Jardin pédagogique

Hier, mon frère a rendu visite à moi et La Fille. En fait, il sera ici toute la semaine, mais elle, elle passera Thanksgiving et le week-end (les deux vont ensemble) chez sa mère. Afin de trouver quelque chose à faire ensemble, nous sommes allés au Great Park, le Grand Parc.

C’est un peu une grosse blague. En 2002, les Marines ont quitté leur base, El Toro, dans le sud d’Irvine, un espace de 526 hectares. La ville a décidé de la transformer en parc de même façon que Central Park à New York. Cependant, après avoir gaspillé 100 millions de dollars à travers une décennie sans construire plus qu’un manège, une montgolfière et un peu d’espace vert, la ville d’Irvine a décidé de rendre plus de 90 % de l’espace aux promoteurs immobiliers en échange de promesses de « finir » le reste du parc. J’étais là il y a 6 ans, et il y avait une patinoire énorme, construite pour l’équipe de hockey sur glace professionnelle de la région, les Ducks d’Anaheim, que la communauté peut aussi utiliser. Il y a maintenant aussi un petit stade de rugby et ce jardin pédagogique. Et des milliers de maisons.

J’ai pris des photos du jardin, où nous nous sommes promenés. Hélas, il n’y avait pas de panneaux pour nommer les espèces, alors je ne peux pas vous dire quelles plantes sont dans les photos.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Union

Ça fait un moment depuis la dernière fois où on a eu une leçon de mon experte en grammaire préférée, Aurore Ponsonnet. Mais il y a des semaines, elle a abordé un sujet que je croyais que je connaissais, et le temps que je finisse de lire ses pensées, j’avais changé d’avis.

Avant de continuer, il me semble que certains de ses exemples doivent être tirés de son livre Le français pour adultes consentants. Ils ne sont pas à moi.

Tout commence doucement quand elle explique que l’on met un trait d’union entre le verbe et le sujet en inversant le verbe. Ben, rien d’étonnant, là :

Ami, entends-tu…

On connaît la chanson.

Puis elle ajoute que si le verbe se termine par « d », on le prononce comme un « t » devant une voyelle ; c’est-à-dire il, elle et on. Par exemple :

Vend-il du shit à grand-maman ?

J’ai dû consulter mon dictionnaire bilingue pour celui-ci, car ce mot veut dire « merde » en anglais. En quelque sort, il s’est transformé en « drogues » français. De toute façon, j’ai entendu ça avant, mais j’ai du mal à l’entendre. C’est très facile à entendre quand Google le fait au lieu d’un être humain, car la prononciation est un peu exagérée :

Elle continue avec le -t- qui va entre deux voyelles, bien connu pour moi :

A-t-on le droit de faire ça ?

Comme beaucoup de monde, elle appelle ça « euphonique », ce que je ne comprendrai jamais. Euphonique, c’est un accord quinte parfaite :

Pas euphonique, c’est l’accord triton :

Mais bon, vous n’aimez pas les syllabes qui se terminent par des consonnes. À vous.

Puis elle m’a appris deux choses qui m’étonnent. D’abord, elle dit que si un verbe se termine par « c », on met aussi le « t ». Son exemple :

Convainc-t-il vraiment les gens ?

Je n’ai jamais entendu parler de ça, et je doute que je l’aie entendu dans la bouche d’un autre. J’ai posé la question à la synthèse vocale de Google — si c’est correct, vous trichez et ne prononcez pas le « c ». Et ça me laisse bien perplexe, parce que je ne connais pas de raison en tant que linguiste pour laquelle ce serait nécessaire.

Son dernier exemple me laisse bouche bée. J’étais au courant qu’il y avait une réforme de l’orthographe en 1990, mais à vrai dire, je ne pouvais pas dire ce qui avait changé au-delà de l’écriture de quelques verbes. Mon appli Bescherelle Conjugaison mentionne des verbes comme céder, où l’accent a changé d’aigu en grave dans le conditionnel. Ce n’est vraiment pas grand-chose :

Mais ce n’est pas de quoi elle parle. Ou plutôt, ça l’est, mais de façon surprenante. Dans son exemple :

Porte-je une culotte ?

elle dit qu’avant 1990, on prononçait « porte » comme s’il y avait un accent aigu, « porté », et depuis ce temps, comme s’il y avait un accent grave, « portè ». Honnêtement, je n’ai jamais remarqué ça non plus, mais je ne suis pas sûr que j’aie jamais participé à la bonne conversation pour l’entendre. Après tout, qui fait de telles liaisons exprès ? Surtout pendant une liaison.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour tout savoir sur connaître, et tout connaître sur savoir.

