquoi il m’a dit pendant cette même conversation que la Chine est en train « d’éduquer » les Ouïghours. Mais juste hier, il m’a envoyé un article d’un magazine américain pour dire que le concours de l’IA est déjà remporté par la Chine, parce qu’ils construisent plus de centrales pour avoir assez d’électricité. Chaque réclamation faite au nom de la Chine n’est rien que la vérité pour lui ; chaque critique n’est qu’une combinaison de racisme et d’hypocrisie.

Je veux que vous compreniez : il n’est pas du tout unique à cet égard. Ce que j’essaie d’exprimer ici depuis des années en parlant des États-Unis, c’est que nous devenons de plus en plus les Balkans : chaque groupe identitaire n’est que pour lui-même. Je connais ce monsieur depuis 30 ans déjà ; il est mon meilleur ami pendant tout ce temps. Je hais ce que je vois lui arriver, mais je refuse de le quitter, la mode de nos jours chez moi. Ce n’est pas ce qui fait un ami.

Ici et là

Notre année scolaire a recommencé mercredi, et La Fille a enfin arrêté de paniquer sur le fait d’avoir sauté une année d’études de français. Elle m’envoie des SMS souvent pendant ses pauses déjeuner, et la nouvelle mercredi, c’était : « Sauf pour un peu de vocabulaire, je suis au niveau de ces élèves. » Je le savais, mais Quelqu’une lui disait tout l’été « Mieux vaut abandonner ». Je suis ravi d’avoir une vraie partenaire en élevant mon enfant unique.

Au fait, WordPress continue d’ignorer mes demandes de police de caractères pour indiquer le sarcasme.

Le 13 septembre, l’OCA aura le « Grand Pique-Nique de la Rentrée ». J’aurais aimé amener La Fille au pique-nique, mais ce n’est pas mon week-end. Je crois qu’elle est presque au point où elle peut assister aux événements familiaux (il ne faut pas parler anglais). Ce sera quand même une opportunité de voir le niveau typique des enfants.

J’aimerais partager deux mises à jour sur le statut du livre. Certains les savent déjà. D’abord, à cause des vacances, j’étais en retard avec mes premières soumissions (pas surprenant) — je ne voulais pas les envoyer plus tard que mardi matin en France, alors ça veut dire minuit chez moi. J’ai donc envoyé le manuscrit à mon édition de rêve lundi soir — et à ma grande surprise, le courriel a été lu environ 40 minutes plus tard. Je ne peux pas mentir : je suis en plein panique, ne sachant pas quelle est la réaction du destinataire. Je mets une note dans mon calendrier avec la date limite donnée par chaque maison pour une réponse (si rien n’arrive après des délais de 2-3 mois, c’est un non). Je vais détester octobre. Alors, c’est la première nouvelle.

Pour l’autre, je ne vais pas nommer la maison d’édition, mais disons qu’une maison qui avait une ligne éditoriale énorme jusqu’en 2024 a bien changé d’avis. J’ai écrit un courriel pour demander plus d’infos, car le formulaire pour soumettre un manuscrit manquait d’un champ pour télécharger le fichier. Je ne vais rien soumettre chez eux après cette réponse, pour des raisons évidentes :

Nous vous informons que nous traitons les envois de manuscrits par voie électronique uniquement et lorsqu’ils concernent les domaines de la romance (dans le style de Lyla Sage, Elena Armas, Lisa Kleypas ou Catharina Maura, ou encore des romances de Noël).

Je lis un bon nombre de blogueurs littéraires, mais je ne reconnais aucun de ces noms. Pour ce qu’il vaut, le formulaire avait indiqué un changement de direction chez eux, mais je croyais que mon livre tombait toujours dans la gamme indiquée. Pas comme ça ! Il faut que j’ajoute qu’ils m’ont aussi dirigé vers leur société mère pour d’autres choix. Mais disons que c’était une sacrée surprise !

