La règle de 6-6-6

Je n’allais pas publier ce post. J’ai écrit le premier brouillon avant la Saint-Valentin, puis décidé que c’était trop amer. Mais après ce qui m’est arrivé cette semaine, j’ai changé d’avis car encore une fois, j’en ai marre. Si vous en avez eu assez de mes plaintes romantiques, on se reverra demain.

Caïn venant de tuer son frère Abel, de Henri Vidal, Jardins des Tuileries à Paris, France, Photo par Alex E. Proimos, CC BY 2.0

Ça fait des années depuis la dernière fois où je me suis abonné à n’importe quelle appli de rencontres américaine. Mais je garde ouvert mon compte sur la plus grande parce que je suis con ne veux pas perdre tout espoir. Que l’on me gifle pour l’avoir payé encore une fois ! On y reviendra en bas.

Si vous avez un peu appris sur le Nouveau Testament, vous savez que le chiffre 666 appartient au Diable. ([Vous ne m’avez pas dit qu’un numéro vous appartenait. J’exige la moitié, comme tous vos autres atouts. En fait, je veux plus que la moitié car vous l’avez caché pendant le procès. — Mon ex]) Mais aux États-Unis, c’est le numéro préféré des américaines.

« Justin », vous me dites « arrêtez. On comprend l’amertume, mais c’est trop. La moitié du pays n’est pas composé des amoureuses du Diable. » Mais je ne vous mens jamais sur ce genre de chose. En fait, la règle de 6-6-6 est comment les américaines choisissent qui est digne tout court de leur attention.

Alors, pourquoi est-ce que je l’écris avec des traits d’union ? C’est parce que ça décrit trois attributs qu’un homme doit avoir :

  • 6 pieds — c’est la hauteur minimale qu’il faut faire, équivalent à 183 cm
  • 6 numéros — le nombre de chiffres dans son salaire (donc pas moins de 100 000 $)
  • « 6 pack » — une expression qui veut dire littéralement 6 cannes de soda, c’est de l’argot pour décrire les muscles abdominaux. J’ai trouvé un article en français qui utilise le terme.

Pensez-vous toujours que ça sent l’amertume ? Il y a certainement pas mal d’articles en ligne qui disent que tout ça est une hallucination des hommes célibataires, que ça sent le complotisme (voilà et voilà, en anglais). Mais il y a des preuves. On m’a récemment partagé un article (en anglais) avec des statistiques déprimantes.

Quant à la question de la hauteur, il s’avère que sur les applis de rencontres, où on balaye vers la droite pour indiquer l’intérêt et vers la gauche pour refuser, les statistiques sont encore plus catastrophiques que j’avais cru. Sur le site Bumble, 90 % des américaines filtrent leurs résultats afin d’exclure tout sauf le 6 % des hommes qui font les plus grandes tailles. Moi, je fais 177 cm. Carnets d’une plume a un article sur (en partie) exactement ce sujet, la tendance de traiter tout le monde comme des pièces dans un catalogue.

D’autres études montrent que l’homme d’attractivité moyenne sera aimé par environ 1 % des femmes qui le voient. Ça se trouve sur Tinder, sans doute l’appli la plus superficielle, mais il n’y a pas trop de raisons pour croire que c’est différent ailleurs.

Pendant tout mon abonnement original (6 ans) chez Match, l’appli en question, j’ai été contacté exactement deux fois. La première fois était un mot d’une seule phrase afin de me gronder pour avoir osé aimer son profil, car elle (une divorcée) ne s’intéressait pas aux pères célibataires. L’autre m’a mené au seul rendez-vous de ma vie avec quelqu’un d’autre que mon ex. J’étais si déprimé après le mot d’avant, quand une vietnamienne qui ne parlait guère l’anglais m’a écrit, j’ai dit oui parce que j’ai cru qu’il me fallait accepter tout et n’importe quoi. Mais pendant le déjeuner — notre seule rencontre — elle m’a dit qu’elle avait hâte d’adopter La Fille. Pas si vite. Je ne lui ai plus répondu après ça, pas gentil de ma part, mais ça ne pouvait pas continuer.

