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Le Montmorillon swing de Nicolas Moro

Ceux qui me suivent sur « The Gram », comme on dit en anglais, ou mon compte Insta, comme on dit en français, savent qu’il y a des mois, j’ai enfin jeté l’éponge et commencé à utiliser de la musique avec chacun de mes posts là-bas. Mais je reste 100 % consacré à mon but de tout faire au maximum en français, alors on n’y trouve aucun tube venant de 192 des 193 membres de l’ONU. Que ce soit Yvette Horner pour aller avec mon Paris-Brest ou la Marche des Gendarmes pour mon dîner varois, je ne choisis que de la musique française, et de façon liée à mon sujet tant que possible. Alors, pour mon dîner viennois la semaine dernière, je cherchais de la musique du département, et c’est comment je suis tombé sur Le Montmorillon swing. Écoutez :

Ô. M. D. D’habitude, quand je cherche de telle musique, je m’attends à trouver quelque chose avec un accordéon, ou une chansonnette traditionnelle, genre « Sur le pont d’Avignon ». Mais ici, on trouve une chanson en même temps 100 % française ainsi que dans la tradition rockabilly la plus pure. Je me suis dit, « C’est parfait pour Un Coup de Foudre », ai publié mon post, puis me suis mis à vous lire tous comme d’hab à 1h du matin. (Honnêtement, il faut que je me couche plus tôt.)

Mais je me suis réveillé en pensant toujours à cette chanson. Les paroles font référence à beaucoup d’autres artistes qui ont joué dans ce style et ses suites — Fats Domino, Otis Redding, Eddie Cochran, etc. — et j’ai dû en savoir plus. (Il y a une longue tradition d’exactement ça dans le rock américain — voici des exemples par Arthur Conley, The Ramones, et Simon & Garfunkel.) Quel vendredi ! J’ai écouté ce clip en boucle pendant des heures, puis me suis lancé dans d’autres morceaux de son catalogue.

La première chose à savoir sur Nicolas Moro, c’est que beaucoup de styles de rock, de jazz, et de blues lui sont familiers. J’écoute une chanson telle que « Le melon », et elle me rappelle une nuit chez Preservation Hall à la Nouvelle-Orléans (écoutez surtout les percussions à cet égard) :

J’écoute une chanson telle que Twist à mourir, et ça pourrait être sur le même disque que Rock Around the Clock de Bill Haley and His Comets :

Mais la deuxième chose à savoir, c’est que M. Moro est drôle. Il y a un moment dans Le Montmorillon swing où il chante « C’est pas la peine de chanter Memphis Tennessee, Si tu parles anglais avec l’accent du Berry», ce qui est drôle en soi, mais voici ce qui arrive dans le clip :

L’accent du Berry ! Au-delà de mes connaissances expatriées qui habitent ici, je ne peux raconter ça à personne, mais je mourais !

Je ne sais même pas que dire sur une chanson avec le refrain « Tout va pour le mieux, Le monde tourne encore, La vie continue depuis que je suis mort ». ([Alléluia ! Ô, vous ne parliez pas de vous-même. — Mon ex]) Mais avec une si joyeuse mélodie, c’est hilarant :

Pourtant, on n’est pas chez Weird Al Yankovic ici. Il a aussi son côté sérieux, et vous le trouverez dans de telles chansons que « Le baron », sur la mort d’un noble :

Évidemment, j’ai passé du temps avec sa chaîne YouTube. Mais bien que je n’utilise pas mon échelle du Projet 30 Ans de Taratata, si vous aviez le moindre doute sur ma recommandation : cher lecteur, j’ai acheté l’album.

Le top 100 selon qui ?

Cette semaine sera, un peu par hasard, consacrée grosso modo à la musique. Entre deux articles que j’avais déjà planifié et une polémique si stupide qu’elle ne pouvait venir que de chez moi, la musique prend la parole ici cette semaine. On va commencer avec la polémique.

Depuis que j’ai eu mon permis de conduire, je n’ai jamais écouté de la musique diffusée à la radio. Je ne m’intéresse pas du tout à ce que mes goûts soient imposés par les autres. Il est vrai que ça a rendu la tâche de découvrir des nouveautés plus difficile, mais en revanche, il n’y a presque rien dans ma collection que je n’aime vraiment pas. (L’intégrale de l’émission pour enfants, Sesame Street, est une concession malheureuse à la réalité d’être père célibataire et ne compte pas.)

Alors quand j’ai entendu que les génies chez Apple ont sorti leur liste des « 100 meilleurs albums de tous les temps » (lien en français), j’ai déjà su qu’il n’allait pas y avoir trop de chevauchement entre leur liste et ma collection. Mais je dois avouer, ils ont réussi à échouer même mes pires attentes.

Qu’une telle collection soit concentrée sur le monde anglophone me dérange moins que ce à quoi vous vous attendiez. Apple n’a fait aucun effort pour la publier au-delà des pays anglophones. Et je suppose que toutes telles listes seront écrites afin de flatter leurs lecteurs. Mais c’est quand même une blague pourrie.

