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Plainte sur l’accessibilité

Je dois me plaindre de quelque chose. Je sais, encore un jour qui se termine par une voyelle, mais ça m’a coûté 20 minutes de remplir des formulaires sur un site web cette semaine, et il n’y a aucune excuse.

Il était une fois, j’étais utilisateur fanatique des portables de la marque BlackBerry. Si je pouvais toujours porter un BlackBerry 8800 — mis à jour — je le ferais pour le reste de mes jours sans plaintes. Et vous savez que ne pas avoir de plaintes, c’est mon compliment le plus enthousiaste !

Photo d'un BlackBerry -- il y a un clavier physique, avec toutes les touches QWERTY, ainsi qu'un petit trackball pour naviguer.
BlackBerry 8820, Auteur inconnu, CC BY 4.0

Ce qui m’a fait changer des BlackBerry aux iPhone, c’était « pinch-to-zoom », pincer pour zoomer. C’était un miracle pour lire les sites web à l’époque, qui avaient souvent 3 ou 4 colonnes, et un aspect très rétréci vu sur des portables. Puis, les graphistes ont mal rangé le bordel.

Il faut dire que je compatis énormément avec les graphistes. Je ne connais aucun autre métier où tant de « clients » s’attendent à du travail « gratuit » en échange de « se faire connaître ». Peut-être que c’est différent en Europe, mais aux États-Unis, ils sont maltraités comme personne d’autre.

Mais en revanche, ils ont ruiné l’idée de « pincer pour zoomer » comme technologie d’assistance. Il y a environ15 ans, on a eu la pire idée de l’histoire des ordinateurs, la soi-disant conception réactive. C’est l’idée qu’une page ou une appli devrait changer sa mise en page selon la taille disponible — si vous avez jamais remarqué une page qui change d’aspect quand vous tournez votre portable, vous avez l’idée.

Je peux comprendre ça d’exactement un point de vue. Il y a certainement plus d’espace sur l’écran d’un ordinateur de bureau qu’un portable. Alors, ben, ayez des pages différentes pour ces deux cas. Mais plus j’affine, plus je trouve ce qui font les graphistes simplement hostile aux utilisateurs. Des exemples :

Voici l’accueil d’ESPN, le plus grand site de sports américains. Dans cette vue, je tiens le portable en mode portrait :

Capture d'écran qui montre les résultats d'un match de basket --il y a deux vidéos et deux gros titres.

On est d’accord que les liens pour les gros titres sont en caractères gras, oui ? Super. Alors, je change en mode paysage et…

Capture d'écran qui montre les résultats d'un match de basket --il y a quatre vidéos et deux gros titres, et la taille de tout le texte est bien réduite.

Tout à coup, les gros titres ne sont plus en caractères gras, la police est plus petite, et il y a des kilomètres d’espace blanc absolument inutiles, avec des barres qui ne servent à rien aux côtés. Heureusement, on peut toujours pincer pour zoomer, comme ça :

Même page que la dernière photo, mais agrandi -- seulement 3 vidéos sont visibles et le texte est plus grand.

Mais, à quoi sert de réduire la taille du texte comme ça, dès que l’on a plus d’espace ? C’est complètement sans logique !

Au moins pincer pour zoomer marche dans cette situation. Voici le mode portrait du site web des écoles d’Anguille-sous-Roche (je choisis une partie sans données personnelles) :

Capture d'écran d'une fenêtre avec la légende "Resources"

Et si je le mets en mode paysage ?

Même fenêtre "Resources", mais maintenant avec de grosses barres grises aux deux côtés.

Tout l’espace est gaspillé, avec des barres énormes aux côtés. Mais pire, si je pince les données, la page est à largeur fixe. Je ne peux pas ajuster la taille pour la lire plus facilement ! Et ça, je trouve impardonnable, car les graphistes ne devraient pas avoir un avis sur mes souhaits à cet égard. Si je veux agrandir la page, ça les offense comment ?

En fait, ils ont laissé un moyen pour tricher. Si je pince les parties de la page avec des données, la largeur fixe est imposée. Mais si je pince l’espace blanc, je peux agrandir la page :

Fenêtre "Resources" après avoir grandi la page

Pourquoi pas agrandir la page comme ça si on change de mode ? On a évidemment fait l’effort pour montrer un conception différente selon la taille de l’écran — mais le résultat est complètement inutile. Tout cet espace blanc ne sert à rien du tout.

Encore plus stupide, avec certains de ces sites, ainsi que celui de l’hôpital où travaille mon médecin — si je remplis un formulaire, puis change de taille, la page se recharge et je perds mon travail ! Ça n’a aucun sens. C’est une sorte de vengeance bizarre de la part des graphistes : « tu nous as offensé en n’aimant pas notre œuvre telle qu’elle, alors il faut que nous te punissions ! » Comment ça ? C’est où la logique ?

Je ne comprends pas la fétiche pour l’espace blanc. Je ne sais pas si vous avez la même tradition dans les lycées et les facs français que l’on a aux États-Unis, de produire des livres dits « yearbooks ». Mon dictionnaire bilingue le rend « album de promotion », mais note que c’est un usage américain. Ces livres offrent des photos de tous élèves d’une école, par promotion, ainsi que des photos des clubs, des bals scolaires, etc. J’ai travaillé sur 6 livres de ce genre à travers mes 4 années lycéennes ainsi que les deux premières à la fac. Tout ça, c’était imprimé, et on a bel et bien appris la tradition depuis Gutenberg — on cherche toujours à réduire l’espace blanc, à ne pas gaspiller d’espace. Apparemment, des siècles de sagesse ne comptent pour rien face aux graphistes modernes, mais surtout quand il s’agit de rendre le texte plus lisible.

Dimanche avec une bombe géante

Pas de Proust cette semaine, parce que j’ai des nouvelles, et elles ne sont pas bonnes.

Vous savez tous que j’ai quitté Elbe-en-Irvine pour la ville voisine d’Anguille-sous-Roche (nommée d’après son habitante la plus célèbre, mon ex). Ça nous a amené plus proche d’une autre ville, Garden Grove (littéralement, Bosquet de Jardins — un nom hyper-ironique vu le manque de plantes vertes là-bas).