Alors cette semaine. J’ouvre parfois Match pour voir si elle me proposera quelqu’une qui parle français. Dimanche dernier, elle m’a enfin proposé une expatriée française, pas loin géographiquement, mais pas partie de mon association non plus (au moins, personne dans l’annuaire a le prénom qu’elle utilisait). Elle a écrit qu’elle avait récemment divorcé, voulait voir qui est là et s’intéressait plutôt à trouver des connaissances que des relations.

Étant con, je l’ai crue. J’y ai pensé pendant 2 jours et demi, puis je me suis abonné à nouveau, ce qui coûte autant qu’un de mes colis de la FNAC. Je lui ai écrit un mot bien bilingue, mais pas en franglais ; après m’avoir présenté en français, j’ai changé à l’anglaise. J’ai dit que ses souhaits me convenaient bien car j’ai envie de déménager, mais que l’on pourrait s’emntendre bien et je serais ravi de la connaître selon ses termes.

Rien de mercredi jusqu’à vendredi après-midi. Puis elle l’a lu, et…

Elle m’a bloqué sans réponse.

Un ami m’a déjà grondé pour avoir pris ce genre de parole au sérieux, et il a probablement raison. Tout ce que je peux dire, c’est qu’aux États-Unis, tout qu’un homme peut faire est considéré comme harcèlement, alors une opportunité pour baisser la température m’a semblé une bonne idée. J’ai eu tort.

Mais jamais une réponse positive au-delà de mon ex-femme, en 32 ans ? Non, je ne trouve pas ça normal. Du tout.

Ici et là

En quelque sort, il m’est arrivé que j’ai 8 brouillons et rien prêt-à-publier. Ça arrive quand on a besoin d’éditer un post avec 75 photos. J’ai pensé à écrire quelque chose sur un comportement qui m’énerve en ce moment, mais je me suis rendu compte que j’ai récemment laissé des liens vers ce blog exactement où les britanniques coupables pourraient les trouver, alors, je laisse tomber cette idée. Au lieu de tout ça, je vais me débarrasser de quelques pépites de même façon que je partage habituellement avec la balado.

Alors, pour commencer : la dernière chose de laquelle je parle à la fin de chaque année est l’attention que ce blog reçoit des brouteurs. Je ne plaisante même pas (voilà, voilà, et voilà). Mais rien ne m’a préparé pour ce qui est arrivé le 9 mars. D’habitude, un ou deux de ces gentilhommes trouvent mon fameux guide, le lisent, et c’est tout pour la journée. Mais il me semble que ma « copine » de Pour attraper un brouteur a partagé notre bon moment avec des amis. Ça, c’est les statistiques pour ce jour-là :

Je reçois typiquement une douzaine de vues des « ivoiriennes » chaque mois. Pour qu’ils prennent la deuxième place même pendant une seule journée, c’est surprenant. J’aimerais croire que quelqu’un était bel et bien gêné. Et que ses amis se sont moqués de lui !

Mon cauchemar — bon, un parmi de nombreux — c’est qu’un jour, Saint-Pierre me dira qu’une normande est tombée amoureuse de moi, mais quand elle a essayé de me contacter, je l’ai prise pour un brouteur. Et qu’elle était timide et avait l’habitude de copier des mots du site MoiPourToi. Mais je suis certain que cette fois n’est pas la bonne ([Attendez, les amis. Il va vraiment devenir fou quand je lui dirai qu’elle a partagé son expérience avec une amie à Abidjan le 9 mars 2024. — Saint-Pierre])

J’ai rendu un brouillon de mon premier bulletin pour l’OCA. Tout le monde sait maintenant que j’étais le bon candidat pour le poste. Mais rien d’autre ne changera. Je dis ça, je dis rien.

