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La Chine uber alles

Je vous ai menacé que j’allais peut-être écrire sur ce sujet, mon ami que je vois de plus en plus sous l’emprise d’un pays dont il n’a jamais vécu, ni ses parents non plus (et si j’ai bien compris, plusieurs générations avant ça). Ce n’est pas la première fois où nous aurons abordé ce sujet — il croyait sans preuves que la France a dû être sauvé par la Chine afin de rouvrir Notre-Dame. Ça vous donne, malheureusement, une idée du genre de propagande auquel il fait attention. Mais nous revisitons ce sujet parce qu’il a réussi à m’étonner la semaine dernière, et pas de bonne façon.

Drapeau taïwanais, Dessin par Sun Yat-sen, Domaine public

Sa thèse depuis des années, c’est que les États-Unis sont obligés de céder tout influence en Asie à la Chine, parce qu’elle est déjà la plus grande puissance au monde, et nous devrions donc faire un accord avec eux où la Chine aura exactement l’idée japonaise des années 1930, la Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale, sauf avec la Chine en tête. En échange, selon lui, les chinois devraient laisser l’Amérique du Sud aux États-Unis, façon la doctrine Monroe. Et à ses yeux, ça doit commencer avec l’annexion du Taïwan.

« Heureusement », et seulement un vrai impérialiste pourrait dire une telle chose, il ne croit plus que ce sera après une invasion, car il est certain que les taïwanais vont voter pour exactement ça, une chose qui n’est pas évident vu les attitudes exprimées dans des sondages : moins de 7 % de la population souhaite s’unir à la Chine (lien en anglais, mais vers une source taïwanaise). Et quand je lui ai dit, « Et si le vote est contre, la Chine continentale est obligée de l’accepter, oui ? », il m’a répondu que ça n’arrivera pas parce que la Chine a aussi un scrutin. C’est très soviétique, cette attitude : le vote compte seulement tant que le résultat est selon les souhaits du Parti.

Il faut se souvenir que sa famille a vécu en Indonésie pendant un siècle, et est partie seulement à cause des persécutions contre ceux d’origine chinoise par le gouvernement de Soeharto. On penserait qu’avec une telle histoire, il serait plus sensible aux conquêtes et aux persécutions contre les minorités. On ne pourrait pas avoir plus tort.

En parlant de ses fausses idées sur la restauration de Notre-Dame, je vous ai dit qu’il est tombé dans les griffes d’une communauté identitaire en ligne, qui lui donne des idées de la suprématie des Chinois. Mais je n’ai pas parlé de ses idées les plus inquiétantes. À l’époque, il m’avait appelé pour râler pendant une heure entière que le président Franklin Roosevelt n’aurait jamais dû être né. Comment ça ? Vous voyez, son grand-père Warren Delano (lien en anglais) était trafiquant d’opium, et il aurait dû être condamné à la peine de mort. Et si ça s’était produit, ainsi que la mort pour d’autres trafiquants, ce serait l’empire chinois qui aurait gagné contre le Japon plutôt que l’inverse. On parle donc de fantasmes revanchards.

Récemment — c’est-à-dire la semaine dernière — il m’a expliqué que c’était un mensonge occidental que la Chine était en train de supprimer la langue et la culture tibétaine. Ça, c’est un gros mensonge. Je lui ai envoyé un essai — en anglais ainsi qu’en français — par deux experts français en études tibétaines, qui dit, parmi d’autres choses :

Les écoles tibétaines comme celles des autres ethnies ferment les unes après les autres et les initiatives privées d’enseignement du tibétain le soir ou dans les monastères pendant les vacances sont dorénavant interdites. Les collèges et lycées doivent enseigner uniquement en chinois, et cela concerne aussi la plupart des écoles primaires et même les jardins d’enfants dans les zones rurales.

La nouvelle politique linguistique au Tibet et ses conséquences

Sa réponse ? « La France fait pareil ; cherche « La honte et le châtiment » ». Ce dernier est un livre, publié cette année, par une bretonne, sur la politique de francisation en Bretagne ainsi qu’au Sénégal. Je n’exprime aucun avis sur ses contenus ; je ne l’ai pas lu. Mais je sais qui ne l’a pas lu non plus, et je trouve cette réponse très peu sincère. Est-ce la politique de la France envers le breton ou l’occitan maintenant ? Ben non, même si — et j’ai écrit sur ça avant — j’admire qu’il n’y ait qu’une langue officielle de la République. Il ne sait rien de ça, et franchement, il s’en fout — tout comme son intérêt à tuer les ancêtres de nos présidents, c’est juste une question de trouver n’importe quelle excuse pour justifier la politique du gouvernement chinois.

Je ne vais pas vous dire pourquoi il m’a dit pendant cette même conversation que la Chine est en train « d’éduquer » les Ouïghours. Mais juste hier, il m’a envoyé un article d’un magazine américain pour dire que le concours de l’IA est déjà remporté par la Chine, parce qu’ils construisent plus de centrales pour avoir assez d’électricité. Chaque réclamation faite au nom de la Chine n’est rien que la vérité pour lui ; chaque critique n’est qu’une combinaison de racisme et d’hypocrisie.

Je veux que vous compreniez : il n’est pas du tout unique à cet égard. Ce que j’essaie d’exprimer ici depuis des années en parlant des États-Unis, c’est que nous devenons de plus en plus les Balkans : chaque groupe identitaire n’est que pour lui-même. Je connais ce monsieur depuis 30 ans déjà ; il est mon meilleur ami pendant tout ce temps. Je hais ce que je vois lui arriver, mais je refuse de le quitter, la mode de nos jours chez moi. Ce n’est pas ce qui fait un ami.

