Archives de l’auteur : Justin Busch

Avatar de Inconnu

A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Coup de vieux

Langue de Molière pour cette semaine part d’un article pour présenter un épisode de la balado il y a 2 semaines. Je vous ai tous demandé le 14 octobre :

Il y a une question, pas à dire polémique, dans mon groupe d’utilisateurs de Duolingo. L’expression « n’est-ce pas », est-elle toujours courante, ou est-elle tombée en désuétude ?

Le tapis volant de Mehmet

J’ai reçu plusieurs réponses, toutes comme celle-ci, qui m’ont signalées que c’était au moins pas commun :

L’expression « n’est-ce pas » n’est plus très utilisée dans le langage courant et populaire. Peut-être chez les aristocrates…
Personnellement, je ne l’utilise jamais et ça fait des années que je n’ai pas entendu quelqu’un prononcer cette expression. Sauf une seule personne, un homme politique. Les humoristes le caricaturent souvent avec cette expression. 😉

Commentaire de Filimages

Ô. Ô. C’est ici où si vous étiez tous Américains, je serais déjà mort. Parce qu’aux États-Unis, dans notre presse, le fait de dire la même chose qu’une personne « mal-aimée » même sans le savoir, c’est assez pour que des manifestants essayent de vous faire virer, faire bannir de toutes vos associations, et autrement perdre tout dans votre vie. Ne me croyez pas sur parole — si vous pouvez lire l’anglais, l’histoire de la geste de la main pour « OK », 👌, est horrifiante. (voilà, voilà et voilà). Pourtant, c’est évidemment pas assez diabolique pour retirer l’émoji. Mais on parlait de « n’est-ce pas », pas d’OK.

J’ai recherché dans mes archives, mais je savais déjà ce que je trouverais, parce que presque tous les choix de mots ici sont faits exprès. Voici le septembre de Justin Le Stylo (« stylo » veut dire « pen » en anglais) :

Au moins on a tous appris un peu de quoi que ce soit, n’est-ce pas ?

Du n’importe quoi, 25/9/24

Et Paris ne serait pas Paris sans le bâtiment préféré des habitants, n’est-ce pas ?

Le projet de La Fille, 14/9/24

Mais cette enquête s’est lancée sur un coup de « ça vaut », n’est-ce pas ?

Vaut mieux m’en vouloir, 11/9/24

Je ne serais pas surpris à apprendre qu’il y avait quelque chose pour gâcher les enregistrements, mais si c’était vraiment le cas, ça devrait opérer à temps plein, n’est-ce pas ?

On est de retour, 7/9/24

Et ce dernier paragraphe est au cœur du problème, n’est-ce pas ?

De la géométrie, 5/9/24

C’est ici où je dois vous remercier tous, exactement pour ne pas avoir se comporter à l’américaine. Il aurait été le truc le plus facile au monde pour me dire « Justin, tout le monde associe cette expression avec seulement une personne et même sa fille l’a viré. Faut pas dire ça. » Et pourtant, personne ne m’a jamais dit un tel mot malgré le fait que tous les mois se ressemblent à cet égard. Évidemment, c’est parce que ce genre de mauvaise foi, quand c’est bien évident que je n’avais pas la moindre idée, est simplement absent de l’âme français. Je ne dis pas que personne ne joue à ce jeu en France, mais que ces gens sont vraiment inhabituels, pas la moitié du pays comme chez moi.

À ce point, vous devriez déjà être en train de vous demander, « Alors Justin, vous ne l’avez pas tiré de nous, car en plus de ce lien, toutes les réponses ont dit que ce n’est plus populaire. Donc, qu’est-ce qu’il y a ? » Et la vérité, c’est que je le dis en anglais depuis longtemps.

Je ne veux pas dire que je dis une traduction. Je veux dire que c’est un emprunt tel quel. Quand on veut avoir l’air George Abitbol — l’homme le plus classe du monde — on parsème ses paroles avec des francismes. Ne me croyez pas sur parole. Voici une capture d’écran pour les résultats sur le site de « The Atlantic », le magazine le plus prestigieux de notre gauche, mais il faut s’abonner pour les lire, alors pas de liens autre que pour ma recherche :

Capture d’écran

Même chose pour « National Review », le magazine le plus prestigieux de notre droite :

Capture d’écran

Les articles qui ne disent pas « NR Plus » sont disponibles gratuitement, alors vous pouvez cliquer ces liens — voilà, voilà, voilà — pour voir que c’est correct. Si vous remarquez qu’il y a moins de temps entre les dates pour le premier que le dernier, ben oui, mais The Atlantic existe depuis 1857, et National Review depuis 1955, et une fois l’on fouille dans son passé, on trouve pas mal de résultats comme ça, des « ringers », on dirait en anglais (des contrefaçons) :

Alors ce que j’apprends de tout ça, c’est que je me fais passer pour un vieillard depuis le début. Ouf. Je ne sais pas ce que je ferai avec cette info, mais une habitude qui dure si longtemps ne va pas disparaître du jour au lendemain…n’est-ce pas ?