Je ne vais pas mentir : par curiosité, j’ai fait l’enquête. Sur le site de Lyla Sage, autrice américaine, il y a des avertissements de contenu pour chacun de ses livres. Très américain, ça. Le premier dit (ma traduction) :

C’est un livre pour adultes (18+). Il contient du langage explicite et des contenus sexuels explicites sur la page. En plus, des traumavertissements : trouble dépressif majeur, discussions de trouble dépressif, des références à une relation abusive, divorce, faible estime de soi, consommation d’alcool, mort d’un parent (au passé, pas sur la page).

Ah super, toutes les choses pour lesquelles ce blog est connu. Bien sûr, je suis prêt pour la concurrence en ce qui concerne le trouble dépressif et les relations, mais mon roman sur ce sujet serait bien moins épicé. Personne ne croira jamais les dialogues, même si tirés de la réalité : « Moi, j’ai un fauteuil roulant, mais toi, t’as un enfant ! » (Ça, c’est vraiment arrivé, sans déconner, mais c’est une traduction de l’anglais.)

Ouaip, je ne vais jamais écrire une romance.

La hausse de criminalité chez moi continue. Ces photos viennent de chez Ralphs, mais dans le quartier de mon ex, pas le mien — c’est encore plus cher là-bas :

Qu’est-ce qui se passe ? Ce sont les bouts de deux rayons : les médicaments en vente libre et les lessives. Il n’y a désormais qu’une entrée, gardée par un employé qui vous regarde avec des caméras partout. J’ai pris la photo à gauche sous un angle qui cache l’employé, mais vous pouvez voir son écran. La porte dans la photo à droite est verrouillée et s’ouvre uniquement en cas d’incendie.

Terminons sur une bonne nouvelle. Mercredi soir, les Padres de San Diego ont gagné leur match de baseball alors que les Dodgers de Los Angeles ont perdu le leur. Alors pour la première fois depuis septembre 2010, les Padres sont en première place dans leur division :

Classement des 5 équipes de la division dite "National League West". Les Padres sont en première place, les Dodgers en deuxième. Les 3 autres équipes ont déjà trop perdu pour y participer.
Capture d’écran du classement le 14/8/25.

Les Dodgers étaient censés remporter la Série mondiale cette année (ils l’ont remportée en 2024), car encore une fois, ils ont dépensé plus d’argent que le reste de la ligue. Mais avec des blessures de plusieurs de leurs meilleurs joueurs, il y a une opportunité. Les Padres n’ont jamais remporté le championnat. Est-ce l’année ? Parlons-en en octobre !

Le bœuf Stroganoff

Il y a un resto que La Fille et moi aimons comme nulle part ailleurs, 59th & Lex. Le nom est l’adresse de l’original Bloomingdale’s à New York City (c’est une chaîne de grands magasins). Presque tous les Bloomingdale’s ont un resto de ce nom là-dedans, et si c’est juste un peu mieux que la moyenne, c’est aussi quelque chose que nous faisions ensemble toutes les semaines de sa naissance jusqu’au covid. Ils ont plusieurs plats que j’aime bien, mais de nos jours, mon préféré est le bœuf Stroganoff. Voici ma version :

Haute résolution en cliquant

C’est plutôt différent que la recette telle qu’elle est connue en France. Allons le préparer !

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Portrait de Molière par Nicolas Mignard

À la boucherie

Après avoir écrit sur notre visite à Harris Ranch, et surtout du fait que le découpage de bœuf à l’américaine n’est pas identique au français, j’ai reçu un courriel d’Anagrys avec une photo tirée d’un livre français sur la boucherie, qui montre très bien les différences. C’était particulièrement intéressant pour moi, parce que depuis le début, j’ai souvent du mal à traduire les noms des morceaux.

Évidemment, le niveau de détail est plutôt différent pour les trois découpages, mais même sans labels pour toutes les parties, c’est facile de voir que les Français coupent la vache beaucoup plus finement que les Britanniques ou les Américains.