Le premier article de La Fille

Bonjour mes amis ! C’est moi, La Fille ! La vraie fille. Je ne suis pas « La Fille » dont le narrateur met les mots dans la bouche. Je ne vais pas dire mon vrai nom, mais je veux dire que j’ai raison. Toujours. Tout le temps. Pas de question. Je veux vous poser un question, si je suis plus populaire que le narrateur, puis pourquoi ne suis-je pas la narratrice du blog ? Je peux faire un meilleur travail que le narrateur, et M. Descarottes peut m’aider quand j’ai besoin d’aide avec la traduction. Je ne veux pas répondre à la question, « La Fille, qu’est-ce que tu as fait avec le narrateur ? » (Il est un peu préoccupé…hihihihihi.)

L'IA a été utilisé pour couper les statues de Ladybug et Chat Noir de la série Miraculous, la Tour Eiffel et un macaron Saint-Valentin de leurs photos originales pour faire un collage. Le macaron est rose, et garni de couches de crème pâtissière et de ganache au chocolat avec une framboise entière, une création de Justin Busch.
Ladybug et Chat Noir au Musée Grévin, Tour Eiffel, Macaron Saint-Valentin, Photos par Justin Busch

Maintenant, je veux discuter pourquoi j’ai choisi d’apprendre le français. Au début, c’était pour énerver ma mère, mais éventuellement, je suis tombée amoureuse de la langue, et j’ai décidé de suivre un cours. J’ai travaillé très dur depuis que j’ai commencé à apprendre le français, et maintenant, je peux dire que j’ai dépassé le maître, mon père ! (Hey ! Je t’ai aidé quand tu as écrit cet article-aah! – L’énervant, *ahem*, narrateur). Merci à M. Descarottes pour m’aider avec l’énervant ! (Pas de problème, tout pour ma personne préféré ! – M. Descarottes.) Qu’est-ce que je disais ? Ah, oui ! J’ai envie de visiter la France un jour, et je veux pratiquer mon français plus avant ce jour, alors je peux parler avec tout le monde ! J’aime la culture de la France, et l’histoire !

Je ne sais pas si vous le savez tous, mais l’histoire est mon sujet préféré. S’il vous plaît, dites-moi toutes les choses sur la France qui ne sont pas bien connues ! Il y a beaucoup de choses que personne ne sait sur moi. Par exemple, mes couleurs préférées sont le rouge et le bleu foncé, et mon dessert préféré que le narrateur m’a fait est le Macaron St. Valentin. Je suis en deuxième année au lycée. Je suis des cours de chimie, de pré-calcul, et d’histoire mondiale.

J’ai visité la France il y a deux ans, et c’était magnifique ! Les gares sont très belles, et les monuments comme La Tour Eiffel et L’Arc de Triomphe sont très grandes ! Mais je suis allée à d’autres lieux aussi, comme Bayeux, et Rouen. Quand je suis allée en France, c’était pendant le quatorze juillet, et j’ai vu beaucoup de feux d’artifice, et il y avait le bleu, le rouge, et le blanc partout.

J’aime Miraculous beaucoup, mais je suis très fâchée avec Disney pour ne pas avoir sorti les nouveaux épisodes ! Justice pour La Fille ! Mes amis, je suis très intéressée à vos réponses à cet article, alors n’hésitez pas à écrire quelque chose pour moi ! J’espère que je peux vous écrire bientôt ! (Hé ! La Fille ! Tu as beaucoup de problèmes pour ce que tu as fait avec M. Descarottes ! – Le narrateur.) Uh-oh, au revoir pour le moment !

Saison 4, Épisode 34 — 49 ans de bêtises

Je suis ravi de vous dire que cet épisode reprend pleinement le son parfait dont cette balado profitait dans mon ancien appartement. On peut toujours se plaindre des contenus et de mon accent, bien sûr, mais sans être distrait par des échos et d’autres bruits. Chez Un Coup de Foudre, trouver la bonne plainte, c’est plus qu’une science, c’est un art.

Mais c’est le retour des Bonnes Nouvelles cette semaine, alors pas trop, vous savez ?

Et en parlant des plaintes, la raison principale pour laquelle mon anniversaire cette année était particulièrement déprimant, c’était car il m’a rappelé qu’il ne me reste qu’une année pour éviter ce que je considérerais le plus gros échec de ma quarantaine. Je suis bien au courant que certains lecteurs préféreraient si j’évitais tout parler du sujet, alors je ne préciserai rien. Mais si vous êtes ici depuis un moment, ce n’est vraiment pas un mystère digne de Maigret. (Un de ces quatre, il me faudra attaquer au tome de Maigret que j’ai acheté trop tôt, en 2020.)