Personne n’a signé la liste finale, mais selon des articles en anglais, au-delà de quelques employés d’Apple pas nommés, le jury a compris les musiciens Maren Morris (country), Pharrell Williams (rap), J Balvin (reggaeton), Charli XCX (musique électronique), Mark Hoppus (rock), Honey Dijon (musique électronique), Nia Archives (rap/électronique — lien en anglais) et Nile Rodgers (R&B). Tout de suite, on voit que ce jury n’est pas qualifié, parce que le biais est entièrement vers le rap et des genres associés. Et franchement, croyez-vous que ces gens se soucient de la culture générale au-delà de la partie où ils gagnent leur vie ?

Hahahahaha, c’est si mignon que l’un d’entre vous le pense ! Ça fait chaud au cœur, vraiment. Mais aucune chance, hormis M. Rodgers, qui a produit de nombreux albums pour d’autres artistes au-delà de son genre.

Alors, selon une analyse des titres sur Wikipedia en anglais, voici les genres qui prennent plus de 4 % des places (le tableau original contient tous) :

Capture d’écran

Pensez-vous dans vos pires cauchemars que le rap prendrait 21 % d’une liste des 100 meilleurs albums français, peu importe mondial ? Nom de Gims, mais non ! Pourtant, quel est le seul album français de la liste ? Discovery de Daft Punk. Pas des Rita Mitsouko, Charles Aznavour, ou Édith Piaf, à ne pas mentionner Indochine.

Mais même selon ses propres termes, c’est un échec. Si on veut dire que la musique américaine n’est que du rap, il faut absolument avoir The Sugarhill Gang pour l’album du même nom avec leur chanson « Rapper’s Delight », à laquelle même Las Ketchup a emprunté des paroles ! Parmi 285 qui ont fait ça autour du monde. Ils ne sont pas là, mais un album de 2018 par Travis Scott, qui ne parle qu’aux rappeurs, l’est. On est censés croire qu’un album de 2016 par le rappeur Frank Ocean — qui ? — est #5, mais que Snoop Dogg (qui je déteste mais dont je reconnais son influence) ne vaut qu’une mention à la 84e place avec l’album qui était partout pendant mes années lycéens. L’histoire a commencé hier pour ces types.

Les gestes vers la diversité mondiale sont une autre blague pourrie. Voici la liste complète par pays :

Qui sont les canadiens de la liste ? Neil Young, Alanis Morissette, Joni Mitchell, et…Drake. Alanis Morissette est dans les dictionnaires à côté de « coup étonnant », et Drake est juste plus de l’excès de rap. Qu’ils ignorent Rush, je l’excuse (malgré 42 millions d’albums vendus), mais pas de Céline Dion ? L’album suédois de la liste ne vient pas du groupe de légende ABBA, mais de quelqu’un qui n’a jamais connu tant de succès, Robyn. L’album « irlandais » est de U2, et celui de la Barbade est à Rihanna — c’est-à-dire écrits pour les États-Unis. (Au moins celui de U2 mérite sa place.)

S’ils voulaient de la diversité, comment ignorer Louie Armstrong, Duke Ellington, et Count Basie, les géants du jazz ? Ou des blues, Howling Wolf ou Willie Dixon ? C’est incompréhensible. Peut-être que vous ne connaissez pas ces noms, mais les géants du rock des années 60, les Beatles, les Rolling Stones, Eric Clapton — ils les ont tous connus très bien. Et leur seul choix parmi tout le genre de country, c’est quelque chose de très récent par une jeune chanteuse, Kacey Musgraves. Pensez-vous que Johnny Hallyday ou Eddy Mitchell la connaissait ? Nan, ils écoutaient Johnny Cash, Elvis Presley et Eddie Cochran — tous omis de la liste. Pour donner des places à Frank Ocean et Taylor Swift.

J’étais quand même surpris qu’il n’y avait qu’un seul point en commun entre la liste et ma collection, Rumours de Fleetwood Mac. Pas de Genesis ou la carrière soliste de Phil Collins, pas de Sergio Mendes, pas de Motörhead, pas d’Iggy Pop, pas d’a-ha, pas de Lynyrd Skynyrd. Oui, je n’ai rien en commun avec leur jury.

Je sais que certains d’entre vous sont déçus que Mme Nakamura va représenter la France aux JO. Moi aussi, même si elle chantera du Édith Piaf au lieu de Djadjapookienimportequoi. Mais honnêtement, elle est plus populaire parmi plus de la population française — et mondialement — que beaucoup de ces gens chez moi.

Mais pour finir sur une note plus positive, je vous ai laissé pas mal d’indices à mon idée d’une meilleure liste de musique américaine — même parmi des gens que je n’aime pas. Un de ces quatre, je vous donnerai cette liste !

Je découvre Juliette Armanet

On continue le Projet 30 Ans de Taratata avec la dernière de la trio avec Jain et Jeanne Added qui a chanté une chanson de No Doubt pendant le spectacle. Cette fois, c’est Juliette Armanet.

