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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Jouons à Final Fantasy V

Quand j’étais ado, les premiers jeux vidéos de la série Final Fantasy ont sortis. Mais seulement la moitié des jeux en dehors du Japon. Ceux qui on appelaient 1,2, et 3 aux États-Unis et en Europe étaient en fait 1,4, et 6 au Japon. Il y avait de nombreuses raisons pour ça, mais beaucoup d’ans plus tard, on a enfin tous les jeux dans l’Occident. Et cette année, on a enfin des versions définitives, dont celui que j’ai acheté cette semaine, Final Fantasy V. Mais pourquoi parle-je d’un jeu japonais ici ?

Parce que j’ai décidé de le jouer dans le français original ! (OK, c’est une blague que j’ai volé du sixième film de Star Trek, où un personnage dit que Shakespeare est mieux dans le Klingon original.) Non, mais sérieusement — je fais cette expérience parce que ces jeux sont pleins de dialogues, et je serai tout perdu si je ne comprends pas.

Et il y a des choix intéressants pour un linguiste ou un fan à découvrir ! Par exemple, au début du jeu, le personnage principal, Bartz, rencontre un vieux homme, Galuf, et il lui tutoie :

Il est impossible que ce soit le cas dans le japonais original. Personne n’oserait jamais écrire un dialogue en japonais où un jeune n’est pas poli avec un vieux qu’il vient juste de rencontrer. C’est une langue avec 17 niveaux de politesse pour les excuses ! Moi, j’ai suivi deux ans de cours de japonais, mais je n’ai jamais maîtrisé leur politesse. Comme vous savez, la politesse française me convient parfaitement.

Certaines expressions sont difficiles à traduire, et les écrivains ont choisi des mots très différents pour la version française. En anglais, on dit « thunder » pour « tonnerre », mais aussi « thundering » pour utiliser tonnerre comme adjectif. Ça ne marche pas en français. J’étais vraiment surpris à voir « Tonnerre de Mysidia ! » comme expression — Mysidia étant un endroit dans des jeux précédents — et il s’avère que la version anglaise était « Thundering tempests » (tempest = tempête). Parce que la grammaire ne marchait pas, ils ont inventé une nouvelle expression plus authentique à l’histoire de la série !

En général, la langue de ce jeu est très formelle. Les personnages demandent « Qu’est-ce que c’est ? » au lieu de « C’est quoi ? » (il y a certains qui disent « Qu’y a-t-il ? ») et presque tout le monde se vouvoie. Je trouve ça absolument charmant, et si le trop petit texte ne me rend pas aveugle, je crois que ce sera l’une des expériences les plus intéressantes de ma vie !

Les cannelés

Pour terminer notre séjour en Gironde, on goûtera un dessert local qui est devenu un classique de la pâtisserie française, les cannelés. Au fait, je vous ai menti encore une fois, parce que j’ai acheté un moule de plus. J’ai vraiment besoin de quelqu’un à la maison qui peut m’empêcher de ça. En tout cas, voilà :

Je dois cette recette à Cook&Record. Son moule produit 15 petits cannelés ; le mien, 8 plus grands. La même quantité de pâte suffit également pour tous les deux. Il faut commencer cette recette la veille, parce que la pâte doit reposer 24 heures au frigo.

Les ingrédients :

  • 500 grammes de lait
  • 30 grammes de beurre
  • De la vanille — soit une gousse ou une cuillère à soupe de vanille liquide
  • 100 grammes de farine
  • 200 grammes de sucre
  • 2 pincées de sel
  • 2 œufs
  • 30 grammes de rhum

Les instructions :

  1. Dans une casserole, porter à ébullition le lait, et faire fondre le beurre. Ajouter la vanille et mélanger bien. Enlever du feu et réserver.
  1. Dans un saladier, mettre les œufs, le sel, la farine, le sucre, et le rhum. Battre tout avec un batteur plongeant ou batteur à œufs.
  1. Après avoir obtenu une pâte homogène, verser le lait dans le saladier et battre pendant quelques minutes de plus.
  1. Couvrir le saladier avec du film à contact, et laisser reposer pour 24 heures dans le frigo.
  2. Le lendemain, préchauffer le four à 250°C. Beurrer votre moule, et remplir chaque puit avec de la pâte, jusqu’au bord des cannelures. Mettre au four pour 10 minutes, puis baisser le feu jusqu’à 180°C. Faire cuire pendant 1h15 de plus, puis sortir le moule du four et laisser refroidir dans la moule. Démouler pour les servir, et vous êtes fini.