Pour référence, voici la liste complète de morceaux de bœuf à l’américaine selon le Cattlemen’s Beef Board. Ce sera important :

©️Cattlemen’s Beef Board, tous droits réservés

Il s’avère qu’avec « l’aide » de certaines fausses références, ainsi que le fait les britanniques ne savent pas parler anglais, et utilisent les mauvais mots pour décrire certains steaks, j’ai fait beaucoup plus d’erreurs en achetant mes morceaux de bœuf pour le blog que je ne le pensais.

L’année dernière, une autre Langue de Molière parlait de l’erreur où je croyais que « faux-filet » voulait dire de la fausse viande végane. Mais ! À l’époque, je vous ai dit que selon mon amie lyonnaise (l’une d’entre elles à ce point, mais celle à qui je pense quand c’est au singulier) m’avait dit qu’il s’agissait du morceau dit « sirloin » en anglais. Cependant, comme beaucoup de Français, elle a appris la langue britannique. Vous aurez remarqué que dans l’image française, le faux-filet vient de la partie de la vache dit « aloyau ». Mon dictionnaire Oxford, écrit par des britanniques, traduit ce mot faussement par « sirloin ». Mais si vous regardez l’affiche américaine, avec les noms en bon anglais, il y a une différence entre « loin » et « sirloin ». Un « sirloin » en anglais est en fait la partie notée comme « bavette d’aloyau ». Le filet en français, dit « filet mignon » en anglais, vient de la même partie que le faux-filet, le « loin », et le bon équivalent est en fait ce que l’on appelle « strip steak ». On voit souvent aux États-Unis « New York strip » ou « New York steak », mais c’est tout la même chose. Alors, chaque fois où j’ai vu « faux-filet », j’ai acheté des « sirloins », ce qui est la bavette d’aloyau, pas le faux-filet.

Si ça vous laisse toujours perplexe, quand on a parlé des « T-bone steaks » venant de Harris Ranch, ce sont des os avec du filet à un côté, et du faux-filet à l’autre côté. Les britanniques diraient que c’est « filet mignon » et « sirloin », et c’est pourquoi je dis qu’ils ne savent pas ce qui veut dire « sirloin » en anglais. (Au cas où vous l’oublieriez, j’en ai marre de leur attitude que je ne parle pas anglais.)

Mais il y a une erreur encore plus gênant. Chaque fois où j’ai dit « paleron » dans ce blog — le bœuf bourguignon, le chili colorado, la soupe VGE — j’ai acheté de la viande du mauvais bout de la vache. Dans les deux premiers cas, c’était ce que l’affiche appelle « round », du rumsteck — mais ça aurait dû être « chuck ». Il y a beaucoup de morceaux sous la rubrique de « chuck », mais il suffit de dire qu’un bon « blade » ou « flat iron » aurait été le bon choix. Pour la soupe VGE, j’ai acheté du filet — la recette telle que je l’ai trouvée sur le site du Guide Michelin a dit paleron, mais j’avais vu d’autres versions en anglais qui disaient filet.

La seule chose que je peux dire que j’ai fait correctement chaque fois, c’est l’entrecôte. Quand je vois entrecôte dans une recette, j’achète toujours ce que l’affiche américaine appelle « ribeye ». Ça vient de la partie dite « rib », et vous pouvez voir que c’est la partie dite « entrecôte » dans le découpage français. « Côte » se traduit par « rib » dans son sens anatomique, alors là, je sais que je fais toujours la bonne chose.

Mais c’est gênant. Je vous donne toujours les bons noms en français, car toutes mes recettes sont tirées de sources françaises ([Le chili colorado vient désormais du Colorado provençal, apparemment. — M. Descarottes]), mais ça fait presque 5 ans de mauvais achats de mon côté !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec le plus grand casse-tête du livre, grâce à une observation de Filimages.

