Archives pour la catégorie Langue de Molière

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Devinez quoi ?

Cette semaine, Langue de Molière part d’une question que La Fille m’a récemment posé. Elle voulait savoir… bon, vous allez voir que le problème, c’est que même moi, je suis pas sûr de comment exprimer ce qu’elle veut dire.

Je sais que quelqu’un venu de France comprend le problème en question. Il y a plus de 40 ans, un marseillais nommé Georges Marciano a déménagé aux États-Unis, où il a ouvert un magasin de couture, MGA. Mais il a rapidement changé d’avis, et l’a renommé « Guess ». Son entrée Wikipédia l’explique :

Alors qu’il ne parlait pas un mot d’anglais, il observe un panneau publicitaire « Guess where’s the best Hamburger ? Big Boy » et décide de renommer la compagnie « Guess ». « Guess, je ne savais même pas ce que ça voulait dire, mais je trouvais que ça se disait bien dans toutes les langues »

J’ai vu les t-shirts partout en grandissant, avec le point d’interrogation au-dessous du nom Guess en grosses lettres comme ça :

La chanteuse Lesha portant un t-shirt Guess, dont les lettres sont toutes en majuscule dans un triangle inverti, avec un point d'interrogation qui occupe la moitié du triangle en bas
La chanteuse Lesha portant un t-shirt Guess, Photo par litrec, CC BY-SA 4.0

Big Boy était anciennement une chaîne de restos rapides californienne, de meilleure qualité que McDo (et avec des serveurs), et dont il en reste quelques-uns dans le Midwest. Mais ce n’est pas notre sujet. C’est le mot « Guess ». Dans la pub qu’il avait vu, le sens de la question est « Devine où se trouve le meilleur hamburger ? » (rappelez qu’il n’y a pas de vous en anglais américain, seulement tu). Mais le mot « guess » est autant nom que verbe en anglais, et c’est ici où se trouve le problème.

Naturellement, ma première réponse est toujours de vérifier mon dictionnaire bilingue. Ça donne deux choix, supposition et conjecture :

Capture d'écran de l'entrée pour "guess" dans le dictionnaire Oxford

On penserait donc que c’est la fin de l’affaire. Mais je note quelque chose de curieux dans le reste de l’entrée. TOUS les exemples qui traduisent « guess » en tant que nom en anglais le remplacent par un verbe en français. Ça me donne l’impression depuis longtemps — car j’ai eu la même question avant — que on veut vraiment éviter un nom pour exprimer l’idée venant d’anglais. Voyons :

Capture d'écran de plus de l'entrée pour "guess" dans le dictionnaire Oxford

Les deux premiers exemples sont les plus importants pour notre but, car ils expriment exactement ce qui nous manque. Si on considère que « guess » veut dire « la chose rendue en devinant », on pourrait traduire « take a guess » par « faire la chose rendue en devinant ». Mais le dictionnaire Oxford donne plutôt « essayer de deviner », évitant tout court un n. Ailleurs, le dictionnaire donne « à mon avis » pour mon « guess » et « au hasard je dirais », les deux n’appuyant vraiment pas sur la même idée.

Il y a d’autres exemples :

Capture d'écran de plus de l'entrée pour "guess" dans le dictionnaire Oxford

« I’ll give you three guesses » se traduit comme « devine un peu », selon le dictionnaire, mais l’anglais là veut vraiment dire « devine 3 fois », ou plus précisément, rendre 3 des choses pour lesquelles on n’a pas de nom. Pour « good guess », un bon « guess », il donne « tu as deviné juste » — encore une fois, la transformation du nom en verbe. Et celui qui m’énerve le plus est sûrement l’exemple de « your guess is as good as mine ». Le dictionnaire donne « Je n’en sais pas plus que toi », une traduction qui ne remplace pas seulement le verbe deviner par savoir, mais cache le nom derrière « en ». C’est une blague pourrie, Oxford !

Sans copier les entrées de « supposition » ou « conjecture » ici, il suffit de dire que les significations données pour ces mots dans l’autre sens sont exactement celles qu’elles ont en anglais, et « guess » n’apparaît pas.

Ici, c’est donc à vous le public. Je crois que l’idée est suffisamment claire. Et peut-être que le français évite vraiment ce mot en tant que nom. Mais La Fille et moi, nous avons du mal à croire que cette idée est aussi impossible à traduire que ça. Vos suggestions sont les bienvenues.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de l’obsession américaine, Coke.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les 50 mots de neige esquimaux

Il y a des décennies, un linguiste américain, Geoff Pullum, écrivait une colonne pour un journal académique, Natural Language & Linguistic Theory (Langue naturelle et théorie linguistique). Après des années, il a publié un recueil, The Great Eskimo Vocabulary Hoax (Le Grand canular du vocabulaire esquimau). Le livre est nommé pour son essai le plus célèbre — la fausse « découverte » que la langue esquimaude avait plus de 50 mots différents pour des genres de neige. La réalité, c’est que l’esquimau fonctionne comme l’allemand avec moins de morts, où des phrases entières sont représentées dans un seul mot plein de préfixes et de suffixes. Mais c’est Langue de Molière ici, et mon sujet du jour, c’est le point auquel le français est le vrai esquimau !

