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Don Luis del Aliso

Je viens de vous raconter des choses horribles sur la Californie, alors je vais vous raconter une autre histoire californienne qui est beaucoup plus dans mon remet typique. Ça a lieu dans la ville de Notre-Dame des Anges de la Rivière Porciúncula, ou comme dites vous les hispanophones, Los Angeles. Il y a un sacré rebondissement vers la fin.

En juillet 1826, un immigré européen, Juan-Luis del Aliso, est arrivé dans les îles Sandwich, de nos jours connues sous le nom Hawaï. À l’époque, le Royaume de Hawaï n’était toujours pas uni, alors les cartes utilisaient le nom donné par le capitaine James Cook, explorateur britannique. Ayant déjà ses 46 ans, notre Juan-Luis avait gagné et perdu une fortune dans son pays natal, et n’était plus bien-aimé des autorités à cause d’avoir choisi le mauvais côté pendant l’un des nombreux changements de gouvernement.

C'est un dessin d'un arbre nommé « El Aliso », âgé de plus de 300 ans à l'époque, qui se trouvait à la ferme de Don Luis del Aliso.
L’arbre dit « El Aliso », Dessin d,Edward Vischer, Domaine public

Juan-Luis s’est fait embauché en tant que gérant d’une distillerie de rhum en 1828, après un an de travail en tant qu’agriculteur. « Mais Justin », vous me dites, « c’est pas les Antilles ici. Hawaï n’est pas connu pour son rhum, malgré tout la canne de sucre qui y pousse. » Et vous avez raison ! Pour la deuxième fois en 5 ans, Juan-Luis a eu la malchance d’être à la mauvaise place au mauvais moment — la nouvelle reine, Kaahumanu, a interdit la production d’alcool en 1829.

Juan-Luis ne pouvait pas rentrer en Europe. Alors en 1830, il est monté à bord d’un bateau pour voyager en Californie, toujours sous le contrôle mexicain. Il est arrivé d’abord à Monterey, une ville près de San Francisco, mais a vite déménagé à Los Angeles. Là, avec le reste de son argent de ses aventures hawaïennes, il a acheté une ferme près de la Rivière des Anges, el Río de Los Angeles de Porciúncula. Étant européen, Juan-Luis a décidé de lancer un vignoble, mais il a essayé d’abord de planter les raisins apporté de l’Espagne par les prêtres, la variété dite Mission. On peut les manger — je le fais moi-même quand le choix est entre ces raisins et la mort — mais il n’était pas satisfait des résultats, comme il faut. Après tout, il y a de nombreux vignobles en Californie du Sud, et même si je n’utiliserais pas leurs produits même pour empoisonner des rats, aucun n’utilise les raisins Mission. (Les bons vignobles californiens se trouvent à partir de Santa Barbara, plus au nord, et surtout au nord de San Francisco. Mais à l’époque, tout vin était le bienvenu.)

Juan-Luis a donc décidé de commander des vignes bordelais, qui devaient naviguer autour de l’Amérique du Sud. Heureusement, il s’avère que les racines restent en bonne santé tant qu’elles sont entourées par des tranches de pomme de terre. Je ne plaisante même pas. Équipé de raisins de qualité, Juan-Luis pouvait enfin produire de meilleurs vins, et c’était lui la première personne à établir une cave pour vieillir ses vins en Californie. Anciennement, les espagnols des missions avaient tendance de boire leurs vins dès que la fermentation avait terminé. Vous feriez pareil avec ces nullités de raisins Mission.

En 1840, Juan-Luis a commencé à exporter ses vins en dehors de LA, d’abord en Californie du Nord, mais bientôt à la Côte Est, et sa première livraison en France une décennie plus tard. Mais on parle maintenant d’un homme de 60 ans. Alors en 1855, Don Luis del Aliso comme il était connu (« Don » étant un honorifique espagnol, et « El Aliso » le nom de son domaine, d’après l’arbre de notre image) a vendu son entreprise à son neveu, Don Pedro Sansevain, et a pris sa retraite. Après, il a fait des dons importants pour lancer le premier hôpital et la première école publique de la ville de Los Angeles, où il est mort en 1862.

Mais il me semble qu’avec tous ces succès, j’ai oublié de vous dire de quel pays européen il est venu. Sûrement l’Espagne avec un tel nom que Juan-Luis, non ? Mais en fait, notre héros est né Jean-Louis Vignes, à Béguey, en Gironde, où il a vécu jusqu’à ce qu’il ait perdu sa position sous le roi Charles X, parce qu’il était lié à l’ancien gouvernement républicain. Son neveu, né Pierre Sainsevain, a été envoyé en Californie en 1839 pour le chercher dès que sa famille a eu des nouvelles de lui. Et jusqu’à nos jours, il y a une rue importante à Los Angeles (lien en anglais) qui porte le nom de Vignes.

Les émeutes de Los Angeles

Je ne suis pas du tout ravi d’écrire sur ce sujet. Mais la vérité qui se cache derrière mon livre, même si je l’ai mentionnée à plusieurs reprises sur ce blog, c’est qu’Un Coup de Foudre est né dans les cendres des émeutes de 2020, quand je me suis dit, « Un pays qui se met le feu avec la complicité enthousiaste de la moitié de la population n’est plus le mien ». Je n’écris pas sur ça dans le livre, parce qu’il est là pour fêter la France, pas susciter la polémique. Mais tous les mauvais souvenirs sont de retour, et c’est exactement le même gouverneur de Californie, M. Newsom, qui veut voir l’état brûler, car il pense que ça fera de lui un président.

