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Dimanche avec Marcel

Aujourd’hui, je vous présente un nouveau projet du blog. Je vous ai prévenu que vous alliez tous mourir de rire, alors commençons avec la partie la moins ridicule :

Je vais lire À la recherche du temps perdu.

Maintenant, remontons le temps jusqu’en 1999, en particulier vers le 22 novembre, mon anniversaire. Mon frère m’a dit, « T’es le lecteur le plus rapide que je connais. Alors j’vais te donner la nouvelle édition de la traduction célèbre de Scott Moncrieff, et t’vas me dire ce qui est là-dedans. » (Évidemment, c’est une traduction. J’essaie ici de capturer son style personnel tel quel.)

Les 6 tomes de « À la recherche du temps perdu » en anglais. Chacun fait entre 600 et 800 pages, mais ils font environ la moitié de la hauteur d'un livre typique.

Je me suis assis avec le premier tome, « Swann’s Way », ou comme vous le connaissez, « Du côté de chez Swann ». J’ai atteint la célèbre scène des madeleines, puis je me suis dit, « Nom d’un frère cadet, mais c’est ennuyeux ! » J’ai fermé la couverture et me suis dit que j’y reviendrais plus tard. On dirait que c’est plutôt littéralement ma madeleine de Proust.

26 ans plus tard, le livre attendait toujours mon premier retour, jusqu’à cette semaine. D’une part, je me sens un peu coupable. D’autre part, après avoir aperçu ce qui m’attend dans les deux tomes de Molière, lire un pavé monstrueux en anglais plutôt qu’en français — en sachant que j’aurai besoin d’un dictionnaire 20 fois la page — me semble une bonne idée.

Avez-vous remarqué que ce que ces cadeaux ont en commun, c’est une sacrée quantité de travail fournie par mon frère ? Je n’en parle presque jamais, mais disons qu’il est comme ça de tous points de vue. ([J’insiste sur exprimer le point auquel je suis d’accord. — La Fille])

Alors ce qui se passera, c’est le suivant : Le dimanche — pour autant de temps qu’il me faudra pour tout finir — je vais écrire sur ce que j’ai lu dans ce livre. Si je n’ai guère lu, vous en entendrez parler. Si je réussis à lire plus de dix pages sans m’endormir, vous en entendrez parler aussi. Vous êtes désormais mes parrains involontaire pour me tenir responsable.

Les couvertures des 2 premiers tomes

J’aurais dû lancer ce projet il y a longtemps. ([26 ans, je dirais. — Mon frère]) Pour autant que j’aime M. Duvert, mon régime littéraire en anglais comprenait toujours plus de classiques que ce que vous avez vu en français. Je continuerai de lire d’autres choses en même temps, car ça ne m’aidera pas à lire en français. Mais je crois sincèrement que c’est une connaissance culturelle importante, et c’est absolument de la matière traditionnelle du blog. ([Regardez qui n’a accroché sa plaque qu’il y a 4 1/2 ans et ose parler de traditions ! Il y a des McDo en France dont les bâtiments sont plus vieux que lui ! — M. Descarottes])

Alors, je vous présente notre premier « Dimanche avec Marcel » :

Cette semaine, j’ai recommencé de nouveau Swann’s Way, Du côté de chez Swann, et je suis allé jusqu’à la fin du premier chapitre, 64 pages en anglais. M. Proust a un style très « flux de conscience » ; il persévère pendant 10 pages à la fois sur une seule pensée, avec de nombreuses digressions sur toutes les autres choses que la pensée lui rappelle. On passe donc ici de 10 pages où il se réveille, en pensant à toutes les chambres où il a jamais dormi, à une vingtaine de pages sur une soirée où il envoie une note à sa mère pour lui demander de venir lui dire « bonne nuit », en passant par une autre vingtaine de pages pour nous expliquer que sa famille connaissait anciennement, pendant sa jeunesse, un certain M. Charles Swann.

Que dire de M. Swann et de la famille du narrateur ? M. Swann vit apparemment « au-delà de sa place » dans sa caste de petite bourgeoisie, et profite d’une sorte de double vie que la famille du narrateur ne connaît que par le moyen de lire Le Gorafi Figaro. Il s’est marié à une femme mal réputée, et la famille, qui l’invitait souvent à dîner chez elle, le faisait désormais moins, à cause de sa désapprobation.

Pour sa part, ce n’est pas du tout évident pourquoi Swann devrait accepter les invitations. La grand-mère et grand-tante du narrateur jouent à des jeux d’esprit contre M. Swann. Les tantes du narrateur font pareil, où leur idée de le remercier pour une bouteille de vin est de dire « On a des voisins gentils » plutôt que « Merci du vin ». Le narrateur me semble un peu fou, mais pas surprenant vu son milieu familial.

Tout ça finit sur la célèbre madeleine. Le narrateur se trompe gravement ; seulement un gâteau forêt-noire ou un millefeuille a de telles propriétés. Non, mais sérieusement, je comprends, mais la puissance de cette scène baisse face au fait que tout semble provoquer des voyages dans les souvenirs chez le narrateur.

Backup

Mi-novembre, j’ai reçu un courriel complètement inattendu de la part de mon auteur préféré, Guy-Roger Duvert. Parmi les miracles du blog, c’est qu’au-delà du fait que G.K. Chesterton et Frank Herbert sont morts depuis très longtemps, je ne peux même pas imaginer écrire cette phrase sur n’importe quel auteur que j’aime en anglais. Pourtant, nous voilà. De toute façon, il m’a demandé si je me souvenais de lui, humoriste qu’il est ! Et si oui, est-ce qu’il me dérangerait de lire son premier livre en anglais et laisser un avis sur Amazon ?

Naturellement, malgré le fait que j’étais en plein milieu d’écrire la Grande Fête du Tour, je lui ai dit oui, mais qu’il me faudrait une semaine pour le faire. Et voilà, je vous ai dit que je l’avais fait, sans dévoiler l’auteur ni le livre, 8 jours après avoir reçu son courriel. Quand est-ce que on va enfin comprendre que l’on peut me faire subir vraiment n’importe quoi, tant que l’on me le demande en français ? Cependant, cette fois, il me l’a demandé en anglais. Je le pardonne pour ça, car le livre était en anglais, mais vous avez sûrement la bonne idée. ([Ouais. Au travail, les brouteurs ! — M. Descarottes])

Revenons à nos fans de Justin Bieber…euh, je veux dire, nos moutons. Backup est déjà paru en France (lien non-rémunéré vers Amazon.fr), sous le même titre, en 2020 ; on parle ici d’une traduction. Vu que les droits de propriété intellectuelle me barrent d’acheter des livres numériques en France, je ne fais pas trop attention à Amazon là, alors je n’étais pas au courant que le livre existait. Au moment de sa demande, la version Kindle n’était toujours pas disponible aux États-Unis ; M. Duvert m’a envoyé le bon fichier gratuitement en échange de mon avis (lien non-rémunéré vers Amazon en anglais).

