Il est impossible de vous parler de ce dîner sans divulgâcher quelque chose. Si vous avez attentivement lu Je découvre la Seine-Maritime, vous avez remarqué que j’ai mentionné le chef Pascal Olhats, qui est venu de Rouen à ma ville. Nous avons parlé à plusieurs fois maintenant, et il m’a donné mes recettes pour la Seine-Maritime. S’il n’y avait pas eu un accident en cuisine ce soir (je vais, mais le dessert a été perdu), je vous aurais présenté mon plat et mon dessert en même temps. Alors, pour l’instant, la sole meunière selon Pascal :
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Pascal a lancé sa carrière chez La Couronne, où vous trouvez quel plat sur la carte ? Ouais :
Les carottes glacées au miel sont là pour avoir un accompagnement ; je ne dis pas que les deux vont ensemble chez La Couronne. Mais il n’y a rien de plus seinomarin qu’eux. Allons faire le dîner !
On continue maintenant le Tour avec le 76, la Seine-Maritime. C’est le département le seizième plus peuplé, et les habitants se nomment seinomarins. C’est notre cinquième — et dernier — séjour en Normandie, et si vous ne comprenez pas pourquoi je pleure comme un bébé en écrivant ces mots, bienvenue au blog pour la première fois.
Il nous faut absolument commencer à Rouen (3 étoiles Michelin), la préfecture et — très inhabituellement — une de deux villes avec plus de 100 000 habitants dans le département, Le Havre étant l’autre. Rouen est la réponse à la question : « Et s’il y avait une ville d’exactement la même taille d’Irvine quand je le croyais un paradis sur Terre, mais avec 2 000 ans d’histoire au lieu de 60, couronnée par mon héroïne, où tout le monde mangeait de la cuisine normande, et pourtant les appartements ne coûtaient qu’un cinquième d’Elbe-en-Irvine ? » Ce serait justement dit la ville de mes rêves.
On arrive dans un train SNCF à la Gare Rive Droite. On se promène le long de la Rue Jeanne d’Arc, jusqu’à notre arrivée devant le Donjon de Rouen, tout ce qui reste de l’ancien château. Jeanne d’Arc y était prisonnière pendant son procès injuste. Il y a des visites libres le week-end ; sinon, on ne peut que passer par l’extérieur. On est à 200 mètres du Musée des Beaux-Arts (3 étoiles), avec des tableaux de Monet, Pissarro, Géricault, Poussin, et Corot, ainsi qu’un jardin de sculptures. Après le musée, on tourne à droite sur la Rue de Guillaume le Conquérant pour aller sur la Place du Vieux Marché (1 étoile), au cœur du Vieux Rouen (3 étoiles). Ici, entouré par des maisons à pans de bois, on trouve l’Église Jeanne-d’Arc (2 étoiles), en forme de bateau viking renversé, avec des vitraux Renaissance retrouvés d’une église détruite par Les Voisins.
Avant de quitter la place, on déjeune à La Couronne, la plus vieille auberge de France, depuis 1345. Ce resto a formé le jeune Pascal Olhats, sujet de l’un des premiers posts du blog, et le plus grand chef d’Orange County. Regardez mon déjeuner ici avec des amis en 2021 et expliquez-moi pourquoi elle n’a pas d’étoile Michelin. Ce n’est pas logique.
On revient vers la Rue Jeanne d’Arc et la croise au Gros Horloge (2 étoiles), où Jeanne aurait connu l’horloge elle-même (là depuis 1389), mais pas sa façade de 1529. C’est le symbole de la ville. La Rue du Gros-Horloge (2 étoiles) nous mène à la Place de la Cathédrale. Notre-Dame de Rouen (3 étoiles) a trois tours très différentes : la Tour Saint-Romain, de style gothique, la Tour « de Beurre », de style « flamboyant », et la Tour Lanterne, une flèche sur la croisée du transept. Au-dedans, on trouve de nombreux gisants et statues, dont celui de Richard Cœur de Lion. À côté de la Cathédrale, on trouve l’Historial Jeanne d’Arc (1 étoile), une exposition sur son procès dans le bâtiment où il a eu lieu — je l’ai visité en 2021 et l’a a-do-ré. Il y a plein d’autres églises et musées exceptionnels à Rouen, mais on va finir au Parlement de Normandie, de nos jours le Palais de Justice (2 étoiles), un beau bâtiment Renaissance du XVIe siècle.
