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Deux meurtres qui changeront les États-Unis

Je voulais vous parler du colis à 50 $ que j’enverrai en France dès que mon papier A4 arrive. Je voulais vous parler de tous les changements chez RTL depuis fin août, et mon dernier coup de cœur, Anne-Sophie (je n’ai d’yeux que pour elle jusqu’au prochain Projet 30 Ans de Taratata — je suis en même temps la personne la plus fidèle et la moins fidèle que vous connaissez). Je voulais vous parler de la pub la plus énervante à la radio française (bon travail, Volkswagen, entreprise qui vient littéralement du leader allemand). Je voulais vous parler de la première chose gentille qu’un américain a faite pour moi en 2025. Mais je ne peux pas.

Assassinat du président Lincoln par Currier et Ives, Photo par Adam Cuerden, Domaine public

Parce que les cons ont décidé qu’ils n’ont pas travaillé assez dur pour faire sauter les États-Unis, mais ils ont enfin trouvé la solution. Bravo, les gars. L’incendie ne commencera pas demain, mais je vous rassure, nous avons maintenant deux martyrs politiques aux yeux d’un parti. On aurait pu survivre la création de la première, une inconnue, mais l’autre, c’est le pas trop loin.

Remontons le temps jusqu’au 22 août, à Charlotte, en Caroline du Nord. Un criminel, Decarlos Brown, arrêté 15 fois depuis 2007 (lien en anglais), reconnu coupable de 3 crimes (pas de délits), qui a passé 6 ans en prison, a poignardé une jeune réfugiée ukrainienne (lien en français), Iryna Zarutska. Pourquoi ? Parce qu’elle s’asseyait dans un métro avec le dos tourné, et ça suffisait, c’est pourquoi. Il y a une vidéo qui montre le tout, et c’est brutale. Avec les noms, vous pouvez la rechercher si vous en avez envie.

Pendant plus d’une semaine, ce meurtre n’est pas apparu dans la presse grand public ; seulement sur Twitter et des sites droitiers. Pour ces derniers, c’était typique des dangers de nos transports publics (femme brûlée vive à New York, homme poussé sur les rails) et quand certains essaient de se défendre, c’est seulement eux qui sont mise en examen. Mme la maire de Charlotte a même félicité les médias pour ne pas partager la vidéo. Mais cette semaine, la nouvelle est devenue un scandale national — il y a une perception forte que les médias ne parlent du meurtre car le meurtrier était noir, et ça évoquerait des statistiques inconfortables. Il y a une théorie légale aux États-Unis, reconnue par les tribunaux, « impact disparate » (lien en anglais) : si plus de personnes d’une race sont affectées par une loi qu’une autre race, puis la loi est raciste. Le résultat pervers de cette pensée est que si plus de personnes d’une race commettent un crime, punir ce crime est du racisme.

Iryna Zarutska, en tant que victime complètement innocente, est devenue le symbole de la folie de cette pensée. Mais elle était une inconnue. Ça nous amène aux nouvelles d’hier.

Un militant droitier, Charlie Kirk, a été assassiné pendant un discours à une université dans l’Utah. Une heure après la fusillade, quand il était toujours en vie à l’hôpital, des gauchistes ont commencé à fêter l’événement en public :

Capture d'écran d'un tweet : « En ce moment, dans le carrefour des rues 5e et Pine au centre-ville de Seattle. Militant gauchiste tient une pancarte qui dit "Charlie Kirk fusillé, super !" »
Source

Le tweet dit : « En ce moment, à l’intersection des rues 5e et Pine dans le centre-ville de Seattle. Militant gauchiste tient une pancarte qui dit « Charlie Kirk fusillé, super ! » L’extrême gauche a infecté cette ville » M. Kirk est mort environ une heure après la publication de ce tweet. Vous pouvez juger le caractère de la personne dans la photo pour vous-même.

Je sais que pour beaucoup de Français, la seule violence politique aux États-Unis est le 6 janvier 2021. Mais la seule personne qui est morte en résultat de ce jour-là était l’une des émeutières, fusillée par un policier. Depuis le 1er janvier 2024, on a : le meurtre d’un PDG d’une compagnie d’assurance par un militant gauchiste pour des raisons politiques, deux tentatives d’assassinat contre Donald Trump en tant que candidat (juillet, septembre), un attaque incendiaire contre le gouverneur juif de Pennsylvanie et sa famille par un militant pro-palestinien, les meurtres de deux employés de l’ambassade israélien pour la même raison, les meurtres d’une députée de l’assemblée du Minnesota et son mari par une personne nommée pour un poste par le gouverneur démocrate, Tim Walz (dans l’espoir du meurtrier qu’il allait éliminer des rivaux de Walz pour le sénat, lien en anglais).

Après le premier attentat contre M. Trump, je vous ai parlé d’autres tentatives d’assassinat pendant son premier mandat, contre des députés et juges républicains. Heureusement, ces autres tentatives ont toutes échoué, même si les cibles ont été blessées. Mais cette fois, c’est différent.