Dimanche avec les urgences

Aujourd’hui était censé être le retour de Dimanche avec Marcel. Mais je n’avais rien lu jusqu’à samedi soir ; puis, quelque chose s’est passé. D’abord, sachez que personne n’est mort. Bon ? Je vais vous raconter le pire secret du blog, puis les événements d’hier soir.

Ambulance dans le Loiret, Photo par Alf van Beem, Domaine public

On est en 1971. Ma mère vient d’être diplômée à la fac et ses parents lui payent un voyage en Europe pour la féliciter. Elle avait appris le français au lycée, mais n’a pas exactement profité de l’expérience (si j’ai un don pour les langues, ça vient uniquement du côté paternel — mon arrière-grand-père a appris 6 langues pour son pressing à New York City).

Le jour de son arrivée à Paris, elle ne sait rien, mais son père a mal à l’épaule gauche. Il appelle son frère, un docteur, qui lui dit que c’est probablement rien de grave. Le lendemain, il est mort d’une crise cardiaque — saviez-vous que le mal à l’épaule gauche est un signe d’une crise cardiaque ? Ma grand-mère l’appelle à Paris pour lui dire de rentrer tout de suite.

Et maintenant, vous savez la vérité sur pourquoi elle luttait pour m’empêcher d’apprendre le français jeune. En quelque sorte, son mauvais souvenir était mon problème. C’est ça la raison pour laquelle j’ai caché toute connaissance même de mes activités avec Duolingo à ma famille jusqu’en 2023.

Samedi soir, ma mère a commencé de se plaindre de mal à… son épaule gauche ! Mais dès qu’elle a dit ça, elle a commencé à tout minimiser, à proposer des raisons pourquoi il n’y a eu aucune raison pour aller aux urgences. Cependant, en même temps, elle continuait de poser tout genre de questions à moi et à mon père afin de se diagnostiquer. Nope.

Je ne suis pas docteur, et mon père non plus. C’est la même chose avec vos proches. Et même si j’ai tort et l’un de vos proches est médecin, il n’est pas votre médecin. En fait, aux États-Unis, c’est une violation éthique de soigner sa propre famille. Il y a beaucoup de bonnes raisons pour ça. Peut-être que vous écrirez de fausses ordonnances pour des opioïdes. Ou peut-être que vous êtes en train d’intenter un procès en divorce, et vous abusez de votre diplôme de médecine pour dire au juge que votre ancien chéri est en fait autiste, et il doit payer 5 000 $ à des spécialistes pour prouver que c’est faux. Je vous rassure, cette dernière situation est certainement hypothétique et n’a rien à voir avec mon histoire. J’ai payé plus cher que ça ! J’imagine que la situation est similaire en France, et pour les mêmes raisons.

Tout ça, c’est-à-dire que si vous croyez que vous faites une crise cardiaque, ne faites pas d’excuses pour ne pas voir un médecin. Si vous avez raison, votre petit-fils risque d’être interdit d’étudier le français, et il finira par voler à travers l’Atlantique juste pour une nuit. Pire, peut-être que vous ne serez pas là pour le voir. Faites pas ça, d’accord ?

C’était où l’incendie ?

Ne me dites jamais que je ne fais rien pour vous. Je suis si généreux qu’aujourd’hui, je vous propose un film entier de Claude Lelouch, gratuit. Voilà :

Il s’agit d’un court-métrage, intitulé « C’était un rendez-vous ». Dans ce film, il n’y a aucun dialogue, juste les bruits d’un moteur alors que l’on voit tout Paris passer sous nos yeux : de l’Arc de Triomphe à la Basilique du Sacré-Cœur, en passant par le Quai des Tuileries, la Place de l’Opéra, et plein d’autres points de repère bien connus. (Il y a une liste complète au lien.) Mais ce court-métrage cache quelques autres faits intéressants.

Le chauffeur est Lelouch lui-même. Il roule dans sa propre Mercedes-Benz 450 SEL 6.9 — une berline haut-de-gamme avec un moteur de 286 chevaux (le son, cependant, vient d’une Ferrari). Il a décidé de tourner de fil car il lui restait de la pellicule après le tournage de « Si c ‘était à refaire », mais vu le taux incroyable de délits dans de film — tout feu rouge est ignoré — il devait tout tourner en une fois.

Mercedes-Benz 450 SEL, Photo par Matti Blume, CC BY-SA 4.0

On dit en anglais quand un autre roule à si grande vitesse, « Where’s the fire? » (C’est où l’incendie ?). Vous pouvez deviner du titre ce qui est à l’origine de l’urgence, mais aucun incendie n’est impliqué.

Selon cette interview en anglais qu’un ami anglophone m’a envoyée — c’était lui qui m’a fait découvrir ce film — le film a fait fureur à sa sortie : Lelouch n’a pas demandé l’autorisation pour rouler comme ça dans les rues parisiennes. Heureusement, Wikipédia raconte aussi son histoire la plus amusante :

Après le tournage, convoqué par le préfet de police, ce dernier lui a retiré son permis de conduire (on voit dans le film que Lelouch a brûlé plus d’une dizaine de feux rouges et n’a pas respecté autant de priorités à droite) pour le lui rendre quelques instants après : « Je m’étais engagé à vous le retirer » me dit-il. « Mais je n’ai pas précisé pour combien de temps »

Cependant, il y a une chose qui me rend perplexe. Le film donne l’impression que tout se passe à grande vitesse. Mais Wikipédia nous dit aussi : « Ce trajet mesure 10 km de long, ce qui suggère une vitesse moyenne de 75 km/h. » Ce n’est pas particulièrement vite quand une rue est assez large — la limite est 80 km/h dans la rue directement à côté de mon immeuble. Toutefois, à tout moment, il semble qu’il roule si vite, il risque d’avoir un accident. D’où vient cette impression ? J’ai du mal à l’expliquer.