Au fait, tout ce Vieux Rouen a sa place dans l’histoire de la télévision américaine. Si on monte sur la terrasse de la Côte Sainte-Catherine (3 étoiles), on aura la même vue trouvé dans cet épisode de Mission : Impossible (je l’ai mis au bon moment pour vous). Attention, la vidéo est inversée.
On tourne vers le nord, pour visiter les Jardins d’Étretat (2 étoiles), jardin moderne qui reproduit les formes des fermes ostréicoles et des vagues de la Manche, parmi d’autres, avec des plantes. À Fécamp, on visite le Palais Bénédictine (2 étoiles), érigé par le créateur de la liqueur célèbre pour servir également en tant que distillerie et musée. On passe ensuite à Dieppe pour visiter son château-musée (1 étoile), qui abrite des objets de l’histoire dieppoise, surtout une collection d’ivoires (on ne fait plus de telles choses pour ne pas menacer les éléphants). Finalement, au Tréport, nous prenons une balade le long du Quai François Ier, pour admirer l’océan et manger des moules locales.
Peut-être que vous connaissez le dernier film de James Bond avec Sean Connery, dit Jamais plus jamais en VF, et Never Say Never Again en VO. Ce film est grosso modo une reprise d’Opération Tonnerre, le résultat d’un conflit de droits d’auteur entre Ian Fleming et Kevin McClory. Je pourrais écrire pendant des jours sur les problèmes autour de ce film, mais c’est Langue de Molière ici, alors nous nous intéressons plutôt à l’usage de « jamais ».
La traduction exacte du titre anglais serait plutôt « Ne dites jamais « Plus jamais » », mais vu l’affiche, on pardonne le changement :
Mais ici, il n’y a pas de question de ce qui veut dire « jamais » : quelque chose n’est pas arrivé et n’arrivera pas non plus. Le Robert appelle ça le sens négatif, et personne ne va…euh…jamais dire qu’il ne le comprend pas. Comme j’ai dit en haut, on le traduit en anglais par « never ».
Or, il y a un autre sens que j’utilise très rarement parce que des Français et Google Traduction n’hésitent pas de me dire qu’il n’existe pas. C’est le sens positif, et ça veut dire que quelque chose est arrivé au moins une fois, ou qu’elle arrivera un jour. Dites-leur, M. Le Robert, je n’ai rien inventé :
En anglais, on dit « ever » pour ce sens, ce qui sert à le distinguer de « never ». Mais vous êtes trop grands fans de l’efficacité, alors vous n’utilisez qu’un mot pour les deux. Je n’ai aucun espoir de la retrouver, mais tout au début, en 2020, j’ai écrit quelque chose sur Facebook comme « C’est la chose la plus drôle que j’ai jamais vue ! » et les profs de français autoproclamés du groupe m’ont tous dit « Cette phrase n’a aucun sens ! Vous l’avez vu, ou pas ! » Ils avaient tort, et c’est mon ami Robert qui le dit. Mais peut-être qu’ils comptaient tous sur Google, qui déteste cet usage. Voici un exemple :
Ça arrivera avec tout et n’importe quel exemple que vous choisirez. Toujours « déjà », jamais « jamais ».
Mais, peut-être que les profs d’Internet n’ont pas complètement tort, parce qu’il existe un autre sens négatif, sans « ne » :
On dit souvent aux élèves étrangers « Ne vous inquiétez pas que le français ne distingue pas entre ces cas ; le contexte suffira ». Le passé composé, par exemple, se traduit d’au moins deux façons en anglais, qui ne sont pas des synonymes. Ne vous inquiétez pas des détails ; la plupart du temps, c’est en fait évident. De toute façon, à mes yeux, il me semble que ces cas ne sont pas les mêmes que le sens « déjà » ; pourtant, les deux se ressemblent certainement.
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler d’un truc vraiment fou : Instagram veut m’apprendre le japonais…en français.
Il y a des semaines, j’ai entendu parler d’une jolie jeune voisine de notre cher Jours d’humeur, une certaine Anne Kerdi, qui « fait le buzz », comme dites vous les anglophones. Elle a vite acquis plusieurs milliers d’abonnés sur Instagram, et vu que j’ai récemment connu un peu de succès en y faisant des présentations, j’ai pensé à leur faire connaître. Après tout, il aime la plage, tout comme elle, visiblement. (En fait, je n’ai aucune preuve qu’il aime la plage, mais après qu’il a regardé la photo en bas, j’aurai eu raison.)