Mettons d’abord la scène. Aux États-Unis, Leroy Merlin s’appelle « Home Depot ». Ce n’est pas la même entreprise, mais la fonction est la même. Mais il y a une différence importante. Supposons qu’à côté de chaque Leroy Merlin, une bande d’immigrés trainait pendant toute la journée. Pour adapter au contexte français, supposons que ces immigrés soient tous algériens, et que vous puissiez être très certain que chacun était là sans visa. Cependant, ils sont là pour chercher du travail — les entrepreneurs en bâtiment de la région y viennent le matin, cherchent quelques hommes pour aider, et partent. Tout le monde appelle les endroits où ces immigrés trainent « job sites », chantiers, bien que le travail ait lieu ailleurs. Supposons qu’il soit bien évident que ces hommes font tous du vélo avec des vélos volés, mais au-delà de ça, le taux de crimes lié à ces types n’est pas top sévère la plupart du temps. Au fait, n’oubliez pas qu’ils envoient 60 milliards de dollars au Mexique chaque année, comme je vous ai dit l’année dernière.

Le 6, après des nouvelles que le gouvernement fédéral avait arrêté des types à un « chantier » (il s’est avéré faux, mais ne laissons pas la vérité nous detourner d’une opportunité), il y avait une manif en dehors d’une prison de la région :

Capture d'écran d'une foule d'environ mille personnes en défilé autour d'une prison
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Mais à un certain point, les manifestants ont décidé de bloquer les agents fédéraux dans le bâtiment, et à ce point, c’est devenu une émeute. Puis le 7, cette photo est apparue. C’est aussi près de la prison en haut, à Paramount, une ville juste au sud du centre-ville de LA.

Capture d'écran d'un tweet avec de la fumée noire partout, au-dessus de plusieurs voitures policières. Un homme conduisant une moto porte un drapeau mexicain.
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C’est ici où je dois faire mes excuses pour une erreur hier, même si c »est sans conséquences. Je vous ai dit qu’il y avait des émeutes près de quelque part que j’avais recommandé. Ces photos de Randy’s Donuts viennent de mon trajet à LA en 2024 pour voir Phillippine Delaire :

Randy’s se trouve très proche de l’aéroport LAX, dans la ville d’Inglewood. Mais nous sommes d’accord que le panneau, c’est inratable, non ?

Bon, il s’avère qu’il y a un imitateur à Compton, la pire banlieue de LA, et je ne le savais pas. Je le mentionne parce que j’ai évoqué Randy’s sans mentionner le nom hier, et je suis honnête, alors je n’allais pas cacher l’erreur. Mais le problème n’est pas mieux pour cela. Voici une photo prise par Reuters le 7 :

Un groupe d'une dizaine de hommes assis dans la rue devant Dale's Donuts. Ils portent des drapeaux mexicains. Un homme porte un keffiyeh sur la tête.
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Je me suis trompé que « Dale’s Donuts » était en fait Randy’s. Ils sont presque identiques. Mais vous pouvez voir — il y a des feux, des drapeaux mexicains, même des keffiyehs. Attendez, qu’est-ce qu’un keffiyeh a à voir avec des immigrés mexicains ?

Plus tard le 7, les émeutiers ont commencé à bloquer l’autoroute 101, l’une des 2 les plus importantes pour croiser LA du nord au sud. Le 8, ils ont commencé d’appeler des taxis autonomes de l’entreprise Waymo (filiale de Google), afin d’y mettre le feu :

5 voitures brûlantes dans la rue
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Ailleurs dans la ville, près d’Union Station — la gare la plus importante — des émeutiers avec des drapeaux mexicains et palestiniens jettent des pierres contre des voitures du California Highway Patrol — les policiers de l’état, pas la ville. Je vous recommande FORTEMENT de cliquer le lien de la source pour regarder le clip ; j’utilise des captures d’écran ici seulement au cas où on supprimerait les tweets plus tard :

Capture d'écran d'un tweet avec un clip qui montre des voitures policières stationnées sur une autoroute. Des gens sur un pont jettent des pierres sur les voitures.
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À noter également — la date montre le 9, mais juste après minuit ; c’est un clip tourné pendant l’après-midi du 8. Il faut comprendre — il n’y avait aucun parler de soldats jusqu’au moment où il y a eu des voitures brûlantes et des policiers aggressés dans la rue.

Beaucoup du pays se souvient de « fougeux mais largement paisible », l’expression de la chaîne CNN pour dire que les preuves de nos yeux étaient fausses en 2020. C’est encore une fois fougeux. Personne ne s’intéresse à ce genre de paix une deuxième fois.

Je vous ai dit que je suis beaucoup plus impressionné par la presse française cette fois, parce qu’il y a beaucoup plus de la vérité dans les articles que j’ai vus ce week-end. Alors que Le Monde continue de décrire ce qui arrive comme des « manifestations » et répète la déclaration du gouverneur Newsom que la violence est le « fantasme fou » du président — il n’y a aucune différence entre leur reportage et celui de Libération — beaucoup des autres médias français utilisent le mot « émeute ». Par exemple, ce clip de Franceinfo est largement excellent, même si j’aurais aimé qu’ils ne parlent de « manifestants » exactement au moment où un émeutier détruit une voiture policière. Paris Match vous montre des photos des voitures brûlantes ainsi que d’autres dégâts sous un gros-titre de « Los Angeles après les émeutes ». France 24 utilisait déjà le bon mot très tôt le matin du 8.

Cependant, aucune source médiatique française vous direz que Mme la présidente Sheinbaum, de Mexique, vient de dire que son pays « mobiliserait » si les États-Unis imposait des impôts sur les 60 milliards de dollars dont nous avons parlé en haut. Mais voici un compte Twitter qui a traduit ses mots en français pour vous :

Je comprends l’espagnol ; en fait, il est plus probable qu’elle parle d’actions gouvernementales que d’émeutes. Mais un quart des chaînes de radio à LA sont en espagnol (lien en anglais), et si vous ne pensez pas que ses compatriotes à LA aient entendu ce discours, vous vous trompez.

Tout ça, c’est à dire qu’il y a plus qu’arrive que ce que l’on voit dans les médias, que ce soient américains ou français. Mais utiliser le mot « manifestation » à ce point est de suivre les médias qui nient toujours que la violence existe tout court — comme CNN qui fait encore une fois la même chose — et je vous encourage à prendre ces infos en compte quand vous prenez des nouvelles des États-Unis.