Langue de Molière vous reverra en décembre après la Grande Fête du Tour.

Doliprane

Langue de Molière est reportée aujourd’hui car j’ai de la fièvre, et honnêtement, je me suis endormi pendant l’écriture. La bonne nouvelle, c’est qu’hier, c’était une sacrée fièvre, avec des tremblements violents, et aujourd’hui, c’est plus ordinaire que ça. Mais, après avoir lu ce billet de Jours d’humeur, et vu ce gros-titre du Canard enchaîné la semaine dernière :

je vais vous dire la chose la plus choquante des 4 ans du blog :

Une raison pour préférer vivre aux États-Unis qu’en France.

C’est presque certainement la seule et unique fois où je dise une telle chose. Mais… vous savez ce qui s’appelle l’ingrédient actif du Doliprane ? Ça s’appelle paracétamol, ou acétaminophène. Voici la boîte de la marque du magasin Ralph’s (ça s’appelle d’après la société mère, Kroger, la plus grande chaîne de supermarchés du pays) :

Cette petite me coûte 15 $ (13,9 € en ce moment). Mais il y a 225 pilules là-dedans, de 500 mg chacune. Du billet de Jours d’humeur, j’ai appris que la plus grande boîte disponible en France n’en contient que 16, et que l’on ne peut pas acheter plus que 6 à la fois ; c’est-à-dire 96 pilules. Ça m’étonne, et pas de bonne façon.

D’autre part, peut-être que vous avez une bonne raison pour ça. Il y a assez de pilules dans cette boîte pour se suicider en mettant un terme définitivement à son foie. 16 ne fera pas l’affaire, et je ne suis pas sûr que 96 suffit. Je ne vais pas le tester pour vous ; pour une chose, la boîte est à moitié vide. Autre chose, si je réussissais, je ne serais plus capable d’écrire quelle est la bonne dose. Désolé, j’essaie d’être plus utile que ça.

Mais je pense à tout, même malade, n’est-ce pas ?

Je découvre Mayotte

On finit maintenant le Tour avec le 976, Mayotte. C’est le département le vingt-deuxième moins peuplé, et les habitants se nomment mahorais. C’est notre cinquième et dernier séjour dans l’Outre-mer et notre cent-et-unième et dernier séjour en France.

Avant de continuer, je dois remercier Mayotte Tourisme, sans lequel cet article ne serait pas possible. Tout comme en Guyane, le Guide Vert ne couvre pas Mayotte. Le site de tourisme divise les deux îles en 5 parties, alors je suis ses conseils plutôt qu’essayer de planifier la route la plus efficace. Autre chose ; au moment d’écriture, il n’y a que 2 000 résultats sur Wikimedia Commons pour « Mayotte », d’où je tire toutes les photos que je n’ai pas prises personnellement. Ça limite un peu ce que je peux vous montrer.

Comment est-ce que Mayotte est devenue une partie de la France ? Des fouilles archéologiques établissent que les îles sont habitées depuis le VIIIe siècle par des cultures bantoues. Vers le XIIIe siècle, les îles sont conquises par des musulmanes, et du XVe au XIXe siècle, il y a des sultans malgaches qui règnent sur l’Île. En 1841, le dernier sultan, Andriantsoly, décide qu’il ne peut plus protéger l’île, et la vend à la France. En 1886, l’île s’intègre au protectorat des Comores, mais après l’indépendance des ces îles-là, les mahorais luttent jusqu’en 2009 pour le droit de se rattacher définitivement à la France.

On commence à l’île dite Petite-Terre, car c’est où se trouve l’aéroport. Le Lac Dziani nous attend au cœur d’un cratère volcanique. On peut faire une balade autour du lac en une heure, mais défense d’y baigner — les minéraux dissous dans les eaux sont corrosives. Pour soigner notre déception de ne pas plonger dans l’eau le plus vite possible, on part pour la plage de Moya, pas loin, et le début de notre aventure dans l’océan Indien.

On prend la barge à Dembéni-Mamoudzou sur la Grande-Terre, où on passera le reste de notre séjour. On va d’abord visiter le marché couvert, pour faire la connaissance de notre régime du voyage, ainsi que des tissus et des bijoux locaux. D’ici, on peut prendre des tours à partir du ponton de plaisance, surtout pour regarder des baleines.