Juliette Armanet, Photo par Selbymay, CC BY-SA 4.0

Je dois avouer que je trouve ce choix un peu bizarre de la part de Nagui. Les deux autres chanteuses travaillent largement en anglais, alors une chanson en anglais pour eux est logique. Il n’y a rien de mal chez Mme Armanet, qui est bien capable en tant que chanteuse, c’est juste que l’on va voir que son catalogue ne suggère pas qu’elle aurait choisi ce matériel elle-même. En revanche, Nagui a un talent pour mettre des artistes inattendus ensemble et produire quelque chose de spécial.

Juliette Armanet et né en 1984 à Lille, dans une famille de musiciens. Cependant, après des études de littérature, elle est devenue journaliste qui apparaissait sur Arte, France Culture, et TF1. Mais en 2014, elle est finaliste dans un concours organisé par Les Inrockuptibles, magazine consacré à des virelangues (vu son nom). Ça suffit pour lui gagner un contrat avec la maison de disques Barclay, où elle sort son premier album, Petite Amie, en 2017.

Les critiques sont épatées. Libération fait la comparaison à Voulzy, Balavoine et Gall ; Paris Match dit qu’elle prend sa « place dans l’orbite de Véronique Sanson, William Sheller ou Alain Souchon ». Si on veut attirer mon attention, « l’orbite de Véronique Sanson » est sans doute la meilleure expression pour le faire. J’ai donc commencé avec L’Amour en Solitaire, parue avant l’album dans Marie et les Naufragés, un film de 2016 où elle joue une chanteuse de karaoké (et chante sa propre chanson inédite) :

La comparaison avec Mme Sanson est facile à voir. Elle a une jolie voix et joue de son propre piano, mais pour moi, tout arrête là. « Chanson sur ma drôle de vie », le monument contre lequel toute telles comparaisons seront jugées, a une mélodie inoubliable et des paroles de génie. L’Amour en Solitaire est agréable, mais loin de grimper cette montagne-là ; 10 secondes après la fin, je ne pouvais plus me souvenir du refrain.

Pourtant, avec de telles critiques, elle allait avoir toute opportunité pour me convaincre. L’Indien pourrait peut-être survivre une comparaison avec la chanson « De l’autre côté de mon rêve » ; il y a un thème qui propulse la chanson de même façon, mais encore une fois, la musique n’est simplement pas à cette hauteur. Sous la pluie et À la folie sont agréables mais pas plus. Cavalier seule, en revanche, joue avec une mélodie dissonante, et c’est intéressant pour ça :

Alexandre me rappelle juste un peu Lorelei de Véronique Sanson avec sa structure, mais…impossible qu’elle haïsse quelqu’un assez pour lui faire appeler « ma Californie ». Elle ne doit pas bien connaître mon enfer personnel. Mais la chanson qui résume la meilleure mon problème avec cet album, c’est Manque d’amour. Elle chante des chagrins d’amour, les paroles parlent de la « tirelire du mal »…pourtant…comment dire ça sans offenser ? Avec ce visage et cette voix, il m’est impossible que Mme Armanet ait passé plus d’une semaine sans rendez-vous si elle le souhaite. Peut-être qu’elle a expérimenté pas mal de relations décevantes, mais elle ne peut pas me convaincre avec des chansons tristes sur ses déceptions. Véronique Sanson, également belle et douée au même âge, savait mieux que tenter une telle chose.

Mais le talent, il est clairement là. Je comprends pourquoi cet album lui a valu la Victoire « Album révélation de l’année ». Plus tard en 2018, Mme Armanet a enregistré « Une nuit sur ton épaule » avec la grande dame, et ne lui devait aucune excuse :

Cette année-là, elle se montre aussi égale à la tâche face à la voix de Dieu lui-même Eddy Mitchell :

En 2021, Juliette Armanet sort son deuxième (et toujours le plus récent) album, Brûler le feu. Le premier piste est aussi le plus grand tube du disque, Le dernier jour du disco :

Nommée pour une Victoire de chanson de l’année, ici elle prend un risque artistique absent de son premier disque — cette chanson adopte les rythmes de son sujet. J’aime bien qu’elle a fait ça — enfin, un son différent que toutes ses autres chansons jusqu’à ce point.

« Tu me play » est un jeu de mots avec l’anglais pour « jouer » et le verbe plaire. Ici, elle semble avoir compris que les chagrins devront aller avec un peu plus de feu si elle veut convaincre.

Je me demande si « HB2U » (« Happy birthday to you » en anglais ; joyeux anniversaire à toi), une chanson en franglais, était la raison pour sa performance sur Taratata. Ça doit être la version la plus déprimante de cette expression que j’aie entendu. L’Épine, ainsi que la chanson du titre, par contre, sont plus de son premier album

Ayant écouté environ la moitié de ses chansons « édites » (je sais, ce mot n’existe vraiment pas), je crois que je comprends assez bien Juliette Armanet. Elle a du talent à gogo, une voix exceptionnelle, joue du piano assez bien pour s’accompagner… mais Zazie ou Jain prennent plus de risques avec moins d’atouts musicaux et réussissent plus souvent à mon avis. Cependant, elle peut être la prochaine Véronique Sanson si elle trouve son Michel Berger, côté production. Mais elle n’est pas encore là.