Charlie Kirk était un homme extrêmement populaire parmi son parti. Il m’est difficile d’identifier une personne exactement pareille en France ; imaginez si 20 % des Français trouvaient BHL agréable, et vous serez sur le bon chemin. Sans question, il était un partisan, mais il participait à de nombreux débats avec ses adversaires, en grande partie de façon civile. Voici son apparition sur le podcast de mon gouverneur, Gavin Newsom — beaucoup de monde croient que M. Newsom sera le candidat démocrate en 2028. Il n’avait rien de Hitler ; pourtant, on voyait des fêtes dans les médias et sur les réseaux sociaux — « c’était l’un de ses supporters », « la personne qui a motivé la mort de Charlie Kirk était Charlie Kirk » (liens en anglais). Même les députés démocrates (pas tous) ont crié « Non ! » quand une députée a demandé un moment de prière dans le Congrès.

Pour ce qu’il vaut, je fais confiance qu’il n’y aura pas de violence en réponse à ce meurtre. J’ai vu un commentaire caustique hier après-midi : « Je suis en colère mais ça ne me donne pas le droit de saccager Best Buy ». Ce ne sera pas le moment George Floyd de la droite. Mais on vient d’atteindre la limite.

Renvoyé

J’ai du mal à ne pas penser à la situation de samedi soir, mais « heureusement » (il n’y a pas assez de guillemets pour ça), j’ai pensé à une autre anecdote qui m’est arrivée il y a une décennie et qui bien expliqué la situation sans nommer personne. Évidemment, je change les noms.

Caïn venant de tuer son frère Abel, de Henri Vidal, Jardins des Tuileries à Paris, France, Photo par Alex E. Proimos, CC BY 2.0

Alors, il y a 12 ans, La Fille avait une copine de classe, Ghislaine, à la maternelle. Je voyais les parents, Marguerite et Gaston, souvent en cherchant nos enfants à la fin de la journée, mais nous n’habitions pas très proche, l’un des autres. Cependant, il y avait un niveau de familiarité, et plus les filles grandissaient, plus les deux devenaient amies.

Aux États-Unis, ce qui serait la dernière année à la maternelle en France se trouve typiquement à l’école primaire, l’année que nous appelons « kindergarten » : notre 1ère est le CP français. (À partir du 6e, la France compte à rebours, nous comptons par ordre croissant. Miam, je veux un croissant maintenant.) Alors, cette année de kindergarten était dans une école publique (la maternelle était privée), et les heures étaient bien plus courtes qu’avant.

Marguerite a proposé à plusieurs parents, non seulement moi et mon ex, d’embaucher une prof de yoga pour enseigner nos filles une fois par semaine chez elle et Gaston. Nous avons dit oui, et c’était une assez grande réussite que ça a duré jusqu’à la fin du CP, 2 ans au total.

Puisque je travaillais à la maison, tout comme Gaston — nous sommes bien avant le Covid — j’avais l’habitude de chercher La Fille à l’école, de l’amener à la maison, puis d’y rester jusqu’à la fin de la leçon avant de rentrer. Nous parlions pendant les leçons, et je dirais que nous sommes devenus amis. Nous avons commencé de planifier d’autres choses ensemble : des journées à Disneyland, jouer ensemble dans les parcs du quartier, aller au ciné, vous avez l’idée. Pour être clair, Gaston était là pour presque tout.

J’étais entraîneur pour les équipes de foot de La Fille pendant 4 ans, 6 fois de 8 saisons possibles. La première année a eu lieu pendant le kindergarten, et c’était une assez grande réussite que Marguerite est devenue bénévole pour m’aider en été 2016, ce que l’on appelle « team mom » ou « mère de l’équipe », responsable du goûter après les matchs. Mais cet été, il y avait un problème.

Il y avait déjà l’un de ces parents-là sur notre liste. Victor savait que sa fille, 6 ans, allait être une star pour notre équipe olympique, et devrait donc jouer attaquante vedette pendant tout le match. (Elle n’est pas sur ce chemin de nos jours, mais laissez tomber ; ce n’est pas du tout sa faute.) Notre ligue avait une règle — chaque fille devait reposer pendant un quart — et en plus, j’avais l’habitude de changer les postes chaque quart, afin que tout le monde puisse expérimenter tous les rôles.

Un jour, Victor n’était pas content parce que sa fille avait commencé le jeu sur la touche, puis je l’ai mis dans les buts pour le deuxième quart. À mi-temps, il m’a affronté, et étant plus grand et plus gros que moi, menacé de me frapper. Sa femme était gênée, et pour ma part, j’ai failli appeler la police. Après ça, Victor a commencé de me dénoncer aux parents pendant tous les autres matchs.

Je dois avouer que ce n’était pas ma meilleure saison non plus. Je souffrais de la diabète sans reconnaître que j’avais besoin de médicaments, que l’exercice ne suffisait plus, et j’avais très peu d’énergie. Ça faisait plusieurs années que je n’avais pas consulté de médecin, et la faute était bien à moi. Gaston voyait ça, et ne voulait plus que sa fille joue sur mon équipe, sans rien dire. Honnêtement, je ne suis pas offensé par cette décision. Mais il a fait tout autre chose.

En automne, quand les nouvelles listes sont sorties, j’étais bien surpris quand Ghislaine ne soit pas dans mon équipe. Marguerite était aussi surpris, parce que son nouvel entraîneur n’était rien d’autre que Victor. Elle m’a dit d’appeler le gérant de la ligue et demander ce qui s’est passé. Et le gérant m’a dit : « Je ne vois pas de problème. C’est écrit sur sa demande d’inscription que les parents veulent que Victor soit son entraîneur ! » J’ai appelé Marguerite pour lui dire ça.

