La carne asada et les frijoles de la olla

Il n’y a pas de Dimanche avec Marcel cette semaine parce que le 5 mai tombe lundi, ce qui est aussi le jour de la balado. Et chaque année, je vous propose un dîner mexicain pour Cinco de Mayo, ou comme disait M. le président Obama, Cinco de Cuatro. Nos autres plats : tacos de poulet à l’achiote, la birria, le chili colorado. Cette année, je vous présente la carne asada (littéralement « viande grillée ») et les frijoles de la olla (« haricots de la casserole ») :

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J’ai faim ; allons les préparer !

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La vie sous les droits de douane

Aujourd’hui est l’anniversaire de La Fille, ce qu’elle passera chez sa mère, car c’est de son tour. Ce n’est pas mon sujet, mais je ne veux pas le laisser tomber.

Cette semaine marque les « 100 jours » du nouveau mandat présidentiel ici, et à partir du 20 janvier, je pensais à écrire quelque chose sur le sujet, comme fait beaucoup de notre presse. J’avais largement décidé de ne pas faire ça, et je ne le fais pas ici, sauf pour une chose, parce qu’elle m’a frappé il y a deux jours.

Boîte de Metformin
Metformin, Photo par Ash, Domaine public

Non, non, je ne pars pas pour les camps. ([Mais c’est ce qu’ils lui feraient dire. — M. Descarottes]) (Au fait, et sérieusement, il n’y en a pas, et il ferait du bien si tout le monde arrêtait de faire semblant que c’est l’Allemagne de 1941 ici.) C’est plutôt ce qui m’est arrivé à la pharmacie, un changement de coûts comme jamais de la vie — sauf pour les œufs l’année dernière.

Je prends plus de cachets que je n’aimerais l’avouer. Parmi les plus importants, c’est le Metformin, pour le diabète. Jusqu’en avril, je payais toujours 10 $ les 3 mois, comme dans le texto suivant de janvier :

Texto avec une notification que je payerai 10 $ pour mon ordonnance.

C’était 10 $ pour 180 cachets de 1000 mg. Mais malgré le fait que mon ordonnance n’a pas changé, voici le nouveau prix :

Texto avec une notification que le prix de mon ordonnance est désormais 24 $.

Ouaip, 24 $ pour la même quantité, la même dose. Qu’est-ce qui a changé pour hausser le prix par 140 % ?

Ah oui, on a haussé les droits de douane contre la Chine jusqu’à 140 % (lien en anglais), et ces cachets viennent d’exactement ce pays. « Mais Justin », vous me dites, « selon votre lien les nouveaux droits de douane ne s’appliquent pas aux cachets ! » C’est vrai, les amis, c’est vrai. Mais toutes les chaînes de pharmacies ont haussé le prix de Metformin par au moins ce taux ce mois, et ça n’a rien à voir avec l’assurance. Bien sûr, je suis le bienvenu de payer 30 $ chez CVS, notre plus grande chaîne de pharmacies, si je suis mécontent de 24 $ chez Walmart. (Tout est toujours plus cher là.) Le problème, c’est que tout le monde croit que les exonérations ne dureront pas, et c’est pour ça que les prix de tout venant de Chine commencent à monter en flèche ici en ce moment. C’était comme ça que tous les supermarchés ont imposé l’impôt californien sur les sacs en plastique le lendemain de notre élection en 2016, où cette loi a été adopté, malgré le fait que la loi n’entrait pas en vigueur jusqu’en 2017.

J’ai l’impression que je vais vraiment profiter de la vie quotidienne pendant les mois à venir.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Et tu verras

Désolé pour la familiarité, mais je ne pouvais pas trouver une meilleure parole pour intituler Langue de Molière cette semaine. Naturellement, ça vient de ma chanson préféré depuis presque 5 ans déjà, Un Jour Dans Notre Vie. Mais pourquoi l’évoquer quand on n’est pas le 29 mars, comme d’hab ? Et pour cela, il faut examiner ce clip de l’humoriste Paul Taylo. C’est de son spectacle bilingue, et il parle à moitié en anglais, mais c’est sous-titré :

Dans ce clip, M. Taylor commence par dire «Ô, les Français, vous aimez bien les blind tests à la fin de la soirée. » Ici, mes oreilles se sont dressées — je n’avais aucune idée de quoi il parlait, mais tout comme « jogging » et « pressing », ce que cette expression voulait dire en français devait être tout autre chose que ce à quoi je pensais.

