Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Le dernier pain au chocolat

D’abord, une dernière demande liée au manuscrit, et après, je vous promets, rien de plus. Comme vous pouvez imaginer, j’ai étudié une vingtaine de sites d’astuces sur comment écrire ma lettre d’introduction. Mais une lettre est uniquement la plus importante : il y a une maison d’édition en particulière qui est mon rêve, car elle a sorti un livre sur les États-Unis tellement comme le mien sur la France. J’ai exactement les infos du bon éditeur, alors une opportunité de le soumettre à exactement la personne la mieux placée au monde entier pour comprendre mon projet. Il ne faut pas faire Justin-er cette chance, et ça veut surtout dire ne rien mettre ici pour garder la confidentialité de la personne en question. Si vous seriez content de lire une lettre d’un peu moins d’une page pour évaluer si ça répond à ma rubrique, merci de me signaler dans les commentaires ou par courriel.

Alors, certains d’entre vous, étant liés à moi personnellement sur Facebook savent deja où nous irons. Vous savez tous à quel point je profite de la vie californienne, uniquement chère. Mais rien ne m’a préparé pour hier.

Ça fait trop longtemps depuis ma dernière visite chez Moulin, la boulangerie qui joue un si important rôle dans mon parcours. Après littéralement 7 ans sans goûter même un seul croissant — parce que Pascal Épicerie avait définitivement fermé et le tribunal à La Haye existe exactement pour punir ceux qui servent les croissants de nos supermarchés aux autres — ils n’existaient plus pour moi. Puis avec le Confinement et mes nouvelles études, j’étais désespéré, un ami local m’a parlé de Moulin, et en plus des croissants, j’y ai découvert les Chamonix, les madeleines de Proust de cette histoire. Mais j’y allais de moins en moins parce que des croissants à 4 $ et des pains au chocolat à 4,50 $ étaient des luxes.

J’étais là hier matin pour la première fois depuis presque un an entier (j’étais là en février pour leur resto, Bouillon, sans aller dans la boulangerie). Sans jeter un œil sur les étiquettes, j’ai commandé un pain au chocolat. J’ai presque fait une crise cardiaque en voyant l’addition — pour un sac à emporter avec un seul pain au chocolat. 6,30 $.

À Newport Beach, les loyers sont chers, mais pire qu’à Paris ? Je le doute. Pourtant, qu’est-ce que l’on paye pour un pain au chocolat dans les boutiques parisiennes de Yann Couvreur ?

Pain au chocolat à 2 €
Capture d’écran

2 € fait environ 2,50 $ après les frais de conversion en ce moment. C’est 2,5x plus cher ici ! Pensez-vous que Moulin est mieux que Yann Couvreur ? Ouais, moi non plus.

À vrai dire, c’est Carrefour la bonne comparaison, avec ses pains au chocolat au beurre de Charentes-Poitou, 90 centimes chacun. 6 fois ça, c’est dingue.

C’est donc la fin des pains au chocolat pour moi. Je ne m’intéresse même pas un peu à payer ce prix. Dit autrement, l’inflation a atteint un taux de 33 % pendant cette année dernière. Imaginez-vous que j’ai eu une augmentation de salaire pareille ? Nope.

En fait, c’est pareil pour toute alimentation dans un resto en Californie. Il y a un an, la commande typique de La Fille et moi chez McDo — 10 McNuggets, 1 burger dit « Quarter Pounder », 1 paquet de frites, et deux boissons — ça nous coûtait 15,25 $. Ça nous coûte 19,30 au même McDo de nos jours. Pourquoi ?

La Californie fait deux choses qui rend nos restos plus cher que tous les autres États. Nous avons de loin le SMIC le plus haut, 20 $ par heure, ce qui a augmenté de 15 $ il y a 3 ans. Et avec nos impôts sur l’essence les plus hauts du pays, ça nous coûte beaucoup plus cher pour transporter les ingrédients. Ne me croyez pas sur parole : du site GasBuddy, voici les deux années dernières d’essence pour tout le pays, en bleu, et la Californie, en rouge. C’est environ 4,30 $ le gallon (4 litres) en Californie, contre 3,15 $ le gallon au reste du pays.

Graphique avec les prix d'essence
Capture d’écran

Croyez-moi, le reste du pays ne paye pas 6 $ le pain au chocolat dans leurs boulangeries françaises. Et c’est pareil pour les autres pâtisseries chez Moulin : les éclairs et les Paris-Brests individuels, anciennement 6 ou 6,50 $ chacun, sont tous maintenant 8 ou 8,50 $. C’est moins insupportable — on s’attend à des prix encore plus élevés pour les desserts aux restos — mais 6 $ pour un pain au chocolat ?