M. Duvert n’a jamais eu peur de se lancer au milieu de l’action dès la première page, et après quelques pages pour nous expliquer ce qui est Backup — une entreprise qui garde des clones de ses clients contre la possibilité de leurs morts — l’histoire ouvre avec nôtre héros, le policier Aiden Romes, à la rescousse d’une jeune femme kidnappée. Il s’avère que la femme est la fille du fondateur de Backup, et les ravisseurs sont des gens qui s’opposent à Backup pour des raisons religieuses. Natsuko, la partenaire d’Aiden est gravement blessée pendant l’opération, mais survit. Reconnaissant, M. Kugelman, le fondateur de Backup offre des inscriptions aux deux policiers — Aiden l’accepte, mais pas Natsuko.

J’espère que vous connaissez déjà Total Recall, mon film préféré de Schwarzenegger. Dans ce film-là, l’héros s’endort dans le labo d’une entreprise qui offre de faux souvenirs de vacances, d’affaires amoureuses, quoi que ce soit. Mais quelque chose ne va pas et il se réveille au milieu d’une urgence et procède à avoir tout genre d’aventures folles. (Il y a des raisons à croire qu’en fait, tout est une réussite et le reste du film n’est que les faux souvenirs du héros. Mais c’est ambigu.) Backup se déroulé de façon similaire — mais dans ce cas, il me semble bien clair que tout est réel dans l’univers de l’histoire. Je fais la comparaison plus pour la violence et la vitesse de l’action qu’autre chose — Aiden se retrouve dans une situation après une autre où les agents de Backup veulent le tuer.

Je ne veux rien divulgâcher. Disons que j’ai deviné quelque chose d’important bien avant la fin, mais je me suis gravement trompé sur les conséquences de cet événement. J’ai énormément profité des idées abordées dans ce roman, surtout l’éthique de jouer avec les esprits des gens de cette façon. Si vous avez lu assez de la série Dune pour connaître les gholas, on est là, et les fans du Cinquième Élément ou de Blade Runner en profiteront aussi.

J’étais hyper-curieux de l’expérience de lire celui-ci en anglais car je considère que je reconnais assez bien le style de M. Duvert, et je voulais savoir si ça se traduirait. Il y une tendance dans l’écriture française de ne pas répéter les sujets d’une phrase à la prochaine, comme ça :

L’amiral n’était pas un tendre. Même dans le milieu militaire, il avait souvent été perçu comme dur, peu sociable. Soucieux de remplir ses tâches, doté d’un sens aigu du devoir, mais avec un caractère peu diplomate.

Outsphere, Chapitre 3 (caractères gras par moi)

J’ai mis les sujets des 3 phrases en gras pour illustrer ce que je veux dire. Il n’y en a pas dans la 3e phrase, mais c’est complètement naturel en français. En anglais, je ne dirais pas que ce style n’existe pas, mais c’est moins commun et plus dur à lire. Les deux premiers chapitres sont plus comme ça, alors j’ai eu du mal ; après, l’écriture passe rapidement à un mode beaucoup plus actif, et beaucoup plus naturel. (Je ne peux pas vous donner un exemple du livre lui-même car la version française serait la mienne ; c’est pour ça que je cite Outsphere.)

J’espère que celui-ci sera une réussite en anglais, car je n’hésiterais pas à partager les livres de M. Duvert avec des gens ici qui ne peuvent pas le lire en VO. Mais je n’ai aucun doute que vous aimerez Backup également dans son français original.

La trouvaille inattendue

Aujourd’hui, j’étais sur Amazon — .com, pas .fr — afin d’acheter un CD français indisponible sur iTunes, et où le prix chez la FNAC n’est pas moins cher que celui d’Amazon aux États-Unis. Vous n’avez aucune idée à quel point c’est choquant, ça — à cause des impôts pour les marchands, (presque) tout produit culturel français est moins cher pour moi chez la FNAC qu’ici. Mais le disque en question n’est pas trop récent, et les stocks sont bas partout.

Si vous voulez savoir lequel, vous pouvez visiter mon pauvre compte Instagram, où il y a un indice caché où personne ne l’a trouvé — le post le plus récent en ce moment. (J’ai un don pour trouver de nouvelles manières de me plaindre, n’est-ce pas ?) Laissez tomber — je suis très enthousiaste de cette découverte, comme beaucoup d’autres pistes que j’ai choisies pour le compte. Vous en entendrez parler plus tard.

Mais ce post est en fait sur quelque chose que j’ai vu pendant mon achat. Elle vous sera familière, mais quelque chose n’ira pas :

Source

Ouais, c’est Prospérine Virgule-Pointen anglais. Il y a un échantillon sur Amazon — les trois premiers chapitres, alors j’ai jété un œil.

La première chose à dire, c’est qu’une traduction hyper-fidèle serait une erreur. Ce livre joue avec la langue française sur chaque page, et beaucoup s’en perdraient en traduction. (Puis-je écrire ça de cette façon, où dois-je écrire « beaucoup de choses se perdraient » ? C’est une question sincère.) Je ne suis quand même pas sûr si les choix que j’ai vus sont les bons.

Commençons avec le nom de notre héroïne. Virgule-Point est inattendu en soi ; le bon mot en français est point-virgule. Mais en tant que nom de famille qui s’était produit par un mariage, ça marche. En anglais, point-virgule se traduit par « semicolon » — littéralement, demi-deux points. Virgule veut dire « comma » et point veut dire « period », alors « Prosperine Comma-Period » aurait pu marcher — mais personne n’aurait compris la blague de la fusion de deux marques.

Pourtant, le choix ne fait pas une meilleure blague. En anglais, elle s’appelle « Prosperina Dash », et sa famille est l’union des « Emdash » et « endash » — c’est à dire « tiret cadratin » et « tiret demi-cadratin« . Une traduction en français de son nom en anglais serait donc « Prospérine Tiret » — et l’esprit du jeu de mots se perd.