Voyage dans les temps

Je sais, je sais, vous vous demandez tous ce qui s’est passé aux mises à jour du Projet 30 Ans de Taratata, le samedi. La vérité, c’est que je suis bien bloqué sur le prochain artiste, car c’est Alain Chamfort, et la longueur de sa discographie dépasse l’infini, et on parle plutôt de nombres vraiment grands, comme le prix de la vanille. Alors oui, j’évité de l’écrire, car j’ai habitude d’écrire ces billets d’un coup, et je ne peux pas y consacrer un jour entier. Mais ce n’est pas mon sujet du jour autant qu’un effort de vous faire rire avant de passer à quelque chose de grave.

J’étais bien surpris par la rapidité des retours de plusieurs bénévoles en lisant des parties de mon manuscrit. Je m’attendais à une ou deux semaines pour tout le monde. Et je veux être bien clair, j’apprécie les efforts de chacun et tous. Mais il y a deux développements cette semaine qui m’influencent dans les pensées qui suivent.

La première était la découverte d’un projet de livre par quelqu’une qui a déjà apparu dans ces pages au passé, une japonaise qui étudie en France et publie sous le nom « Enchantée Erica ». Je ne suis pas abonné à son compte Insta, mais le fait d’avoir cliqué une fois suffit pour qu’Insta mette ses vidéos dans mon flux à jamais. Et honnêtement, je l’assume ; elle est enthousiaste et sincère, et ne me dérange pas. De toute façon, si j’ai bien compris, elle terminera bientôt ses études et a écrit un livre sur ses expériences dans le pays. C’est auto-édité, mais a l’air bien professionnel pour ses 100 pages.

En jetant un œil sur les photos avec des extraits — mes excuses à Billie, mais impossible de les citer de façon efficace — je vois que c’est un effort, disons, beaucoup moins ambitieux que le mien, à ne pas dire sans intérêt. C’est un livre de poche, avec des anecdotes de sa quotidienne. Elle dit que ça fait 10 ans qu’elle étudie le français, depuis ses années lycéennes, et je dirais qu’elle a probablement un niveau B2 vu tout ce que je vois dans ses clips. Le niveau d’écriture du livre dans les extraits me rappelle un peu ce qui se trouve ici, mais sans les jeux de mots et les autres prétentions. ([Et les cobayes. — M. Descarottes]) Et quand je dis « ce qui se trouve ici », je veux dire surtout la gamme de conjugaisons : le passé composé, l’imparfait, le futur simple, peut-être moins de mes deux préférés, le passé conditionnel et le plus-que-parfait.

Ça nous amène à l’autre chose. J’ai reçu une note très utile de l’un de mes lecteurs bénévoles, avec un avis très honnête sur la grammaire. N’imaginez pas que ce sera une plainte de ma part ; je sais que je tente quelque chose d’ambitieux, et j’ai besoin de l’entendre. La note a dit en partie :

J’ai l’impression que vous voyez un peu le passé simple comme je vois l’imparfait du subjonctif : un temps « bonbon » qu’il est agréable de retrouver de temps en temps.

Franchement, s’il a tort, c’est seulement parce que la vérité est encore pire. C’est en partie un problème d’avoir tout appris à la maison, mais aussi en partie un problème d’en avoir tiré les mauvaises leçons.

Je crois que c’est assez bien connu que tout ce que je sais vient d’une combinaison de logiciels, des médias, et des livres que j’ai lus, non pas pour apprendre la grammaire, mais de la fiction et de l’autobiographie. Considérez donc ce que j’ai vu dans un roman de jeunesse, Prospérine Virgule-Point :

— Prospérine, soupira sa mère d’un ton las, cette chose dégoûtante trempe dans ton bol… Pourquoi tu n’essaierais pas plutôt d’avaler tes céréales au lieu de t’acharner sur ce cadenas ?

Le dialogue se déroule dans le présent, mais le passé simple apparaît partout dans le livre où les actions des personnages sont décrites à la troisième personne. Ce n’est pas une question de combien de temps est passé entre les actions des personnages et le moment du récit. Ça m’a donné l’impression que c’était simplement la forme littéraire à utiliser.

Même chose avec les romans de Guy-Roger Duvert ; voici une citation du tout premier roman que j’ai lu, L’Appel d’Am-Heh :

« Les hommes ne veulent pas aller plus loin, effendi. Ils disent que l’endroit est maudit. » Rick ne put réprimer un petit sourire satisfait. «Donc ils le connaissent… »

Le passé simple marche de même façon ici, à mes yeux ; c’est simplement au lieu du passé composé pour autant que je sache. Mais la pire chose, et la faute est entièrement à moi, est de faire la comparaison avec un extrait de l’autobiographie de Claire Koç, Claire, le prénom de la honte. Elle n’est pas francophone de naissance, et a grandi en Turquie pendant sa première décennie :

« Tout en toi pue la France. » Plus d’une fois, mon visage a essuyé la violence de ce crachat. Ce sont d’abord mes parents qui m’ont répété cette phrase. Mes camarades de classe et mes profs ensuite, mes copines aussi. Puis je l’ai entendu serinée par certains collègues tout au long de ma vie professionnelle.