Hier, j’en ai mangé mon dernier, jusqu’au moment où je peux quitter définitivement la Californie.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue du livre

J’ai décidé qu’au lieu de ce que j’avais planifié pour Langue de Molière cette semaine, quelque chose qui énerve La Fille, je vais fêter l’achèvement du manuscrit avec une collection des erreurs les plus souvent remarquées par les lecteurs. J’étais déjà au courant de certaines, mais j’ai appris des choses en lisant ce que les autres ont trouvé.

Il faut commencer avec une faute assez remarquée que dans ma note pour remercie les lecteurs, j’ai mentionné que « je n’écrirai plus jamais ‘aux deux côtés’». J’ai écrit ça 24 fois dans le manuscrit original (non, je n’ai pas gardé de statistiques à cet égard ; c’était juste facile de chercher le document corrigé). Il est facile de dire d’où vient cette erreur : c’est de l’anglais, si de façon un peu indirecte. Au passé, je vous ai dit — dans la deuxième Langue de Molière ! — qu’en général, « à » se traduit par « to » et « de » par « from ». Mais on peut rendre les choses de façon encore plus générale en disant que ces mots se traduisent par une variété d’autres mots qui indiquent une direction. Et là, « à » veut souvent dire « envers » son objet, et « de » signifie que l’on s’éloigne de son objet. C’est donc très bizarre pour moi de penser que l’on dirait jamais « des deux côtés ». Mais je peux vous rassurer que c’est bien pris en compte.

Une autre erreur avec une longue histoire sur ce blog, ainsi que dans mon manuscrit, c’est de confondre « dans l’esprit », ce qui est une traduction très exacte de l’anglais « in the spirit », et pleinement correct dans une phrase tel que « dans l’esprit de ses autres films », avec « venir à l’esprit », ce qui se traduit par « comes to mind ». (Voilà, encore une fois l’équivalence entre « à » et « to ».) Je doute que j’aie jamais lu « venir dans l’esprit » écrit par un Français. Et pourtant, il était une fois, c’était correct. Le Robert cite une ancienne définition de pensée, datant du XVIIe siècle :

Tout ce qui vient dans l’esprit, dans l’imagination, dans la memoire.

Définition de pensée

Voulez-vous un exemple plus concret ? Voilà, d’un sermon de Bernard de Clairvaux :

Il me vient dans l’esprit quelque chose de semblable dans l’Evangile.

Sermon LVIII

Bien sûr, il a prêché au XIIe siècle ; l’accueil du site au lien dit que c’est une traduction de 1866, plus récent que le XVIIe siècle. Peut-être que La Fille n’a pas tort de dire que je viens de l’époque des dinosaures et de George Washington.

Et en parlant de cette dernière phrase, quelque chose que je remarque en tant que linguiste depuis très longtemps : l’usage de « de » dans « l’époque des dinosaures et de George Washington » ou de « en » dans « en marchant et en prenant le métro » n’est pas toujours cohérent. En anglais, on ne répéterait presque jamais les mots équivalents : on pourrait écrire « the time of the dinosaurs and of George Washington », mais répéter « of » comme ça a l’air ringard. Je vois souvent des Français qui font pareil à l’anglais, mais vu les retours, je dirais que c’est probablement une faute. Au maximum, j’ai corrigé ça pour répéter les prépositions comme vous voyez ici.

La dernière chose que j’évoquerai, c’est plus une question de style qu’une erreur en soi. Je connais, et j’utilise parfois moi-même, des phrases qui commencent par « Inutile de » ; en parlant du ciné, j’ai écrit : « Inutile de me citer des exceptions ; nous parlons de tendances. » Mais autrement, il me semblait qu’il fallait en général utiliser un verbe avec ces choses : « Il est impossible de… », etc. Ça dérange mes oreilles, mais j’ai reçu un nombre de commentaires pour me dire d’écrire plutôt « Impossible de… ». Je l’ai fait autant que possible, mais dans une langue qui ne laisse pas tomber les prépositions comme ci-dessus, ça m’étonne.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler enfin des plaintes de La Fille.

Au lieu de la France

Mercredi était censé être le jour de notre départ pour la région niçoise. Censé, je vous dis. Au lieu de ça, La Fille et moi allons prendre des vacances d’une forme très commune aux États-Unis, mais je soupçonne est inconnue en Europe. C’est le « college trip », le voyage pour voir des universités.