Plus tard aujourd’hui, je vais faire un dessert pour un autre événement de l’OCA. Je n’en ai jamais entendu parler jusqu’à il y a des jours. Naturellement, je le cache jusqu’après l’événement. Mais je l’ai trouvé, c’est drôle. Ça vient des commentaires du groupe Facebook « Sans l’option Bescherelle », duquel on a parlé plus tôt. On ne sait jamais d’où l’inspiration.

J’aimerais que vous détestiez mon « pas super »-marché, Ralph’s, autant que moi. (Tout crédit pour cette expression à Agathe.) Ce dessert nécessite des noisettes. Voici la seule option pour des noisettes chez Ralph’s, des sacs à 71 grammes chacun :

Source

Ce prix se traduit à 77,5 €/kg. J’ai enfin décidé de les chercher chez Sprouts, un supermarché pour la sorte de personne qui préfère l’homéopathie aux docteurs (la moitié du marché est consacré à de telles pilules et poudres). Voici son prix en vrac :

Source

Ce prix se traduit à 22,22 €/kg. Par rapport, Carrefour veut 16 €/kg pour des noisettes décortiquées. Peu importe à quel point je vous dis que Ralph’s est horrible, la réalité est toujours pire.

C’est pour ça que je fais la moitié de mes courses chez Walmart, où les clients sont pris pour des criminels, et il faut se subir à une inspection avant de partir. Ma dignité a un prix, et Ralph’s l’a trouvé.

Dans sa maison à Anguille-sous-Roche, mon ex se moque de moi, parce que pendant notre mariage, je n’ai jamais eu l’habitude de diviser mes achats comme ça. Mais à l’époque, Ralph’s n’a jamais osé exiger 3,5 fois les prix de ses concurrents !

Alors c’est assez. J’aime bien ce format, car j’ai souvent des pépites à partager qui ne méritent pas leurs propres articles. J’y reviendrai, il me semble.

La tarte tropézienne de Yann Couvreur

Hier, je vous ai donné un aperçu de ma tarte tropézienne. Je suis parfois tricheur avec les posts « mon dîner », une chose étant préparée loin de l’autre, mais cette fois, il y a eu plus d’une semaine entre les deux ! Il m’est venu dans l’esprit de la faire pour une de mes soirées tarot. On en parlera plus en bas. Voilà :

Haute résolution en cliquant

Je suis fan des tartes tropéziennes depuis longtemps et il m’était important que celle-ci soit un chef-d’œuvre du blog, pas juste un autre dessert. J’ai donc décidé que j’allais finalement suivre une recette de Yann Couvreur, qui est un vrai feu d’artifice en forme humaine. Ceci est du travail.

Lire la suite

Mon dîner varois

Il y a une chose que je savais dès le départ du blog — pour Saint-Tropez, il me fallait faire une tarte tropézienne. Un dessert lié à’histoire de l’industrie cinématographique, nommé par Brigitte Bardot elle-même pendant le tournage d’Et Dieu créa…la femme, créé par un pâtissier d’origine polonaise (alors on a quelque chose en commun). Il ne me restait qu’à choisir un classique de la cuisine provençale pour aller avec. Voici la soupe au pistou et la tarte tropézienne :

Malheureusement, il vous faudra attendre jusqu’à demain pour la recette de la tropézienne. C’est un monstre et elle mérite son propre post. Mais je voulais tellement les montrer ensemble. Alors, allons préparer la soupe au pistou !

Lire la suite
Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Pluri-quel

Langue de Molière apparaît tôt cette semaine, car j’ai dû aller à un événement au collège de ma fille ce soir. Il y a un risque que je m’en plaindrai plus tard, car il s’agissait du lycée pour l’année prochaine, et je n’étais pas complètement content. Mais pour l’instant, j’ai fait une erreur ici récemment ([Beaucoup ne s’écrit pas « u-n-e » — M. Descarottes]), et la recherche suivante a provoqué d’autres questions.