D’ici, on passe vers le Nord, territoire forestière où se trouve des mangroves pleine de palétuviers. On visite les communes de Hamjago et Mtsamboro pour voir leur production d’agrumes. L’îlot Chissioua dans la baie de Mtsamboro est inhabité mais il fait l’arrière-plan parfait pour encore une autre plage exceptionnelle.

Nous sommes déjà sur la côte ouest de Grande-Terre, alors on continue vers le Centre-Ouest. À M’Tsangamouji, on peut visiter l’ancienne sucrerie de Soulou, avec des bâtiments qui datent du XIXe siècle, de nos jours classée monument historique. À Combani, on visite le Jardin d’Imany, où se cultive l’ylang-ylang — on peut passer toute la journée à sa découverte. Quelque part, une méchante de légende sourit.

Nos derniers arrêts se trouvent au Sud de l’île, dit « la partie la plus touristique » par l’office de tourisme lui-même. Sur la plage de N’Gouja, recouverte de sable noir, de baobabs, et de bambous, on est à la recherche des makis — un genre de petit singe — et des tortues marines. On finit notre tour de Mayotte, donc de toute la France, en grimpant le Mont Choungui (à peu près 600 mètres de hauteur) pour une vue panoramique sur la pointe Kani-Kéli. Mon amie Pascale m’a dit au moment de mon arrivée en France pour la première fois de ma vie, « Bienvenue dans le plus beau pays du monde », et je le crois, plus fort que jamais.

Qui sont les personnages les plus connus de Mayotte ? Géniale Attoumani, journaliste de France TV, est née à Mamoudzou. La parolière Anne Segalen, qui a écrit les textes de L’Opportuniste et Fais pas ci, fais pas ça pour Thomas Dutronc, est née à Dzaoudzi. Mansour Kamardine, avocat qui a mené l’abolition de la polygamie sur Mayotte, est né à Sada, ainsi que Thani Mohamed Soilihi, premier mahorais à entrer dans un gouvernement français (en tant que secrétaire d’État à la Francophonie sous le gouvernement Barnier).

Que manger à Mayotte ? Je dois la moitié de cette partie à une blogueuse mahoraise, Matavy. Les légumes et fruits de l’île — le manioc, le fruit à pain, les bilimbis, le jaquier — ne se trouvent pas dans les Carrefour et les Ralph’s du monde. Les poissons locaux comprennent des espèces familières, telles que l’espadon et le thon, mais aussi des barracudas ! Le plat phare de Mayotte est un genre de brochette, le cornet buck, « des petits cônes de patte briochée fourrés à la viande et patates douces souvent accompagnés de coriandre ». Pour manque d’une recette, je n’en préparerai un. Les « mamas brochettis » sont partout, des vendeuses de brochettes de viande cuites en plein air. On se contentera de plats principaux plus faciles à cuisiner dans l’Hexagone, la souris d’agneau aux pois chiches et carottes ou le poulet frit au piment. En dessert, il y a le Koloda, de la noix de coco râpée cuite dans un caramel, et des salades de fruits locaux. Pour boire, il y a le trembo vurga, un vin de palme, et le ti-punch, trouvé partout dans l’Outre-mer, ainsi que de nombreux jus de fruits.

Saison 3, Épisode 32 — Réunion à La Réunion

Il ne nous reste qu’un département de plus, et je publierai le « Je découvre » demain. C’est enfin la fin du Tour, et si vous avez remarqué le motif qui répète à l’ouverture de chaque billet, sachez que j’ai eu du mal à écrire le dernier premier paragraphe. J’espère que j’ai fait le bon choix.

Il n’y avait pas de bon endroit pour la mentionner pendant la semaine, mais j’ai un peu ma propre crise de santé en ce moment. J’étais chez la dermatologue jeudi pour des tests afin de savoir si j’ai un cancer de la peau. Il me faudra environ 2 semaines pour avoir les résultats.

Ce week-end, j’ai accepté une invitation à participer à un événement caritatif dit Podcasthon, c’est-à-dire faire un podcast avec un thon. Non, mais sérieusement — le nom vient de podcast et « telethon », un mot anglais pour un événement caritatif à la télé dans le but de récolter des fonds pour telle ou telle cause. L’idée est que chaque podcasteur choisit une association caritative et fait une interview pendant la même semaine pour la faire connaître. J’ai une idée de quelle association en France j’aimerais promouvoir, mais il me faudra contacter des gens avant d’annoncer plus.

Tout ça, c’est-à-dire que 5 Minutes Avec n’est pas mort. J’espère que les interviews reviendront cette année, bien avant Podcasthon.

J’ai trouvé une vidéo avec la bonne prononciation de « schwowebredele » afin de le dire pour l’introduction de cet épisode. (Le mot a la même origine que le nom de plume Italo Svevo.) Si vous avez envie d’un fou rire, cliquez le lien et l’écouter, puis allez suivre ce lien vers Google Traduction et écoutez son idée de quoi dire.

