Anatomie d’une farce

À ce point, la grande majorité d’entre vous ont rendu compte que ce blog n’est probablement pas écrit par un vieillard fou à Clermont-Ferrand. ([C’est plutôt un vieillard fou en Californie. — M. Descarottes]) Mais le post du 1er avril n’était pas planifié jusqu’à lundi soir, quand j’ai abandonné une idée sur laquelle je travaille depuis presque 2 ans. (Je n’ai jamais trouvé la bonne histoire pour raconter autour de l’idée — disons que les membres de l’OCA, qui connaissent bien la géographie locale, le trouveraient très drôle. Mais tout post ici doit réussir un test — est-ce que ça aura du sens dans l’Hexagone ?) D’habitude, je ne revisite pas les farces une fois finies, mais je veux en dire plus cette fois, parce que celle-ci montre que « je mange mes propres croquettes pour chiens » (« eat my own dog food »), comme on dit en anglais. (Ça veut dire « suivre ses propres conseils ».)

J’ai commencé à tout écrire en dînant chez Boudin, où j’attirais des regards inquiets à cause des fous rires venant de ma table, malgré le fait que j’étais seul. Je ne sais pas si l’on s’en souvient, mais j’avais abordé l’idée d’une farce autour d’une identité cachée en 2023. Je l’ai abandonnée de peur que mon idée originale, que le blog était en fait écrit par une IA programmée par un ado ennuyé, semble trop possible. Certains d’entre vous m’ont rencontré dans la vraie vie, et pourraient témoigner de mon existence, mais je ne ferais pas une telle blague de nos jours.

Au passé, je me suis plaint que les auteurs français ne faisaient pas leurs devoirs en choisissant des noms pour leurs personnages américains, qu’ils sont souvent des anachronismes. Je vais donc vous montrer exactement ce que j’ai fait pour inventer « Guy-François » et « Marie-Geneviève ».

J’ai commencé par regarder cette vidéo produit par Politologue, qui montre les 20 prénoms de garçons les plus populaires entre 1900 et 2019 :

J’ai été bien surpris de voir à quel point la liste était figée pendant la première moitié du XXe siècle. L’ordre change, mais pas vraiment la collection. Je voulais un prénom qui serait possible pendant les années 50, mais probablement pas une personne réelle. Vu que « Guy » était dans le top 20 , j’ai ajouté un trait d’union pour avoir un prénom composé, et voici la liste de suggestions :

Liste de prénoms composés qui commencent par Guy ; Guy-François est en 8e place
Capture d’écran

Je me suis dit « Guy-François me semble le plus franchouillard », alors je l’ai cliqué, et voilà, c’était parfait — il n’y a jamais eu plus qu’une dizaine, tous nés entre 1958 et 1963 :

Graphique du nombre de naissances du prénom Guy-François -- il n'y a qu'une brève période avec des entrées.

Je savais déjà que Marie avait baissé énormément en popularité, alors je l’ai vérifié directement, mais je connais plusieurs personnes avec des prénoms qui commencent par « A », alors j’ai ajouté un « G ». Voilà, on trouve « Marie-Geneviève près du début » :

Liste de prénoms composés qui commencent par « Marie-G ». Geneviève est en 5e place.

Et heureusement, même si c’était plus populaire pendant les années 50, c’était toujours possible pendant les années 70 :

Graphique du nombre de naissances de Marie-Geneviève. Le plus haut chiffre arrive dans les Anne 50, mais ça continue jusqu'à la fin des années 90.

Mais où les mettre ? J’ai deviné qu’il y aurait un « CHU Clermont-Ferrand », mais je l’ai vérifié avant de l’utiliser. Quant au nom de famille, Buisson est la bonne traduction de Busch, mais j’ai peut-être fait une erreur : il y a plein de Buisson en France, mais Politologue n’a aucun « De Buisson ». Cependant, il y a environ 380 Debuisson. Je n’ai pas vérifié ces noms avant de publier. Après, j’ai trouvé un Jean-Louis du Buisson, pas exactement la même chose, et des vins « Haut de Buisson ». Il me semble que j’aurais pu mieux faire.

J’ai failli me faire sortir de Boudin en écrivant « Maman, un ange qui n’a jamais rien dit de mal sur lui ». Je ne sais pas lequel soit plus loin de la vérité, ça ou mon soi-disant amour de l’Allemagne !

Un de ces quatre, je vais finir cette autre farce !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

À la WHAT ?

Pendant longtemps, une expression qui me rendait perplexe était « à la une ». Ça semblerait être incorrect vu la séquence de voyelles ; on penserait plutôt à « à l’une ». Mais cet échange entre deux de mes personnes préférées sur Twitter a éclairci le point :

Au cas où ce ne serait pas clair pour les utilisateurs de VoiceOver — je ne sais pas ce qui arrive avec les Tweets embarqués — l’important, c’est que selon Anne-Élisabeth Moutet, « c’est une contraction de « la page une », donc « la une ».