Ma note : j’irais au concert si vous avez une place de trop.

Le nouvel Indochine enfin

Je n’ai vraiment rien aujourd’hui. J’aurai un événement ce soir, alors je viens de passer 5 heures en cuisine car je suis trop ambitieux, comme d’hab. Il y aura 15 invités, dont moi, alors j’ai essayé d’adapter la recette à une assez grande taille et il y avait…des complications. Alors, je n’avais rien écrit pour aujourd’hui. Mais il y a finalement eu la seule nouvelle dont les fans d’Indochine ont vraiment envie. Voilà :

C’est assez évident. D’ici un mois, on aura enfin le nouvel album. Alors on pourra finalement mettre un terme à toutes les bêtises du compte Instagram des Salingers avec ses nombreux photos et clips à la sauce IA.

Vraiment, je n’ai pas eu autant de mal depuis le gâteau d’anniversaire il y a deux semaines. Et puisque je l’ai mentionné, tout est parti en vrille entre les invitées de cette fête depuis ce temps-là. Genre deux des filles ne parlent plus aux trois autres. (Ma fille fait partie du groupe de trois.) On est bel et bien dans les années ados (je suis fier de vous dire que le drame en ce cas ne vient pas du tout de La Fille) et le nouvel Indo ne peut pas arriver assez vite. Car j’aimerais que quelque chose aille bien !

Je découvre Grand Corps Malade

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Grand Corps Malade, qui jouait sur scène avec Véronique Sanson, Marc Lavoine, et Vianney. Je l’ai oublié et sauté au prochain numéro ; je n’avais pas commencé mes recherches et ce n’est pas un commentaire sur lui (le temps que vous finissiez ce billet, vous ne me croirez pas, mais je vous jure que c’est la vérité). Pour vous rappeler, voici un extrait de leur performance sur Taratata.

Grand Corps Malade, Photo par Carcharoth, CC BY-SA 3.0

Je dois ajouter que ce nom m’a frappé de la façon la plus bizarre en 2020 quand j’ai découvert NRJ et la radio française. Il y avait tout genre de nom inconnu — Vitaa et Slimane, Maître Gims, Aya Nakamura, Jul — mais ceci voulait dire quelque chose, et la signification était déroutante.

Grand Corps Malade n’est que le nom de scène de Fabien Marsaud, né en 1977 au Blanc-Mesnil. Il s’est lancé dans les métiers artistiques en tant que « slameur », écrivain d’un genre de poésie déclamé à haute voix dans des cafés prétentieux (oui, ce truc est bien connu chez moi). La poésie dite « slam » se concerne principalement avec le rythme, tout comme en anglais, mais en version française, elle ajoute du verlan, et d’autres formes d’argot. Quant au nom de scène, en 1997, il a eu un accident dans une piscine, qui l’a laissé paralysé pendant un certain temps (il peut maintenant marcher, mais je ne sais pas à quel point il se considère « guéri »).

En 2006, M. Malade (je vais être tout New York Times avec ça ; s’ils peuvent écrire « Mr. Loaf » pour parler du musicien dit « Meat Loaf », moi aussi) sort son premier album Midi 20. Le premier single est « 6ème sens » :

Je ne sais pas que dire. La musique est assez agréable, mais n’a rien à voir avec les paroles, un poème déclamé. Je me sens complètement incapable de le juger, car je ne suis pas bien sensible à quel est un bon poème en français. En ce qui concerne sa voix, j’ai l’impression d’entendre Arnold Schwarzenegger parler, mais en français. Après avoir vérifié le morceau du titre et Paroles du bout du monde, je considère que cet album est simplement au-delà de mes compétences. L’album lui vaut deux Victoires ; la faute est évidemment à moi.

En 2008, il sort son deuxième album, Enfant de la ville. J’ai commencé avec « Du côté chance », qui se révèle légèrement plus mélodique que le premier album :

J’ai aussi essayé Le blues de l’instituteur et Comme une évidence. La musique derrière lui reste agréable, mais ce ne sont pas des chansons. C’est plutôt pour mettre la scène pour ses poèmes.

En 2010, M. Malade sort son 3ème album, dit avec un certain sens de l’humour, 3ème temps. J’ai vu dans la liste de morceaux un duo avec Charles Aznavour, Tu es donc j’apprends. M. Malade recite son texte en alternance avec M. Aznavour. L’effet est intéressant, mais il ne chante toujours pas :

J’ai aussi écouté À Montréal, car j’y serai assez bientôt, et Roméo kiffe Juliette, car c’était un tube dans les classements. Mais avec ça, ça fait 3 albums et même pas une piste qui fait partie de ce que je comprends par l’expression « chanson française ».