Tout ça a commencé à cause de mon amie rouennaise, qui poste parfois des photos de son quartier avec la légende « ça caille ». Je note qu’il fait 7° C aujourd’hui là-bas, mais 16° C à Elbe-en-Irvine. On penserait donc que je n’ai rien pour m’en plaindre, mais je porte une veste tout ce mois, et ça ne m’a jamais empêché quand même. Mais vu que je n’ai jamais vu de la neige en Californie du Sud sauf pour un matin en 1989 (sérieusement), presque tout ce qui suit vient d’un article de la prof de Français Langue Étrangère Sandrine Escoffier.

On commence avec « ça caille », expression de laquelle elle dit « cela signifie qu’il fait un froid de canard ». Super, définir de l’argot par le biais d’autre argot ! Non, mais elle explique que l’on dit cette dernière parce que les canards s’en fichent du froid et se mettent dans l’eau même en hiver.

Cependant, est-ce vrai ? Oui, et j’ai trouvé ce clip où une paire de lunettes Jamy explique comment font les canards. Au fait, il s’avère que le mot français pour les plumes les plus proches de la peau, le « duvet » est aussi le mot anglais pour ce qui se dit en français la « couette ».

Une fois sous nos couettes, on reprend la neige. Elle commence avec le givre, apparemment de la glace qui forme sur tout sauf le sol pendant la nuit. C’est donc de la rosée, comme on voit sur nos voitures en Californie si elles restent dehors pendant la nuit, mais gelée. Pas si difficile.

Mais le měme truc sur le sol, où il devient tout sale, parce que comme a dit Adrian Monk, « La nature, c’est sale », c’est le verglas. En anglais, on dirait apparemment « black ice », « glace noire », selon mon dictionnaire bilingue. Je ne sais pas. Il faudrait que j’entende cette expression afin de la connaître — ce phénomène n’existe en Californie du Sud ! Si la rosée tombe par terre, le sol est simplement mouillé. On n’a pas de mot pour ça.

La « glace », elle est apparemment plus solide que le givre. On peut y patiner, selon Mme Escoffier. C’est quoi, patiner ? Non, je plaisante, mais je n’ai jamais, même une fois, vu quelqu’un en train de patiner sur un lac. C’est toujours sur une surface artificielle, avec des Zamboni. Vous les appelez « surfaceuse », selon Wikipédia, mais en Amérique du Nord, elles sont connues par la seule marque, tout comme on dit « Google » pour rechercher même avec Bing.

Alors, pour vous expliquer comment je peux être si ignorant, permettez-moi de partager un mème en anglais :

Photo avec deux légendes, « 10° C à San Diego » et « 10° C dans le Wisconsin ». (En fait, elles disent 50° Fahrenheit, car c'est en anglais.)
Source

En haut, ça dit « 10° C à San Diego », où tout le monde s’habille en cagoules, en gros manteaux, et en gants. Puis il y a « 10° C dans le Wisconsin », très au nord du pays, où tout le monde s’habille en robes sans manches ou en short. Pour les californiens, ces températures sont largement inconnues et on ne sait pas quoi faire face à un peu de froid. Dont moi, absolument.

Je ne peux pas mentir, voici la seule glace dont j’ai envie de faire la connaissance :

Entrée de chez Berthillon
Chez Berthillon à Paris. Photo par David Monniaux, CC BY-SA 3.0

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec un sujet spécial suggéré par La Fille. Vous ne devinerez pas quoi !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Coupe de sable

Cette semaine, vu que tout le monde sauf votre hôte boira du champagne plus tard ce mois, Langue de Molière présente une expression liée à la boisson.

Il y a des années, j’ai vu une vidéo de comment ouvrir une bouteille de Petrus 1961 sans risquer que le bouchon finit dans le vin. On utilise une pince et du feu. C’est l’un des trucs les plus dingues que j’ai vus. Malheureusement, ce n’est disponible que sur Facebook, alors je vous offre ici un lien mais pas de vidéo directement dans cet article.

Plus tard, j’ai découvert une technique encore plus impressionnante, au moins visuellement, le sabrage, où on ouvre une bouteille de champagne avec un sabre. On dirait aussi « sabrer le champagne ». Voici un exemple :

Il y a des semaines, j’ai vu un clip sur Facebook, produit par TV5MONDE avec le professeur de linguistique Bernard Cerquiglini. Heureusement, il est aussi disponible sur Instagram, alors je peux le partager ici. Il s’agit de l’expression « sabler le champagne » :

Alors, c’est quoi « sabler » le champagne ? Après tout, le sable, c’est la poudre énervante qui me donne envie d’éviter la plage, et la pâte sablée, c’est la pâte qui prend une forme similaire à la poudre épouvantable. Mais cette expression n’en a rien à voir.

Si vous connaissez un peu la fonderie, il s’avère que « sabler » a un sens technique, selon le professeur Cerquiglini, ou ça veut dire « faire couler du métal liquide dans un moule de sable ». Par analogie, si on boit rapidement le champagne, de façon « trou normand », on « sable » le champagne de même façon que l’on « sable » le métal. Mais plus tard — disons le XVIIIe siècle, selon le professeur — la rapidité a été remplacée par la compagnie, et « sabler » a fini par vouloir dire « boire dans une situation festive ».