Mon dîner girondin

Il n’y avait vraiment pas de choix pour le plat principal ce soir. Si vous connaissez même un peu la cuisine bordelaise et vous me connaissez, vous savez déjà qu’il fallait toujours être une entrecôte bordelaise, avec un plat d’accompagnement très particulier. Dis-nous, Louis, c’est quoi le plat ?

Avec du Coca-Cola ? Hohoho, non ! Mais pas non plus with Beaujolais Nouveau — c’est du mauvais endroit (et je ne suis pas non plus grand fan). J’ai choisi un très bon Saint-Émilion du Château de Ferrand :

C’était comment le vin ? Very very good, marvelous, wonderful — et pas trop nouveau ! (Vous pouvez voir que cette scène m’a profondément bouleversé. Et sérieusement, je recommande le vin.)

Pour la recette de l’entrecôte, j’ai suivi celle-ci de L’Atelier des Chefs sauf pour la viande elle-même. Pour la viande, j’ai suivi les conseils d’un célèbre chef américain, Alton Brown, qui est aussi connu comme scientifique. C’est la première fois où j’ai cuisiné un steak dans une poêle, alors je voulais être sûr. La salade c’est pas grande-chose, mais c’est quand même à moi.

Les ingrédients pour « salad of tomatoes », 1-2 personnes :

  • 1 concombre
  • 1/2 tomate par personne
  • De l’huile d’olive

Les instructions pour « salad of tomatoes » :

  1. Rincer vos légumes.
  1. Si vous n’avez pas de mandoline, couper les légumes en fines lamelles avec un couteau. Mais s’il y a une mandoline dans votre cuisine, on va en profiter. Couper plutôt un petit bout du concombre pour faire un bord plat.
  1. Avec la lame ondulée, couper de fines lamelles. Après chaque coupe, tourner le concombre à 90° pour faire la coupe gaufrée.
  1. . Couper la tomate en fines lamelles.
  1. Réserver les légumes au frigo pour le montage.

Les ingrédients pour l’entrecôte bordelaise, 1-2 personnes :

  • 1 entrecôte de 400-500 grammes
  • 1 échalote
  • 1 cube de bouillon de viande
  • 4 grammes ou 1 cuillère à soupe de farine de blé
  • 13 cl de vin rouge
  • Du poivre
  • Du gros sel
  • De l’huile d’olive

Les instructions pour l’entrecôte bordelaise :

  1. Éplucher et ciseler finement les échalotes.
  1. Mettre une poêle assez grande pour vos steaks dans le four. Préchauffer le four à 260°C. Dès que le four finit de préchauffer, sortir la poêle du four, et la mettre sur la cuisinière à feu vif pour 5 minutes.
  2. Rincer et sécher votre viande. Badigeonner les côtés avec de l’huile d’olive, puis saupoudrer avec du gros sel et un moulin à poivre. Sans ajouter plus d’huile à la poêle, mettre la viande dans la poêle pour 30 secondes. Retourner avec des pinces, et faire cuire l’autre côté pour 30 secondes de plus.
  1. Dès que la deuxième côté est cuite, mettre la poêle encore une fois dans le four pour 2 minutes. Ouvrir le four, retourner avec des pinces et faire cuire pour 2 minutes de plus. Ça devrait faire de la viande mi-saignant. Retirer la viande sur une assiette et couvrir avec du papier aluminium pendant qu’on faire la sauce. Je ne pouvais pas utiliser l’appareil photo pendant cette étape, mais voici une photo après la cuisson.
  1. Dans la même poêle, faire suer les échalotes. Saupoudrer de farine, bien remuer puis ajouter le vin rouge, le cube de bouillon de viande avec 30 cl d’eau, et le poivre. (J’ai mélangé les ingrédients liquides, dont mon bouillon en gelée, dans une tasse.) Laisser réduire d’au moins 1/3. La sauce réduira vite, alors la retirer dans un bol.

Montage :

  1. Arranger vos légumes sur une assiette. Arroser les légumes avec de l’huile d’olive. Mettre la viande sur l’assiette, et arroser avec la sauce bordelaise. Servir tout de suite !