Avez-vous entendu parler des enchères samedi à Paris, où des cheveux de Claude François et de Johnny ont été vendus ? Ne me regardez pas comme ça, 20 Minutes est une source fiable ! Le prix de 780 € le lot était moins qu’attendu pour M. François et plus qu’attendu pour M. Hallyday. Je payerais plutôt un billet d’Air France avec cette somme, ou si pas besoin, une paire d’enceintes Vestia N°1 de chez Focal pour mon bureau. (J’ai déjà une meilleure paire, mais il me faudra leur dire adieu en France, car je n’utiliserais pas un convertisseur de tension avec des amplificateurs.) Au moins, je serais sûr d’écouter « L’aventure, c’est l’aventure » avec.

J’essaie d’être honnête et de corriger mes erreurs. La semaine dernière, je vous ai dit que j’étais déçu car le glacier Baskin-Robbins ne m’a rien envoyé cette année. Voici ce qui est arrivé samedi :

Capture d'écran d'offre d'une boule gratuite

L’important dit : « Bon anniversaire ! Fête-le avec une boule gratuite. » Puisque c’était beaucoup plus tard que d’hab, pour la première fois, je ne pourrai pas y aller avec La Fille.

Et en parlant de ladite Fille, demain sera son début en tant qu’autrice, comme promis. Elle est en vacances toute Black Week, comme dit Le Point. Beurk. C’est la semaine du Jour d’Action de Grâce, ou Thanksgiving, sans laquelle il n’y ait pas de Black Friday, peu importe une semaine entière. Je me suis plaint de l’adoption de ça sans contexte par les commerces français dans mon livre (dans un chapitre autrement consacré à mon Thanksgiving français pendant le Confinement).

Puis-je me plaindre d’autre chose ? Tant pis, je le fais quand même. Peut-être que vous avez entendu parler d’un livre qui sortira très bientôt, Le Journal d’Un Prisonnier, par l’auteur anciennement connu sous le nom Paul Bismuth. Je ne le nie pas le droit de vendre ses mémoires aux preneurs, et n’ai pas de commentaire sur les contenus. Ma plainte, c’est que ce livre sortira chez Fayard. J’ai une date limite en janvier pour Fayard dans mon calendrier. Il m’a fallu 4 ans de recherches et six mois d’écriture, et en quelque sorte, monsieur a passé 3 semaines pour vivre les expériences, puis sortira le livre 1 mois après avoir été libéré. C’est un horaire plutôt comprimé, n’est-ce pas ? Il avait déjà publié chez Fayard, mais du début de l’écriture jusqu’à la fin de la rédaction et la composition, ça fait au maximum 6 semaines (j’estime une semaine pour l’imprimer et le distribuer). Fayard est l’une des éditions les plus prestigieuses au monde. Qui veut me dire que c’est typique de ses processus ? Je ne le crois pas.

Pour finir, je crois que je vais traduire le manuscrit après tout et l’envoyer à des maisons anglophones. Je ne crois toujours pas que les anglophones aient un appétit pour des histoires de Maïté et d’Eddy Mitchell. On parlera bientôt de la visite dans une librairie qui m’a fait repenser au sujet.

Notre blague traite d’économiser l’argent. Nos articles sont :

Les Bonnes Nouvelles cette semaine traitent d’un geste généreux par un collectionneur de cartes Pokémon. Les gros-titres sont Pantalon et Leader.

Sur le blog, il y a aussi Benjamin Franklin, nageur, sur un épisode inconnu dans sa vie, Des dialogues avec La Fille, 4e partie, la dernière de cette série, Ici et là, des nouvelles personnelles et Le gâteau « German chocolate », une recette de gâteau d’anniversaire.

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Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec Proudhon

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 24 pages.

Avant de continuer, je dois vous dire que j’ai eu un jour hier, comme on dit en anglais. J’ai dû faire un aller-retour de 120 km pour un défilé de la fanfare de La Fille, j’ai raté le déjeuner et j’ai eu une crise diabétique où je me suis évanouie, puis la fanfare est revenue presque 1 1/2 heures en retard et nous avons presque raté notre réservation pour le dîner. Mais après tout ça, je me suis dit, « Quoi, vous allez rater Marcel pour ça ? Il y a des viennoiseries qui comptent sur ce billet pour être mangées avec ! » Alors nous voilà.

La dernière fois, nous venons de faire la connaissance du marquis de Saint-Loup. En recommençant avec lui, on apprend que :

il était imbu d’autre part de ce qu’elle appelait les déclamations socialistes, rempli du plus profond mépris pour sa caste et passait des heures à étudier Nietzsche et Proudhon. 