Ces événements sont loin dans son passé ; pourtant tout est dans le passé composé. Vous êtes tous plus qu’assez malins pour voir ce que j’essaye de dire, mais je le dirai quand même :

La leçon que j’ai tirée de toutes ces lectures, c’était que le passé simple était largement une question d’être « littéraire » ou « éduqué », et que faire autrement signalerait que c’était simplement une question d’avoir appris trop tard, d’être trop intimidé par la variété énorme des temps en français. Croyez-moi, j’ai fait plus de recherches que ça, en lisant par exemple cet article du Figaro, ce qui a renforcé mon impression : « Le passé simple peut exprimer la narration dans un récit. Il est également le temps à utiliser lorsqu’on parle d’un événement historique. »

J’ai d’autres retours qui ont simplement essayé de corriger les verbes cas par cas. Mais ce dont je n’ai aucune envie, c’est de faire perdre du temps à ceux qui essayent de m’aider. Je peux, s’il y en a besoin, l’éliminer avec deux ou trois jours d’efforts acharnés. Mais je ne veux pas le faire à moins que la situation soit horriblement grave, et en ce moment, sincèrement, je n’en suis pas sûr.

Mon espoir pour ce livre est toujours de soumettre le manuscrit à de vraies maisons d’édition. J’en ai une dans la tête que je crois serait idéale, car elle vient de sortir un livre sur les États-Unis que j’ai trouvé vraiment dans le même esprit. Les livres de Claire Koç ont été publiés par Albin Michel, pas auto-édités, alors je ne veux pas suggérer que j’avais l’idée en tête qu’il fallait écrire au passé simple ou finir comme Enchantée Erica. Mais j’ai en ce moment l’impression que j’ai bel et bien mal rangé le bordel, comme j’aime dire, et vu que vous avez tous vu deux échantillons du livre, c’est mieux de poser la question à vous tous en même temps.

Le pèlerinage du Jour J

C’est l’anniversaire du Jour J aujourd’hui. Pour l’occasion, et puisque ce sont les 3 pages du livre desquelles je suis le plus fier, je vous donne un goût de ce qui arrivera. Cela fait environ 30 % du chapitre, tiré du milieu, mais se traite du bon moment. Vous reconnaîtrez peut-être certains contenus de mon récit de 2023 — il s’agit de la même visite, mais au moment d’écrire le récit original, j’étais hyper-malade. Et avec du recul, il fait partie d’une plus grande histoire. Je vous laisse à décider si c’est mieux.

Notre première rencontre avec l’histoire vivante de ce jour est à Longues-sur-Mer, où se trouvent toujours une poignée de canons allemands, partie du célèbre « Mur de l’Atlantique ». Plus tôt, à la Nouvelle-Orléans, j’avais vu un petit bout de béton des fortifications, et pour moi, c’était comme une rencontre avec une relique de la Vraie Croix. Toutefois, rien ne me prépara pour le bon état non seulement des canons, mais en particulier des casemates. Les Alliés avaient largué des bombes par milliers, mais c’est bien évident que les soldats nazis restaient quand même bien protégés. Quand on voit cela, on comprend tellement mieux pourquoi il n’y avait pas d’autre choix, pourquoi il fallait que Frank DeVita baisse la rampe du Higgins Boat qui envoya une quinzaine de soldats à leur mort sans même l’opportunité de tirer sur les nazis. C’est souvent difficile de reconnaître du mérite chez l’ennemi, mais ces fortifications auraient étonné Vauban lui-même.

Après Longues-sur-Mer, c’est enfin le moment auquel le moi collégien qui garde son livre de cette guerre depuis plus de trente ans s’attendait. Nous arrivons à Saint-Laurent-sur-Mer et stationnons la voiture pour visiter Omaha Beach. Il est peut-être 15h, pas encore l’heure de marée basse, mais bien plus proche de cela que de la marée haute. Nous arrêtons devant un monument en béton, entouré par des drapeaux des forces alliées, dit le « Monument signal ». En français et en anglais, il dit simplement que « Les forces armées débarquent sur cette plage, qu’elles nomment Omaha Beach, et libèrent l’Europe le 6 juin 1944 ». Le moment me rappelle les mots du général Eisenhower ce matin-là, « Soldats, Marins et Aviateurs des Forces expéditionnaires alliées ! Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la Grande Croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. » (Eisenhower, 1944). D’ici des minutes, je comprendrai le reste de son discours comme jamais de la vie. Nous franchissons le béton pour passer sur le sable.

Quand on reste débout sur la plage et regarde les eaux, on reconnaît finalement exactement ce qui attendait les soldats. Il y a des centaines de mètres de sable entre même la marée haute et les endroits où se trouvaient les mitrailleuses, tirant en descente vers les bateaux. Il n’y avait qu’un moyen de prendre cette plage – c’était la guerre d’usure ou rien. Je pense encore une fois aux mots du général Eisenhower, « Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement. » (Eisenhower, 1944). Sans avoir vu les casemates de Longues-sur-Mer, ces soldats n’avaient pas d’idée à quel point les forces allemandes étaient « bien équipées ». Mais cette fois, je pense aussi aux mots de l’affiche de Londres que je viens d’apprendre ce matin, « Rien n’est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour ces forces écraseront l’ennemi. » (« À tous les Français », s. d.). C’est exactement ici où ces forces « ont donné ».

Je pense à ma première conversation avec mon amie C., qui vous rencontrera en Seine-Maritime. J’avais mentionné « l’invasion » et elle me corrigea que les Français parlent plutôt du « Débarquement ». Je comprends pourquoi c’est un sujet sensible, et le but des Alliés n’était certainement pas de conquérir la France, mais en ce moment, le mot « débarquement » me semble insuffisant à l’occasion. C’est le langage des croisières et des aéroports avec leurs boutiques touristiques et des Starbucks partout. Si ce moment était un « débarquement », je ne débarquai jamais d’aucun transport.

Théorie

Après des mois de famine, j’ai eu ma prise de sang trimestrielle hier matin, alors je l’ai fêtée avec un jour de triche — un bout de carrot cake et un burrito, pas dans cet ordre. C’est mon troisième préféré de ma vie, mais les deux autres ne sont plus disponibles, alors c’est le meilleur que je connais actuellement. Puis j’ai eu un sacré mal au ventre, parce que c’était deux fois le nombre de calories de tout autre jour pendant ce temps.

Carrot cake avec deux couches de gâteau, deux couches de glaçage au fromage Philadelphia, et recouvert de noix écrasées.