Je ne connais pas du tout cette idée de boire dans un contexte festif. Mais je connais certainement l’idée de boire rapidement. Il était une fois, et je veux dire la fin des années 90, il y avait une émission à la télé américaine — par câble seulement — dite « The Man Show », Le Spectacle aux Hommes. Chaque épisode finirait avec le pianiste menant le public dans une chanson, puis il buvait deux bières d’un coup, sans respirer. C’était un talent impressionnant. Inutile, mais impressionnant quand même. J’ai mis la vidéo juste avant le bon moment ; si ça ne marche pas pour vous, la démarrer à partir de 20:48.

Peut-être que je passerai le 14 en essayant de boire de la bière aussi rapidement que ce monsieur.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour se plaindre du froid.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Faute exprès

Langue de Molière arrive un jour à l’avance cette semaine, et pas sur mon dernier sujet annoncé, car ceci part d’une blague d’hier.

Croyez-moi ou pas, mais dès le départ, l’un de mes buts était d’acquérir des fautes typiques d’un francophone natif. « Mais Justin », vous me dites, « c’est évidemment faux — vous vous vantiez des améliorations de vos notes sur les examens ACTFL ! » (2021, 2023) Je peux, en fait, le prouver.

Tout au début, j’essayais d’écrire comme un manuel scolaire ; il y avait un « ne » devant chaque « pas », et un « il devant chaque « faut ».

Chez Valrhona, il y a du vrai or, mais je ne voulais pas acheter de feuille d’or pour servir à la maison.

À la fin, il faut couper le pic en haut du biscuit.

Le palet d’or de Valrhona, décembre 2020

Mais quand j’ai lu quelque part qu’à l’orale, on laisse tomber les « ne » et les « il », je me suis dit « Vous voulez écrire comme vous voudrez parler, non ? Alors vous ferez aussi comme ça ! » Et les deux sont disparus de mon écriture, au moins parfois :

Vraiment, j’ai pas envie d’imaginer ma vie sans eux.

Faut que je vous montre une photo :

Les coups étonnants, janvier 2022

Cette habitude n’a pas duré longtemps, car j’ai reçu plusieurs commentaires de lecteurs que ça faisait mal aux yeux. Au moins, j’ai l’excuse d’avoir voulu pratiquer la langue sous sa forme orale, et à l’époque je n’avais toujours pas trouvé l’OCA.

On peut écouter la même chose sur la balado. Chaque épisode commence de même façon : « Bonjour mesdames et messieurs, et bienvenue à l’énième épisode d’Un Coup de Foudre. Moi, je suis vôtre hôte, Justin Busch. » La plupart des fois, je prononce « je suis » selon les profs, deux mots bien séparés (S3, Épisode 34). Mais de plus en plus, on y trouve « chuis » ou « j’suis », quel que vous préférez pour écrire cette prononciation hyper-informelle (S3, Épisode 35). Honnêtement, je ne l’entends que très rarement, car je vois les mêmes personnes encore et encore.

Ça nous amène à Complots faciles. J’ai recherché dans mon profil Facebook, et il me semble que j’ai découvert cette page vers mars 2021. J’ai tout à coup commencé à partager tout genre de chose que j’y ai trouvé :

Capture d'écran d'un post avec une photo du robot R2-D2 avec la légende « Le personnage le plus vulgaire de tous les temps. Ils ont bipés absolument toutes ses dialogues. » En haut, on a ajouté « Nous sachons ».
Source

C’est ici où j’ai découvert le faux verbe « sachoir », dérivé du subjonctif du verbe savoir. Mais encore plus important, j’ai découvert le sens de l’humour qui allait avec. C’est plein de blagues sur les « moutons » qui « n’ont pas fait leurs propres recherches » et en conséquence « croivent » tout et n’importe quoi. J’ai bien compris à l’époque que « croiver » était faux en plus, mais c’était juste trop drôle. En décembre de cette même année, la page a posté quelque chose d’hilarant et j’ai ajouter mon grain de sel :

Capture d'écran où j'ai partagé un clip avec la légende « Ouvrez les œils, les moutons ! Vous croivez trop au gouverneMENT ! »

C’est « yeux », pas « œils » et il n’y a pas de « croiver ». Mais le clip en question, intitulé « Le Sacheur des Agneaux » et fait avec des extraits du Seigneur des Anneaux, était trop bon pour le cacher !

J’aimais tellement l’humour de la page, au point où je pensais à acheter le t-shirt :

T-shirt avec le slogan « Le sachoir est une arme contre ceux qui croivent ».
Source

Le problème, c’est que je ne peux le porter nulle part. En public, il attirerait des regards perplexes. Et parmi les membres de l’OCA, je n’ai aucune idée si on le trouverait drôle. Alors, j’ai décidé de ne pas le commander.