Plus récemment, une autre expression dans un tweet m’a rendu encore plus perplexe :

Encore une fois, au cas où, ça dit :

Quand est-ce que vous avez appris que c’était « à la one again best to fly » et pas « à la walegaine bistoufly » ? moi il y a 7 minutes

Ça pose tant de questions ! À partir de « Ce n’importe quoi veut dire quelque chose ? », finissant avec « Fly ? On vole où ? », en passant par « Et pourquoi pas « l’one » au lieu de « la one » ? » Je dois vous dire que je n’ai pas trouvé de bonnes réponses à toutes ces questions, si seulement pour la même raison qu’il n’y a pas de bonne réponse à la question de ce qui voulait dire Q-bert :

Capture d'écran du jeu vidéo Q-bert des années 80s. Une fois touché par un ennemi, il abandonnait en disant « @!#?@! »
Ce qui dit M. Q-bert, Capture d’écran personnelle

Cette expression semble être fortement liée à un humoriste, Franck Dubosc, qui je connais seulement par nom. Voici un exemple (à 3:25 de la vidéo, intitulée « Le relou ») :

Ce clip n’est pas exactement le genre d’humour que l’on trouve ici d’habitude — il met les mains partout, ne respecte pas l’espace des autres, et en général, se comporte comme un animal. Ce n’est pas mon truc, mais pour nos buts, ce qui compte est que le contexte éclaircit seulement le genre de personne qui la dit. Son interlocuteur ne réagit pas. On peut au moins entendre clairement les mots en anglais, et la séparation entre « la » et « one ».

Le site Guichet du Savoir, souvent utile pour ce genre de question, m’a dirigé vers un article de 2014 dans La Provence. Là, on apprend :

« Wanegaine bistoufly » vient en fait d’une expression, originellement employée dans la région marseillaise dans les années 90, qui est de faire une action « à la one again ».

Un anglicisme sans rapport avec sa traduction en français qui signifie qu’on a fait quelque chose avec négligence.

L’humoriste Franck Dubosc s’est largement réapproprié cette expression dans de nombreux sketches.

Une association ose un clip à la « Wanegaine bistoufly » par Sylvain Pignol, La Provence, 26/2/14

Ce journal confirme le lien avec M. Dubosc, mais apparemment, il ne l’a pas inventée. Mais je dois ajouter, je ne suis pas sûr de sa traduction littérale en français. « Again » est simplement « encore une fois », mais à moins que « à la one » veuille dire « à la une », ça ne veut rien dire en anglais. L’article de Guichet du Savoir ajoute que personne n’a vraiment avancé sur cette explication jusqu’à maintenant, et leur article date de janvier de cette année. On dirait donc que l’on n’en va pas plus apprendre sur « à la one again »

Mais « best to fly » ? Littéralement, ça veut dire « mieux vaut voler » en anglais, mais au-delà de ça, je ne trouve aucune explication sérieuse. Un internaute propose que Jeanne d’Arc avait quelque chose à voir avec ça :

Une autre possibilité serait à mon avis que Jeanne d’Arc ait dit « I won again and it’s best (for the British) to flee ! ». Mais je ne sais pas comment le flee serait devenu fly.

French Stack Exchange

Ce qu’il suggère se traduirait en français par « J’ai encore une fois gagné alors mieux vaut fuir, les Britanniques ! » Mais ça ne peut être qu’une blague, parce que Jeanne n’aurait rien dit en anglais et en plus, l’anglais de l’époque était loin du mien. (Dommage, parler comme ça serait plus cool.)

J’en conclus qu’il n’y a rien pour en conclure. « Best to fly » ne veut absolument rien dire, même si on a trouvé une petite explication pour « à la one again ». Mais si ça va être votre niveau en anglais, je ne veux plus rien entendre sur les anglophones qui se croient malins en disant « sacré bleu » et « zut alors ». Au moins ces deux existent en français, même si en désuétude.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec la folle histoire des œufs.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est pas le 1er, version avril 2025

Ici Marie-Geneviève. Suite à vos commentaires gentils d’hier, on a décidé de laisser Guy-François — désolé, « Justin » — reprendre ses activités. Le voilà :

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Pour info, je n’ai jamais nié que Carrots a plus de sens que moi. Que le reste du monde aussi. Ai-je raison, M. Descarottes ? ([Absolument])

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

Nouveaux à moi :

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things était à 160 km de chez moi, au Parc naturel de Joshua Tree. (Passez-moi le bonjour si vous venez si proche d’Elbe-en-Irvine, tout le monde !)

À encourager :

Rien de nouveau chez La tête dans le panier, La taverne d’Onos, Les souris de Paris, Et si Facebook disparaissait?, Thriller Addict, Bessie’s Bazaar, Je suis sur la route, Maman Lyonnaise, L’Atelier du Phoenix, La bibliothécaire, Grain de Sable, et Bonheurs culinaires. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

La vérité enfin

Bonjour, tout le monde, je suis Marie-Geneviève de Buisson, mieux connue sous le nom « La Fille » sur ce blog. Avec l’aide de son docteur au CHU Clermont-Ferrand, nous venons de confisquer le portable de mon père, Guy-François de Buisson, qui vous dit depuis des années qu’il s’appelle « Justin Busch » et habite en Californie du Sud.