J’ai vu cette vidéo sur Instagram (en anglais) qui traite de façon humoristique la pire chose aux États-Unis toutes les années paires. Pendant les deux mois avant les premier et deuxième tours des élections, soit la présidentielle soit les locales, nos portables sonnent sans cesse avec des SMS des candidats. Et le truc le plus « drôle », c’est que nous sommes tous d’accord que nous ne les voulons pas, même des candidats pour lesquels nous allons voter. Car que l’on soit d’accord avec le candidat ou pas, personne n’a souscrit à ces messages ! Voici deux exemples que j’ai reçus :

Peut-être que vous avez remarqué que cette année, j’ai commencé à utiliser des gousses de vanille plutôt que de l’extrait. C’est parce que j’ai enfin une source à prix raisonnable, à ne pas dire bon marché. En ouvrant l’emballage hier, j’ai remarqué quelque chose de drôle. Le vendeur, Costco, les suggéré comme remplacement pour l’extrait — mais c’est plutôt l’inverse !

Notre blague traite de garçons qui cherchent des produits féminins. Les Bonnes Nouvelles traitent d’un homme qui soigne des animaux pendant sa retraite. Nos articles sont :

Les gros-titres sont : Ruée Vers L’Or et Drogue. Il n’y a pas de gros-titre satirique avant le dernier article, mais j’offre une petite histoire sur quelque chose liée à la balado que Pascale trouvait drôle.

Sur le blog, il y a aussi Mon dîner réunionnais, le cari crevettes et le gâteau pâtate, La bonne conduite, ma plainte sur le manque de considération des influenceurs, et Les schwowebredele, des biscuits de Noël fait en octobre car c’est juste ce que l’on fait aux États-Unis je dois publier le bulletin de novembre et décembre dans une semaine.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Les schwowebredele

Je n’aime pas publier une article où je n’ai pas la moindre idée de comment prononcer le gros-titre. ([C’est difficile, dire « les ». — M. Descarottes]) Mais je dois publier le prochain numéro du bulletin de l’OCA d’ici 8 jours, raison pour laquelle j’ai demandé de l’aide pour chercher une bonne recette de bredeles, les biscuits alsaciens de Noël. (Je publierai une recette de Thanksgiving et une de Noël ; pour Thanksgiving, ce sera la tarte aux noix de pécan de Galatoire’s. Ce genre de tarte est l’autre tarte de Thanksgiving, après la citrouille ; je crois que c’est plus dans mon remet d’utiliser une recette de la Nouvelle-Orléans.) De toute façon, en remerciant Anagrys de Chemin de soie, qui m’a répondu par courriel avec plusieurs bon choix, voici les schwowebredele :

J’ai une date limite à réussir. Allons les préparer !

Lire la suite

Adieu, Pascale

Je sais depuis longtemps qu’hier arriverait un jour, mais j’espérais que ce serait peut-être 5-6 ans au futur. Je me suis réveillé à découvrir qu’une connaissance en commun essayait de me signaler le décès de mon amie Pascale. Vous la connaissez un peu sans l’avoir su. Je n’ai pas l’habitude de donner même des prénoms, mais dans ce cas, il me semble qu’un prénom ne posera plus de problèmes.

J’ai raconté plusieurs fois que l’histoire de ce blog commence avec un groupe privé sur Facebook en 2020, où je suis allé pour apprendre le français en suivant des vrais. J’ai vite développé l’habitude d’y poster sur un film chaque semaine. C’est comment j’ai rencontré Pascale, qui était aussi grande fan du ciné français. Elle avait toujours l’habitude d’être parmi les premiers à réagir à mes posts là-bas, et quand elle m’a envoyé une demande d’ajoute, j’étais ravi.

Elle était particulièrement fière de ses racines savoyardes, étant née et ayant grandi à Chambéry, où elle vivait jusqu’à la fin. Quand on s’est rencontrés en ligne, elle parlait tout le temps de son « Papounet », déjà atteint de presque 90 ans à l’époque, qui vivait dans un EHPAD. Elle était une fille dévouée de son père, et lui rendait souvent visite, jusqu’à la fin.