Il continue : « Chez nous, un blind test, c’est vraiment un test pour un aveugle. » Ce n’est pas exactement correct, mais sur un plateau, je le laisserais passer. En fait, on parle de deux genres de tel test, « single-blind » et « double-blind », mais les deux n’ont rien à voir avec l’ophtalmologie. Ce sont plutôt des expériences scientifiques, souvent liés à la médecine. Mon dictionnaire bilingue les rend comme « en single/double aveugle » — c’est-à-dire des expériences où soit le sujet uniquement soit le sujet et le chercheur également ne savent pas si le traitement que le sujet reçoit est réel ou un placebo.

On reprend : « En plus, avec cette définition, ça ne marche pas parce que si tu fermes tes yeux pendant le jeu, ça ne change rien ! » Je mourrais de curiosité à ce point — c’était quoi le jeu en question ?

Finalement, on a la réponse « Nous, on appelle ça « Nomme Cette Chanson » ». Non, mais sérieusement ? J’avoue, je ne le croyais pas complètement sur parole, alors je l’ai recherché — et j’ai tout de suite découvert une entreprise parisienne, ThisIsBlindTest, qui « vous enfermer dans une salle bien isolée, et d’affronter votre famille, vos amis ou vos collègues, seul ou en équipe, sur diverses thématiques musicales ».

Nous avons donc encore une fois un emprunt qui ne l’est pas du tout. C’est plus logique qu’à la one again, mais moins qu’un pressing, qui est au moins l’endroit où le verbe anglais « press » a lieu. J’ai en savoir plus sur comment vous avez adopté cet anglicisme bizarre, et je crois que j’ai la réponse.

Il me semble que les premiers jeux de ce format, sous ce nom, avaient lieu sur l’émission Tout le monde en parle, diffusée sur France 2 entre 1998 et 2006, et animée par Thierry Ardisson, qui je connais seulement par nom. Pourtant, selon Wikipédia, ce n’était pas directement à lui :

Mais c’est toujours Béatrice Ardisson, à l’origine de cette idée, qui sélectionnait les titres, étant ainsi, à elle seule, à l’origine de 130 blind tests thématiques que Philippe Corti, et par la suite les DJ, passaient en plateau.

Tout le monde en parle, Wikipédia

C’est donc apparemment à Mme Ardisson de choisir cette expression. Tout ce que je peux dire de ça, c’est qu’elle avait mal compris l’anglais. Ou peut-être qu’il lui semblait mieux qu’une expression plus longue en français. « Nommez cette chanson », ça aurait vraiment dérangé ? Je trouve ces faux anglicismes souvent mystérieux.

De toute façon, INA a une collection plutôt impressionnante sur YouTube, avec la moitié de ces diffusions. Voici un exemple, avec qui d’autre mais « Nicola Indochine », comme dit la légende sur l’écran :

Nico se révèle plus fort que moi, pas vraiment surprenant vu que je n’ai même jamais entendu les morceaux de Noir Désir ni de The Cure qu’il identifie pendant 3-4 secondes.

Il y a un chapitre dans le livre qui parle d’exactement ma perplexité face à ce genre d’expression d’un côté, et de l’autre côté, la perplexité des Français quand je sors des expressions québécoises dans le but de les éviter. « Plus royaliste que le roi », on disait de moi à cet égard, un titre que je porte avec fierté.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec le problème d’un roi que les Français ne réussiront jamais à décapiter.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est le 1er, version mai 2025

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

OMD, mais ce mois m’a pris par surprise. D’habitude, je prépare ces billets au fil d’une semaine. Pas cette fois.

Au fait, je fais une autre expérience sur Instagram. La semaine dernière, j’ai publié des photos de blondies de Péla — Insta ne les a montrées à personne. Aujourd’hui, j’ai publié un cookie géant de Péla — recette publiée ici avant, suite à une demande de La Fille (qui est de retour chez moi, et apprécie vos mots gentils). Mais c’est un « reel ». Je parie que je me réveille à une plus grande réussite. Je déteste devoir faire des vidéos pour ce site-là.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

Nouveaux à moi :

  • Rien. Et vu la taille de ma liste, peut-être que ça va.