La grande majorité de ce que vous avez lu sur ce blog pendant les 5 dernières années est une fabrication, le résultat de sa descente tragique dans la folie. Mon père n’a rien d’intellectuel, même pas un peu, n’ayant jamais obtenu son bac ni une note supérieure à 8 en aucun sujet. Ce n’est pas complètement sa faute, ayant été battu par un orang-outan pendant une visite à la Ménagerie du Jardin des plantes à Paris en 1965. Pendant des décennies, il n’avait exprimé aucune pensée dépressive et semblait se contenter de sa vie d’éboueur ici à Clermont-Ferrand. (Vous aurez remarqué qu’il avait cherché un nom américain dérivé de Clermont pour son université imaginaire. L’école est assez réelle, mais il n’y est jamais allé.) Malheureusement, pendant le Confinement, il est devenu fou, et a commencé à construire une vie imaginaire autour du bazar américain qu’il retrouvait de temps en temps au travail.

Photo de l'asile psychiatrique à Prémontré, Aisne, une bel exemple du style haussmannien.
Asile psychiatrique, Photo par
Séraphin-Médéric Mieusement, CC BY-SA 4.0

Pendant un certain temps, son ex-femme (ma mère) et moi avions essayé de suivre les conseils des psychologues de le laisser croire quoi que soit. Il continuait de faire son travail (sauf pendant les grèves, hihi), et s’il disait des choses blessantes sur Maman, un ange qui n’a jamais rien dit de mal sur lui, nous acceptions que ce personnage fictif de « Justin » qu’il avait créé était largement inoffensif. Sauf aux femmes, aux américains réels, et au bon goût, mais pas un Dupont de Ligonnès quand même.

Honnêtement, c’était même un peu hilarant quand il a commencé à apprendre l’anglais avec Duolingo pendant le Confinement. Il avait toujours détesté les États-Unis, et s’imaginer un américain avec 20 ans de moins que la réalité m’a fait rire. Les nombreuses fautes de français sont assez réelles vu son niveau à l’école. C’était encore plus hilarant de voir son attitude envers l’Allemagne, un pays qu’il avait toujours adoré — il a même pris la traduction de notre nom de famille en allemand pour celui de son personnage fictif. Mais il croyait que c’était ce à quoi les Français s’attendaient d’un tel américain.

Malheureusement, il y avait deux événements récents qui ne nous ont pas laissé le choix. Il vous parlait d’un livre qu’il était censé être en train d’écrire. Nous avions cru que c’était aussi inoffensif, même si plein de contes de ses amis imaginaires. Cependant, j’ai lu le fichier dans son portable, et il ne contenait que « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », tapé des milliers de fois, exactement comme dans son film préféré, Shining. (C’est dans les sous-titres ; sur l’écran, il y a du n’importe quoi similaire en anglais.) L’autre chose, c’est qu’il vient d’obtenir un passeport américain, venu dans les courriers juste hier. Nous sommes certaines que c’est une contrefaçon, mais il semble être assez réaliste pour qu’il puisse faire une vraie bêtise avec. Depuis sa folie, il parle sans cesse dans la vraie vie de son envie de déménager en Californie. J’ai l’impression qu’il disait plutôt le contraire ici.

La seule chose qui était complètement vraie ici, c’était que j’avais un cochon d’Inde, Carrots, à qui il insistait sur s’adresser sous sa traduction française. Il lui parlait pendant des heures, et franchement, ce qu’il disait dans la peau de Carrots avait plus de sens que ce qu’il disait pour lui-même.

Mais vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi il n’y avait pas de photos de moi ici ? C’est parce que je suis une trentenaire, pas l’ado de son imagination. En quelque sorte, il avait compris que ça ne marcherait pas.

Alors, je vous offre tous mes excuses sincères, mais c’est maintenant fini. Ô, une dernière chose :

Photo d'un panneau de jumelage entre Poissons en Marne, et Avril en Meurthe-et-Moselle. Oui, ça existe vraiment.
Poisson d’Avril !, Photo par
René Hourdry
, CC BY-SA 4.0

Saison 4, Épisode 2 — 5 Ans de Français

Ce week-end, La Fille et moi étions au ciné pour le meilleur film américain qui sortira cette année : Daffy et Porky sauvent le monde. C’était sincèrement drôle, n’avait rien de politique, et respectait absolument l’histoire de Looney Tunes. C’est également bien accueilli par les critiques et le public américain. Naturellement, Warner Bros. a donc décidé de se débarrasser de ses dessins animés et détruire le bâtiment où ils ont été produits (lien en anglais).