Carte postale d’une ville sur notre route, Photo par Steve Shook, CC BY 2.0

Ici, même s’il y a un examen, le SAT, que tout le monde prend pour montrer ses compétences, ça n’a presque rien à voir avec la question de si on sera admis à telle ou telle fac. Je ne vais pas faire la polémique ici sur pourquoi, mais disons que c’est l’une de mes plus grandes sources de colère. Mais même une élève avec des notes parfaites et un score très élevé sur le SAT ne sera admis à l’université de Californie à Riverside — loin d’être prestigieuse — qu’une fois sur 4. Et pour les facs de Los Angeles et de Berkeley, les chances sont encore plus faibles.

Alors, on visite de nombreuses facs avant d’atteindre l’année terminale, afin de décider où soumettre des candidatures. Il est fort probable que La Fille envoie une vingtaine en 2027 pour obtenir 2-3 opportunités.

Au lieu d’aller en France, nous allons donc visiter 4 facs pendant les 6 jours de jeudi à mardi prochain : l’Université de la Californie du Sud (d’où j’ai mon master), l’Université de Californie à Los Angeles, l’Université de Californie à Riverside, puis l’Université de Californie à Berkeley. Pour ce dernier, nous allons faire un sacré aller-retour en voiture.

Si vous me demandez, « Mais Justin, c’est quoi un « Riverside » ? » je vous dirai la vérité. Imaginez la Lozère. Maintenant, triplez le nombre de vaches et soustrayez tous les points forts, comme l’histoire de Bertrand du Guesclin et les lieux de tournage de La Grande Vadrouille. Ouaip. Si c’était à moi uniquement, La Fille ne se soucierait pas de cet endroit. Mais sa mère insiste, et au nom de la coopération, nous y jetterons un œil.

Cependant, vous allez avoir une opportunité unique à cause de ce voyage. Je vous dis depuis longtemps que la ville de San Francisco connaît une chute depuis une décennie. Nous allons passer par beaucoup des endroits touristiques de la ville, et vous aurez un compte rendu d’exactement à quel point je suis sérieux. Je vous ai montré une vidéo l’année dernière d’une grande surface en train d’être cambriolée — notre hôtel à San Francisco sera à environ 300 mètres de ce magasin.

N’imaginez pas que c’est mon idée des vacances. Mais on fait ce que l’on peut, et vous allez au moins voir beaucoup de la vraie Californie, car je prendrai des photos partout.

Saison 4, Épisode 18 — 268 façons de dire « C’est fini »

J’ai envoyé mon manuscrit à un ami anglophone qui ne parle pas français. Mais à son tour, il l’a envoyé à sa sœur qui est diplômée en littérature française (et a un doctorat en histoire chinoise — ne me demandez pas d’expliquer son parcours). Il m’a dit qu’à son avis, le livre est « impressionnant ». Je dois espérer que ce n’est pas « pour un pauvre con », mais j’aime quand même l’entendre.

Je n’avais rien à dire quand le PSG a gagné la Ligue des champions il y a quelques semaines. Puis j’ai « francisé » notre blague pour cette semaine. Hihihi.

Avez-vous entendu parler du couple adultère pris en flagrant délit à un concert de Coldplay ? Il y a maintenant un jeu vidéo, complètement gratuit, que vous jouer dans votre navigateur en cliquant ici pour faire comme le cadreur. Ça ne prend que 30-40 secondes, mais si vous connaissez le plus grand tube de Coldplay, la bande-sonore est hilarante.

Et c’est ça la seule fois où vous entendrez parler de Coldplay ici.

Je crois que vous êtes tous au courant que quand La Fille et moi disons « on » ou « quelqu’une » dans une phrase qui est autrement en anglais, c’est pour parler d’exactement une personne sans la nommer. Alors, on a dit à La Fille qu’elle était heureuse que nous n’ayons pas fini par voyager en France cet été, car à son avis, le Mexique est moins dangereux. Notre Ministère d’Affaires étrangères pense le contraire, publiant en ce moment un avertissement niveau 2 sur 4 pour la France (prenez des précautions), et 3 sur 4 pour le Mexique (repensez à y voyager). Devinez qui s’est fait volé ce week-end au Mexique. Ouaip. Quelqu’une. Heureusement pour elle, elle ne gardait que des étiquettes dans les poches. Si le sourire dure plus que 4 heures, veuillez prendre rendez-vous chez le médecin.

Je ne sais pas si vous aurez la référence pour cette dernière phrase, parce que pour autant que je sache, il n’y a pas de publicités pour les médicaments sur ordonnance en France. Disons donc que pour certaines pilules uniquement pour les hommes, une version de cette phrase apparaît à la fin de chaque pub.