Quand je l’ai vu, j’ai dit à mon ami que je croyais qu’il fallait 40 minutes et 15 arrêts pour faire le même trajet par métro. J’étais très proche — Google m’a donné un itinéraire de 41 minutes et 14 arrêts. Pas surprenant que j’étais proche : le parcours de mon deuxième jour en France était presque identique. Mais à vrai dire, quand on fait tout ce trajet sous terre, impossible d’apprécier vraiment l’ambiance. Bien que je sache que le Paris de ma visite était déjà très différent de celui du film, surtout en ce qui concerne la circulation, c’est une expérience émouvante de voir tous ces endroits bien connus dans si peu de temps.

Mes plaintes, version californienne

Aucun récit de voyage chez moi ne se termine sans un billet consacré aux plaintes. C’est une tradition qui date de mon premier voyage en France, jusqu’au voyage à Las Vegas l’année dernière, en passant par le voyage fou et Montréal. Il n’y a rien pour la Nouvelle-Orléans, car la seule plainte aurait été sur ma famille, mais je vous rassure, j’avais aussi une grosse plainte à cette époque-là. On dirait que cette fois, il n’y a rien de nouveau, car je râle souvent sur la Californie, mais on aurait tort — car cette fois, je râle sur mes con-citoyens du Nord.

(Et non pas du Norg, les joueurs de Final Fantasy VIII.)

La première plainte, c’est que pour autant que je me plaigne des prix en Californie du Sud, c’est encore pire là-haut. Il y a des semaines, nous avons parlé du prix de notre commande habituelle chez McDo, dans le resto le plus proche de chez moi. Ce prix a haussé de 27 % pendant les 18 derniers mois.

Je tuerais pour que tout soit si bon marché en Californie du Nord.

Si vous êtes ici depuis longtemps, vous savez que de tous les restos rapides chez moi, le plus cher au cœur pour La Fille et moi est de loin Boudin. Le pain levain Boudin existe depuis 1849, et c’est absolument le produit phare de l’État et un produit de qualité en plus : vous seriez agréablement surpris d’apprendre que la recette n’a guère changé de l’époque d’Isidore Boudin. La Fille et moi y dînons toutes les semaines depuis ses 6 mois, et plus souvent à emporter pendant le Confinement. Cependant, nous étions de retour notre dernier soirée, pour un dîner dans la partie qui est censé est comme le notre, pas le resto haut-de-gamme de mon billet sur Fisherman’s Wharf. Voici notre ticket :

Le « French Dip », un sandwich dont nous avons parlé en 2021, est juste du rosbif sur une petite baguette de pain levain. La « chowder » est une soupe à base de crème, avec des palourdes. Je veux que vous voyiez ce que l’on paye pour ces deux à Elbe-en-Irvine, tiré du site de Boudin :

Le sandwich coûte 3 $ de moins chez moi, et il y a un paquet de chips en accompagnement — pas à San Francisco ! Et la soupe coûte 4,10 $ de moins. (Les boissons coûteraient 2,99 $ chacune chez moi, mais je m’en plaindrai moins.) Et ce n’est pas la seule insulte — il y a de faux frais imposé par la ville, 4 % du total avant les taxes, dit « Employee Health Surcharge ». San Francisco facture toutes les entreprises de la ville pour l’assurance médicale — bien que ce rôle soit réservé au gouvernement fédéral et aux États. Les villes ne jouent aucun rôle dans l’assurance, et vous ne trouverez ces frais nulle part ailleurs aux États-Unis.

Même en dehors des limites de San Francisco, les prix sont dingues. La Fille et moi avons payé 40 $ pour deux salades dans un resto rapide à Bakersfield en allant vers le nord. Ça aurait coûté peut-être 25-30 $ à Irvine (la chaîne était locale ; impossible de faire une comparaison exacte). Et je crois que je vous ai dit déjà que nous avons dépensé 40 $ pour deux sundaes chez Ghirardelli. Tout est absolument dingue au nord, au point où Irvine est presque — presque — raisonnable par rapport.

Mais pire que les prix, c’est l’attitude de merde. Tout le monde suit des scénarios rigides pour parler aux clients. Dès que l’on dit quelque chose qui part de leurs attentes, les masques tombent et des attitudes complètement inacceptables se montrent. C’est comme ça en Californie du Sud, mais turbocompressé en Californie du Nord.

Chez Boudin, il n’y a pas de recharges de boisson à Fisherman’s Wharf, pas comme à la maison. Alors je suis plus sensible quand l’employé remplit complètement le verre avec des glaçons avant d’y verser du thé. Quand je me suis plaint qu’il n’y avait presque rien à boire dans le verre, il m’a dit « Goodbye » (au revoir), dans un ton utilisé uniquement en anglais pour « F$%k you » (n*que-toi).

Quand nous avons quitté le Westin St. Francis — 250 $ la nuit pour la chambre — le portier m’a demandé « Puis-je t’appeler un taxi ? » Je lui ai dit non. Mais nous sommes allés à l’accueil pour avoir une copie imprimée de la facture. Il m’a demandé exactement la même chose 5 minutes plus tard, comme s’il ne nous a pas vu avant. C’était comme parler à un PNJ (personnage non-joueur) dans un jeu vidéo. J’étais un peu fâché, parce qu’en fait, nous avions dû nous garer dans un garage public, parce qu’il n’y avait pas de places dans l’hôtel à notre arrivée. Je lui ai dit ça — d’accord, j’aurais dû me taire — et il m’a répondu avec exactement le même « Goodbye » qui était vraiment F U.