D’abord, l’erreur. Il y a des mots que je n’utilise presque jamais, mais je suis trop paresseux pour les vérifier tous. Parmi eux, il y a deux semaines dans cette même colonne, j’ai écrit :

C’est dinde

« Grandes-mères » est faux. C’est « grands-mères ». Je note que personne n’a rien dit, peut-être car vous êtes tous trop gentils pour me corriger à chaque fois. ([Nan, c’est que « Corriger Justin » prend autant de temps que « Métro, boulot, dodo » tous confondus ! — M. Descarottes]) J’aurais juré qu’il y avait un accord entre « grand » et « mère ». Mais non. Le Figaro nous éclaire avec un article sur presque exactement ce sujet, comment pluraliser « grand-mère ». Il n’y a pas de« e », mais que faire avec les « s » ?

La parodie du Gorafi commence par nous dire :

Ainsi que nous le rappelle l’Académie française dans sa rubrique Dire/ Ne pas dire, le mot «grand» est issu du nominatif singulier latin grandis. Il est un adjectif épicène, cela signifie qu’il a la même forme au masculin et au féminin. 


Grand(s)-mère(s) : ne faites plus la faute !

Mais selon eux, l’Académie n’a rien dit sur le « s ». En revanche, les grands dictionnaires ne sont pas d’accord non plus. Le Bob Robert dit que c’est « grands-mères ». Le Trésor, par contre, ne termine pas « grand » avec un « s», choisissant plutôt « grand-mères ». Et le Larousse dit faites comme vous voulez pour grand-mère, mais grands-pères est la seule bonne forme au masculin.

Autrement dit, personne ne sait que faire. Et s’ils ne sont pas d’accord, les uns avec les autres, un pauvre élève étranger, que devrait-il faire ?

Juste après m’être posé cette question, Instagram m’a donné une autre situation problématique. Voilà :

Un jour, il me faudra rendre compte de mes comportements, et on va m’accuser en disant « Il regardait des femmes en ligne tous les jours ! » Et les anges vont le trouver ridicule quand je répondrai « Ouais, mais c’était juste pour en savoir plus sur la grammaire française ! » Honnêtement, je ne peux jamais gagner.

Pourtant, c’est une bonne question. « Sans faute » ou « Sans fautes » ? Sa réponse est de suivre ce qui est typique pour le nom. Il est rare de trouver juste une faute. On dit, selon cette théorie, « un pull sans manches », et non pas « un pull sans manche », parce qu’un pull a habituellement deux manches. Et celui du Docteur Octopus, donc ? Elle continue en disant « sans gants » parce que la plupart des gens ont deux mains, mais « sans bonnet », parce qu’il est souvent le cas que l’on n’a qu’une tête pour porter un bonnet. Comme si elle n’a jamais lu Le Guide du voyageur galactique ! Zaphod Beeblebrox a combien de têtes, madame ?!?

Il me semble que tout ça, c’est à dire que les pluriels français sont comme le code des pirates dans les Pirates des Caraïbes — ce sont plutôt « une sorte de guide » qu’un véritable règlement.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour casser des œufs.

Saison 2, Épisode 51 — Brouteurs, tricheurs et mensonges

C’est le dernier épisode de la deuxième saison de la balado (j’ai raté une semaine à cause de mes vacances). Je continuerai avec une troisième saison, mais je manque de nouvelles idées comme 5 Minutes Avec et les gros-titres satiriques. Je vous invite de proposer vos suggestions dans les commentaires.

J’ai fait un effort pour jouer plusieurs voix pour ma conversation avec un brouteur, dans un style humoristique. J’aime particulièrement la liste de qualités à 6:40, le moment où je fais semblant de pleurer à 7:37 en parlant de mes macarons à partager pour la Saint-Valentin, et le moment « Bruce Willis » à 9:10.

