Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Ras le bulbe

Il y a des semaines, j’ai lu quelque chose sur Il Est Quelle Heure qui m’a rendu tout perplexe :

« Elle va bien? », m’a demandé un peu plus tard la vétérinaire; « Je crois! », ai-je répondu en riant mais en vrai j’ai pensé: « Elle est ravagée du bulbe, oui ».

Trauma crânien

Ravagée du bulbe ? Ça sentait Langue de Molière, alors j’ai mis une note dans mon fichier.

Des jours plus tard, cette expression est apparu à nouveau chez elle :

Du coup moi qui pensais qu’elle était ravagée du bulbe je me demande à présent s’il y en a encore un, de bulbe.

Tous les chemins ne mènent pas à Rome

C’est quoi, ce bulbe ? D’habitude, j’essaie de trouver les réponses à ces questions pour moi-même (pas envie de perdre ma carte d’homme, après tout), et le mot semble très similaire à l’anglais « bulb », alors j’ai commencé avec mon dictionnaire bilingue. Là, bulbe a trois significations :

1) Un bulbe de plante, tel qu’un oignon ou une tulipe ;

2) La coupole d’une église façon Kremlin (j’ai tout à coup envie de jouer à Tetris) ;

Capture d'écran de Tetris sur Game Boy
Capture d’écran de Tetris sur Game Boy ; Source ; ©️Nintendo

3) Une partie d’une étrave — et quelque chose que je ne connaissais pas du tout, car c’est toujours sous l’eau !

Mais aucun de ces sens ne répond pas à la question de comment on ravage un bulbe, ou pourquoi un chien en aurait un. Et ici, l’anglais ne m’aide pas, parce que pour autant que je sache, Ravage, c’est un Transformer méchant en forme de panthère :

Ravage, Transformer Decepticon ; Source ; ©️Hasbro

Mais son nom veut dire détruire ou faire des dégâts, alors peut-être que l’on approche un peu le sens de « ravager du bulbe ». Ah, je sais, j’ai oublié de consulter la plus grande source au monde pour les bulbes, Bulbapedia. Vous pensez que je plaisante, mais le nom veut dire littéralement l’encyclopédie des bulbes , à partir du Bulbizarre. Ça doit être où commencer :

Dessin du Pokémon dit Bulbizarre
Bulbizarre, Image de Poképedia, CC BY-NC-SA 3.0

Malheureusement, c’est juste sur les Pokémon et ne veut rien dire sur le bulbe en question. Trésor de la Langue française, que dites-vous ? Rien sous ravager ni bulbe. J’épuise toutes mes resources sans avancer. Au bout du rouleau, je recherche l’expression sur Google. Et voici le premier résultat :

Capture d'écran qui montre que Google choisit « mou du bulbe » en tant que synonyme de « ravagé »
Capture d’écran de la recherche

Wiktionnaire me dit que le bulbe de « mou du bulbe » est tronqué de « bulbe cérébral », séquence de lettres qui n’apparaît même pas dans la liste de mots composés dans mon dictionnaire bilingue. Ne me croyez pas sur parole, voici la liste entière :

Capture d'écran du dictionnaire Oxford avec seulement « bulbe dentaire », « bulbe pileux » et « bulbe rachidien »
Capture d’écran, infos ©️Oxford University Press

Je suppose que la dernière expression, « bulbe rachidien », est le bulbe duquel on parle. Mais ce bulbe — rien à voir avec Mme Dati pour autant que je sache, malgré le nom — contrôle des fonctions automatiques, la respiration et le rythme cardiaque, pas les pensées.

J’ai trouvé quelques autres exemples de l’expression telle qu’elle est utilisée. Par exemple, ce tweet :

Tweet qui dit « J’avoue que cette bande de ravagés du bulbe va me manquer quand Twitter disparaîtra.» en citant un critique de Mme Hidalgo.
Source

Et celui-ci :

Tweet qui dit « Y’en encore quelques ravagés du bulbe » en citant des supporters de Gaston d'Orléans, prétendant au trône français.
Source

Le seul exemple que je peux trouver qui date avant 2024 vient de 2018, sur un site de jardinage, et c’est le gros-titre d’un article qui parle des bulbes de plantes. Mais il me semble un clin d’œil envers l’expression dont on parle.

J’en conclus que cette expression veut dire que l’on a un cerveau endommagé et fait de mauvaises décisions en conséquence. Mais aussi que ça doit être très, très récent. Si je n’étais pas ravagé du bulbe, je l’aurais déjà connu.