En parlant du Mexique, il y a une loi dans les actualités françaises en ce moment, la loi Duplomb. Je n’ai rien à dire sur ses contenus. Je l’évoque seulement parce que ce nom me rappelle un dicton que l’on trouve partout dans les pays hispanophones au sud de moi, venant originalement de la Colombie, « la ley de plata o plomo » — c’est-à-dire la loi de l’argent ou du plomb. Soit on accepte les pots-de-vin des trafiquants, soit on prend une balle dans la tête. Je répète, je n’exprime aucun avis sur la loi française, mais je n’ai jamais imaginé que j’entendrais une si littérale traduction de même une partie de cette expression en français !

Notre blague traite du championnat de foot gagné par PSG. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Cacahuètes et Vil Coyote. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine — je suis resté éveillé jusqu’à 4h deux jours de suite, pensez-vous que tout est déjà normal ?

Sur le blog, il y a aussi Langue de Switch 2, des notes à propos de Nintendo à l’honneur de la nouvelle console, Lourdpas le dinosaure, sur le voisin chiant à l’étage, Jacquouille me rend visite, sur les progrès de La Fille en français, et Ici et là, des nouvelles diverses après la fin de l’écriture du livre.

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Ici et là

Après la dernière semaine, je suis toujours épuisé. Je n’ai rien lu de Proust, ce qui doit être la nouvelle la moins surprenante. Mais, j’avais quand même une soirée de tarot samedi, et ça voulait dire qu’il me fallait cuisiner. J’ai décidé de revisiter un classique du blog, et il s’est avéré que personne ne le connaissais. Voici la croustade du Couserans, mon dessert ariégeois, mais cette fois avec 4 ans de plus d’expérience :

Il y a une partie de moi qui préfère la version du bon vieux temps, avant que je ne connaisse vraiment quoi faire avec la pâte feuilletée. Le livre fête sans gêne la cuisine paysanne, des mamies, et ce genre de feuilletage pro n’est pas ça. Aimeriez-vous voir plus des détails de la fabrication ? Voilà :

Plusieurs de mes bénévoles étaient là, et oui, j’ai choisi de faire la croustade parce qu’elle apparaît dans le livre.

Je vais avouer quelque chose de choquant vu mon attitude envers l’IA dans ces pages. L’une de mes bénévoles m’avait conseillé d’utiliser un correcteur automatique pour vérifier mon texte, non pour écrire ou même reformuler le texte, mais pour vérifier les erreurs. J’ai essayé celui du site Scribbr, et la vérité, c’est que chaque paragraphe du livre a été mise sous la loupe de cette façon :

Capture d'écran du site Scribbr
Capture d’écran

J’avouerai même que le site s’est montré très utile quant aux guillemets. Mais, c’est tout. Hier, je vous ai dit que j’ai envoyé le manuscrit complet auxdits bénévoles. Voici ce que j’ai trouvé même après avoir relu le texte moi-même des heures plus tard :

ce côté moderne a des racines partout – dans le Royaume-Uni et au Japon

« Dans le Royaume-Uni », pas « au Royaume-Uni ». Comme j’ai honte ! Mais j’ai vérifié à nouveau le texte sur plusieurs sites après ça, et tous l’ont raté. Voilà, cette technologie est inutile. Cependant, quand j’ai mis le texte dans Google Traduction, puis l’a retraduit en français, ce site-là a corrigé l’erreur.

Et maintenant vous savez pourquoi je n’ai pas envoyé le texte aux maisons d’édition tout de suite. Pour être clair, les remerciements disent, comme il faut, « Toutes les erreurs restent les miennes ».

Au moins les guillemets sont parfaits.

Le grand défi des prochains jours sera de retrouver un horaire normal. Publier à 4h, puis 3h, ne l’est pas du tout ! Cette fois, j’ai au moins l’excuse que je me suis endormi au-dessus de mon portable. Mais c’est assez pour maintenant !

Ça y est

Je viens d’envoyer un cadeau inattendu aux bénévoles qui ont lu mon livre — le manuscrit complet, tel que je préviens de l’envoyer aux maisons d’édition. Il est possible que je reçoive quelques petits changements de plus, mais ils impliqueraient seulement quelques recettes ainsi qu’un portrait d’une personne.

That’s all, Folks, Dessin de Warner Bros., Domaine public aux États-Unis

Alors, d’abord quelques faits divers. Le livre comprend 142 701 mots, dont 1 281 pour la table des matières (chaque recette et chaque essai ont une entrée) et 4 832 pour la bibliographie. Ça veut dire qu’il y a quand même 136 000 mots que j’ai écrits, sur 268 pages. Il y a enfin 305 références, dont 32 qui ne sont qu’à ma propre écriture — puisque le livre est complètement original, sans copier-coller du blog, seulement le citer, à mon avis c’était correct.