J’ai donc décidé à sauter à son album Mesdames, sorti en 2020, une collection de duos avec de telles chanteuses que Véronique Sanson et Suzane. Évidemment, dès que j’ai vu le nom de Mme Sanson, j’allais commencer par cette porte, intitulée Une sœur :

Véronique Sanson reste tout ce à quoi je m’attends, mais dès que j’entends M. Malade, c’est comme si elle s’est fait interrompre par le Terminator T-800. À ce point, j’ai décidé que j’avais été aussi juste que l’on pouvait le souhaiter, et j’ai terminé mes recherches. Le truc de ouf, c’est que si on l’écoute attentivement dans l’extrait de Taratata, il pourrait être chanteur, mais ce n’est pas comment il s’exprime.

Je comprends que M. Malade soutient l’association Sourire à la vie, qui vient en aide aux enfants malades, et a rendu hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo. Je suis admiratif de tous tels efforts, et n’ai aucune envie de le critiquer. Mais son art n’est pas ma tasse de thé.

Ma note : Aucune. C’est la mauvaise échelle.

Le dernier concert de La Fille

Ce soir, j’ai assisté au dernier concert de La Fille à son collège. Je crois que j’ai mentionné avant qu’elle joue de la flûte depuis son arrivée au collège, mais j’ai du mal à trouver les preuves. Alors oui, elle est flûtiste, et à ce point, pas mal. Elle fera certainement partie de l’orchestre à son lycée cet automne.

Flûte, Photo par Petar Milošević, CC BY-SA 4.0

Après le concert, j’ai dû reserver les billets d’avion et l’hôtel pour notre voyage à Montréal, car j’ai dû transmettre les infos à Son Altesse d’ici samedi ou risque de perdre mes vacances. (Les délais de ce que j’appelle le Traité d’Anguille-sous-Roche sont respectés sans pitié.) C’est fini. Tout ça, c’est-à-dire que je n’étais pas en cuisine ce soir pour finir mon dessert vendéen, encore.

(Pour les nouveaux abonnés, Anguille-sous-Roche est le village où habite mon ex. Comme toujours, je choisis des noms par hasard afin de préserver la confidentialité des autres.)

Au fait, je contacterai ceux qui me connaissent au Québec directement, mais je ne publie jamais mes dates de vacances à l’avance au cas où un cambrioleur intéressé tombe sur mon blog. Je doute que ça arrive, mais pourquoi chercher des problèmes ?

Alors, je vais vous parler brièvement du concert et vous partager un enregistrement. Le thème du soir était « Héros et Méchants », et il y avait des performances par 5 groupes différentes, selon leurs niveaux et instruments. La Fille fait partie de l’orchestre avancé, réservé aux cordes et aux instruments à bois qui ont au moins deux ans d’expérience et réussissent une audition. Naturellement, ce groupe a joué à la fin, pour que nous les parents ne puissions pas quitter la pièce avant la performance des débutants en cordes. Il me semble que des traités ont été signés dans une ville suisse pour interdire exactement ça.

La grande majorité des morceaux sont tirées du catalogue de D’Isigny ; c’est-à-dire Marvel et Star Wars. Il y avait de la musique des Avengers et des Pirates des Caraïbes. Mais je vous partage le tout dernier morceau de la soirée, un pot-pourri de musique du film La Revanche des Sith :

Mexican Radio

J’étais censé publier mon dessert vendéen aujourd’hui. Mais vous savez quelle est la meilleure chose quand quelque chose va mal avec une pâte ? Si vous avez fait un lot assez gros pour essayer une deuxième fois, le reste souffrira des mêmes défauts. Je ne comprends pas du tout ce qui s’est passé, mais maintenant, j’ai une petite crise avec toutes les autres choses que je dois cuisiner d’ici dimanche. Super. Ce n’est pas comme si j’ai autre chose à faire.

De toute façon, n’ayant pas été préparé pour cette éventualité, je vais remplir une promesse que j’ai fait en décembre chez Juliette. Elle avait écrit sur une chanson par le groupe américain Wall of Voodoo, mieux — entièrement ? — connu pour un coup étonnant, Mexican Radio. Le voilà :

J’avais dit que j’avais une histoire liée au chanteur, M. Stan Ridgway. Il ne s’implique pas directement à l’histoire, mais je la raconte quand même.

L’année dernière, je vous ai fait une balade autour du village de Claremont, où je suis allé à l’université. On dit un village ici, mais la population à l’époque avait déjà dépassé 32 000 habitants (lien en anglais). C’est plus grand que les préfectures de la Creuse, l’Aveyron, ou le Lot. Et dans ce village, jusqu’en juin 2022, on trouvait un magasin de disques, Rhino Records. J’ai pris une photo à l’époque, mais je ne l’avais pas partagée car il était déjà définitivement fermé. Voilà :

Quand j’étais là dans les années 90, on achetait toujours des CD et même des K7. Et je vous dirai que La Fille a toujours dans sa chambre exactement le même stéréo que j’avais à l’époque, qui pouvait jouer 2 cassettes ainsi que 6+1 CDs (vous aviez oublié ce genre de lecteur, non ?). Je prendrais une photo, mais elle est déjà au lit pendant que j’écris.