Avec ça, il y a maintenant autant de billets Langue de Molière que de Dessins de la Semaine, son prédécesseur.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour se plaindre qu’il en a ras le plein. Ou quelque chose comme ça.

La ca-tarte-strophe

Si ce blog a un défaut ([UN ? Que vous soyez généreux envers vous-même ! — M. Descarottes]), c’est certainement l’ambition à go-go. Je ne suis pas assez ambitieux pour tenter le gâteau de mariage à la fin de mon premier livre de Pierre Hermé, mais au-delà ça, j’essaie tout genre de dessert, que je comprenne les techniques ou pas (Saint-Honoré, millefeuille). Ça nous amène à la tarte 100 % catastrophique de ce week-end.

D’abord, permettez-moi de vous présenter pour la deuxième fois Aurore. On a déjà parlé d’elle dans Les bons comptes à suivre ailleurs. Il y a dix jours, j’ai vu cette tartelette à la noisette sur son compte Instagram. Pas pour la première fois, c’était le coup de foudre — J’AVAIS BESOIN DE CETTE TARTE.

Vu que je ne peux pas ajouter du texte alternatif aux photos venant d’Instagram, permettez-moi la décrire : pâte au cacao, cœur coulant de praliné noisette, ganache à la noisette et mousse à la noisette. Il n’y a aucun fruit de coque que j’aime plus que les noisettes.

J’ai laissé un commentaire pour dire que je pensais à faire cette tarte pour la soirée de l’OCA samedi dernier. Aurore et moi ont échangé des messages privés pour discuter certains détails, mais je faisais confiance que que je saurais quoi faire.

Pour la base, j’ai utilisé ma pâte sucrée habituelle de Pierre Hermé, mais après avoir consulté deux recettes de pâte au cacao (voilà et voilà ), j’y ai ajouté 40 grammes de poudre de cacao. Je dois vous dire, plus on ajoute de cette poudre, plus la pâte devient friable et difficile à travailler. Il m’a fallu 4 essais d’étaler la pâte et la mettre dans mon moule à tarte, et même là, j’ai dû réparer des dégâts. Voilà :

La prochaine fois — il y en aura — j’utiliserai seulement 25 grammes. Et j’utiliserai probablement un cercle de pâtisserie plutôt qu’un moule, car ce truc, c’était le cauchemar. Mais on est loin des pires problèmes. Après tout, une fois rempli, vous ne remarqueriez pas les problèmes ici.

Ça nous amène au praliné. Cette tarte allait me coûter un bras, avec 3 barres de chocolat blanc ainsi que les noisettes, alors j’ai suivi la recette de la blogueuse Il était une fois la pâtisserie, qui est à moitié aux amandes. Madame a publié plusieurs livres, mais après ce désastre, je ne lui fais pas trop confiance. Vous remarquerez que le lien ici est pour une ganache montée, et que le praliné n’est que la première étape.

Le praliné maison, c’est aussi le cauchemar. J’ai tué mon mixeur en le faisant — pas assez puissant, mais la fumée et l’odeur, je ne les oublierai jamais — et ai dû emprunter celui de ma mère (qui habite trop proche, mais laissez tomber). J’ai réussi à produire environ 275 grammes de ce fichu praliné, assez pour le cœur et les deux ganaches. Voilà :

J’ai utilisé 100 grammes de praliné pour le cœur tel quel. Ça a assez bien marché. La prochaine fois, j’ajouterai un caramel pour le rendre plus coulant. Car cette recette n’est ni assez chère ni compliquée.

Dans la photo sur Instagram, la « ganache à la noisette » paraît être une couche plutôt fine et blanche. J’ai décidé de faire la ganache grosso modo comme celle de mes macarons au chocolat, sauf avec du chocolat blanc, et 100 grammes de plus du praliné. Ici, c’est soit la pire soit deuxième pire erreur de l’affaire, je ne peux pas décider. La ganache n’a jamais prise. Voici une photo de la ganache dans la tarte ; j’espérais qu’avec plus de temps au frigo, elle durcirait plus. Ouais, non.