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things n’a rien publié ce mois, mais ne va nulle part.

À encourager :

Rien de nouveau chez Bonheur des yeux et du palais, La triade littéraire de Velaris, L’autodidacte aux mille livres, Les Dédexpressions, Le Stylo sous la Gorge, La taverne d’Onos, Et si Facebook disparaissait?, Thriller Addict, Bessie’s Bazaar, Je suis sur la route, Maman Lyonnaise, L’Atelier du Phoenix, La bibliothécaire, Grain de Sable, et Bonheurs culinaires. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

J’ai honte

Langue de Molière est reportée jusqu’à demain ; j’avais déjà mon sujet, ce que j’annonce toujours à l’avance pour une bonne raison — c’est quelque chose que je ne veux pas chercher au dernier moment. Mais je suis en colère au point où je ne pouvais pas me concentrer. En colère contre quelqu’une, et en colère contre moi-même parce que je me blâme à chaque fois où cette inconnue blesse l’un ou l’une de mes proches.

Je ne suis pas censé donner des noms. Alors supposons que c’est juste une situation hypothétique.

Peut-être qu’un enfant de ma connaissance veut un chien depuis une décennie. Moi, ayant signé un contrat pour mon appartement où je n’ai pas le droit de garder ni un chien ni un chat à la maison, je ne pouvais jamais avoir un tel animal chez moi. C’est comment il est arrivé que M. Descarottes y habitait.

Bouledogue, Photo par Aobranc, CC BY-SA 3.0

Alors, cet enfant demandait souvent à un autre parent, je ne sais pas qui, s’ils peuvent garder un chien. En général, la réponse était non, mais parfois, ils visitaient un refuge pour chiens pour penser à adopter un animal. Supposons aussi que cette autre personne avait un compagnon — appelons-le Gargamel, car je choisis ces noms par hasard. Ça n’a rien à voir surtout avec sa coupe de cheveux. Supposons que Gargamel voulait aussi un chien à la maison.

Supposons donc que cette famille est allée au refuge, a adopta un chien, a signé les papiers, est rentrée avec l’animal… et plusieurs heures plus tard, quelqu’une décide qu’elle ne veut pas de chien après tout, et que le chien sera renvoyé le lendemain matin.

Pensez-vous que l’enfant serait content ? Ouais, moi non plus. Mais peut-être que c’est de ma faute que l’enfant doit supporter tout ça.

Mario en douce

Génie que je suis, j’ai refait mes madeleines hier soir, et le lot a collé au moule, cette fois sans l’aide de chocolat. Alors, plus tôt que planifié, je vous raconterai l’histoire de la plus grande bêtise que j’ai jamais faite avec une console de jeux vidéo.

Certains d’entre vous ont trouvé mon compte personnel sur Instagram, à ne pas confondre avec le compte du blog. C’est privé, mais seulement parce que je l’utilise pour gérer le compte de La Fille, et je suis responsable de garder sa confidentialité. Je le mentionne ici parce que le photo de profil là est VIEILLE, et vous pouvez y voir que je porte des lunettes, quelque chose que je ne fais pas depuis 2017. Je l’expliquerai, car c’est lié à notre bêtise. Mais voici la photo, pour que vous puissiez vous moquer du nerd :

Photo de profil prise en 2013. Je porte des lunettes sans monture.

Sur un tableau de Snellen, ma vision est en général fiable à un niveau de 20/40. Il y en a pire. Pendant des décennies, je portais des lunettes parce que ma mère insistait quand j’étais enfant. Mais j’ai réussi l’examen de permis de conduire sans lunettes il y a 20 ans, et quand les miennes se sont cassées pendant des vacances, j’ai dû m’habituer à ne pas les porter pendant une semaine. Après, j’ai abandonné, ayant toujours détesté mon aspect avec les lunettes. J’ai souffert pas mal de harcèlement à l’école à cause de ces trucs, c’est certain. Mais enfant, j’avais un problème sérieux, du strabisme grave, et après mon 2e année au lycée, mes parents ont décidé que j’allais avoir une intervention chirurgicale pour le corriger.