Sa ville, plutôt qu’une traduction de « Demi-Mot », qui serait littéralement « half-word », est « Ellipsis », d’où le titre — mais ça veut dire points de suspension. Honoré Point-Virgule, le héros de l’histoire, devient « Honorius Hyphen ». Un « hyphen » est un trait d’union — mais ça commence aussi par une « h », qui garde un peu du sens de l’humour de l’originale.

Il y a des blagues de la part des traducteurs (il y en a deux) qui reflètent leur connaissance de la culture française. Le livre fictif au centre de l’histoire s’appelle « Peines perdues », et là, la référence est clairement au pain perdu. En anglais, le livre s’intitule « In Search of Lost Loves », d’après une autre œuvre bien connue, « In Search of Lost Time ». Peut-être que vous connaissez cette dernière sous un autre nom, « À la recherche du temps perdu ». Les défauts que j’ai mentionnés ci-dessus, ils sont clairement aux limites de l’anglais, car ces traducteurs connaissent évidemment leur sujet.

Est-ce que je vais l’acheter et le lire ? Enfin, je crois que non. Je connais déjà l’histoire, et le vrai goût de ce texte se trouve en VO, ce qui est VF en ce cas. Cependant, ça me donne envie à nouveau de faire l’expérience de lire un livre français en parallèle avec sa traduction, afin de parler des différences. En plus, on va bientôt parler d’un autre livre écrit par quelqu’une qui habite en France — mais qui l’a écrit en anglais. (Le livre n’est pas encore sorti — je l’ai pré-commandé.)

J’ai eu cette expérience une centaine de fois, d’être surpris par un titre familier dans une police familière — dans une langue inattendue. Venant des États-Unis, ça m’arrive avec nos films tous les jours. Mais je crois que c’est la première fois où j’ai eu cette expérience à l’envers !

Outsphere 3 : Réligions

Ça fait des mois depuis notre dernier séjour aux mondes de Guy-Roger Duvert. (6 mois presqu’au jour, avec Outsphere 2.) Mais nous voilà, avec Outsphere 3 et oh là là, que l’échiquier ait beau changé ! Pour ce qu’il vaut, j’ai largement lu ceci sur les avions pendant mes vacances — le long délai entre le dernier tome et celui-ci n’a rien à voir avec le livre lui-même.

Il n’y a rien de surprenant quand je vous dis qu’un roman de M. Duvert n’hésite pas à se débarrasser de pas mal de personnages attachants. J’ai évité de vous parler de la fin du deuxième tome à l’époque, afin de ne pas jouer le divulgâcheur, mais l’épilogue de ce livre-là nous dit exactement la même chose que le début de ceci — on est maintenant dans une époque beaucoup plus tard, et presque tout le monde auquel le lecteur s’intéressait à travers les deux premiers tomes est mort depuis longtemps.

Mais combien de temps ? Plusieurs siècles en tout cas, mais déterminer exactement la durée est difficile. Je vous ai dit avant qu’avec les pertes massives des deux premiers tomes, il était bien évident que les descendants des colons allaient vivre des vies d’un niveau de technologie très bas par rapport à celui qui les a amenés à la planète d’Eden. Pourtant, je ne m’attendais pas au thème de ce livre, où l’histoire s’est effacée et toute mémoire de l’Arche et de la Terre n’est que légende. À partir de ça, plusieurs religions sont fondées, où chacune garde des bribes, des brins de la vérité sur les origines extra-terrestres de l’humanité sur cette planète.

Sans divulguer trop, seulement une de ces religions arrive à jouer un rôle vraiment important à l’histoire, pour de bonnes raisons. À la fin du deuxième tome, trois protagonistes sont placés dans des caissons pendant que les scientifiques cherchent le remède pour une maladie, dans l’espoir qu’ils seront réveillés assez bientôt. C’est ainsi qu’ils sont (pour autant que l’on sache) les seuls survivants de l’Arche qui restent. Pourtant, il y avait d’autres caissons et les descendants les ont découverts, et ça a donné lieu à l’idée qu’un jour, les « Endormis » reviendront pour sauver Eden d’une Menace inconnue. Une religion basée sur ça va évidemment avoir le plus d’intérêt dans un roman écrit autour de trois personnes envoyées au futur en tant qu’Endormis.

Cependant, le roman est largement la recherche de l’une des trois par les deux autres. Les trois caissons finissent par être séparés, et on se retrouve avec Jake Bowman et Nash Olsen, les protagonistes principaux des deux premiers tomes. Jake était anciennement le colonel supérieur à Olsen, mais en plus du fait que l’Armée n’existe plus, Olsen considère que Bowman l’a abandonné pendant le premier tome (et a raison d’une façon). Ils sont donc alliés, mais se trouvent séparés pendant de longues périodes, et l’histoire est racontée par tours de chacun de leurs points de vue.

Ce livre est en grande partie un livre d’idées. Je ne dis rien de nouveau si je vous dis que ce qui croit un paroissien typique d’une église est peut-être loin de ce qui croit les évêques et les cardinaux. Parfois c’est une question d’éducation, mais parfois c’est une question de connaissances jugées trop dangereuses. Encore une fois, je ne veux rien divulgâcher, mais la religion des Endormis est victime de toute la même corruption que l’Église catholique médiévale, jusqu’à sa propre Inquisition. De cette façon, M. Duvert se trouve bien placé à offrir ses propres spéculations sur la religion telle que l’on la connaît.

Outsphere 3 fait 346 pages ; le temps que 250 soit arrivée, il m’était évident que l’histoire ne pouvait pas atteindre sa conclusion dans ce tome. D’une façon, j’avais tort — il y a une épilogue, après une note qui dit clairement qu’il y aura un quatrième tome, mais l’intrigue trouve sa résolution, « une fin certes un peu douce-amère » comme dit M. Duvert dans une note au lecteur. Mais même avec la fin que l’on a, il y a beaucoup de questions qui restent peu explorées — le sort du 3e personnage, ce qui est vraiment la Menace, les détails de l’événement à cause duquel la mémoire historique semble avoir été perdue.

Vous aurez remarqué que je n’ai dit presque rien sur l’intrigue lui-même. En partie, c’est parce que c’est difficile à le faire sans trop dire. Mais l’autre partie, c’est que j’avoue être plus qu’un peu déçu par la résolution. Jake Bowman n’est pas un homme parfait, mais je voulais désespérément qu’il trouve la seule chose dont il avait vraiment envie. En revanche, la leçon livrée encore et encore dans les livres de M. Duvert est que la vie ne se passe pas comme on l’aurait souhaitée.