Nous sommes très, très malins en Californie, de façon que vous galérez à comprendre vraiment, alors dans un accès de génie, on a mis une fabrique aérospatiale au milieu d’un grand lotissement plein de milliers de maisons. Ne me croyez pas sur parole, voici une carte ; l’épingle rouge est où se trouve GKN Aerospace, une entreprise britannique qui trace ses racines au Pays de Galles, et à Fokker — oui, la même entreprise qui a fabriqué des avions pour la Luftwaffe pendant la Première Guerre mondiale. (Nous sommes tous en colère contre ces types en ce moment, alors je cherche des faits comme ça — et je m’en fous du fait que les Allemands ne disaient pas le mot « Luftwaffe » jusqu’en 1935.)

Connaissez-vous le produit chimique « méthacrylate de méthyle » ? Super, personne dans le Comté d’Orange non plus jusqu’à vendredi. Il s’avère que GKN fabrique des tonnes de ce produit au milieu de toutes ces maisons. C’est un produit qui peut exploser à partir de 100°. Celsius ? Ah non — Fahrenheit. Ça veut dire environ 37,8 °C.

Ce que l’on sait, c’est qu’il y a environ 26 000 litres de ce truc dans des réservoirs de stockage, et normalement, on garde une température d’environ 50 °F. Vendredi, on s’est rendu compte que la température avait augmenté jusqu’à 77 °F. À partir de ce moment, 40 000 personnes ont été évacuées. Ce chiffre continue d’augmenter, au fait. L’article est déjà dépassé par des événements, mais voici un sommaire en français par 20 Minutes.

Les pompiers arrosent les réservoirs avec de l’eau depuis vendredi soir — mais la température continue de hausser. Il faisait 90 °F dans les réservoirs samedi soir. On dirait que cette stratégie est un échec.

On nous dit que ça finira par un de deux résultats — soit une explosion géante, soit une fuite qui pourrait atteindre chez moi.

Il est fort probable que je pars pour San Diego demain matin si rien ne change ce soir. Peut-être que j’aurais dû faire ça déjà. Ne vous inquiétez pas pour moi — ça cause des rougeurs et de la peau irritée, mais pas de cancer pour autant que l’on sache.

Franchement, je préférerais l’explosion. Tant pis pour les maisons, mais ça voudrait dire qu’il serait moins probable que l’on soit tous empoisonnés. Je n’ai vraiment pas envie de faire partie d’une expérience pour vérifier le lien entre ce produit et le cancer, d’accord ?

On est 1934 aux États-Unis

Peut-être que c’est difficile à croire, mais j’aime critiquer les États-Unis moins que vous ne le pensez. Comme j’ai écrit dans un certain manuscrit :

[T]out comme moi, les Français n’ont pas de critiques plus sévères qu’eux-mêmes. (À moins qu’il ne s’agisse d’un étranger qui se lance dans l’affaire – puis ils n’ont pas de défenseurs plus passionnés.)

Nous sommes pareils à cet égard — l’une des raisons pour lesquelles j’aime tant la France. Il y a certaines choses dont j’adore me plaindre — les âneries de grammaire anglaise de mes compatriotes, le manque de distance sociale — mais en fin de compte, ce ne sont pas graves en soi. Et je suis souvent le premier à vous dire qu’il ne faut pas croire aux plaintes hystériques sur le fascisme du pays, car j’ai toujours la même question : les camps, où sont-ils ?

Je regrette de vous dire que ce n’est plus de la hystérie sur Twitter, même s’ils restent théoriques. Ce qui suit n’apparaît ni dans Le Monde ni dans Le Figaro au moment où j’écris, mais c’est assez logique — il s’agit du premier tour d’une législative.

Le premier tour texan a eu lieu en mars. Mais c’est juste pour élire les candidats de chaque parti pour un deuxième tour en novembre. Si personne ne réussit avec 50 % des voix au premier tour, il y a un deuxième tour au printemps et l’élection de novembre est un troisième tour entre les partis. Dans ce cas, ce sera la semaine prochaine.

Pendant le premier tour, le 3 mai, le parti Républicain avait 3 candidats et les résultats ont été les suivants :

Capture d'écran des résultats du premier tour : Maureen Galindo reçoit 29 % des voix, Johnny Garcia 27 %, et le tiers 23 % (les reste allant à divers autres).
Capture d’écran, NBC News

C’est donc les candidats avec les meilleurs résultats, Maureen Galindo et Johnny Garcia qui s’affronteront mardi prochain pour sélectionner qui affrontera un Démocrate en novembre.

Le 13 mai, Mme Galindo a publié un clip sur Instagram pour livrer un message dégoûtant, mais à quoi peut-on s’attendre ? C’est le Texas, et on sait, non ?

C’est une occupation musulmane des États-Unis. En fait, je pensais ce matin, peut-être que Johnny Garcia et les autres qui le soutiennent ou n’importe qui soutenu par le Qatar devrait être jugé pour trahison… Je m’inquiète du génocide des juifs payé par le Qatar, et je m’inquiète qu’il va l’apporter ici en plus.

Interview de Maureen Galindo sur Radio publique texane

Personne ne s’inquiétait de ces propos. Aucun membre de son parti n’a condamné ce propos d’une occupation musulmane. Le Texas, après tout. Puis, dans un autre clip le 19 mai sur son compte Insta, maintenant supprimé, elle a enfin abordé le sujet de créer des camps, façon Nazi. Mais juste ceux de concentration, pas ceux de la mort comme Auschwitz. On n’est pas de monstres ! Je traduis une citation :

Je transformerai le centre de détention de Karnes en prison pour musulmans américains et anciens membres des Frères musulmans impliqués dans le trafic d’êtres humains. (Ce sera également un centre de castration pour pédophiles, qui seront probablement la plupart des musulmans.)

CBS News

Ça a enfin provoqué des condemnations tardives, d’autres candidats locaux au Texas, jusqu’au leader du parti Républicain dans le Congrès. Mais je vous rappelle que personne n’avait eu rien à dire plus tôt sur les propos d’une occupation par les musulmans ou l’idée de les juger pour trahison et…

Quoi ? Je viens de recevoir une note…

Je vous dois tous mes excuses les plus sincères pour les erreurs de traduction dans mes citations ci-dessus. En fait, Maureen Galindo et Johnny Garcia sont du parti Démocrate. Et il n’y avait aucune mention de musulmans dans ses propos. Elle a plutôt dit que les États-Unis étaient sous occupation israélienne, qu’il fallait emprisonner les « sionistes américains » et les membres de l’ICE, et que c’était « la plupart des sionistes qui sont des pédophiles ».