L’intervention a eu lieu le même jour que la sortie de la Super Nintendo aux États-Unis. Ma grand-mère maternelle a fait la queue pendant 6 heures ce jour-là pour assurer que je l’aurais plus tard — elle était la première personne d’en acheter une au magasin. Pour ma part, je n’aimerais jamais en savoir plus sur comment le chirurgien a atteint les muscles derrière les yeux pour les couper. Tout ce que je sais, c’est que je n’étais censé rien voir pendant plusieurs jours à suivre. Quand je suis rentré, c’était avec les yeux bien bandés et des ordres de ne pas les retirer jusqu’à ce que la douleur ait bien baissé.

Mais ma grand-mère avait laissé la Super Nintendo chez moi et il y avait le nouveau jeu Super Mario World là-dedans. Et s’il y avait une chose que je voulais plus qu’avoir mes yeux pour le reste de ma vie, c’était de jouer à ce jeu.

Le lendemain de la chirurgie, j’étais à la maison tout seul pendant des heures. Mon père était au travail et je ne suis pas sûr où soient allés ma mère et mon frère, mais je savais que j’allais avoir 4-5 heures à moi-měme, et personne ne verrait rien. Idéalement, dont moi, mais comme je vous dis parfois, je suis un peu intelligent et complètement sans sagesse.

Alors, j’ai ouvert la boîte avec un couteau X-acto pour couper le ruban adhésif de façon presque invisible. J’ai sorti les fils en notant quel sac en plastique contenait chacun, afin de tout remplacer exactement comme avant. J’ai branché la console à la télé, et j’ai joué au nouveau jeu Mario pendant une heure. À la fin, j’ai supprimé le fichier de sauvegarde. Puis, j’ai tout restauré exactement comme avant, et si on ne vérifiait pas le ruban qui scellait la boîte, personne ne découvrirait ce que j’ai fait. Et c’est exactement ce qui s’est passé.

CEPENDANT — vous saviez qu’il allait y avoir un « cependant »…

Il y avait une bonne raison pour laquelle j’étais censé éviter toute lumière. J’avais déjà un sacré mal de tête à cause de la chirurgie, mais une heure devant la télé a augmenté le niveau de douleur quelque part que je ne savais pas existait. J’ai fait de nombreuses bêtises pendant ma vie, et vous êtes les témoins de certaines, mais celle-ci dépasse toutes les autres. La pire partie, c’est que le médecin avait conseillé mes parents sur l’horaire de rétablissement, et j’avais bel et bien mal rangé le bordel pour ça. Heureusement, ils croyaient que je ne savais pas brancher la console, alors ils ne soupçonnaient rien. Mon frère, qui aurait certainement cafardé sur moi s’il avait découvert ce que j’avais fait, n’a jamais rien dit.

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Ouaip, c’est la même Super Nintendo. Elle fonctionne toujours, et reste toujours avec moi.

Super Nintendo avec une cartouche du jeu Super Mario RPG

Saison 4, Épisode 6 — Nouveau tome, même vieux Proust

J’aimerais arrêter d’être malade. Ça fait 3 semaines de suite où je suis congestionné en enregistrant. Tant pis.

Peut-être que vous avez entendu parler que la prochaine console de Nintendo, le Switch 2, vient d’ouvrir une période de pré-commande. Je l’ai ratée pour La Fille, et il m’est évident que l’on vivra à nouveau le cauchemar de 2023 pour l’édition spéciale de Tears of the Kingdom. Je lui ai fait une promesse que je ne mentirai pas cette fois si je réussis à en trouver une. Les chances ne sont pas bonnes.

Le saviez-vous ? La Switch 2 est fabriquée au Vietnam, pas en Chine. Alors ça baisse l’augmentation de prix à cause des droits de douane. Vous pensez que je plaisante, mais j’attends ce moment depuis trop longtemps pour plaisanter. Un de ces quatre, il me faudra vous raconter la véritable histoire d’une grande bêtise que j’ai faite quand la Super Nintendo est sortie. Cette semaine, peut-être. Seulement deux anglophones la connaissent, parce que je fais toujours mon tout pour que ni mes parents ni mon frère ne la découvrent jamais.