Outsphere 3 est bien équipé de tous les points forts habituels chez M. Duvert. On est vite plongés dans l’intrigue, l’écriture est vive, les personnages sont intéressants — au-delà de vous prévenir qu’il faut vraiment commencer cette série au début, non pas avec le troisième tome, je n’hésite pas à le recommander. Je n’ai franchement aucun doute que le quatrième tome vaudra la peine, même si je sais qu’il va raconter tout autre histoire par rapport à ce que je devinais. C’est juste que l’on sait déjà que les histoires d’amour finissent mal, et je suis assez d’un bisounours pour avoir espéré le contraire.

PluriElles, par Céline Kokkomäki

L’autrice de ce livre est bien connue aux lecteurs d’Un Coup de Foudre, mais peut-être pas sous ce nom. Vous la connaissez plutôt sous le nom de plume par lequel elle apparaît dans chaque « C’est le 1er ». En décembre 2022, je vous l’ai présentée comme ça :

Carnets d’une plume est une jeune femme qui écrit avec passion et honnêteté sur des sujets difficiles, comme devenir indépendant de sa famille en tant qu’adulte et la vérité sur le Qatar.

C’est le 1er, version décembre 2022

Je me suis exprimé de façon réservée. Ce que je voulais vraiment dire était plutôt genre « Laissez tout tomber et allez la lire maintenant. » Si vous lisez le commentaire que j’ai laissé au premier lien, vous aurez une meilleure idée de ce que je pensais à l’époque. Dans ce contexte, c’est-à-dire que bien que je n’aie pas lu de la fiction de sa part, dès que j’ai vu son post pour annoncer ce recueil de nouvelles, j’ai tout de suite su que j’ai le lire.

Avant de continuer, je vais vous donner ma conclusion, afin qu’il n’y ait pas de confusion sur mon avis. PluriElles est une œuvre puissante ; les pages se tournent vite, et vous allez vous arracher du livre avant sa fin avec difficulté. La plupart des nouvelles ne font que 10 pages, mais vous serez en haleine à chaque fois. Chaque nouvelle est une véritable montagne russe de sentiments, une étude psychologique de quelqu’une que nous ne connaissons que brièvement, pourtant quelqu’une dont son sort devient la chose la plus importante au monde pour la durée. PluriElles porte ma plus haute recommandation.

J’ai écrit et réécrit ce qui suit plusieurs fois. Si vous avez suivi ce blog depuis un moment, il y a un sens où je suis la mauvaise personne pour critiquer ce livre. Je lis une phrase comme :

Tu te rappelles la remarque qu’une ancienne DRH t’avait faite à propos de ta couleur de peau « pas assez matifiée »,

Entretien d’embauche, p. 105

et c’est dans une langue plutôt extra-terrestre qu’étrangère. (Je ne considère pas le français comme étant étranger pour moi.) J’ai trouvé une explication de « peau matifiée », mais ça ne m’aurait rien signifié en anglais non plus. Il y a une autre nouvelle, « TIC-TAC », une exploration des pensées, seconde par seconde, de quelqu’une qui vient de prendre un test de grossesse, et…j’ai une fille, mais tout ce que je peux dire autrement ne servirait que pour me faire gêner. Cette nouvelle est un point fort dans un livre qui en est rempli — on vit l’expérience de la narratrice — mais disons simplement que pour en parler, je dois m’enlever de la critique.

Alors, reprenons notre histoire. Ce soir-même, à 2h du matin — je ne plaisante même pas un peu — j’ai lu la première nouvelle, « Toi et moi ». C’est une série de lettres entre une femme et elle-même 40 ans plus tard. Le « comment » n’est pas le sujet de l’histoire. C’est plutôt l’histoire de quelqu’un qui a sauté la frontière mexicaine (un sujet dont j’ai des opinions) pour travailler aux États-Unis, mais qui a perdu ses boulots à cause du Covid (ça se déroule en 2020). Pour un instant, c’était la colère plutôt que la curiosité qui m’a propulsé à travers les pages. Aux mains d’une autrice américaine, cette nouvelle aurait été complètement prévisible et terminée d’autre façon.

Je ne vais pas vous dire comment je me suis trompé, car je veux que vous lisiez ce livre vous-même. (En fait, je veux être clair — si vous ne m’écoutez qu’une fois à propos des livres, je veux que ce soit celui-ci.) Mais j’ai trouvé ce qui est arrivé à la fin juste, pas du tout de la polémique facile que je craignais, et le plus important, à la hauteur de l’empathie et la sensibilité auxquelles je m’attends déjà sur son blog.

Une fois au-delà de moi et des miens, c’est une nouvelle après une autre des vies des femmes, en général dans leurs vingtaine ou trentaine. La diversité des voix coupe le souffle — il y a des histoire dans toutes les trois personnes. Ici, les souvenirs d’une boîte à musique qui nous parle de sa propriétaire ; là, le journal d’une fille à partir de ses 10 ans jusqu’à ses 34 ans. Céline Kokkomäki glisse entre ces voix, entre des personnages si différents, avec une fluidité qui nous fait oublier à chaque fois qu’il y a deux pages, on parlait de tout autre vie. C’est impressionnant.

Je veux attirer votre attention à deux nouvelles en particulier parmi les 13 du livre. « Retrouver le fil » est l’histoire d’une femme qui n’a jamais compris pourquoi toutes ses aînées tricotaient. La plupart des nouvelles dans ce recueil ont des fins « plus sage mais plus triste ». Celle-ci se distingue par un moment où l’éclaircissement de la protagoniste nous mène à une fin heureuse. « La créole dorée » est la chose la plus proche d’un conte de surnaturel, et m’a donné une frisson digne d’Edgar Allan Poe à sa fin.

Le livre finit avec « La Rupture », dur à lire parce que le lecteur voit la vérité avant la protagoniste, pourtant on ne peut que suivre ses expériences même en sachant comment elles finiront. Mais la fin de l’histoire, donc du livre, est un moment où on peut ressentir de la fierté pour notre héroïne, une note d’espoir. J’attends avec impatience quel que Céline Kokkomäki sorte prochainement.

Le jour où je me suis convertie, par Claire Koç

En 2022, je vous ai parlé de l’un des livres les plus importants de ma vie, Claire, le prénom de la honte. À l’époque, j’ai dit que « [Q]uant au dernier chapitre, c’est rien d’autre que La Marseillaise moderne » et en ai conclu en disant que « c’était l’histoire de mes propres pensées ». Après avoir lu ce livre, qui est sorti en novembre de l’année dernière, je peux donner le résumé en une phrase :

En tout ce qui compte, elle parle pour moi.