Elle fait la distinction que les « vrais juifs » ne soutiennent pas Israël et sont « des victimes des faux juifs (les sionistes) » :

Capture d'écran d'un post sur Insta. C'est de plusieurs pages au total, mais cette page se termine par : « Les vrais Juifs sont des victimes des faux Juifs (Sionistes). »
Post original sur Insta

J’ai dû le rechercher, mais selon un sondage de février 2026, 9 sur 10 juifs américains disent qu’ils soutiennent le droit d’Israël d’être un « état juif », mais seulement un tiers se disent « sionistes ». J’ai du mal à voir la différence entre ces propos, mais il me semble que la différence, c’est que c’est maintenant acceptable de dire que le pays est « sous occupation » dans un des deux cas. On le sait parce que ce propos est passé sans plainte. Et que fait-on pour résister à une occupation ?

J’ai écrit tout ça pour surprendre, bien sûr. Mais sachez que ce mardi a vu le défait d’un député Républicain dans le Kentucky, M. Thomas Massie. Et quand il a donné un discours ce soir-là, il a dit qu’il lui fallait du temps pour apparaître sur le plateau car « il me fallait du temps pour trouver Ed Gallrein [son adversaire, pas juif] à Tel Aviv ». M. Massie a perdu, mais il a quand même récolté 45 % des voix.

J’écris souvent sur la SGM car je la crois, comme a dit le général Eisenhower, « la Grande Croisade ». Mais c’était grand exactement parce que c’était contre une puissance diabolique. Ce que je vois ici, c’est la croissance d’exactement le même complotisme qu’en Allemagne. Ce discours de « qui sont les vrais et les faux » me rappelle les lois de Nuremberg : combien de temps reste-t-il avant que l’on parle des « Deutschblütiger » (1/8 ou moins juif par sang), les « Mischling » (1/2 juif) et bien sûr, les « Juden » qui devront porter des étoiles jaunes ? (Je vous conseille encore une fois le Mémorial de Caen.)

Je croyais jusqu’à cette semaine que l’on n’était pas les années 30 aux États-Unis. Je me suis trompé. En même temps, j’espère que vous serez d’accord que la raison est bien plus compliquée que l’on n’aimerait la penser.

Nous n’irons pas à Deauville

J’ai une liste de tous les films de Louis de Funès que je n’ai pas encore vus, selon la probabilité de trouver un disque (aucun n’étant disponible chez la FNAC de ce qui me reste). En tête d’affiche, il y a « Sur un arbre perché », « Des pissenlits par la racine », et bien sûr, « Nous irons à Deauville ».

Place Morny -- une fontaine au centre, des maisons à pans de bois, très typiquement français
Place Morny à Deauville, Photo par Txllxt TxllxT, CC BY-SA 4.0

C’est ma façon d’évoquer la triste nouvelle que cette année, nous n’irons pas à Deauville. Et nulle part ailleurs en France non plus. (Je sais, vous vous attendiez tous à Balbec Cabourg. Je n’y irais pas sans trouver quelqu’un pour jouer dans la peau de Mlle de Stermaria.) Cependant, si vous vous souvenez de ce que « L’Homme orchestre » et « L’Aile ou la cuisse » ont en commun, vous devinerez peut-être notre destination.

Collage de deux captures d'écran : en haut, la « danse karaté » de L'Homme orchestre avec Louis de Funès habillé comme un ronin, et les danseuses dans des "gi" de karaté. En bas : la scène dans un resto teppanyaki de L'Aile ou la cuisse, où Louis est assis devant un chef japonais.
Captures d’écran : ©️ Gaumont et ©️Les Films Christian Fechner

Oui, vous l’avez bien deviné, nous allons au Japon. Pendant une semaine uniquement. C’est mieux que rien, mais c’est ça la vie quand on doit négocier avec quelqu’un qui a le droit de vous limiter à 7 jours de vacances. On en aura 9, dont 2 jours de vols. Ça s’appelle « la victoire ».

Alors, on va faire quoi ? Croiriez-vous que je n’en sais pas trop sur ce sujet ? Ça fait 30 ans — presqu’au jour — depuis ma seule autre visite, et franchement, je ne m’en attends pas à une troisième. Mais La Fille a envie de voir des trucs de Nintendo et quant à mon père… ben, il nous faut en parler.

En 2023, quand nous sommes allés en France, j’ai eu un sacré travail pour le convaincre qu’il n’y avait pas de voitures brûlantes partout en France. Je ne pardonnerai jamais les médias américains pour cette fausse impression, ni les banlieues parisiennes pour fournir de si belles vidéos pour faire plaisir à nos chaînes de télé. Heureusement, à l’époque, j’avais une amie gendarme qui m’a aidé à le convaincre. Elle n’est plus sur Internet, malheureusement, ce qui rendait ma tâche encore plus compliquée.

Mon père n’a plus peur de marcher par la lumière des Renault, mais encore une fois, grâce aux médias hystériques, il craint d’autres choses peu probables. Par exemple, qu’un missile qui peut atteindre Diego Garcia de l’Iran peut également atteindre le sol français ou britannique, ou bien l’italien. On a perdu assez de temps en discutant ça, et il fallait enfin prendre une décision.

Je peux vous donner quelques idées de ce que l’on va faire. Connaissez-vous la série de dessins animés avec les pires noms « anglais » de tous les temps, Gundam ? (Pour autant que je vous taquine, aucun Français n’inventera jamais de tels noms que « South Burning » (Sud Brûlant) et « Char Aznable ».) Il y a un robot de grandeur nature, presque 20 m, et comme Lidl, ça vaut le coup.

Photo d'aspect portrait qui montre un Gundam dans sa forme de robot plutôt qu'avion, à côté d'un gratte-ciel.
Unicorn Gundam à Tokyo, Photo par Pelpinosas R. Justin James, Domaine public

On ira certainement au sanctuaire d’Asakusa, un site important du Shintô :

Temple Shinto rouge, avec les tulles bleues typiques de l'architecture japonaise
Sanctuaire d Asakusa, Photo par Kakidai, CC BY-SA 3.0

On ira à la tour Tokyo Skytree, deux fois plus haut que la Tour Eiffel (mais sans vues de la Seine ou des Champs-Élysées, alors ça sert à quoi ?) :

La tour Skytree, qui sert largement pour diffuser la radio et la télé -- alors c'est très mince autre que pour les plate-formes d'observation. C'est deux fois plus haut que les gratte-ciel autour d'elle
Tokyo Skytree, Photo par rachmatwhd, CC BY-SA 2.0

Nous irons aussi à Kyoto. Impossible de voir le nouveau musée Nintendo, car il faut gagner un tirage à sort pour des places trois mois avant son voyage. Mais c’est l’ancienne capitale, et il y a plein de palais et de sanctuaires là-bas.