Un jour plus tard, elle m’a appelé à nouveau, et je pouvais entendre les larmes à travers le coup de fil. Son mari avait fait la demande exprès, sans lui dire. Elle s’est excusée, mais j’ai compris le vrai message :

À l’avis de Gaston, j’étais trop proche de Marguerite, avec tout le temps passé dans sa maison, même s’il était là pour savoir que rien n’est jamais arrivé. Il n’était pas toujours là pour les rendez-vous dans les parcs, et je n’allais jamais le convaincre qu’ils étaient aussi innocents que ce qu’il voyait avec ses propres yeux. Il me disait de cette façon « Éloignez-vous de ma femme » (et rappelez que selon moi, « vous » n’existe pas en anglais !), et depuis ce jour-là, au-delà de quelques bonjours aux écoles, je ne leur parle plus.

C’est ça la raison pour laquelle je fais hyper-attention en tout ce que je fais envers les femmes : pourquoi les interviews de 5 Minutes Avec étaient sans vidéo, pourquoi je n’ai jamais envoyé une demande d’ajoute à une femme (sauf une fois, et je le regrette toujours), et ainsi de suite. Si toutes les lectrices du blog faisaient des comparaisons entre les courriels échangés entre moi et elles pour des raisons diverses, je suis bien satisfait qu’elles seraient toutes d’accord que je n’ai rien tenté, que je m’excuse parfois même de les avoir contactées.

Vous comprenez maintenant pourquoi j’étais en pleine panique quand une femme mariée a accepté mon offre de covoiturage sur le forum de l’OCA pour aller voir Arnaud Demanche ?

Quand j’ai des amies françaises, c’est parce qu’elles m’ont proposé l’amitié à chaque fois, qu’il s’agit des expatriées ou de celles en France. De mon point de vue, si un mari ou un petit ami veut lire tous les messages entre nous, soyez le bienvenu — il n’y a absolument rien de coquin, sauf une fois pour me taquiner, et ce n’est pas venu de moi. (Ça m’a tué, mais je suis fiable.) Je ne fais pas d’appels sans avoir d’abord écrit. Si j’écris une carte postale ou une lettre, c’est toujours adressée à toute la famille si je connais les noms. Et pourtant… et pourtant…

Samedi, un moment Gaston est quand même arrivé.

Rien

Désolé, pas de Dimanche avec Marcel aujourd’hui, et rien d’autre non plus. J’ai eu une soirée de jeux pour la première fois en plusieurs mois avec l’OCA, et j’ai fait cette tarte à citron mal accueilli pour l’événement, mais ce n’est pas le problème :

Non, le problème est que quelque chose me dérange depuis trois semaines, je craignais que quelque chose n’aille pas avec une très chère amie, je lui ai enfin posé la question, et…

Disons qu’il ne faut pas poser les questions pour lesquelles vous n’êtes pas prêt à recevoir la réponse. J’ai essayé d’écrire quelque chose pour l’expliquer ici, mais il me semble que ce serait mieux si je me taisais.

Samedi était un jour très dur, c’est tout ce que je peux dire. Et cette situation ne va pas s’améliorer, alors j’ai le moral dans les chaussettes. Encore une fois, désolé.

Pommes de terre

Je ne vais pas vous dire que l’histoire ici est la pire chose que j’aie lu. Ce n’est pas vrai — notamment, personne n’est mort. Mais il y a du monde qui souffrent au sud-ouest de France en ce moment, et j’ai eu le cœur brisé en lisant celle-ci.

Notre histoire se déroule dans les Landes, plus connus sur ce blog comme le site de Notre-Dame des Cyclistes. Le gros titre de France 3 Nouvelle-Aquitaine a attrapé mon œil car je le croyais une blague : « « On ne leur achète même plus, c’est aberrant » : un agriculteur donne 70 tonnes de pommes de terre, faute de pouvoir les vendre ». Ça me semblait impossible : quoi, personne ne mange plus d’aligot ou de frites là ?

Pommes de terre Celtiane, Photo par Thomon, CC BY-SA 4.0

Qu’est-ce qui s’est passé ? Selon France 3 :

La question a été posée au secrétaire général adjoint de la FDSEA des Landes. « Le cas de Pissos n’est pas le seul dans le secteur, assure Denis Labri, j’ai beaucoup de collègues aussi qui ont des pommes de terre à ne plus savoir quoi en faire…

Le marché 2024 a explosé avec des prix importants et une récolte importante. Dans le nord du pays, les agriculteurs ont des moyens de stockages et donc ils ont stocké leur production, poursuit-il. Dans les Landes, les pommes de terre sont précoces (juin à début juillet)…

Le problème des patates produites dans les Landes, c’est qu’elles sont destinées à l’industrie et doivent être traitées dans les 48 heures, sans quoi elles ne restent pas fraîches très longtemps et pourrissent vite.

L’article raconte comment un producteur, pas nommé, se débrouillait face à la situation de pommes de terre sur le point de périmer :

Au lieu de détruire sa production, il préfère la donner, sachant que ces pommes de terre, une fois récoltées, ne peuvent pas se conserver très longtemps.