Ah oui, Proudhon, M. « La propriété, c’est le vol ! » (On apprend ça aux lycées américains.) Certainement le genre de penseur bien-aimé des marquis. Pas surprenant que sa tante, Mme de Villeparisis, ne soit pas fan.

Le narrateur fait la comparaison entre Saint-Loup et le comte de Marsantes, son père.

Robert de Saint-Loup, parce qu’il était de ceux qui croient que le mérite est attaché à certaines formes de la vie, avait un souvenir affectueux mais un peu méprisant d’un père qui s’était occupé toute sa vie de chasse et de course, avait bâillé à Wagner et raffolé d’Offenbach.

Hmmm, je suis allé voir Lohengrin, et j’ai bâillé. Et je préfère certainement Offenbach. Voilà, évidemment je suis un comte !

Il y a juste quelques pages, le narrateur trouvait Saint-Loup froid et hostile, mais maintenant :

Il fut bien vite convenu entre lui et moi que nous étions devenus de grands amis pour toujours, et il disait « notre amitié » comme s’il eût parlé de quelque chose d’important et de délicieux qui eût existé en dehors de nous-mêmes et qu’il appela bientôt — en mettant à part son amour pour sa maîtresse — la meilleure joie de sa vie. 

Il y a une expression courante en anglais qui vient à l’esprit : « That escalated quickly! » (On pourrait dire « Ça a monté en flèche », ou peut-être « Ça s’est vite intensifié », mais je préfère le ton ironique de l’anglais ici.) Il a fallu 300 pages pour raconter l’affaire Swann-de Crécy, et 200 pour la relation bizarre entre le narrateur et Gilberte, mais seulement une dizaine pour cette déclaration ? Ça ne me semble pas mérité selon les règles proustiennes.

Mais on voit encore une fois dans le caractère du narrateur l’arriviste désagréable qui jette encore et encore ses vieilles connaissances une fois le nouveau jouet arrive. Cette fois, il s’agit de son vieil ami Bloch, celui qui l’a initié à l’écriture de Bergotte dans le premier tome. (Le même Bergotte qu’il vient de rembarrer.) Bloch est arrivé à Balbec, et le narrateur lui rencontre en train d’annoncer fortement des propos antisémites afin de ne pas être lié avec la foule d’autres touristes juifs qui y sont arrivés en même temps.

Un jour que nous étions assis sur le sable, Saint-Loup et moi, nous entendîmes d’une tente de toile contre laquelle nous étions, sortir des imprécations contre le fourmillement d’Israélites qui infestait Balbec… C’était mon camarade Bloch. 

(N’oubliez pas que certains membres de la famille du narrateur étaient très froids avec Bloch dans le premier tome à cause d’être juif.)

Cependant, Bloch affronte directement l’arrivisme du narrateur, quelque chose qui n’a pas assez souvent lieu :

Pourtant, il me demanda : « Est-ce par goût de t’élever vers la noblesse — une noblesse très à-côté du reste, mais tu es demeuré naïf — que tu fréquentes de Saint-Loup-en-Bray ? Tu dois être en train de traverser une jolie crise de snobisme. Dis-moi, es-tu snob ? Oui, n’est-ce pas ? »

La réponse n’est pas aussi directe que ça. Le narrateur se lance dans un discours de 6 pages sur les défauts des autres. C’est censé être un reproche de Bloch, mais rien que la longueur le révèle un peu trop intéressé.

Ça dit, une fois que le récit se reprend, Bloch révèle son propre côté à la fois flatteur et manipulateur :

Je n’avais pas cru que nous serions jamais admis à le connaître, car Bloch fils avait mal parlé de moi à Saint-Loup et de Saint-Loup à moi.

Puis, Bloch attribut son comportement à exactement ce qu’il vient de mépriser chez les juifs :

— Tu ne peux t’imaginer ma douleur quand je pense à toi, reprit Bloch. Au fond, c’est un côté assez juif chez moi, ajouta-t-il ironiquement en rétrécissant sa prunelle comme s’il s’agissait de doser au microscope une quantité infinitésimale de « sang juif »… « J’aime assez, ajouta-t-il, faire ainsi dans mes sentiments la part, assez mince d’ailleurs, qui peut tenir à mes origines juives ».

À noter, c’est ici où le narrateur et Proust lui-même ne sont pas identiques, parce que ces propos de Bloch reflètent exactement les attitudes ambivalentes de Proust envers ses propres ancêtres, à commencer par sa mère. (J’aimerais bien savoir ce que Sigmund Freud pensait de la Recherche tout à coup, s’il la connaissait. D’autre part, c’est probablement trop prévisible.)

