Je viens de virer des amis. Pendant toute ma vie, je m’entendais avec beaucoup de monde où j’étais en désaccord sur tout. Tant que l’on est sincère et ne donne des coups de pied ni aux chiots ni aux enfants, on peut s’entendre. Mais pendant la dernière décennie, ça devient de moins en moins possible. Avant hier, je n’ai jamais abandonné un ami à cause de la politique, mais j’ai certainement regardé les anathèmes de mes amis. Je dis parfois, je fuis quelque chose autant que je cours vers quelque chose.
Il me semble depuis 2017 qu’une certaine partie de mon pays se sent triste à cause d’avoir raté la Seconde Guerre mondiale. Pas moi. Je l’étudie autant parce que je veux l’éviter ! Mais c’est pourquoi nos jeunes ennuyés parlaient d’être « la Résistance » pendant le dernier mandat. Comme si Jean Moulin et Marie-Madeleine Fourcade pouvaient apparaître à la radio pour dire une telle chose en toute sécurité ! On jette le mot « Nazi » par ici et par là. Ces dernières semaines, je vois des choses comme la foule qui cherchait des élèves juifs à Cooper Union — des gens qui n’ont rien à voir avec le conflit — et le vandalisme contre cette communauté-là partout, et je me dis que ce n’était jamais comme ça avant. J’ai honte de mon pays, que ça pouvait y avoir lieu :
Naturellement, je suis bien au courant des actualités en France. Mais je n’avais aucune intention de les revisiter ici jusqu’au moment hier matin où France With Véro a écrit (dans son groupe privé) que la vidéo suivante était… plutôt mal accueillie :
Je crois que c’est la source originale ; je n’ai fait aucune recherche sur le compte lui-même. De toute façon, c’est Douce France, une chanson de Charles Trenet, liée à la Résistance qui fait l’envie à mes compatriotes. Les paroles parlent de la France de ce blog, « Mon village au clocher aux maisons sages », mais je comprends l’argument que citer la nostalgie peut, dans certains cas, sous-entendre « et j’aime ce passé dont vous n’en faisiez pas partie ».
Je choisis de ne pas entendre le choix de ces enfants de cette façon — ils n’agressent personne en la chantant — mais il y a toute une polémique où les deux côtés semblent l’avoir entendu comme provocation. Si on cherche Twitter pour « Douce France » en ce moment, ce graphique se trouve encore et encore, avec des réponses haineuses :

Mais il y a un autre genre de réponse. Ce monsieur en est typique.
« Dommage qu'[ils] ne portaient pas de Kippas » ?!? Je comprends ce qu’il veut dire, suite aux mesures de M. Darmanin, mais c’est une expression de soutien avec ses propres sous-entendus. Que les juifs contrôlent le gouvernement, c’est ça ?
Mais c’est notre conte de deux vidéos. Si la première était en réaction contre quelque chose, j’imagine que c’était cette vidéo absolument choquante de quelques jours plus tôt :
Je ne m’en veux pas aux gamines qui rient, bien qu’il y ait plein de critiques des deux sur les réseaux sociaux. Face à quelque chose comme ça, je suis sûr qu’elles étaient choquées et gênées, et franchement, une réaction colérique face aux chanteurs aurait pu être dangereuse.
Je vous ai dit au début que j’ai viré quelques amis. Non pas des français, mais certains américains que je connais depuis le lycée, même la primaire. J’espère que vous comprendrez à quel point c’était difficile. Mais je vous rappelle pourquoi j’ai appelé mon jour en Normandie « Le pèlerinage ». Les gens que j’ai sortis de ma vie approuvaient des excès de chaque mouvement des dernières années ici. Ils m’ont déjà montré qu’ils approuvent de blâmer aux groupes selon leur identité. Je ne l’excuse plus.
Mais je veux en conclure sur une note d’espoir. Je pense encore une fois à mon deuxième billet préféré du blog, Mes valeurs républicaines (le premier restera Je découvre… la France ! à jamais). Plus que jamais, je tiens à l’idée qu’en France, le citoyen n’est ni blanc ni noir, ni chrétien ni juif ni musulman, mais citoyen. Les garçons qui chantaient dans le métro, quel que l’on pense des messages subliminaux, n’ont pas choisi une chanson sectaire, mais une chanson qui fête le pays. J’y vois le Nord, et par là, un meilleur futur.
