Mais tout ça, c’est-à-dire qu’il y a des fautes que je fais exprès, car je sais qu’elles sont courantes de leur façon, typiques de ce qui ferait un natif. Il me semble peu probable que j’aille assez améliorer l’accent pour que l’effet est complètement naturel, mais en revanche, j’aimerais croire que ça les rend encore plus hilarantes en venant de mon côté !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour boire enfin le verre de champagne promis.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Break Free

En novembre, j’ai vu le mème suivant sur la page de Complots faciles :

Photo de Freddy Mercury et Xavier Niel, avec la légende : « Freddy Mercury a écrit le tube "I want to break Free", qui, traduit en français, donne "Je veux casser Free" après s'être violemment battu avec Xavier Niel, le patron de Free ! Simple coïncidence ? »
Source

Si vous ne connaissez pas la chanson « I Want to Break Free » par Queen, la voilà :

Perso, je préfère « Break Free » du jeu vidéo Super Mario Odyssey, mais ce n’est pas notre sujet.

Dans les commentaires, on a ajouté une photo avec un calembour, auquel j’ai répondre :

Photo d'une voiture gravement brûlée avec la légende "This is a break frit," c'est un break frit. J'avais répondu "Brake, pas break. Je suis anglophone de naissance. Mais bien joué !"

Je sais, je sais, vous cherchez tous vos claviers afin de me corriger, mais attendez un moment. Alors, dans l’anglais américain, on appelle ce genre de voiture « station wagon ». Mais au Royaume-Uni, et d’autres endroits qui ont tort, on dit plutôt « estate wagon » ou « shooting brake ». Dans ce cas, « shooting », tirer, vient de la chasse. Les voitures de ce genre s’appelaient anciennement « break de chasse » en France selon Wikipedia en…euh…anglais, alors ça ne devrait pas être une nouvelle choquante.

Mais le mème est correct : en anglais, « break » veut dire soit « casser » soit « briser ». « Le cœur brisé » se traduit par « a broken heart ». « Brake », par contre, veut dire « un frein » ou « freiner » (c’est le même mot en tant que nom et que verbe). Je n’ai jamais vu le mot tel qu’il est en français utilisé en anglais. Et il s’avère — je ne savais rien à cet égard — qu’à l’époque des voiture hippomobiles, la version originale était en fait « break ». Wikipédia — en français cette fois — l’explique :

Le terme français européen actuel vient, comme le nom des différents types de carrosseries automobiles, du nom d’un véhicule hippomobile : à l’origine, le break est une petite voiture destinée au dressage des chevaux (« to break » signifie dans le langage équestre « rompre », « dresser »).

Type de carrosserie

L’explication de l’anglais est correct — on dit toujours « break » en anglais pour dresser les chevaux.

J’ai aussi appris en recherchant ce mot qu’en anglais britannique, ils distinguent entre un « brake » et un « shooting brake » selon le nombre de portes — 5 pour le premier, 3 pour le dernier (le coffre étant considéré une porte). Quand on voyait ce mot dans les magazines américains consacrés aux voitures, c’était toujours juste « shooting brake ».

De toute façon, je ne suis pas le seul parmi mes amis à être fan de Complots faciles. C’était une chère amie qui a répondu à mon commentaire en haut :

Capture d'écran de deux commentaires. Mon amie m'a écrit "En fait c'est bien break ici. C'est comme ça qu'en France on appelle ce genre de modèle de voiture (les station wagons)". J'ai répondu "Mais en anglais britannique c'est "shooting brake". On l'a emprunté en changeant l'orthographe ?"

Elle a répondu à ma question avec la pépite qui a rendu ce mot de la matière de Langue de Molière :

Capture d'écran d'un commentaire de mon amie : "Wikipédia dit que c'est un faux anglicisme. Va savoir ce qu'on a encore foutu avec votre langue"

Selon elle, et l’article le dit vraiment, « break » est un faux anglicisme. Mais comme on a vu, c’est vrai seulement quant à l’anglais de nos jours — un britannique du XIXe siècle aurait certainement compris « break » d’exactement la même façon que le français de nos jours.

Et je mangerai mon brake — c’est-à-dire le frein de ma voiture — s’il s’avère qu’il y a deux tels exemples en français, où un anglicisme apparemment faux est en fait correct !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour boire un verre de champagne.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue de vous-n’êtes-pas-sérieux

La semaine dernière, Langue de Molière a fini sur une promesse d’écrire sur la pire chose que j’ai jamais apprise de vous les lecteurs. Et je dois vous dire, si j’avais entendu parler de ceci en avril 2020, je me demande sincèrement si j’aurais abandonné. Je ne connais rien comme ça en anglais ni en japonais — il est possible qu’une telle chose existe en espagnol, mais je n’en ai jamais entendu parler là non plus.