Mais on est loin d’épuiser la haine de soi chez Proust. J’arrête ici car la semaine prochaine, ce que Proust a à dire à propos d’un personnage homosexuel sera sous la loupe. Si je pensais que son habitude de tomber amoureux de chaque fille qui le croise était un peu trop, oh là là mais la prochaine partie sent déjà la fin du roman 1984 !

Le gâteau « German chocolate »

C’est mon anniversaire aujourd’hui, mais je prépare le gâteau pour vous, car honnêtement, je ne le ferais pas sans le blog. Le gâteau dit ”German chocolate cake » est mon préféré de toute la pâtisserie américaine, encore plus que le gâteau aux carottes. Cependant, c’est plus facile de trouver un bon gâteau aux carottes qu’un bon German chocolate cake parce que beaucoup de monde trichent avec des poudres et des glaçages industriels pour celui-ci. J’ai beau cherché pour vous présenter une bonne recette pour celui-ci. Sans plus d’attentes, voici mon German chocolate cake :

Une part du gâteau. Il y a une chandelle bleue allumée au centre, et une fourchette de dessert à gauche de l'assiette.
Photo disponible à haute résolution en cliquante

Allons le préparer !

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Ici et là

Bof, demain c’est l’événement maudit annuel dont j’ai peur, mon anniversaire. Cette fois, mon 29e anniversaire fête ses 20 ans. L’année prochaine, il aura donc le droit de boire de l’alcool. La seule bonne nouvelle, c’est que cette fois, Thanksgiving est dans une semaine (bon, 5 jours) alors personne ne va mettre une bougie dans une tarte à la citrouille du supermarché et me dire que c’est mon gâteau. Vous n’avez aucune idée du point auquel ça saoule, à moins que votre anniversaire tombe à Noël. Je suis sûr que c’est l’anniversaire le plus pénible. Cette année, Noël est aussi ma date limite pour la maison d’édition Denoël. On va voir, hein ?

Tartelette à la citrouille avec une bougie au centre, Photo par mandiberg, CC BY-SA 2.0

J’ai passé trop de temps ce soir en faisant des recherches pour ma recette du jour, raison pour laquelle vous avez un autre « Ici et là » et rien sur la France. Je pensais à faire une copie de mon gâteau commercial préféré, le regretté « Chris’ Outrageous Chocolate Cake » du resto The Cheesecake Factory (retiré de la carte il y a 6 ans déjà), mais notre gâteau sera déjà assez compliqué, et quand c’est moi qui le dis, vous devriez vraiment craindre le niveau de cet autre gâteau.

J’ai une plainte sur mon nouvel appartement que je n’aurais jamais devinée. Dans chaque pièce, il y a deux interrupteurs d’éclairage. L’un contrôle une lumière qui fait partie du plafond. L’autre est censé contrôler une prise quelque part dans la pièce. Par convention aux États-Unis, mais pas par loi, ces prises sont montées à l’envers. Et il y a une telle prise dans chaque pièce.

Aucun interrupteur ne contrôle ces prises. Elles marchent, mais les lampes s’allument seulement en fonction de leurs propres interrupteurs. Je trouve ça absolument étonnant. Qu’il y ait une erreur, ça arrive de temps en temps. Mais systématiquement comme ça ? Absolument bizarre.

Je ne peux pas vous dire de quelle famille il s’agit, car je n’ai pas envie d’être poursuivi en justice, mais j’ai entendu parler d’une fille voleuse comme rien d’autre. De 5 ans. Il y a des mois, la mère de la famille a accusé sa fille aînée de lui avoir volé 100 $. L’aînée l’a nié, et a dit « Peut-être que c’est ma sœur. » Puis, un cadeau d’anniversaire a disparu de la chambre de la fille aînée. Et la collection de billets de 2 $ du mari de la famille aussi. Ce week-end, tous ces biens ont été retrouvés dans la chambre de la fillette de 5 ans. Ouais. Je n’aimerais pas être responsable de corriger ce comportement.

La Fille, qui m’a raconté cette histoire, n’a jamais rien fait comme ça. Sauf pour une chose. Je vous parle parfois de See’s Candies, le chocolatier californien. À partir de ses 2 ans, j’avais l’habitude d’y aller avec elle chaque semaine et choisir quelques bonbons. Je laissais les sacs sur le comptoir dans la cuisine. Un jour, juste avant son 3e anniversaire, j’ai trouvé le sac vide le matin. Mais comment ça ? Elle était trop petite pour atteindre le comptoir !