Malgré ayant terminé Duolingo il y a 2 ans, je fais toujours partie d’un groupe d’utilisateurs, car j’aime aider ceux qui suivent le même chemin que moi. Un autre membre a posté la photo suivante cette semaine, d’un utilisateur qui a gagné sa « ligue » avec une séquence censée de 46 ans sans rater un jour. L’appli n’a que 14 ans ! Beaucoup de monde trichent sur Duolingo et piratent les classements, même si ça ne sert à rien.

Capture d'écran qui montre que l'utilisateur en première place n'a pas raté un jour en « 46+ ans ».

Si vous utilisez Instagram, vous savez peut-être que l’appli propose souvent des IA pour parler. Hier, Insta m’a invité à parler avec un poulet. Ne me croyez pas sur parole, voici une capture d’écran, où le poulet dit « bawk bawk », l’anglais pour « cot cot ». Remarquez que malgré le fait que l’appli utilise le français pour l’interface, elle croit que je veux des contenus en anglais. Mais non ! Je ne parle qu’aux poulets francophones !

Capture d'écran qui propose « Discuter avec des IA », dont un poulet.

À côté du poulet vous pouvez peut-être apercevoir une femme qui n’existe pas vraiment qui dit en anglais « Bonjour voisin ! Je suis Madison, ta voisine d’à côté. » Vous savez comment je sais que c’est faux ? Non, au-delà de mes relations inexistantes avec les américaines. Parce que ça fait maintenant 6 ans depuis la dernière fois où je connaissais le nom d’un seul voisin dans mon couloir. Ces gens font leur tout pour éviter de parler — si je les vois, ils tournent la tête tout de suite. Ce n’est pas personnel — tout le monde fait pareil ici. Il y a une décennie, ce n’était pas le cas — la Californie a bien changé. Et vous vous demandez pourquoi je préfère les expatriés.

Je viens de sortir le nouveau bulletin de l’OCA. Les recettes cette fois sont le colombier, un dessert que j’ai publié en 2022, et le thon basquais, l’un des gagnants du Tour. Si vous ne connaissez pas le colombier, vous ratez quelque chose de spécial !

Notre blague se traite de chez Leclerc. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Chic et Extra-terrestres. Les Bonnes Nouvelles se traitent d’un record français, repris des italiens.

Sur le blog, il y a aussi Les blondies de Péla, notre dernier dessert, De bonnes nouvelles, sur un sondage un peu optimiste, Don’t you Saint-Tropez, sur les prix d’immobilier de cette ville et Je découvre Tryo, la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Dimanche avec M. de Norpois

On commence pour la première fois de ma vie un tome de Proust autre que « Du côté de chez Swann ». Cette semaine, c’est « À l’ombre des jeunes filles en fleurs », ou comme dit ma version « Within a Budding Grove », un titre qui ne mentionne ni ombres ni filles. Peut-être que l’on dirait « Dans un bosquet en fleurs ». Mais où est donc passées nos madeleines ?

Deuxième tome de La Recherche en anglais, "Within A Budding Grove"

J’ai fait la boulette des boulettes en cuisine. Avec chaque nouveau tome, il y aura de nouvelles madeleines — au moins, c’était le plan. Quand j’ai fait le lot original, c’était un peu d’une urgence à cause d’un autre dessert raté pour un événement. Mais avec du recul, j’ai décidé que ce serait ma façon de fêter le changement de tomes. Mais mon moule est en métal et, euh… il ne faut pas tremper les madeleines dans du chocolat dans un tel moule. Elles colleront une fois le chocolat figera. Je suis si bête parfois. Pour ce qu’il vaut, elles sont autrement excellentes. Mais pas pour ce post. Je les referai et posterai la recette pendant la semaine à venir, mais ô, que je sois con.