Alors, les gens viennent de partout pour prendre les pommes de terre, jusqu’à 70 tonnes. Impossible qu’il se débarrasse de tout avant qu’elles ne périment. Je voulais mieux comprendre combien d’argent il perd de cette façon, alors j’ai fait le calcul selon quelques hypothèses :

Aux États-Unis, les producteurs reçoivent 31,9 % du prix en détail dans la catégorie de légumes frais, selon le gouvernement. Puisque je ne suis pas expert en statistiques économiques françaises, je ne chercherai pas le pourcentage exact, mais j’estimerai qu’un tiers du prix en détail va aux agriculteurs. Quant au prix en détail, il y a des pommes de terre disponibles chez Carrefour de 0,60 €/kg à 7,99 €/kg. J’imagine que les industriels ne payent pas le haut de gamme, alors j’estimerai un prix en détail de 1 €/kg, donc un prix en gros de 0,33 €/kg. Avec ces chiffres, 70 000 kg de pommes de terre valent 23 000 € au producteur. Ce n’est pas rien !

Le problème, c’est que l’année dernière, selon France 3, le prix en détail était environ 2 €/kg. Alors, il s’est effondré de 50 %, et en quelque sorte, la demande est encore plus faible que ça suggère. Ces chiffres nous disent que l’année dernière, le producteur aurait espéré des revenus de 46 000 €. C’est un changement de presque 70 000 € d’une année à la prochaine — un vrai coup dur. Et comme nous avons entendu, c’est arrivé à beaucoup de producteurs landais.

Je n’ai pas de solutions. Mais si je peux me citer dans un livre que très peu d’entre vous ont lu, « la réalité des producteurs n’est pas L’amour est dans le pré. » Complètement par hasard, ça venait de mon essai pour les Landes. Peut-être que j’ai appris quelque chose pendant ces dernières années après tout !

Paillasson

Puisque je vous ai parlé du déménagement à venir, je jette une bouteille à la mer, parce qu’il y a quelque chose que j’aimerais avoir pour le nouvel appartement. Peut-être que l’un d’entre vous aura la bonne idée.

Il y a des années, j’ai vu le paillasson le plus hilarant de tous les temps sur Facebook :

Ça dit « Oh non, pas toi encore »

À l’époque, je l’ai mis dans Google Images, dans l’espoir de le trouver, sans succès. Malheureusement, il me semble que la source originale n’est qu’une page d’humour, Rigolotes.fr.

Une recherche sur Google pour des produits qui ressemblent au paillasson n’est pas très utile — on trouve d’autres choses faites des mêmes matériaux, mais pas les mêmes mots du tout, peu importe le même produit :

4 paillassons dans les résultats de Google. Aucun ne ressemble exactement à l'original, un dit juste « Encore toi ? » et deux disent « Bonjour » plutôt que le même message.

Je suis moins que ravi que même une recherche chez Leroy Merlin ne donne qu’une version en anglais :

Capture d'écran du site de Leroy Merlin, le paillasson dit "On no, not you again"

C’est quand même moche en noir et blanc ; même si c’était en français, je ne serais pas preneur avec ces couleurs.

Un autre problème, c’est qu’à cause du fait que les moteurs de recherche utilisent désormais des représentations numériques plutôt que des mots dans leurs bases de données, afin de tout traduire automatiquement, cette recherche retourne pas mal de résultats en anglais, même si fait en français :

Capture d'écran d'une recherche sur Google avec un produit sur Etsy qui porte la traduction anglaise

Je suis étonné à quel point c’est difficile ! Et pour être honnête, je sais que les voisins ne le comprendront pas. J’espère inviter quelques membres de l’OCA à dîner chez moi une fois que nous sommes installés, et ils comprendront, mais je crois qu’ils le trouveront drôle.

Alors, si on sait où je peux trouver le bon paillasson, j’en serais très reconnaissant !

Cadeau d’anniversaire

([Je sais, nous n’attendions pas tous à revoir mon ex. Mais vu les actualités, elle insiste sur être de retour, juste une fois. — Justin])

Bonjour, les ennemis ! Je continue de ne pas comprendre pourquoi vous fréquentez tous ce type, qui n’a jamais rien fait de bien. Mais en quelque sorte, la France entière — non, l’UE entière — vient de confirmer que j’avais — que j’ai — raison, et que le monde existe uniquement pour le punir (ainsi que pour chanter mes louanges, bien sûr). Après tout, je lui ai dit en 2001 que Dieu avait envoyé le krach boursier pour lui apprendre l’humilité. Et il m’a épousé après ça ! Mais le 29 août est mon jour, et ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était que la France m’offrirait un cadeau d’anniversaire pour le cibler aussi !

Poste de La Destrousse aux Bouches-du-Rhône, Photp par François GOGLINS, CC BY-SA 4.0

Je ne remercie jamais personne, car tout m’est simplement dû, mais vraiment, je suis impressionnée. Alors, qu’est-ce que vous avez fait pour me plaire ? C’est notre vieille amie La Poste qui m’a livré ce cadeau :

En dehors de ces trois exceptions, tout envoi postal à destination des États-Unis effectué à partir du vendredi 29 août 2025 sera bloqué et retourné à l’expéditeur. De plus, le retour de marchandises provenant d’un achat effectué chez un commerçant américain entraînera le paiement de frais de douane.

La Poste [gras/italiqies ajoutés]

D’habitude, en anglais — ce que vous devez tous apprendre afin que La Fille puisse arrêter de suivre un cours contre lequel j’ai lutté ! — on dit, avec de fausse modestie, « You shouldn’t have » (« Tu n’aurais pas dû [le faire] ») en acceptant un cadeau. Bien sûr, dans mon cas, vous auriez dû, et plus tôt.