Voici l’intérieur de ma viande. C’moins cuit que Chef Brown a promis. On peut vérifier la viande après l’avoir sorti du four, et revenir si vous avez envie d’un steak plus cuit.

Sa vie à Los Angeles

Ce soir, j’étais à LA pour un événement de l’Alliance Française de Los Angeles. C’était un spectacle appelé « Ma vie à Los Angeles », par une actrice expatriée, Sarah Trem. Tout en français, et la première fois pour moi d’assister à quelque chose en personne en français.

Je veux vous donner une idée du théâtre. C’était un petit espace dans un bâtiment à Santa Monica, une ville à côté de Los Angeles. Voilà :

Avant la performance, quelque chose s’est passé qui m’a rendu honteux à cause de mes compatriotes. Il y avait une annonce qu’elle allumerait une cigarette pendant le spectacle ! Sont-ils de si gros bébés qu’ils ne peuvent même pas voir une cigarette sans pleurer ou se mettre en colère ? On va parler un peu de plus sur ce sujet en bas. Je suppose que je devrais également vous prévenir : il y aura des opinions beaucoup plus fortes que d’habitude ici.

J’aimerais vous dire que j’ai tout compris sans l’aide des titres qui ont été projetés au-dessus de la scène. Mais ce serait un gros mensonge. Elle a utilisé beaucoup de mots que je ne connaissais pas. Peut-être que j’ai compris la moitié sans aide.

Son sujet était ses expériences en tant qu’expatriée, et j’étais un peu déçu. J’ai dit une fois à un ami qui étudiait aux États-Unis, « Il me semble que les français ont souvent la bonne attitude vers chez moi, mais pour les mauvaises raisons. » C’était fortement le cas ici. Ça fait 5 ans qu’elle habite à Los Angeles, mais la plupart de ses commentaires étaient les mêmes genres de stéréotypes que j’entends souvent de mes amis européens qui ne connaissent pas les États-Unis sauf par la télévision.

Elle a donc parlé de toute la chirurgie esthétique que l’on trouve à Hollywood, de la fausse convivialité des américains, de notre tendance de parler très fort. Et d’accord, c’est tout vrai, dans la mesure du possible. Elle a aussi parlé du fait que tout le monde à LA prétend d’être acteur ou mannequin à la recherche de leur opportunité. Aussi vrai, mais bien que je déteste cette ville-là après y avoir vécu pendant trois ans, je connais une ville différente que celle qu’elle a décrite. On ne trouve pas de faux acteurs dans les quartiers mexicains, par exemple, comme celui où j’habitais.

Il y avait deux choses dont je veux dire un peu de plus. Souvenez-vous de la cigarette ? Eh bien, elle l’a allumée pendant peut-être 30 secondes. Puis elle a parlé de la GRANDE hypocrisie que nous avons vers les cigarettes, tandis que nous fêtons la marihuana. C’est pas mon hypocrisie. Je n’ai jamais fumé. Mais je déteste la marihuana, et à mon avis, nous nous comportons comme de petits bébés dès que nous entendons parler du tabac. Ça reste légal. Si nous étions sincères, nous ne nous permettions pas d’imposer de lourds impôts aux membres les plus pauvres de notre société. Je l’applaudis.

La deuxième et dernière chose — elle a bien appris notre mauvaise attitude vers nos citoyens asiatiques. Il n’y a que deux groupes auxquels on peut se moquer sans peur ici, les asiatiques et les juifs (et elle a raconté une blague à propos des juifs aussi, mais beaucoup plus sur les asiatiques). Il était une fois, les comédiens pouvaient raconter des blagues sur n’importe quel groupe ici, et je dirais que c’était mieux pour la liberté d’expression. Mais si c’est maintenant un faux pas à faire des blagues ethniques, je le trouve…intéressant…que ce ne soit pas un problème envers nos plus petites minorités. C’est pas une critique de Mme. Trem — elle a bien absorbé exactement l’attitude de nos bien-pensants.

Reviendrais-je pour la revoir ? Dans un autre spectacle, bien sûr. Mme. Trem est carrément une actrice talentueuse, et franchement, j’étais heureux de passer deux heures complètement en français.

La récompense d’être gentil

Je suis en colère en ce moment. Furieux, vraiment. Ce post se traite d’un billet pour le concert d’Indochine à Paris en 2022, mais c’est vraiment à propos du comportement des fans.