La Fille continue de jouer à Pikmin en français, et m’a donné ces photos pour partager :

Pensez-vous qu’ils ont appris tout ça dans son cours de première année ? Hahaha, non, et je dois lui expliquer beaucoup de choses, mais c’est comme ça qu’elle continuera de réussir.

Tous les billets habituels seront reportés d’un jour cette semaine, sauf Dimanche avec Marcel. Pourtant, je ne raterai pas un jour.

Il me semble que beaucoup de monde ont mal compris le but de mon post pour le cinquième anniversaire. J’ai plein de sujets que j’ai planifié après le Tour ; on n’a guère commencé à explorer tout ça à cause du livre. C’est une question plus existentielle — le plaisir de savoir était sa propre récompense pendant un certain temps, mais je me sens plus loin que jamais de mon but ultime, déménager en France. Et je me sens comme si j’ai atteint les limites de ce que je peux faire avec les expatriés ici. Il doit y avoir une raison pour faire tant d’efforts ; le livre reste cette raison pour l’instant, mais après, c’est quoi ?

J’ai une nouvelle hilarante à cet égard. Si vous avez lu ce commentaire, vous savez ce qui est vraiment arrivé pour gâcher les vacances de La Fille. Il se passe que j’aurai mon nouveau passeport mercredi, à peine deux semaines avoir rempli le formulaire. C’est beaucoup moins que les 6 semaines d’attentes promises ! Mais en plus — il à été envoyé de la même ville américaine ou La Fille et sa mère sont allées après l’annulation de leur visite à Marseille.

J’ai encore une fois 9 heures de retard sur la France. J’aimerais tellement que l’on soit dans le même fuseau horaire, mais les deux semaines de 8 heures de différence me manquent déjà.

Je n’explique jamais les blagues, mais sachez que le nom de la ville mentionnée cette semaine s’écrit Natchtoches. Elle existe vraiment en Louisiane.

Notre blague traite d’une aire d’autoroute. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Docteur, Aladin et Rachel Zegler. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine pour manque de temps.

Sur le blog, il y a aussi Deux pralinés maison, où je teste deux recettes pour le livre, Je découvre Julien Clerc, la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata, et Un cinquième jour dans notre vie, des réflexions après 5 ans d’étudier le français.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines faites maison par Justin Busch

Dimanche avec la princesse des Laumes

On reprend Du côté de chez Swann. Cette fois, j’ai avancé de 40 pages — on est maintenant à 100 pages de la fin.

Je n’aime pas interrompre Swann quand il est en train de se plaindre dans sa tête, mais parlez pour vous-même, mon brave :

Swann retrouva rapidement le sentiment de la laideur masculine, quand, au delà de la tenture de tapisserie, au spectacle des domestiques succéda celui des invités.

Et pour info, c’est son avis en regardant deux hommes « alors qu’ils avaient été longtemps pour lui les amis utiles ». Je n’aimerais pas entrer dans la tête de certaines afin de connaître leurs pensées à cet égard, mais quel ami, celui-ci.

Il suit des observations sur les monocles portés par tel ou tel homme, ce qui m’amène à en conclure que Swann est en fait à une convention d’imitateurs du Pingouin. Mais ne vous inquiétez pas ; l’événement se révèle enfin un récital de flûte, auquel assistent un bon nombre d’aristocrates. Parmi ses rangs on trouve des marquises et des vicomtesses, mais aussi l’insupportable princesse des Laumes :

Pour montrer qu’elle ne cherchait pas à faire sentir dans un salon, où elle ne venait que par condescendance, la supériorité de son rang, elle était entrée en effaçant les épaules

Elle me rappelle quelqu’une. Et ce n’est pas juste mon avis :

Cependant Mme de  Gallardon était en train de se dire qu’il était fâcheux qu’elle n’eût que bien rarement l’occasion de rencontrer la princesse des Laumes, car elle souhaitait lui donner une leçon en ne répondant pas à son salut.

Comme je comprends ! Il y a une ancienne copine de classe de mon lycée qui, si jamais je la revoyais dans la vie, je lui jetterais un verre d’eau en plein visage, en récompense d’une insulte jamais oubliée. (Je n’ai jamais fait ça à personne, mais celle-ci m’a humilié de façon aussi choquante que pas méritée.) Proust se montre au moins efficace en évoquant des souvenirs, non ?

Mais Proust a un rôle pour Mesdames de Gallardon et des Laumes, une conversation qui recadre Swann après 470 pages :

Gallardon : Tiens, tu as vu ton ami M. Swann ?

Laumes : Mais non, cet amour de Charles, je ne savais pas qu’il fût là, je vais tâcher qu’il me voie.

Gallardon : C’est drôle qu’il aille même chez la mère Saint-Euverte… Oh ! je sais qu’il est intelligent… mais cela ne fait rien, un Juif chez la sœur et la belle-sœur de deux archevêques !

Laumes : J’avoue à ma honte que je n’en suis pas choquée.

Gallardon : Je sais qu’il est converti, et même déjà ses parents et ses grands-parents. Mais on dit que les convertis restent plus attachés à leur religion que les autres, que c’est une frime, est-ce vrai ?