Pascale était la raison derrière une poignée de posts ici. C’était son grand amour pour l’émission Les 12 Coups de Midi qui m’a inspiré de la regarder enfin. Ce que je ne vous ai pas dit dans ce post-là, c’était qu’elle écrivait parfois des posts sur Facebook pour corriger des erreurs de la part de M. Reichmann. Je savais même à l’époque qu’elle n’était pas en bonne santé, alors un mois plus tard, j’ai dévoilé une chanson savoyarde et une bûche de Noël inspirée par le département pour mes activités de Noël, car je n’étais pas sûr si elle verrait l’arrivée du Tour en Savoie. Je lui ai demandé une fois que faire pour le Tour une fois là ; voici la note dans mon tableur :

De Pascale : « Pour la Savoie, je te conseille la croziflette, beaucoup plus légère que la tartiflette. C’est un gratin de crozets, de petites pâtes au sarrazin. Avec une simple salade verte, ça passe tout seul ! Tu accompagnes ça d’un verre de vin de Savoie (Apremont ou Mondeuse) avec, pour dessert, un gâteau de Saint-Genix (qui est aussi le village natal de mon Papounet) et tu as un bon repas. Surtout si tu prends des fromages du coin (Beaufort, Reblochon…) »

C’était quoi mon dîner savoyard ? La croziflette et le gâteau de Saint-Genix. Je ne sais pas qui s’en souvienne, mais qu’est-ce que j’ai apporté avec moi en rentrant de la France en 2023, au-delà une douzaine barres de nougat de Montélimar ? Des pralines roses, achetées exprès chez Galeries Lafayette afin de faire ce gâteau-là, car je voulais tellement ne pas la décevoir. Ça fait 3 fois que je suis allé en France pendant le Tour, mais c’est le seul ingrédient que j’y ai acheté pour cuisiner à la maison. Comme j’aurais aimé lui livrer un gâteau !

Et c’est à Pascale que je dois l’une de mes leçons les plus importantes sur le caractère français. Elle n’hésitait jamais à me corriger, à chaque fois avec des excuses vraiment pas nécessaires, et souvent avec un sourire. Je dois partager certains avec vous, et surtout cet échange :

Et après un don de sang où j’avais posté seulement en anglais :

Elle m’a aidé à comprendre que vous êtes obsédés de la grammaire, mais pas méchants sur le sujet (ben, je fais partie de Sans l’option Bescherelle sans honte). Mais même quand le sujet n’avait rien à voir avec la grammaire, elle gardait toujours le même sens de l’humour. Sous ce post où j’ai fêté l’arrivée d’une enveloppe avec ma propre écriture (car elle a contenu l’autographe de Nicola Sirkis) :

il y avait cet échange :

Pascale ne me corrigera plus jamais, et non pas car j’aurai réussi à ne plus en avoir besoin, et pour ça, les larmes ont coulé toute la journée.

La bonne conduite

Il y a deux jours, pour la première fois, j’ai réussi à me faire bannir d’un groupe sur Facebook.

« Mais Justin », vous me dites, « vous êtes un sale grossier dès le départ ! On sait tous que La Fille a dû vous gronder pour avoir vite adopté de gros mots français ! » Puis, un Ricard plus tard, « Alors, dites-nous, qu’avez-vous sorti pour mériter ce bannissement ? »

C’était dans un groupe anglophone consacré à des blagues autour de la série de jeux vidéo Final Fantasy. Peut-être que vous avez entendu parler de la mort du chanteur Liam Payne, anciennement du groupe One Direction, qui est tombé du balcon de sa chambre d’hôtel. Il est possible qu’il se soit suicidé. Moins d’une heure après la nouvelle, l’admin du groupe a posté cette photo du personnage Tidus de Final Fantasy X, de la finale du jeu (c’est un moment tragique). La légende en anglais dit, « Il s’est montré digne du nom de son groupe, il est allé vers une direction. »

Source

Je vous dirai en toute sincérité que l’une des choses qui m’attire à ce groupe est le fait que la politique est rigoureusement bannie, pas selon le sens américain de ce mot, où la politique avec laquelle l’admin n’est pas d’accord est bannie. En revanche, l’humour du groupe a souvent un caractère…grossier.

Alors, comment est-ce que j’ai débloqué ces succès ?

Vous pouvez voir mon commentaire en anglais. Ça dit simplement « C’est grossier. » La règle que je n’ai pas respectée ? « Ne sois pas offensé. » L’explication en bas ajoute « Si tu n’aimes pas le post de quelqu’un, bloque-le. En plus, tu peux quitter le groupe. » (Rappelez que selon moi, « you » en anglais se traduit seulement par « tu ».)

C’est typiquement moi d’être banni pour ne pas être assez grossier. Mais honnêtement, j’ai cafardé sur moi afin de justifier râler sur d’autres personnes. Et non pas de ce groupe-là.

Il ne reste qu’un département pour terminer le Tour. Le « Je découvre » paraîtra mardi matin. Je réussira donc mon horaire. Mais afin de ne pas régler des comptes pendant la fête du Tour, je le fais maintenant.

À chaque fois où j’écris un « Je découvre », j’écris un tweet qui remercie l’office de tourisme du département. Je ne m’attends pas à beaucoup, certainement pas à l’accueil des nivernais, mais une mention j’aime ou un retweet est toujours le bienvenu.

