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Apéro en bateau

Vous n’alliez jamais devenir où j’étais hier soir, alors je vous ai laissé un gros indice dans le gros-titre.

Oui, l’Orange County Accueil vient de lancer un événement pas comme les autres. Depuis des années, il y a un événement mensuel dit « Soirée nanas ». En janvier, on a lancé un pareil événement dit « Soirée mecs ». Je n’ai pas pu assister au premier événement parce que La Fille était à la maison, et vu que c’était jeudi, je devais être responsable et ne pas la renvoyer chez les grands-parents. (Le saviez-vous ? Je n’ai jamais embauché une baby-sitter. Même pas une fois.)

La Soirée nanas a lieu à chaque fois dans tel ou tel resto — il y a une vingtaine de personnes à chaque fois, vu les photos que l’on m’avait envoyées pour le diaporama. C’est probablement difficile à arranger autre chose pour tant de personnes. Mais la Soirée mecs n’a qu’une dizaine pour l’instant, alors on a fait quelque chose de plus aventureux. On a loué un bateau pour naviguer autour de la baie de Huntington Beach et partager un apéro en même temps.

C’est ici où je vous dis quelque chose qui semblera choquant, mais ne l’est vraiment pas quand on y réfléchit un peu. Je n’ai jamais assisté à un apéro de ma vie. Étonnant, non ? Mais si on considère que je n’avais jamais entendu le mot jusqu’en 2020, et nous étions tous un peu occupés cette année-là, ça fait vraiment seulement 4 ans de vie sociale inexistante, pas les 4 décennies attendues.

N’ayant pas la moindre idée de ce que l’on apporte à un apéro, et surtout quand on n’aura pas d’assiettes, j’ai décidé de faire quelque chose de facile à apporter n’importe où — les dizé milé de notre visite en Guyane. Les voilà, juste avant d’être mis dans un sac en plastique :

Une assiette de 12 dizé milé, des beignets fourrés de crème pâtissière au rhum, dont la pâte est parfumé de citron vert, muscade, amande amère et cannelle.

À mon avis, je n’ai pas assez apporté. D’autres gens ont apporté une boisson ainsi que quelque chose à manger. Mais personne ne m’en voulait.

On ne se connaissait pas tous, alors pendant la croisière, on s’est présentés, un par un. Je me sentais un peu mal à l’aise dès que l’on m’a dit « Mais tu ne parles vraiment pas français, c’est ça ? » L’accent me trahit encore une fois.

Je ne peux pas vous montrer des photos de la baie, parce qu’il faisait nuit, et c’était impossible d’en prendre de bonnes. Mais sachez que les maisons autour de la baie coûtaient entre 2 et 8 millions de dollars chacun. Il y a une raison pour laquelle j’ai surnommé Huntington Beach « Port-Feuille ».

Mais je dois partager avec vous un moment hilarant de la fin. L’organisateur m’a dit « Si tu as aimé cette soirée, il y a un bulletin que tu devrais lire pour prendre les nouvelles des événements à venir ! » Je lui ai répondu en riant, « Je sais, c’est moi l’écrivain ! » Il a dû y penser pendant un moment, puis m’a enfin dit, « J’aurais dû le savoir ! Tu ne ressembles pas trop à ta photo habillé comme ça ! (Je portais une chemise Polo au lieu d’un t-shirt.)

Est-ce que je reviendrai ? Oui, mais la prochaine fois, il me faudra être moins radin !

Qu’est-ce qui s’est passé chez NRJ ?

Alors, il me semble qu’il faudra couper certaines expériences du livre du blog. Je suis plus qu’un peu gêné que je n’avais aucune idée de notre sujet du jour jusqu’à cette semaine.

Avant le début du blog, quand je comptais sur mes groupes de Facebook pour toutes mes infos, j’ai appris que Nicola Sirkis allait apparaître sur Manu dans le 6/10, à l’époque inconnu à moi. Si vous pensez que c’est bizarre que j’écoute Les Grosses Têtes le matin, une émission qui commence à 6h en France, c’est 21h chez moi. De toute façon, c’était grâce à cette interview que j’ai découvert Manu et NRJ.

Capture d'écran d'un post dans un groupe de fans d'Indochine où j'ai posé plusieurs questions sur l'interview de Nico par Manu.

Apres ça, j’ai commencé à écouter Manu tous les soirs vers minuit, et j’ai même posté une fantasme de faire un appel téléphonique à son émission :

Capture d'écran de Facebook où j'ai dit « Je me demande si Manu voudrait un appel des É-U !
»

J’avais trop peur de ne rien comprendre, alors j’ai laissé tomber cette idée. C’était dingue, penser à appeler une telle émission 5 mois après ma toute première leçon, n’est-ce pas ?

Peu après, j’ai découvert Cauet, car j’écoutais NRJ tous les jours. Et je ne vais pas mentir, je l’ai trouvé extrêmement drôle. Mais après avoir passé toute l’année 2021 avec NRJ, je n’en pouvais plus, car les deux émissions jouaient beaucoup de musique en anglais. J’ai donc demandé à des amis :

Post sur Facebook qui dit « Regardez ce que j'écoute sur le radio en ce moment. Mais il est interrompu par de la musique. Avez-vous des recommandations pour une chaîne sans musique ? Je veux écouter juste à des gens qui parlent. (Évidemment, elle doit être disponible sur Internet.) »

Des heures plus tard, je vous ai dit que j’étais tombé amoureux des Grosses Têtes, et ça reste le cas jusqu’à maintenant. J’ai toujours l’appli, mais j’ai laissé tomber NRJ « comme une patate chaude », comme on dirait en anglais. (Je suis sûr que vous avez l’idée, mais une expression plus idiomatique serait la bienvenue.) Je ne vais pas dire que ça fait 3 ans depuis la dernière fois où je l’ai écouté, car honnêtement, je ne m’en souviens pas du tout. Mais il y a des jours, il m’est venu dans l’esprit que ça fait très longtemps depuis la dernière fois où j’avais entendu parler de Cauet.

Puis-je dire « Que diable ? » Mis en examen en 2023 pour des viols contre une mineure entre 2014 et 2022 ? Pas surprenant qu’il n’est plus à la radio, mais comment est-il arrivé que le procès n’a pas déjà eu lieu ? On attend à quoi exactement ?

Je me suis donc dit, « Bon débarras, Cauet, mais sûrement tout va bien chez Manu ? » Euh, non. Toute l’équipe dont je me souviens est partie, et ils ont gagné des jugements contre lui pour du harcèlement moral. Je suis franchement étonné qu’il soit toujours à la radio, au moins sur la même chaîne. (J’ai lu sur Wikipédia que lui seul, il est responsable de la moitié des revenus publicitaires de NRJ. Or, il y a des limites, non ?)