Au fait, voici les chiffres de mon moniteur de glycémie jusqu’à la veille de la prise. Ils sont excellents et si rien ne s’améliore, ce ne seront pas juste les carottes du gâteau qui seront cuites :

Ça montre une valeur moyenne de 138 à travers les 90 derniers jours, ce qui devrait donner un chiffre a1c très bon.

De toute façon, j’étais chez Rubio’s pour le dîner — et comme souvent, ils jouaient tout genre de musique inconnu à moi, ce qui me provoque à utiliser l’appli Shazam pour l’identifier. Pas parce que j’ai envie de l’écouter à la maison, mais plutôt parce que je veux savoir qui me fait saigner les oreilles. (Pour ceux qui ne connaissent pas Shazam, ça vous permet de pointer votre portable vers un haut-parleur, et il est fortement probable qu’après 5 secondes, vous aurez le nom de la chanson ainsi que le groupe.)

Rubio’s n’est pas comme les autres restos rapides que je hante. Dans la plupart de restos mexicains, ils ne jouent que de la musique mexicaine. Chez Stonefire Grill, d’où le carrot cake, c’est souvent de la musique des années 80, presque comme s’ils veulent que je sois client. Chez Boudin, c’est quel que soit populaire en ce moment, les Taylor Swift et les Ed Sheeran. Mais chez Rubio’s, ils jouent des trucs que même un auditeur dévoué de NRJ ne reconnaîtrait pas. Alors, par exemple, un groupe de reggae californien, The Movement, jamais avec un tube dans n’importe quel classement sauf le reggae — malgré étant là depuis 2003 :

Ils n’ont même pas de page sur Wikipédia en français. Puis un type, aussi apparemment californien, Michael Franti, qui a 59 ans et connu un peu de succès ici entre 2008 et 2013 — ainsi qu’atteindre #19 en Belgique pour une chanson en 2006. Et un autre dit Moon Taxi, là depuis 2006 sans connaître aucun succès. C’est extrêmement curieux, ce mélange. D’où ma théorie.

Ce que je pense, et je vous rassure, je le crois sincèrement, c’est que ces bandes-sonores sont toutes choisies pour une seule raison :

Faire s’en aller les clients.

Je suis complètement sérieux. Ce que tous les restos ont en commun, c’est qu’ils jouent de la musique qui n’est pas celle de leur clientèle. Pour la plupart de restos mexicains dans le comté d’Orange, les clients me ressemblent. Si Keith Nieto n’est pas complètement désagréable, il reste le cas que je ne l’écouterais jamais exprès. Chez Boudin, les clients sont largement des hommes d’affaires des gratte-ciel en face de la rue ; Taylor Swift est la musique de leurs enfants. Chez Rubio’s, l’équipe ne parle guère anglais, et préférerait certainement de la musique mexicaine, mais c’est une plus grande entreprise dont les actions sont cotées en bourse. Leur choix de musique est certainement celle de leur société.

« Mais Justin », vous me dites « c’est vous qui dites que Stonefire joue de votre musique. Sûrement, ils vous aiment comme client ? » Pas du tout. C’est une coïncidence. Leur clientèle idéal est une famille dont les adultes ont 30 ans, avec 2-3 petits enfants, pour qu’ils paient les grands repas du resto pour 4-5 personnes. La musique est là pour emmerder leurs clients souhaités, qui la voient comme les contenus de la radio nostalgique. Si je l’aime, tant pis.

Tout s’explique. Ils veulent que les clients viennent, mangent et partent le plus vite possible, pas qu’ils traînent. Avec de la musique désagréable, ce dernier se produit beaucoup plus rapidement. Si vous avez une meilleur théorie, je vous écoute.

Les Schtroumpfs de Landerneau

J’ai des témoins qui vous diront qu’en fait, ils ont reçu des parties du manuscrit hier. Ou aujourd’hui, vu le décalage horaire, mais ce niveau de chercher la petite bête est réservé à M. Descarottes et à La Fille. Pour décontracter un peu — à ne pas confondre avec « Je ne contracte pas ! » — parlons d’un événement qui a eu lieu il y a deux semaines, une réunion de personnes déguisées en tant que Schtroumpfs en Bretagne. Je crois que les locaux appellent ça, « la vie quotidienne », mais on ne sait jamais.

J’ai pris des nouvelles de cet événement grâce à un reel d’AFP sur Instagram. Si c’était une photo, je ne l’aurais jamais vue. Non, je ne suis pas obsédé, pourquoi ?

Ça nous montre qu’à Landerneau, une commune dans le Finistère, c’est-à-dire le département de M. Jours d’humeur — tout s’explique déjà — 3 076 personnes se sont réunies le 17 mai afin de battre le record mondial de Schtroumpfs. Ou, vu que la grande majorité du monde dans le clip font plus de trois pommes de hauteur, le record de personnes déguisées de cette façon.

Selon AFP, le record de 2 762 telles personnes appartenait anciennement à une ville allemande, ce qui est curieux vu que les Schtroumpfs ont été créés par un dessinateur belge. Ça sent encore une fois l’expansionnisme allemand. Mais même si tout le monde était là pour faire partie de cette tentative, le maire a interdit les bars de servir de l’alcool aux Schtroumpfs jusqu’après le comptage, parce qu’apparemment, il ne faut pas faire confiance aux bretons pour faire attention s’il y a un choix entre l’événement lui-même et boire. Ce n’est pas moi qui a adopté cette position, c’est le maire qui connaît mieux que moi ses compatriotes. Je dis ça, je dis rien.

Pourtant, il y a anguille sous roche ici. Nous savons tous qu’il n’y a qu’un seul et unique Grand Schtroumpf, ainsi qu’une seule et unique Schtroumpfette. Cependant, dans les photos, il y a évidemment plus d’un chapeau rouge et plus d’une blonde. Pas très schtroumpf.