Mais il y a un an et demi, les choses ont changé. La moitié des offices de tourisme ont quitté Twitter, et tout le monde se trouve sur Instagram maintenant. C’était donc en février 2023 où j’ai enfin complètement mis à jour mon compte Instagram, et à partir de l’Oise, je tague les comptes de presque tous les cuisiniers auxquels j’emprunte mes recettes, ainsi que les offices de tourisme. Même avant ça, je le faisais parfois, mais pas régulièrement pour le Tour. C’est seulement cette année où je fais des « stories » pour annoncer les « Je découvre » aussi. Mais tout ça, c’est à dire que je fais pas mal de publicité pour d’autres personnes.

Et presque personne ne répond.

Je ne dis pas que quiconque est obligé de partager quelque chose juste car je l’ai tagué. Après tout, si on est un vrai influenceur avec des milliers d’abonnés, même des centaines de milliers, tout le monde veut son attention. Je comprends ça.

Et je vais m’arrêter ici pour dire que la meilleure personne que je connais sur Instagram est Péla, qui reconnaît à chaque fois quand on met ses recettes à l’honneur. Cependant, tout ce que je fais venant d’elle est au-delà du Tour.

Mais dites-donc, quand je vois une preuve qu’exactement la bonne personne a vu une telle pub pour eux, pourtant la moindre mention j’aime, le bouton pour laquelle était sur le même écran en même temps — et le cliquer reste trop d’effort ? (Il y aurait de petits cœurs sur les photos de profil si les utilisateurs avaient aimé le story.)

(J’ai supprimé des gens bien connus à cette communauté — ma plainte n’est pas que ceux qui me connaissent n’ont pas aimé quelque chose. C’est que le sujet du post n’a rien fait.)

Au moins Île de La Réunion Tourisme est un grand compte avec 165 000 abonnés. Il y en a des beaucoup plus petits qui gardent le dos tourné. Je peux pardonner de tels restos que Chez Gégène ou Le Grand Charles pour ignorer de tels clins d’œil, car ils ne sont pas très actifs sur leurs comptes. (Est-ce que je viens de cafarder sur eux ? Mais oui.) Mais au-delà Claire Heitzler pour sa tarte aux figues, la dernière fois où quelqu’un lié au Tour m’a laissé une mention j’aime pour avoir utilisé sa recette…il faut remonter le temps en octobre 2023 pour en trouver une autre. Il y a exactement 4 autres exemples.

Quant au reste ? Ils s’en foutent si on les mentionnent.

Alors, grossier que je suis, j’ai juste un mot pour tous ces ingrats :

Nyctalope.

Mon dîner réunionnais

Je me suis fait une promesse : après trois dîners de suite à base de poulet, celui-ci n’en aurait pas ! Heureusement, on est sur une île, et à chaque fois où ça arrive, il y a des poissons et des fruits de mer sur la carte. Alors, je vous présente le cari crevettes et le gâteau patate :

Je sais, il y a du jamais vu sur l’assiette. Je l’expliquerai. Allons les préparer !

Lire la suite
Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Elle accuse

J’ai récemment vu une publication du site Vie de Merde qui m’a renvoyé vers mon dictionnaire :

Capture d’écran

J’avais l’impression que « lettre recommandée » serait quelque chose de légal et je n’étais pas déçu :

Mais juste pour être sûr, j’ai fait une recherche sur Le Goog et ça m’a amené au site de La Poste, mais aussi à Wikipédia. Là, une surprise m’attendait :

Capture d’écran

C’est quoi un accusé de réception ? Une fois de plus au dictionnaire :

Je connais le bon truc aux États-Unis — c’est un « return receipt » — mais le nom en français m’a épaté. Non pas seulement destinataire, celui qui reçoit la lettre est accusé de l’avoir reçue ! Je sais que ça doit tomber un peu de même façon pour les oreilles francophones, car dans un procès judiciaire, le type inculpé est dit « l’accusé », presqu’identique à l’anglais, « the accused ». Il y a même un film de 1930 avec ça dans le titre, « Accusée, levez-vous ».

J’imagine que la seule personne qui m’a jamais envoyé une lettre de ce genre le trouverait hilarant, si elle parlait français.

Il y a un autre mot qui tombe aussi mal pour moi de cette façon, abuser. En anglais, « abuse » en tant que verbe veut dire exactement trois choses : soit on se sert trop de quelque chose, et en résultat la chose est endommagée ; soit on prend des drogues ; soit on est violent envers quelqu’un d’autre, de façon répétitive. On peut aussi utiliser « abuse » en tant que nom pour les deux derniers sens — « drug abuse » (abus de drogue) ou « domestic abuse » (violence domestique).