Il y a deux semaines, naïf que je suis, j’avais écrit :

Comme je vous ai récemment dit, aux États-Unis c’est pire d’être juste soupçonné d’avoir fumé une cigarette que de maltraiter les « petits gens » (on dit en anglais « little people »

La Gauloise ratée

Il ne m’est pas venu dans l’esprit de vérifier l’accord de l’adjectif « petit » avec « gens ». C’est masculin, n’est-ce pas ? On apprend pendant la première semaine… bon, avec Duolingo, on apprend à répéter « un garçon et un cheval », mais ailleurs on apprend tout au début qu’un nom masculin reçoit un adjectif masculin, et un nom féminin reçoit un adjectif féminin. C’est ça le genre, même si on est perplexes sur le sujet aux États-Unis. Mais noooooon, pas cette fois. Mon lecteur Bernard m’a corrigé :

Pour “little people” on dirait plutôt « les petites gens » en français. Dans cette expression, « gens » est au féminin, comme « amour » dans « les amours »…

Mais pas dans « Les gens sont méchants ! » qui était une exclamation favorite du comique Fernand Reynaud. 😉

Commentaire de Bernard Bel

Ça m’a envoyé à mon dictionnaire Oxford, où j’ai lu :

Note en anglais dans mon dictionnaire bilingue ; la traduction suit dans le texte

Ça dit :

Quand utilisés avec « gens », les adjectifs « bon, mauvais, petit, vieux, vilain » sont placés devant « gens » et au féminin : « (toutes) les vieilles gens ». Mais le genre de « gens » lui-même ne change pas : « les bonnes gens sont heureux ». Tout autre adjectif fonctionne normalement : « tous les braves gens ».

NOPE. Ici, j’atteins ma limite. Je suis prêt à adopter tout genre de bêtise, mais avec ça, vous m’avez cassé le cerveau. Le truc ne marche plus.

« Les bonnes gens sont heureux. »

NON, MAIS SÉRIEUSEMENT.

En fait, la situation est encore pire que ce que dit mon dictionnaire. J’ai cherché Projet Voltaire pour plus d’infos, et trouvé cette pépite :

L’adjectif (même s’il est placé immédiatement avant le nom !) se met également au masculin lorsqu’il est suivi d’un complément : de prestigieux gens de robe. [Emphases à moi]

Le genre du nom « gens » : masculin ou féminin ?, par Sandrine Campese

Si j’ai bien compris, ce serait donc « de prestigieuses gens » sans la robe, alors la règle telle que mon dictionnaire la dit n’est pas correcte. N’importe quel adjectif devant le nom serait au féminin.

Mais encore une fois, non, car il y a une autre exception :

Lorsque « gens » est précédé de deux adjectifs dont le second, se terminant par un « e » muet, a la même forme aux deux genres, le premier adjectif se met au masculin : ces prétendus braves gens, de vrais honnêtes gens.

Je ne peux même pas imaginer qui garde ça dans la tête en parlant, quand on n’a pas de temps pour y réfléchir. Écrire, c’est autre chose.

Je commence à comprendre pourquoi les Français ne prononcent pas en général la fin des mots. Mieux vaut laisser tomber que se faire ridiculiser pour une « erreur ».

Au lycée, quand on rencontrait de telles bizarreries dans l’espagnol (oui, il y en a), ma chère prof dirait « Oui, il y a un millénaire, les conseillers du roi s’asseyaient autour d’une grande table pour penser à comment se foutre de la gueule de Pépé. » (N’oubliez pas que nous prenions tous des prénoms espagnols. Mais j’étais Diego.) Elle disait ça en anglais, bien sûr, mais vous avez la bonne idée. J’ai inventé une telle histoire pour expliquer pourquoi aucun des escaliers mécaniques du métro parisien ne fonctionnait pendant ma première visite — mais seulement dans le sens allant vers les sorties. Mais je ne l’ai pas partagé après mon retour, de peur que ça ne semble trop râleur, même pour moi.

Dans ce cas, on pourrait dire que c’est la faute au latin. « Gens » se traduit en espagnol par « gente », qui est au féminin, alors évidemment il y a des racines latines derrière ça, et le Trésor de la Langue française dit autant. Mais je ne vais pas blâmer César. Vous avez eu des siècles pour régler ce problème. C’est à vous.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de voitures en panne.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Banni

Langue de Molière est de retour pour la nouvelle année avec un nouveau rebondissement sur une vieille obsession.

En anglais, il y a un mot un peu curieux pour la vieille tradition d’annoncer des mariages à venir afin que les sages puissent sauver le con de son erreur. On n’a pas fait ça en 2002, et moi voilà. Ça s’appelle « banns », écrit avec un « n » doublé — la partie curieuse, car on ne trouve pas ça souvent à la fin des mots en anglais. J’ai oublié de noter la raison pour laquelle j’ai recherché ce mot, mais j’étais certainement surpris d’apprendre que ça s’écrivait en français exactement comme ce à quoi je me serais attendu en anglais :

Capture d'écran du dictionnaire bilingue Oxford pour "banns" en anglais, "bans" en français.

C’est assez proche du français que je m’attendais à trouver une histoire d’étymologie en commun. Peut-être que c’est le cas, mais c’est bien plus compliqué qu’attendu !

Selon Merriam-Webster en anglais, « bann » vient de « ban » dans l’anglais du Moyen-Âge, ce qui voulait dire une interdiction ou une condamnation, ainsi que le processus de poster les mariages devant l’église. Et là, il s’avère que les racines se trouvent plutôt dans le vieux anglais « bannan », ce qui veut dire « faire venir » ou « convoquer », et avant ça, apparemment le vieux allemand ou bien saxon. Alors il semblerait que Guillaume le Conquérant a fait une erreur et importé de l’anglais, n’est-ce pas ?

Sauf que.