Je ne sais pas comment avoir une bonne nouvelle sans la gâcher. Alors disons que j’ai reçu des nouvelles décevantes quant à mon effort de devenir le responsable du bulletin de l’OCA. Je ne veux pas partager les détails en ce moment, et je continuerai dans le poste, mais on a eu un changement d’avis sur moi. Peut-être qu’au passé, le sens de devoir me prouver était juste dans ma tête, mais cette fois, même après une période d’essai, il y aura des règles mises en place uniquement pour moi, et je n’assumerai plus toutes les responsabilités du poste.

Quelque chose pour laquelle j’ai hâte, c’est la « Semaine de la Centaine », notre fête pour avoir fini cent films français. J’ai commencé à travailler sur mon tableur avec mon classement il y a 8 mois, et sauf pour insérer les deux derniers films, l’ordre est bien fixé. Pour être clair, je ne dis pas du tout que ce sont « les 100 meilleurs films ». Il me faudrait regarder au moins 300 de plus pour oser dire une telle chose. Mais j’ai fait un effort dès le départ de regarder largement des œuvres de qualité, et afin de trouver un avis même un peu mitigé, on doit descendre jusqu’à la 60e place. Bien sûr, ce ne sera pas du tout la fin de mon grand amour pour le ciné français.

Au fait, cliquez ici pour la vidéo la plus drôle que vous allez voir cette année. Je vous promets, il n’y a rien là que vous ne partageriez pas avec vos grands-mères. Ce blog reste fièrement tous publics.

Notre blague traite de l’argent. Je vous rappelle qu’à partir de cette saison, les blagues sont disponibles du menu en haut, avec une semaine de retard. Nos articles sont :

Les gros-titres sont : Promesse, Flambée et Naissance.

Sur le blog, il y a aussi Responsable, la nouvelle originale de ma nouvelle poste, Dune : Deuxième partie, ma critique du film du même nom, et À quelques pas d’une star, l’histoire d’une rencontre inattendue à Beverly Hills.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Le Roman d’un tricheur

On reprend notre chemin vers la Semaine de la Centaine avec mon 98e film français, Le Roman d’un tricheur, commandé de la FNAC. Il m’était important d’avoir un film de Sacha Guitry dans la liste, surtout si j’allais en avoir 8 avec Christian Clavier. Il faut équilibrer le niveau de qualité en quelque sorte (M. Clavier apparaîtra…plus souvent vers le bas que le haut.) J’ai cherché « Si Versailles m’était conté » pendant longtemps, mais c’est indisponible pour moi.

(Si vous pensez à le rechercher sur le site de la FNAC, n’oubliez pas que je ne peux acheter que les trucs vendus par la FNAC elle-même, car les autres vendeurs ne livreront pas aux États-Unis.)

Heureusement, on a plutôt l’un des meilleurs films français que j’ai vus. Il prendra une place plus basse dans mon classement que vous ne le penseriez vu cette approbation, mais je vous rassure, ça ne parle qu’à la taille de mon panthéon. Je vous recommande ce film sans aucune réservation.

Le Roman d’un tricheur n’est comme rien d’autre dans notre collection. Pour une chose, il n’y a presqu’aucun dialogue, mais ce n’est pas un film muet. La grande majorité des images sont accompagnées par la narration du personnage principal (dont on n’entend jamais son nom). Mais attention, il est bien clair que notre narrateur est tout sauf fiable. Tout genre de chose lui arrive, pourtant en quelque sorte, rien n’est sa faute à lui, le pauvre. Au fait, vous avez eu 88 ans pour voir ce film avant ma critique, alors je ne me soucierai pas des divulgâcheurs.

Après une scène très inhabituelle au début ou M. Guitry présente les responsables du film, l’équipe et les acteurs, on le voit (car il joue le personnage principal) en silhouette dans un café :

Notre histoire tourne à l’enfance du narrateur, à Pingolas, dans le Vaucluse. C’est notre prochain département, mais je vous jure, je n’ai rien su en achetant le film, et c’est par hasard.