Capture d'écran -- il y a au moins 2 Grand Schtroumpfs et 3 Schtroumpfettes
Capture d’écran du clip

Et dites-donc, M. Jours d’humeur ne nous a pas dit s’il était là ou non. J’ai recherché ses pages pour « Landerneau » et « Schtroumpfs » sans retrouver d’alibi pour le 17 mai. Qu’est-ce qu’il schtroumpfait ce jour-là ? C’est presque un aveu en soi, n’est-ce pas ?

Roméo et IA-ette

Je ne voulais pas dédier plus de temps à ce sujet, mais : 1) quelque chose d’horrible est arrivé au tout dernier moment de notre année scolaire hier, et 2) je suis horriblement malade et incapable de rien écouter pour le Projet 30 Ans de Taratata. Alors, quant au numéro 1, qu’est-ce qu’il y a ?

Hier était le dernier jour de l’année scolaire. La Fille avait déjà reçu toutes ses notes sauf un. Dans son cours d’anglais. Le prof avait dit à la classe la veille qu’il avait une nouvelle à cet égard.

Remontons le temps jusqu’en mars. Le grand projet de la classe a été annoncé au début du mois — les élèves allaient écrire des rédactions de 5-10 pages sur Roméo et Juliette. Pendant les deux mois suivants, La Fille a soigneusement fait ses recherches, avec de nombreux brouillons, beaucoup de lectures d’autres articles pour soutenir son argument — c’était plus que digne des meilleurs « Je découvre » de ce blog (au fait, il y a maintenant 16 pages de bibliographie dans le livre). Elle est sa propre écrivaine, mais si vous trouvez le niveau de détail ici parfois impressionnant, sachez qu’elle n’est pas différente.

Vu le gros-titre, vous savez probablement déjà où nous allons, mais c’est encore plus écœurant. La grande nouvelle du prof ? Selon le site TurnItIn (lien vers la version française), qui analyse les rédactions pour le plagiat et l’IA, 70 % des élèves avaient triché. Alors, afin de ne pas pénaliser ceux comme La Fille qui avaient fait leurs devoirs, il n’allait donner des notes à personne, et les notes pour la classe seraient seulement ce que l’on avait déjà gagné jusqu’en mars. Ça comprenait le tout dernier devoir de la classe, faire une vidéo pour analyser un film — selon lui, plus de la moitié de la classe avait apparemment triché là aussi, avec des scripts générés par les logiciels et parfois encore plus.

La « bonne » nouvelle, je suppose, c’est que La Fille sort de cette première année avec rien que des « A » sur son bulletin scolaire. Selon ce tableau, ça veut dire entre 16 et 19 pour tout :

Tableau qui dit qu'une note A+ vaut 19 ou 20, une A vaut 17 ou 18, et une A- vaut 16.
Source

Mais selon une autre source, peut-être seulement entre 13 et 19 :

Tableau qui dit qu'une note A+ vaut de 16 à 20, une A vaut 14 ou 15, et une A- vaut 13.
Source

Qui sait vraiment ? Pas moi ; je trouve le système français plutôt mystérieux. Mais je me sens quand même comme si quelque chose a été volé à La Fille. Pour ce qu’il vaut, TurnItIn a trouvé 13 % de ses contenus de ne pas être originaux à elle — on appelle ça, « les parties citées ». Alors le prof l’a félicitée devant les autres, mais elle n’aura pas quand même la récompense de savoir à quel point elle a réussi, ou pas. (J’ai lu sa dernière version. À mon avis, c’était digne d’une note « A », et je suis aussi sévère en jugeant ses travaux que les miens.)

Alors, une histoire. En terminale, j’ai suivi un cours de littérature espagnole. C’était horriblement difficile, mais j’ai bien réussi à la fin — et si vous vous souvenez du fait que je recommande parfois García Marquez et Miguel de Unamuno, c’est où j’ai appris à les aimer. Il y avait un examen de deux heures, et j’oublie pourquoi, mais la prof a quitté la pièce pendant une heure. Un autre élève — appelons-le « Ernest », car c’est son vrai prénom et je refuse de protéger ce type — a immédiatement organisé plusieurs autres élèves pour partager leurs réponses et tricher. Ernest m’a demandé « Tu ne vas pas nous rendre à la prof, oui ? » et j’ai répondu « Tout le monde est responsable de son propre travail ». Plus tard ce même jour, j’ai tout dit à la prof — personne ne devrait jamais me faire confiance pour l’aider à tricher.

J’ai reçu une mauvaise note pour l’examen — c’était difficile — mais les autres élèves ont été punis en quelque sorte. Je suis devenu le paria du lycée, encore plus quand même. Mais l’école avait déjà décidé qu’Ernest était digne des universités dites « Ivy League » et pas moi — malgré le fait que nos notes étaient identiques pendant les 3 premières années — alors ils ont caché le scandale de l’Université de Pennsylvanie, où il est allé. C’est pour cette raison que je n’ai jamais une fois fait de don à l’école, parce qu’ils ont récompensé la tricherie. Si vous vous demandiez pourquoi j’ai toujours eu une attitude très sévère envers tout genre de tricherie et de raccourci, voici l’origine.

J’ai écrit une note au prof pour le remercier pour sa décision. Je sais que tous les parents défendraient leurs enfants, alors mon témoignage ne servirait à rien, mais au moins personne ne profitera de ce qu’elle a fait. Les élèves tricheurs méritent pire, mais je sais aussi que le lycée n’a pas les ressources pour combattre une centaine de procès. Le prof a annoncé qu’il ne donnera plus jamais ce genre de devoir, et qu’au futur, ses élèves devront tout écrire dans la salle de classe. C’est lamentable, mais c’est l’avenir que les vendeurs de tels logiciels — et la malhonnêteté du plupart des gens — ont choisi pour nous.