Alors, le livre. On se lance dans les 30 premières pages de la première partie, dite « Autour de Mme Swann », ou en version anglaise « Mme Swann à la maison ». Avez-vous jamais vu le film Dark City, sorti en 1998 ? Là, des extra-terrestres ont capturé une cité d’êtres humains, et pour les comprendre, ils font des expériences où ils changent les souvenirs des humains à chaque fois où ces derniers dorment. Ils changent tout — leurs noms, leurs métiers, etc. Alors, bien que la distribution paraît être le même, un observateur remarquerait que tout change entre les personnages, tous les jours. L’intrigue se déroule autour de ce qui arrive quand les humains se rendent enfin compte.

Bienvenue donc dans Dark City, version Prix Goncourt. Dès la première page, on revient dans l’enfance du narrateur, avec ses parents, Swann, et leurs dîners — mais tout à coup, tout le monde se comportent de façon différente, même contradictoire par rapport aux faits comme nous les connaissons avant :

Ma mère, quand il fut question d’avoir pour la première fois M. de Norpois à dîner, ayant exprimé le regret que le Professeur Cottard fût en voyage et qu’elle-même eût entièrement cessé de fréquenter Swann… Swann, avec son ostentation, avec sa manière de crier sur les toits ses moindres relations, était un vulgaire esbroufeur.

Nous avions entendu parler qu’après son mariage, les parents avaient vu moins de Swann, pas cessés de le fréquenter. Et ce comportement de crier sur les toits est complètement hors ce que nous en avions entendu parler pendant 600 pages déjà. Et Cottard, qu’est-ce qu’il fait ici ? Il faisait partie de la bande aux Verdurin !

Il faut dire que Proust se contredit tout de suite, disant « certaines personnes se souvenant peut-être d’un Cottard bien médiocre et d’un Swann poussant jusqu’à la plus extrême délicatesse, en matière mondaine, la modestie et la discrétion ». Mais Proust s’efforce évidemment de nous faire douter. Ne vous inquiétez pas, c’est au tour de Cottard de subir des calomnies aux mains du narrateur :

Partout, sinon chez les Verdurin où il redevenait instinctivement lui-même, il se rendit froid, volontiers silencieux, péremptoire quand il fallait parler, n’oubliant pas de dire des choses désagréables.

C’est qui notre nouveau personnage, M. de Norpois ?

Il avait été ministre plénipotentiaire avant la guerre et ambassadeur au Seize Mai, et, malgré cela, au grand étonnement de beaucoup, chargé plusieurs fois, depuis, de représenter la France dans des missions extraordinaires… par des cabinets radicaux qu’un simple bourgeois réactionnaire se fût refusé à servir

C’est toujours Proust alors juste après cette note Talleyrandesque, il nous apprend que :

il s’était imbu de cet esprit négatif, routinier, conservateur, dit « esprit de gouvernement » et qui est, en effet, celui de tous les gouvernements et, en particulier, sous tous les gouvernements, l’esprit des chancelleries.

Proust décrit la relation entre ses parents de façon certaine de scandaliser les oreilles modernes. Je ne la reconnais certainement pas :

elle avait conscience de remplir celui de ses devoirs qui consistait à rendre la vie agréable à son époux, comme elle faisait quand elle veillait à ce que la cuisine fût soignée et le service silencieux.

M. de Norpois se révèle enfin utile au narrateur pour 2 raisons : 1) il convainc ses parents de lui laisser voir la Berma (une actrice fictive qui joue dans une œuvre de Racine), et 2), il dit à son père de laisser le narrateur poursuivre une carrière d’écrivain.

Il suit une douzaine de pages d’extases sur le fait d’aller au théâtre, malgré le fait que son médecin avait conseillé ses parents qu’il tomberait à nouveau malade s’il sortait. C’est fatigant sans que rien se passe vraiment, alors j’ai arrêté juste avant que le prochain dîner avec de Norpois n’arrive.

Plus ça change, comme on dit. On est dans un nouveau tome, mais c’est la même attitude chez le narrateur — chanter les louanges de ceux qu’il trouve utiles, et calomnier le reste. Je suis surpris qu’il survivra pendant 5 tomes de plus !

Je découvre Tryo

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec l’artiste qui a immédiatement suivi Julien Clerc et son trio de chanteuses, Tryo. Quoi ? Vous dites que vous avez des souvenirs d’un certain « Ed Sheeran » sur scène pendant 10 minutes ? C’est sans doute un faux souvenir créé par le Matrix, mais c’est pour exactement ce moment que j’ai mis en place une règle contre écrire sur les étrangers qui ne gagnent pas leurs vies en France. Alors, Tryo.