Mais en français, on peut dire « abuser » pour vouloir dire « tromper » :

Sganarelle : Mon maître est un fourbe, il n’a dessein que de vous abuser, et en a bien abusé d’autres.— MolièreDon Juan, acte II, scène IV

Abuser, Wiktionnaire

On peut l’utiliser même en version réfléchie, ce qui m’est hilarant, car ce que « self-abuse » veut dire en anglais, c’est se branler. Mais ce n’est pas le sens de cet exemple :

Je ne soutiens pas les Allemands, dit-il, pas plus que je ne m’abuse sur les motifs exacts de leur proposition. — Pierre BenoitMonsieur de la Ferté, Albin Michel, 1934, Cercle du Bibliophile, page 211.

S’abuser, Wiktionnaire

On peut aussi utiliser « abuser » pour signifier « trop utiliser quelque chose qui n’est pas mauvais en soi » :

Pourquoi il ne faut pas abuser des jus de fruits

Gros-titre sur Franceinfo

On peut dire une telle chose en anglais, mais seulement de façon humoristique ou exagérée.

Mais c’est ici où je m’arrête, avant que l’on ne m’accuse d’avoir abusé ces exemples.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de mon coup de vieux. Puis, cette colonne sera en congés jusqu’en décembre, car novembre sera la Grande Fête du Tour, et j’ai des préparation à faire. Mais demain, je publie mon dîner et dessert réunionnais en même temps, alors ne doutez plus que je finirai avant le 4e anniversaire du blog !

Je découvre La Réunion

On continue maintenant le Tour avec le 974, La Réunion. C’est le département le vingt-cinquième plus peuplé et les habitants se nomment réunionnais. C’est notre quatrième séjour dans l’Outre-mer.

Il y a longtemps, je me suis gravement trompé sur la géographie française, de façon qui concernait La Réunion. Voici une capture d’écran de Facebook :

La partie importante dit « Je ne peux pas dire pourquoi, mais je voulais découvrir où est l’endroit le plus loin de chez moi au monde en ce moment ». La date vous montre que je n’avais toujours pas lancé le blog, et je n’avais pas compris que « Saint-Denis » dans cette liste n’était pas Seine-Saint-Denis. Je comprends maintenant. Je me pardonne — ce qui n’arrive jamais ! — parce que je pensais tous les jours au concert d’Indochine à venir. Quant à la raison pour vouloir m’éloigner de la maison, elle s’est bannie du blog.

Comment est-ce que La Réunion est devenue une partie de la France ? L’île elle-même était connue aux explorateurs portugais du XVIe siècle, mais c’était seulement en 1642 que des Français y sont arrivés pour la revendiquer au nom du roi et la baptiser « Île Bourbon ». Les premiers colons en permanence ne sont arrivés que jusqu’en 1665 ; avant ça, l’île restait inhabitée. 50 ans plus tard, le café donnerait lieu au système d’esclavage. Le nom « La Réunion » arrive en 1793, « en hommage à la réunion des fédérés de Marseille et des gardes nationaux parisiens, lors de la marche sur le palais des Tuileries ». L’île atteindra son statut de département en 1946, ayant été française depuis le moment de ses premiers habitants.

On arrive par l’aéroport à Saint-Denis, mais ce sera notre dernier arrêt. Le sens de la visite est très logique si on suite largement la côte et retournons jusqu’à notre point de départ. Je vais recommander quelques choses qui pourraient être très difficiles, alors il y a 16 escales ici au lieu de mes 12 habituelles.

Notre premier arrêt est Saint-Paul. Ici, on visite la plage de Boucan-Canot (2 étoiles Michelin), un endroit idéal pour la baignade parmi les coraux et poissons. Puis on visite le Musée de Villèle, pour apprendre plus sur l’histoire de l’île dans l’ancienne plantation du XVIIIe siècle, sa cuisine et hôpital des esclaves, et sa « Chapelle Pointue », une petite église néo-gothique du XIXe siècle, avec un autel construit à Nantes en marbre italienne. De La Rivière des Galets, on réserve des places dans un 4×4 pour aller au Cirque de Mafate (3 étoiles) — c’est le seul moyen pour nous rendre à ce massif plein de sentiers de randonnée (déconseillé à ceux qui ne sont pas en pleine forme). Le Gouffre des Trois Roches (3 étoiles) est à la fin de l’un de ces sentiers et offre des vues panoramiques des cascades.