Évidemment, le gérants ne savent pas ce qui font leur employés quand ils ne sont pas au travail. Difficile de dire que NRJ est responsable des plaintes portées contre Cauet. En même temps, quand il y avait autant de salopards que ça dans le même bureau, c’est aussi difficile de croire que c’était tout secret.

Je galère toujours avec certaines parties du livre. Mais cette partie n’est pas difficile. Je ne vais rien dire de bon sur deux tels types ! Ni sur NRJ non plus. Cependant, je secoue toujours la tête. Personne n’a rien vu, ne savait rien ? J’ai un autre anglicisme pour vous : Ouais, non. (On dit « Yeah, no. »)

Meurtres aux Grosses Têtes

C’était tout un mystère le matin avant-hier. D’habitude, je vérifie les commentaires et les statistiques dès que je me réveille, afin de savoir s’il me faut répondre à quelque chose, et si le billet du jour a été bien accueilli. Mais quelque chose de curieux est arrivé. Il y avait quelques douzaines de vues d’un vieux numéro de Langue de Molière, beaucoup plus que l’actuel. Et ça continuait à monter ! Il me fallait faire l’enquête.

Une volée de corbeaux, dite un «meurtre »
Meurtre de corbeaux, Photo par Mat Fascione, CC BY-SA 2.0

Alors, hier j’ai posté une question sur Facebook pour mes amis, avec une capture d’écran — « Y a-t-il une raison pour laquelle des centaines de Français recherchent l’expression « un meurtre de corbeaux » tout à coup ? » :

Capture d'écran des termes recherchés sur Google -- 4 versions différentes de la phrase "un meurtre de corbeaux"
Capture d’écran de Google Search Console

Un ami m’a répondu que c’était probablement lié au dernier épisode des Grosses Têtes. N’oubliez pas, j’ai 9 heures de retard sur la grande majorité d’entre vous (bonjour le lecteur ? lectrice ? en Irlande, qui a 8 heures d’avance sur moi — soyez le bienvenu à vous présenter dans les commentaires). Alors, je pense aux Grosses Têtes comme une émission matinale, car ça se diffuse de 6h30 à 9h chez moi, mais c’est en fait nocturne. On parle donc de l’épisode des Grosses Têtes diffusé le 19 février 2025.

En version intégrale, sans les pubs que j’aime tant — sincèrement ! (« Carrefour : on a tous droit au meilleur », « Intermarché : tous unis contre la vie chère ») — l’émission prend toujours environ 1h40. Je savais que je pouvais sauter les 3 premières minutes sans souci, mais après ça, il me fallait écouter soigneusement.

Heureusement, il y avait des récompenses. L’une des citations du début — vers 4:35 — c’était :

Qui a dit que « L’écriture ressemble à la prostitution — d’abord on écrit pour l’amour de la chose, puis pour quelques amis, et à la fin pour de l’argent ?

La réponse était Molière. Je remarque qu’il avait raison — j’ai commencé dans l’espoir d’amuser exactement une personne, maintenant j’ai vous tous, et j’espère publier un livre et gagner de l’argent de l’affaire.

À 1:08:42, on arrive enfin à la question. C’est simplement « Qu’est-ce que c’est qu’un meurtre de corbeaux ? » Quand personne ne l’a tout de suite, Laurent Ruquier ajoute que c’est comme « un parlement ou un charme ou une lamentation ». Oh, super, M. Ruquier, arrachez justement les 300 € à l’auditeur qui a posé la question, hein ? Mais ça nous amène à l’article ici, où je me suis lancé dans un discours sur les mauvaises traductions des titres de George R.R. Martin, à partir de meurtre de corbeaux. Là, j’avais aussi parlé d’un parlement de chouettes. Mais je ne connaissais pas le « charme » de pinsons.

J’aurais complètement raté ça si c’était une dictée. Je suis nul en ce qui concerne les espèces d’oiseaux même en anglais, alors je suis complètement sans espoir en français. Avec le mot « charme », j’ai cherché « charm » en anglais, et beaucoup de liens m’ont dit que c’était un group de « finches ». Mais c’est quoi un « finch » en français ? Le dictionnaire Oxford m’a donné « fringillidé », la famille de ces oiseaux, et pour les « goldfinches », « chardonneret ». Ni l’un ni l’autre somme même pas un peu comme mon meilleur, euh… guess pour ce qu’il disait, « passon ». Il n’y a pas de « passon » en français. Heureusement, juste avant publication, j’ai essayé Wiktionnaire pour l’anglais du français, et ça m’a donné « pinson ». Voilà. (Il y avait un célèbre joueur de baseball, Vada Pinson. Je ne savais pas que son nom de famille était français.)

Je note que quand j’ai recherché l’expression sur Google, j’étais le premier résultat (et j’utilise Google.fr pour ça). Mais Google me dit aussi qu’en moyenne, j’apparais entre la 3e et la 4e place :

Je regrette de vous dire qu’absolument personne ne s’est pas abonné en résultat de ça. Les contenus étaient prêts pour le moment où Laurent Ruquier a dirigé le pays entier vers chez moi, mais puisque je suis sûr que tout le monde utilisait des navigateurs portables, personne n’a vu le formulaire d’inscription. Je suis déçu.

Mais une dernière pépite pour vous amuser ? Juste avant ça, selon Google l’accueil était la page la deuxième plus populaire après l’article sur The Salingers. Et c’était quoi la requête qui amenait tout le monde à ma porte ? « Je suis prostituée par choix ». Je ne plaisante même pas.

Capture d'écran d'un rapport de Google avec « requêtes les plus fréquentes » par page. Pour l'accueil, ce sont « Duolingo offre » et « je suis prostituée par choix ».

Dites-donc, je n’aurais jamais écrit ça. C’est prostitué — attention au genre !

La politesse revisitée

Il y a des années, peu après ma première visite en France, j’ai écrit un billet pour exprimer à quel point le vouvoiement me manquait. Ainsi que d’autres choses : les caissiers qui ne criaient pas dans son dos, l’utilisation de « Monsieur » et « Madame » partout. J’ai des larmes aux yeux juste en y pensant. (Mes attentes ont vraiment baissé au cours de la dernière décennie.) Je ne savais pas ce que j’allais écrire ce soir jusqu’à l’arrivée d’un courriel inattendu, qui va très bien avec autre chose qui est arrivée hier. La politesse a tout à coup repris sa place.