Pour la Saint-Valentin l’année dernière, je vous ai raconté l’histoire du grand amour de ma vie, qui n’était pas du tout mon ex-femme. Dana et moi avions l’habitude de prendre des balades de la fac jusqu’au cœur du village, où Rhino Records se trouvait. Même après la catastrophe de la Saint-Valentin, on y est allés ensemble une dernière fois, avec deux autres amies mutuelles, peu avant son départ.

Dans le magasin, une de nos autres amies a eu une idée, venue de nulle part. Pour un souvenir à partager, pourquoi ne pas s’acheter des cassettes d’artistes inconnus à l’autre ? Je ne me souviens pas de ce que je lui ai acheté. Mais elle m’a acheté Mosquitos, par Stan Ridgway :

©️Geffen Records, tous droits réservés

N’ayant jamais été très au courant de qui faisait partie des groupes que j’ai entendus à la radio pendant les années 80, je ne savais pas jusqu’en 2020 qu’il était le chanteur de Wall of Voodoo. En fait, je l’ai découvert juste avant de me lancer en français ; j’avais entendu « Mexican Radio » quelque part, l’avais recherchée sur Google, et c’était comment j’ai découvert la connexion.

Je me demande parfois si c’était une sorte de message, une façon de me dire qu’il ne restait plus rien à savoir de cette vie et que c’était bien le temps de en trouver une autre.

Je découvre Jeanne Added

On continue le Projet 30 Ans de Taratata avec la deuxième des trois artistes qui ont jouées « Don’t Speak » sur Taratata, Jeanne Added. (Je me suis rendu compte que j’ai sauté par-dessus de Grand Corps Malade, par erreur. Il sera le prochain.) Pour vous rappeler, voici un extrait :

Je ne vais dire que de bonnes choses sur Jeanne Added, et ça m’énerve. Elle a réussi à faire ce que je voulais être impossible. Si vous avez suivi le parcours de ce blog depuis un moment, vous savez que je veux laisser tout tomber derrière moi. J’ai pu annuler mon abonnement à la télé en anglais parce que j’avais arrêté de tout regarder en anglais. Je n’écoute plus la grande majorité de ma bibliothèque de musique en anglais. Je voulais fermer cette porte derrière moi et jeter la clé dans un volcan sous-terrain au fond de la Fosse des Mariannes. Mais voici une artiste qui écrit des paroles intelligentes en anglais, les chante avec talent et évidemment, tout ça ne peut que vouloir dire qu’elle vient de… Chicago ? New York ? Des Moines ? Non, de freakin’ REIMS.

Regardez ce qu’elle m’a fait faire ! Utiliser un petit juron anglais !

Jeanne Added, Photo par Thesupermat, CC BY-SA 4.0

Jeanne Added est née en 1980 à Reims. Je suppose qu’elle a été poussée à apprendre l’anglais car son nom de famille est le participe passé d’ajouter en anglais, « add ». J’imagine que ses cousins, les Subtracted, ont changé de nom, car ça, c’est trop. Pas comme beaucoup d’autres musiciens que nous avons étudiés à ce point, elle était toujours destinée pour une carrière musicale — des conservatoires de musique à Reims et Paris en tant que lycéenne, le Conservatoire national à Paris pour ses hautes études, puis l’Académie royale au Royaume-Uni. À partir de 2005, elle commence en tant que chanteuse de jazz, habituellement en français, avec de tels noms que Vincent Courtois et Yves Rousseau.

Avec ce dernier, elle sort en 2008 un enregistrement qui me fait mal aux oreilles, et je suis habitué aux conventions du jazz. C’est une reprise de l’album « Poète, vos papiers » par Léo Ferré. Elle est la deuxième à chanter dans cet extrait, après Claudia Solal, et les deux ont des voix d’anges, mais la première minute, aïe. (Je sais, ce n’est pas la chanson du titre.)

J’imagine qu’elle a dû reconnaître que le public pour ce genre de chose est limité. Alors en 2010, elle sort un album en anglais, yes is a pleasant country, d’après un livre de poèmes par e.e.cummings, poète américain avec une allergie mortelle aux lettres majuscules. Tout l’album est disponible presque gratuitement au lien, l’édition originale étant définitivement fermée. La musique n’est pas complètement à mes goûts, mais elle ne chante pas en anglais « bien pour une française ». Elle est excellente : très facile à comprendre et son phrasé ne manque de rien. Et vous savez qui le sait très bien ? Jeanne Added. Cet album lui valait être nommée aux Victoires du jazz en 2011, et elle a dû bien comprendre que ce chemin l’était ouvert.

Elle sort donc en 2015 son premier album en tant que soliste, Be Sensational. Sauf pour un morceau, les paroles de l’album sont toutes écrites par Mme Added, et elles seraient un crédit à presque n’importe quel artiste anglophone. La chanson du titre est une merveille :

Je ne suis pas grand fan des techniques de production de « À War is Coming » — bruyantes et déformées — mais c’était le premier single à sortir, et c’était une réussite. Et je serais le premier à vous dire que cette chanson montre du talent.