Elle n’est rien d’autre qu’une création de l’IA, par un homme qui a clairement trop écouté « Anything She Does » de Genesis* (sur un auteur qui tombe amoureux de son héroïne fictive). Et pour être clair, l’auteur n’a jamais caché la vérité — dès le premier post, ci-dessous, il a dit que le tout est faux, avec des textes générés par une IA, puis vérifiés par l’humain avant d’être publiés. Je suis moins certain quant à concernant les photos — l’auteur tague certaines, comme celle-ci, « #generativeart » mais aussi « #modelephoto ».
*(Je plaisante. Impossible de trop écouter tout l’album « Invisible Touch« , dont « Anything She Does ».)
Il ne vous étonnera pas du tout d’apprendre qu’Anne reçoit des messages coquins, ou au moins un peu chauds, car le fait de ne pas exister n’empêche pas tous les hommes. (Il y a des applis payantes pour ce genre d’homme. Ça me donne envie de vomir.)
Je vais avouer que la découverte de ce compte a bel et bien gâché mon prochain poisson d’avril. J’allais « confesser » que ce blog était en fait une farce hyper-compliquée faite par une adolescente ennuyée de 15 ans dans un département très peu peuplé, peut-être la Corrèze ou la Lozère. Et que son cousin qui a déménagé à Elbe-en-Irvine est celui qui répond aux vrais courriers.
Mais avec de telles « personnes » comme Anne Kerdi en ligne, qui sait ? Peut-être que l’on peut faire un « deepfake » même de ma vidéo du concert d’Indochine ? Ce serait plus simple que croire qu’il existe un type assez fou pour faire l’aller-retour en 50 heures, n’est-ce pas ? Il me semble maintenant qu’un tel poisson présenterait un risque trop élevé. Certains d’entre vous m’ont rencontré dans la vraie vie, mais un robot derrière les courriels et les MPs ? Pourquoi pas ? Alors merci Anne, ou qui que ce soit, vous allez me faire travailler pour le prochain 1er avril. Ça, je ne pardonne pas.
Mais, euh…monsieur le programmeur ? La prochaine fois où vous me créerez dans une autre simulation, peut-être que vous pourrez me laisser garder plus de cheveux dans les photos ? Ce serait super, merci !
Cette semaine, on atteint finalement la Seine-Maritime. Je ne veux rien divulgâcher, mais je crois que ce sera l’un des joyaux du blog. J’ai ma carte, j’ai mes propres photos à moins pour Rouen, et…faut attendre le reste.
Ça me rappelle qu’il y a un souvenir que j’aurais tellement aimé ramener aux États-Unis, mais je n’ai pas arrivé à le trouver en France. C’est une certaine affiche de Rouen. Peu importe, car il n’y a aucune affiche sur mes murs. J’espère que je déménagerai ce printemps (pas loin ; il faut que je reste à moins de 20 km de la maison de mon ex), puis j’aurai finalement le droit de mettre des clous dans mes propres murs. Ce serait merveilleux.
Je vous ai récemment parlé de mon ami qui a des avis plus forts que son expérience mérite quant à au sujet de la cuisine. Hier matin, il m’a réveillé juste pour m’envoyer ce tweet 100 % nul :
« Faut avouer que je n’ai jamais compris quel est du bien quant à la cuisine française. Je ne peux même pas dire quel est un plat classique français. De l’autre côté, l’italien, je l’adore. C’est si solide et a du goût sans prétention. Très similaire à la cuisine chinoise. Italien >> français à mon avis. »
Ça touche sur un sujet qui me met en colère et non pas seulement en votre nom. Si on échange les places des mots « français » et « chinois », ce propos serait considéré comme du racisme aux États-Unis Je ne sais pas si j’en écrive plus, car c’est un sujet hyper-sensible.
Il y avait au moins une nouvelle heureuse hier :
Encore une fois, les Chargers ont perdu au tout dernier moment. Ça fait chaud au cœur. J’ai payé des billets pendant 17 ans et ils ont remboursé la loyauté en quittant la ville. Si je pourrai rester dans la mémoire
Notre blague traite de la fierté familiale ; la blague n’est pas à moi, mais je peux imaginer que La Fille la dirait dans la vraie vie. Je vous rappelle qu’à partir de cette saison, les blagues sont disponibles du menu en haut, avec une semaine de retard. Nos articles sont :
Sur le blog, il y a aussi Des limites, l’histoire d’une entreprise que entreprend d’abuser la mémoire du 11 septembre, Le clafoutis aux fruits rouges, ma contribution au Clafoutis World Tour de Maman Lyonnaise, et Les brookies, mon dernier effort pour faire plaisir à La Fille.