Alors, le courriel. On est presque mars, et ça veut dire que c’est presque le temps pour sortir le prochain bulletin de l’OCA, ce qui arrive tous les deux mois. (Je dois toujours choisir les recettes !) Plus la date limite s’approche, plus je reçois des courriels avec des mises à jour. Rien de choquant, là. À chaque fois où je reçois un tel courriel, je réponds avec un remerciement, et je les signe tous « À bientôt, Justin ». Parfois, si c’est à quelqu’un de plus proche, j’écris plutôt « À+ », mais vous avez l’idée.

J’étais donc choqué à recevoir un courriel ce soir juste pour me dire « Désolé que je ne t’ai pas salué ». Euh, quoi ? Non, QUOI ?

NON, MAIS SÉRIEUSEMENT, QU’EST-CE QUI SE PASSE ?

Je ne sais même pas comment je le vérifierais, mais je crois que personne ne m’a jamais envoyé un courriel pour s’excuser. Jamais de la vie. (Je ne compte pas les courriels des services aux clients qui doivent faire ça, je veux dire juste ceux qui sont soit des connaissances soit des collègues.) Mais pour une si petite chose ? Honnêtement, très peu de monde se soucient des salutations dans de telles situations en anglais — il ne me serait jamais venu dans l’esprit que son premier courriel n’allait pas !

Pour ma part, je me souviens d’un bon nombre de courriels que j’ai écrits au cours de ma vie pour ce but, mais je suis un cinglé. Et dans la culture américaine, je dirais que ça donne l’impression que l’on a bel et bien mal rangé le bordel. Responsabilité pour son comportement, c’est pour les autres !

Passons à l’autre chose. J’ai récemment commencé à suivre un compte sur Instagram, les_states_et_moi, géré par quelqu’une qui a une boutique de même nom qui vend des accessoires de voyage. Elle a partagé des photos d’un arrêt tout inconnu à moi, pas loin de Las Vegas :

Mon excuse, c’est que l’endroit n’est pas le long des autoroutes que j’utilise pour y aller. On a échangé des commentaires :

Capture d'écran d'une conversation sur Insta :
Elle : « Vous vivez aux USA ou en France ? »
Moi : « Je suis californien de naissance et y reste. »
Elle : Des emojis avec les yeux énormes.

J’ai partagé ça sur Facebook avec le commentaire « J’ai parfois l’impression qu’il serait super si je pouvais échanger de place avec certains. » À ça, deux amis ont répondu que si je devais vivre en France avec un salaire français, je changerais rapidement d’avis. Je suis au courant que tout me semblerait plus cher là si je ne me suis pas déjà habitué aux prix californiens. Mais pour autant que je les adorent, ils se trompent. Ça nous amène à quelque chose que je veux dire depuis le début.

Connaissez-vous la théorie économique de la perte sèche ? Il y a plusieurs versions, mais quant aux impôts, l’idée est simplement que dans un marché il y a les courbes de demande et d’offre, et si rien n’interpelle les échanges, le point où les courbes croisent est l’équilibre, avec un maximum d’échanges. Si on fixe un prix — ou également, si des impôts s’imposent — le volume d’échanges sera moins que ce maximum théorique. Cette perte d’échanges est la perte sèche, et ça baisse la richesse d’une société.

Graphique de courbes de demande et d'offre avec des lignes qui montrent les changements dûs à fixer certains points.
Exemple de perte sèche, Image par Valmat, CC BY-SA 3.0

Les impôts en France sont plus hauts que ceux de chez moi. Je le sais, et c’est de ça que parlent mes amis. Mais ce dont je rends compte depuis longtemps maintenant, c’est qu’il y a d’autres biens dans la vie, et tant que l’on est libre de choisir entre ces biens, il n’y a pas trop pour s’en plaindre. L’Europe a en général choisi de vivre à un point différent sur ce graphique que les États-Unis. Cependant, les valeurs et la culture qui vont avec ce choix sont différentes aussi. Je ne ferais jamais le même choix si on parlait de l’Allemagne ni les Pays-Bas (je n’ai pas de dent contre ce dernier). Mais pour une culture où on offre ses excuses pour une salutation, et dit madame et monsieur ? Et mange des macarons en plus ?

Je l’assume.

Je veux croire

Hier, j’ai vu l’introduction la plus parfaite possible à ce post chez Light&Smell, complètement par hasard. Elle a critiqué un roman, L’enfant aux cailloux, sur une retraitée qui n’a rien de mieux à faire que regarder ses voisins, jusqu’au moment où elle voit ce qui semble être un cas de maltraitance sur enfant. A-t-elle raison ? Il faut lire le roman pour en savoir plus. Mais ça m’a rappelé exactement la bonne histoire de mon père.

Quand il était gamin, sa famille habitait en Enfer, ou comme ça se prononce en anglais américain, le New Jersey. (Ne me croyez pas sur parole, voici un « reel » en français sur Instagram par mon amie Mathilde, qui témoigne à cette réputation.) Il avait une voisine retraitée, une Mme Mance, qui vivait en face de la rue. Mme Mance aimait espionner les voisins par la fenêtre, cachée derrière un store vénitien. Un jour, la famille de mon père a adopté un chien, nommé Paws (« Pattes » en français, prononcé comme « pause »). Paws, lui aussi, aimait regarder la rue par la fenêtre, derrière un store vénitien.

Ça a rendu folle Mme Mance. Tout ce qu’elle voyait chez mes grands-parents, c’était une paire d’yeux. Mais au milieu de la journée ? Les enfants à l’école, les parents au travail, qui était là ? Un locataire ? Mais elle n’a jamais vu une autre personne ! Après des semaines, elle a enfin demandé à un voisin. Mme Mance était soit si gênée soit si fâchée à découvrir qu’elle espionnait un chien qu’elle n’a plus jamais parlé à la famille de mon père. Mais le vrai problème, c’était que Mme Mance ne savait pas s’occuper de ses propres oignons.

Avez-vous vu la série X-Files : Aux frontières du réel ? Il y a une célèbre affiche, probablement l’accessoire le mieux connu de l’émission, avec une soucoupe volante et la légende « Je veux croire » (bon, en anglais, rien n’est parfait) :

Affiche à soucoupe volante
Source, ©️20th Century Fox

L’affiche se trouve dans le bureau de l’un des deux personnages principaux, l’agent spécial du FBI, Fox Mulder. Il croyait à presque toutes les théories des extra-terrestres, des pouvoirs psychiques et ainsi de suite. Il s’est avéré à la fin que presque toutes ces choses étaient réelles dans l’univers de la série — mais pour des raisons diverses, les personnages principaux n’arrivent jamais à convaincre qui que ce soit de ce qu’ils ont vu. Je vous jure que je vais relier ces histoires.