Avant de continuer, je vous ai dit au passé que l’une de choses que j’admire la plus chez les Français, c’est que vous vous occupez largement de vos propres oignons. Je ne sais toujours pas quelles sont les croyances de la grande majorité de mes amis francophones, ni les partis politiques de personne. Mais ici, impossible de parler du livre sans parler des croyances personnelles. Si ça vous dérange, pas de souci et on se reverra demain.

Dans son premier livre, sorti en 2021, Mme Koç nous avait dit :

Pour ma part, j’ai toujours rêvé d’une assimilation totale, ce qui sous-entend d’être baptisée, car je voulais me fondre pleinement dans la culture religieuse et historique de la France qui fut longtemps considérée comme la fille aînée de l’Église.

Claire, le prénom de la honte, p. 191

J’en ai tiré la conclusion que son intérêt à l’Église était plutôt en tant qu’instrument, que si elle voulait se convertir, c’était parce qu’elle la percevait comme « la chose française à faire ». Et j’ajouterai que l’on fait ce choix pour de telles raisons tous les jours, partout au monde : pour se marier, pour assimiler… peut-être que « Paris vaut bien une messe », ça vous parle ? Je ne juge pas. Mais Mme Koç raconte être rejetée par un prêtre parce que son mari s’est marié avant dans l’Église, et on sait tous que ça fait des problèmes. Je croyais donc que c’était la fin de l’affaire, que on n’entendrait plus rien sur le sujet.

Mais c’est exactement ici où je me suis trompé. Si on a vraiment compris la France de ce blog, elle tourne autour de deux axes, celui de Sainte-Jeanne-d’Arc et celui de Louis de Funès. C’est une façon de dire que ce qui m’attire est autant la France des cathédrales que la France du Corniaud. Si vous pouviez voir les messes aux États-Unis, qui sont plus des concerts de rock que des événements sacrés, puis les larmes aux yeux quand une messe a commencé pendant ma dernière visite à la Sacré-Cœur, tout serait clair. Mme Koç ayant plus de classe que moi, elle choisit une meilleure métaphore et parle plutôt de la France comme l’union de Marie et Marianne. La structure du livre suit ses rencontres avec les deux.

Mme Koç lance son histoire aux Seychelles, où elle est enfin baptisée. Elle n’est toujours pas bien éduquée dans la foi, mais on savait déjà du premier livre que c’était important à elle. Puis on remonte dans les temps. En fait, avant le rejet du prêtre en France, elle avait été catéchumène, avait suivi des cours, mais juste au dernier moment, le père lui avait dit « qu’il doit réfléchir à « mon cas » et qu’une enquête sera ouverte sur mon époux ; comme si nous avions commis un crime » (p. 40).

Je n’ai pas envie de critiquer l’Église ; les lois sont là pour des raisons. Mais elle remarque, pas sans justice, que un certain criminel « a reçu plus de compassion que moi, une femme dont le seul « tort » est d’avoir épousé un homme divorcé » (Ibid.). On voit ici un parallèle important avec sa lutte pour se naturaliser — autant que certains Français la décourageaient de devenir citoyenne, certains religieux faisaient la même chose. Mais si on connaît Claire Koç, on sait qu’elle trouvera un chemin.

On tourne vers l’incendie de Notre-Dame de Paris. Elle remarque que « il transcende les frontières et devient une tragédie mondiale…Quant à moi, j’ai ressenti une étrange sensation. Une impression de communion qui ne m’a plus quittée. « (pp. 44-46). Elle avait déjà ressenti l’appel de l’Église, mais cet épisode renforce pour elle que même si l’Église elle-même est universelle, son incarnation française est pourtant la lumière des nations.

Elle cherche d’autres chemins et considère également le protestantisme et l’église orthodoxe. Mais à la fin, elle sait — c’est l’Église catholique ou rien. On trouve certainement un héritage protestant en France aussi, mais je comprends ses sentiments — au-delà des plages normandes, le site de la Grande Croisade, le Tour passe encore et encore par des lieux de culte catholiques.

Ici commence la polémique. Elle diagnostique une crise spirituelle en France, comme partout ailleurs :

Quoi qu’il en soit, il est certain que notre monde est en quête de sens, que ce soit par le biais de la spiritualité ou d’autres moyens, pour construire un avenir épanouissant et durable.

Page 65

Elle remonte encore plus dans le temps pour nous parler de sa première rencontre avec une statue de Marie dans une église, puis nous demande : « Pourquoi ne pas reconnaître le courage de la Vierge Marie, qui a osé s’opposer aux normes de son époque ? » (P. 75) Elle invoque d’autres exemples — Jeanne d’Arc, Sainte-Thérèse, et Saint-John-Vianney — puis nous invite à considérer deux choses. 1) de nos jours, on comble l’écart spirituel avec des croyances ténèbres — elle cité de nombreux exemples de références à la sorcellerie dans la culture, et 2) on ne cherche plus les solutions de nos ancêtres. Elle demande :

[P]ourquoi ces militantes ne s’approprient-elles pas la représentation de Jeanne d’Arc, pourtant accusée elle aussi de sorcellerie et brûlée vive en place publique ? Cette dernière est considérée au mieux comme franchouillarde, au pire comme le symbole d’un mauvais camp politique.

P. 80

Elle retrouve sa réponse dans la mauvaise influence de la culture américaine, et il me tue, mais je suis malheureusement d’accord. Ce blog n’existerait pas si je ne m’étais pas retrouvé en 2020 face à l’autodestruction de mon pays dans les émeutes « largement paisibles ». C’était le jeune moi, admirateur de Jeanne d’Arc, qui était de retour pour chercher des racines plus solides en France pour me sauver. Mais c’était en fait ma rencontre avec Marianne, et ici on tourne vers la sienne.

À ce point, je suis sûr que beaucoup de monde disent à l’écran, « Mais la République, c’est laïque ! Il n’y a plus de place pour ça ! » C’est ici où je note avec un certain plaisir que Mme Koç a redécouvert, sans le savoir, la sagesse des Pères fondateurs américains, surtout John Adams. Elle écrit :

La France est un pays chrétien ; la République, elle, est laïque. Sans m’aventurer dans un exercice philosophique pour lequel je n’ai pas la prétention de revendiquer quelque compétence que ce soit, je pense qu’il est possible de se définir à la fois comme chrétien et comme laïc.