Alors, quelles sont les trois exceptions ?

Les envois de cadeaux entre particuliers d’une valeur inférieure à 80€/100$ par colis

Les envois par Chronopost

Les envois de courrier contenant uniquement des documents (y compris les prêts à poster)

Alors si vous aviez mis en place cette règle plus tôt, vous auriez pu bloquer le colis que son ami lui avait envoyé avec des jeans du Temps des Cerises, et ça malgré le fait que Justin avait payé les vêtements. Ça aurait été drôle ! Je suppose que la troisième catégorie ne bloque pas les cartes de vœux. Dommage. Mais les cartes postales ? Est-ce qu’elles tombent dans les exceptions ? On dirait qu’il s’agit uniquement d’un document, mais avec le bon avocat, on pourrait toujours argumenter que « contenir » distingue les enveloppes de leurs contenus. Ce serait merveilleux pour foutre le bordel !

Bien sûr, il y a un petit peu d’hypocrisie dans l’annonce de La Poste. Elle dit :

Les marchandises sont à présent taxées dès le 1er dollar, alors qu’elles disposaient jusqu’alors d’une franchise de droits de douane jusque 800 dollars.

Et qu’est-ce qui est arrivé quand Justin voulait envoyer un colis en France en 2023 ? Ah oui, quand l’UE pensait qu’il ne s’agissait pas d’un cadeau, elle voulait facturer son amie 43 $ de frais et d’impôts contre une valeur de 40 $ de biens ! Et même quand il s’agissait d’un cadeau, la franchise de droits de douane avait une limite de 45 €. C’était beaucoup moins de 800 $, c’est certain !

Mais j’adore ça. L’important, c’est qu’une telle que moi comprend la vérité : les hommes politiques des deux côtés sont désormais dans un grand concours de pisse, comme on dit en anglais, et c’est les fourmis qui souffrent. Et je me réjouis ! Après tout, pensez-vous que Justin aurait envoyé un colis de 200 $ en France en 2021, dont son ami avait payé les marchandises, face aux taxes de 2023 ? Nope. Avec un peu plus d’effort, nos hommes politiques mettront définitivement un terme à exactement les échanges qui ont donné lieu à son blog.

Bien sûr, il y a un moyen simple pour éviter tous ces problèmes : soyez comme moi, le genre de personne avec qui personne ne veut échanger de cadeaux !

Vraiment, je suis une génie. Et avec ça, a-dieu !

Les yeux ouverts

Il y a longtemps, le 7 août 2023 pour préciser, j’ai raconté une Blague de la Semaine dont la chute était :

Tout à coup, le bistrot disparaît et le blogueur se trouve au bout d’une queue devant une mairie ! Il crie « Saint-Pierre ! Mais où est donc passé mon bistrot ? Mon ketchup ? » Et Saint-Pierre lui répond, « Ah oui. Avant, vous étiez touriste. Maintenant, vous y habitez ! »

Évidemment, j’ai volé la structure de la blague à une centaine d’autres sur un choix entre le ciel et l’enfer (et à noter, pour moi-même, c’était juste entre deux formes d’enfer). Mais mon but là était aussi de montrer que j’étais au courant du fait que mes sujets sont souvent légers et touristiques. ([Surtout les guerres. — M. Descarottes])

Image de Carrefour en tant que les portes du ciel -- créée par l'IA Google Gemini
Carrefour en tant que le Ciel, Image créée par l’IA Google Gemini

Mais j’ai fait certains choix il y a longtemps sur ce que je dirais et ce que j’éviterais, même avant le début du blog, et il me semble que mes bonnes intentions ([Lâcheté]) donnent fausse impression que je pense que la France est Disneyland avec de meilleur fromage (c’est juste Carrefour). Parlons d’abord de ce que j’ai fait exprès.

Dans le tout premier post, que très peu de monde a lu, j’ai dit :

On n’a que trois règles:

  • PAS D’ANGLAIS
  • Pas de politique, sauf les dessins
  • (soyez gentil, s’il vous plaît)
On commence !

Je voulais sincèrement créer un espace sans parler de la politique, et encore plus important, vu les majuscules, montrer que je n’étais pas ici pour m’imposer. Mon attitude plus-que-québécois sur ma langue de naissance vient de deux sources, mais ce que je voulais dire, c’était que je n’allais jamais insister que la France se conforme à moi. Je ne veux pas de menus en anglais, de service aux clients en anglais, rien. Depuis ce temps, en parlant de ce qui m’énerve aux États-Unis, j’espère que mes raisons sont devenues plus claires : je n’aime pas du tout que personne ne ressente la même chose chez moi, et je ne suis pas hypocrite. ([Sur ce sujet, quand même.])

L’autre chose est plus personnelle, et je sais que personne ne me prend au sérieux quand je le dis, mais je n’ai plus envie d’entendre l’anglais. Du tout. Tout mauvais souvenir dans ma tête, c’est en anglais. Et même si ce n’était pas une raison, entendre ce que les cons ont fait de ma langue est insupportable. J’apprécie sincèrement que même s’il y a plein de Français qui s’en foutent de la grammaire, c’est une vraie passion pour une belle partie du pays. Ce n’est pas honteux de s’en soucier, pas comme chez moi.