En même temps, Merriam-Webster dit qu’il y avait un autre chemin par lequel « ban » est entré pendant le Moyen-Âge. Le vieux français disait anciennement soit « ban » soit « baan » pour l’annonce avant un mariage. Mais de son tour, ça vient aussi du même verbe en vieux allemand, « bannan ».

Le Trésor de la Langue française dit ça sur la question :

2e quart XIIIe s. spéc. ban (de mariage) « proclamation publique des promesses de mariage, faite à l’église » (GERBERT DE MONTREUIL, Continuation de Perceval, 1922, 2066 : Et li prestres crie le ban : « s’il i a nului qui seüst Par coi assambler ne deüst Cis mariages, qu’il le die »);

Ban, Trésor de la Langue française

Cette entrée ne contredit pas ce que l’on entend du dictionnaire anglais, car cet usage ne date qu’au XIIIe siècle, et quand on parle du vieux anglais, on parle de l’époque jusqu’à Guillaume. Le Trésor ajoute, à propos d’autres significations de « ban » dans la même entrée :

De l’a. b. frq. *ban « loi dont la non-observance entraîne une peine » (a. h. all. ban « commandement sous menace de peine, défense, juridiction et son domaine », a. nord. ban « défense », KLUGE20) à rattacher au verbe germ. *bannan « commander ou défendre sous menace de peine »

Il semblerait donc que les bans de mariage ont leurs racines parmi les voisins allemands, qui les ont exportés dans les deux sens, à travers la Manche et en France. On a déjà parlé de comment les traditions légales se sont mélangées après Guillaume, au point où on dit toujours « Oyez ! » dans la Cour suprême américaine. Mais dans ce cas, s’il n’y avait personne pour crier les bans et objecter quand j’en avais besoin…

Ouaip. Encore une chose de plus pour laquelle je m’en prends aux allemands. Nouvelle année, même vieux Coup de Foudre, tout le monde !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de la pire chose que vous les lecteurs m’avez apprise.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Dans la ferme de Mathurin

Une amie a récemment partagé avec moi un clip d’un humoriste, Maxime Gasteuil. Dans le clip, il fait des crises en jouant des comptines pour son enfant (hors l’écran) pour l’énième fois dans sa voiture. Le voilà :

Je dois vous dire tout d’abord que je comprends. Vous ne connaissez probablement pas The Wiggles ni The Pajanimals, mais les 3 premières années de La Fille ont suffi pour que les deux aient toujours des places parmi mes 20 chansons les plus jouées. Fin juin, le générique des Pajanimals restait encore au-dessus d’Un Jour Dans Notre Vie, ma chanson préférée de tous les temps. Je comprends donc que M. Gasteuil ne raconte rien d’autre que la vérité. Les comptines rendent fou, je le sais.

Il y avait plusieurs comptines dans son sketch qui ne m’ont pas parlé du tout. Il court, il court, le furet et Le bon roi Dagobert n’ont aucun parallèle en anglais et les mélodies ne me sont pas familières non plus. Mais il y en avait une qui m’a fait arrêter tout court, La ferme de Mathurin. Je la connaissais. Cependant, pas de même façon !

C’était bien évidemment une traduction de la comptine britannique « Old MacDonald Had A Farm » (assez littéralement, « Le vieux MacDonald avait une ferme »). Mais ce qui m’émerveillait, c’était les efforts de garder certaines structures à travers les deux langues. On va faire un détour ici.

D’habitude, Langue de Molière se concerne de faits divers autour de la grammaire, ou les expressions. Mais cette fois, c’est la prononciation et surtout les accents. Ce n’est pas exactement un secret que le français et l’anglais ne mettent pas les accents sur les mêmes syllabes. En français, on les trouve vers la fin de chaque mot ; en anglais… c’est plus compliqué, mais en général, si un mot a deux syllabes, l’accent tombera sur la première ; s’il en a trois, sur la deuxième.

C’est bizarre, mais pour autant que j’aime vous écouter tous parler français, je n’aime pas vous entendre en anglais. C’est largement à cause des voyelles, et oui, je suis hyper-sensible au fait que ça va dans les deux sens. Mais les accents, c’est tout autre chose. Je connaissais une fille québécoise au lycée, qui faisait un séjour linguistique d’une année, et il n’y avait rien au monde que j’aimais plus que l’entendre dire le mot « eleven » (onze). C’était exactement l’envers de comment on est censé le prononcer. Un anglophone dirait e-LE-ven, avec le seul accent sur la deuxième syllabe ; elle mettait des accents sur les premières et dernières syllables, E-le-VEN. L’effet était hypnotisant. On aurait pu avoir une conversation comme ça :

Elle : Je veux que tu cambrioles ten (dix) banques pour moi.

Moi : Quoi ? C’est illégal, non !

Elle : Est-ce que j’ai dit « ten » ? Je voulais dire « E-le-VEN ».

Moi : Ah oui, tout ce que tu veux, ma chère !

Je vous jure, quelqu’une rate une opportunité.