Photo de trois membres de Tryo en concert à Brest
Tryo en concert, Photo par Jeremy Kergourlay, CC BY-SA 4.0

Comme a dit Nagui en les présentant, « Ils sont deux ; pourtant le groupe s’appelle Tryo ». Il y a en fait 3 membres du groupe, mais beaucoup des groupes n’étaient pas complets pour la diffusion. Cependant, comme disaient les couvertures des 4e et 5e tomes du Guide du voyageur galactique, c’était la trilogie de plus en plus mal nommée. En fait, il y avait 4 membres au début, et leur premier album, Mamagubida, sorti en 1998, porte les deux premières lettres des prénoms de cinq personnes, dont leur producteur.

Leur premier single est « L’hymne de nos campagnes », une ode aux idées de Rousseau de revenir dans la nature :

Je ne pouvais guère comprendre « Pour un flirt avec la crise » sans des paroles à lire. Le titre semble être une référence à « Pour un flirt avec toi » de Michel Delpech, mais il s’agit plutôt d’une sorte de cri contre les Klaus Schwab du monde, le technocrate qui « fait du gringue à sa secrétaire ». J’ai dû écouter « France Télécom », car un tel titre invite des questions, mais « Merci France Télécom, D’avoir pu permettre à nos hommes, D’ajouter aux bruits de la ville et des klaxons, La douce sonnerie du téléphone » ne me semble particulièrement pas une réponse à quelque chose que l’entreprise a fait.

À ce point, j’en avais assez de leur premier album — il n’y a pas beaucoup à dire sur la musique en tant que musique. Soit les messages vous intéressent soit pas, car c’est largement juste les chanteurs avec un guitariste pour accompagnement. Je suis donc passé à leur deuxième album, Faut qu’ils s’activent, sorti en 2000. Il n’y avait pas de tube de cet album, alors j’ai commencé par « Con par raison », qui me semblait un titre drôle :

Mais il s’avère être un autre message plutôt lourd, racontant des histoires d’un riche et d’un pauvre, puis demandant « Lequel de ces deux types est l’pire pour la nation ? » Je ne sais pas vous, mais je préfère la sorte d’art qui me mène à poser ces questions moi-même, pas celle qui donne des leçons. « La débande » est une chanson courte mais drôle, avec le refrain « Il est temps de suivre la route des Boys Band avant que notre arc débande ! », ce qui se moque des Backstreet Boys et N’Sync de l’époque. « Paris », source du titre de l’album, est plus mélodique que beaucoup de leur travail à ce point, mais sarcastique à souhaits sur les prix élevés de la ville. (Je considère que « Je découvre Paris » me permet de dire ça sans être hypocrite.)

En 2003, ils sortent Grain de sable, qui connaît plus de succès, étant un disque double or. « Sortez-les » marque un changement de direction, loin du reggae des premiers albums :

Le son est différent, mais les messages restent lourds : « Noyez-nous de publicités, Engraissez-nous jusqu’à éclater » n’a aucune subtilité. On me dit que « Désolé pour hier soir » était un grand succès, mais encore une fois, je ne pouvais rien comprendre sans des paroles écrites. « Sur ce coup la man, t’as été un homme t’as ramené le croisé de Jackie Sardou et d’un Pokémon » est plutôt amusant.

J’ai décidé qu’ils avaient un album de plus pour me convaincre qu’il y avait plus à découvrir, alors ici, je suis passé à « Ce que l’on sème », disque platine de 2008. J’ai commencé avec le titre le moins politique possible, « El dulce de leche », qui sent plutôt mon coin du monde :

Si je l’ai bien compris, les paroles parlent d’un réfugié chilien qui déménage en France :

Il n’avait pas idée
On dira inconscience
À quel point lui coûtait
D’être bloqué en France
Rejoindre le pays
L’odeur de l’orchidée
Le temps n’a pas enfoui
El dulce de leche

Je n’ai rien contre les chiliens, mais j’avais espéré autrement. Je craignais le titre « Quand les hommes s’ennuient » vu le point de vue de tout autre chose à ce point, et c’était au niveau de mes attentes, même si je dois noter que la musique elle-même est plutôt belle :