En 2018, elle est de retour avec Radiate, un album par tours plus loud — les traductions vif et bruyant n’ont pas le sens exact — et moins déformé que le premier. La chanson du titre montre exactement ce que je veux dire. Les dynamiques musicaux sont plus forts, mais les effets électroniques sont réduits. Les paroles sont parfois colériques, mais elle a mon attention.

La chanson qui termine l’album, « Years Have Passed », est tout ce qui est possible chez elle sans les effets. C’est douce, triste, et absolument au-delà des capacités de presque tout et n’importe quelle chanteuse populaire ici. On parlera à la fin des bonnes comparaisons, mais elle est tout le contraire de Taylor Swift, c’est certain !

Son troisième et plus récent album est By Your Side, encore plus dans le sens de mettre sa voix en vedette et ne pas la noyer sous trop d’effets. La chanson du titre parle du genre de relation où on dit en anglais « it’s complicated » (c’est compliqué), pas exactement l’amour, pas exactement l’amitié. Je ne veux pas l’aimer. Mais je n’arrive pas du tout à m’arracher de la stéréo en l’écoutant :

On finira notre revue de ses chansons avec une autre chanson de By Your Side, Hey Boy. C’est ce qui arriverait si « Years Have Passed » n’était pas si triste, si élégiaque. C’est absolument ma préférée de ses chansons.

Il ne faut absolument pas faire la comparaison entre Jeanne Added et des mannequins dont le logiciel AutoTune est le seul moyen de les sauver. Venant de la tradition de jazz, il faut chercher quelqu’une comme la canadienne Diana Krall. Son interprétation de la chanson « Peel Me A Grape » montre la seule chose qui manque à l’œuvre de Jeane Added, un sens de l’humour. Mais les similarités entre ces talents sont évidentes :

L’autre chanteuse qu’elle me rappelle — et j’aimerais tellement la voir avec cette opportunité — est k.d. lang, qui a chanté la meilleure chanson de James Bond que vous ne connaissez pas, Surrender :

Pourquoi est-ce que vous ne la connaissez pas, même si vous avez entendu parler de Mme Lang ? Parce que les producteurs ont décidé au dernier moment qu’ils ne voulaient pas prendre le risque de sortir un générique chanté par une lesbienne, et cette chanson a été déplacée aux crédits à la fin, que personne n’écoute. (Sauf moi ; je ne quitte jamais la pièce jusqu’à à ce que les lumières soient allumées.)

En faisant cette comparaison, je n’exprime aucun avis sur la vie amoureuse de Jeanne Added, de laquelle elle ne parle pas. C’est juste que les deux ont des voix similaires. J’aimerais voir ce qui se passait si elle travaillait dans un plus grand ensemble, de façon cinématique. Je sais qu’elle serait à la hauteur du défi.

Ma note : J’achète l’intégrale, mais si elle décide de chanter en français…ouais, je prendrais l’avion si je pouvais rester plus qu’un week-end.

J’ai eu tort

Il y a des semaines, je vous ai dit qu’à mon avis, « The Salingers Reviennent » n’était pas le vrai prochain album d’Indochine, car il me semblait impossible que le groupe copie la musique d’autres sans crédit.

J’ai eu tort. Les vidéos de la chaîne YouTube qui m’ont mené à cette conclusion sont toujours là, mais cachées si on n’a pas le bon lien. Mais il y a plusieurs nouvelles vidéos, pas cachées du tout, et les frais pour l’art doivent être une somme folle si c’est une farce :

En plus, le compte Instagram exige un procès sur les droits d’auteur si ce n’est pas Indochine. Au-delà d’un lien vers un site, Canard Ebay canarybay.fr, dont Indochine a sans doute les droits, il y a un enregistrement qui est absolument la voix de Nico. Si c’est une farce à la sauce IA, on va avoir une sacrée amende :

Franchement, je ne suis pas ravi qu’ils aient copié cette musique au début. J’espère que l’usage a été payé.

Il y a un sens où je devrais me sentir content. Dans le genre de musique dit « progressive rock » — de tels groupes comme Yes, Genesis (avant les années de trio mené par Phil Collins), ou Emerson, Lake, and Palmer, ainsi que mon Rush bien-aimé — des albums consacrés à raconter une histoire sont communs. L’un des mes albums préférés, 2112 par Rush, a une chanson de 20 minutes qui raconte une histoire dystopique qui a lieu à l’avenir. Si vous voulez écouter juste une minute, je recommande de vous lancer à partir de 4:25 :

Au fait, il y avait un jeu très populaire parmi les fans de Rush de poster des photos où on avait trouvé le numéro 2112 quelque part. Mais le faire apparaître — par exemple, en laissant un pourboire radin de 1,12 $ sur une addition de 20 $ — ne comptait pas.