Ça nous amène au vrai sujet du jour. Je vous ai parlé avant de mon meilleur ami et son habitude de croire tout ce qu’il lit en ligne, tant que ça rentre dans ses biais. Il nierait ça, mais on parle du même ami qui croyait sur rien d’autre qu’un tweet d’un inconnu que la Chine avait reconstruit Notre-Dame. Une autre fois que je n’ai pas mentionné ici avant, il a insisté que Rolling Stone — ici magazine complotiste autant que sur la musique, je ne sais pas si la version française est mieux à cet égard — avait des preuves (lien en anglais, mais payant) que M. Trump avait un document qui prouvait que M. le président Macron aimait trop La cage aux folles, si vous me suivez. Rolling Stone a perdu plusieurs procès pour des histoires complètement fausses, notamment celle-ci (lien en anglais). Puis il était convaincu par la rumeur dégoûtante à propos de Mme Macron, pour laquelle il n’y avait jamais aucune preuve.

Ce que tout ça a en commun, c’est que sa seule source était Twitter à chaque fois. Quand je lui demande où il a entendu telle ou telle chose, c’est toujours « J’ai demandé à Grok », l’IA de Twitter. Mais il ne comprend pas — et ce n’est pas juste lui, c’est la grande majorité du monde — qu’il n’y a pas de preuves derrière n’importe quelle IA ! Elles apprennent à parler en « lisant » tout le web, mais en général, il n’y a pas de mécanisme pour reconnaître quelles sources sont fausses.

L’exemple qui a provoqué ces réflexions ? Ce week-end, il m’a dit que les œufs ne coûtent que 20 centimes américains la douzaine en Chine, ce que Grok lui avait dit. Je ne parle pas chinois, mais à ce point, si on me dit qu’une IA dit que 2 + 2 = 4, je nierai les maths. Alors j’ai recherché les caractères chinois pour les œufs — 鸡蛋 — puis les noms des supermarchés chinois, et trouvé des œufs sur le site d’un supermarché qui est également à Hong Kong qu’en Chine, PARKnSHOP. Voici le prix en dollars de HK :

Capture d'écran des prix de deux boîtes d'œufs sur le site d'un supermarché chinois
Capture d’écran

Puis j’ai découvert que le site était également disponible en anglais. Tant pis pour moi. Mais 23 $ HK en USD, c’est environ 2,96 $, ou 2,86 €. On est loin de 20 centimes ! Oui, Hong Kong est plus riche que la Chine continentale, mais qui me dit tout le temps que non pas seulement le Hong Kong, mais le Taïwan aussi, font partie d’une seule Chine ? (J’ai du mal à trouver un site sur le continent qui me donnera ses prix.)

Un autre exemple ? Une journaliste gauchiste voulait justifier la grâce offerte par M. Biden à son fils. Elle a publié ce tweet qui a dit que le président Wilson avait fait pareil pour son beau-frère, Hunter deButts :

Capture d'écran d'un tweet d'Ana Navarro-Cárdenas, qui dit en partie « Woodrow Wilson a gracié son beau-frère, Hunter deButts »
Capture d’écran

Le seul problème ? ChatGPT avait inventé cette personne, et rien de la sorte n’est jamais arrivé !

Vous voyez sûrement où je vais. On parle d’un homme bien au-dessus de la moyenne, un docteur, et avant ça, diplômé de l’une des facs les plus difficiles aux États-Unis. Il sait mieux que cette journaliste, mais les IA leur disent ce que les deux veulent entendre, et c’est parti !

Le lien aux X-Files est donc assez évident. Ils veulent croire. Mais le rapport avec Mme Mance ? Rappelez le prix des œufs en Chine et ce que j’ai fait pour le vérifier. C’est la limite de mes compétences car je ne parle pas la langue. Mais là où je ne peux rien vérifier, j’essaye de ne pas avoir des avis forts, ou mieux, de me taire. Une leçon qui aurait épargné la pauvre Mme Mance.

N’oubliez pas Louise

Je suis bien au courant que pour beaucoup de monde, le point fort de ce blog est l’atmosphère largement positive. Sauf en février. Et en juin. Et pour mon anniversaire. Et autour de Noėl. Mais au-delà ça… Malheureusement, j’écoutais RTL Soir hier, où j’ai entendu la conférence de presse du procureur qui gère l’enquête sur le meurtre de Louise. Aujourd’hui ne verra pas un de ces posts « feel-good ».

Je peux imaginer juste un peu le cauchemar qui vivent les parents de Louise en ce moment. C’était exactement à cause du fait que je pouvais me mettre dans la place d’autres parents d’une fille de cet âge que j’ai lancé les dons de plaquettes annuels. Encore pire, et c’est un témoignage au bon cœur de la petite, le saligaud qui est responsable lui avait demandé de l’aide pour trouver son portable (pas vraiment perdu). Elle voulait juste aider un inconnu. Je n’ai pas de mots pour la rage que je ressentirais si c’était La Fille.

C’est ici où je dirai quelque chose que je ne regretterai pas, mais je sais que ça vous choquera. Aux États-Unis, il y a un juge pour chaque procès, mais la décision de coupable ou non est prise par un jury de 12 citoyens ordinaires sélectionnés juste pour le procès, contre 6 en France pour les cours d’assises. Il arrive parfois chez moi, si quelque chose se passait comme, disons, le cadavre d’Owen le meurtrier se retrouvait dans la rue, poignardé une centaine de fois, et l’ADN du père de Louise est là, un jury refuserait de reconnaître le père coupable. La vengeance de cette façon n’est pas censée être légale, mais…si je faisais partie d’un tel jury, le père serait libéré. Surtout s’il n’avait pas d’histoire criminelle.