Ici, j’ai triché, et fait des recherches sur Google. Il s’avère que Proust va aborder plus tard l’affaire Dreyfus. Mais dans ce contexte, j’aurais cru Mme Gallardon très à l’aise en Espagne de 1492, ou juste à travers la frontière allemande une décennie après la mort de Proust.

Cependant, je me permettrai une digression. Il se passe que pendant des décennies, le sujet des conversions de certaines intellectuels britanniques du protestantisme (ou rien) au catholicisme pendant le XIXe siècle — Chesterton, le cardinal John Henry Newman, plus tard C.S. Lewis — est une passion pour moi. De tout ce que j’ai lu à cet égard, je trouve cette remarque mal informée. Mais peut-être que Proust veut suggérer autre chose, que Swann ne peut pas échapper à ses racines. Le contexte jusqu’à maintenant ne permet pas d’en tirer une conclusion.

On reprend vite la méchanceté de la princesse :

Mais la princesse voyant que M. de Froberville continuait à regarder Mme de Cambremer, ajouta moitié par méchanceté pour celle-ci, moitié par amabilité pour le général : « Pas agréable… pour son mari ! je regrette de ne pas la connaître puisqu’elle vous tient à cœur, je vous aurais présenté », dit la princesse qui probablement n’en aurait rien fait si elle avait connu la jeune femme. 

Elle partage une blague avec Swann sur Mme de Cambremer qui n’a aucun sens en traduction anglaise, mais dont je ne comprends rien en français non plus :

Enfin ces Cambremer ont un nom bien étonnant. Il finit juste à temps, mais il finit mal ! dit-elle en riant.

Il ne commence pas mieux, répondit Swann.

En effet cette double abréviation !…

C’est quelqu’un de très en colère et de très convenable qui n’a pas osé aller jusqu’au bout du premier mot.

Mais puisqu’il ne devait pas pouvoir s’empêcher de commencer le second, il aurait mieux fait d’achever le premier pour en finir une bonne fois. 

Ha… ha ? Je suis perdu.

On finit sur une autre douzaine de pages où Swann pense à Odette, et ici, il me semble que l’on a sauté dans les temps, car Proust nous dit que c’est en fait plusieurs ans depuis la rupture avec les Verdurin. Je crois que l’on aura le mariage la semaine prochaine — n’oubliez pas que dans la première partie du livre, Swann est déjà marié à Odette — mais au moins on a passé un moment en parlant de quelque chose d’autre. Même si c’était la princesse Pénible !

Un cinquième jour dans notre vie

C’est le 29 mars, ce que je considère mon « anniversaire français », parce que c’était la date de ma première leçon en 2020 (2021, 2022, 2023, 2024). À chaque fois, c’est le temps où je considère à quel point je suis évolué depuis le début, et parfois l’occasion d’annoncer un nouveau projet. En 2021, c’était ma chaîne YouTube (pas souvent utilisée), et en 2022, c’était le début de la balado. Il n’y a vraiment plus rien à annoncer à cet égard — pas de nouvelles étapes à franchir, sauf peut-être un niveau C2 dans un avenir lointain. Le grand projet du livre est en processus, et je commence à vraiment croire qu’il sera un produit de qualité. Mais c’est aussi dans l’avenir, si plus proche.

Pourtant, il y avait quelque chose de nouveau à fêter juste hier. Pour la première fois, La Fille est allée avec moi à une soirée de l’OCA. Je ne veux pas dire que c’était planifié — on a eu un échange de garde à la dernière minute, et la hôtesse m’a dit qu’elle serait la bienvenue. Je ne veux pas exagérer ce qu’elle a fait là — elle a observé plutôt que joué — mais elle a fait une bonne impression et j’espère que ce ne sera que le début. (D’autre part, c’est un groupe bien plus vieux qu’elle — je suis soit le plus jeune soit le deuxième, et je ne demanderais jamais à la personne que je crois est plus jeune que moi, au cas où j’aurais tort.)

Naturellement, j’ai apporté mon pot-de-vin habituel pour assurer que tout irait bien :

Photo d'un Paris-Brest fait maison

Ça fait partie d’une expérience pour le livre. J’ai fait ça avec le praliné de Laurène Lefevre ; la semaine prochaine, j’en ferai un autre avec l’autre praliné, et le meilleur accueilli sera la version finale dans le livre. J’ai assez de temps pour ça.

Mais je dois vous dire — et je sais que les rétrospectives deviennent de plus en plus mélancoliques — même si je n’épuiserai jamais mes sujets, le manque de nouveaux buts au-delà du livre m’inquiète. Je pourrais toujours faire la connaissance du futur antérieur et le subjonctif plus-que-parfait, mais bien que je les trouve dans Proust, ça ne me semble pas un bon investissement de temps. Je lirai les deux tomes de Molière que j’ai reçus l’année dernière, mais « lire plus de livres » n’est pas différent.