Il s’est avéré qu’elle avait vaincu le verrou de sécurité pour enfants d’un placard, puis elle avait utilisé l’étagère derrière la porte comme échelle pour atteindre les bonbons. Je n’ai absolument rien fait pour la punir — je ne voulais pas lui donner l’idée que l’intelligence est un défaut — mais après, j’ai commencé à ranger les bonbons dans un placard beaucoup plus haut.

Mais l’argent ? Non, elle est absolument fiable et n’a jamais rien volé. Une fois, elle m’a dit que M. Descarottes avait mangé les macarons dans le frigo. J’ai grondé le pauvre cobaye sans pitié devant elle. Elle n’a rien avoué, mais elle n’a plus jamais blâmé notre cher animal de compagnie non plus. Cependant, quand il s’agissait de mon stock de Valrhona, je lui ai dit que ce chocolat est trop cher pour grignoter

Il pleut des cordes en ce moment, et c’est comme ça toute la semaine. Je ne peux pas me coucher, car c’est beaucoup trop bruyant. Au moins c’est bon pour garder la séquence de jours de suite de publications !

Des dialogues avec La Fille, 4e partie

Il y a très longtemps, j’ai publié quelques dialogues avec La Fille (voilà, voilà et voilà), bien avant son premier cours de français, mais où elle apprenais des mots ici et là. Ça a beaucoup fait pour établir sa réputation ici, une sorte de Mademoiselle Descarottes en forme humaine. Mais comme vous savez tous, à partir de l’année dernière, elle est une star du département de langues étrangères à son lycée. Et franchement, l’honneur est à elle. Je ne l’aide jamais avec ses devoirs de français — ce n’est pas nécessaire. Cependant, je l’aide d’autre façon que j’ai évoquée ici au passé — nous échangeons des textos en français quand elle n’est pas chez moi. La semaine prochaine, elle fera enfin son début officiel ici en tant qu’autrice — merci de ne pas lui dire que je vous l’ai signalé à l’avance — alors avant ça, je veux vous donner une petite mise à jour sur son niveau. Nos dialogues sont exactement comme ceux du passé, mais je ne traduis plus rien.

À noter, il y a un mot qui apparaît ici qui est de notre propre argot et n’a rien à voir avec le mot écrit de même façon en français. Quand elle était très petite, et avait du mal avec la prononciation de certains mots en anglais, nous avons commencé à prononcer le mot « fine » en anglais comme si c’était le mot équivalent en français. Cependant, ça veut dire « bon » ou « OK » quand on l’utilise en réponse à une question ou commentaire. Plus tard, pour un effet humoristique, nous avons adopté une façon de l’écrire avec certaines lettres répétées pour indiquer de (fausse) exaspération : « fiiiiiiine ». Puis le rappeur Travis Scott a gâché ça en sortant une chanson nauséabonde, « Fein« , qu’il a prononcé de même façon, avec des paroles cochonnes. Pour éviter tout lien avec ça, nous avons commencé à le prononcer comme si c’était pareil au mot anglais « fin », sans « e », ce qui veut dire « nageoire ». En plus, au lieu d’écrire le mot, on utilise parfois des photos d’une mascotte bien connue aux États-Unis, Finn le poisson rouge, qui apparaît sur les paquets de Goldfish, un biscuit salé en forme de poisson rouge (liens en anglais).

C'est un biscuit Goldfish -- jaune, et en forme de poisson rouge sans détails -- avec un grand sourire. Il porte des lunettes à soleil, mais sur ses yeux, qui restent visibles.
Finn sur un paquet de Goldfish, Source, ©️Pepperidge Farm

Alors, sans plus d’attentes, des dialogues récentes.

Une fois, elle m’a écrit pour me dire qu’elle a eu de nouvelles chausseurs. Sauf qu’elle ne savait pas l’écrire. Je la corrige souvent comme ici, mais c’est comment elle apprend :

Elle: J'ai des nouveaux chasseurs
Moi : Chausseurs. Chasseur = Hunter.
Elle: Fiiiiinnnn
Moi : Aussi, c'est au féminin. « J'ai DE nouvelles chausseurs. »

Vous pouvez constater que je n’ai pas peur de la taquiner :

Elle : C'est mon anniversaire demi demain
Moi : demi-anniversaire
Elle: Je vous déteste
Moi : Bon
Elle : Booo
Moi : On n'est plus Halloween. Arrête de dire ça! (Émoiji de citrouille)
Elle : JE VOUS DÉTESTE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Elle a toujours hâte d’utiliser les « expressions de la semaine » qu’elle apprend au lycée. Il y a des semaines, c’était « chut ». Le contexte ici, c’est que je venais de la corriger pour une autre erreur.

Elle : Chut (Émoji main sur la bouche)
Elle : Ce n'est pas amusant
Moi : Ça l'est pour moi !!! (Émojis de rire)
Elle : J'ai appris "chut" de ma prof
Moi : C'est un bon mot. Très authentique.