Il y a quelque chose qui me rend fou sur ce type. J’entends parler, et apparemment plusieurs témoins ont déjà attesté à cette partie, que cet Owen était accro à des jeux vidéo, surtout la bêtise dite Fortnite. Selon Franceinfo :

« son petit ami jouait à Fortnite et avait eu unealtercation en ligne avec un autre joueur qui l’insultait ». « Très énervé, il arrêtait de jouer et sortait de la maison comme il le faisait souvent pour se calmer »

Meurtre de Louise, Franceinfo

D’une part, c’est bien connu, et un objet d’autodérision dans la communauté de joueurs, que beaucoup d’entre nous — j’hésite á dire « nous » parce que j’évite à tout prix jouer contre des inconnus en ligne — ont des problèmes de maturité. J’ai mentionné à une amie lyonnaise, très fâchée déjà, qu’en anglais, il y a un mot, « ragequit » (abandonner/quitter dans un état rageux), que les joueurs utilisent pour décrire les gens qui tirent leurs manettes contre l’écran et quittent les jeux. Hyper-adulte, ça. Il y a d’autres comportements puérils. Voici un dessin que je traduirai :

Dessin de Penny Arcade. Il y a plein de dialogue, traduit ailleurs dans l'article.
©️Penny Arcade, 2008

Ça vient d’un « webcomic » dit Penny Arcade. Le type dans la chemise jaune s’appelle Gabe ; celui dans la chemise bleue s’appelle Tycho. Le dialogue va comme ça :

Gabe : OK. Quel est le plus grand problème de Soul Calibur en ligne ?

Tycho : Euh…les délais ?

Gabe : Faux ! C’est que l’on ne peut peut pas étrangler les autres sur Internet. Jusqu’à maintenant.

Gabe : C’est simple. Je serre ce cou en silicone dans les mains. Cet étouffement est transmis à des mains en titane qui ferment autour de la gorge de mon adversaire.

Tycho : Il paraît que le vendre sera difficile.

(Boîte qui montre « des raisons pour laquelle Gabe vous étranglerait » )

Ce dessin a déjà presque 17 ans. Ce problème n’est pas nouveau. Cependant, et c’est important, ce monsieur avait plus de problèmes que les jeux vidéo. Il s’avère qu’il avait déjà tenté la même chose une semaine plus tôt, sans succès selon Franceinfo « Le suspect avait déjà abordé une collégienne dans le même secteur le 4 février. » Évidemment, il avait de graves problèmes psychologiques.

Ce n’est pas du tout à excuser le rôle de Fortnite dans sa vie. Mais je fais la comparaison avec cet autre même que j’ai récemment vu, du Super Mario Bros original :

Il y a deux légendes. La première dit : « Moi : Les enfants, vous passez trop de temps sur les écrans ! » La deuxième dit : Moi en 1992 passant 3 jours entiers à essayer de faire le putain de saut pour passer ce trou. »

On n’a jamais entendu parler de quelqu’un qui est devenu fou à cause de Mario. Ces jeux ne sont pas joués contre des inconnus, il y a des différences très évidentes entre les bons et les méchants, le monde est en général très mignon, et si on échoue, on sait que c’est de sa propre faute. C’est pour ça que seulement les jeux de Nintendo sont permis chez moi, un choix fait exprès il y a une décennie quand j’ai acheté une Wii U pour La Fille. Il y a des jeux de Nintendo où on tue vraiment des ennemis, mais il n’y a jamais du sang, et il n’y a rien de réaliste.

Fortnite est loin d’être le pire à cet égard, mais ce n’est pas les contenus que je crains le plus — c’est la culture autour de tels jeux. On peut parler à haute voix avec des inconnus pendant les matchs en échangeant des insultes. Ce qui était une blague en 2008 est devenu la réalité en 2025, sans les manettes en forme de cou. C’est tout le harcèlement des écoles sans les profs ou directeurs qui pourraient corriger les mauvais comportements.

J’ai le cœur absolument brisé pour Louise et sa famille. J’espère que cet Owen passera le reste de sa vie en prison. Mais j’espère surtout que cette tragédie provoquera des réflexions dans la communauté de joueurs des jeux vidéo sur les comportements qui vont avec, et de ne plus supporter les gestes anti-sociaux au nom de compétition.

Votre pire loisir

En anglais, quand on parle de « The Talk », La Conversation, ça veut dire que l’on est parent, on a un enfant qui est sur le point de devenir ado, et il faut lui expliquer les oiseaux et les abeilles, comme on dit (ou chante) en anglais. (Je ne sais pas si les Français utilisent la même métaphore, et franchement, je n’ai pas envie de découvrir ce qui fera Google si je lui donne l’idée que je recherche ce sujet.) Mais une ou deux fois par année, il faut aussi que l’on a « La Conversation ». En général, c’est juste « Allez, arrêtez avec les cartes en anglais et le ketchup, hein ? », mais parfois il faut parler d’attitudes plus xénophobes.

Pancarte avec un drapeau américain qui dit « Frites américaines » mais en anglais
Pancarte de « Frites américaines », Photo par Lyght, CC BY-SA 3.0

Je me sens coupable à chaque fois où j’évoque ces sujets, car les habitués du blog sont exactement le mauvais public pour ces plaintes. Les internautes aléatoires qui passent par ici pour The Salingers et la page des blagues, qui sait ? Mais en général, si vous êtes ici, c’est dans un esprit accueillant, et je suis reconnaissant tous les jours pour ça.

Alors, après tous ces efforts pour me racler la gorge, qu’est-ce qui me dérange ? Hier, j’ai vu un post dans un groupe public sur Facebook avec une fausse capture d’écran du site Télé-Star. C’est une photo d’un homme inconnu à moi, assez réel ; c’est le gros-titre qui est faux :

Photo du homme nommé avec la légende : « Retraite : combien touche le chanteur Laurent Cabrol ? »
Source

En fait, M. Cabrol a souffert certains problèmes pendant sa retraite, tels que l’état le déclarant mort alors qu’il ne l’est pas, ce que j’ai appris du véritable article de Télé -Star. Mais cet article et toute autre chose que j’ai trouvée sur lui m’ont dit qu’il était journaliste, pas chanteur. Alors j’ai posé une question dans les commentaires :

Capture d'écran qui dit « Bonjour des États-Unis. Je ne connais pas ce monsieur. Google me dit qu'il était journaliste. Est-ce qu'il est réputé pour mal chanter ; c'est ça la blague ? »

J’ai rapidement reçu plusieurs réponses utiles ; oui, et il annonçait la météo sur Europe 1. (Alors il connaît Émilie Mazoyer ! Faut que l’on parle !) Merci, je les apprécie. Puis, le « Yankee go home » est arrivé :

Capture d'écran d'un commentaire : Justin Busch, et Google n'a rien dit sur toi ? C'est c** hein ! Reste aux USA »

J’ai appris des choses depuis 2020. Je n’ai pas répondu — le moi de 2020 aurait certainement mordu à l’hameçon, et je ne fais pas trop confiance au moi de 2023 non plus à cet égard. Honnêtement, je ne le comprends pas complètement — le but de sa première phrase m’échappe, mais je n’allais pas demander des explications. Mais un autre est arrivé, moins hostile, mais évidemment pas gentil :

Capture d'écran : Justin Busch (Des emojis de rire) mon dieu

Dites-donc, j’ai expliqué pourquoi je ne comprenais pas la blague, alors qu’est-ce qu’il y a ? J’ai demandé cette fois :

Capture d'écran : « Patricia Verduro, Vraiment, est-ce aussi étonnant que ça, qu'une personne qui habite à 9 000 km de la France ne connaît pas toutes ses personnalités ? »

J’ai eu ma réponse peu avant de publication :

Capture d'écran : « Justin Busch, non, mais avant on s'informe avant de venir ici. Jamais je dirai votre phrase dans une conversation entre québécois…désolée »

Je lis ce dernier mot comme « désolé que vous êtes stupide », pas « désolé pour vous avoir insulté ». Mais mettez ça de côté.