Je vous ai dit plus tôt que j’ai acheté un billet pour le concert. En fait, j’en ai acheté deux. J’ai perdu ma place plusieurs fois pendant la vente originale, et j’étais très déçu avec le premier billet, mais j’ai eu la chance plusieurs heures plus tard de trouver une meilleure place. Alors, j’avais plus de places que de moi, et j’ai dû en vendre une.

Je fais partie d’un groupe de fans sur Facebook avec plus de 37 000 membres. Il y a des fans partout dans le monde, et je ne suis pas le seul des États-Unis. Surtout, il y a un autre fan en Floride dont on se connaît depuis un an. Cette personne a récemment posté qu’elle cherchait une place à Paris. Je l’ai offert mon billet pour la même quantité de dollars que j’ai payé en euros, et j’ai même payé les frais de livraison. Je voulais juste récupérer une partie de mon argent, et j’étais heureux d’aider quelqu’un qui avait été gentil avec moi quand j’étais tout nouveau en français.

Voilà quelques captures d’écran de notre conversation. C’était tout en anglais, alors je le traduirai pour vous :

Moi : Magnifique ! Heureux de le laisser partir à sa valeur nominale, sans frais pour l’envoyer. Je l’ai gardé pendant des mois, et j’ai du mal à le revendre parce qu’il vient de Californie, pas d’Europe.

Elle : Hahaha je suis tellement chanceuse. Comment envoie-je l’argent ?

Elle, plusieurs jours plus tard : Salut ! Ça va ? Je voulais juste savoir si vous avez reçu l’argent pour le billet.

Moi : Oui, merci ! Selon la Poste, le billet était « sorti pour livraison » à Miami vendredi, mais c’était encore le cas dimanche. Vous l’avez déjà reçu ?

Elle: Oui. Merci ! Je voulais me rassurer que vous avez reçu l’argent.

Ce soir, j’ai reçu ce courriel de PayPal (j’omets les détails, mais je vous rassure que le courriel est authentique) :

Bonjour Justin Busch,

Un dossier a été ouvert dans le Centre de Résolution

Nous vous écrivons pour vous apprendre de ce dossier ouvert et ce que vous pouvez faire pour nous aider à le résoudre. La cliente dit qu’elle n’a pas autorisé cet achat.

C’est ça qui suit mon acte de gentillesse. J’ai perdu de l’argent en vendant le billet, parce qu’un dollar ne vaut que 0.8 euros. Mais vous pouvez voir les preuves — elle a bien autorisé notre échange. Cette plainte, c’est un escroc.

J’ai un certain talent pour attirer ce genre de personne dans ma vie. Je suis heureux en ce moment que mon ex ne parle pas français. Ce post lui ferait beaucoup trop plaisir.

Les sans-culottes de l’État

Karl Marx dit une fois, « L’histoire se répète toujours deux fois, la première comme une tragédie, la seconde comme une farce. » On peut se disputer s’il avait raison. Mais c’était la première chose à laquelle j’ai pensé quand j’ai vu ce dessin dans Le Canard enchaîné cette semaine :

La nouvelle derrière celui-ci, c’est que le Gouvernement a acheté des tenues neuves pour la police, mais seulement des hauts et des couvre-chefs. Au moins selon Le Canard. J’ai essayé de trouver une deuxième source pour cette histoire, mais je ne l’arrivait pas. Alors, pour être clair que j’ai bien compris :

Et oui, on parle en anglais des « sans-culottes » quand on parle de la Révolution.

En tout cas, on continue avec une autre de mes nouvelles préférées, le combat entre le Royaume-Uni et la France à propos des droits de pêche :

Je dis toujours que c’est en même temps une tragédie pour les pêcheurs mais une farce pour les gouvernements.

En tant qu’informaticien, celui-ci m’a fait rire. Je veux une copie en forme de grosse affiche pour l’encadrer !

Pour ceux qui lisent anglais ça aurait mis à place d’honneur à côté de celui-ci.

Finalement, voilà la bonne réponse aux plaintes des femmes du monde que les hommes gaspillent trop d’argent pour leurs voitures et leurs chaînes hi-fi. C’est juste pour lutter contre l’inflation, mesdames !

Au fait, la première chose que j’ai achetée après notre rupture ? De nouvelles enceintes. Je ne plaisante pas. Mais d’occasion, pas toutes neuves. Je ne suis pas un monstre !