Pas comme le Tour tel que vous le connaissez, il n’y a qu’une recette pour chaque département. J’ai décidé que pour garder l’authenticité, toute recette sauf une devait venir d’une source fiable, et quand j’ai inventé certaines recettes qui étaient autrement secrètes — les chichis frégis ou les macarons de Cormery — c’était peut-être intéressant, mais pas dans l’esprit du livre.

Vous êtes curieux. L’exception est le gâteau du Lion du Territoire de Belfort. J’avais une description très exacte de ce qu’il fallait faire et j’étais assez expérimenté pour le reconstituer.

J’ai pris une décision au tout dernier moment de supprimer le pain de Modane pour l’Isère, et le remplacer par le plat principal du même département, la truite grenobloise. Il y avait deux raisons. Avec la fermeture de Keldelice, il n’y a plus de preuve que j’avais une source qui l’a lié au département. Modane est en Savoie, et même si la Maurienne partage une frontière avec l’Isère, je ne voulais pas défendre ce choix.

L’autre raison est que ma recette venait de Mercotte. Je crois que j’ai tout fait selon les lois françaises pour avoir le droit de publier mes recettes — c’est drôle, vous pouvez tout faire sans attribution pour des recettes communes, mais dès que vous dites « j’ai appris ça de quelqu’un », il y a des droits d’auteur. Je n’ai aucune envie de rencontrer les avocats du Groupe M6 quand même. J’ai cité mes sources, les instructions sont autrement mon texte, les listes d’ingrédients ne sont pas protégées par la loi française, mais je soupçonne qu’il y aura des aventures à venir. J’ai donc l’impression que selon les lois françaises, Pierre Hermé, Sébastien Bouillet et Claire Heitzler peuvent tous publier des recettes presque identiques pour la pâte sucrée, et ça va, mais si j’en mentionne un, c’est moi le voleur. J’espère que j’ai mal compris ça, mais on va voir.

En parlant des lois françaises, le restaurant qui m’a mis en colère pendant le voyage fou n’est pas nommé. On m’a dit que partager un mauvais avis risquait d’être poursuivi pour la diffamation. Aux États-Unis, je pourrais publier cette histoire sans peur, et je me demande un peu comment marche des sites tels que Yelp en France, mais le livre est autrement positif, et j’ai décidé qu’il n’en valait pas la peine.

Il y 11 portraits de personnes que j’ai rencontrées. Sauf pour ma regrettée amie Pascale, qui n’avait pas d’autre famille, j’ai obtenu l’autorisation de chacune pour y apparaître. Il y a d’autres blogueurs mentionnés par « nom d’Internet » et à mon avis, je n’étais pas obligé de demander l’autorisation pour mentionner des choses publiées sur Internet. Néanmoins, chacun aura l’opportunité de refuser.

Il y a de nombreuses histoires tirées de ce blog, mais les analyses de ce qui s’est passé sont nouvelles. Il y a aussi de nombreuses nouvelles recherches, des histoires jamais racontées, des lieux pas mentionnés pendant le Tour, surtout au début quand je ne savais pas ce que je faisais. ([Mais ça n’a pas changé ! — M. Descarottes]) Je suis particulièrement fier de ce que j’ai fait pour l’Outre-mer à cet égard — j’étais pressé de finir le Tour avant novembre, et n’ai pas pris le temps d’écrire les histoires que j’aurais explorées. J’ai fait ça.

M. Descarottes a une page, mais ne fait pas des commentaires. J’espère que ce sera pour un grand public, et même si j’expliquais tout, il y en a qui ne trouveraient pas drôle son sens de l’humour.

Je suis épuisé de façon que très peu d’entre vous peuvent comprendre. Il est presque 4h du matin chez moi, mais ce n’est pas ce que je veux dire. J’ai commencé à écrire ce livre en janvier 2023, et même si les progrès étaient presque inexistants cette année-là, je pense à quoi faire depuis ce temps. Tout à coup, même s’il y a d’autres changements, je ne dois plus penser à la structure, à quoi inclure et quoi omettre, à la question de si une blague tombera ou pas. (Il y en a une en revisitant le « tuvoiement » que je crois est parmi mes meilleures. Il m’a fallu du temps.)

Mais après tout ça, c’est fini.

Jacquouille me rend visite

La Fille n’est pas chez moi cette semaine, mais plutôt chez sa mère. Cependant, de temps en temps elle m’envoie des textos, surtout pour pratiquer son français, ainsi que me taquiner. (Elle dit de ses habitudes, « La Fille, c’est plus qu’un nom, c’est une marque. ») Hier, il y avait deux leçons à apprendre à cet égard.