On a parlé à plusieurs fois des influences françaises sur la culture japonaise (notamment aux supermarchés, mais aussi dans les jeux vidéo), mais je ne sais pas si je vais écrire autant sur ce sujet que pendant notre voyage à Boston. Quant à l’horaire, je dirai seulement que le voyage aura lieu en juin — pas besoin de donner des dates exactes pour faire plaisir aux cambrioleurs. Même Carottin.

L’histoire française secrète du Chant des Marines

Si vous avez aimé les histoires de Don Luis del Aliso et les Simplot, vous allez bien profiter d’encore une autre histoire sur les influences françaises sur les États-Unis. Sans vin ou frites cette fois, malheureusement, mais je fais ce que je peux. Je dois beaucoup du récit qui suit à ce court-métrage par le Corps des Marines.

Avant de me lancer, rappelons qu’il y a deux forces armées aux États-Unis qui servent dans les océans, avec presque le même nom en français. Il y a la Navy, ce qui se traduit par Marine, et c’est eux qui opèrent les navires, les porte-avions, les destroyers, et ainsi de suite. Puis, il y a le Marine Corps, le Corps des Marines, qui sont l’infanterie embarquée. Chacune des forces armées a son propre hymne, et notre histoire du jour concerne celui du Corps des Marines.

Alors, pour commencer, voici le « The Marines’ Hymn », comme il est connu en anglais, le Chant des Marines :

C’est une marche militaire typique, oui ? Des trompettes, des tubas, une cadence assez vive. Les paroles (pas entendues ici, car rarement chantées pendant les représentations officielles) sont bien connues parmi les Américains, mieux que les chansons des autres forces armées parce qu’elles font référence à deux des batailles les plus célèbres de l’histoire du pays :

From the halls of Montezuma,
To the shores of Tripoli,
We will fight our country’s battles,
On the land and on the sea.

Des salles de Montezuma
Aux rives de Tripoli
Nous combattrons les batailles de notre pays
Sur la terre et sur les mers

Évidemment, je ne fais pas d’effort pour préserver les rimes des 2e et 4e lignes. Les salles de Montezuma parle de la bataille de Chapultepec, la victoire ultime de la Guerre américano-mexicaine. Tripoli fait référence à la Guerre contre les pirates barbaresques, la première contre un ennemi autre que le Royaume-Uni après l’indépendance.

Mais qui a écrit la musique de cette chanson ? On penserait peut-être à John Philip Sousa, le grand compositeur de presque toutes les bonnes marches américaines, surtout la Washington Post March (qui porte pourtant le pire nom). Et il aura un petit rôle dans cette histoire, mais la musique n’est pas à lui.

Remontons maintenant le temps, jusqu’en 1859. Un compositeur bien-aimé du blog, M. Jacques Offenbach, débute un opéra bouffe en 2 actes au Théâtre des Bouffes-Parisiens, son premier opéra après le grand succès Orphée aux enfers, Geneviève de Brabant. La musique est assez bien accueillie par Le Gorafi Le Figaro, mais le livret est une catastrophe, et les représentations cessent après juste deux mois. C’est un échec.

Affiche de Geneviève de Brabant de 1867, avec le nom « Théâtre des Menus-Plaisirs » en haut et « J. Offenbach » en bas. Il y a des dessins de soldats et de clowns en arrière-plan.
Affiche de la version 1867 de Geneviève de Brabant, Dessin par Jules Chéret, Domaine public

Mais Offenbach est convaincu que cet opéra mérite mieux et il travaille à nouveau sur la musique avec un nouveau livret par un autre auteur. Parmi les nouvelles compositions de la version en 3 actes lancée en 1867 se trouve « Les Couplets des Deux Hommes d’armes » :

C’est beaucoup plus lent , et les paroles sont un dialogue entre deux personnages, mais on peut y reconnaître déjà la mélodie du Chant des Marines.

Jacques Offenbach était déjà très populaire aux États-Unis à cause du Galop infernal d’Orphée. Alors en 1868, juste un an après son début parisien, le conducteur Francis Scala (lien en anglais), qui dirigeait la fanfare officielle du Corps des Marines, a adapté « Les Couplets » en danse quickstep. Il n’y a pas d’enregistrements disponibles en ligne, mais la mélodie telle qu’elle a été adaptée par Scala est grosso modo celle d’aujourd’hui. Cependant, il restait plusieurs détournements pour arriver à la chanson moderne.

En 1888, John Philip Sousa, le successeur de Scala, a entendu des soldats du Corps des Marines chantant une version du Chant à Quantico, la base où de nombreux agents du gouvernement américain sont formés jusqu’à nos jours. Il l’a trouvée émouvante, et a écrit une autre marche, Semper Fidelis, en hommage aux soldats.

Pendant les 30 années suivantes, d’autres batailles trouvaient leur place dans les paroles du Chant, qui restait sans statut officiel. Notamment pour nous, ça comprenait une référence à la Bataille du bois Belleau, dans l’Aisne. Cependant, les paroles continuaient à changer au fil des années 20, jusqu’en 1929, quand la version actuelle a été adoptée — et il n’y reste que les références aux deux batailles du début. Le dernier changement est arrivée pendant la Seconde Guerre mondiale, quand « Dans les airs » a été ajouté à la ligne sur la terre et les mers, pour reconnaître les pilotes du service.

Mais à chaque fois où le Chant des Marines est joué — et on l’entend partout, dont à chaque investiture d’un président américain — personne dans la foule ne sait qu’il écoute un air de Jacques Offenbach. C’est une autre histoire française secrète des États-Unis.

Mon guide aux produits français en Californie du Sud

Je vais enfin partager avec vous mon guide à où trouver les produits français — les vrais, pas juste les fac-similés fabriqués aux États-Unis. J’ai les changements de Mme la présidente pour le Guide Pratique, et rien ne concerne cet effort, alors c’est fini.