Comme toujours, si vous avez aimé ces dessins, abonnez-vous !

Le meilleur boulot en France

Depuis un an, je suis une femme sur Facebook qui écrit une page appelée « France with Véro ». (Faut préciser que c’est « suivre », pas « être ». De nos jours, on ne sait plus chez les américains.) Il était une fois, elle était expatriée aux États-Unis, où elle écrivait un blog appelé « French Girl in Seattle ». Mais en 2019, elle est rentrée en France pour être guide touristique.

C’est pas du toute sa faute, mais il s’est avéré que 2019 n’était pas le bon temps pour ça. Après quelques mois, Covid a commencé et paf ! — plus de touristes. Mais Véro a eu la meilleure idée de tous les temps. Franchement, je suis tout à fait jaloux.

Son idée était de tourner des vidéos avec son portable sur Facebook Vidéo en direct en marchant autour de Paris. Ses suivants à l’étranger payeraient par Patreon pour le droit de regarder toutes les vidéos. (Il y en a certaines sur YouTube.) Commencez-vous à comprendre pourquoi c’est une idée si génie ? Elle est payée (plus ou moins) juste pour être française, y vivre, et enregistrer son quotidien. (Pour être clair, elle est aussi bien éduquée en tant que guide.) Moi, j’ai trois brevets, mais je n’ai jamais eu une idée aussi brillante. Voici l’une de ses vidéos (attention, c’est en anglais) :

Il faut que j’ajoute que c’était sa faute que j’ai dû visiter les Galeries Lafayette Haussmann. Elle a posté cette collection de photos pour Noël l’année dernière. J’étais hypnotisé. Quelques semaines plus tard, je les ai vues encore dans Peur sur la ville et Le Père Noël est une ordure. Moi et mon stupide cœur d’artichaut, nous tombons amoureux de tout ce que nous voyons en France.

En tout cas, même si vous ne comprenez pas ce qu’elle dit (quelle ironie !), les images expliquent tout. Quand j’ai commencé ce blog, j’ai écrit, « J’ai le mal du pays pour un pays que je n’ai jamais visité ». Depuis juillet, je n’ai plus le deuxième problème, mais le mal du pays, c’est croissant tous les jours. (Baguette aussi.) Et alors, ce week-end je n’en pouvais plus et j’ai fait la seule chose qui restait — je me suis enfin abonné.

(Elle ne sait pas que j’ai écrit ce post, et je n’ai rien reçu pour l’écrire.)

La carte de France selon un marchand de vin

J’achète presque tous mes vins dans un magasin appelé Total Wine, le meilleur de nos deux grandes chaînes pour l’alcool. Leur concurrent, Beverages & More, n’a pas trop de vins, alors il n’y a pas de raison de parler d’eux. Mais à propos de notre séjour à Bordeaux, je veux vous montrer comment on voit la France ici.

Peut-être que vous saviez déjà que la Gironde a la superficie la plus grande de tous les départements. Ça couvre 10 000 km2 , environ 1,5 % du pays. Mais chez Total Wine :

Je compte 8 étagères de vin bordelais, où ils produisent 5,9 M hectolitres l’an. Pariez-vous que ça fait 1,5 % du vin français ici ? 5 % ? 10 % ?

Voilà notre deuxième plus grande région, le Rhône :

Avec 3 étagères, c’est moins de la moitié de Bordeaux, bien qu’ils produisent 3,5 M hectolitres, beaucoup plus que la moitié. Et la Bourgogne ?

En fait, il y a une étagère de plus pour la Bourgogne — je ne pouvais pas reculer assez loin. 2 étagères malgré un volume de 1,5 M hectolitres. Et le Beaujolais n’a qu’une étagère malgré 1 M hectolitres.

Les deux autres sont l’Alsace et la Loire, avec une étagère à chacun. L’Alsace produit 1,2 M hectolitres l’an, et la Loire ? 3,2 M hectolitres ! C’est plutôt injuste par comparaison avec la Bourgogne.

Mais peut-être que la Loire ne devrait pas se plaindre. Au moins elle existe selon notre marchand de vin, contrairement à la plupart du reste du pays !

Adieu, chef Ducasse

(Désolé, pas de film ce week-end. J’ai eu une semaine complètement pourrie et en plus, je suis malade. C’est donc le bon temps pour râler.)