Le dialogue le plus récent la montre en bonne forme Descarottes. Il serait très fier d’elle. Le contexte ici, c’est qu’elle vient de me rappeler de lui acheter le nouveau jeu Zelda. Et de menacer de retirer les droits du dessin pour « C’est le 1er » si je l’oublie. Il est important de l’ajouter, nous ne sommes pas sérieux.

Elle : Tu comprends ?
Moi : OUI !
Elle : Bon! Puis tu comprends ce que tu dois faire
Moi : OUI MADAME
Elle : C'est "mademoiselle reine DIAS" pour toi !
Moi : Déesse

Vous voyez ? Elle est bien prête pour son début, déjà écrit et approuvé. J’ai corrigé les fautes avec elle, mais le texte est entièrement le sien. Vous allez en profiter !

Benjamin Franklin, nageur

J’écoutais Les Grosses Têtes en live lundi matin, alors l’émission de cet après-midi-là, quand la conversation a tourné en direction américaine (à partir de 1:19:36). Comme a dit Franck Ferrand au début de cette partie, Benjamin Franklin était ambassadeur du nouveau pays des États-Unis à la France, l’une des raisons pour lesquelles j’ai dîné — mais pas « desserté » — chez Le Procope avant le concert d’Indochine. Il fréquentait ce restaurant entre 1776 et 1785. Mais cette question ne tournait pas autour d’une histoire bien connue. En fait, je n’avais aucune idée de ce qui suit malgré le fait que M. Franklin n’était pas seulement l’un des Pères fondateurs, mais certainement le plus populaire après George Washington jusqu’à nos jours.

Portrait de Benjamin Franklin par Joseph-Siffred Duplessis, Photo par ZgEyj5EEKdux-g at Google Cultural Institute, Domaine public

La question posée par M. Ruquier était : « Je vous parlais d’un livre qu’il a écrit. Ça s’appelle « L’art de  » quoi ? » Franchement, le seul livre que j’aurais pu nommer, c’est L‘Almanach du Bonhomme Richard ; cependant, j’aurais cité le titre en anglais, « Poor Richard’s Almanac ». Et ça ne commence pas par « L’art » ; j’étais donc perdu.

Il y a eu de nombreuses bonnes hypothèses liées à sa carrière bien connue de scientifique — il a installé un paratonnerre, ce qu’il a inventé, sur le clocher de l’Église Saint-Clément d’Arpajon en 1782. On a même déviné que le bon mot était « séduire ». Sur ce sujet, Wikipédia est plus délicat que les histoires américaines :

Il choisit de séjourner dans une grande résidence desservie par de nombreux serviteurs à Passy, entretenant une douce amitié avec quelques beautés mesdames Helvétius ou Brillon.

Si le site Au Féminin exagère en proclamant « l’effet Benjamin Franklin pour séduire à « tous les coups » », c’est quand même vrai qu’il est bien connu pour de telles choses que sa lettre sur comment choisir une maîtresse (lien en anglais). Mais en fait, c’était bien plus obscur que ça.

La bonne réponse était en fait « L’art de nager », une brochure de 24 pages qu’il a écrit sur ce sujet (lien en anglais). Là-dedans, on trouve des astuces pour flotter, nager sous l’eau et même faire de la nage sur place. Ce que l’on n’apprend pas des Grosses Têtes, c’est que M. Franklin a tiré pas mal de ses conseils d’un livre français d’un siècle plus tôt, « L’Art de nager, démontré par figures, avec des avis pour se baigner utilement » par Melchisédech Thévenot, physicien et inventeur du niveau à bulle.

Mais vous devriez aussi connaître Benjamin Franklin pour une autre raison. De nature optimiste, il a prêté une expression aux Français qui fera partie d’une chanson célèbre après son départ :

Le chant est connu sous le nom de son refrain : « Ah ! ça ira ». Il reprend l’expression favorite de Benjamin Franklin, résolument optimiste et répétant au plus fort de la guerre d’Indépendance en Amérique, à qui lui demande des nouvelles : « Ça ira, ça ira. »

« Ah ! ça ira, ça ira, ça ira… »
Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Il fait une liste et il la vérifie deux fois

Langue de Molière arrive un jour à l’avance cette semaine, car ça rend d’autres tâches plus faciles.

Connaissez-vous la chanson de Noël « All I Want for Christmas Is You » ? Heureusement, ça n’a rien à voir avec notre sujet, même si j’ai vu des mèmes qui prouvent que Mariah Carey est trop connue en France pour mes goûts. Mais « Santa Claus is Coming to Town », ça vous parle ? Surtout la version des Jackson 5 ?