Honnêtement, tout le monde sait qu’il ne me reste qu’un but, et je dois patienter jusqu’en 2029 pour même avoir l’opportunité. De plus en plus, je me demande si ce sera quand même trop tard. C’est le grand problème de ce blog, et de toute cette aventure, depuis le début — j’ai tout commencé sans but particulier. Je disais anciennement que sans boulot ni relation en jeu, il n’y avait aucun risque que j’arrête à cause d’une perte inattendue. Mais je n’ai jamais trouvé une réponse à l’autre question : et si vous réussissiez ?

La raison pour laquelle je retourne à chaque fois au même thème, c’est qu’en un jour — une leçon pas prévue, par exemple — tout peut changer. Après le livre, qu’est-ce qui sera mon but avec toutes ces activités ? Cette année, il me semble qu’il faudra trouver la bonne réponse.

Je découvre Julien Clerc

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec le prochain numéro sur scène, Julien Clerc avec Sandrine Kiberlain, Marie-Flore et Suzane, tous inconnus à moi avant le spectacle. Ils ont joué une chanson de Charles Aznavour, « For Me Formidable », suivi par le plus grand tube de la carrière de M. Clerc. J’écrirai sur les quatre, puis M. Aznavour. Mais je vous dirai tout d’abord que j’ai trouvé ces 8 minutes parmi les plus émouvantes de la nuit entière. Pas pour la première fois depuis le début de ce projet, je dis que quand 40 000 Français se montrent d’accord, je fais attention.

Photo du jeune Julien Clerc en 1976
Julien Clerc en 1976, Photo par Fotopersbureau De Boer, Domaine public

Commençons avec Julien Clerc, clairement la star de cette partie. Sa carrière étend de 1968 jusqu’aujourd’hui, et comprend 27 albums studio ainsi que 13 albums live. C’est trop pour mon format ; j’essaie de couvrir les points forts, mais c’est à vous de me dire s’il y a des erreurs hurlantes. Au-delà de sa relation avec l’actrice Miou-Miou, inévitable pour son effet sur sa carrière, je vais largement sauter sa vie personnelle. Vous avez certainement eu mon avis sur des situations pareilles.

Paul-Alain Leclerc est né en 1947 à Paris, dans une famille tragiquement comme celle de La Fille — ses parents ont divorcé 1 an et demi après sa naissance. Wikipédia note qu’il reçoit un prénom composé « son père souhaitant l’appeler Paul et sa mère Alain ». J’avais proposé Marie-Skywalker pour La Fille, et quelques mois plus tard, tout est parti en vrille, alors je comprends le lien. Il apprend le piano à partir de ses 6 ans, et plus tard prend la décision incompréhensible d’étudier l’anglais à la Sorbonne. Heureusement pour lui, c’est là où il rencontre Étienne Roda-Gil, qui écrira ses paroles entre 1968 et 1990. Et c’est en 1968 où il fait son début sous le nom Julien avec le disque « La Cavalerie », d’abord un single, et plus tard partie de son premier album, éponyme.

Ça pue la fin des années 60 ; faites la comparaison avec « Spinning Wheel » de la même année. Le son est identique, même si les mélodies, langues et paroles ne le sont pas. Avec son succès, il quitte la fac pour une carrière musicale.

Son deuxième album, Des jours entiers à t’aimer, contient la chanson la plus scandaleuse de l’histoire de la chanson française, à partir de son titre honteux, « La Californie » :

On sait qu’il n’avait jamais mis les pieds dans cet état à l’époque, car les paroles parlent de nos « palétuviers », une espèce qui ne pousse pas ici du tout. (Basse-Californie, au Mexique, c’est autre chose. Mais pas dans ma prison.)

Mais la Californie
Est si près d’ici
Qu’en fermant les yeux
Tu pourrais la voir
Du fond de ton lit

Paroles de La Californie

Je le pardonne après tout. Je la vois en ouvrant les yeux. Il était tout perplexe, c’est tout.

Les 5 prochaines années voient autant d’albums, à partir de Niagara et son tube Ce n’est rien, qui vend 200 000 exemplaires en tant que single :

J’adore cette chanson, et j’ai l’impression que les recherches pour ce billet n’est pas notre première rencontre. En revanche, je n’ai aucune idée d’où je l’aurais entendue. (Pas en voiture en France ; la radio était éteinte tout le temps pour les dormeurs.) C’est enfin un départ stylistique des deux premiers albums. « Si on chantait », le grand tube de son prochain album, en revanche, me donne l’impression qu’il écoutait trop Herb Alpert. Son cinquième album, Julien, prend plus de risques, comme Ça fait pleurer le bon Dieu, mais montre aussi qu’il connaît le marché — Poissons morts me rappelle Three Dog Night, mais plus vite. Beaucoup de cette période sent les États-Unis.

Puis, il sort « Terre de France », avec une chanson délicieusement française, qui n’aurait jamais connu les classements américains, pas avec cet accordéon — mais je l’adore — Danse s’y :

La chanson éponyme vaut la peine aussi.