Tueur en série

Comme arrive de plus en plus, je tire une source d’inspiration de quelque chose lu chez Il Est Quelle Heure, cette fois sur une plante bien-aimée, tuée par quelqu’un qui était censé s’occuper de son appartement. Dans ce cas, je parle plutôt de poissons, parce qu’à vrai dire, j’ai arrêté de m’occuper de plantes tout court après mon divorce, pour la même raison que Casimir ne sert pas de gloubi-boulga au Palais de l’Élysée. Certains désastres sont prévisibles. Mais cette histoire est beaucoup plus pénible que la sienne, parce que la seule erreur de sa part était de faire confiance à quelqu’un qui ne la méritait pas. Ici, c’est moi le coupable. Encore et encore et en masse.

Je voulais toujours garder des poissons dans mon propre aquarium, alors une fois célibataire à nouveau, j’ai acheté un aquarium de 38 L (en fait, la boîte disait 10 gallons, mais je fais toujours les conversions pour vous). J’ai ajouté les décorations que vous voyez en bas, un château et un coffre au trèsor, décorés selon ce que j’imaginais ma fille aimerait — elle n’avait qu’un an à l’époque, le gravier, une grenouille, et 4 poissons. Ça, c’était en 2011. La photo ici date de 2014. Il y a évidemment une trentaine de poissons. Permettez-moi de l’expliquer.

Photo de mon aquarium -- Au fond, il y a du gravier bleu. À gauche, un coffre au trésor, rose. À droite, un château à trois tours, aussi rose. Au centre, il y a 3 plantes vertes, en bonne santé. Il y a environ 30 poissons, tous de 1 cm ou moins.

En 2011, si les poissons avaient des enfants en pondant des œufs, je ne le savais pas. Je n’ai jamais eu de poissons qui vivaient assez longtemps pour se reproduire. Mais avec du temps et de l’expérience, je me suis rendu compte qu’en fait, il y avait des bébés — et la grenouille les mangeait tous, le salopard. Je sais, c’est la nature — mais la grenouille avait l’habitude de manger la même nourriture que les poissons, alors il ne m’est jamais arrivé dans l’esprit qu’elle ferait autrement.

Un jour en 2012, je trouvai la grenouille au fond de l’aquarium, mort. Elle s’était apparemment fait coincée entre des équipements et ne pouvait pas manger. Il n’y avait pas de larmes de ma part. Si j’avais su ce qui arriverait, j’aurais acheté un successeur.

Sans la grenouille, les poissons ont commencé à se reproduire. Je faisais d’extrêmement bon travail avec la chimie de l’aquarium, l’eau était toujours parfaite, et sans prédateurs, la population augmentait vite. Le temps qu’été 2013 arrive, j’avais une quarantaine de poissons dans l’aquarium et peu importe ce que je faisais, l’eau était toute sale. C’était dégoûtant.

Un jour, j’ai trouvé que tous mes poissons étaient morts — ils étaient morts grosso modo en même temps. J’étais triste à souhaits, mais j’ai décidé que j’allais règler le problème et essayer à nouveau. J’ai dû donc nettoyer l’eau de façon que les poissons n’étaient pas capable d’épuiser.

J’ai donc acheté un filtre externe, le genre qu’il faut connecter avec des tuyaux, beaucoup plus puissant que n’importe quel filtre interne qui s’attache au mur de l’aquarium. C’était un sacré monstre d’un filtre, capable de nettoyer plus de 60 L d’eau en continu. On penserait donc que c’était la solution. Mais on aurait tort.

Sans une grenouille ou autre prédateur, quand j’ai stocké l’aquarium avec 4 nouveaux poissons, tout ce que j’avais réussi à faire était d’augmenter la capacité de l’aquarium. Pendant les trois années suivantes, je vivais le même cycle encore et encore — les poissons se reproduiraient, l’aquarium atteindrait ses limites, l’eau deviendrait sale, les poissons ponderaient des œufs, puis mourraient, et le cycle recommencerait. Je me sentais horrible, et eventuellement, quand le cycle se termina après une autre extinction massive, j’ai décidé que c’était la fin de ma carrière d’aquariophile.

Alors, je suis le meurtrier responsable des morts de centaines de poissons sur une période d’environ 6 ans et demi. Je ne voulais pas avoir un prédateur dans l’aquarium car il me semblait que les poissons étaient là pour être des animaux de compagnie, pas de nourriture pour un autre animal. Mais sans limites à l’augmentation de la population, je les ai tous condamnés, et en quelque sorte, il me semble que ça me rend un pire monstre que si j’avais remplacé la grenouille.

Plein la Jodie

Je suis toujours en train de réviser mon manuscrit — j’ai passé 5 heures hier sur les trois pages intitulées « Le pèlerinage ». Il n’est pas difficile de découvrir de quoi je parle avec le moteur de recherche du blog, et je me sens généreux alors voilà et voilà, mais l’écriture de cette partie est très différente de ce que vous trouverez ici. Mais j’ai quand même une petite anecdote pour vous.

Depuis le début, à chaque fois qu’un Français veut me dire un renseignement sur une célébrité américaine, ce qu’il est certain que je n’ai jamais entendu avant, c’est toujours que Jodie Foster parle le français, et plutôt bien. Dites-donc, j’ai vu quelques films où elle joue dans tel ou tel rôle, mais ce n’est pas comme si elle est quelqu’un de célèbre. Vous savez, comme Claude Gensac ou Mireille Darc.

Alors, la semaine dernière, j’ai écrit le suivant sur Facebook, après avoir écouté Les Grosses Têtes :

Les Grosses Têtes viennent de jouer au jeu où un auditeur doit deviner des noms de célébrités à partir d’indices donnés par les invités. Valérie Mairesse l’a lancé avec « Je suis une actrice américaine mais bilingue en français » et c’était assez pour moi — je hurlais « Jodie Foster » à la radio avant qu’elle ne finisse.

ÇA ME GAVE ! Vous savez qu’il y a d’autres actrices américaines que Jodie Foster, non ? J’entends parler de ça TOUT LE TEMPS !