Tarte remplie de ganache trop liquide

Finalement, il y a la plus grande catastrophe, la ganache montée. Les instructions de la blogueuse en haut ne mentionnent pas que le bol du robot devrait être froid, mais j’accepte que c’est ma faute quand même pour ne pas avoir pensé « Il y a de la crème liquide ; il faut mettre le bol dans le congélateur ». Mais même sans ça, après 8 minutes de fouetter à puissance moyenne, exactement comme elle avait dit, le volume n’avait pas du tout poussé. Puis tout à coup, la ganache est partie en granulés, ce qu’elle dit arrive seulement si on fouette trop longtemps ou à puissance trop élevée. Il ne me restait pas assez de temps pour tout prendre en photo, mais voici une part de la tarte. Vous pouvez voir le niveau hyper amateur — la ganache montée n’a pas l’air bon du tout :

Part de tarte avec la ganache montée à moitié fondue

Au moins la croûte a tenu face à la ganache trop liquide :

Vue de la part de tarte d'arrière -- la croûte a retenu sa solidité

Normalement, face à un tel échec, j’aurais apporté tout autre chose à l’évènement. Mais j’étais déjà en retard, ayant patienté au tout dernier moment dans l’espoir que la première ganache aurait plus durci. Personne, et je veux dire personne ne voulait pas la goûter, et je ne les blâme même pas un peu. J’ai toujours trop honte de raconter à Aurore ce qui s’est passé.

Je n’étais pas trop content de la ganache montée de l’entremet Princesse Peach non plus. Il y a quelque chose qui ne va vraiment pas avec ces recettes, mais j’ai du mal à reconnaître où se trouve le problème.

Le « king cake » de la Nouvelle-Orléans

C’est le jour de Mardi Gras, et comme je vous ai promis, j’ai une surprise. Il y a trois ans, je vous ai montré comment faire un « king cake » (gâteau du roi) — je fais attention à dire « king cake » afin de ne pas le confondre avec les galettes et gâteaux de l’Épiphanie ; même Routard fait pareil — mais cette fois-là, je l’ai adapté aux goûts français. Cette fois-ci, j’en fais 2 pour la classe de français de La Fille, alors on sera RIGOUREUSEMENT traditionnels.

Vue du gâteau "king cake" entier, avec des bandes de sucre coloré en violet, vert et jaune
Haute résolution en cliquant

Allons les préparer !

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Saison 3, Épisode 49 — Du coke pour l’apéro

Samedi, c’était la catastrophe. J’ai eu une soirée de l’OCA et un dessert à faire en conséquence. Mercredi, Langue de Molière sera reportée d’un jour, et on aura l’autopsie du truc le plus gênant à jamais sortir de ma cuisine. ([Le chef pas compris. — M. Descarottes]) Pour l’instant, disons que si vous pensez comme l’hôtesse quand j’ai sonné à la porte « Justin, c’est juste que vous vous critiquez trop », le temps que vous voyiez les photos, vous aurez changé d’avis.

Quelqu’une que je respecte énormément sera très déçue de moi. Disons que c’était son idée, mais la faute, c’est seulement à moi.

Demain sera Mardi Gras. Je n’aurai pas de nouvelle recette, pas comme les dernières années. Mais j’aurai quand même quelque chose de spécial. Je dis ça, et je dois espérer que tout ira bien. Disons que pour La Fille, et surtout pour l’aider à l’école, rien n’est trop.

Sur BFM, j’ai vu un article intitulé « Ces aînés qui refusent de se plier au rôle de grands-parents à l’ancienne ». Mais la première personne citée, elle a 5 petits-enfants à l’âge de 54 ans. Il me semble que son parcours est loin des « grands-parents à l’ancienne », mais plutôt proche des « grands-parents à la vraiment ancienne », si vous me suivez !

Au fait, quel accueil pour cette jeune britannique qui a hâte de découvrir la France !

En ce moment au Québec, une série dont je n’ai jamais entendu parler, The White Lotus (c’est sur HBO), fait fureur. Un personnage de la série est québécoise. Elle parle avec un américain qui la prenne pour une française et elle répond que non. Puis monsieur dit, « Français, franco-canadien, c’est la même chose ». Le lien est en français, mais le clip là-dedans est en anglais. Ne vous inquiétez pas, elle lui met dans sa place.

Mercredi, j’aurai ma prochaine prise de sang pour la diabète. Je crois — crois — que ça ira mieux que la dernière. On a parlé l’année dernière du nouveau moniteur. Si ça me parle vraiment, je devrais avoir une HbA1c d’environ 6,1 selon les formules. Ce serait une amélioration de 10 % par rapport à la dernière fois. Si ça arrive, sachez que j’aurai payé cher pour un si bon résultat, pas avec de l’argent, mais en mangeant trois fois rien (pourtant, je ne maigris pas du tout). Si ça n’arrive pas, je serai au bout du rouleau. Dès que j’ai les résultats, je posterai quelque chose hors l’horaire habituel, car franchement, je suis stressé.