Pour être clair, M. Alain Ducasse n’est pas mort. Mais ce post, c’est l’histoire d’une rupture avec l’un de mes héros. Où il mène, je ne peux plus le suivre. Ce qui suit est un cri de cœur, et ce n’est vraiment pas seulement à propos de M. Ducasse, ou la cuisine.

Cette histoire vient du Canard enchaîné du 29 septembre :

Quand j’ai eu 22 ans, j’ai vu ces deux livres dans une librairie. Ce sont les premiers livres de recettes que j’ai achetés :

Le livre de M. Ducasse était toujours trop difficile pour moi — la moitié de ses recettes manquent de mesures ! — mais il restait quand même une inspiration. Il y a une histoire dans le livre de M. Ducasse que je vais traduire pour vous (je n’ai pas ses mots originaux, juste la version en anglais) :

Un week-end, ma grand-mère préparait le dîner, et dans sa carte il y avait des haricots verts fins et croquants de notre jardin. Après elle en a mis plusieurs sur une assiette, j’en ai goûté 2 ou 3, et savais qu’elle les a laissé faire cuire un peu trop long. « Mamie », j’ai dit tranquillement mais sans peur, « tu as trop cuit les haricots verts ». C’était un petit moment, mais en même temps, un genre d’épiphanie pour moi. « Alors », elle m’a répondu, « veux-tu faire la cuisine ? ». Oui, je me suis pensé. Depuis ce moment, rien ne peut m’empêcher.

Alain Ducasse, Flavors of France, p. 9

Ce monsieur n’aurait jamais dit qu’il s’en fiche si un repas n’est pas délicieux. Ce livre-là n’est pas du tout une déclaration comme ça. C’est un livre avec les mêmes valeurs que les miennes — la tradition, les repas en famille, le respect pour le monde en dehors de Paris (vous pouvez également lire « Los Angeles » à la place de Paris ; c’est le même sentiment).

Mais pourquoi est-ce qu’il a abandonné sa cuisine ? En 2014, il a dit à Marie Claire :

« La planète a des ressources rares. Il faut consommer différemment, moins de sel, moins de sucre, moins de gras et moins de protéines animales. L’important, c’est le goût, la pureté, le respect des aliments, et le sentiment que va donner le cuisinier à celui qui va déguster l’assiette. »

Alain Ducasse met la viande à la porte de sa cuisine !

Ah bon, mais moins ne veut pas forcément dire rien ou pas du tout. En plus, on ne voit pas du tout ici l’attitude « pas nécessaire que ce soit toujours délicieux ». C’est ça que je trouve vraiment insupportable. Je remarque en plus qu’en dépit d’habiter dans cette planète de ressources rares, il ne s’est pas empêché de servir des plats chers aux clients très riches.

Moi, je suis plutôt l’avis de Pierre Hermé dans l’autre livre en haut : « La crème au beurre doit avoir du beurre — rien d’autre ne marche » (p. 29). Également l’avis de Julia Child, l’écrivaine et animatrice américaine qui a rendu populaire la cuisine française aux États-Unis : « Si vous avez peur du beurre, utilisez de la crème » et aussi « Je crois aux viandes rouges ». Ici, on fête la cuisine de la campagne, sans mépriser les villes, et je trouve que M. Ducasse ne rend plus l’envers. Je suis fier que l’on trouve le vrai patrimoine culinaire français dans ces pages, et ce que j’apprécie ne changera jamais.

Je découvre la Gironde

Si je vous dis qu’il n’y a que trois noms départementaux connus aux États-Unis, vous devineriez lesquels ? Paris, bien sûr, mais les autres ? Je vous dis qu’au moins pour ceux qui ont plus de trente ans, ce sont la Gironde et la Vendée. Pourquoi ? Parce que l’on avait la responsabilité de prendre un cours d’histoire européenne au lycée, où la Révolution faisait une grande partie. (Ne m’invite pas à m’exprimer sur les jeunes.) Donc, quand je vous dis que je m’attends ce post depuis longtemps, c’est rien que la vérité.

La Gironde, le 33, est le département le septième plus peuplé, et les habitants se nomment girondins, peut-être le seul gentilé départemental connu aux États-Unis (relisez en haut). C’est notre sixième séjour en Nouvelle-Aquitaine.