Gamin, le narrateur vole quelques francs de sa famille pour acheter des billes. Il est puni par ne pas avoir le droit à dîner en famille ce soir-même, ce qui lui sauve la vie quand il s’avère qu’ils ont cueilli les mauvais champignons :

Après des funérailles surréalistes — 11 cercueils en même temps ! — un cousin arrive d’un autre village. Ce monsieur est avocat, et prend en charge l’héritage du narrateur. Ce dernier nous dit que le cousin est voleur et c’est pour ça qu’il n’a jamais touché son héritage — mais il a aussi enfui la maison et n’est jamais revenu.

Enfin, il revient juste assez longtemps pour que la famille l’envoie dans un resto où il prend un boulot en tant que chasseur (de tables, pour être clair). Cette vie est ennuyeuse et il déménage à Paris, vers 1900.

Là, il devient colocataire d’un certain Serge, immigrant russe, qui se mêle dans un complot contre le tsar pendant une visite à Paris. Mais le narrateur ne veut vraiment pas en faire partie et signale le complot à la police :

Pouvez-vous croire à quel point la rue autour de l’Arc de Triomphe est différente de celle de nos jours ?

Le narrateur quitte Paris pour Monaco, où il se fait embauché en tant que liftier dans un casino. Il nous mentionne que les monégasques sont nés des croupiers, et reçoivent leurs râteaux en tant que bébés.

Je pause pour noter une technique intéressante. Le narrateur nous parle des soldats qui gardent le palais royal monégasque. Il dit que ce serait plus marrant s’ils reculaient ainsi qu’avançaient. Pendant ça, le film est évidemment joué à l’envers pour créer cet effet :

À Monaco, il fait la connaissance d’une comtesse, qui a 20 ans de plus. Les deux se couchent ensemble (pas montré), et elle lui donne une montre, à laquelle on reviendra.

Tout à coup, on revient au présent. Une vielle femme s’assied à côté du narrateur. C’est la comtesse ! Il dépose la montre dans son sac afin de ne pas être reconnu par madame.

Après d’autres aventures, à Angoulême et Toulouse, il revient à Monaco. Il se fait naturaliser afin de devenir croupier et reçoit son propre râteau. J’ai RI !

Là, il rencontre une femme qui le séduit, une voleuse. Après l’avoir aidé dans un cambriolage, il la quitte. (Il me semble que la vérité est plutôt qu’elle l’a trompé.) Puis, la Première Guerre mondiale arrive, pendant laquelle il est sauvé par un M. Charbonnier. Ce dernier perd un bras pendant une bataille.

Après la guerre, le narrateur revient encore une fois à Monaco, où il rencontre Henriette, une autre voleuse. Les deux se marient dans un mariage blanc afin de faire des escrocs en jouant à la roulette. Le narrateur est enfin viré et les deux se divorcent.

Le narrateur adopte une vie de tricheur, où il se déguise en bougeant de casino à casino autour de France. À Deauville, il se retrouve enfin avec ses deux voleuses, devenues partenaires en crime. Il se couche enfin avec son ex-femme qui ne le reconnaît pas. (Encore une fois, pas montré, mais la narration est hilarante.)

Il se retrouve avec M. Charbonnier, lui-même devenu tricheur dans les casinos. Les deux font un partenariat, mais après un certain temps, le narrateur perd son argent et les deux se séparent.

Tout à la fin, la comtesse retourne à la table du narrateur. Elle a reconnu la montre. Avec ça, elle propose que les deux travaillent ensemble pour cambrioler un hôtel particulier. Je cacherai sa réponse. Allez voir ce film afin de la découvrir.

J’ai énormément profité du Roman d’un tricheur. L’histoire est drôle, il y a encore plus de rebondissements que ceux dont j’ai parlé, et M. Guitry a fait tout ce que l’on pouvait avec une caméra en 1936. C’était un film bien en avance de son temps, et toujours bon pour le nôtre !