Ce soir, je suis revenu vers la série « Meurtres à », cette fois pour Meurtres en Berry. On connaît déjà la formule, mais cette fois, il y avait quelques changements, et les points forts de la série — la photographie et les légendes locales — restent aussi bons que jamais.
Notre histoire commence en plein sabbat, avec des inconnus déguisés en tant que démons et des squelettes.
Mais le lendemain, on trouve le cadavre d’un homme. Il paraît être un cas de satanistes qui ont tué un sacrifice. Comme je l’appelle, mon quotidien. Naturellement, le procureur — comme tous en France selon cette série — fait appel à un gendarme qui habite loin du crime pour exiger qu’il aide aux policiers locaux moins que brillants.
Voici notre gendarme, Basile. Il habite à Bourges, à 70 km de…je ne suis pas sûr d’où. Mais il habite à 70 km du site du crime, c’est certain.
Il vous choquera — choquera, je vous dis ! — d’apprendre qu’il a une relation malheureuse avec son ex-femme, avec qui il partage le garde de leur fille. Et qu’il s’est échappé d’une enfance malheureuse dans le village où notre histoire se déroule. Je sais, cette histoire n’est jamais apparue sauf qu’à…euh…chaque fois dans la série.
De toute façon, on apprend pendant l’appel qu’il est « hors question » qu’il travaille avec un certain gendarme dit Beaumont. Naturellement, qui mène l’enquête ? Voici Beaumont (le barbu) :
Mais ici, nous trouvons notre premier détournement — les deux enquêteurs ne vont pas finir en couple. Je sais, j’étais choqué, et ne croyais pas que c’était un vrai « Meurtres à ». Mais ne vous inquiétez pas, car notre cher Basile va quand même trouver une relation très inappropriée. On retournera à ça, car nos inspecteurs ont des harengs rouges à poursuivre.
Les « satanistes » sont un groupe d’artistes qui habitent près de « La Mare au Diable », où le meurtre s’est passé. Les gendarmes fouillent dans leur résidence, trouvent une salopette recouverte de sang et mettent un artiste en garde à vue.
Ils rendent aussi visite aux parents du victime. Il s’avère que la Mare au Diable est apparue dans un roman du même nom de George Sand, et le victime était fan.
En cherchant le site du crime, Basile tombe malade et est soigné par un docteur, Solène, qui travaille pour les gendarmes ainsi que gérer son propre cabinet à elle. Je répète : elle travaille pour les gendarmes et est au site du crime. Ce serait donc hyper-peu professionnel si les deux tombaient amoureux, n’est-ce pas ? On connaît donc entre qui la relation de l’épisode va avoir lieu.
Il s’avère aussi que Basile refuse de parler avec sa mère, une « magnétiseuse » qui habite proche du site. (Je ne connaissais pas ce métier.) Il dit qu’elle est charlatane.
Après avoir interrogé les voisins du victime, Basile s’évanouit. C’est Solène qui le trouve, le ramène à sa maison — car c’est proche — puis l’invité à y passer la nuit. Ai-je mentionné que Solène était la maîtresse du victime, et que l’ancienne femme du victime s’est suicidée à cause de l’affaire ? Ah oui, c’est le cas. Elle devrait donc être suspecte, et est du moins témoin — du bon jugement, Basile !
Mais la voisine a donné un indice important à Basile — le victime a acheté un bouquet de fleurs juste avant son trajet vers la Mare au Diable :
Basile y trouve le bouquet, dans très mauvais état, et soupçonne Solène car elle avait un bouquet pareil chez elle.
Mais elle nie tout, alors pas de problème si elle aide Basile à interroger la voisine :
Non, Solène n’est pas tueuse.
Je ne vais plus dire afin de ne pas jouer le divulgâcheur. L’intrigue est effectivement plus compliqué que les autres que j’ai vus, et bien qu’il y ait un deuxième meurtre, et un deuxième tueur, c’est moins prévisible que les autres. Vous allez voir un beau château et de beaux paysages, et Basile a une histoire intéressante, même si les circonstances sont nettement les mêmes que dans Meurtres à Lille.