Mais dans un hôtel de ce prix, pas d’excuses. Il fallait me dire quelque chose comme « Désolé que nous ne pouvions pas répondre à tes attentes » ou similaire. Et ça, c’était après un séjour complètement sans équipements ou service. À ce prix, on peut s’attendre à des cartes postales de l’hôtel dans la chambre et un stylo — c’est un peu de publicité, mais aussi un souvenir, et habituellement gratuit. Rien. Mais aussi pas de boutique dans l’hôtel pour acheter de telles choses et pas de resto non plus, le resto célèbre de l’hôtel ayant fermé en 2023 sans remplacement. C’était donc un Ibis Budget avec une meilleure décoration. Et toute l’équipe se fichait absolument de ça.

J’aurais pu payer la moitié de cet hôtel pour une expérience pareille, mais j’avais voulu partager quelque chose de spécial avec La Fille. Et c’était tout sauf ça. Tout le monde a la main ouverte, avec des demandes pour des pourboires de 18 % ou plus même pour des commandes à emporter (ne payez jamais un pourboire pour une commande à emporter aux États-Unis — ces employés ne sont pas payés de cette façon). Mais personne ne fait rien pour le mériter et l’attitude est inacceptable à chaque fois.

On penserait peut-être, « Ben, c’est la vie des grandes villes. Paris est pareil. » Mais c’est faux. Je n’oublierai jamais les histoires derrière « La bienveillance des Français » et tout ça s’est déroulé en plein Paris. Si Sartre connaissait mon État, Huis clos se serait terminé : « L’enfer, c’est la Californie du Nord. »

Qu’est-il arrivé à San Francisco ?

Une nation ne se régénère que sur des monceaux de cadavres.

Louis Antoine de Saint-Just

Et si Saint-Just se trompait, et en fait, c’était sur des monceaux de fèces et de seringues ? Toute conversation autour de San Francisco doit partir d’un fait : jusqu’en 2015, la ville était assez propre et assez normale. Puis, tout est parti en vrille. Parlons d’abord de la chute.

Entre 2011 et 2014, j’ai voyagé de nombreuses fois à San Francisco pour mon boulot, dans beaucoup des mêmes quartiers que je vous ai montrés la semaine dernière, ainsi que le « Mission District », où j’avais de nombreuses réunions. J’étais assez content de la ville elle-même que j’étais de retour avec La Fille et mes parents pour des vacances en famille en 2015. Même cette année-là, tout semblait normal.

Mais en 2015, il y a eu un meurtre choquant. Un immigrant illégal, Juan Francisco Lopez-Sanchez, a tué une femme, Kate Steinle (lien en français), au milieu de l’Embarcadero, les quais entre le Ferry Building et Fisherman’s Wharf. Vous avez vu les photos aux deux liens — c’est un quartier très touristique. M. Lopez-Sanchez a été expulsé des États-Unis 5 fois avant ce meurtre. Si on le croit, il avait trouvé un pistolet sur le quai, jouait avec le truc, et a tiré complètement par hasard. Trois fois. Cependant, la vérité, c’est que le pistolet a été volé à un officier du Bureau de Land Management 4 jours plus tôt. Personne ne peut prouver que M. Lopez-Sanchez l’a volé lui-même, mais son histoire n’était pas crédible. Cependant, il était chanceux de façon importante — San Francisco est l’un de nombreuses soi-disant « villes sanctuaires » qui interdisent toute coopération avec le gouvernement fédéral, et le jury local a déclaré Lopez-Sanchez non-coupable de tout sauf la possession illégale du pistolet.

Un certain candidat à la présidentielle a adopté la cause de justice pour Mme Steinle comme un thème de sa campagne. C’était ainsi que Donald Trump a gagné en 2016. Je vois qu’un lecteur du Monde n’a rien entendu de l’importance de cet événement — pourtant, c’était mentionné dans de nombreux discours du candidat !

Capture d'écran du moteur de recherche du Monde entre la date du meurtre et la date de la présidentielle, avec aucun résultat pour le nom Steinle.

C’était avec ça que le reste du pays a commencé à se rendre compte qu’en général, San Francisco s’en fichait des citoyens, surtout des contribuables, au nom non seulement des immigrants illégaux, mais aussi des SDFs. Malgré le fait que le problème avait commencé à la fin des années 2010, c’était seulement après le meurtre que le problème de la merde est devenu connu. Voici une carte de tous les rapports reçus par la ville de fèces humains dans les rues entre 2011-2019 :

Source

Ça vient du magazine Forbes, consacré au commerce et aux bourses, et les données sont entièrement des rapports reçus par 311, le numéro de téléphone de la ville pour des problèmes qui ne sont pas d’urgences. C’est 132 000 rapports pendant une décennie, dans une ville de presque exactement la même superficie que Paris. Ce projet continuait de rassembler des données jusqu’en 2023 — vous pouvez examiner la carte ici.

En 2022, la Hoover Institution, une partie de Stanford University (juste au sud de San Francisco), a estimé que la ville dépensait environ 57 000 $ par SDF (lien en anglais). Pensez-vous qu’il coûterait autant que ça pour nettoyer les rues ? J’en doute. Le problème, c’est que l’argent est gaspillé de façon époustouflante : la ville paye des hôtels pour abriter une petite partie de la population SDF, et pire, puisque la ville refuse de punir les consommateurs de drogues illégales, une très petite partie de cette population (162 adultes, selon un compte) a coûté 113M $ pendant une période de 8 ans, juste pour des traitements médicaux. L’argent est là, mais sans efforts pour changer les comportements, il ne sert à rien.

Je vous ai parlé avant la présidentielle du problème de crime dans cette ville, et comment même les vitrines de ma ville sont toutes fermées à clé. C’était comme ça qu’en 2023, les propriétaires du centre commercial que je vous ai montré ont tout simplement décidé d’abandonner le centre, même avec un prêt de 566M $. Et les propriétaires du Hilton Union Square, l’autre grand hôtel près du Westin St. Francis, ont aussi rendu l’hôtel à la banque cette même année (liens en anglais).