À quelques pas d’une star

J’ai dû aller à Los Angeles hier, sans avertissement, parce que ma mère a eu besoin d’aller dans une FREAKING pharmacie. Je suis vraiment pas content, au cas où ce ne serait pas clair. La pharmacie en question est à 84 km de chez moi, à Beverly Hills.

« Mais Justin », vous me dites « sûrement il doit y avoir une centaine de pharmacies entre les deux endroits. Peut-être deux cent ou plus, même. Que diable ? Pourquoi est-ce qu’il fallait aller si freaking loin ? » Ah, c’est une bonne question — et quand vous entendez la réponse, vous comprendrez absolument d’où les anglicismes énervés.

Comme vous pouvez imaginer, j’ai hérité la diabète. Mes deux grands-parents maternels avaient ce don indésirable, ma mère l’a ; j’allais devoir vivre comme un saint pour ne pas finir par tomber malade comme ça moi-même. ([Et il est loin de ça. — Mon ex]) Mais moi, je fais quand même des efforts : du sport, des salades, etc. Je ne dirai rien sur personne au-delà de moi, compris ? Disons qu’elle prend un médicament dont je n’en ai pas besoin, Ozempic.

Mais les fatsos… euh, mes concitoyens bien connus pour être trop gros… ont découvert qu’Ozempic marche hyper-bien pour aider à perdre du poids. Alors beaucoup de docteurs donnent des ordonnances pour ce truc à leurs patients trop gros, au point où les diabétiques galèrent pour le trouver n’importe où. Il s’est donc avéré hier qu’elle ne pouvait trouver ce médicament nulle part plus proche de chez nous. (Mes parents vivent beaucoup trop proche de chez moi ; je dis ça, je dis rien.)

Cependant, à 75 ans, ma mère ne veut pas se conduire à LA toute seule. C’était donc à moi de faire cet aller-retour de 5 heures en voiture. J’aimerais bien que mon frère aide avec ce genre de chose, mais il habite beaucoup trop loin. Ne me laissez pas dire plus sur ce sujet amer. De toute façon

Vu que nous étions à Beverly Hills, nous sommes passés par un resto dit un « delicatessen », ou « deli », mot pour lequel mon dictionnaire Oxford ne donne que « restaurant-traiteur ». Mais ça n’explique pas du tout de quoi il s’agit.

Les delis sont fortement liés à la culture juive, même s’il est rarement le cas qu’ils soient casher. On trouve souvent du porc sur leurs cartes, mais ils servent de la charcuterie selon les traditions de l’Europe de l’Est, souvent en forme de sandwichs avec du pain de seigle. Il est de plus en plus rare de trouver ce genre de nourriture à la Côte Ouest, mais tout ce que je peux dire sur le sujet me ferait des problèmes si un anglophone le lisait.

Alors, nous étions chez « Nate’n Al’s« , le seul deli à Beverly Hills. Voici l’extérieur :

J’ai commandé un sandwich de rôti de bœuf, ou comme on dit en anglais « roast beef ». C’est le seul genre de chose que j’aime dans les delis, mais je l’adore. Et non, on ne peut trouver ce genre de cuisine nulle part près de chez moi.

Quand on va dans un tel resto, on peut acheter presque tous les ingrédients à emporter : la charcuterie, les « salades » à base de mayonnaise (on parle de « macaroni salad » ou « potato salad », mais bien qu’elles contiennent certainement des pâtes ou des pommes de terre, elles n’ont rien à voir avec des salades).