Notre blague traite d’un ivre très différent de celui de la semaine dernière. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Emprise, Accident et Manquant. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles, car après 1 heure de recherches, j’ai abandonné. Blâmez vos chaînes qui ne parlent que de mauvaises nouvelles en ce moment — j’ai épuisé toutes mes sources habituelles.

Sur le blog, il y a aussi Ici et là, cette fois sur les Bisounours, Le projet des cartes postales avance, pour annoncer la nouvelle page Facebook du blog, et C’est le 1er, version mars 2025, ma revue mensuelle de mes blogs préférés.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines faites maison par Justin Busch

Dimanche avec les Verdurin

On reprend encore une fois Du côté de chez Swann. Cette fois, je n’ai avancé que de 30 pages.

Si on n’était pas déjà convaincus que les Verdurin étaient une belle paire d’ordures, on apprend rapidement que Mme fait semblant d’être malade autour de ses invités :

Peut-être aussi, à force de dire qu’elle serait malade, y avait-il des moments où elle ne se rappelait plus que c’était un mensonge et prenait une âme de malade.

Il suit plusieurs pages de parler sur l’expérience de Swann en écoutant le pianiste à la soirée. Après des extases, on apprend que :

ne se sentant plus d’idées élevées dans l’esprit, il avait cessé de croire à leur réalité

Monsieur manque, ou plus précisément a abandonné, de vie intérieure, ayant visé toute son attention sur ses clients et le défilé de femmes qui passent par sa vie (dont on en a parlé la dernière fois). Il se passe que la musique qui a provoqué Swann de réfléchir sur ces affaires a été écrit par un certain Vinteuil — est-ce qu’il est le professeur du village, mort dans l’obscurité sans être reconnu pour ses compositions ? Le livre est très ambigu sur ce point — certainement, Swann pense que c’est impossible :

Je connais bien quelqu’un qui s’appelle Vinteuil, dit Swann, en pensant au professeur de piano des sœurs de ma grand’mère.

— C’est peut-être lui, s’écria Mme Verdurin.

— Oh ! non, répondit Swann en riant. Si vous l’aviez vu deux minutes, vous ne vous poseriez pas la question.

Mais il serait hyper-Proustien pour ceci d’être le cas après tout ça !

Puis Swann lâche — et il faut supposer que Proust est hyper-ironique ici, en lui donnant un air d’ennui — qu’il connaît M. le Président :

…je déjeune justement demain avec le Préfet de police à l’Élysée.

— Comment ça, à l’Élysée ? cria le docteur Cottard d’une voix tonnante.

— Oui, chez M. Grévy, répondit Swann, un peu gêné de l’effet que sa phrase avait produit.

Imaginez dire ça de nos jours, avec les photographes et les journalistes partout. Impossible de garder un tel secret.

Vous souvenez-vous que Swann avait tombé amoureux d’une certaine Odette de Crécy ? Voici comment l’ordure gère l’affaire :

Et, d’autre part, préférant infiniment à celle d’Odette la beauté d’une petite ouvrière fraîche et bouffie comme une rose et dont il était épris, il aimait mieux passer le commencement de la soirée avec elle, étant sûr de voir Odette ensuite. 

Il y a une expression argotique en anglais qui me vient à l’esprit, « side chick » (une façon très dédaigneuse, ainsi qu’hyper-informelle, de dire maîtresse). Franchement, je suis dégoûté. La situation ne s’améliore pas (à mes yeux), après l’une de ses très rare visites chez elle, quand il se pense :

« Ce serait bien agréable d’avoir ainsi une petite personne chez qui on pourrait trouver cette chose rare, du bon thé. »

Très romantique, notre Swann. Il y a des domestiques pour ça.

Des pages passent où Swann se convainc qu’Odette lui rappelle un certain tableau du peintre italien, Botticelli. Cette partie semble être lá pour nous dire qu’il cherche vraiment une raison pour s’intéresser à elle. Ce n’est pas le coup de foudre s’il doit inventer des raisons, c’est certain.

Mais notre séjour chez les Verdurin se termine avec une autre de leurs conversations condescendantes sur leurs invités. Vous allez vraiment les aimer :

— À moi, elle me l’aurait dit, répliqua fièrement Mme Verdurin. Je vous dis qu’elle me raconte toutes ses petites affaires ! Comme elle n’a plus personne en ce moment, je lui ai dit qu’elle devrait coucher avec lui.

Honnêtement, et je ne sais pas s’il y a une meilleure façon de dire ça, Mme Verdurin devrait vraiment s’occuper de ses oignons. Ce n’est pas son affaire !