Je suis bien au courant qu’Internet ne manque pas de malpolis. Je suis également au courant que je vais dans des espaces qui ne sont pas « pour les touristes ». Si je voulais rencontrer juste des gens qui aiment traîner autour des étrangers, je me limiterais à Everything French, le groupe géant où tous les anglophones sont comme moi, et tous les francophones sont comme vous.

Peut-être que c’est seulement pour manque d’assez d’exemples, mais je ne peux même pas penser à une fois où j’ai vu un Français aller dans un groupe anglophone, puis poser une question qui montre une telle lacune dans ses connaissances. Et ça, c’est peut-être parce que je ne fais partie que d’une douzaine de groupes anglophones, dont plusieurs limités aux écoles où j’ai assistées. Cependant, c’est-à-dire que j’ai eu cette conversation plusieurs fois, mais ne l’ai jamais vue allant dans l’autre sens.

Il y a 20 ans — et vous vous souviendrez que nos pays n’étaient pas d’accord sur des choses importantes à l’époque — je lisais sur une habitude des touristes américains, de faire semblant d’être canadiens. Voici un article de 2004 (en anglais) qui parle d’une entreprise qui vendait des accessoires pour réussir ça — des t-shirts, des autocollants, etc. Et un autre de 2016 qui a demandé si ça se passait toujours (la réponse : oui). Je ne sais pas si ça arrive de nos jours, mais je n’ai pas trouvé d’articles récents. Je mentionne ça pour dire que je n’ai jamais vu des astuces de faire semblant d’être québécois ou belge en allant aux États-Unis.

Ce n’est pas à dire qu’il n’y a rien dans l’autre sens — les « freedom fries » étaient réelles, et il y a une raison pour laquelle on dit « French bashing« , un anglicisme, pour exprimer la francophobie en français. Mais il me semble que quand je la vois, c’est au niveau général, pas envers une personne spécifique. D’autre part, quand je suis autour des expatriés, les seuls anglophones sont soit moi soit des époux. (Toujours époux, jamais épouses. Vos hommes partagent mon avis sur les américaines, mesdames.) Je reconnais que je parle peut-être d’un point d’ignorance, mais je n’ai pas envie de contrarier les expatriés avec des questions indélicates.

Peut-être que j’en tire la mauvaise leçon, mais il me semble que je pose trop de questions et il faut que j’arrête.

Dungeon Crawler Carl

Je me suis dit il y a des années, « Vous avez probablement lu un livre en anglais pour plaisir pour la dernière fois. » Vous pensez que je plaisante, mais si ce n’est pas en français, je ne m’y intéresse plus depuis 2020. C’est comment le dernier livre que j’ai lu en anglais était « A Walk in the Woods » par Bill Bryson, au début du confinement. Mais en décembre 2024, Light&Smell a critiqué un livre, Dungeon Crawler Carl, qui m’intriguait. Mon problème étant avec les créateurs anglophones plus que la langue anglaise, j’ai quand même décidé de le lire dans sa VO. D’habitude, je n’écrirais pas sur un tel œuvre pour ce blog, mais l’expérience était si déroutant que je dois en parler.

Source, ©️Ace Books

Dungeon Crawler Carl est le premier livre que j’ai lu dans le genre « LitRPG » ; c’est-à-dire « Jeu de rôle littéraire ». Mais c’est la 1000e fois où j’ai lu du texte écrit dans ce style. Light&Smell avait écrit :

J’ai, en effet, eu le même ressenti que quand je jouais avec mon frère aux jeux vidéo et que c’était son tour d’avoir la manette : pendant quelques minutes, mon esprit est concentré sur ce qui se passe et puis, il finit par dériver.

Ça ne commence guère à décrire mon expérience de lire ce livre. Chaque bataille dans ce livre pourrait être tiré de la Final Fantasy Legend pour la Game Boy, ou Zork pour les ordinateurs du début des années 80. Permettez-moi de vous offrir un exemple de ces jeux, traduit en français comme on trouve seulement chez Un Coup de Foudre :

GRIR attaque ConnardGris avec ÉPÉE.

ConnardGris perd 4 Points de Vie.

ConnardGris frappe GRIR avec PQÛR.

Punaise ! GRIR est EMPOISONNÉ.

GRIR boit ANTD.

Youpi ! GRIR n’est plus EMPOISONNÉ !

Ah, les bons vieux jours quand les noms étaient limités à 4 lettres, alors notre pauvre Guerrier est devenu GRIR, et le puissant ConnardGris (une oie avec une queue de scorpion et des pinces de homard) attaquait avec PQÛR au lieu de Piqûre. Heureusement, GRIR avait un sac invisible où il stockait tout genre de potion, dont ANTD, de nos jours Antidote, avec un maximum de 9 bouteilles jusqu’au moment où nous sommes passés à des consoles 16 bits, et tout à coup, 99 est devenu possible. (La révolution en sacs invisibles était encore plus impressionnant que la révolution en ordinateurs. Il fallait être là, je suppose.)

Bon, j’avoue, j’ai complètement inventé le dialogue en haut, mais ça pourrait venir de tout jeu de rôle vidéo de l’époque. Un beau tiers du livre se déroule de cette façon, mais ce n’est que le début du point auquel l’auteur habite dans ma tête — et presque tout homme américain de plus de 35 ans. Je vais vous donner toute l’intrigue de ce livre sans utiliser le nom d’un seul personnage du livre lui-même :

La Terre souffre une catastrophe du début du Guide du Voyageur galactique. Notre héros, John Rambo va descendre dans un donjon souterrain avec son chaton, Alf pour jouer au Running Man sur le plateau du jeu vidéo Smash TV, mais où les règles ont toutes été écrites par le réalisateur de Final Fantasy. Là, il rencontrera les vieillards de Cocoon ou Miracle sur la 8e rue, ainsi que la prostituée à 3 seins de Total Recall. Malheureusement pour lui, Alf lui dira que son ex le trompait gravement, et la seule femme qu’il rencontrera dans tout ça qui s’intéressera à lui, elle vient de Gremlins.