Alors, revenons à Mathurin. La chanson en anglais a un refrain :

Old MacDonald had a farm

où les accents se trouvent sur « old », « Don », « had » et « farm ». En français, on chante :

Dans la ferme de Mathurin

et en quelque sorte, avec 7 syllabes dans toutes les deux langues, les accents tombent sur exactement les mêmes endroits. Je les écrirai à nouveau avec les accents en majuscule :

OLD MacDONald HAD a FARM

DANS la FERME de MAthuRIN

On peut voir exactement le même modèle d’accents dans « Mathurin » que dans le mot « eleven » de cette élève québécoise, et pourtant, où c’était exotique et étrange, ici, étalé à travers trois mots d’une syllabe chacune, ça marche parfaitement.

Après, la relation ne tient pas aussi bien. En français, on chante « Y’a des centaines de canards », mais l’anglais se traduirait plutôt « Et dans sa ferme il avait des canards ». C’est deux syllabes de trop, et la traduction privilège le son sur la grammaire. Mais cette première phrase, c’est exacte !

Il y a même un cas que je connais où la traduction en français rime mieux que l’anglais original. Connaissez-vous la série Dinosaures des années 90 ? Il y avait une chanson en anglais, « I’m The Baby, Gotta Love Me« , chantée par le bébé de la famille, une personnalité tres Dogbert ou M. Descarottes. La version française est « Je suis le bébé, il faut m’aimer », et sérieusement, je jurerais que la VF était en fait la VO :

Mais j’ai toujours une question. Mathurin, qui est-il ?

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine, mais attention, on risque de se faire bannir.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Ça devient chaud

Pendant la pause de Langue de Molière, j’étais chez Quattro Caffe, mon resto italien préféré ici. C’est bon — je rêvais d’y aller avec quelqu’une, avant d’avouer la réalité — mais je vous dirais très franchement que ce n’est pas le meilleur au monde. Je suis là toutes les deux semaines car l’équipe me connaît très bien. Ce à quoi je ne m’attendais pas du tout, c’était que j’y dirais « Il faut que j’écrive sur ça pour Langue de Molière ! ». Mais nous voilà.

Voici mon plat préféré là depuis 20 ans déjà, « spaghetti frutti di mare », ou comme on dirait, les spaghettis aux fruits de mer. Ce plat n’a jamais apparu sur la carte — il faut faire attention aux serveurs pour savoir qu’il existe :

Spaghetti aux fruits de mer -- il y a six moules, des anneaux de calamars, des morceaux d'un poisson inconnu, et une langoustine fendue en deux, tout en haut des spaghettis.
Spaghetti aux fruits de mer chez Quattro Caffe

Mais ces spaghettis ont une propriété peut-être inattendue. Le propriétaire du resto est un immigré italien, Antonio Cagnolo ; le gérant Domenico est aussi italien — mais l’équipe, en cuisine ainsi que les serveurs, est toute mexicaine (c’est commun en Californie du Sud). Et les mexicains aiment leurs piments (si vous êtes perplexe sur ce sujet, consultez ma recette du chili colorado). C’est pour ça que pendant une décennie, l’équipe me m’apporte toujours deux verres de thé glacé, mais ne m’en facture qu’un. Et c’est pour ça que je reste un si fidèle client.

En anglais, on dirait que ce plat est « hot ». Mais en le commandant la dernière fois, il m’est venu dans l’esprit que nous avons une habitude curieuse que l’on ne trouve pas en français. On utilise « hot » également pour « chaud » et pour « épicé », et ça ne permet pas de distinguer facilement entre les deux sens. On dit donc parfois, à haute voix, « I mean temperature-hot », « Je veux dire « hot », sens temperature » ou « spicy-hot », « « hot », sens épicé ». Dans les deux cas, on les prononce comme s’il y avait un trait d’union entre les deux mots. Alors, je ne dirais jamais en français ce que je dis en anglais, car le français est plus précis dan ce cas.

N’imaginez pas que le français est toujours plus précis — on a parlé du fait que « spectre » se traduit également par ”spectre » pour un fantôme, et « spectrum » pour la gamme de couleurs. Mais il est difficile d’imaginer un cas où l’on aurait vraiment besoin de distinguer entre les deux avec ce geste de trait d’union.

Il me semble que je n’ai jamais entendu non plus en français un autre comportement verbal que l’on fait en anglais avec un trait d’union à l’orale. Parfois, on veut suggérer que quelque chose ne fait vraiment pas partie d’une catégorie. Alors, on entend des choses comme « Luigi a tué le PDG, et c’est un crime, mais est-ce un crime-crime ? Après tout, je déteste la victime. » On ne trouve jamais ce style dans l’écriture formelle ; peut-être que ça se trouve dans des livres genre YA, pour imiter les paroles des gens de 20 ans. Je ne sais pas. Mais comme je le dis, je l’entends souvent en anglais, mais jamais en français.

Pour revenir sur « hot » pour un instant avant de finir, on dit ça aussi en anglais, sens « chaud », pour exactement le sens de mon gros-titre un peu coquin. Mais jamais tout seul ; on dit plutôt « hot and bothered », littéralement « chaud et embêté », mais pour laquelle mon dictionnaire Oxford préfère « se mettre dans tous ses états ». Alors merci d’excuser mes compatriotes s’ils disent « chaud » et vous le trouvez un peu inapproprié. Ils veulent presque certainement dire « chaud, sens température ». Enfin, probablement.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine à la ferme de Mathurin.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Tiens ma bière

Après 6 semaines d’absence, Langue de Molière est de retour avec quelque chose que je garde depuis presque deux mois déjà, le fruit de ma quête de chercher si une expression américaine avait croisé l’Atlantique.