On continue le long de la N1A jusqu’à Saint-Leu. Ici, il y a 3 musts (ça me tue, que l’on dit ce mot en français). Kélonia (2 étoiles), l’observatoire des tortues marines, accueille des tortues dans 1 500 m3 de bassins, et participe à guérir des tortues blessées avant de les relâcher en mer. Le jardin botanique Mascarin (2 étoiles) se trouve dans le domaine des Colimaçons, et abrite huit collections de plantes : les plantes indigènes, les plantes introduites par les colons, les cactus, les caféiers, et d’autres. La Réunion est une des îles où se trouve l’ylang-ylang, inconnu pour moi jusqu’à ce momenttout se lie sur ce blog ! Le Musée Stella Matutina (2 étoiles) nous apprend sur l’industrie de la canne à sucre, dont l’esclavage et les techniques sucrières. Puis on continue au sud le long de la N1, jusqu’à Saint-Louis, où on visite la Sucrerie du Gol (2 étoiles), la dernière qui fonctionne sur l’île. On peut y déguster les produits, et si vous avez suivi ce blog depuis un moment, vous savez que ça vaut une étoile de plus !

À une douzaine de km de la sucrerie, on visite le marché couvert de Saint-Pierre (1 étoile), avec tout genre d’épice, de fruits et de légumes. Le prochain arrêt est pour les personnes vraiment en bonne santé, car il y a des détours importants pour les visiter. De Saint-Pierre, on suit la N3 à Bourg-Murat puis la Route Forestière du Volcan jusqu’au Pas des Sables pour la Plaine des Sables (3 étoiles) — le Guide Michelin estime qu’il faut 1h20 pour conduire les 45 km, puis il y a une randonnée de 7,5 km, mais en récompense, il y aura des vues spectaculaires du Piton de Partage et du Piton de la Fournaise. Après le retour vers la côte, on continue le long de la N2 à Langevin, puis suit la Rue de la Passerelle jusqu’au Sentier de la rivière Langevin (2 étoiles). Ça nous amène à la cascade Langevin,  » un site composé de multiples petites cascades s’étalant sur la même paroi rocheuse recouverte par la végétation et plongeant dans un large bassin à l’eau clair « . On reprend la N2 et croise la Rivière de l’Est sur son pont suspendu (1 étoile) en route à Saint-Benoît.

À Saint-Benoît, nous avons un choix. Soit on prend un helicoptère soit on conduit dans la forêt de Bébour-Bélouve pour marcher sur le sentier vers la plus haute cascade de France, la Cascade du Trou de Fer (3 étoiles), une chute de 725 mètres. Quoi que soit le choix, notre prochain arrêt est à Saint-André, la Coopérative ProVanille (1 étoile), pour une visite guidée qui nous apprend le parcours de la vanille Bourbon — la seule dans ma cuisine depuis toujours, mais venant de Madagascar (lien en anglais), pas de La Réunion (car indisponible chez moi).

Notre tout dernier arrêt est la ville de Saint-Denis. D’abord, on visite le Musée Léon Dierx (1 étoile), nommé pour un poète et peintre de l’île. Là, on trouve une collection de tableaux par de tels artistes que Berthe Morisot, Auguste Renoir et Paul Gaugin, ainsi que des artistes réunionnais. En attendant notre avion, on finit sur la plage du Barachois (1 étoile), dotée de canons installés pour proteger l’île contre des anglophones, où on profite d’un dernier coucher de soleil.

Qui sont les personnages les plus connus de La Réunion ? Roland Garros, aviateur pour qui le stade de tennis parisien est nommé, est né à Saint-Denis, ainsi que l’économiste Raymond Barre et l’humoriste Manu Payet. L’enfant terrible L’écrivain Michel Thomas, dit Michel Houellebecq, est né à Saint-Pierre.

Que manger à La Réunion ? Une liste des fruits et légumes locaux se lit comme n’importe quelle île tropique — des noix de coco, des bananes, etc — mais aussi une variété d’ananas inconnue pour moi, le Victoria ; le goyavier, cousin de la goyave ; et une douzaine de variétés de mangues. La vanille Bourbon est le seul produit IGP de l’île. En plats principaux, on trouve le plat phare, le rougail saucisses — le rougail étant un mélange de tomates, oignons, piments et gingembre, ainsi que le cari — une famille de plats de viande ou de poisson mijotés avec des tomates, des oignons, du curcuma et du safran, le canard à la vanille (dans une sauce à base de vin rouge avec une sacrée quantité de vanille), et grâce à la population d’origine indienne de La Réunion, les samoussas (regardez la notification du site Zest en bas). En dessert, il y a le gâteau patate, à base de patates douce blanches ; le gâteau ti son, à base de farine de maïs ; et les bonbons de miel, des beignets recouverts d’un sirop de miel. Pour boire, il y a les rhums réunionnais, produits par quatre distilleries sur l’île, et le rhum arrangé, du rhum dans lequel on macère des fruits, des épices et d’autres herbes.