Mais tout ça n’est que mes névroses. Il m’est évident que j’ai complètement échoué une autre tâche, vous convaincre — et ça veut dire, j’espère, convaincre un fonctionnaire pendant un entretien de visa — que je préfère les problèmes de la vie en France à ceux de chez moi. Puisque je n’en dis presque rien, au nom de me comporter comme un invité, beaucoup de monde pense que je ne vois rien, ou comme a dit l’un de mes critiques : « L’auteur est tombé en amour. Ça rend aveugle ». Alors, parlons juste une fois de ce que je vois, mais essayez de ne pas répondre avec « Mais les É-U ». Ça arrive souvent quand un étranger critique son pays, mais j’espère que vous serez d’accord que je suis honnête sur le mien.

Quand j’ai envie de prendre rendez-vous chez le docteur, s’il s’agit d’un généraliste, j’ai un choix de nombreux cabinets le même jour. Il est fort probable que je paye entre 150 et 200 $ pour la visite, mais la disponibilité n’est jamais un problème. Si je veux prendre rendez-vous avec mon docteur habituel, j’ai besoin d’un mois d’attentes, et si je veux un vrai spécialiste — un cardiologue ou un dermatologue — il faut attendre deux mois en général, mais pas plus. Même chose chez les dentistes. J’ai entendu de nombreuses plaintes de mes amis en France au fil des années à cet égard. Avec les problèmes que j’ai déjà, déménager montre de mauvais jugement de mon côté. La climatisation me manquera aussi ; je compte sur elle toute ma vie, mais je sais ce que vous en pensez.

Si c’est vrai que les prix des produits français sont beaucoup plus bas par rapport à ce que je paye — 6, 85 € pour un paquet de Brets au lieu de 1,99 € ! — c’est aussi vrai que les salaires sont plus bas, et que se faire embaucher est souvent un cauchemar. J’ai vu un ami galérer pendant presque 4 ans sans boulot, et cette personne était citoyenne et pas stupide du tout. Je n’imagine pas que ce sera du gâteau venant de l’étranger, et surtout pas jeune. En ce qui concerne l’âge, il n’y a rien à envier, mais c’est un défi des deux côtés.

L’efficacité et l’esprit de service aux clients des fonctionnaires français ne laissent rien à envier non plus. J’ai une amie dont son époux est étranger ; sa lutte pour renouveler son visa a duré plusieurs années malgré le fait d’être époux et père de citoyens.

Il y a deux ans, je vous ai parlé de virer des amis à cause de la politique, quelque chose que j’avais refusé de faire même en réponse aux émeutes de 2020, quand beaucoup de mes amis ont viré des gens comme moi, qui soutiennent les forces de l’ordre dès que les manifs deviennent les saccages. Je ne fais pas d’excuses pour cette attitude. Mais le cadre de ce post était une paire d’événements dans le métro parisien. Beaucoup de liens dans ce post-là ne fonctionnent plus, mais il s’agissait d’un incident où des musulmans chantaient « nique les Juifs » dans le métro et de jeunes Français chantaient « Douce France ». Et puisque la France est aussi perplexe que les États-Unis en ce moment, il y a eu pas mal de Français qui trouvaient ce dernier tout aussi problématique. Il y a des captures d’écran dans ce post ; je n’exagère pas. J’ai trouvé cette situation lamentable, et je n’ai pas oublié les noms de Samuel Paty ou de Dominique Bernard non plus. Mais c’est pareil chez moi. Nous avons eu notre propre attentat californien pas loin de chez moi, 3 semaines après le 15 novembre 2015. Et la mosquée des attaquants, c’était juste à côté de Disneyland !

La différence entre les deux situations n’est pas entre le paradis et l’enfer. C’est un peu comme ma blague d’en haut, un choix entre deux situations difficiles. Et une punition unique m’attend en France : j’ai déjà raté beaucoup des opportunités que j’aurais voulues si j’avais appris la langue au bon moment. Il faudra m’en souvenir tous les jours ; n’imaginez pas que ça ne m’attriste pas. Mais laissez-moi acheter un petit appartement à Rouen et mon pain quotidien, peut-être enfin avoir Canal+ à la télé, et je ne dérangerai personne.

Pauvre Jean

J’écoutais Les Grosses Têtes hier, ou plutôt une rediffusion, car si j’ai bien compris, l’émission est en congés pendant tout août. Les intégrales sont toutes intitulées « le best of », et l’on dit ça aussi à la radio. (Est-ce que ces voix sont ce que l’on appelle une « speakerine » ?) L’important, c’est que RTL joue beaucoup beaucoup beaucoup plus de musique pendant l’émission que d’hab. Hier, il y avait un groupe américain, The Whispers. Bof. Si je voulais écouter de la musique en anglais… j’aurais aussi besoin d’une appli de radio sur Internet, car la moitié des stations chez moi sont hispanophones. Mais laisser tomber, même si ce n’est pas pourquoi j’écoute RTL. Il y avait une autre chanson qui a attiré mon attention, et si ce n’est pas un « Je découvre », peut-être qu’il y en aura un plus tard.