Personne n’a pas mis de pistolet contre mon front pour me faire regarder « Meurtres à ». Après trois épisodes, je dois avouer que la série est devenue un peu mes films de Noël — toujours les mêmes mais je suis quand même accro. En plus, comme alternative à regarder Stéphane Bern tout le temps, c’est une excellente manière de voir des sites partout en France que l’on ne trouve pas dans des films fait pour les étrangers.
C’est quoi un « brookie » ? C’est un dessert moitié brownie, moitié cookie. La Fille m’avait demandé les derniers cookies de Péla, mais je lui ai dit, « Dis-donc, je veux faire une expérience, car j’ai vu les brookies de Nina Métayer. » Alors, j’ai mélangé la recette de Péla avec ma recette de brownies préférée, et vous savez quoi ? C’était un désastre ; les deux parties ont trop gonflé et j’ai perdu la jolie forme de Mme Métayer — bon, de ses brookies, arrêtez de penser quel que ce soit. Mais je me suis dit : « Moins de levure chimique, et ce sera une réussite ». Et j’avais raison.
Je ne suis pas Nina Métayer ([NON ! Vous plaisantez ! — M. Descarottes]), mais la combinaison est excellente, La Fille est bien contente, et mes brookies ont la même forme que mon inspiration. Allons les faire !
Édité pour ajouter : En ce qui suit, je parle du faible niveau d’anglais aux États-Unis de nos jours. Ce n’est pas une plainte sur ce qui disent les Français en parlant anglais !
Je me demande parfois ce que vous pensez tous quant à au sujet de mes obsessions avec la pureté linguistique. J’imagine que c’est très inhabituel pour un anglophone de refuser l’opportunité d’utiliser des anglicismes. On penserait que ça le rendrait plus à l’aise. En partie, c’est ce que les élèves de religion appellent « le zèle des convertis » — le désir de montrer que l’on fait tous les efforts possibles. Mais il y a un côté plus obscur — pour autant que certains francophones ne veulent pas entendre l’anglais, il n’y a personne qui ne peut pas le supporter plus que moi.
Comment ça ? « Justin, vous êtes clairement dingue », vous dites. Mais vous connaissez certainement des gens qui sont les plus grands patriotes au monde quand un étranger critique votre pays, puis le méprisent encore plus eux-mêmes. (Nous ne manquons pas de telles personnes non plus.) C’est la même chose — car les « amateurs » de la sonorité anglaise ne savent pas forcément à quel point la langue de Shakespeare est tombé. (Je sais, toutes les générations disent ça à leur tour. Mais j’ai raison.)
Je ne lance pas une nouvelle catégorie, mais je n’épuisera pas du tout mes pensées sur ce sujet dans un seul billet.
Commençons aux restos. Quand les serveurs vous saluent au début d’un repas, ils disent « Is this your first time here? » (Est-ce ta première visite ici ?) Si on dit « Oui », ils répondent « Then, welcome » (Puis, bienvenue.) Si non, c’est « Then, welcome back » (Puis, content de te revoir). Franchement, pour autant que ça dérange, que l’on ne sait pas vous saluer sans d’abord demander des infos, c’est « Then » (Puis) qui me dérange le plus. Vous voyez que la réponse ne change qu’un mot en anglais. C’est comme parler à un robot avec un organigramme !
« Mais Justin, » vous me dites, pas sans raison, « ce n’est qu’un scénario. Blâmez plutôt les gérants. » Ah, mais il était une fois, on se moquait d’exactement ça. Il y a eu un moment où le premier président Bush a lu les directions écrites à côté de son discours, et a dit « Message: I care » (Message : je m’en soucie). C’était censé être une direction pour comment dire ses mots, pas quelque chose à répéter à haute voix ! Maintenant, nous sommes tous lui, et lui doivent nos excuses. (Ce n’est pas une invitation pour vous plaindre de lui ; ça ne concerne que la langue.)