Vous le trouverez dans cet épisode mais je ne sais pas exactement où ; je suis trop paresseux pour le chercher. Mais vu quand je l’écoute, ça doit être dans la deuxième moitié.

Et le lendemain, Instagram m’a proposé ce clip d’une interview avec elle qui avait eu lieu sur le 20h de France TV — je ne savais pas qu’elle avait joué dans un film français, « Vie privée », et que ce film a été joué au Festival de Cannes.

Peut-être que vous vous souvenez de cette photo du Lycée français de Los Angeles, quand j’y suis allé pour voir Sebastian Marx :

Panneau qui annonce le Foyer Jodie Foster

Je ne savais pas jusqu’à cette semaine qu’elle avait assisté à ce lycée ! Je croyais que c’était juste à cause d’un don.

Alors, pour être clair, oui, je sais qui est Jodie Foster, et oui, je sais qu’elle parle français. Mais pour vous rappeler pourquoi cette info est inutile, voici une capture d’écran d’une conversation que j’ai eu avec un ami en 2022 :

Capture d'écran d'une conversation. Lui : « Ah si, quand c'est Jodie Foster qui parle français lol ». Moi : « Tu sais, j'ai de mauvaises nouvelles sur Jodie Foster ». Lui : « Comment ça ? » Moi : « Tu aimerais peut-être son accent, mais elle n'aime pas du tout les gars ! »

Vous pouvez donc imaginer exactement ce qui arrivera si un jour nous nous rencontrerons :

Moi : Tout ce que j’entends sur vous des Français, c’est que vous parlez leur langue.

Elle : Et je n’entends rien du tout sur vous. Allez-vous-en !

Au moins elle est vraiment douée, pas comme Bradley Cooper, où vous vous émerveillez qu’il connaît le mot « truc ». Sérieusement.

Les frites de Berto

Je n’ai rien préparé pour aujourd’hui parce que j’ai assisté à la dernière soirée de jeux de plateau de l’OCA jusqu’en automne, et je ne voulais pas la rater. J’ai fait des kouign-amanns pour l’événement, et on m’a dit que c’était mon meilleur travail depuis qu’elle me connaît. C’était très gentil. Mais complètement par hasard, un ami américain m’a envoyé quelque chose liée à une anecdote qui se trouve dans le livre. Alors je vais la divulgâcher.

En vérifiant mes recherches pour le Pas-de-Calais, j’ai découvert qu’il y a quelque chose sur les cartes des friteries là qui me dérange. Apparemment, on peut acheter des burgers soit « seul » soit « américain ». Et c’est quoi « américain » dans ce contexte ? Ça veut dire que l’on met des frites directement dans le burger. Je ne vais pas dire que ça n’existe pas tout court aux États-Unis, car c’est un grand pays et on peut trouver toute bêtise imaginable quelque part. Mais disons que je ne connais nulle part pour commander une telle chose. J’allais écrire que c’était une autre parodie française de la « malbouffe » telle qu’elle existe dans vos têtes. Et rien n’est arrivé pour changer cet avis quant aux burgers. Mais il s’avère que la réalité, c’est encore pire.

Mon ami habite au Texas. Oui, vous en avez entendu parler avant. De toute façon, il m’a appelé pour me demander si je connaissais le « California burrito ». Dites-donc, j’habite en Californie du Sud toute ma vie — ça doit être de très mauvais karma — mais je n’ai jamais entendu parler de ce burrito. C’est apparemment un burrito — c’est-à-dire de la viande, du fromage et de la salsa emballés ensemble dans une tortilla — auquel on ajoute des frites. Dit autrement, c’est exactement ce que vous pensez que nous mangeons, sauf à partir de la cuisine mexicaine, pas les burgers. Voici un exemple :

California burrito coupé en deux, Photo par RightCowLeftCoast, CC BY-SA 4.0

Ne me dites pas que de tels trucs ne se trouveraient jamais en France. Ça ne rappelle fortement ce qui s’appelle un « French taco ». Je ne veux ni l’un ni l’autre. Mais on n’a toujours pas atteint la partie la plus gênante.

Pendant les années 80s, il y avait une explosion de restos rapides mexicains dans ma ville natale, San Diego qui avaient une propriété curieuse. Ils servaient tous grosso modo le même menu, et les noms se terminaient toujours par « -berto’s ». Ça a commencé avec Roberto’s et Alberto’s, mais il y avait aussi Adalberto’s, Aliberto’s, Humberto’s, Filberto’s, et ainsi de suite. Tout le monde, dont moi, voulait savoir pourquoi personne n’a lancé des processus pour défendre la marque originale.

Il s’avère, et je ne le savais pas jusqu’à hier, qu’ils étaient presque tous gérés par des membres de la même famille, dont le plus vieux était un certain Roberto Robledo. Il n’allait pas poursuivre ses cousins. Voici un clip du resto original, toujours ouvert.

Apparemment, Roberto’s n’a pas inventé le « California burrito » — mais la chaîne a fait plus que n’importe qui pour le rendre populaire. Enfin, parmi ceux qui le connaissent. Ça fait au moins 27 ans depuis la dernière fois où j’ai mangé chez n’importe quel Berto. Ces restos sont hyper-bas-de-gamme même parmi les restos rapides, et ne se trouvent pas dans de bons quartiers. Le plus proche de chez moi est à 80 km. Et apparemment ça date à mes années à la fac, loin des Berto’s de tout genre. C’est plutôt incroyable à mes yeux que je n’en ai jamais entendu p arler, mais ça appartient vraiment à tout autre monde, même si j’habitais dans le bon endroit.

Je ne sais plus quoi faire quant au Pas-de-Calais. Je trouve le « burger américain » largement un fruit de votre imagination — mais la réalité est pire ! Je ne veux pas aller trop loin de l’histoire dans le livre. Mais maintenant, vous savez autant que moi sur notre pire habitude culinaire.