Voilà, aucun divulgâcheur direct, mais les initiés auront tout compris. Et il n’y a pas besoin de me croire sur parole — c’est l’auteur lui-même qui fait référence à Running Man juste après le début. Il y a des centaines de références, surtout à la série Gilmore Girls (jamais vue de mon côté).

Ce livre n’était donc pas autant un livre qu’une espèce de magie noire, de vaudou lancé par quelqu’un pour qui je n’ai aucun secret. L’équipe derrière SCRiiPT, l’auteur les connaît comme ça aussi. Je vous ai dit une fois que j’ai tendance de voir le monde comme si c’était une campagne de Donjons et Dragons, avec les statistiques partout pour chacun. Vous allez faire le plein des statistiques le temps que vous finissiez ce livre.

Au cas où vous ne croiriez pas qu’il est dans ma tête, je traduis un tout petit morceau où un sort de protection est décrite :

Coque protective :

Imagine-toi au lycée. Puis imagine toutes les filles qui ne s’approcheraient jamais de toi. C’est comme ça mais fait exprès.

Voyez-vous comme il connaît mes névroses ?

L’auteur est un écrivain bien capable, mais je dois vous dire, ce style de « LitRPG » me dérange. Pour autant que je profite des jeux de rôle, je n’ai pas envie de lire un livre qui met les règles des jeux en vedette à ce point. Je préfère fortement les Chromiques de Lancedragon, qui se déroulent dans une campagne de D&D, mais qui n’exposent jamais les règles du jeu sous sa forme littéraire. Les trois premiers romans sont des livres de qualité en tant que livres. (Après, tout part en cacahuète, mais les trois premiers livres sont des perles.) En plus, il s’avère que Dungeon Crawler Carl n’est que le premier tome d’une série de même longueur que Proust, et elle n’est pas encore finie. Non. J’offre mes meilleurs vœux à Carl et sa chatte, Donut, mais 6 tomes de plus (et peut-être encore plus), c’est trop.

Les pires plats au monde ?

Un ami qui aime me troller m’a envoyé une liste publiée par un site anglophone (mais géré par des croates), « les 100 pires plats au monde ». Le site, TasteAtlas, fait des sondages de centaines de milliers d’internautes et fait des efforts — pas assez, mais mieux que rien — pour filtrer les tricheurs. Je suis rarement d’accord avec les résultats où j’ai des connaissances, et me méfie du reste en conséquence. Mais cette liste flatte certains de mes préjugés, alors je vais la prendre un peu plus au sérieux, un choix que je regretterai le temps que ce billet finisse.

Photo d'un plat rectangulaire avec 4 ficelles picardes
Ma ficelle picarde, de mon dîner axonais

Une des raisons pour lesquelles je la prends un peu au sérieux, c’est qu’il y a beaucoup de plats au sang, aux têtes, aux insectes, ou aux anguilles sur la liste. Clairement, il y a des idées grosso modo universelles de ce qui est dégoûtant — attention, M. Klaus Schwab, le reste de nous n’avons pas envie de bouffer des insectes pour que la Davoisie puisse manger les seuls steaks qui restent. (En plus, monsieur devrait arrêter faire des efforts pour s’habiller comme Ernst Stavro Blofeld — surtout dans la version qui s’est déroulée en Suisse !)

Alors, le pire plat au monde selon leur sondage, c’est le « blodplättar » suédois, des pancakes élaborés avec le sang d’un animal. Quel animal ? Les rennes. Beurk. Je suis tellement désolé, Rudolphe. Les autres du top 5 — quand j’ai fait mes recherches il y a 5 jours ; la liste a un peu changé — sont le blodpalt, une boulette suédoise/lapone aussi fabriquée avec du sang de renne (recette en français) ; le calskrove suédois, de la pâte à pizza fourrée avec un hamburger et des frites ; le « svið » islandais, une tête de mouton, bouillie après être cuite sur un feu pour enlever la laine — bêêêê ! ; et les vers à soie frits thaïlandais, dits hon mhai (lien vers Madame Figaro qui parle du même article). À ce point, je suis d’accord, mais je dois ajouter qu’à mon avis, les meilleurs pancakes au monde viennent aussi de la Suède, et il faut absolument les manger avec de la confiture d’airelles dite lingonsylt (je regrette le lien vers chez IKEA ; je ne veux pas faire des stéréotypes).

([Ce top 5 est complètement faux, les amis. Le pire est faussement classé en 87e place, le picante de cuy. C’est pour ça que j’allais lancer la guerre contre le Pérou. Mais vous avez choisi Bayrou, et je ne suis plus disponible. — M. Descarottes])

Cependant, ceci est un blog français, et je suis donc ici pour râler que 3 plats français apparaissent sur cette liste — et un seul mérite sa place ! Ce qui m’énerve le plus, c’est que la première vraie star du Tour, quelque chose que j’aime vraiment, apparaît en 46e place — la ficelle picarde. Honnêtement, je trouve ceci inexplicable.

Les endives au jambon sont plutôt similaire, mais arrivent en 80e place — et c’est grosso modo la même chose sauf avec des endives au lieu de crêpes. Non, mais sérieusement, qui préfère les endives aux crêpes ? En 82e place, on trouve la seule chose avec laquelle je suis d’accord, la tête de veau. Dites-donc, c’est moins dégoûtant que le svið, mais c’est largement car les Français savent cuisiner mieux que le reste du monde.

Les États-Unis le prend cher, pour des plats que que je trouve… surestimés à cet égard. En 8e place, plus haut que beaucoup d’insectes et têtes, on trouve le « ramen burger« , un hamburger entre deux galettes de nouilles frites plutôt qu’un petit pain. Honnêtement, je n’en veux pas, mais c’est ridicule. La « frog eye salad » (salade d’yeux de grenouilles), ne contient aucune grenouille, et c’est très similaire à l’ambroisie que je vous ai montrée en 2022. Le porc et haricots est grosso modo des rillettes avec des haricots, et je trouve sa présence incroyable — en revanche, le lard recouvert de chocolat mérite bien la 79e place, ou plus haut. La « tarte aux spaghettis » est juste un hachis Parmentier ou la purée de pommes de terre est remplacée par des spaghettis — pas pour moi, mais pas de sang. Les « chicken riggies » sont juste des pâtes rigatoni au poulet dans une sauce de tomates et crème que je trouve bien dans la tradition italienne-américaine, et je suis franchement offensé par sa présence dans cette liste.

