Je vous préviendrai que ce billet contient plusieurs mots que l’on ne trouve pas habituellement chez moi. Au moins dans l’écriture. Si vous m’aviez entendu dans les stations de métro parisiennes pendant mon premier voyage devant tous les escaliers mécaniques en panne, vous auriez eu assez de putains pour ouvrir une chaîne de bordels. Comme je dis parfois, j’écris un blog « tous publics » genre « La guerre des robots », pas Peur sur la ville. Mais hier, j’écoutais RTL en conduisant, et je suis sorti de ma voiture bouche bée.

Alors, on aurait pensé que j’aurais déjà écouté toutes les émissions de RTL au moins une fois. Votre petit matin est mon après-midi, après tout. Mais M. Éric Jean-Jean sonne exactement comme les animateurs de notre chaîne NPR — le phénomène a un nom, « NPR voice » (la voix NPR ; lien en anglais) — et Caroline Dublanche passe tout son émission en parlant avec ses auditeurs sur leurs problèmes personnels. Oui, je fais ça ici de temps en temps parfois souvent, mais étant hyper-égoïste, je ne m’intéresse qu’aux miens. ([Il l’avoue ! — Mon ex]) J’ai donc tendance d’écouter juste les intégrales des Grosses Têtes, n’importe quand.
Cependant, hier j’ai décidé d’écouter quelqu’un de nouveau, Laurent Gerra. J’ai écouté un épisode dit « Bern, Hollande, Dave », et oh. Là. LÀ. Je comprends que M. Gerra gagne sa vie en imitant les voix d’autrui (et je suis mal placé à juger ses capacités à cet égard), mais vers 1:25, en faisant semblant d’être Stéphane Bern, je l’ai entendu dire que « [la flamme] sera portée par MC Teubé, la star du rap locale qui interpréta en fin journée son tube « Nique ta daronne à Carcassonne » ». Heureusement pour moi, en ce moment je venais de garer ma voiture.
Aux États-Unis, toutes les chaînes de radio et de télé se diffusent avec environ 10 secondes de retard quand elles sont en live. Pourquoi ? Parce que si on a le droit à diffuser par antenne, il faut suivre certaines règles de la FCC, la Commission fédérale des Communications. Et parmi ces règles : pas de gros mots. Il faut donc jouer un bip au-dessus d’un mot comme « niquer » ou il va y avoir une amende à 5 chiffres. (Ces règles ne s’appliquent pas à la télé par câble ou par satellite.)
J’ai tout de suite posté sur Facebook que je n’en croyais pas mes oreilles. Une amie m’a vite répondu que c’était normal en France, car « on aime parler franchement ». Il me semble que oui !
En fait, aux États-Unis, on trouve souvent, surtout chez les rappeurs, qu’il y a plusieurs versions des chansons populaires, la version « officielle », puis une version dite « radio edit » (éditée pour radio) où les gros mots sont remplacés. Comme toujours, ne me croyez pas sur parole : voici la version officielle de « In Da Club » par 50 Cent et la version « propre ». Il y a beaucoup de pauses inexplicables dans cette dernière si vous ne connaissez pas la première.
Je ne veux pas exagérer. Il y a certaines différences qui vont dans l’autre sens. Aux États-Unis, on peut écrire presque tout et n’importe quoi sur un personnage jugé « public » — un homme politique ou une actrice. Ça part d’un jugement de notre Cour suprême, New York Times v. Sullivan, qui a décidé que « la charge de la preuve d’une intention calomnieuse incombe désormais au plaignant ». On n’a aucune loi aux États-Unis contre des propos haineux ; en revanche, je lis souvent sur des affaires judiciaires à ce sujet en France (voilà, voilà et voilà). Quel beau pays, les États-Unis, où on est libre de porter un panneau devant des élèves juifs qui dit « les prochaines cibles d’Al-Qassam ».
Malgré ce dernier commentaire plutôt sarcastique, j’hésite à dire qu’un système est définitivement mieux que l’autre. On dessine les lignes qu’il ne faut pas franchir très différemment, mais il y a de bonnes raisons historiques derrière chacun.
Pourtant, il me semble que nous pourrions tirer une leçon utile de ce que j’ai entendu sur RTL, et je ne veux pas dire les pubs de Grand Frais. Je suis la personne la plus naïve aux États-Unis, et même moi, je sais ce qui se passe vraiment dans l’exemple en haut. C’est un jeu plutôt bête de notre part de produire des versions uniquement pour la radio de tout genre de saleté alors que tout le monde sait la vérité. M. Gerra n’a rien dit qui inciterait personne. Si on enlevait tous les propos misogynes du rap de M. Cent, il n’y resterait rien. Même sans bannir ce dernier, on devrait reconnaître la différence.





