Les paroles comprennent :

Quand les hommes s’ennuient, ils s’enivrent de sexe
De vin jusqu’à la lie, et d’amours trop complexes

S’inventent des tempêtes, se prennent dans le courant
Des guerres trop coquettes, des caprices d’enfants
Font tanguer le bateau, quand la mer est parfaite
Quand les hommes s’ennuient, ils deviennent si bêtes

Merci, mais j’ai plus qu’assez de la haine de soi pour être homme aux États-Unis, en anglais. Je n’ai pas besoin de la chercher ailleurs. Et je ne me reconnais pas dans cette description non plus.

Que penser de Tryo ? On leur dit « engagés ». Je ne dis pas que je dois être d’accord avec un artiste sur tout. Mais je trouve chez eux exactement ce que je n’aime pas chez mes con-citoyens, la politique en tant qu’idée fixe. Ce qui me déçoit ici, c’est que j’étais vraiment impressionné par leur représentation sur le plateau de Taratata, avec Les Élucubrations d’Antoine. J’ai l’impression qu’un concert de leur part serait plutôt énergique. Mais deux heures de leçons à donner, pas envie.

Ma note : je change de chaîne.

Port de Saint-Tropez

Don’t you Saint-Tropez

Il y a des années, quand j’ai entendu « Douliou Douliou Saint-Tropez » pour la première fois, je me suis gravement trompé sur les paroles. Je croyais que la foule autour de Geneviève Grad chantait « Do you Saint-Tropez ? », ce qui serait de très mauvais anglais selon les manuels scolaires — mais hyper-courant argot anglais des années 2010 ! Il n’y pas de vrai verbe là, juste un auxiliaire (« do »), mais pendant les années 2010, « Do you » suivi par un nom est devenu une façon ironique parmi les jeunes et analphabètes pour dire « Est-ce que tu fais des choses qui impliquent le nom qui suit ? » Alors, pendant le Confinement, on aurait peut-être demandé « Do you sourdough? » pour dire « Est-ce que tu fais du pain levain à la maison comme tout le pays tout à coup ? » Si vous voulez avoir le même effet que j’ai pour certains quand je sors des choses comme « Maurice, t’as poussé le bouchon trop loin ! », essayez ça avec vos amis anglophones ; sinon, évitez-le à tout prix. Vous aurez l’air d’un ado de 13 ans.

Croyez-moi, j’ai eu un moment de plein panique à penser que cette expression avait voyagé dans le temps et à travers l’Atlantique.

Ça nous amène jusqu’à hier. Un ami m’a envoyé un texto pour demander si je connaissais « Le Marche ». Puisqu’il ne sait pas utiliser les accents sur un clavier de portable, je n’étais pas sûr s’il voulait dire « marché ». Mais non, il parlait de la région italienne, dite en français « Les Marches ». Il avait vu un tweet avec un prix d’immobilier absolument dingue :

250 mètres carrés, sa propre piscine, de belles vues, et tout ça pour 250 mille euros. Aucun appartement n’est disponible à Elbe-en-Irvine pour moins de 3 fois ce prix, raison pour laquelle je reste locataire.

Il m’a demandé « Qu’est-ce que l’on payerait en Provence ? », comme si j’étais agent d’immobilier. Je ne savais rien, mais j’ai décidé de rechercher de l’immobilier à Saint-Tropez.

OH LA VACHE ! Beverly Hills est plus bon marché ! ([Je disais toujours que mes goûts étaient raisonnables. — M. Descarottes])

Voici une villa de 200 mètres carrés — 6 millions et demi. 547 mètres carrés ? 16 millions ! Un appartement de 15 mètres carrés ? Hyper-bon marché, juste 430 mille euros !

J’ai dû arrêter avant que les yeux ne commencent à saigner. J’espère toujours visiter, pour faire le pèlerinage des Gendarmes, mais ça risque d’être encore pire que Venise, la ville la plus chère que j’ai visitée ! Si on me demande, « Do you Saint-Tropez? », la réponse sera (en bon franglais) « Non, je ne Saint-Tropez pas ! »