Les faux amis, 1ère partie

Scène typique quand un européen voyage aux États-Unis :

Caissier : Bienvenu chez Starbucks, que veux-tu ?

Française : Un expresso, s’il vous plaît.

Caissier : Juste un expresso ? Tu ne veux pas un venti espresso demi-caféiné avec une double pompe de sirop, et de la chantilly à base de plantes saupoudré avec de la poudre de cacao, mais seulement sur la moitié ?

Française : Non, un expresso suffira.

Caissier : Le nom pour la commande ?

Française : Ghislaine.

Caissier : Je n’arrive pas à le prononcer. Je vais t’appeler Gee. Comment payes-tu, Gee ?

Française : En espèces.

Caissier : Haha, je plaisantais, Gee ! On n’accepte que les cartes ici, Gee ! Tu veux quelque chose de plus, Gee ?

Française, dans l’esprit : Vous ne me connaissez pas du tout, vous n’arrivez pas à prononcer mon prénom, vous me donnez un surnom ridicule, puis vous le mentionnez dans chaque phrase ? En me tutoyant ? Êtes-vous con ? On n’est pas amis !

Française, à haute voix : Non, merci.

Non, je n’aime pas non plus les faux amis. Ils sont aussi énervants qu’incontournables ici. Mais en fait, on ne parle pas de la fausse amitié aujourd’hui, mais des mots similaires qui n’ont pas la même signification, et qui me rendent fou.

Il faut d’abord que je vous dise que le meilleur faux ami que je connais vient de l’espagnol, pas le français. En anglais, on dit « embarrassed » pour gêné ou embarrassé. Mais en espagnol, le bon mot est en fait « avergonzado ». « Embarazada », ce qui ressemble le plus au mot anglais, veut dire que l’on est tombée enceinte. Embarazado, ayant une terminaison masculine, n’a aucun sens. (Mais, quand on parle avec un américain, on sait plus.) Mon ancienne prof d’espagnol au lycée m’a raconté une histoire où l’une de ses élèves a rendu visite à une famille d’accueil au Mexique, et au dîner, a voulu dire que c’était trop à manger. Mais elle s’est trompée de mot, et tout à coup, toute la famille voulait qu’elle mange encore plus !

Alors, les faux amis entre le français et l’anglais. Malgré avoir appris « j’ai envie » de Duolingo en tant qu’alternative à « je veux », je ne l’utilise pas trop souvent, car il ressemble trop le mot anglais « envy. » Envy est la jalousie, l’envie version sept péchés capitaux. Mais on n’utilise pas souvent ce mot comme nom. On dirait jamais en anglais « I have envy of eating a peach, » bien que la traduction littérale soit « J’ai envie de manger une pêche ». Rien de plus normal en français. On peut dire « I envy you, » identique à « Je t’envie », mais oh là là, pas envie d’être le pauvre qui confond les utilisations en disant « J’ai envie de toi » pour « Je t’envie ». Ce serait…compliqué, à moins que ce soit dans un bar karaoké.

À chaque fois où une recette mentionne les raisins, j’ai une petite crise cardiaque. Pourquoi ? Parce qu’on dit « grape » pour « raisin » et « raisin » pour « raisin sec ». Quand j’ai préparé mon frescati, cette question m’a rendu bien perplexe. Au fait, c’est pas une nouvelle à ce point, mais j’utilise les guillemets américains pour l’anglais, et les guillemets européens pour le français. En ce cas, impossible de voir la différence autrement.

« Sensible » me rend bien fou, car la signification n’a rien à voir avec « sensible » (vous voyez encore le problème). En anglais, « sensible » veut dire « raisonnable ». Quelqu’un qui n’est pas souvent « sensible » peut être plutôt « sensible », si vous me comprenez bien. Néanmoins, je crois que je ne me trompe pas souvent du bon mot avec ces deux. Même si c’est parce que « sensible » n’est apparu que trois fois sur le blog jusqu’à maintenant.

Une fois, j’ai eu un joli malentendu avec Laurence Manning, parce que j’ai dit (en français) que je ne pouvais pas attendre son prochain concert en ligne. Mais elle s’était habituée à me parler en anglais, et a cru que je voulais dire « attend », qui veut dire plutôt « assister ». Pour sa part « assist » en anglais veut dire « aider ». Elle m’a dit qu’elle n’allait pas accueillir des invités chez elle. Heureusement, j’ai reconnu l’erreur, et après lui avoir rappelé ces faux amis, il n’y avait plus de problème.

Au fait, cette conversation m’a rendu un peu plus paranoïaque en parlant avec les femmes en français. L’erreur n’était pas la mienne, mais je dirais à ma propre fille de se protéger d’abord et de poser des questions plus tard. Je lui dis aussi que je tuerai son premier petit ami « pour encourager les autres », une expression bien anglaise qui veut dire « pour encourager les autres ». (On connaît très bien Candide en anglais.)

Je vous ai dit dans le titre que c’est la première partie, voiture car je sais que l’on reviendra sur ce sujet. Plusieurs fois. Mais pour finir, c’est vraiment difficile pour moi de me souvenir que « partie » est une part de quelque chose, pas une fête, appelée en anglais « party » (avec un son presque identique). Avec ça, Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour continuer la partie fête.

5 réflexions au sujet de « Les faux amis, 1ère partie »

  1. Maman lyonnaise

    Très bel article sur le thème des faux-amis, Justin.
    Durant tous mes séjours dans votre pays, je ne suis jamais arrivée à avoir mon prénom sur le gobelet du Starbucks ! J’ai pourtant demandé à plusieurs de vos compatriotes comment prononcer correctement « Caroline », mais à chaque fois, mon gobelet se retrouvait avec « Charline », « Charlotte » ou encore « C ».
    Dans un prochain balado, je serai heureuse si vous arrivez à glisser un « Caroline » prononcé à l’américaine. Je l’enregistrerai pour mes prochains séjours !

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    1. Justin Busch Auteur de l’article

      Heureux d’aider. Attendez lundi matin.

      Au fait, MON prénom est impossible pour mes compatriotes. Je suis souvent « Jason », « Dustin », ou bien « Chester ». Quand je parle avec de nouvelles connaissances à l’OCA, il y a souvent des moments maladroits où je me présente à quelqu’un, il reconnaît quelle est la bonne prononciation en anglais, mais c’est difficile à dire avec l’accent anglais en parlant français. Puis je leur dis qu’en fait, je préfère la prononciation française car personne ne gâche mon prénom, et ils se sentent soulagés.

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  2. celadon7

    Chez les solognots et autres endroits de l’hexagone il y a des tenanciers de bistrots du même acabit que celui précité des personnages à l’aise, d’apparence à mon idée .
    Solognot arrive au restaurant .
    Bonjour .
    bistrotier lave ses verres ,essuie avec torchon , regarde si il y a trace , se tourne vers toi machinalement , dit : et pour monsieur ce sera ??
    de concert la famille répond : bonjour monsieur
    la clientèle attablée ne pipe mot
    la serveuse passe , c’est pour manger dit -elle
    nous : bonjour madame .
    bistrotier heu bjour m’sieur dames, c’est pour manger ?
    solognot et famille : au revoir monsieur .
    Juste à côté il y avait une crêperie avec un tenancier poli .
    nous avons fait un repas excellent .Au revoir .

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  3. Ping : Épisode 41, Nord et Noël | Un Coup de Foudre

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