Son septième album, dit Numéro 7, voit une chanson pour supplier de revenir à France Gall, qui l’avait quittée, Souffrir pour toi n’est pas souffrir. Beurk, cette chanson pue le jeune moi et ses sentiments guimauves. Mieux vaut écouter « This Melody« , qui semble tirer un peu son inspiration de « Your Song » d’Elton John, mais sonne complètement différent.

On saute à son neuvième album, Jaloux, avec sans doute le plus grand tube de sa carrière, Ma préférence. J’étais bouche bée à voir la réaction de la foule pendant Taratata — 40 000 personnes ont chanté avec lui comme personne d’autre cette nuit-là. Je pensais même à l’enregistrer moi-même pour YouTube. Même après avoir lu l’histoire entre lui et Miou-Miou — et mon attitude vers l’infidélité est bien exprimée sur ce blog — je dois avouer que c’est une réussite de premier ordre. Mais je suis la mauvaise personne pour exprimer ces sentiments.

Son dixième album en 1980, Quand je joue, est le final de sa collaboration avec M. Roda-Gil (qui n’a pas écrit Ma préférence). C’est une disque d’or, mais ne se vend pas comme Jaloux ; la même chose arrive pour Sans entracte cette même année.

C’est son deuxième album qui voit un retour aux hauteurs de Jaloux ; Femmes, Indiscrétion, Blasphème devient platine sur le succès de « Lili voulait aller danser », Little Richard mis à jour pour les années 80s :

Son prochain disque, Aime-moi, est aussi certifié platine en 1984, ainsi que sa suite, Les aventures à l’eau en 1987, et sa suite, Fais-moi une place en 1990. La chanson éponyme est écrite pour lui par Françoise Hardy, un effort de revenir dans la chanson française.

Julien Clerc réunit avec Étienne Roda-Gil en 1992 pour l’album Utile, encore une fois platine. Dois-je vous dire ce qui arrive pour Julien en 1997 ? Ouaip, platine. Mais je les trouve plutôt fades par rapport à ses premiers albums. Il y aura, cependant, un autre numéro 1 aux classements pour lui, Si j’étais elle, écrit à moitié par… Carla Bruni ? Je ne sais pas. La chanson éponyme est agréable, mais pas plus à mes oreilles.

En fait, c’est ici où j’arrête. Il reste d’autres albums, tous avec des ventes à envier, mais presque tous en duo avec beaucoup d’autres artistes. La dernière chanson vraiment la sienne qui m’intéresse était « Fais-moi une place ». Et ça va. La moitié de cette carrière serait une réussite étonnante.

Que penser de Julien Clerc ? D’une part, il y a beaucoup de comparaisons à d’autres artistes car il avait tendance à suivre les tendances. D’autre part, ça le gardait sur scène assez longtemps pour sortir de nombreuses contributions importantes à la chanson française. Chapeau, M. Clerc.

Ma note : J’achète l’intégrale.

Les 1 001 nuits d’Un Coup de Foudre

Hier j’ai franchi une étape à laquelle je ne me suis jamais attendu :

Capture d'écran d'une notification de WordPress : « Vous avez publié sur Un Coup de Foudre 1 001 jours de suite ! Continuez comme ça. »

Ce n’est pas mon style d’être si… régulier ? Fiable ? Je vous donnerai un exemple :

Il y a un site web américain dont je fais partie depuis plus de 16 ans déjà, GasBuddy. C’est un site avec une seule mission : partager les prix d’essence partout dans le pays. Je ne suis pas bien informé sur le sujet, mais j’ai l’impression que la variance entre les stations-service en France est beaucoup moins dramatique qu’aux États-Unis. En ce moment, je peux conduire 1 km à la station-service Shell la plus proche, et l’essence me coûtera 4,79 $ le gallon — environ 1,18 € le litre. Je peux conduire 3 km à Costco, et là, je payerai 4,39 $, ou 1,08 € le litre. La différence vaut quelque chose quand on considère que j’achète en général entre 60 et 70 litres à la fois ! Mais qu’est-ce que ça a à voir avec le blog ?

Capture d'écran qui montre comment entrer des prix d'essence sur le site GasBuddy -- on clique une station, on tape le prix, et on le soumet.
Capture d »’ecran de GasBuddy

Pour garder une séquence de jours de suite, je n’ai qu’à entrer un prix d’essence sur le site. Il faut quoi, 20 secondes, pour réussir ça ? Pourtant, ça fait presqu’une décennie depuis la dernière fois où j’ai réussi 60 jours de suite ! Peut-être que vous pensez, « Mais Justin, vous ne l’avez pas fait avec Duolingo ? » Là, on peut tricher un peu en gagnant ce que l’on appelle un « gel de série » — j’ai utilisé une dizaine. Par contre, je peux passer des heures en écrivant certains articles, mais ça ne m’a pas empêché d’enregistrer une séquence au-delà de tout attente.