Jacquouille fait une bêtise en cuisine

D’abord, elle m’a écrit :

Dialogue. La Fille : « C'est trop amusant. Tu ne peux pas le faire quand tu n'es pas mon père. » Moi : « Je suis ton père. De quoi parles-tu ? » La Fille : « Je parle qu'aucun peuvent faire d'erreurs comme toi. » Moi : « Hein ? »

Le sujet qui était trop amusant n’est pas important. Mais l’erreur qui suit est une bonne leçon sur ses progrès. Elle sait depuis longtemps que « on » est la personne à utiliser quand il s’agit de n’importe qui, que c’est la personne que l’on peut remplacer pas « quelqu’un ». Cependant, dans la tête, elle pense au mot anglais « you », et en anglais « you » n’est pas seulement la traduction de « tu » et « vous », c’est souvent la traduction de on quand il est au singulier. Au début, je n’ai pas compris ça, En essayant de reformuler la pensée, elle écrit autre chose qui est du vrai n’importe quoi. J’ai dû le lui demander en anglais.

Une fois éclairci, j’ai dit que ça devrait être « Je pense que personne ne peut faire des erreurs comme toi. » Les erreurs sont tous des efforts malmenés à traduire mot-par-mot de l’anglais. Je connais certainement le problème.

Des minutes plus tard, un autre exemple est apparu dans la conversation. J’étais surpris que, vu l’heure, elle soit libre de parler :

Dialogue. Moi : « Tu n'es pas au dîner ? » La Fille : « Non, j'ai fini le dîner. » Moi : « Était-ce bon ? » La Fille : « C'était d'accord. »

Ce moment me rappelle le moment dans Les Visiteurs 2 où Jacquouille découvre le mot « OK » :

Le problème cette fois, c’était que « d’accord » se traduit par « I agree », mais aussi par « OK ». « OK » veut dire plusieurs choses en anglais, dont d’accord, mais aussi que quelque chose est de qualité moyenne — « juste OK ».

J’ai fini par lui donner des exemples de quoi dire pour exprimer un avis mitigé dans ce cas — « il n’avait rien de spécial » ou « c’était moyen » — mais j’ai l’impression que ceci sera plus difficile à corriger. C’est une traduction trop littérale, dans un contexte où les expressions anglaises sont bien figées.

Mais au moins je reconnais ce qui arrive car je sais déjà ce qui est dans sa tête. Il m’arrive à l’esprit que c’est peut-être un problème en apprenant le français comme langue étrangère — si on ne connaît vraiment pas bien l’autre langue de l’élève, il doit être très difficile d’expliquer les erreurs.

Elle devrait apprécier son daron, non ?

Lourdpas le dinosaure

En avril, en répondant à un commentaire de Billie, qui avait dit qu’elle payerait pour avoir mes voisins, j’ai écrit :

Mon voisin à l’étage, je l’appelle « le dinosaure », car il fait des pas lourds à toute heure. Les voisins d’en bas, ils hurlent de gros mots, sont souvent ivres, et jouent de la guitare électrique pendant des heures tous les jours.

Commentaire sur Saison 4, Épisode 6

Je vous dis ça pour établir que je m’en plaignais en avril, pas juste depuis une semaine. Mais pourquoi est-ce que je le mentionne maintenant ?

Photo de Barney le dinosaure, personnage de la télé américaine. Il est violet, avec un ventre vert.
Barney le dinosaure, vedette de la télé pour enfants, Photo par Barney show in Qatar, CC BY 2.0

Depuis ce temps-là, je souffre quotidiennement pendant toute la journée aux mains de ce voisin. Ou plus probablement, à ses pieds. Les bruits forts commencent vers 7h tous les jours et continuent jusqu’à minuit, et parfois après — même à 3h du matin de temps en temps.

Pendant les deux dernières semaines, tout est parti en vrille. En plus des pas lourds sans cesse, il y a des sons comme un marteau-piqueur, suivis toutes les 2-3 heures par un aspirateur, jusqu’à 22h du matin. Je ne sais pas ce qui se passe, mais impossible que tout ça vient d’un trop gros homme qui marche partout.

Hier, je n’en pouvais plus. J’ai contacté la gérante de mon immeuble et lui ai dit : « Dis-donc, je n’ai rien dit car après mes problèmes avec le voisin en bas l’année dernière, je voulais essayer d’être compréhensif. Mais ce type est bruyant sans cesse depuis 3 mois déjà ! » Elle m’a dit qu’elle le vérifierait, mais dis-donc, c’est probablement juste une machine à laver tombée en panne.