L’histoire racontée par les photos et les clips sur le compte Instagram des « Salingers » ressemble fortement à cet album, 2112. Mais ce serait un départ plutôt extrême pour Indochine, même si certains de leurs albums ont des thèmes qui guident tous les contenus. Bien que j’aime le fait qu’Indochine m’a attiré au début en partie car certaines choses chez eux me rappellaient Rush, je veux qu’ils soient Indochine, pas Rush en français.

Ai-je mentionné que un tiers des albums de Rush ont été enregistrés au Québec dans une maison dite « Le Studio » ?

Évidemment, cette histoire des Salingers me donnent des pensées d’une ancienne vie. Le batteur de Rush est décédé deux mois avant ma première leçon de français, mais le groupe avait déjà quitté la scène en 2015. Je les écoute toujours, et je ne les quitterai jamais, mais croyez-moi, les fans de ce genre de musique en anglais sont considérés comme des ringards grand cru.

Alors, j’avoue que « The Salingers Reviennent » est à Indochine. Mais c’est quoi leur but avec tout ça ? Je ne sais toujours pas.

C’est pas possible !

Il y a des fois où on vous donne du matériel et c’est si incroyable, si époustouflant qu’il n’y a pas de choix — il faut en écrire. Un membre de mon groupe d’utilisateurs de Duolingo qui habite au Québec m’a envoyé un clip délirant. Je l’ai regardè plusieurs fois et je n’ai toujours pas la moindre idée de ce qui se passe. Alors aujourd’hui on va parler de l’histoire absolument bizarre — et 100 % québécoise — de Normand L’Amour.

Normand L’Amour, Dessin par Jean-no, Copyleft

D’abord le clip. Vous allez voir que M. L’Amour n’a jamais eu un budget pour tourner des vidéos. Mais on a dessiné des choses qui vont avec ses paroles. Regardez :

Je sais déjà. « Justin, c’est quoi cette bêtise ? T’as perdu la tête, quoi ? » Pas du tout. Je reconnais un peu une âme sœur — mais pas trop — alors on va discuter comment le Camille Sans-Sens du Nord est venu à enregistrer plus de 2 000 chansons pendant deux décennies.

Commençons à la fin, ses funérailles en 2015 à 85 ans, car sa famille est plus fiable que Wikipédia. Normand Cournoyer était dépanneur à la québécoise — c’est-à-dire épicier — dans la ville de Sorel-Tracy, aussi la maison de Laurence Manning. On y trouve tout genre de personne, apparemment. En 1997, à l’âge de 68 ans, il a subi un vol armé dans son magasin, et s’est rendu compte qu’il ne voulait pas finir sa vie en tant qu’inconnu derrière un comptoir, selon le maire de la ville, Serge Péloquin — aussi son agent. Il a donc fermé le dépanneur, acheté une copie du logiciel Band-in-a-Box (Bande dans une boîte), adopté son nom de scène et a commencé à s’enregistrer.

Il s’est fait connu dans une apparition de légende sur l’émission québécoise « La fin du monde est à 7h ». Après avoir lu la météo à haute voix, il a reçu le droit de chanter à télé pendant 30 secondes immortelles :

Vous pensez que je me moque de lui, mais ce n’est pas du tout le cas. Évidemment, monsieur n’a aucun talent musical — et les paroles lui feraient un cauchemar de nos jours — mais il faut absolument le mettre à côté. Voici un homme qui était absolument inconnu, qui avait subi une expérience où la vie passait devant ses yeux, et qui a en résultat osé apparaître en live pour chanter. Ce n’était pas l’acte le plus sage de sa vie, mais c’était sans doute le plus courageux.

Alors avec sa nouvelle renommée, M. L’Amour a réussi à vendre 1 000 exemplaires de sa cassette de début, « C’est pas possible ! », d’où viennent également « La Poignée de porte » et « Toute noire », les chansons en haut. Cette réussite était assez pour qu’il gagne le droit de vendre ses enregistrements dans deux magasins locaux, le dépanneur du resto et hôtel « Le Madrid » ainsi que Boulevard Musique, l’ancien magasin de son agent, M. le maire de la ville.

Le Madrid, Photo par Bouchecl, CC BY-SA 3.0

Le succès a suscité une certaine jalousie. En 1999, il a perdu le Prix Félix pour un album d’humour à Yvon Deschamps, un humoriste professionnel, qui a dit que Normand aurait dû se sentir honte car « lui, il fait pas ça pour rire ». Mais notre Normand ne s’est pas découragé — il a fini par enregistrer plus de 2 300 chansons sur 200 albums, avec des morceaux en 75 langues.

Sa renommée a suffi à le faire apparaître dans une publicité pour le soda Pepsi à la télé québécoise. Je félicite les responsables pour avoir reconnu comment l’utiliser — il fournit la bande-sonore, et n’est pas la victime d’une blague.

Je veux en conclure avec une dernière chanson de M. L’Amour, quelque chose de hyper-local, « Y’avait sur mon érable ». Son thème est un pic-bois qu’il voit perché sur un érable, absolument banal bien sûr, mais une image typique de son coin du monde. En effet, il n’y a rien de plus parfait pour raconter son histoire — un homme qui rêvait juste d’être connu parmi ses voisins.