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est le 1er, version mars 2025

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Si vous vous demandez pourquoi je garde certains liens inactifs pendant des mois, même des années, on voit aujourd’hui le retour d’une paire de vieilles amies du blog disparue depuis longtemps. Je n’oublie jamais une gentillesse. ([Avec si peu de ce côté de l’Atlantique, c’est une tâche facile. — M. Descarottes])

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

Nouveaux à moi :

  • Mon carnet me semble déjà connu pour pas mal d’entre vous, vu les mentions j’aime là-bas. C’est une blogueuse qui présente tous les jours soit ses propres tableaux soit photos soit dessins, toujours avec une observation incisive.

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things partage sur Instagram sa visite à Alcatraz à San Francisco, là où mon ex souhaite que je vive.

À encourager :

Rien de nouveau chez Phrenssynnes, Le Stylo sous la Gorge, La taverne d’Onos, Les souris de Paris, Bonheur des yeux et du palais, Et si Facebook disparaissait?, Thriller Addict, Bessie’s Bazaar, Je suis sur la route, Maman Lyonnaise, L’Atelier du Phoenix, La bibliothécaire, Grain de Sable, et Bonheurs culinaires. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

Apéro en bateau

Vous n’alliez jamais devenir où j’étais hier soir, alors je vous ai laissé un gros indice dans le gros-titre.

Oui, l’Orange County Accueil vient de lancer un événement pas comme les autres. Depuis des années, il y a un événement mensuel dit « Soirée nanas ». En janvier, on a lancé un pareil événement dit « Soirée mecs ». Je n’ai pas pu assister au premier événement parce que La Fille était à la maison, et vu que c’était jeudi, je devais être responsable et ne pas la renvoyer chez les grands-parents. (Le saviez-vous ? Je n’ai jamais embauché une baby-sitter. Même pas une fois.)

La Soirée nanas a lieu à chaque fois dans tel ou tel resto — il y a une vingtaine de personnes à chaque fois, vu les photos que l’on m’avait envoyées pour le diaporama. C’est probablement difficile à arranger autre chose pour tant de personnes. Mais la Soirée mecs n’a qu’une dizaine pour l’instant, alors on a fait quelque chose de plus aventureux. On a loué un bateau pour naviguer autour de la baie de Huntington Beach et partager un apéro en même temps.

C’est ici où je vous dis quelque chose qui semblera choquant, mais ne l’est vraiment pas quand on y réfléchit un peu. Je n’ai jamais assisté à un apéro de ma vie. Étonnant, non ? Mais si on considère que je n’avais jamais entendu le mot jusqu’en 2020, et nous étions tous un peu occupés cette année-là, ça fait vraiment seulement 4 ans de vie sociale inexistante, pas les 4 décennies attendues.

N’ayant pas la moindre idée de ce que l’on apporte à un apéro, et surtout quand on n’aura pas d’assiettes, j’ai décidé de faire quelque chose de facile à apporter n’importe où — les dizé milé de notre visite en Guyane. Les voilà, juste avant d’être mis dans un sac en plastique :

Une assiette de 12 dizé milé, des beignets fourrés de crème pâtissière au rhum, dont la pâte est parfumé de citron vert, muscade, amande amère et cannelle.

À mon avis, je n’ai pas assez apporté. D’autres gens ont apporté une boisson ainsi que quelque chose à manger. Mais personne ne m’en voulait.

On ne se connaissait pas tous, alors pendant la croisière, on s’est présentés, un par un. Je me sentais un peu mal à l’aise dès que l’on m’a dit « Mais tu ne parles vraiment pas français, c’est ça ? » L’accent me trahit encore une fois.

Je ne peux pas vous montrer des photos de la baie, parce qu’il faisait nuit, et c’était impossible d’en prendre de bonnes. Mais sachez que les maisons autour de la baie coûtaient entre 2 et 8 millions de dollars chacun. Il y a une raison pour laquelle j’ai surnommé Huntington Beach « Port-Feuille ».

Mais je dois partager avec vous un moment hilarant de la fin. L’organisateur m’a dit « Si tu as aimé cette soirée, il y a un bulletin que tu devrais lire pour prendre les nouvelles des événements à venir ! » Je lui ai répondu en riant, « Je sais, c’est moi l’écrivain ! » Il a dû y penser pendant un moment, puis m’a enfin dit, « J’aurais dû le savoir ! Tu ne ressembles pas trop à ta photo habillé comme ça ! (Je portais une chemise Polo au lieu d’un t-shirt.)