Avant de vous montrer ma liste complète, parlons un peu des règles (il y en a toujours chez moi). Afin de déclarer qu’un produit est la bonne chose, ça doit être soit de la bonne marque française (surtout pour de tels trucs que les Gavottes ou les biscuits roses Fossier), soit porter « fabriqué en France » sur l’étiquette s’il y a pas de marque (important pour les fromages, souvent emballés à nouveau par les marchands), soit être impossible à trouver en version originale. Vous lirez, par exemple, « Saucisses de Toulouse » — elles sont bien d’ici car aucune saucisse fraîche n’est importée. C’est pareil avec toute viande — le foie gras est élevé soit au Canada soit dans le New York, par exemple.

Maintenant, il faut que je râle. C’est-à-dire, c’est un jour dont le nom se termine par une voyelle, mais j’ai quelques plaintes.

Plainte la première, c’est que j’ai posé des questions plusieurs fois à ma communauté, et j’ai eu des retours d’exactement deux personnes. Je fais ça pour eux, pas pour… ben, ça ne convainc personne. Oui, il me semble que je suis beaucoup plus désespéré pour ces produits que les Français de naissance. Mais vraiment, si on me disait juste où trouver un paquet de Savaroises de St Michel de temps en temps, je serais ravi — ravi — de le servir en tant que tueur à gages gratuitement. (Les madeleines de St Michel, je peux les trouver à moins de 5 km de chez moi. Mais je fais déjà mieux.)

Plainte la deuxième, c’est qu’il y a des arnaques, et il m’a fallu faire des recherches pour les attraper. Par exemple, il y a une marque de Brie ici dit « Supreme« . L’emballage, et le site web, ne disent que c’est « locally sourced » (d’origine locale). Et c’est un produit du Groupe Savencia, une société française (et le propriétaire de Valrhona !). Mais c’est où cette « origine locale » ? Le site anglais de Savencia dit la vérité : Lena, Illinois. C’est pour ça que j’ai ajouté une note sur l’authenticité du Brie, et n’ai mentionné que le véritable Brie de Meaux dans mon tableau. (Le Brie est de loin le fromage français le plus populaire aux États-Unis, au point où nous fabriquons des tonnes nous-mêmes.)

Pour vous donner une idée de l’échelle, voici une carte que montre Irvine ainsi que Monsieur Marcel, l’endroit le plus loin à LA (à environ 70 km). Surfas Culinary District, mentionné souvent sur ce blog, est à peut-être 6 km de Monsieur Marcel. Moulin est une chaîne locale de boulangeries, mais son marché de produits français est uniquement à Newport Beach (il y a un super aperçu de l’intérieur au lien). Les autres magasins mentionnés ici — Ralphs, Sprouts, Bristol Farms, Albertson’s, Costco et World Market — sont des chaînes avec un choix de magasins disponibles autour d’Orange County et ailleurs. Yummy Bazaar et Simply Gourmand sont des sites web uniquement.

Carte de Californie du Sud, à partir de Mission Viejo, au sud d'Irvine, jusqu'à Los Angeles. Monsieur Marcel est épinglé pour voir la distance la plus longue que l'on peut rouler pour utiliser ce guide.
Capture d’écran

Vous voyez Compton entre moi et mes produits français ? Ça se prononce « Saint-Denis-en-Californie ». Et par ça, je veux dire juste Porte de la Chapelle et la Colline du crack, pas Stade de France. Franchement, à part Anaheim, Newport Beach et Santa Monica, je ne recommande pas que vous visitiez n’importe quelle ville visible sur cette carte. Ça comprend Irvine, à moins que vous vouliez me rendre visite.

Sans plus d’attentes, voici mon introduction, suivi par le tableau de produits, tout ce que je sais après 6 ans de recherches.

Vous cherchez exactement le bon produit que vous connaissiez en France ? Voici les bonnes adresses pour certains produits importés. Les produits de viande – le foie gras, les saucisses, etc. – sont produits en Amérique du Nord, mais apparaissent ici uniquement quand disponibles dans le style français. Il faut aller en personne pour les produits laitiers montrés ici, ainsi que la charcuterie. Il y a une grande quantité de produits qui se disent « Brie » aux étagères américaines – certains viennent de France, d’autres sont de la production artisanale américaine, et encore d’autres sont des produits industriels. Attention aux étiquettes !

De temps en temps, des magasins tels que Grocery Outlet ou Costco ont des produits saisonniers. Surfas Culinary District offre de nombreux bonbons et biscuits français uniquement à Noël.

À noter, (el) = en ligne uniquement.

