Il y a deux mois, le Robb Report, un magazine américain consacré aux produits de luxe publia un article intitulé « Pourquoi les dîneurs — et les chefs — se détournent du Guide Michelin ». Je partageai des plaintes sur le Guide Vert au passé ici, notamment qu’il me semblait biaisé envers les grandes villes, mais à chaque fois de ma vie que je dînai dans un resto étoilé, j’étais d’accord avec le Guide Rouge. (On ne parle pas d’un gros chiffre, et jamais dans un resto 3 fois étoilé.)

L’auteur commence en racontant sa visite dans un resto 3 fois étoilé à Hong Kong, très décevant, avec du service où il dut même demander à un serveur de remplir son verre . L’horreur ! Non, mais sérieusement, je ne dois pas faire ça à mon resto italien hebdomadaire, où ils me connaissent et le thé glacé ne se vide jamais. Pas d’étoiles, là. Cependant, il y a des plaintes plus sérieuses que ça, genre « les attentes sont imprévisibles ». Daniel, le resto le mieux connu de Daniel Boulud, chef expatrié originalement du Rhône, perdit 2 étoiles pendant la décennie dernière, et personne ne le comprend. (Je dînai à deux de ses restos à Las Vegas, les deux définitivement fermés depuis longtemps. L’un était excellent, l’autre n’avait rien de spécial.) Récemment, le chef Marc Veyrat interdit le Guide Rouge de son nouveau resto à Megève, disant « Que ce soit clair : je ne veux pas être dans le Michelin ! Qu’ils ne se pointent pas ici ! »
Le Robb Report continue par citer un ancien employé du chef Boulud, qui se plainte « Si on est client régulier dans un resto haut de gamme, on entend parler de nouveaux restos de l’effectif… C’est vraiment comment ça marche. » Et un chef anonyme dit « J’ai retenu une étoile et subi la pression. Et j’ai perdu une étoile et la pression en plus. C’était égal pour mes affaires. »
Tout ça, c’est à dire que les normes sont en train de changer. Mais à quel point ? Hier, j’eus une conversation avec un ami qui vous rencontrâtes avant. Il me téléphona pour annoncer qu’à cause de la chute dans les bourses de LVMH, et le fait que la valorisation de Hermès dépassa celle de LVMH, évidemment les produits de Louis Vuitton sont nuls, et par exemple, un sac Birkin est évidemment plus prestigieux qu’un sac Neverfull. (Je vous rassure, ce sont deux mots dont il n’entendit jamais parler avant.) La seule raison pour laquelle il connaît le sac Neverfull, c’est qu’il avait lu un article sur le fait que Louis Vuitton a une usine au Texas, et qu’il y avait des problèmes là.
Il n’avait aucune idée de la taille des revenus de l’un par rapport à l’autre, et je dus lui expliquer qu’il y avait tout une gamme d’alcool chez LVMH qui n’existe pas chez Hermès. Mais peut-être qu’il découvrit quelque chose pour de mauvaises raisons (et il se dirait revendiqué même si ses raisons sont fausses si vous êtes d’accord). Le sac Neverfull est la mauvaise comparaison pour le Birkin, car les prix sont très différents. Mais la gamme chez Louis Vuitton est beaucoup plus grande que celle de Hermès. Alors peut-être que c’est mieux de faire la comparaison entre les marques. Je vous pose donc deux questions — et je lui prévint que cette foule n’est pas obsédé par le luxe : 1) À votre avis, quelle marque est plus prestigieuse, Louis Vuitton ou Hermès ?, et 2) Est-ce que les nouvelles récentes vous firent changer d’avis ?
Mais je vous dirai la même chose que je lui dis en essayant de lui expliquer qu’il ne devrait pas avoir des avis forts sur le sujet — là où je suis, les femmes qui veulent se montrer des connaisseuses ne portent ni l’une ni l’autre. Elles portent du Goyard.



