QUOI ? Le problème, c’est que l’attitude de tout service aux clients aux États-Unis est de nier que les problèmes existent. De dire que vous imaginez tout.

Une heure plus tard, elle m’a écrit pour me dire que depuis une semaine, ils accueillent des invités, dont un garçon très actif, mais tout ça arrêtera. Et une heure après ça, c’était même le cas — mais si c’était vrai, j’ai deux questions :

  1. Quel genre d’adulte ne considère pas ce niveau de bruits un problème jusqu’à ce qu’il reçoive des plaintes de la gérante ?
  2. Pour quel genre de con me prennent-ils ? Je viens de dire que ça fait 3 mois, et ils veulent me faire croire que ça ne fait qu’une semaine ?

Je ne suis pas aussi stupide que ça. Je comprends que beaucoup de monde mentirait dans une situation pareille, afin de ne pas recevoir une punition plus sévère. Mais je n’allais pas accepter cette explication insultante. Je lui ai donc écrit pour dire, « Merci, mais je ne les crois pas du tout. Je viens de te dire que ça fait plus longtemps qu’une semaine. » Et à son tour, elle m’a écrit pour dire « Je t’écoute ». Ça m’a énervé encore plus — impossible que nous disons les deux là vérité !

La Fille et moi avons parlé de « Stompy the Dinosaur » pendant tout ce temps, mais j’ai dit juste « le dinosaure » car je n’étais pas sûr de comment traduire son surnom. Mon dictionnaire donne « pas lourd » pour « stomp » en tant que nom, mais ici, c’est plutôt un adjectif, ce qu’il fait. Et si je combinais les deux mots dans l’ordre donné par mon dictionnaire, vous me diriez tous qu’il était un fruit de mer. Alors il n’est pas « Paslourd » mais « Lourdpas. ». Et peu importe la traduction, il est sans conteste le pire voisin que j’ai jamais eu.

Je suis sûr qu’il y a plein de voisins chelous dans les immeubles français. Mais de plus en plus, je suis absolument choqué par le niveau d’indifférence de tous les voisins autour de moi. C’est comme si chacun — en bas, à l’étage, et à côté — se croyait le seul qui habite ici, et qu’il n’avait d’obligation envers personne. Je me demande sincèrement ce qui s’est passé ici ; mon immeuble n’était pas du tout comme ça même il y a 5 ans.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue de chien

Il y a deux semaines, j’ai intitulé un épisode de la balado d’après une expression anglaise, « going to the dogs ». Littéralement, ça se traduit par mon titre, « tout va aux chiens ». Je l’ai choisi parce que le sujet de la moitié de l’épisode — la blague, un gros-titre satirique et un article — concernait des chiens. Cependant, il ne s’agit pas de chiens littéraux en anglais. (Hihihi, il y a un jeu de mots avec l’anglais dans cette dernière phrase, complètement par hasard — un groupe de chiens nouveaux-nés s’appelle un « litter » en anglais.)

En fait, l’expression est très proche des expressions en français à base du verbe « partir » : tout part en vrille/cacahuète/etc. C’est-à-dire que les choses tournent pour le mal (lien en anglais). Cependant, quand je l’ai mis en Google Traduction par curiosité, j’ai reçu une surprise :

Capture d'écran où "everything is going to the dogs" se traduit par « tout va à vau-l'eau ».

Non seulement l’équivalent français n’utilise pas « partir », mais ce « vau-l’eau » m’est complètement inconnu. Alors, qu’est-ce que c’est que « vau-l’eau » ?

Le tout premier sens dans le Trésor de la langue française, et apparemment le plus littéral, c’est de suivre un cours d’eau :

VAU(-)L’EAU (À),(VAU LEAU , VAU-LEAU ) loc. adv. et subst.

I. − Loc. adv.

A. − En suivant le fil de l’eau.

Deux gros dos squameux émergent de l’eau bourbeuse et replongent dans la vase Des régimes de bananes flottent à vau-l’eau (Cendrars, Du monde entier, Le Formose, 1924, p. 203).

Vau-l’eau

L’autre sens en tant qu’adverbe est exactement ce que je cherchais :

B. −Au fig. Au gré du hasard, à l’abandon, à la dérive. Destinée, illusions, plans, rêves à vau-l’eau; être, partir, se laisser aller, (s’en) aller à vau-l’eau.

Frais séjour où se vint apaiser la tempête De ma raison allant à vau-l’eau dans mon sang (Verlaine, Œuvres compl., t. 2, Amour, 1888, p. 14).