Le pain perdu selon Péla

La Fille et moi étions dans notre chambre d’hôtel à San Francisco quand WordPress m’a dit qu’elle avait publiée une recette de pain perdu. Je l’ai tout de suite montrée à La Fille, qui m’a répondu : « Comment oses-tu me montrer ça quand nous sommes si loin de notre cuisine ? » Naturellement, 4 jours plus tard, nous l’avons testée :

Joli, hein ? Allons préparer le pain perdu !

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Saison 4, Épisode 20 — La reprise du Tour commence

D’abord, merci à tous pour être compréhensifs en ce qui concerne le drame d’hier. Ma mère va bien, tous les tests étaient négatifs — il s’agissait uniquement d’une élongation. Je m’inquiète que ça renforcera son habitude de ne pas vouloir chercher un docteur quand elle a des plaintes, mais comme j’aime dire en détournant un dicton anglais, on brûlera ce pont quand on y arrivera. (On dit normalement « croisera » ; ça veut dire que l’on réglera les problèmes quand on les trouveront, pas avant. Ça se dit de choses considérées peu probables.)

Je dois mentionner à nouveau ce que j’ai dit en écrivant sur l’avenir pendant la Grande Fête du Tour. Je refais seulement les 5 premiers départements, parce que j’étais insatisfait de leur traitement. Le format tel que vous le connaissez, 12 photos et un paragraphe sur les personnages ainsi que qu’un sur la cuisine, n’était pas complètement établi jusqu’au 22, les Côtes-d’Armor, mais toutes les idées étaient présentes à partir des Ardennes. Je n’ai pas envie de tout refaire, mais quand j’ai commencé à tout relire pour la Grande Fête, il me semblait que je devais quelque chose de plus aux 5 premiers.

J’aime partager des nouvelles bizarres dans ces posts, et rien n’est plus bizarre que l’histoire de « Leonardo da Pinchy », le chat voleur nouvelle-zélandais (lien en français). En anglais, « pinch » (pincer) a un sens argotique qui veut dire voler, alors ça rime avec le nom de Léonard de Vinci en italien.

Je pense à écrire un billet tout au sérieux plus tard cette semaine, pour revisiter un sujet qui me fait toujours mal au cœur, mon meilleur ami et les suprémacistes chinois en ligne qui l’ont sous leur emprise. Nous avons eu une conversation écœurante ce week-end, car j’ai partagé les Bonnes Nouvelles de cette semaine avec lui, et encore une fois, entendre que l’Europe était supérieur à l’Asie en technologie dans le moindre détail, l’a mis en colère. Je n’avais même pas encadré le sujet de cette façon ! C’est un virus mental qui affecte de plus en plus d’Américains, peu importe la couleur de sa peau. Au fil de la discussion, il a dit que la Chine a le droit de supprimer la langue tibétaine car la France avait fait pareil partout. Il a même cité un réquisitoire en français (par une Bretonne) qu’il ne peut pas lire, ce qui témoigne au niveau de passion, si moins à sa qualité.

Mais je n’aime jamais terminer ces billets sur une note négative, alors : demain vous aurez notre prochaine recette de Péla, et cette semaine verra aussi l’une de mes recettes préférées, un plat principal russe, mais cuisiné comme aux États-Unis (la version dans le Larousse gastronomique est très loin).

Notre blague traite du plus vieux métier au monde. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Élève et Cthulhu. Les Bonnes Nouvelles traitent d’une réussite technologique française.

Sur le blog, il y a aussi Qu’est-il arrivé à San Francisco ?, sur la chute de la ville, Mes plaintes, version californienne, mes plaintes annuelles sur mes vacances, C’était où l’incendie ?, sur un court-métrage de Claude Lelouch, et Dimanche avec les urgences, sur un événement qui m’a empêché d’écrire Dimanche avec Marcel.

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Dimanche avec les urgences

Aujourd’hui était censé être le retour de Dimanche avec Marcel. Mais je n’avais rien lu jusqu’à samedi soir ; puis, quelque chose s’est passé. D’abord, sachez que personne n’est mort. Bon ? Je vais vous raconter le pire secret du blog, puis les événements d’hier soir.