P. 125

Ceux qui parlent aux États-Unis d’un « mur de séparation » ont mal compris que le but de notre Premier Amendement n’était pas d’établir un gouvernement athée, mais de permettre que les habitants du Maryland pouvaient vivre leur foi catholique en même temps que ceux du Massachusetts, leur foi protestante. Pour effectuer ça, il faut que la loi n’accorde une place privilégiée à aucune religion.

Et c’est ça que je trouve la vraie beauté de ce livre. On a bel et bien établi dans son premier tome sa fidélité à la République. Ce n’est dans aucun sens un appel à l’intégralisme ou à la nostalgie pour les Bourbon. Elle nous rappelle :

Les rois de France, la Révolution, le peuple français et Napoléon ont tous joué un rôle majeur dans la construction de notre nation, façonnant la mémoire de notre pays au fil des siècles. Être français, c’est éprouver une fierté inébranlable et une admiration profonde pour la longue et riche histoire de France.

P. 140

Quel est donc son but ? En restaurant une place pour le christianisme dans l’espace public, Claire Koç espère que tout le monde, soit croyant soit athée, se rattachera à nouveau aux racines qui ont donné à la France l’histoire la plus glorieuse au monde.

Pas surprenant que le livre termine donc pas avec une prière ou un texte républicain mais avec une citation du général de Gaulle :

Je suis un Français libre. Je crois en Dieu et en ma patrie. Je ne suis l’homme de personne.

P. 187

Outsphere 2, Le Réveil

On est de retour à l’univers de mon auteur préféré, Guy-Roger Duvert, dans le cadre de son roman Outsphere. Comme indique la couverture, on parle cette fois d’Outsphere 2 : Le Réveil.

J’ai pris beaucoup trop de temps pour lire ce livre, mais la faute est à moi, pas M. Duvert. Le vocabulaire a exigé encore plus d’efforts à ma part pour fouiller dans les dictionnaires bilingues. Ça ne devrait pas être un problème pour la grande majorité d’entre vous. D’autre part, j’ai lu 1 689 pages dans ma quatrième langue cette année. Je m’en veux à moi un peu moins tout à coup.

On replonge dans un atmosphère « dernier espoir de l’humanité », et si vous vous souvenez du premier tome, où les génies qui savent qu’ils sont tout ce qui reste de l’espèce ont quand même réussi à gaspiller une belle partie de leurs atouts en se battant les uns contre les autres… disons que la crise continue.

Mais cette fois, les problèmes ne naissent pas seulement de la bêtise humaine. Le réveil duquel le titre parle est celui des Ashkaniens, une espèce extra-terrestre dont les colons n’ont trouvé que les ruines de leurs installations pendant le premier tome. On a vu des preuves que quelques Ashkaniens restaient dans un état de sommeil cryogénique, mais il n’était pas clair s’ils étaient toujours vivants. Ils le sont.

Comme dans le premier tome, ce livre se traite d’autres choses que juste les vies de personnages fictifs sur une autre planète. M. Divert aborde des thèmes de la différence entre le communisme et la démocratie, et bien qu’il n’utilise pas ces mots, la théorie du Grand filtre — pourquoi on n’a pas rencontré d’autres espèces avec des milliards de planètes ? Il y a un moment où un militaire récapitule le slogan de Marx — « chacun subvenait aux besoins de la colonie selon ses capacités et recevait en fonction de ses propres besoins » — et c’est intéressant à penser aux similarités entre le communisme et la hiérarchie militaire. Mais enfin, c’est des militaires qui soutiennent la transition à un gouvernement civil.

Aussi comme dans d’autres livres de M. Duvert, il y a des clins d’œil vers les faits divers de nos jours. Il y a un moment où un soldat souhaite avoir des piles au lithium pour qu’ils explosent !

Beaucoup du livre parle des efforts des colons pour développer la colonie. Ils perdent de plus en plus des atouts apportés de la Terre, et j’ai l’impression que leurs descendants vont vivre une vie beaucoup moins technologique que même la nôtre. On n’entend pas parler de comment ils vont éduquer les prochaines générations à faire les mêmes métiers d’ingénieur, de physicien, ou de médecin, pour choisir trois rôles très importants dans les deux premiers tomes. Mais peut-être que la bonne réponse est la même qu’à la question de La Fille quand elle avait 5 ans : « Pourquoi est-ce que personne ne va aux toilettes à la télé ? » Parce que ces détails ne servent qu’à retarder l’histoire qui nous intéresse, ma petite.

Je pourrais aussi dire que le livre fournit une bonne raison pour mettre la question à côté tout court, mais en dire plus serait à jouer au divulgâcheur.

Juste un mot de plus sur l’intrigue. Si vous avez lu d’autres livres de M. Duvert, vous savez qu’il va y avoir des pertes. Beaucoup de monde qui ont survécu le premier livre ne voient pas la fin de celui-ci. Il y en a certains où j’aurais aimé voir un sort plus heureux, mais ce n’est pas la vraie vie et ces livres sont écrits pour des adultes. pas des enfants. Il faut accepter que comme a dit Clint Eastwood dans Impitoyable, « Le mérite n’a rien à voir là-dedans ».

Je vais prendre une petite pause avant de lire Outsphere 3 (déjà acheté, évidemment), parce que mon prochain livre, beaucoup plus court, est une œuvre non-fictive, récemment sortie et tellement liée à l’actualité. Si vous suiviez mon Twitter en novembre, vous savez déjà quel livre et par qui. Mais peut-être que c’est M. Duvert lui-même qui va me faire tarder à reprendre Outsphere, car en recherchant des titres sur Amazon.fr… Nid d’Espions à Canton ? Les Chroniques Occultes sont de retour ? (On le savait de l’interview, mais pas la bonne date.) Comme on dit en anglais, taisez-vous et prenez mon argent ! (En fait, il l’a maintenant pour ce livre !)

Mon livre de Yann Couvreur

Je ne l’ai pas mentionné à l’époque, parce que mon achat du jour a été abîmé avant que je ne puisse le prendre en photo, mais l’une de mes découvertes préférées pendant le voyage fou était la boutique de Yann Couvreur aux Galeries Lafayette Haussmann. J’y ai acheté une tartelette framboise-estragon, et bien que je ne sois pas sûr que la combinaison est ma préférée, le niveau de son œuvre est évident.