Mais j’ai intitulé ce post les 1 001 nuits pour une raison. ([Certainement pas votre ressemblance à Shéhérazade — M. Descarottes]). Tout est écrit la nuit ici. À chaque fois où j’appuie sur le bouton pour publier, il est minuit — parfois plus tard. Je vous ai parlé avant de la vie aux deux fuseaux horaires, et rien n’a vraiment changé depuis ce temps-là. Ce n’est pas la meilleure chose pour la santé, mais grâce à la douleur sans cesse, je n’allais pas dormir quand même.

C’est la même chose en vous lisant tous. En général, je le fais après avoir publié le post du jour. Ça veut dire que parfois, je n’éteins pas la lumière jusqu’à 2h du matin. Ce n’est pas bon pour la santé non plus.

L’un de mes projets, une fois le livre sera fini — ou au moins, sera dans les mains d’autres personnes pour corriger le brouillon — sera de trouver un moyen plus sain pour gérer le blog. Le problème avec un si grand chiffre, c’est que j’ai peur de le laisser tomber, mais en même temps, c’est bien le temps de retrouver un horaire plus normal.

Mais vous êtes toujours sur le bon Un Coup de Foudre, et seulement les posts autour de la Saint-Valentin ont le droit d’être complètement mélancoliques. Alors pour finir, un rappel de ce que je croyais « un si grand Chiffre » voulait dire, jusqu’en 2020. À noter, le Casino Royale de 1967 n’est pas la version parodique selon moi (et Belmondo y a joué en plus !).

Photo d'Orson Welles jouant le banquier nommé « Le Chiffre ». À ce point dans sa vie, il était plutôt gros.
Ourson Welles dans la peau du Chiffre, Capture d’écran de Casino Royale, ©️Sony/Columbia Pictures
Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Z’ai cru voir un rominet !

D’abord, étant Langue de Molière, je dois me plaindre que personne n’a remarqué mon calembour de dire « Nain » au lieu de « Nan » en parlant de Blanche-Neige lundi. Une foule dure, on dirait !

Récemment, Anagrys de Chemin de soie a partagé avec moi une expression très intéressante. (Au fait, j’ai récemment appris que c’est une faute d’écrire « m’a partagé ». J’ai arrêté de l’utiliser il y a des semaines, mais c’est la faute aux francophones de naissance que j’avais commencé. Après tout, je l’ai vu où ? Ouais.) Évidemment, vu le gros-titre, il s’agit d’un minet, et il n’y a qu’un chat que je connais qui porte ça comme nom :

Sylvestre le chat, dit Grosminet, dans la peau de Saint-Sylvestre​
Source

Mais notre ami ne m’a pas écrit pour parler de Looney Tunes. Cependant, si je dévoilais exactement ce qu’il m’avait envoyé, ce serait un billet encore plus court qu’attendu. Alors, je vais raconter celui-ci selon la façon des Histoires comme ça de Rudyard Kipling.

Il était une fois, il n’y avait pas d’écrans et tous les paysans étaient ravis de se réveiller dès que le soleil se levait pour travailler, car ils aimaient tant les nobles. C’est ce qui dit mon livre « L’Histoire pour les royalistes ». Et les animaux avaient tous hâte de leur dire bonjour. C’était exactement comme dans la chanson de Disney, « Zip-A-Dee-Doo-Dah », en fait :

Mais un animal se levait encore plus tôt que les autres, l’écureuil, connu à l’époque sous le nom de jaquet. Si on se levait juste à l’aube, on se considérerait chanceux juste d’apercevoir les queues des jaquets pendant qu’ils rentraient dans leurs arbres. Alors, les gens disaient que ce moment du matin était « dès queue-jaquet ».

Cependant, après la Révolution, de plus en plus de monde vivaient dans les villes plutôt que dans les fermes. Et on trouve beaucoup plus de chats que d’écureuils dans les villes, alors l’expression est devenue plutôt « dès queue-minet ». Mais avec la familiarité de tous ces gens vivant si proches, les uns des autres, le langage est devenu plus vulgaire, et on entendait plutôt « dès cul-minet ». Finalement, en 1835, l’Académie française, souhaitant mettre un terme à la grossièreté, a proposé plutôt « potron », venant du français du XIIe siècle, « poitron », qui de son tour est venu du latin « posterio » ; c’est-à-dire, la partie derrière.

Et c’est comme ça que l’on dit « dès potron-minet ».

Ben, j’ai inventé environ un tiers de tout ça. Anagrys m’avait envoyé ce lien de Facebook qui racontait l’histoire de potron-minet. J’ai fouillé dans le Trésor de la langue française, et ai vu que c’était tout vrai, mais n’ayant pas d’autre contexte pour encadrer l’histoire, l’ai transformée en conte. La première citation de « minet » au lieu de « jaquet » ne date que de 1835. Cependant, les formes de « queue » ne sont pas attestées — c’était « potron » dès le départ.

Dès potron-jaquet, même.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec l’expression la plus farfelue qu’il a jamais entendue.