On commence avec la seule ville en France selon nos marchands de vin la préfecture, Bordeaux. Et le meilleur endroit pour commencer, c’est le Vieux Bordeaux (3 étoiles Michelin). On y trouve la Place de la Bourse (3 étoiles) avec son célèbre miroir d’eau (1 étoile) et fontaine des Trois Grâces. À côté de la Place, on trouve le Musée national des Douanes (0 étoiles), mais aussi le Grand Théâtre de Bordeaux (2 étoiles), la maison de leur opéra, un bâtiment des années 1770s. En face de la Garonne, il y a aussi la Porte Cailhau (1 étoile), un arc de triomphe de 1495. On finit notre séjour dans le Vieux Bordeaux avec la Cathédrale Saint-André (2 étoiles), érigée entre les XIe et XVe siècles.

Il n’y a vraiment pas de monuments aux Girondins comme je les connais, les révolutionnaires fédéralistes. (Vous pensiez que je parlais de leur équipe de foot ?) Au moins je ne les ai pas trouvés. Alors, on continue avec LE truc bordelais, la Cité du vin (2 étoiles). Après tout, qui dit Bordeaux dit forcément vin. On y trouve des expositions sur l’histoire de Bordeaux, les terroirs, l’élaboration du vin, et quelque chose dont j’ai vraiment pas envie, « le vin de l’amour ». (Ma fille a fait des bruits d’embrasser quand je lui ai mentionné ce truc.) Après, on continue au sud de la Gironde pour visiter le château de La Brède-Montesquieu (1 étoile), la maison du célèbre philosophe qui a beaucoup inspiré la Révolution américaine avec « De l’esprit des lois ». Selon sa théorie des climats, « certains climats sont supérieurs à d’autres, le climat tempéré de France étant l’idéal ».

Maintenant, on est dans la campagne. C’est le temps pour visiter les vignobles ! On commence avec l’un des plus prestigieux vignobles du monde, Saint-Émilion (3 étoiles). Le Guide Michelin ne mentionne qu’un château particulier, Château de Ferrand (0 étoiles), mais si je dois voler 15 000 km pour visiter, on ne rate pas du tout Château Figeac. La visite coûte 50 €. JE PAYE SANS QUESTION. Je n’achèterai même pas un « Petit-Figeac » pour notre dîner girondin, parce que je gaspillerais la moitié de la bouteille, un crime. Ensuite, on conduit à Pauillac. où les vignobles du Haut-Médoc (2 étoiles) nous attendent. Ici, on trouve les Châteaux Rothschild — une visite chez Mouton Rothschild coûte 65 €. On paye encore. Le Château Margaux y est aussi, et on peut prendre un rendez-vous pour un tour, mais pas de verre de vin chez eux. En « dessert », on visite la région de l’appellation Sauternes pour visiter le Château d’Yquem — les visites coûtent entre 84-300 €. À Sauternes, il y a aussi d’autres châteaux intéressants, le Château de Roquetaillade (2 étoiles), qui date de 1306, et le Château de Cazeneuve (2 étoiles), anciennement à Henri IV et Marguerite de Valois.

Qui sont les personnages connus de la Gironde ? D’abord le philosophe Montesquieu, mais aussi beaucoup de révolutionnaires comme Élie Guadet et Jean-François Ducos. Parmi les plus célèbres français aux États-Unis en 1999, l’héros de la Bataille de McDo, José Bové y est né, ainsi que le mercenaire Bob Denard. (Je ne plaisante pas, j’ai entendu parler de tous les deux !) Des plus grands crédits du département sont le théologien Jacques Ellul, la chanteuse Marie Laforêt, et le réalisateur Édouard Molinaro, auquel je dois deux de mes premiers cinq films de Louis de Funès, Oscar et Hibernatus.

Quoi manger en Gironde ? Il n’y a pas de question que leur plus célèbre plat est l’entrecôte à la bordelaise (et que l’on manque complètement de steaks dans notre collection de recettes…). Mais aussi la lamproie, dont j’ai pas envie. J’étais surpris à découvrir : il y a 57 appellations de vin, mais rien d’autre produits vraiment locaux. En dessert, ils mangent de la tourtière, la même chose que le pastis gascon, notre dessert gersois, et le fameux cannelé est lié à Bordeaux. Il y a aussi un genre de macaron, de Saint-Émilion, qui n’a pas trop à voir avec les macarons parisiens.