Mais c’est bien pire que ça. Après vous avoir montré qu’il est un robot, le serveur vous demandera « What can I get started for you? » (Qu’est-ce que je peux commencer pour vous ?) Il y a dix ans, personne ne disait quelque chose d’aussi stupide. Pendant toute ma vie, c’était toujours « What can I get you started with? » (Avec quoi aimeriez-vous tous commencer ?) Les traductions françaises peuvent masquer un peu la nature de ma plainte, alors je la précise : anciennement, le COD de « commencer » était vous le client, et le COI était la nourriture. Les cons les ont inversés ! Ça fait saigner les oreilles. Ma fille n’a jamais connu un monde où les serveurs parlaient anglais, alors elle ne comprend pas à quel point ça me dérange.
Un dernier exemple pour cette fois. Vous donnez votre commande au serveur après avoir lu la carte, puis il répond « That comes with fries. Is that OK ? » (C’est servi avec des frites. Est-ce OK ? » Dans l’anglais de toute ma vie jusqu’à cette dernière décennie, demander « Est-ce OK ? » avait la polarité opposée de « Ça va ? » bien que les deux paraissent dire la même chose. On demandait cette question en s’attendant à un problème. Alors, demander « Is that OK? » en parlant des affaires habituelles, c’est-à-dire que la chose habituelle ne va pas. Si c’est le cas, pourquoi est-ce que vous la faites ?
Les serveurs ne le trouvent pas drôle quand je dis, « Non, mais je le prendra quand même. » Je réponds à exactement la question qu’ils demandent, mais ils ne comprennent pas la langue comme on l’usait pendant leur enfance. (C’est plus précise à dire que personne ne l’aurait demandé à l’époque. La question aurait plutôt été « Qu’est-ce que tu veux avoir avec ? ») Seulement quelqu’un de même âge que ma fille s’habitue à cet usage. Encore une fois, ça fait saigner les oreilles.
Je comprends que le but a changé avec cette dernière question. Le resto peut offrir plusieurs choix mais la gestion préfère que la plupart des clients choisissent la même chose. L’idée est de couper les choix en suggérant au client « la bonne réponse ». Mais c’est un abus de la langue.
La prochaine fois, on va parler de la forme possessive. Aïe, mes oreilles ! Rien que la pensée me fait mal !
J’ai un problème. ([« Un » million, peut-être. — Mon ex]) Je tombe amoureux de certaines expressions françaises, et j’arrête donc de chercher des équivalents ou d’autres façons de m’exprimer. C’est souvent le cas que ça arrive parce que je découvre que c’est la bonne traduction de l’un de mes tics en anglais.
Je connais « néanmoins » et « toutefois », mais je n’écris que « cependant » et « pourtant ». Néanmoins sonne assez proche de « à moins » que je l’évite et j’ai toujours peur de confondre toutes les « -fois » : autrefois, quelquefois, parfois, toutefois. Mais en plus, « cependant » a un rythme très proche de « however » en anglais, au moins à mes oreilles, et mon écriture en anglais est bien saupoudrée avec « however ». Alors, je l’adore.
J’ai le même problème avec « quant à ». La traduction habituelle en anglais est « as for », et on utilise les deux pour changer de sujet. C’est court, comme l’anglais, et j’adore la sonorité. Cependant Toutefois, on m’a récemment dit que je l’abusais, que ça donne à certains posts ici l’air de ce que l’on appelle en anglais une « liste de blanchissage ». Mon dictionnaire Oxford me dit qu’il faut plutôt dire « liste interminable ». Mais quels sont mes autres choix ? Je les ai enfin recherchés.
Mon dictionnaire Oxford n’est pas la meilleure source pour des synonymes. On peut seulement chercher des mots individuels, alors si je veux connaître « as for », pas de chance. Mais pour « quant », il m’a quand même offert « pour ce qui est de » et « au sujet de ». Hmmmm. Je ne suis pas sûr que ce soit une amélioration.
Mais ça donne ses propres problèmes. J’aime souvent voir des exemples pour les prépositions, et « côté », « question » et « rapport » sont assez communs en tant que noms qu’il est impossible de rechercher ce sens uniquement. (Ou tout court, franchement.) Dit-on ces choses sans d’autres mots devant eux ? Histoire de ne pas savoir la bonne réponse. (Et cet usage du mot « histoire » est en tête de la liste de la peur en ce moment.)
Peut-être le truc le plus difficile en écrivant est de changer ses habitudes. C’est possible d’écrire des logiciels pour identifier un auteur parce que même les meilleurs ont leurs signatures. Mais…euh…quant à côté le mien (pas « du côté du mien » ?), être trop paresseux pour apprendre des alternatives n’est pas la même chose qu’avoir un style.
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de « jamais ».