Est-ce que je reviendrai ? Oui, mais la prochaine fois, il me faudra être moins radin !

Le projet des cartes postales avance

Lundi, j’ai lu peut-être la pire nouvelle que j’ai vue en français. C’était le décès d’une fillette de 4 ans, Margot, qui habitait en Dordogne. Elle est née avec deux syndromes génétiques, dont le syndrome de dysostose mandibulo-faciale-microcéphalie (MFDM), ce qui l’a laissé sans oreilles ni conduits auditifs. C’est si rare que seulement environ 100 cas sont connus mondialement. Il y a tout un tas d’autres problèmes liés à cette maladie, mais selon ce dernier lien, cela seule ne doit pas signifier une si courte espérance de vie.

Malheureusement, Margot était aussi atteinte du syndrome Pierre Robin, ce qui veut dire des problèmes du menton et du palais. C’est trop pour une personne ! Il ne vous étonnera pas si je vous dis que j’avais le cœur brisé en lisant tout ça.

Les parents de Margot avaient créé une association à but non-lucratif afin de financer une chirurgie aux États-Unis pour lui donner des conduits auditifs et des oreilles externes, ainsi que des implants cochléaires. Je suis mal placé pour évaluer l’efficacité de l’intervention, mais une telle chirurgie en France ne s’adresserait qu’à l’aspect, selon tout ce que j’ai lu. Au moment de sa mort, ils avaient récolté 1/4 des fonds nécessaires.

Malheureusement — je sais, il y en a plus ? — cette histoire réunit deux choses qui me mettent en colère : des tragédies pour les enfants, et les brouteurs. Les parents de Margot ont dû poster un avertissement qu’il y a déjà de nombreux escrocs à son nom, qui essaient de récolter des fonds « pour les funérailles ». Ces animaux sous-humains méritent bien l’Enfer.

Mais les brouteurs m’ont fait faire une crise cardiaque pour la dernière fois. J’avais trouvé l’adresse postale de l’association, et j’allais faire deux choses. Vous pouvez voir, j’ai acheté une carte postale :

Photo d'une carte postale avec des scènes californiennes et le mot "California" en anglais

Évidemment, j’allais leur écrire. Mais je vous avais dit que je voulais créer une manière pour partager les campagnes de cartes postales, et je pensais à en faire de celle-ci ma première. Cependant, j’ai changé d’avis pour cette fois pour deux raisons.

D’abord, les parents n’ont pas publié l’adresse. C’est facile à trouver ces infos pour les associations légitimes — il y a des bases de données partout. Mais ce n’est pas à dire qu’ils voulaient être contactés par là. La deuxième raison, c’est qu’il y a un sens où c’est trop tard. J’imagine qu’une fille de 4 ans aurait adoré recevoir des cartes de partout, mais maintenant, peut-être qu’il semblerait que, tout comme mes ennemis les brouteurs, j’utilisais cette tragédie pour l’auto-promotion.

Cette fois, je ne vous demanderai de rien faire. Cependant, j’ai prise une autre décision. C’est le temps d’être prêt. Pendant ces 4 dernières années, je résistais à créer une page Facebook pour le blog, de peur que mon ex le trouve. Mais la raison pour ça a vraiment disparu une fois La Fille a commencé à suivre un cours de français. Ce serait le moyen le plus efficace pour partager non pas seulement mes articles, mais pour faire de la pub pour les campagnes de cartes postales. Voici un lien vers la page.

Capture d'écran de la nouvelle page Facebook du blog
Capture d’écran

Vous pouvez voir, c’est bien de moi. Tout post du blog et sur Instagram y sera partagé. Mais c’est en service à son vrai but — d’avoir une façon de partager des posts publics qui pourront être partagés de leur tour, sans être connectés à mon compte personnel. De cette façon, je pourrai aussi garantir deux autre choses : 1) des dates limites feront partie de chaque requête (afin que rien ne devienne légende urbaine), et 2) toute campagne publiée est sincèrement à but non-lucratif. Je ne chercherai, ni accepterai, que trois catégories de requête : 1) les enfants malades, 2) les écoles, et 3) les EHPADs.