Produit FrançaisOù le trouver
L’Abeille Diligente (nonettes, pain d’épices)Monsieur Marcel, Moulin, Simply Gourmand (el)
Les Anis de FlavignyMonsieur Marcel
Barre Clandestine (chocolat)Monsieur Marcel
Beurre de Charentes-Poitou (Échiré)Surfas Culinary District à LA
Beurre d’Isigny-Sainte-MèreMoulin à Newport Beach, Bristol Farms
Biscuiterie de Provence (biscuits, gâteaux)Simply Gourmand (el)
Biscuits LU (Chamonix, Pailles d’Or, Prince, etc.)Monsieur Marcel, Moulin
Bonnat (chocolat)Monsieur Marcel
Bonne Maman (confitures)Albertson’s, Bristol Farms, Ralphs, Walmart
Brets (chips)Monsieur Marcel, Moulin, Simply Gourmand (el)
Brie de MeauxBristol Farms, Monsieur Marcel
Brillat-SavarinMonsieur Marcel
CalissonsMonsieur Marcel
CamembertBristol Farms
Carambar et MalabarMonsieur Marcel, Moulin
Clément FaugierMoulin, Simply Gourmand (el)
Comptoir du Cacao (chocolat)Monsieur Marcel
ComtéCostco, Monsieur Marcel, Ralphs, Whole Foods
Confit de canardD’Artagnan Foods (el), Moulin
Côte d’Or (chocolat)Monsieur Marcel
Les Délices du Lubéron (tapenades)Simply Gourmand (el)
Époisses AOPBristol Farms, Monsieur Marcel
Foie grasD’Artagnan Foods (el), Simply Gourmand (el), Yummy Bazaar (el)
Fossier (biscuits roses et autres)Monsieur Marcel, Simply Gourmand (el)
Fourme d’ AmbertMonsieur Marcel
Francine (farine et mélanges)Surfas Culinary District
François Doucet (bonbons et chocolat)Monsieur Marcel
François Pralus chocolatMonsieur Marcel
Gavottes (crêpes dentelles)Monsieur Marcel
GriottinesMonsieur Marcel
Groix & Nature (rillettes de poisson, soupes)Simply Gourmand (el)
Haribo (Tagada, Chamallow, etc.)Monsieur Marcel, World Market
Henaff (pâtés et rillettes)Simply Gourmand (el), Yummy Bazaar (el), World Market
Jambon de BayonneMonsieur Marcel
Langres AOPBristol Farms, Monsieur Marcel
Le Pico (fromage de chèvre)Bristol Farms
Levure chimique AlsaMoulin, Surfas Culinary District
LivarotMonsieur Marcel
Mathez (chocolat)Monsieur Marcel
Mi-cho-koMonsieur Marcel
MimoletteBristol Farms, Monsieur Marcel
MorbierMonsieur Marcel
Nougat de MontélimarMonsieur Marcel
Ossau-IratyBristol Farms, Monsieur Marcel
Pierrot Gourmand bonbonsMonsieur Marcel
Port-SalutBristol Farms, Ralphs
P’tit BasqueBristol Farms, Monsieur Marcel, Whole Foods
RacletteBristol Farms, Ralphs
Rendez-vous pastillesMonsieur Marcel
Roquefort AOPMonsieur Marcel, Sprouts, Whole Foods
Saint-AgurBristol Farms, Monsieur Marcel
Saint-AlbrayBristol Farms
Saint-NectaireMonsieur Marcel
Saucisses de ToulouseBristol Farms
St-Michel (madeleines)Monsieur Marcel, Simply Gourmand (el), World Market
Tomme de SavoieMonsieur Marcel, Whole Foods
ValrhonaSurfas Culinary District, Sur la Table (limité)

Leçon d’anglais

Ce week-end, j’écoutais RTL Petit Matin, ou comme je le connais, le vrai RTL Soir. Non, pas à cause du fait que je ne dors jamais, mais parce que toute la grille est déplacée par 9 heures de mon point de vue. C’est pour ça que je plaisantais que j’écoutais « Manu dans le 21/1 ».

C'est une chenille bleu au visage humain. Il est assis et fume un narguilé. De la fumée bleue sort de sa bouche.
Caterpillar (La Chenille) d’Alice au pays des merveilles, Dessin par Walt Disney Studios, Domaine public

De toute façon, je ne connais pas bien M. Vincent Perrot (je me suis trompé sur Facebook plus tôt en le croyant Vincent Parizot), l’animateur de cette émission. Mais ce que j’ai entendu passer de sa bouche m’a horrifié. Vu que je pense à enseigner l’anglais en France, considérez ce qui suit comme un échantillon gratuit.

J’espère que vous avez entendu parler de l’ancien groupe de rock britannique, The Who. LA LANGUE EMTRE LES DENTS ! ON NE DIT PAS « ZE » ! Désolé, je me suis cru Ludovic Cruchot pendant un moment. De toute façon, ce n’était pas sa prononciation de « the » qui m’a propulsé en orbite, mais plutôt le mot suivant, « Who ». Alors, à 15:10 de cet épisode, il annonce qu’il va ajouter à la valise RTL le coffret « Who Are You » des Who. Au moins, c’est lui qui pense qu’il a dit ça.

Ce que j’ai entendu était un « Woo » très enthousiaste, comme si le nom du groupe était un nom de famille chinois, souvent écrit en anglais soit comme « Wu » soit comme « Woo ». Ces noms ne riment pas avec « Who ».

Alors, pour vous montrer comment dire ça correctement, voici la Chenille d’Alice au pays des merveilles pour dire « Who are you ». Écoutez et apprenez.

Voilà, il ne prononce pas du tout le « w » ; pourtant, il y a deux sons différents dans le premier mot. C’est un vrai « h aspiré », pas comme le son de silence (c’est les années 60 ici aujourd’hui) qui se dit ça en français. Pour le faire, simplement mettez vos lèvres en forme de « o », puis soufflez un peu d’air avant de faire vibrer les cordes vocales pour la voyelle « o » (qui garde les lèvres dans la même position). Mais quoi que vous faites, ne le prononcez pas comme un « w ». Pour éviter ça, il ne faut pas laisser bouger les lèvres. C’est le mouvement des lèvres qui crée le son « w ».

Attention à ne pas allonger le mot comme fait la Chenille. Ça a l’air ridicule. Tout le monde, et je veux dire tout le monde anglophone, pensera que vous imitez la Chenille, car cette réplique est bien connue. Mais c’est quand même mieux que dire « Woo ».

J’ai dit au passé que je ne suis pas fan de l’accent français en anglais, même si je le trouve l’accent le plus charmant au monde en VF (dirait-on VO dans ce cas ?). Mais zut alors, ceci est le pas de trop loin !

Proust pour le plaisir et le profit

J’ai entendu les plaintes. « Justiiiiiiiiiin », me disent-certains-d’entre-vous, « c’est assez déjà avec ce maudit livre ! Dépêchez-vous et finissez de lire Proust ! Passez à autre chose ! » Je comprends — et pour être clair, ce n’est pas ça un jour à l’avance. C’est juste que j’ai besoin de râler et afin de le rendre plus amusant, je vais vous montrer comment je suis devenu un méchant à cause de ce livre.

Mais d’abord, remontons le temps pour expliquer quelque chose. Il y a des années, je vous ai dit que je porte l’eau de toilette Déclaration de Cartier depuis 2012. Il y a une petite histoire ridicule derrière ça, très moi et pourtant jamais mentionnée.

Pendant 12 ans, je n’ai jamais une fois porté d’eau de toilette. Pourquoi ? Parce que la dame qui deviendrait mon ex m’avait dit tout au début qu’elle y était allergique. Afin de ne pas poser des problèmes, j’ai tout de suite arrêté. Puis, une fois que le divorce a été finalisé en 2012, je me suis dit, « Alors, vous, vous avez besoin d’une nouvelle image, et ça comprend un parfum. Mais lequel ? » J’ai donc commencé à visiter Bloomingdale’s tous les week-ends afin de tester deux eaux de toilettes à la fois. Pourquoi deux ? Je n’ai que deux poignets pour tester, non ? Si je voulais évaluer chacune sans les confondre, c’était la limite.