Pourtant, les photos que je vous ai montrées étaient d’une ville vide, pas sale. Fin 2023, Gavin Newsom, l’ancien maire de San Francisco devenu gouverneur de Californie, a ordonné le nettoyage de San Francisco avant la visite de Xi Jinping (lien en anglais). Quoi que l’on pense de sa motivation, la chute semble avoir arrêté. La question reste : est-ce que l’on peut sauver San Francisco ? Sincèrement, je ne sais pas.

La Californie insolite

Je vous ai montré certaines parties de ce que l’on appelle « Central California », le centre de l’état, le jour de notre visite à UC Riverside, mais puisque ça faisait déjà 17h le temps que nous avions atteint Gilroy et les kiosques des agriculteurs étaient déjà largement fermés, je ne pouvais pas faire tout ce dont j’avais envie. En revenant de San Francisco le matin, c’était beaucoup plus facile à passer par de nombreux sites inconnus vers le nord de cette partie centrale. Il faut que j’ajoute que La Fille a raison — ce n’est pas le véritable nord de l’État, malgré l’usage commun. Il y an encore un autre 500 km de territoire très rural, et plein de forêts, entre San Francisco et notre voisin au nord, l’Oregon. Les malheureux de cette autre région ont une prison à sécurité maximale là, dans la ville avec le meilleur nom pour une telle installation, Susanville. ([Il essaye de vous passer un message en douce, les amis. — M. Descarottes])

Nous commençons dans une région qui est certainement inconnue pour vous, Morgan Hill. À environ 110 km au sud de San Francisco, c’est facile à sauter en roulant vers la grande ville. Mais ce serait une erreur ! Morgan Hill est la maison de nombreux producteurs de vin d’origine italienne, dont mon préféré, Guglielmo. Les rapports qualité-prix de cette région sont étonnants par rapport aux régions plus connues de Napa et Sonoma. Il faut ajouter que le climat n’est pas idéal comme au nord, avec des températures au-dessus de 33 °C en été et pas de brouillard. Cependant, ce ne sont pas de blagues pourries, comme les vins de Temecula, au nord-est de San Diego — la terre est bonne.

J’avais espéré acheter une bouteille de « Emile’s Heritage Red« , une valeur sûre à 9 $. Malheureusement, ça fait 16 ans depuis ma dernière visite et j’avais oublié que la boutique est fermée le mardi. « Mais Justin », vous me dites, « comment est-ce que vous connaissez ce petit producteur ? » Il y a deux décennies, je l’ai découvert avec mon ex pendant des vacances en Californie du Nord. Et non, ce fait n’a pas endommagé mon avis de Guglielmo — juste parce qu’une chose est devenue du vinaigre, ça ne dit rien sur l’autre.

Juste une quinzaine de kilomètres au sud de Morgan Hill se trouve Gilroy, la capitale de l’ail. Le Festival de l’Ail tous les juins est connu partout aux États-Unis, et l’odeur est si puissante que l’intérieur de votre voiture sentira l’ail même si les fenêtres restent fermées. Je ne plaisante même pas un peu. Pour vous donner une idée de ce que l’on trouve à Gilroy, nous sommes passés par Garlic World (Le Monde de l’Ail). C’est commercial, mais quand on est seul à un kiosque, on ressent la pression d’acheter quelque chose si on va prendre des photos.

Nous avons atteint Gilroy sur l’autoroute 101, mais 101 suit la côte par une route très lente, alors nous avons dû passer à l’autoroute 5, l’autoroute la plus importante pour relier toute la Côte Ouest. Et ça voulait dire rouler sur 152, une petite route montagneuse qui relie les deux au milieu de nulle part. Les touristes étrangers ne vont découvrir cette route que très rarement, car en général, il vaut mieux de suivre juste l’une des deux grandes autoroutes, selon vos envies.

Il n’y a qu’un arrêt majeur le long de la 152, celui de la boutique, aire d’autoroute et hôtel dit « Casa de Fruta » (Maison des fruits). C’est hyper-touristique, mais aussi un point de vente important pour les producteurs locaux — cette région est connue pour ses amandes, abricots, et cerises.

Je vous ai parlé très brièvement du producteur célèbre de bœuf, Harris Ranch, dans le billet sur Riverside lié en haut. Nous sommes passés par l’établissement, qui propose un hôtel, une boutique et un restaurant consacré aux steaks (on dit « steakhouse » en anglais). S’il y avait un Label Rouge américain, les deux producteurs de bœuf à l’Ouest qui mériteraient le label seraient celui-ci et Snake River Farms dans l’Idaho. (Il y aurait de nombreux tels producteurs dans le Midwest.) Au fait, j’ai l’impression que « bifteck d’aloyau » est un terme québécois pour ce que l’on appelle un « T-bone steak » dans ces photos ; je ne crois pas que les bouchers français coupent le bœuf de façon pareille.

Je ne pouvais pas prendre une bonne photo de l’extérieur pour une raison marrante : nous revenions de San Francisco avec un kilo de chocolat Ghirardelli, et j’insistais sur l’apporter dans les stations-service et les aires à chaque fois, afin qu’il ne fonde pas. Il faisait plus de 38 °C ce jour-là — il fait habituellement beaucoup plus chaud dans cette région que dans la mienne, car je suis au moins près de la côte.

Je veux vous montrer quelque chose que j’ai vu dans plusieurs aires d’autoroute, mais pas en France. Aux États-Unis, tout le monde a le droit d’utiliser une radio dite « citizens’ band » — Wikipédia me dit que ça existe en France, mais ie n’ai rien vu en passant par des aires d’autoroute. Ça permet de parler avec tout le monde sur les routes jusqu’à une distance d’environ 30 km. Les équipements sont en vente libre partout dans les relais routiers spécialisés (et j’ai une préférence de passer par celles-là pour leurs services).