Parfois quand je fais quelque chose jamais essayé avant, je le décris avec « en criant Geronimo ». Voici deux exemples :

Depuis le départ en mars 2020, mon habitude est de me lancer dans des sujets français en criant « Geronimo ! »

L’origine du Tour

Il y a des fois où il faut sauter d’un avion en hurlant « Geronimo » et en espérant que tout ira pour le mieux.

Mon dîner guadeloupéen

Le deuxième de ces exemples explique le contexte. Geronimo était un chef amérindien du XIXe siècle, qui a lutté contre les mexicains, puis les américains. De son tour, il a pris ce nom espagnol, la traduction du Saint-Jérôme (plus précisément, on l’écrit Jerónimo en espagnol), des soldats mexicains, qui le criaient pendant les batailles en tant que prière. Il passait les 20 dernières années de sa vie en tant que prisonnier de guerre, mais sa réputation était déjà de légende.

Plus tard, avec l’invention de la parachute, à ne pas confondre avec l’invention française d’Abraham-Louis Breguet, le pare-chute, on a eu l’idée bête de sauter des avions. L’armée américaine, pendant la Seconde Guerre mondiale (lien en anglais) a adopté une habitude de hurler « Geronimo » en sautant des avions, et de cette façon le nom est venu à devenir une expression pour une plongée la tête la première dans l’inconnu.

Les jeunes américains, n’ayant aucun esprit patriotique, n’utilisent plus cette expression — malgré l’approbation de sa famille. Mais comme d’hab chez eux, ils ont une attitude très sarcastique, alors avant de faire une bêtise, ils diront souvent « Hold my beer », littéralement « Tiens ma bière ». (Rappelez que selon moi, « tu » est la seule traduction du « you » anglais, à moins que ce soit la Reine Elizabeth II qui le dit.)

Je voulais savoir s’il y avait une expression équivalente en français, mais franchement, il n’allait pas me surprendre si l’on l’a simplement cité en anglais. J’étais ravi de découvrir, tout de suite, une chanson hilarante par un groupe dit « Noir Silence », nommée « Tiens ma bière ». C’était exactement ce à quoi je m’attendais :

Pour un peu plus de contexte, j’ajouterai que le groupe dit de la chanson :

TIENS MA BIÈRE vient d’une blague sur les Beaucerons qui dit que 70% des gens qui se présentent à l’urgence en Beauce et à qui on demande ce qui s’est passé, leur histoire commence toujours par: «Fake… j’ai demandé à mon chum de tenir ma bière.»

Beauce.tv

J’ai vite trouvé une preuve que cette expression est connue au Québec et s’utilise de même façon. Voici un t-shirt vendu par une entreprise qui vend une image de « cowboy d’asphalte ». Merci de ne pas faire des « rodéos urbains » à mon nom :

Capture d'écran du site Efaroh Ranch et un t-shirt avec le slogan "tiens ma bière, je m'en occupe"
Capture d’écran

Juste hier, j’ai découvert une autre chanson, téléchargé sur YouTube la veille, mais je ne suis pas complètement sûr si ça compte. Ça s’appelle aussi « Tiens ma bière », et apparaît être le travail d’une chanteuse québécoise, une certaine Natalie Colen. Mais le débit de nouvelles vidéos sur la chaîne, et le manque total d’autres infos sur Internet (c’est difficile à rechercher, car Google traite son nom comme une erreur à la recherche de Natalie Cole), me font penser à un escroc à la sauce IA.

J’ai aussi trouvé un exemple dans un journal québécois, Le Devoir, avec une conjugaison plus formelle :

Google, un monopole ? Tenez ma bière, dirait l’autre. Attendez de lire ces nouveautés automnales sur Amazon, Facebook, Intel et le milliardaire Elon Musk, qui débarquent enfin en français au Québec.

Des lectures sur les GAFAM ou… des histoires d’horreur? par Alain McKenna, Le Devoir

Mais j’ai dû fouiller dans les résultats de Google pour celui-ci.

J’ai eu plus de chance en cherchant Twitter et BlueSky ; voici 2 exemples de chacun, où je pouvais vérifier que les comptes étaient hexagonaux :

Malgré l’origine beauceronne de Noir Silence, je dois en conclure que si cette expression est courante en français, c’est largement sur Internet. Dommage. Quand La Fille avait ses 2 ans mais avait déjà commencé à montrer un côté casse-cou, je plaisantais qu’elle pensait « Tiens mon lait ». Je voulais lui donner une mise à jour pour utiliser avec ses amies.

Alors : y a-t-il une autre expression que les jeunes Français utilisent avant de tenter une bêtise comme ça ? Ne me dites pas que non, car la France est le pays du meilleur gros-titre de tous les temps :

Capture d'écran du journal Sud-Ouest qui dit « Landes : il tente de faire passer en douce des magrets de canard en prison »
Capture d’écran

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine et il fera chaud.