Jeanne Cherhal, Photo par Benjamin Bellamy, CC BY-SA 4.0

Il s’agit d’une nouveauté d’une chanteuse inconnue pour moi, Jeanne Cherhal. Sur son album, Jeanne, sorti plus tôt cette année, il y a une chanson d’amour intitulée « Jean ». D’abord, je dois le dire : quelle mignonnerie catastrophique, un couple de même prénom ! Le duo Paul et Paula a fait pareil avec « Hey, Paula » pendant les années 60 (il s’agissait de noms de scène pour les deux). De toute façon, elle n’est pas vraiment en couple avec un nommé Jean, mais écoutez :

Tout au début, et j’ai failli écraser ma voiture* en hurlant, « Non, mais sérieusement ! », elle chante :

Jean, j’en ai marre de rêver de vous

Jean, j’en ai marre de parler de vous

Jean, j’en peux plus de ne penser qu’à vous

*Pas vraiment, j’étais stationné.

En 5 ans d’étudier la langue, il ne m’est jamais une fois venu à l’esprit qu’il y a des calembours à faire avec « Jean » et « J’en ». Et maintenant, j’ai du mal à penser à autre chose. C’est exactement pareil aux calembours horribles pour « Justin » en anglais, qui peut aussi se lire comme les mots « Just in », le plus souvent pour « Just in time » (juste à temps) et « Just in case » (au cas où). J’ai cité une pâtissière française qui se surnomme « JustInCooking » pour le broyé du Poitou dans le livre, et elle est en fait une Justine, mais ouf : je croyais que j’avais échappé à cette blague ! Nope. Mes condoléances aux Jean ; je compatis.

(Si je rencontre la bonne Justine, merci d’oublier tout ça.)

Mais quant à Mme Cherhal, elle a une voix assez agréable. J’ai fini par écouter la moitié de son album sur YouTube. Mon plus haut compliment est que je peux facilement comprendre ce que l’on chante, et je pouvais évidemment la comprendre en écoutant RTL, sans avoir les paroles devant moi. Ça fait apparemment 6 ans depuis sa dernière apparition sur Taratata, mais si elle était assez bonne pour l’émission, c’est assez pour moi !

Les télé-arnaqueurs

Je ne sais pas vous, mais moi, les téléphones me manquent. Les vrais, avec des fils, et plus important, qui apportaient de temps en temps de véritables appels. De nos jours, si je reçois un appel qui vient d’un numéro inconnu, c’est une arnaque chaque fois. Mais pendant les 6 dernières semaines, une arnaque très particulière m’appelle tous les jours, du lundi au vendredi. Et en quelque sorte, ça touche presque tout le monde aux États-Unis, sans que les autorités essaient de l’arrêter.

Non, ce n’est pas (encore) une plainte sur le gouvernement ou même Amazon. Je suis complètement sérieux. Et je vous promets un sacré rebondissement !

Les appels sont toujours pour un prêt bancaire que je n’ai jamais demande, pour une entreprise dont je ne suis pas le propriétaire, auprès d’une banque qui n’existe pas. À part ça, tout passe crème. Voici un message vocal typique :

Capture d'écran du texte du message

L’essentiel dit :

Bonjour, ici Vanessa de la succursale de la Côte Ouest de la Banque de petites entreprises. J’essaie de contacter soit toi soit quelqu’un dans ton équipe financière depuis des jours. J’ai laissé un message vocal et même un texto en milieu de la semaine dernière, mais je n’ai pas réussi à te joindre… J’examine ta demande et elle est sur le point d’être approuvée… (beaucoup de n’importe quoi sur comment la contacter)

« Elle » vient de la Côte Ouest, hein ? Voici un échantillon des numéros desquels je reçois ce message :

Collage de 5 captures d'écran des numéros de téléphone

Le tout dernier, reçu hier, est en fait d’une ville californienne. Mais les 4 autres ici utilisent de (faux) numéros de soit le New Jersey soit le New York.

Personne n’est perplexe sur le caractère de ces messages, mais ils sont partout. Et il s’avère que la vérité, c’est que les arnaqueurs sont mes voisins. Je ne veux pas dire « dans le même pays », ou « dans le même état ». Il s’agit d’une entreprise dont je peux marcher à son bureau.

Sur le site Reddit, on peut facilement découvrir de nombreuses plaintes avec des captures d’écran identiques à la mienne. Voici un lien. Mais à ce lien, on découvre ce qui arrive quand on répond :

Commentaire sur Reddit qui parle des efforts de son auteur pour découvrir la source des appels

Ce monsieur dit que quand il a appelé le numéro, il est tombé sur le répondeur d’une entreprise nommée « Better Rise Capital », à Irvine. La voilà sur Google Maps :

Carte d'Irvine avec l'adresse de Better Rise Capital épinglée

Je ne veux pas donner mon adresse exacte sur le blog, mais disons que c’est à moins de 2 km de chez moi !

En juillet, un journal dans le New Jersey, Asbury Park Press, a publié un article sur exactement cette arnaque, sans découvrir sa source irvinoise. C’était plein d’astuces inutiles venant de la FCC, l’agence du gouvernement fédéral responsable de garder contre exactement ce genre de fraude. Par exemple, « ne partage pas de données personnelles », et « n’oublie pas de t’inscrire à la liste « Do Not Call » du gouvernement » — les publicitaires légitimes ne sont pas censés faire des appels aux numéros sur la liste. Comme si les arnaqueurs se soucient d’une telle chose !

Mais une astuce est spéciale : « Ne réponds pas aux appels provenant de numéros inconnus. » Ah oui, c’est grâce à exactement ça que les appels téléphoniques sont devenus complètement inutiles — quand je reçois des appels des bénévoles au lycée de La Fille, ou des cabinets médicaux, ils vont directement sur mon répondeur, car mon portable ne sonne même plus !