Vitrine pleine d'équipement de citizen-band

La dernière chose que je veux vous montrer est où nous avons dîné à Bakersfield pendant notre retour. Bakersfield est une ville de 403 mille personnes, mais sans vrai centre-ville (les limites sont énormes — la superficie est environ 3x celle de Paris, 5x Strasbourg). La « cuisine » de la région est largement celle des chaînes de restos. Red Lobster (Homard rouge) est une chaîne spécialisée en poisson et en fruits de mer. C’est bien méprisé par les élites des côtes, un symbole du milieu du pays. Il y a beaucoup de choses frites là, et je serais le premier à dire que la qualité n’est que moyenne, mais le mépris est très mal placé.

Le pain là est d’un genre dit « baking powder biscuits », biscuits à la levure chimique. C’est une spécialité de notre Sud, et si la version chez Red Lobster est un peu trop salée, c’est aussi la raison principale pour laquelle la chaîne est renommée. Je n’y vais jamais à la maison car le resto le plus proche de chez moi est à 20 km, dans la ville de Garden Grove. Red Lobster ne pourrait jamais ouvrir à Irvine, parce que la haine classiste fermerait ses portes tout de suite. Mais même si c’est commercial, comme toutes les autres choses dans ce trajet c’est un aperçu de la vie quotidienne dans notre campagne, et j’accorde autant d’importance à tout ça qu’à nos grandes villes.

UC Berkeley

Je ne sais pas s’il y a une expression pareille en français, mais en anglais, on dit parfois « le grand-père de tous » pour exprimer que quelque chose est le plus vieux, l’original. Et quand on parle du système d’universités dites « l’Université de Californie » — l’Université de Californie à Berkeley est de loin la plus vieille, au point où elle se dit simplement « Cal » ou « L’Université de Californie », sans élaboration.

Avec cette histoire vient des particularités, à partir de : « Mais où est donc l’accueil pour les candidats ? » Ça se trouve au centre du stade, California Memorial Stadium :

Toutes les université de cette taille — plus de 40 000 élèves au total ! — ont de tels stades, et celui-ci peut accueillir plus de 52 000 personnes pour des matchs de football américain. C’est une grande entreprise pour les facs, le football, et un de ces quatre, il nous faudra en parler.

Mais pourquoi « Memorial » ? En souvenir de qui ? La réponse se trouve sur une plaque à l’extérieur du stade, qui dit « En souvenir des Californiens qui ont donné leur vie dans la Guerre mondiale 1914-1918. » Il faut comprendre que dans ce cas, Californiens ne veut dire que des diplômés de Berkeley. Je ne dis pas ça avec amertume ; il n’y a pas de sentiments impériaux là. C’est simplement que Berkeley existait depuis 50 ans déjà à l’époque, et UCLA était la seule autre université publique de l’État. C’est pourquoi UC Berkeley se dit « Cal » ou « Californie » comme si c’était la seule — pendant des décennies, c’était le cas.

Je n’ai pas beaucoup de photos de UC Berkeley elle-même. Nous étions épuisés à ce point. Mais remarquons quelques détails. L’école d’architecture est abritée dans un bâtiment de style brutaliste ; très européen, ça :

Il y a un campanile, la Tour Sather, qui fait 93,6 mètres de hauteur. On nous a dit que c’était le campanile le troisième plus haut du monde.

Le point fort de Berkeley n’est pas le campus en soi, mais la ville qui l’entoure. Elle a environ 150 ans, et est un mélange de nouveautés de monuments historiques. Vous vous sentirez très à l’aise là :

Berkeley est connue, parmi d’autres choses, pour être la maison d’Amoeba Music, un magasin de disques des années 90, spécialiste en vinyle. Malheureusement, les portes sont fermées le lundi, quand nous avons visité :

TOUT est fermé le lundi à Berkeley. La sœur de mon meilleur ami, elle-même avec un doctorat de Berkeley, m’avait conseillé de goûter cette pizzeria. C’était fermé, et tous ses voisins aussi :

Nous nous sommes retrouvés dans un petit « diner » du quartier avec une carte un peu partout — des burgers ainsi que des burritos. J’ai commandé l’un de ces derniers :

Après USC et UCLA, nous parlions d’un « tour des biscuiteries », alors nous avons trouvé une biscuiterie locale, CREAM, qui vend non seulement des cookies, mais aussi des sandwichs à la crème glacée fabriqués avec lesdits cookies. Je regrette de vous dire que CREAM a fini en troisième place — mais nous étions prêts à souffrir pour vous apporter cette info :

UC Berkeley est connue pour avoir plus de lauréats du prix Nobel que n’importe quelle autre fac du pays — 114 à ce point, profs et anciens élèves confondus — et 16 éléments du tableau périodique y ont été découverts. Alors on y trouve des rappels, comme ce panneau qui annonce que sa place de parking est réservée pour un lauréat (sans préciser qui) :

Demain, nous parlerons du retour à la maison — il y a eu plein d’arrêts insolites. Mais c’est assez pour les facs !

Le magasin Nintendo

Je dois avouer quelque chose de surprenant. Alors que j’étais au courant du fait que Nintendo allait ouvrir une boutique à San Francisco en mai dernier (lien en français, comme tous les liens suivants !), je ne savais pas qu’elle se trouverait dans notre hôtel ! En fait, je n’avais aucune idée jusqu’au moment où nous y sommes arrivés. Quel fan je suis !