La chanson est beaucoup plus vieille que ça, mais celle-ci est la version jouée la plus souvent à la radio chez moi. De toute façon, une parole dit « He’s making a list and checking it twice », la traduction de mon gros titre. Il s’agit de la liste de bons enfants gardée par le Père Noël. Et ça nous amène à ce billet sur les options pour faire des listes d’Il Est Quelle Heure

Elle est beaucoup plus organisée que moi, et montre comment utiliser les applis Rappels et Calendrier pour organiser ses tâches. Moi, je mets tout dans des fichiers Notes, à moins qu’il s’agisse d’un rendez-vous ou une date limite — dans ce cas, je le mets dans le Calendrier. Par exemple, cette date limite qui vient d’expirer pour mon manuscrit chez Flammarion. WAAAHH !

Capture d'écran d'une entrée dans mon calendrier : « Flammarion date limite, Monday, Nov. 17 2025 »

Ouais, j’écris mes notes dans le calendrier en français, mais la langue du portable reste en anglais, d’où « Monday » au lieu de lundi.

De toute façon, c’est Langue de Molière, alors mon sujet est comment elle a dit certaines choses plutôt que les calendriers eux-mêmes. J’ai noté deux choses dans mon fichier de « Langue de Molière-ismes » (dans Notes, bien sûr).

Je suis certain que bateau est parmi les premiers mots que j’ai appris. Mais en quelque sorte, j’ai passé 5 ans et demi sans savoir que c’est aussi un adjectif, non seulement le truc qu’un hibou vert navigue autour du lac (dites-donc, les exemples étaient très artificiels). Voilà :

Très bateau, mais ça fait du bien au moral.

En anglais, le mot donné pour ce sens de bateau est « hackney », et de son tour, c’est aussi le mot pour une autre forme de transport, un « hackney cab », c’est-à-dire un fiacre. J’étais très curieux si c’était plus qu’une coïncidence, alors j’ai vérifié le Trésor de la langue française. Et là, sans trouver une explication directe, il me semble que non, car cet usage ne date que des années 1970 :

B.−Fam. Idée qui a trop souvent servi, et de ce fait dévalorisée. C’est un vieux bateau. Synon. lieu commun.

− Emploi adj. [En parlant d’une formule, etc.] Rebattu, banal. Cette idée-là, c’est un peu bateau (Rob. Suppl. 1970). Phrases bateau, sujets bateaux (Gilb. 1971).

Bateau

Mais quelle coïncidence, ça !

L’autre chose, c’est le moment le moins « tous publics » de toute Langue de Molière. Elle a écrit :

J’essaye de m’approprier l’outil, parfois avec succès et parfois pas (cf: l’autre jour, j’ai essayé la « vue en colonne » pour une liste et c’était la fête du slip).

Je me suis demandé : « C’est quoi la fête du slip ? », et sachant qu’un slip est un sous-vêtement, j’étais prêt à lire que c’était quelque chose de gênant. Mais j’ai trouvé tout autre chose :

C'est une capture d'écran de Google, qui offre une photo de gens qui portent des slips à l'extérieur de son pantalon, souvent avec des bretelles. Il y a une explication en anglais au-dessous.

Je vous jure, je n’ai rien fait pour tricher ! La première phrase se traduit : « La Fête du Slip est un festival annuel de films pornographiques alternatifs qui se tient à Lausanne, en Suisse. »

Ô. Ô.

Wikipédia éclaircit légèrement la situation :

Intitulée d’après une expression populairela Fête du slip, sous-titré Festival des sexualités, est un festival pluridisciplinaire ayant pour thème les sexualités qui s’est déroulé chaque année à Lausanne de 2012 à 2023.

Fête du slip

Euh, le lien pour l’expression populaire suffira. Sérieusement.

(Familier) (Ironique) Décrit un comportement sans-gêne, une situation qui dégénère ou devient absurde, un relâchement total.

« — Tes parents m’ont appris que tu ne passais pas les fêtes chez eux, ils m’ont invité, j’ai dit non, ils essaieraient encore de me faire exorciser. A la place, c’est la fête du slip à Mykonos. » — (Agnès Martin-LugandLes gens heureux lisent et boivent du café, Éditions Michel Lafon, 2013, chap. 5)

Fête du slip, Wiktionnaire

J’ai visité Mykonos une fois. Je n’aurais pas été surpris à lire que la fête du slip là-bas est pareille à celle de Lausanne. Passez plutôt par Santorin et Rhodes si vous vous retrouvez en Grèce.

Dernier mot pour cette Langue de Molière ? Rougir.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour traiter des traits d’union.