Cependant, il y a un bienfait inattendu. Juste au début de cette arnaque en juillet, j’ai entendu parler d’un site du gouvernement français, Vivre Avec La Chaleur. Parmi ses bonnes idées — désormais supprimée, car incroyable ! — on trouvait l’astuce de louer un logement dans un endroit moins chaud. Je ne plaisante même pas :

Capture d'écran qui dit en partie « Si vos moyens financiers le permettent, louez pendant quelques jours un logement mieux isolé de la chaleur quelques jours. »
Capture d’écran par Emma Ducros

Quand j’ai vu cette astuce, j’étais un peu étonné. Mais maintenant, je vois que c’est rassurant au cas où je réussirais à déménager : nos deux gouvernements ont la même idée pour résoudre des problèmes. Vous avez payé soit votre numéro de téléphone soit votre logement et avez des problèmes ? Ne les utilisez plus !

Que ferions-nous sans fonctionnaires pour avoir des idées de génie ?

L’algolangage

Ce n’est pas Langue de Molière pour cette semaine, mais il s’agit d’une question de traduction en français, posé par des conversations entre moi et La Fille ces derniers mois.

Notre histoire commence avec le film le plus marrant de l’année, Minecraft, le film. Nous l’avons regardé ensemble à sa sortie, mais en anglais, alors il y avait très peu à dire à l’époque. Cependant, depuis ce temps, contre tout attente, c’est moi l’obsédé, pas ma fille. Car ce film présente (puis tue) mon personnage préféré de presque n’importe quelle comédie, le général Chungus :

Source, CC BY-SA 3.0

Avant de continuer, il faut ajouter que ce film était aussi détesté en France par le public que par les critiques, alors qu’aux États-Unis, c’était un échec critique mais une réussite auprès du public. En le regardant, il m’était évident que ce serait le cas, parce que tous mes moments préférés sont intraduisibles, comptant non seulement sur l’argot anglais, mais l’argot de la génération de La Fille. Je ne le connais que très peu, d’où les fous rires pour moi, ce qui était hyper-gênant pour La Fille.

Alors, le général Chungus. Il ressemble à un sanglier bipède, et quand nous le rencontrons pour la première fois, ses bruits son effrayants. Puis il commence à parler, et la voix est 100 % surfeur californien des années 80, complètement décontractée et sans menace. Mais les mots sont tout autre chose ; ce sont de l’anglais, mais un anglais que je ne connais pas. C’est de « l’algolangage ».

Le Figaro l’explique :

Pour contourner la modération sur certains mots ou sujets tabous, les utilisateurs du réseau social chinois construisent une nouvelle façon de communiquer.

Un émoji «tournesol» pour parler de la guerre en Ukraine ou «dépression» écrit «depre$$ion». Ces mots et ces symboles ne vous disent peut-être rien et pourtant ils fleurissent sur TikTok. Sur le réseau social chinois est en train d’émerger un autre langage. Aussi appelé «algospeak» ou «algolangage» en français, il a pour caractéristique d’être contraint par l’algorithme de la plateforme, comme l’explique le Washington Post. D’où la contraction entre les mots «algo» et «langage».

«Panini», «segg» ou «depre$$ion» : l’algolangage, le nouvel argot des utilisateurs de TikTok, par Klara Durand

Nous allons parler de ma réplique préférée, et pourquoi ça ne se traduit pas, au moins pas de façon satisfaisante. Un youtubeur a gentiment ramassé toutes les répliques du général dans un seul clip ; je l’ai mis au bon moment (1:19, au cas où) :

Il dit en anglais : « I’m really sorry, but I have to unalive you and stuff. » Le mot en caractères gras et italiques, « unalive », est de l’argot dit algolangage. Je suis au courant de son existence depuis 3 ans déjà, mais je ne savais pas d’où il venait jusqu’à maintenant. C’est un bon exemple de pourquoi le film ne se traduit pas.

Une traduction idiomatique sans essayer de préserver l’argot serait : « Je suis vraiment désolé, mais il faut que je te tue. » (Il y a une deuxième expression argotique, « and stuff », mais mettons-la de côté pour l’instant.) Mais il se passe que Le Figaro parle d’exactement ce mot :

Et «unalive» (qui se traduirait par «nonvivant» en français) est devenu récurrent pour aborder la mort ou la question du suicide.

C’est vrai, mais incomplet. Le préfixe « un » se traduit habituellement par « non », et « alive » par « vivant », mais ça rend un nom. Et une belle partie de l’humour de cette réplique, c’est que Chungus, ainsi que les internautes, utilisent ce mot en tant que verbe. En français, on pourrait donc dire « Je dois te rendre nonvivant », mais ça rate l’humour du changement inattendu de la partie du discours. J’ai essayé de trouver un clip en français pour voir ce qui s’est passé dans la version officielle, mais c’était impossible. Le film a enregistré 2,6 millions d’entrées — mais avec une note moyenne de 1,9/5 parmi les spectateurs, n’a pas de fans passionnés pour mettre des clips en ligne.

L’article du Figaro date de 2022, et j’imagine que les choses ont évolué depuis ce temps. Mais je n’ai rien trouvé pour suggérer qu’il y a une traduction plus concise, ou que « unalive » a fini par être adopté par les tiktokeurs francophones. (Tant mieux, je suppose.) C’est donc un bon exemple de l’humour que j’aimerais partager mais ne tombe pas.