Puisque nous devions partir lundi matin pour Berkeley, et nous sommes arrivés très tard samedi soir (vers 22h), nous avons dû y aller après notre balade autour de l’Embarcadero et de Ghirardelli Square. Et quand nous sommes arrivés devant la porte, la queue était énorme — presque toute la longueur de la façade de l’hôtel ! Heureusement, la queue bougeait vite et nous avons fini par la faire pendant seulement 15 minutes. Commençons donc par l’extérieur, où des personnages des séries Mario, Zelda et Splatoon se côtoient dans les fenêtres :

Une fois admis au paradis, la première chose que l’on voit est une statue de Mario. Il n’y a pas d’autre choix possible :

Il y a de nombreux produits dérivés de cette série, mais La Fille vous dira que j’ai pleuré à voire des boites de rangement en forme de bloc ? et de briques. Je suis trop vieux pour décorer ma chambre avec ces choses, alors je n’en ai pas acheté — mais j’y pensais :

Si je ne gardais toujours pas un peu d’espoir de trouver une partenaire, il y aurait un oreiller bloc ? sur mon canapé déjà. ([À sa place, j’en aurais donc acheté deux — M. Descarottes])

Ou peut-être une carapace de Koopa Troopa rouge :

La Fille a besoin de plus gros sacs à dos de nos jours, ou elle aurait un sac Bowser pour la rentrée :

J’adorais aussi les casquettes de baseball Mario :

Un de ces quatre, nous parlerons de mes deux peluches. Bowser les a failli rejoindre !

Je ne suis pas fan de la série Animal Crossing, mais il y a une statue des personnages les plus connus :

Il y a aussi de nombreux produits dérivés de la série Donkey Kong, dont ces tonneaux :

On peut aussi trouver des pulls avec le logo du magasin, mais je n’ai pas l’habitude de porter des pubs :

Puis on descend sous terre, pour trouver les séries un peu moins iconiques que Mario (les connaisseurs comprennent que Donkey Kong fait partie de Mario). Là, c’est Link de la série Zelda qui nous attend :

Les produits dérivés sont similaires à ceux de Mario — des oreillers, des t-shirts, des portefeuilles, etc. — mais en forme de Réceptacles de Cœur ou de Bouclier Hylien :

La série Pikmin — dont La Fille a fini le jeu Pikmin 4 en français pendant ses vacances d’hiver ! — est là, représentée par les petites plantes ambulantes dites Pikmin, ainsi que le monstre qui est la mascotte de la série, les Bulborbes. La trousse à crayons, avec son bulborbe affamé prêt à manger des pikmin, c’est hilarant !

Les Pikmin ont aussi leurs statues :

On penserait que le magasin serait à moitié consacré à la série Pokémon, qui gagne encore plus d’argent que Mario, mais heureusement, c’est loin de la vérité. Les Pokémon n’ont qu’un coin du sous-sol :

Si vous connaissez la série Kirby, son personnage éponyme s’y trouve aussi sur des t-shirts :

Malheureusement, j’étais déçu par le choix faible de produits dérivés de la série Metroid. J’aurais payé un t-shirt avec l’héroïne Samus Aran dans son armure, mais le seul disponible la montre en maquette filaire, ce qui donne l’impression d’une paire de seins, et je ne veux pas avoir des problèmes à cet égard. C’est dommage — pour autant que j’aime Mario et Zelda, j’ai l’impression que c’est Metroid le plus acceptable pour un homme d’âge moyen.

Je sais, vous êtes curieux de nos achats : un t-shirt Zelda pour La Fille, et un t-shirt Bowser pour moi. Cependant, ils restent emballés pour plus tard.

Après le magasin Nintendo, nous étions épuisés, et avons dîné chez McDo pour terminer la journée. Demain, je publierai C’est le 1er, puis on aura la visite de UC Berkeley, et on finira avec deux derniers billets : le retour et mes pensées sur ce qui est arrivé à San Francisco. (Dimanche avec Marcel reviendra la semaine prochaine.) Après tout, je termine chaque voyage en France avec mes plaintes — pensiez-vous que je serais moins sévère envers la Californie ?

Ghirardelli Square et les quartiers ethniques

On reprend notre séjour à San Francisco avec Ghirardelli Square. À moins que ce soit votre première visite chez Un Coup de Foudre, vous savez déjà que Ghirardelli est mon chocolat habituel quand j’ai besoin d’un chocolat noir de qualité sans payer Valrhona. C’est le chocolat californien depuis 1852, quand un immigré italien, Domenico Ghirardelli a ouvert ses portes à San Francisco avec 91 kg de fèves de cacao. Ça fait déjà 60 ans que les bâtiments que vous allez voir ne sont plus l’usine de Ghirardelli, mais c’est un endroit classé monument historique. La Fille et moi sommes pleinement d’accord : sauf peut-être Boudin, rien n’est plus important à l’histoire californienne.

Ghirardelli Square vu d'en bas -- le nom du commerce est en lettres géantes en haut du bâtiment
Ghirardelli Square vu d’en bas

« Square » en anglais se traduit par « carré » pour la forme géométrique, et « place » pour l’endroit. Mais en anglais, le double sens fait un calembour, parce qu’au-delà des tablettes pour la pâtisserie, le produit phare de la marque est une série de chocolats en forme de carrés, emballés individuellement. Puisque l’ancienne usine est si bien connue, c’est logique. Et quand on visite cet endroit, on peut commander des coupes glacées ainsi que toute la gamme Ghirardelli, dont des « squares » disponibles uniquement ici.

Malgré l’histoire, Ghirardelli s’adapte aux tendances, alors voici la nouvelle coupe glacée — façon Dubaï :

Pub avec une photo d'une coupe glacée à la pistache et au chocolat, comme le chocolat de Dubaï

Pas là la dernière fois, un trône pour se prendre en photo ([La folie des grandeurs ! Il se croit un roi ! — M. Descarottes]) :

Moi assis sur un trône en forme de coupe glacée devant la boutique

Comme tout à San Francisco, les prix sont montés en flèche : notre commande aurait coûté 24 $ il y a une décennie. Nous avons payé 40 $. Oui, pour deux coupes glacées et rien d’autre. Celle avec la fraise était à La Fille ; celle au caramel au beurre salé était le mien.