Après quelques semaines, je me suis dit, « Ça prend trop de temps et vous devez en finir plus vite. Alors, arrêtez avec les trucs de chez Polo ou de chez Armani, car vous le savez — le bon choix doit être français. » C’est ainsi que j’ai décidé que j’allais juste choisir entre les produits de chez Cartier. Et c’est comme ça que j’ai acheté cette bouteille de Déclaration, ce que vous pouvez voir reste à 2/3 plein, même 14 ans plus tard. Je ne savais pas que je ne trouverais pas beaucoup d’occasions de l’utiliser.

Bouteille d'eau de toilette Déclaration, où les lettres sont à moitié effacées.

« Que diable », me dites-vous, « quel rapport avec Proust ? » Alors, hier soir je devais assister à un dîner de fin d’année pour la fanfare de La Fille. Comme l’année dernière, on devait s’asseoir côté-à-côté. Pas comme l’année dernière, nous allons bientôt avoir un rendez-vous… « Espèce de chien, elle est mariée ! Et pas à vous ! » Veuillez arrêter de m’interrompre. Nous allons avoir un rendez-vous chez le médiateur car selon elle, elle a le droit de me dire quels vols je dois choisir pour mes vacances (qui ne seront pas en France, très malheureusement). En me habillant, je me suis donc pensé, « Que ferait un personnage de Proust à votre place ? Quelque chose de Mlle Vinteuil, ou de Rachel, ou de Françoise peut-être ? » Ah, Françoise ! Notre petit chérubin qui a pourtant cuisiné des asperges pendant tout un été car :

leur odeur donnait à la pauvre fille de cuisine chargée de les éplucher des crises d’asthme d’une telle violence qu’elle fut obligée de finir par s’en aller.

Dimanche avec Françoise

C’est comme ça que j’ai fini par bien m’arroser de Déclaration avant de partir pour ce dîner.

Mais ne vous inquiétez pas. Madame a fini par arriver si en retard que l’odeur avait déjà disparu.

Tout ça dit, ce n’est pas de quoi j’avais envie de râler. Voici le dîner lui-même, 40 $ pour ce rien — et ce n’est même pas ma plainte non plus :

Assiette avec une petite salade verte, un petit pain, un peu de spaghettis et un petite suprême de poulet rôtie.

Non, ma plainte, c’est que je n’ai jamais de la vie vu autant d’ados se comporter de façon si irrévérencieux à un événement formel. On a eu l’idée d’imprimer la photo du prof de musique sur un drapeau américain, puis d’avoir le clown le plus énervant de la fanfare jouer l’hymne nationale sur un sousaphone — de façon très mauvaise. Le prof se sentait obligé de faire ses excuses pour ça une fois qu’il a repris la parole. On était tous censés être là pour l’attribution des prix — meilleur jouer de chaque instrument, ce genre de truc. Mais les élèves ont eu plutôt l’idée de décerner « le plus de bâtons laissés tombés » parmi les batteurs, par exemple. Ce dîner n’était pas du tout comme celui de l’année dernière.

Je sais, je sais, ils ne sont que des enfants. Mais où étaient les adultes ? Et vu mon propre comportement, qui suis-je pour m’en plaindre ?

Poor-boire

« Poor », c’est le mot anglais pour « pauvre ». Gardez-le en tête.

Je dois räler sur les États-Uniens aujourd’hui. « Mais Justin », me dites-vous, « on croyait tous que vous détestiez ce mot. Changement d’avis ? Votre abonnement au fan-club de José Bové a été enfin validé ? » Nan, rien de ça — j’ai mangé chez McDo mardi, pour une chose — mais je réserve le droit d’utiliser ce mot pour mépriser mes con-citoyens depuis des années (ce que je crois est son intention, évidemment), et hier, quelque chose s’est passé qui m’a propulsé en orbite.

Mettons la scène. En 2022, j’ai écrit un article pour expliquer une tendance lamentable en ce qui concerne les pourboires aux États-Unis. En général, à mon avis, les européens comprennent mal les raisons derrière ce que l’on a fait pendant la période avant-Covid. Les pourboires étaient limités aux serveurs, barmans, coiffeurs et chauffeurs de taxis. (Ça fait mal aux yeux pour moi, d’écrire « barmans » au lieu de « barmen ».) Souvent, on laissait quelques dollars dans les chambres d’hôtel pour remercier le personnel d’entretien, mais pas comme les autres, ce n’était pas en fonction du montant. Mais comme j’ai expliqué dans cet article-là, c’était limité aux gens qui ne faisaient pas partie du SMIC pour des raisons historiques. C’était donc un sale tour après le Covid quand tout à coup, tout le monde avec un lecteur de carte de crédit a commencé à demander des pourboires simplement parce qu’il y avait des tablettes qui allaient avec. Tout genre de personne sans le droit aux pourboires — et il y a bien des lois sur ce sujet — a désormais la main ouverte, tandis que toute idée de service a bien disparu. On n’a jamais tant payé pour si peu.

Mais au-delà du fait que je considère cet article un must du blog, afin de ne pas se faire avoir aux États-Unis et aux « Quelques arpentes de neige », comme disait Voltaire, je ne comptais pas sur y revenir. La situation n’a pas changé. Au moins, c’était ce que je croyais.

J’AVAIS TORT. (Au cas où ce ne serait pas clair.)

Hier, j’ai dû m’inscrire à un événement pour le lycée de La Fille, un dîner qui aura lieu en mai, ouvert à toutes les familles qui participent aux groupes musicales de l’école. (C’est gratuit pour les élèves, 40 $ l’adulte.) Je n’ai jamais, jamais une fois de la vie, vu ce qui m’attendait à la caisse :

Capture d'écran du site Zeffy. Il y a un total de 40 $, suivi par une demande d'ajouter 17, 20 ou 22 % en paiement facultatif à Zeffy.

C’est une demande de pourboire, à presque exactement les mêmes pourcentages que dans les restos où 15 % était la norme jusqu’en 2020 (on voit habituellement 18 %, pas 17 %). Les frais en question vont uniquement à Zeffy, le site qui fait la facture — rien au lycée, ou au resto qui abritera l’événement.