Ce projet est dans la tête pendant longtemps pour moi. Je remercie les brouteurs pour m’avoir aidé à trouver la motivation pour agir.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Du Coke pour l’âne

Peut-être que certains d’entre vous se souviennent que ma plus grande fantasme, c’est d’aller manger dans un resto quelque part en France, commander un plat, et entendre le serveur me demander « Avec du Coca-Cola ? » Si ça arrive, je serai prêt — prenez-moi au sérieux quand je vous dis que je fais des répétitions à chaque fois, au cas où — à répondre « Hohoho, non ! With Beaujolais nouveau ! » On penserait qu’il m’aura fallu commander une entrecôte bordelaise, mais à mon avis, ce serait trop évident, surtout si je le prononce mal d’après de Funès dans le film, comme si je demandais au serveur de le faire.

Si vous me répondiez que vous auriez pensé plutôt que la fantasme était que je ne mange pas seul dans le resto, je ne peux dire que j’essaie d’avoir des fantasmes réalistes. Mais toute cette histoire de Coca-Cola, où comme ça se dit ailleurs, même si pas en français, Coke, je l’évoque pour une raison. Il y a des semaines, j’ai vu un graphique intéressant sur Facebook qui montre tous les sens différents du son du mot en français — et attention à l’orthographe !

6 sens différents de mots qui ont le son de "coke" ou "coq".
Source, ©️MaitressAdeline sur Facebook

Avant de continuer, je dois avouer que je ne peux plus boire de Coca-Cola, et ça me rend incroyablement triste. C’était mon soda préféré jusqu’en 2006, au moins à prix raisonnable (voici le vrai champion). Dès que mon docteur m’a dit d’arrêter, je l’ai abandonné — et quand je l’ai goûté à nouveau une décennie plus tard, j’avais complètement perdu mon goût pour le truc. Est-ce pour le mieux ? Mes docteurs diraient oui, mais je suis ennuyé de thé glacé sans sucre, et c’est tout ce que je bois depuis bientôt 20 ans.

Alors, pour commencer, il y a le coke dans le sens de charbon. Vous n’avez aucune raison pour la connaître à moins que vous travaillez dans le secteur de l’acier, où il s’utilise dans les hauts fourneaux.

Mais il y a aussi la coke dans le sens de la poudre blanche bien-aimée de banquiers et de rappeurs. Et, si on a lu ce blog soigneusement, de corses. Attention au genre ; les gendarmes s’intéressent trop à vos conversations si vous travaillez dans une aciérie et dit « Je viens d’acheter une tonne de coke » sans préciser que c’est au masculin. Il faut se souvenir que c’est un anglicisme tronqué de « cocaïne ».

On change d’orthographe et y trouve le célèbre coq français, ou plus précisément gaulois, roi de la basse-cour. C’est drôle de penser qu’il ne veut pas finir dans le vin bien que la France soit connue pour exactement ça.

Je ne sais pas si la prof qui a créé cette liste a triché avec le coque dans « staphylocoque », ce qu’elle dit veut dire « un type de micro-organisme ». Le français dit, tout comme l’anglais, que les bactéries de forme ronde s’appellent « cocci ». Pourtant, les bactéries eux-mêmes prennent « coque » comme suffixe. On a donc « staphylocoque », mais aussi « monocoque » et « diplocoque ». Il me semble que cette version de « coque » n’a pas sa propre existence, independent de tout autre mot.¡

Il n’y a rien à discuter quant à sa signification en cuisine. Là, coque veut dire un fruit de mer ou l’extérieur d’un macaron, à ne pas oublier ce que l’on ne casse pas (pendant la cuisson) pour faire des œufs à la coque. C’est ce sens, d’une structure rigide qui couvre d’autres choses, qui donne notre dernier sens, les coques en bois ou en acier trouvées sur les navires et les avions.

C’est assez pour me donner envie de me cacher dans une coqu…ille.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine au pays du Bulbizarre.

Ici et là

Quoi, un billet pot-pourri le lendemain de la balado ? Je sais, c’est très inhabituel, mais j’ai des trucs qui flottent dans la tête qui ne feraient pas de billets entiers en soi, mais que je ne veux pas laisser tomber. Alors :

Péla avait laissé un commentaire ici pour dire :

Pfff, moi, ça me déçoit, je veux vivre au pays des bisounours ! (Tu connais ?)

Source

Ah oui, les Bisounours. C’était l’une des premières expressions que j’ai apprises en 2020. Aux États-Unis, ils sont connus sous le nom de Care Bears (littéralement, les ours qui s’en soucient). On penserait que je les aurais ignorés, car à l’époque, l’Âge d’Or de la télé américaine, on avait Transformers, et GI Joe, et Robotech, et He-Man, ou comme vous le connaissez, Musclor. (Une traduction littérale de son nom en anglais serait Il-Homme. Pour une fois, vous avez raison de changer le nom.)