Ambulance dans le Loiret, Photo par Alf van Beem, Domaine public

On est en 1971. Ma mère vient d’être diplômée à la fac et ses parents lui payent un voyage en Europe pour la féliciter. Elle avait appris le français au lycée, mais n’a pas exactement profité de l’expérience (si j’ai un don pour les langues, ça vient uniquement du côté paternel — mon arrière-grand-père a appris 6 langues pour son pressing à New York City).

Le jour de son arrivée à Paris, elle ne sait rien, mais son père a mal à l’épaule gauche. Il appelle son frère, un docteur, qui lui dit que c’est probablement rien de grave. Le lendemain, il est mort d’une crise cardiaque — saviez-vous que le mal à l’épaule gauche est un signe d’une crise cardiaque ? Ma grand-mère l’appelle à Paris pour lui dire de rentrer tout de suite.

Et maintenant, vous savez la vérité sur pourquoi elle luttait pour m’empêcher d’apprendre le français jeune. En quelque sorte, son mauvais souvenir était mon problème. C’est ça la raison pour laquelle j’ai caché toute connaissance même de mes activités avec Duolingo à ma famille jusqu’en 2023.

Samedi soir, ma mère a commencé de se plaindre de mal à… son épaule gauche ! Mais dès qu’elle a dit ça, elle a commencé à tout minimiser, à proposer des raisons pourquoi il n’y a eu aucune raison pour aller aux urgences. Cependant, en même temps, elle continuait de poser tout genre de questions à moi et à mon père afin de se diagnostiquer. Nope.

Je ne suis pas docteur, et mon père non plus. C’est la même chose avec vos proches. Et même si j’ai tort et l’un de vos proches est médecin, il n’est pas votre médecin. En fait, aux États-Unis, c’est une violation éthique de soigner sa propre famille. Il y a beaucoup de bonnes raisons pour ça. Peut-être que vous écrirez de fausses ordonnances pour des opioïdes. Ou peut-être que vous êtes en train d’intenter un procès en divorce, et vous abusez de votre diplôme de médecine pour dire au juge que votre ancien chéri est en fait autiste, et il doit payer 5 000 $ à des spécialistes pour prouver que c’est faux. Je vous rassure, cette dernière situation est certainement hypothétique et n’a rien à voir avec mon histoire. J’ai payé plus cher que ça ! J’imagine que la situation est similaire en France, et pour les mêmes raisons.

Tout ça, c’est-à-dire que si vous croyez que vous faites une crise cardiaque, ne faites pas d’excuses pour ne pas voir un médecin. Si vous avez raison, votre petit-fils risque d’être interdit d’étudier le français, et il finira par voler à travers l’Atlantique juste pour une nuit. Pire, peut-être que vous ne serez pas là pour le voir. Faites pas ça, d’accord ?

C’était où l’incendie ?

Ne me dites jamais que je ne fais rien pour vous. Je suis si généreux qu’aujourd’hui, je vous propose un film entier de Claude Lelouch, gratuit. Voilà :

Il s’agit d’un court-métrage, intitulé « C’était un rendez-vous ». Dans ce film, il n’y a aucun dialogue, juste les bruits d’un moteur alors que l’on voit tout Paris passer sous nos yeux : de l’Arc de Triomphe à la Basilique du Sacré-Cœur, en passant par le Quai des Tuileries, la Place de l’Opéra, et plein d’autres points de repère bien connus. (Il y a une liste complète au lien.) Mais ce court-métrage cache quelques autres faits intéressants.

Le chauffeur est Lelouch lui-même. Il roule dans sa propre Mercedes-Benz 450 SEL 6.9 — une berline haut-de-gamme avec un moteur de 286 chevaux (le son, cependant, vient d’une Ferrari). Il a décidé de tourner de fil car il lui restait de la pellicule après le tournage de « Si c ‘était à refaire », mais vu le taux incroyable de délits dans de film — tout feu rouge est ignoré — il devait tout tourner en une fois.