Pour être bien clair, on voit souvent sur les sites qui aident les associations à but non-lucratif des demandes de payer les frais de traitement. Aux États-Unis, MasterCard et Visa facturent typiquement 3 % aux clients. Par contrat, on n’est pas censé récupérer ces frais au client. À chaque fois où on voit dans un resto « 3 % de plus pour payer avec une carte de crédit », c’est une violation du contrat entre les sociétés de crédit et les restos. Mais qui va vraiment s’en plaindre si une asso caritative veut ne pas payer ces frais et demande aux donateurs de faire un plus grand don à cet égard ? Personne, et ce n’est pas moi qui va écrire à MasterCard sur le sujet.

Cependant, c’est une chose quand il s’agit d’une dépense légitime pour une association. Les taux des pourboires n’ont rien à voir avec les dépenses professionnelles des associations, ou les entreprises comme Zeffy qui les vendent des services. C’est juste que tout le monde ici s’habitue à voir une demande de payer 18/20/22 % à chaque fois où on paye par carte (peu importe si la demande est de coutume). Je trouve ça immonde et avide. J’allais même écrire une lettre. Puis j’ai décidé de vérifier si GoFundMe, le site le plus grand aux États-Unis pour organiser des cagnottes, demandait toujours 3 % pour les cartes de crédit comme dans mes souvenirs.

Capture d'écran du site GoFundMe. Après le total de 10 $, il y a une demande de pourboire en anglais, avec un montant initial de 16,5 %.

NOPE. Ils disent même que c’est un « tip » (pourboire), et qu’ils ne facturent rien aux associations. J’ai laissé le pourcentage exactement comme je l’ai trouvé. 16,5 %, c’est la pratique d’un bandit de grand chemin, pas la marge qui va avec les services pour les associations caritatives.

Par rapport, Leetchi — ce qui sonne à mes oreilles comme « leech », le mot anglais pour une sangsue — facture un peu si les dons dépassent 100 € :

Capture d'écran de Leetchi. Les frais sont 0 % pour moins de 100 €, 6 % de 100 € jusqu'à 10 000 €, et 1,5 % pour tout montant plus grand.
Capture d’écran

J’ai testé une cagnotte choisi par hasard, et je n’y ai pas vu une demande pour n’importe quel montant ; après les détails de paiement, il y a deux conditions à accepter et c’est tout.

Capture d'écran de paiement chez Leetchi. Après les détails de paiement, il n'y a que deux conditions à accepter, avec des cases à cocher pour dire oui ou non. Puis le bouton pour finaliser le paiement.

Je n’ai même pas de mot pour ces gens. Comme dirait mon ex, « Ça ne fait jamais du mal à demander ». Mais je ne suis pas d’accord avec madame. Il y a une telle chose que la honte. Au Japon, quand j’y ai visité en 1996, tous les employés à l’hôtel ont refusé des pourboires, car ce n’était pas la coutume. Au contraire de ce qui pensent certains de mes amis européens, il était une fois, avant 2020, les Américains qui n’avaient pas le droit aux pourboires auraient fait pareil. Mais maintenant, plus personne n’a honte de se faire passer pour un mendiant. Moi, je ne payerai jamais ces poor-boires.

Le cœur, et le bol, brisés

Il y a des années, je vous ai raconté l’histoire d’un saladier que vous avez vu dans presque chaque recette ici. Il y a 273 posts dans la catégorie de recettes, mais vu mes habitudes du Tour, certainement plus de 300 recettes individuelles (car j’ai publié beaucoup de recettes départementales deux à la fois). Je suis sûr que vous l’avez donc vu au moins 250 fois (si vous êtes ici depuis le début). Non, je ne vais pas compter.

Dimanche, je l’ai mis dans le lave-vaisselle comme j’ai fait des centaines — des milliers ? — de fois au fil des 30 dernières années. Et voici ce que j’ai trouvé quand je l’ai ouvert :

Saladier sens dessus-dessous dans le lave-vaisselle. C'est brisé en deux au long d'une fissure au sens de la largeur.

Pendant une belle 30 secondes, j’ai regardé, fixé sans bouger, parce que je ne pouvais pas croire ce que je voyais. Il n’y avait pas de fissure. Je n’ai rien fait différemment. Je n’avais absolument aucune idée de ce qui s’est passé. Puis, j’ai commencé à pleurer. Comme j’ai écrit sur Facebook, la version courte du post lié ci-dessus :

Je suis au point de larmes. En 1996, j’ai acheté ce bol pour faire des brownies en cadeau pour la Saint-Valentin pour le grand amour de ma vie. Comme toutes les autres, elle m’a rejeté, mais je l’ai gardé pendant 30 ans comme mon seul souvenir d’elle. Vous pouvez le voir dans centaines de mes recettes. Et maintenant, je n’ai plus rien.

Un peu plus tard, sans espoir de le réparer, je l’ai mis sur ma table pour voir si je pouvais au moins comprendre ce qui s’est passé. Les deux parties ne rentrent pas très bien, l’une dans l’autre ; pourtant, je n’ai trouvé qu’un petit morceau de verre au fond du lave-vaisselle :

Il me semble donc que c’était quelque chose de thermique, que la chaleur l’a fait briser en se dilatant, et qu’en refroidissant, les deux gros morceaux de verre n’avaient plus le même contour.

Il me soulage juste un peu de savoir que ce n’était probablement pas de ma faute. Au lycée et à la fac, j’étais une légende pour la quantité de vaisselle que j’ai brisée en faisant des expériences dans les labos de chimie. Je ne sais pas ce qui a changé, mais cette habitude n’a pas duré après — j’ai brisé exactement deux assiettes et un verre pendant ces 15 ans et demi d’être célibataire, et par rapport au passé, il faut considérer ça comme une réussite.

Cependant, il ne me restait que ce souvenir de la femme qui m’a rendu ce que je suis — si vous n’avez pas lu le premier article, on a fini par parler les mêmes 4 langues, j’ai changé ma matière principale à la même que la sienne, et bien sûr, on partageait dès le début le même amour du poète britannique Samuel Coleridge. Sauf pour l’enfant que l’on partage, il n’y a aucune preuve d’un effet pareil de la part de mon ex.

Le 14 février 1996, je me suis senti comme si une partie de moi était morte. Dimanche, je me suis senti exactement pareil, même si ça faisait plus de 30 ans depuis la première fois. Je n’ai pas encore jeté les deux gros morceaux de verre — je me sens comme si ce serait mettre Dana elle-même dans une benne à déchets, et je n’arrive pas à faire ça.