Depuis ce temps-là, je regarde ses vidéos sur YouTube. Comment puis-je expliquer je n’ai jamais fait même une de ses pâtisseries pour ce blog ? Peut-être parce que son petit-déjeuner pour une personne prend 24 heures ?!? Vous pensez que je plaisante, mais sur de telles choses, jamais :

Quand monsieur dit que quelque chose est facile, il menthe ment. Mais on peut quand même beaucoup apprendre en suivant ce qu’il fait, et c’est pourquoi j’ai acheté son livre pendant mon dernier voyage. ([Et entre les JO et mes efforts, il sera vraiment son dernier ! — Mon ex])

Dès le départ, il veut que vous sachiez exactement quel genre de livre vous avez acheté. Ce sont ses « roulés de viennoiserie au mètre ». Les voir est assez pour perdre tout espoir de les fabriquer à la maison :

Ses kouign-amans sont aussi faits à un niveau inconnu chez moi :

Mais peut-être qu’il ne faut pas perdre tout espoir. Cette femme les a clairement réussis :

Voici ce qu’il appelle « un dessert facile » :

Et voici la liste d’ingrédients qui va avec. Comme je vous ai dit, il menthe ment :

Parfois il utilise d’autres mots d’une façon que je ne reconnais pas. Ce sont ses « éclairs » :

Il a en fait 3 recettes dites « éclairs », toutes en cette forme. Je n’ai pas les bons moules. Mais je m’intéresse quand même à sa technique pour le glaçage, évidemment supérieure à la mienne. C’est pourquoi je vous dis qu’il y a beaucoup pour apprendre de ce livre, même si très peu des recettes sont vraiment possibles à la maison.

Je dois avouer quelque chose — je ne suis pas en fait grand fan des Saint-Honorés. Mais je crois que c’est souvent une des meilleures preuves de la qualité d’un chef. Le sien est un chef-d’œuvre, exactement comme attendu :

Parmi les choses dont j’ai espoir, voici sa tartelette à la framboise. Ce n’est pas le même que celle que j’ai acheté l’année dernière.

Il y a quelques recettes salées dans ce livre. Je ne connais pas trop de quiches comme celle-ci :

L’une des dernières choses dans le livre est une de mes pâtisseries préférées, le Paris-Brest. Encore une fois, il y a 8 choses à faire, dont 3 crèmes différentes pour la garniture. Peut-être qu’un jour, j’essaierai de faire une version un peu plus simple :

Franchement, je m’attendais à un livre de cette hauteur. Le chef Couvreur n’est pas un Meilleur Ouvrier de France, mais il est quand même l’un des plus doués que j’ai vus. Je suis grand fan, et je recommande ce livre à tous les chefs à la maison un peu ambitieux. Ce livre n’est pas là pour vous apprendre les classiques comme la bible de Gaston Lenôtre. C’est là pour vous pousser vers les techniques les plus avancées, la pâtisserie en tant qu’art.

Outsphere

Pour la cinquième fois, on retourne vers l’univers de Guy-Roger Duvert, au début d’une troisième série. Non, je n’ai pas abandonné Les Rôdeurs de l’Empire — mais croiriez-vous que c’était l’auteur lui-même qui m’a dit d’y sauter ? Moi non plus — pourtant, c’est exactement ce qui s’est passé. Il m’avait conseillé de le lire avant de continuer avec ses autres livres pendant la conversation autour de notre interview. D’une part, vous ne serez même pas un peu surpris que j’ai a-do-ré ce roman. D’autre part, si vous pensiez que je ne pourrais pas chanter plus fortement ses louanges, vous aviez tort.

Pour vous rappeler, je vous ai dit en critiquant L’Appel d’Am-Heh que M. Duvert fait toujours ses devoirs. Je veux être prudent — ses œuvres sont toujours clairement originaux à lui. Mais il me semble qu’il doive être très bien lu parmi les maîtres de science-fiction qui ont écrit sur les colonies dans l’espace. Mettons la scène, puis je m’explique.

Quant à Outsphere, il s’agit d’une arche interstellaire envoyée vers une étoile distante pour établir une colonie sur une nouvelle planète, le nommé Outsphere. Mais il y a deux chemins pour ce genre d’histoire : « l’empire de l’humanité », telle que l’on trouve dans Star Trek ou Star Wars, où la galaxie se trouve remplie de planètes habitées, bien connectées. L’autre chemin, c’est « le dernier espoir », où tout part en cacahuète et c’est un combat pour la survie de l’espèce. Ici, on est carrément dans la deuxième catégorie.

Très similaire aux Rôdeurs de l’Empire, les premiers chapitres se concernent avec mettre beaucoup de personnages sur l’échiquier. On rencontre d’abord beaucoup de militaires et scientifiques, chargés de gérer l’atterrissage et la construction de la nouvelle colonie. Au fur et à mesure, de plus en plus de civils sont réveillés pour rejoindre les efforts.

Il s’avère que l’Arche n’est pas le seul effort lancé par les Terriens. Quelques semaines après leur arrivée, une deuxième arche arrive. Il s’avère que après le départ de l’Arche, la technologie s’est améliorée assez pour une seconde tentative, et en plus, les humains sur le deuxième vaisseau sont plus évolués. Ils sont légèrement télépathiques et prennent des décisions en tant qu’un groupe. Les différences entre ces deux groupes d’êtres humains auront des conséquences.

Bien que le livre parle d’une colonie fictive, M. Duvert prend l’opportunité pour provoquer des réflexions sur certains sujets bien terrestres. Par exemple, quand un colon du premier groupe meurtre un colon du deuxième groupe, il se justifie en pensant « Les Français étaient-ils racistes lorsqu’ils tuèrent des Allemands sous l’Occupation ? Il ne s’agissait pas de racisme, mais de légitime défense ! » Dans ce cas, il a peut-être tort quant à son analogie, mais on ne peut que penser à la tendance moderne — surtout aux États-Unis — de dire que tout le monde qui n’est pas d’accord est nazi, donc tout et n’importe quoi est justifié. Il s’avèrera que la situation est beaucoup plus compliquée que ce monsieur en pense.

Comme dans d’autres livres duvertiens, il y a des moments genre clin d’œil vers le lecteur à cause du fait que les personnages se parlent probablement dans une autre langue, bien que le livre soit écrit en français. Très peu après le début, un espagnol se réveille dans l’Arche et ça arrive :

Le caisson cryogénique s’ouvrit, laissant apparaître un grand Hispanique aux traits anguleux.

— Putana Madre !

Bowman sourit en voyant tousser violemment Francisco Baya, dont le réveil était difficile….

— Ho, Colonel… dit Baya. Je veux dire… Putain de réveil !