Mercedes-Benz 450 SEL, Photo par Matti Blume, CC BY-SA 4.0

On dit en anglais quand un autre roule à si grande vitesse, « Where’s the fire? » (C’est où l’incendie ?). Vous pouvez deviner du titre ce qui est à l’origine de l’urgence, mais aucun incendie n’est impliqué.

Selon cette interview en anglais qu’un ami anglophone m’a envoyée — c’était lui qui m’a fait découvrir ce film — le film a fait fureur à sa sortie : Lelouch n’a pas demandé l’autorisation pour rouler comme ça dans les rues parisiennes. Heureusement, Wikipédia raconte aussi son histoire la plus amusante :

Après le tournage, convoqué par le préfet de police, ce dernier lui a retiré son permis de conduire (on voit dans le film que Lelouch a brûlé plus d’une dizaine de feux rouges et n’a pas respecté autant de priorités à droite) pour le lui rendre quelques instants après : « Je m’étais engagé à vous le retirer » me dit-il. « Mais je n’ai pas précisé pour combien de temps »

Cependant, il y a une chose qui me rend perplexe. Le film donne l’impression que tout se passe à grande vitesse. Mais Wikipédia nous dit aussi : « Ce trajet mesure 10 km de long, ce qui suggère une vitesse moyenne de 75 km/h. » Ce n’est pas particulièrement vite quand une rue est assez large — la limite est 80 km/h dans la rue directement à côté de mon immeuble. Toutefois, à tout moment, il semble qu’il roule si vite, il risque d’avoir un accident. D’où vient cette impression ? J’ai du mal à l’expliquer.

Quand je l’ai vu, j’ai dit à mon ami que je croyais qu’il fallait 40 minutes et 15 arrêts pour faire le même trajet par métro. J’étais très proche — Google m’a donné un itinéraire de 41 minutes et 14 arrêts. Pas surprenant que j’étais proche : le parcours de mon deuxième jour en France était presque identique. Mais à vrai dire, quand on fait tout ce trajet sous terre, impossible d’apprécier vraiment l’ambiance. Bien que je sache que le Paris de ma visite était déjà très différent de celui du film, surtout en ce qui concerne la circulation, c’est une expérience émouvante de voir tous ces endroits bien connus dans si peu de temps.

Je redécouvre l’Ain

On reprend maintenant le Tour avec le début des « 5 Premiers, revisités ». Cette fois, on revisite le 01, l’Ain. C’est le département le trente-neuvième plus peuplé, et les habitants se nomment aindinois. C’est notre premier retour en Auvergne-Rhône-Alpes.

Que ça sente merveilleux, n’est-ce pas ?

À Bourg-en-Bresse, il faut absolument visiter le Monastère royal de Brou (3 étoiles Michelin), un joyau de l’architecture gothique flamboyante, un style bien connu en Belgique, mais unique en France. Construit sous Marguerite d’Autriche en tant que mémorial à son époux, Philibert de Savoie, on y trouve de nombreux points forts, tels que le « jubé », un mur pour séparer le chœur du nef, construit en « dentelle de pierre » ; les trois tombeaux de Marguerite, sa mère et son époux ; et trois cloîtres, pour la famille royale, les moines, et les domestiques, une structure aussi unique en France.

Au nord de Bourg-en-Bresse, à Saint-Trivier-de-Courtes, on visite la Ferme de la Forêt, une ancienne ferme du XVIe siècle devenu musée consacré à la vie agricole du XIXe siècle et la culture bressane. Un autre bon choix dans la même région est le Domaine des Saveurs (1 étoile) à Saint-Cyr-sur-Menthon. Cette ferme du XVe siècle, de nos jours le musée départemental, est remarquable pour l’élevage des célèbres volailles de Bresse, ainsi qu’un potager. Juste à l’ouest de Bourg-en-Bresse se trouve la cité médiévale de Châtillon-sur-Chalaronne. Si seulement j’avais su ce que je faisais au début — j’aurais pu avoir mon Montargis sans attendre le Loiret ! Qui n’a pas envie de prendre une balade autour de la rivière Chalaronne quand ce quartier vous attendez ? Et pour quelque chose d’inhabituel, donc très Coup de Foudre, essayez le Musée du train miniature qui se trouve dans la ville.