Il y a des desserts, mais les seuls desserts qui m’intéressent au monde entier viennent soit de la France soit de l’Italie, sauf pour UNE CHOSE de l’Angleterre :

Il y a toujours des pains disponibles dans de tels restos :

« Justin », vous me dites, « votre gros-titre est menteur. Vous étiez à Beverly Hills, mais on ne voit personne. » Ah oui, mais j’ai gardé une photo pour la fin. Assis à la table juste derrière moi était Jason Alexander, mieux connu chez moi en tant que la voix de Duckman, et chez vous en tant qu’acteur dans la série Seinfeld :

M. Alexander est le chauve à droite

J’ai pris cette photo avec le téléobjectif de mon portable, debout à l’entrée, pas assis à ma table. J’ai décidé de faire ça car personne ne lui dérangeait, et je n’avais aucune envie d’être le seul. Même les stars, sauf Harry et Meghan, méritent des vies privées. Mais c’était bel et bien lui, et j’ai clairement entendu sa voix très distinctive pour le confirmer.

Dune : Deuxième partie

Attention : divulgâcheurs suivent

Au cas où le français québécois ne vous parlerait pas, on va discuter le film de Denis Villeneuve qui vient de sortir. Je mets un bloc « lire la suite » après la photo afin que vous puissiez sortir maintenant si ça vous dérange.

Lire la suite
Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Pas faux

Cette semaine, Langue de Molière vous raconte des mensonges. Mais d’abord, on commence avec une histoire vraie. Cette photo vient de quelque part sur Facebook en 2021 — je ne sais plus où : j’avais pris une capture d’écran de la conversation et l’a mélangée avec le menu duquel on parlait.

Le menu mentionne un « faux-filet ». Moi, habitant dans un état où tout le monde se vante de manger de fausses viandes « à base de plantes », je croyais que « faux-filet » devait appartenir à ce genre d’escroc. C’est mon amie à Lyon, celle qui m’a envoyé le livre de recettes pour mon dîner rhodanien, qui m’a expliqué qu’en fait, « faux-filet » est de vraie viande, ce que l’on appelle en anglais « sirloin ». Oups.

Le Trésor de la Langue française ajoute un peu de contexte. « faux-filet » n’apparaît que sous l’entrée pour « filet » :

BOUCH.  Pièce de viande particulièrement tendre, qui est située dans la région lombaire, chez les animaux de boucherie…

Contre-filet, faux-filet. Morceau situé le long de l’épine dorsale (contre le filet), et qui est un peu moins apprécié. 

Filet

Étant expert en manger, mais pas en boucher, je ne peux pas vous montrer les bonnes parties d’une vache, mais je fais confiance que les rédacteurs du Trésor savent de quoi ils parlent.

Pourtant, cet usage de « faux » veut dire « un peu moins apprécié » et non pas un escroc, n’est-ce pas ? Que penser donc du faux dans « faux-cul », ce qui n’apparaît pas dans le Trésor en soi ? Selon Larousse :

Source

Franchement, le deuxième sens ne me parle pas du tout. Mais le premier implique qu’un faux-cul est moins apprécié qu’un vrai cul, qui ne serait pas un hypocrite, non ? D’autre part, le Trésor donne 4 sens de « cul » pour parler d’une personne, et aucun n’est très sympa. (« cul-bas » me semble neutre, mais les autres : immobilité physique, symbole d’inintelligence, mendiant). Au fait, la traduction hyper-littérale de « faux-cul » en anglais, « fake-ass« , est de l’argot des personnes noires aux États-Unis, mais veut dire aussi hypocrite.

Parfois le faux veut en fait dire « pas vraiment (quel que ce soit) ». Il y a les faux bourdons, les mâles de l’abeille. À ne pas confondre avec les bourdons, tout autre espèce, pour laquelle le nom bourdon comprend les mâles et les femelles.

Mais il y a des fois où le « faux » ne me semble rien ajouter. Un « faux-fuyant » est un effort d’éviter quelque chose :

Moyen détourné par lequel on se tire d’une situation embarrassante, on évite de s’engager.

Faux-fuyant

Cependant, « fuyant » sans le « faux » est grosso modo la forme adjective :

Qui donne l’impression de s’éloigner, de disparaître.

Fuyant

On dirait que c’est plutôt un faux « faux ».

Et avec ça on met une vraie fin à ce billet. Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour demander quels sont les bons pluriels.