Photo de 3 Bisounours sur un char
Bisounours à la Fête des Roses à Brie-Comte-Robert, Photo par Cancelos, CC BY-SA 3.0

Alors, l’été 1985, deux films sont sortis en même temps : Les Maîtres de l’univers : Le Secret de l’épée et Les Bisounours, le film. Ma mère a amené mon frère et moi au ciné pour regarder le premier. Je dois vous dire, je l’aimais tellement. C’était le début de She-Ra, qui est franchement plus intéressante que Musclor (son frère dans le film), et lutte contre l’un des meilleurs méchants de tous les temps, Hordak. Mais je n’ai jamais vu la fin du film. Pourquoi ?

Je ne suis pas fier de ça — et ce n’était pas mon idée — mais 10-15 minutes avant la fin, ma mère nous a fait quitter la salle pour…aller regarder Les Bisounours. Je ne plaisante même pas. Oui, je sais, et je n’ai jamais sauté d’une salle à une autre avec La Fille pour regarder deux films de cette façon. Si c’était à moi, nous n’aurions jamais quitté Musclor et She-Ra pour ça. Mais c’est ça ma vie.

Sautons du coq à l’âne. Hier, j’ai fait une blague pourrie, puis dit :

(Je serai ici toute la semaine, goûtez le veau, comme on disait à New York après une telle blague. Je vous l’expliquerai demain.)

« Goûtez le veau » vient de l’un des deux traditions de vacances des new-yorkais. L’été, les riches passent leurs vacances dans les montagnes dites « Hamptons ». Les moins riches, et surtout les juifs, passaient leurs vacances dans les montagnes dites « Catskills ». Aux stations balnéaires des Catskills, il y avait souvent des salles énormes où 1 ou 2 0000 personnes dînaient en regardant tel ou tel humoriste sur scène. On parle largement des années 30 à 60, mais de tels noms que les Frères Marx, Mel Brooks, et Jerry Lewis y trouvaient leurs débuts.

L’humour des Catskills était « propre », mais souvent pourri. Voici un lien (en anglais) avec de nombreux exemples de blagues typiques. J’en traduirai une :

« Ça fait 49 ans que je suis amoureux de la même femme. Si jamais ma femme le découvre, elle me tuera ! »

De toute façon, quand une blague ne tombait pas, ces humoristes seraient accompagnés du célèbre son de la batterie et diraient de telles choses comme « Je serai ici toute la semaine » ou « Goûtez le veau » (n’oubliez pas que le public dînait pendant ces spectacles). Je n’ai pas de statistiques, mais il me semble que c’est la combinaison de ces deux est la plus souvent citée aux États-Unis.

Je vous ai dit dimanche « J’ai une amie qui ressemble exactement…à une [autre] femme…sauf pour avoir environ 25 ans de plus ». Je n’ai pas menti, exactement, parce que c’était une conjecture — on dirait même « guess » — sincere — mais il ne faut jamais me faire confiance en ce qui concerne les âges des gens. Je viens de découvrir qu’une connaissance sur Instagram n’a que 25 ans. J’en aurais deviné 35. C’est loin de la première fois où je me trompe autant.

Je pense, malheureusement, à quitter mon groupe de cinéphiles. Pas tout l’OCA, juste cette partie. En préparant le diaporama des 25 ans, j’ai remarqué que le sujet de La Boulette apparaissait dans plusieurs photos des événements où je n’étais pas là. Ça fait deux ans depuis la dernière fois où nous étions dans la même pièce en même temps. Je dirais toujours qu’envoyer une demande d’ajoute sur Facebook n’était pas un gros péché, mais ma réaction gênée après n’a pas aidé. Tout de même, c’était son groupe d’abord, et si je pose de si grands problèmes pour elle, c’est moi qui devrait partir, pas l’inverse.

Pour finir sur une note plus amusante, il y a des années, l’un des billets les plus hilarants du blog (à mon avis) se traitait des ingrédients hyper-exotiques exigés dans les livres des grands chefs, surtout Pierre Hermé. Ce week-end, M. Hermé a fait son tout pour me prouver correct. Dans ce post sur Instagram, il se vante d’une recette qui utilise le « pignon de cèdre sauvage de Sibérie ». Il s’avère que ce sont plus disponibles en Europe que chez moi — le prix le plus bas que je peux trouver ici, c’est 90 $/kg ! (Par rapport à 54 €/kg en France.) Aucun chocolat de Valrhona n’est si cher !

Capture d'écran du post de Pierre Hermé sur les pignons de cèdre.