On passe vers l’est du département pour visiter les Grottes du Cerdon, coupées sous la terre par une rivière, et inhabitées par des hommes préhistoriques il y a 12 000 ans. Attention, à cause des eaux, il fait froid dans les grottes mène en été, alors portez une veste ! Au nord-est des grottes, on visite un autre musée inhabituel, le Musée du Peigne et de la Plasturgie à Oyonnax (pas de photos gratuites, hélas). La région se dit « Plastics Vallée » et abrite une industrie importante consacrée aux produits en plastique — le musée a une collection de plus de 16 000 objets fabriqués dans le Haut-Bugey. Puis, en dehors de la commune de Valserhône se trouve les Pertes de la Valserine (1 étoile), une curiosité naturelle au milieu de la rivière Valserine ou l’eau semble disparaître derrière les rochers — attention, le sentier n’est pas pour ceux en mauvaise santé.

Notre prochain arrêt est le Fort l’Écluse à Léaz. Il y a des fortifications sur ce point stratégique depuis le XIIIe siècle — attention aux Dauphinois — mais les bâtiments tels qu’ils existent de nos jours ne datent que de l’époque napoléonienne, avec des additions pour la Ligne Maginot. En plus des expositions historiques, le fort abrite un festival de jazz l’été, en partenariat avec notre prochaine destination, le Château de Voltaire (1 étoile), près de la frontière suisse. Le philosophe a acheté le domaine en 1759, mais le château lui-même n’était achevé que 3 ans plus tard. De nos jours, c’est un monument historique consacré à son mémoire, avec de nombreux bustes et portraits là-dedans.

Dans le pays de Gex se trouve le Col de la Faucille (2 étoiles) et plus important, le Mont-Rond (2 étoiles), des points de vue pour observer les montagnes du Jura et le lac Léman, ce qui me donne encore une fois envie d’une tarte de Key Lime (c’est une blague HORRIBLEMENT américaine — « lac » sonne comme « lock », ou serrure, et Léman sonne comme « lemon », citron, alors que « key » veut dire clé et « lime » veut dire citron vert ; disons que je suis très loin d’être le premier à dire ça — mais d’habitude, c’est pour Loch Lomond en Écosse).

Qui sont les personnages les plus connus de l’Ain ? François-Marie Arouet, dit Voltaire, est évidemment la star du département, y ayant vécu pendant les 20 dernières années de sa vie. Le peintre Louis Jourdan est né à Bourg-en-Bresse, ainsi que le chef Jacques Pépin, qui a fait sa carrière aux États-Unis, et l’humoriste Laurent Gerra, plus connu en tant que le porte-parole du gouvernement Descarottes. Le compositeur Gabriel Fauré séjournait souvent à Divonne-les-Bains pour des raisons de santé.

Que manger dans l’Ain ? Tout doit commencer avec les produits phares du département : les fromages Comté AOP, Morbier AOP et Bleu de Gex AOP, ainsi que la volaille de Bresse AOP. En plats principaux, il y a les grenouilles comme en Dombes, des cuisses de grenouilles roulées dans de la farine et frites dans du beurre bressane (à vous), ainsi que de nombreuses préparations de la volaille de Bresse — par exemple, à la crème et aux morilles, ou aux écrevisses. En dessert, il y a la tarte bressane, une brioche garnie d’un mélange de crème et de sucre, et la galette de Pérouges, une tarte au sucre très similaire à notre dessert ardennais. Pour boire, il y a le vin Coteaux de l’Ain IGP, les vins du Bugey AOC, et l’eau-de-vie dite Marc du Bugey.