Deux coupes glacées

Ne le dites pas à La Fille, mais elle a commandé exactement la même coupe à ses 5 ans. J’ai la photo en preuve.

Il reste de vieilles machines, mais elles ne servent plus à rien :

Ancienne machine pour broyer les fèves

Dans la boutique, on peut acheter des sacs géants de Ghirardelli Squares : le panneau dit « 2 sacs achetés, le troisième offert ». Mais c’était trop pour nous.

Étagères pleines de sacs de chocolat

Quelque chose d’effrayant, c’est que la ville est infestée par des voitures « Waymo » de Google — des taxis sans voiture. Pendant notre balade, près de Ghirardelli Square, j’ai réussi à prendre des photos d’une Waymo arrêtée à un feu rouge. Il n’y a personne derrière la volante.

En marchant le long de l’avenue Colombus, on arrive dans le quartier de North Beach, le quartier italien. Aucune minorité est plus persécutée en Californie que les italiens : on détruit des statues de Colomb et l’État est unique en remplaçant son jour férié par un autre au nom du syndicaliste César Chavez (car les mexicains sont les descendants des amérindiens, tant mieux pour fomenter le désaccord entre ces groupes). Je m’identifie aux Italiens : vous lirez plus sur le couple Frank et Dotty DeVita dans mon livre, car Frank était décerné Chevalier de la Légion d’honneur. C’était sa femme Dotty qui a tout appris sur la cuisine italienne à ma mère, qui a grandi dans un quartier italien sans l’être. Pour moi, les quartiers dits « Little Italy » — la Petite Italie — sont chez moi partout aux États-Unis, que ce soit à San Diego, à New York City, ou à San Francisco.

Panneau qui dit en italien « Bienvenue dans la Peite Italie »
Bienvenue dans la Petite Italie

On peut passer par les épiceries et voir la fabrication des pâtes fraîches :

À chaque fois où je suis à San Francisco, je fais un pèlerinage chez Victoria Pastry Company, la pâtisserie avec les meilleurs cannolis de l’État. Mais après la coupe glacée chez Ghirardelli, c’était juste pour les prendre en photo afin de vous les montrer :

Entre Little Italy et notre hôtel se trouve Chinatown, le quartier chinois. J’ai pris quelques photos pour vous donner un goût de l’ambiance, ainsi que des pattes de poulets.

Je croyais que ce serait le dernier post sur la journée à San Francisco avant de passer à UC Berkeley, mais le magasin de Nintendo, notre dernier arrêt ce jour-là, mérite vraiment son propre post, j’ai tant de photos !

Fisherman’s Wharf

Hier, nous étions en fait à notre dernière fac, mais nous n’avons pas encore fini notre récit de San Francisco. Il faut ajouter qu’après avoir marché plus qu’un marathon depuis jeudi, je suis aussi rouge qu’un homard après cuisson.

Après le Ferry Building dimanche, nous sommes partis pour Fisherman’s Wharf (Le Quai des pêcheurs, selon Wikipédia), une distance de 2,6 km à pied. Le port de San Francisco se trouve le long de cette route, et est connu sous le nom de « The Embarcadero », un mot espagnol qui veut dire « lieu d’embarquement ».

En marchant le long de la route, on peut voir deux des joyaux architecturaux de la ville : la Tour Coit, le mémorial d’une citoyenne riche, Lillie Coit, qui voulait faire quelque chose pour embellir la ville, et la pyramide Transamerica, l’ancien quartier général du nommé compagnie d’assurance :

De l’Embarcadero, on peut voir l’île d’Alcatraz, le Château d’If américain, avec une prison anciennement utilisée pour les pires criminels — de nos jours, c’est un musée.

Île d'Alcatraz

Fisherman’s Wharf est l’endroit où de nombreuses familles de pêcheurs vendent leurs pêches dans des restos. Malheureusement, à cause du virus, plusieurs des noms les plus célèbres sont définitivement fermés : Alioto’s, celui d’une famille de gangsters dont un qui est devenu maire ; Fisherman’s Grotto ; Castagnola’s ; Tarantino’s. Anciennement, chaque resto avait un petit kiosque à emporter devant le bâtiment. Depuis Covid, les kiosques ne sont que des terrasses où il faut s’asseoir, et les prix sont montés en flèche en résultat. En 2013, on pouvait acheter la moitié d’un homard avec de petites crevettes pour 10 $ — le même plat coûte 37 $ maintenant.

Je vous parle parfois du pain levain Boudin, l’autre grand réussite de la Ruée vers l’Or de 1849 (les jeans Levi’s sont de loin la plus grande réussite). À l’époque, un immigré français, Isidore Boudin a fondé la maison, mais ça fait déjà un siècle que l’entreprise appartient à une famille d’origine italienne (qui sait quand même conserver l’héritage). Chez moi, Boudin est un resto rapide et boulangerie. À Fisherman’s Wharf, c’est un temple consacré au pain californien, avec un vrai resto très proche du style des autres sur Fisherman’s Wharf.

Notre dernier arrêt sur Fisherman’s Wharf est le Musée Mécanique — ce n’est pas ma traduction, c’est le nom sur l’enseigne ! C’est une salle d’arcade consacrée aux jeux mécaniques du début du XXe siècle, ainsi que les jeux vidéo des années 80. C’est le seul endroit où je peux trouver mes jeux préférés de l’époque Avant Nintendo : Moon Patrol et Spy Hunter. Il n’y aucun souvenir plus traumatisant pour mon pauvre père que la musique très répétitive de Moon Patrol, La seule qu’il peut toujours fredonner de cette époque !

Un trajet de 10 heures nous attend, alors je coupe notre récit ici. Demain, on reprend San Francisco.