Mon dessert vendéen n’étant pas encore prêt, je vais plutôt prendre l’opportunité pour me plaindre de mes con-citoyens.
Au fait, d’où mon habitude d’écrire « concitoyens » avec un trait d’union ? Ça vient de Dilbert pendant les années 90. L’auteur Scott Adams écrivait un bulletin par courriel dans la voix de Dogbert, le chien hyper-manipulateur de la BD. Dans ce bulletin, Dogbert avait l’habitude de dire « cow-orkers » pour insulter ses collègues. En anglais, on dit « colleague » pour collègue, mais aussi « coworker ». Mais « cow » veut dire vache, d’où son insulte. Je garde ce jeu de mots dans la tête depuis 30 ans déjà, alors quand j’ai découvert « concitoyen », j’étais prêt.
J’étais chez Miguel’s Jr. pour dîner ce soir. J’y mange trop souvent car c’est pas cher, mais la qualité est moyenne ; c’est donc un bon rapport qualité prix, à ne pas confondre avec bon. Dit autrement, si mon amie rouennaise me rendait visite, je ne l’y inviterais jamais car elle connaît la bonne cuisine mexicaine. Mais il y en a pire.

Dans la cuisine mexicaine américanisée, la sauce piquante, dit soit « salsa » soit « hot sauce » selon le point auquel le resto veut faire semblant d’être authentique, joue dans le rôle du ketchup. Alors quand on commande un plat, le caissier va toujours demander « With hot sauce? » (Avec de la sauce piquante ?). Pour moi, la réponse est toujours « Non ». Heureusement, le caissier chez Miguel’s fait attention. Voici mon ticket ; je souligne la partie importante en jaune :

Ça dit « pas de sauce », d’accord. Alors, on appelle le numéro 58, j’arrive au comptoir et le type me dit « Tu veux soit de la rouge soit de la verte ? » Perplexe, je réponds « Rouge ou verte quoi ? » et il me dit dans une voix réservée aux parents d’enfants de trois ans, « Sauce piquante. Rouge ou verte ? »
Je lui montre l’autocollant sur la boîte avec ma quesadilla, car je sais déjà qu’il sera là :

« Justin », vous me dites, « c’est vraiment pas grand-chose. Juste à cause du fait que le type gagne 20 $/heure, vous pensez qu’il devrait faire attention ? » Je sais, d’accord, mais mon vrai sujet, c’est qu’aux États-Unis, on préférerait mourir que respecter les commandes du client à cet égard. Je vais vous raconter des histoires.
Une fois, j’étais chez The Cheesecake Factory, anciennement ma chaîne préférée, où malgré le nom, j’aimais commander des salades. Comme partout aux États-Unis, ils préparent leurs salades avec des quantités énormes des sauces pour salades, en général à base de crème : la « 1000 Island », la « Ranch », etc. Je déteste tout genre de vinaigrette, autant pour les goûts que les calories, alors je commande toujours mes salades sans vinaigrette ni autre sauce.
Mais cette fois, le gérant est venu à ma table pour me demander, « Es-tu sûr que tu ne veux pas de vinaigrette ? » Je lui ai répondu « Ben oui. Si j’avais dit que je ne voulais pas de tomates, serais-tu ici pour me dire que ma commande a un problème ? » « Bien sûr que non, mais il nous faut vérifier quand le client dit qu’il ne veut pas de vinaigrette. » « Bof, c’est un ingrédient comme tous les autres. Je n’en veux pas. »
Une autre fois, dans un autre resto, l’aide-serveur m’a apporté ma salade en me disant « J’ai de bonnes nouvelles ! Ils ont fait une erreur avec ta salade, mais je l’ai corrigée avant de te l’apporter ! » Il avait versé de la vinaigrette partout sur ma salade.
À presque chaque fois où je commande une salade dans un resto rapide, si je dis « Pas de vinaigrette », ils me donneront quand même un paquet de vinaigrette pour aller avec. Je n’en veux pas. Mais pour la grande majorité des américains, il est impossible que l’on veuille n’importe quel plat sans sauce, et habituellement au point d’y noyer.
C’est en fait une des plus grosses erreurs des européens en nous analysant. Vous pensez que c’est juste du ketchup. Mais en réalité, on n’est pas aussi accros au ketchup que ça. La vérité, c’est que nous sommes comme ça avec toutes les sauces.









































