Mon cri de Carrefour

Maman Lyonnaise m’a demandé une bonne question :

J’ai répondu avec la triste réalité, mais je veux développer plus mes pensées sur ce sujet. La grande majorité d’entre vous n’étaient pas ici la seule fois où j’ai acheté de la pâte industrielle pour ce blog. Alors rembobinons un peu et je vous raconterai une histoire.

J’ai grandi dans une famille où les boîtes de préparations industrielles étaient absolument interdites. Quand je vous ai parlé des « cons en cuisine », je parlais d’un États-Unis que je connaissais, mais où j’ai jamais vécu. Tout était fait maison. Mais ma mère, elle n’a rien appris de sa mère, une femme impressionnante mais jamais une cuisinière. (Son astuce pour faire cuire les desserts surgelés ? Les mettre en haut de la télé. Je plaisante pas du tout.) C’est de ma grande-mère que j’ai hérité l’ambroisie. Ma mère a tout appris d’une femme appelée Dorothy « Dottie » Devita, une voisine d’origine italienne.

Une autre fois, je vous raconterai l’histoire de son époux, Frank Devita, un héros de la SGM en France et membre de la Légion d’Honneur (lien en anglais vers sa nécrologie). Disons pour l’instant que si vous connaissiez Frank et Dottie, vous ne vous moqueriez jamais de « la malbouffe américaine ». En fait, si vous connaissiez la communauté immigrante italienne de la Côte Est, ce serait la même chose. Ils ne vivaient jamais de cette façon. C’est la cuisine des « Nonna », pas des « Mamie », mais ça vient du même esprit.

Tout ça, c’est-à-dire que mes ancêtres sont venus de l’Europe de l’Est, mais mes valeurs, elles viennent de l’Italie, surtout en cuisine. Ma mère n’a jamais fait aucun gâteau d’une boîte et si la sauce tomate avait pris moins qu’une journée ? Inacceptable. Alors quand j’ai fait la rabote picarde avec de la pâte feuilletée Pepperidge Farm, la seule que vous trouverez dans un supermarché typique, j’ai eu honte. Cette pâte coûte environ 5 $ la boîte, 2-3x ce que vous payez chez Carrefour, et c’est de très mauvaise qualité. Ça suffit pour la spanakopita, un plat grec, car on la mange en forme de petites bouchées, mais c’est inutile pour les mille-feuilles ou les galettes des rois, à cause de perforations partout.

Mes autres choix ne sont pas meilleurs. Chez myPanier, il y a un produit d’une marque américaine, « White Toque », dont tous leurs produits sont en fait des importations françaises. Comme disait M. le Président Trump dans tout autre contexte, vous ne nous envoyez pas votre meilleure pâte. Cette pâte comprend de l’huile de canola, du beurre concentré, et…de l’alcool ? Je n’arrive même pas à le comprendre. Et pour ça, je payerais 12 $ le 454 grammes.

Chez Surfas, il y a une meilleure pâte, Dufour — américain malgré le nom — composé des mêmes ingrédients que la mienne : beurre, farine, eau, sel, et un peu de jus de citron pour la conserver. Mais 16 $ et même pas 454 grammes comme l’autre ? (C’est seulement 400.) C’est du cambriolage !

Pendant les cinq dernières années avant le blog, je vivais ce que j’appelle « La Sécheresse ». Après les fermetures de Pascal et Pinot Provence, je ne connaissais plus aucun bon resto français près de chez moi. Cinq ans sans rien sauf une boulangerie appelée « Vie de France » — qui venait du Japon ! En même temps, la nourriture autour de moi devenait de plus en plus limitée — de la mexicaine et de plusieurs cultures asiatiques, surtout la chinoise, la coréenne, et la vietnamienne. Ces choses ont leur place, mais pour autant que la cuisine mexicaine est le patrimoine de notre sud-ouest, je ne la veux pas autant que je dois la manger.

C’est d’où l’attitude obsessive. J’ai passé une demi-heure chez Carrefour en 2021 ? C’était un aperçu du paradis. Même chose chez Picard. J’ai assez bien aimé marcher sur les Champs-Élysées, mais le vrai rêve pour moi, c’est tout simplement de vivre quelque part où vivre à la française n’est pas un truc de luxe, mais plutôt sa quotidienne. Et oui, pour autant que ça ferait mal au cœur à la pauvre Mme Devita, ce serait merveilleux de ne pas devoir tout faire maison. J’en suis fier, mais je serais ravi parfois d’acheter une pâte industrielle. Je sais exactement à quel point ça sent la folie, mais c’est rien que la vérité.

12 réflexions au sujet de « Mon cri de Carrefour »

  1. Light And Smell

    « « Vie de France » — qui venait du Japon », ça aurait fait hurler mon père qui refuse d’entrer dans un restaurant qui se revendique d’une identité culturelle et dont les propriétaires/cuisiniers en sont d’une autre.
    Pour la pâte feuilletée, je ne trouve pas honteux du tout de vouloir en trouver une toute faite et de qualité. Tu as le droit d’aimer cuisiner mais de ne pas toujours vouloir tout faire de A à Z 🙂

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    1. Justin Busch Auteur de l’article

      Je conseillerais ton père de ne pas visiter nos supermarchés asiatiques ! Ils ont tous des boulangeries « à la française » au-dedans, mais fait selon les goûts asiatiques (tout soja, pas de produits laitiers). Du moins Vie de France n’était pas comme ça.

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  2. celadon7

    Mémé Marguerite du fin fond de la Gironde faisait ses pâtes sur la table moi le morpion avalait des yeux les gestes précis qu’elle soit feuilletée, brisée, sablée à frire , ne connaissant le boulanger du village que pour le pain gris de un kilogramme. Les restaurants elle ne connaissait pas jamais de son vivant n’étions allé perdre du temps en ces endroits .La cuisine asiatique à Blois c’est de l’industriel , des grandes salles avec écran géant qui martèle les feuilles une fois allumé, des personnels non souriant pour encaisser la monnaie , la nourriture en plats sur tables chauffantes à la portée de toutes les miasmes, postillons, éternuements des consommateurs .A moins de préparer soi même ce qui est un parcours de combattant en province Bonne journée à toi lhuissellois

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  3. Agatheb2k

    J’ai regardé, un jour, les ingrédients d’une pâte feuilletée « bio » du commerce, j’ai eu très peur et je l’ai reposée ! Celle plus bas de gamme n’avait que du vinaigre dans sa composition dont je me demande toujours à quoi il peut bien servir ? 😉

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  4. Maman lyonnaise

    Bon, il ne me reste qu’une solution : faire la pâte feuilletée.
    Je vous dois bien cela, Justin.
    C’est juste que le livre de cuisine de ma mère déconseillait de la faire soi-même. Un mythe quant à la difficulté de réalisation, donc ?
    Je vais relever le défi et essayer. Je l’appellerai « la pâte Justin » désormais, hommage au plus français des américains.

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  5. Mounia

    Ça fait beaucoup de bien de se faciliter la vie de temps à autre, faute de temps, à cause des contraintes quotidiennes ou tout simplement question coût et économie d’énergie pour pas mal de personnes.. y ‘en a qui ont la chance de commander la pâte chez le boulanger du coin!👍🏻mais sincèrement, réussir le challenge de préparer sa pâte c’est super !

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