C’est donc assez clair que le « vau » est le cours suivi par ladite eau, et avec ça, l’équivalence avec l’expression anglaise devient compréhensible. Les chiens et l’eau sont les deux hors notre contrôle. Mais j’aimerais suggérer qu’il y a une différence entre importante entre ce chien et cette eau :

Et ce chien et cette eau :

On pourrait mieux préciser dans les deux cas.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de la plus grande plainte de La Fille à ce point dans ses études.

Langue de Switch 2

Je vous avais dit que La Fille serait bientôt propriétaire d’une Nintendo Switch 2, qui est arrivée chez nous mardi dernier. En ce moment, nous n’avons que deux jeux pour aller avec : Mario Kart World, qui tout le monde achète pour aller avec (c’est beaucoup moins cher de cette façon qu’au lien), et Welcome Tour, un mini-jeu qui vous montre comment marche le tout. Ce dernier vaut les 10 €, peu importe les nombreuses plaintes en ligne que c’est payant tout court. Mais nous ne sommes pas ici pour une critique de la console en soi. C’est hors mon sujet. Ce qui rentre bien dans mon sujet, c’est parler de certaines traductions liés à Nintendo.

Avant de même essayer le nouveau jeu de Mario Kart, la première chose dont La Fille avait envie, c’était de tester comment marchait le dernier Zelda, Tears of the Kingdom. La différence est incroyable. Mais à cause de ce jeu, j’ai découvert qu’une blague que j’ai fait il y a deux ans, à sa sortie, ne marche pas du tout en français. J’explique :

Dans le premier Zelda pour Switch, Breath of the Wild, il y avait un héros en forme d’oiseau géant, nommé Revali. Revali avait un super-pouvoir, dit en anglais, « Revali’s Gale », littéralement « le vent violent de Revali ». Avec ce pouvoir, il pouvait se lancer très fortement dans le ciel. Mais dans le dernier jeu, son descendant Babil, a un pouvoir beaucoup moins puissant, la Rafale de Babil. Quand je l’ai vu pour la première fois en 2023, j’étais déçu et je l’ai tout de suit appelé « l’éternuement de Revali ». Cependant, ça ne marche pas comme calembour en français, parce que le pouvoir original ne porte pas de nom lié au vent en français. C’est plutôt la Rage de Revali. Je sais, il ressemble à un animal sauvage, mais avec un tel nom, mieux vaut faire appel au docteur Pasteur, non ?

L’autre chose que je vais évoquer cette fois n’a strictement rien à voir avec la Switch 2, mais il s’agit de Nintendo. Si vous fréquentez certains blogs français, surtout celui d’Agathe, vous avez peut-être croisé un internaute qui s’appelle Bleck. Ce nom me rendait fou, et un jour, je n’en pouvais plus : je lui ai demandé si c’était d’après mon méchant préféré de tous les jeux de rôle dans l’univers Mario, le comte Bleck. Il m’a dit que non, et a ajouté qu’il n’avait pas la moindre idée de quoi je parlais. Je compatis. Moi non plus.

Puis, il s’est avéré qu’aucun Français n’aurait une idée de quoi je parlais — car le méchant ne s’appelait pas « Bleck » en français. Ce n’était même pas proche.

Dessin du comte Bleck. Il porte un costume et un haut-de-forme blanc ainsi qu'un monocle, tient une baguette magique dans sa main, et a un sourire maléfique, un ligne à zigzags rouge.
Le comte, Source, Fair use selon les lois des États-Unis

Je suis franchement jaloux de son sourire et son style. Mais en français, il s’appelle le comte Niark. J’ai souvent du mal avec les choix de traductions en français, mais celle-ci me rend particulièrement perplexe. Je ne sais pas si « Niark » vous rappelle quelque chose, mais « Bleck » est proche du mot anglais pour le noir, “black ». Ça va très bien pour un méchant. Heureusement, il me semble que la traduction française est autrement très bonne, et la scène où le comte arrange le mariage de la princesse Peach avec le méchant Bowser reste aussi hilarant en français que la version que je connais :

Je pourrais écrire des milliers de mots sur les différences entre les jeux de Nintendo en français et en anglais. Mais j’arrêterai avec la meilleure traduction de toute Nintendo, qui dépasse la version anglaise. Lisez attentivement le nom du méchant !

C'est un méchant en forme de boîte de crayons de couleur. Il dit que son nom est « Côme Raoul Aimé Yves Oscar Nicolas Siméon de Couleur, 12ème du nom ». Si on lit juste les initials, c'est « crayons de couleur ».
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