1ère partie, Chapitre 4

C’est gentil de M. Baya de traduire ses jurons pour nous.

Ce livre me rappelle de nombreux maîtres de la science-fiction. Par exemple, Isaac Asimov, qui a mis la table avec son Cycle de Fondation, où il y a deux visions très différentes pour comment sauver l’humanité. Si on disait que l’Arche est la Première Fondation, et l’Utopia est la Seconde Fondation, surtout en ce qui concerne leurs méthodes, on ne serait pas loin de la vérité. La coopération mal à l’aise entre les deux groupes me rappelle fortement Au tréfonds du ciel par Vernor Vinge, surtout parce que le manque d’identité personnelle du deuxième groupe me rappelle les « Émergents ». Dès que j’ai lu la première mention d’un certain organisme qui infecte tous ceux qui respirent l’air de la planète, j’ai crié « C’est l’organisme Warden ! » de mon auteur préféré du genre, Jack Chalker — tout inconnu en France, il me semble, mais dont sa série Les Quatre Seigneurs du Diamant fait une chose similaire (enfin, avec des buts très différents). J’ajoute aussi la maîtresse irlandaise Anne McCaffrey, dont les origines de sa célèbre série La Ballade de Pern partagent de nombreux traits avec le sort d’Outsphere — surtout que les colons pensaient à créer une société technologique, mais ils vont finir par vivre la vie que la planète leur permet.

Outsphere nage dans les mêmes eaux que ces œuvres, mais est tellement sa propre histoire. Je les mentionne pour vous indiquer le rang d’auteurs auquel il faut faire la comparaison. Je vous recommanderais tout et n’importe quel livre parmi les précédents sans hésitation, et Outsphere mérite une place à côté de chacun.

Les Rôdeurs de l’Empire

On retourne encore une fois vers l’univers de Guy-Roger Duvert, mais cette fois, on n’est pas dans les Chroniques Occultes. C’est sa série « Les Rôdeurs de l’Empire », et cette fois, on parle du premier tome. (Puis-je ajouter que j’adore que l’on dit « tome » pour ça ? En anglais, ce mot veut dire un gros livre, un qui pèse, euh…des livres !)

Avant de continuer, je vous recommande aussi les avis de Light & Smell et Les Crins du Barde.

Bien que je me sois trouvé dans le monde duvertien à cause de ses équipées lovecraftiennes, il s’avère que je l’adore autant pour ses personnages et ses cadres à lui. L’Empire et ses alentours doivent une certaine ambiance aux conventions du genre du fantastique, mais on est encore une fois aux mains d’un maître avec ses propres idées. Le problème pour moi, c’est comment l’expliquer sans jouer le divulgâcheur.

Ce livre, également que L’Appel d’Am-Heh, lance une série, mais commence d’une façon très différente – et j’oserais dire plus française — que l’autre. Qu’est-ce que je veux dire ? L’Appel d’Am-Heh commence par lancer le lecteur en plein milieu de l’action — on retrouve un archéologue en train de fouiller un temple égyptien sans explication, et son assistant est tué dans les premières pages. C’est un style très américain, d’après ses sources comme Cthulhu et Indiana Jones.

Les Rôdeurs de l’Empire, par contre, prend le premier vingt pour-cent du livre pour mettre les pièces sur l’échiquier, une belle vingtaine de personnages. (Il y a un glossaire à la fin du livre.) C’est exactement ce que j’ai dit du style français en regardant mes premiers films — il y a beaucoup plus d’attention à mettre la scène, et le « denouement » (mot anglais qui veut dire « dénouement ») se déroule plus vite car il ne reste autant de temps. Oscar est l’exemple le plus extrême de cette tendance — 60 minutes lentes d’exposition suivies par 20 minutes des rires les plus fous possibles. Les Rôdeurs de l’Empire est loin d’être Oscar, mais après une quarantaine de pages, j’ai décidé de recommencer à nouveau et écrire des notes après avoir fini chaque chapitre. C’est difficile de tout garder en tête ! Mais je vous promets — ça vaut le coup.

Une fois la scène est mise, quel échiquier ! On est à la frontière de deux pays sur le point de tomber en guerre, il y a de nombreuses factions, des mercenaires de loyauté inconnue, des criminels, et pas mal de civils malchanceux, au mauvais endroit au mauvais temps. Quand une armée assiège une auberge où tous ces personnages se réunissent complètement par hasard, c’est comme un roman où Psychose se retrouve avec L’espion qui m’aimait (le roman, pas le film), dans une ambiance de Mobile Suit Gundam 0080. Un espace confiné, de grands mystères, et de lourdes pertes partout, surtout parmi ceux qui n’ont pas cherché le danger.

Je vous conseille de ne pas vous attacher à n’importe quel des personnages. Encore plus que d’hab, M. Duvert n’a pas peur de tuer ses personnages, et il y aura des rebondissements à découvrir avant la fin. Vous aurez probablement tort sur l’état d’affaires à la fin. Mais ce ne sera pas facile — avec seulement quelques pages pour présenter chacun de ses personnages au début, il réussite quand même à donner un beau sens de leurs origines et leurs buts.

J’ai ma plainte habituelle quant aux prénoms des personnages. On est dans un monde bien fictif, alors il n’y a pas besoin de rencontrer des noms familiers. Et on va rencontrer Sathin et Eyamen, Jorekin et Roeken, tout au bien. Mais aussi Logan, Ethan, Trevor et Tobias ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pas besoin de retrouver des noms anglophones pour donner un sens de l’exotique ! Dans mon roman, ce serait plutôt Delphine ou Gontran, peut-être un Enguerrand ou une Aliénor, pas mes copains de classe à la maternelle ! Mais ne me prenez pas au sérieux ; pour des lecteurs francophones, ça marche sûrement.

Mon autre plainte, c’est qu’il y a un personnage qui parle en « business English », même si les mots sont en français. Il dit à un moment « Mon calendrier est assez libre, en ce moment ! », et à un autre « Je suis un joueur en équipe, moi ! » J’entends surtout « team player » pour le dernier dans la tête. Encore une fois, ne me prenez pas au sérieux, à moins qu’il revienne pour dire qu’il fait « le buzz ».

Au-delà de ces soi-disant plaintes, j’ai énormément profité de ce livre, comme d’habitude chez M. Duvert. Je ne sais pas si je me lance dans la suite pour mon prochain livre, ou revienne vers Outsphere, un autre de ses livres en attente sur mon appli Kindle . Mais il n’y a aucune question que je continue d’être fan, et de le recommander sans hésitation.