Mais ça nous amène au problème avec une telle liste. On n’y trouve presque rien de la Chine — ni les œufs de cent ans avec leurs odeurs d’ammoniac et de soufre ni les nids d’hirondelle fabriqués de salive. Mais il y a plein de choses qui sont bien dans les courants dominants des cultures occidentales. Les cookies israéliens dits kichel arrivent en 20e place, et la liste d’ingrédients — farine, œufs, sucre, sel, huile neutre — n’est pas loin des croquignoles d’Uzès que j’ai fabriqués pour le Tour. Désolé, mais comment sont-ils pires que les culs de fourmis — pas une métaphore, de vrais fourmis — en 52e place ?

Tout ce que je peux ajouter risque d’être le premier pas sur un terrain miné. Mais il me semble qu’il y a ceux qui rejettent ce qui est trop loin de leur quotidienne, et il y a ceux qui rejettent tout ce qui ne fait pas partie de leur culture. Et on peut voir exactement les contributions des deux à cette liste.

Télé-con

Peut-être que vous vous souvenez de mon achat d’un iPhone 15 Pro l’année dernière. Je n’ai jamais publié une critique, mais je ne suis pas fan. Pendant tout ce temps, j’ai trois plaintes. Hier, il s’est avéré que l’une des trois n’était qu’un défaut, et vous allez ri-go-ler de la bêtise de ma part qui vient avec. C’est une histoire hyper-Justin.

Cependant, d’abord je me plaindrai des deux choses que je déteste qui ne sont pas du tout de ma faute. Le premier truc, c’est la grosse taille, même pour le plus petit de cette génération d’iPhone. J’ai énormément aimé mes 4 premiers, le 3GS, le 4S, le 5S et le 6S. Ils ont grandi de 115 mm à 138 de hauteur, et de 58 mm à 67, mais on pouvait toujours les tenir sans provoquer le syndrome du canal carpien. J’étais très mécontent des iPhone 8 et 10XR, puis le 12 mini était le meilleur des tous, selon moi. Le 15 Pro fait mal aux mains, si moins que le 10XR.

La plus grande déception est sans doute l’appareil photo. Je dois distinguer deux choses. J’apprécie énormément l’objectif zoom, hyper-utile pour les photos de cuisine. Mais les 48 MPx revendiqués sont le sommet des escrocs. Ça ne marche pas sauf sans désactiver également le zoom et le grand angle, et même si on peut trouver exactement le bon champ, les fichiers qui résultent ont..des problèmes. Ils sont complètement inutilisables, très fades une fois chargés dans Photoshop sur mon ordinateur (pourtant ils apparaissent normaux sur le portable). Il faut que je vous montre des exemples.

Voici une comparaison d’une photo JPG et la même chose dans le format DNG (pour la plus haute résolution) telles qu’elles apparaissent sur mon portable :

Comparaison de deux photos du même bout d'une galette des rois ; il n'y a aucune différence malgré les formats différents.

Et voici les deux mêmes images telles qu’elles apparaissent dans Photoshop sur mon ordinateur :

Comparaison de deux mêmes photos d'un bout d'une galette des rois -- le format haute résolution est fade et paraît être plus blanc partout.

Voici une autre paire, encore pire, qui n’est plus sur mon portable. Dois-je vous dire quelle est la photo à « haute résolution » ? (mais où les lignes sur l’assiette ont complètement disparu) :

Deux photos d'un bout d'un gâteau au chocolat -- le côté à haute résolution n'est pas seulement plus blanc, mais beaucoup des détails sur l'assiette blanche ont disparu en résultat.

Vous voyez sûrement que ce format est donc complètement inutile une fois en dehors des logiciels de chez Apple.

Alors, qu’est-ce que j’ai fait ? Dès le départ en janvier 2020, je suis mécontent de ce qui arrive à chaque fois quand je branche un câble dans le connecteur USB-C. La prise bouge et se débranche après un peu. Je n’ai rien dit pendant tout ce temps, mais il est devenu difficile d’enregistrer la balado, car mon micro USB se débranche souvent au milieu des enregistrements. Et il y a des fois où je me réveille à découvrir que le portable n’a pas chargé pendant la nuit, parce qu’il s’est débranché.

Ce n’est pas la partie hyper-Justin. Ce sont juste les faits dont on a besoin pour mettre la scène. Non, la partie Justin, c’est la date limite pour la garantie. Voilà :

Capture d'écran des paramètres qui dit « Garantie limite : Expire le 29 janvier 2025 »

Ouaip, hier était le tout dernier jour pour le faire réparer avant la fin de la garantie. En fait, j’avais pris un rendez-vous pour le 27 au début, mais je n’ai pas réussi à sauvegarder mes données à mon ordinateur à temps. Car le truc s’est débranché, vous le savez.

Non, je n’avais pas payé PommeSoin — désolé, AppleCare comme dites vous les anglophones — parce que les écrans n’ont plus la tendance de se briser, et la dernière fois, je n’ai pas reçu mon « remplacement de la batterie » à cause du fait que sa capacité restait supérieur à 75 % le temps que la garantie soit expiré. Je mets remplacement de la batterie entre guillemets parce que ce n’est rien de la sorte — ils échangent un portable pour un autre. Je ne suis pas fan de ce genre de langage.

Je souhaite que vous puissiez voir le visage du type chez Apple quand il a vérifié ma garantie. Il m’a dit que je m’étais épargné 600 $ par rapport au prix que j’aurais payé le lendemain. Comme mon prof de maths m’a dit quand j’ai réussi mon cours de calcul par exactement un point pendant mon premier semestre à la fac, « Je vois que tu aimes vivre dangereusement, M. Busch. » Malheureusement, d’accord.

Je sais, on penserait qu’il faut vouvoyer avec « Monsieur ». Mais je vous rappelle que selon moi, « tu » est la seule traduction du mot anglais « you ».

Je n’ai toujours pas le nouveau portable. Ils ont dû le commander d’un autre magasin Apple. Je récupérerai le nouveau plus tard ce matin. Puis je perdrai pas mal de mercredi en le restaurant. Je mérite tellement pire que ça, je suppose, mais je vous dirais qu’entre mon iPhone 15 Pro et moi, nous sommes également décevants, l’un pour l’autre